Ceci constitue mon mémoire de maîtrise déposé en Juin 1997 à l'Université d'Aix-en- Provence -Département de Chinois.
Je tiens également à remercier le "Bureau
de Représentation de Taipei en France" et tout particulièrement
Monsieur Huang Jing-Shing, qui par le biais de l’attribution d’une bourse
d’étude, a considérablement facilité la réalisation
du présent mémoire, et m’a ouvert les portes de la culture
taïwanaise.
En cette fin de XXème siècle, la Chine et Taïwan intéressent tout particulièrement les Occidentaux d’un point de vue économique. L’ouverture de Taïwan à l’étranger s’est faite bien plus tôt que celle de la Chine continentale. Bien évidemment les différences de régime politique expliquent cela en partie. Mais est-ce la raison unique?
L’une des idées de cet ouvrage est de chercher des causes antérieures au XXème siècle pour expliquer cette ouverture à l’étranger: voir comment l’île a été en liaison avec l’extérieur depuis plusieurs décennies et comment ces rapports ont évolué.
Une autre ambition, est de mieux faire connaitre Taïwan sur le plan historique. En effet, le point de départ est le constat que Formose est l’objet de bon nombre de publications récentes, toutes centrées sur la période contemporaine. Pourtant Formose n’est pas née d’hier.
Par ailleurs, si l’on veut comprendre la volonté
parfois "indépendantiste" des Taïwanais, on ne peut pas se
borner à y voir une lutte Parti Communiste / Guomindang. Certaines
de ces raisons trouvent leur source bien plus en amont dans l’Histoire
de l’île. Les Taïwanais d’aujourd’hui sont fiers de leur histoire
propre.
Ainsi, les héros formosans, à l’exception
du Docteur Sun Yat-Sun, ne sont pas ceux de la Chine continentale: Zheng
Chenggong, Liu Mingchuan et plus récemment Chiang Kai-Shek
(Jiang Zhongzheng). Mais qui en Occident est familier avec ces noms et
l’histoire qui s’y rapporte?
Pour toutes ces raisons, il a semblé intéressant de faire un rappel historique de "l’Ilha Formosa".
L’Histoire de la Chine et de Formose est longue. Mais
le XIXème siècle marque un tournant. Spécialement
la seconde partie qui voit l’arrivée massive d’Occidentaux en Asie
et particulièrement en Chine.
Si l’on veut véritablement comprendre les évènements
qui altèrent l’île de Formose à la fin de ce siècle
(blocus de l’île par les forces françaises entre 1884 et 1885,
occupation japonaise de 1895 à 1945), il faut bien évidemment
étudier les rapports sino-occidentaux et plus largement "sino-étrangers"
à partir des années 1830-1840.
Aux vues du titre de cet ouvrage, on peut se poser la
question de savoir pourquoi une vision française? Pourquoi ne pas
simplement se pencher sur la vision occidentale de Formose?
Comme nous le verrons plus loin, l’histoire de Taïwan
est jalonnée de rapports, souvent conflictuels, avec l’Occident.
Ainsi, étudier en détails une vision occidentale de l’île
est un vaste sujet, chaque pays ayant un rapport particulier avec l’île.
L’idée est ici de voir globalement les rapports
qui unissent les étrangers à Formose, et de se pencher plus
spécifiquement sur la vision que peuvent en avoir des observateurs
français.
Une autre raison qui fait se pencher sur une vision française
de l’île, c’est que me rendant moi-même à Formose en
cette fin de XXème siècle, il a semblé intéressant
de confronter ma vision de Taïwan avec celle des voyageurs ayant parcouru
les mêmes lieux, et surtout ayant le même passé culturel
à la base, une centaine d’années auparavant.
Enfin, les rapports qui ont, dans le passé, uni
la France et Formose sont assez mal connus dans l’Hexagone. La France,
dans cette seconde partie du XIXème siècle est fortement
engagée dans un processus colonialiste. En ce qui concerne l’Extrême-Orient,
elle s’intéresse principalement à son établissement
en Indochine et en Chine. Si la guerre franco-chinoise est en rapport direct
avec le maintien du Vietnam en temps que colonie française, cette
guerre ainsi que le blocus de Formose a, par ailleurs, d’autres visées.
Comme nous le verrons en parcourant cet ouvrage, Taïwan
présente pour la France un intérêt économique
certain, par l’intermédiaire des mines de charbon du nord de l’île.
De plus, l’amiral Courbet voit en ce blocus un moyen de faire une percée
dans l’Empire céleste.
Ainsi, même si d’une manière effective,
le blocus ne fut pas d’une très grande efficacité, la France
avait au départ fondé quelques espoirs sur cette île
aux portes de l’immense Chine des Qing.
Ainsi, à bien des titres, l’étude de l’Histoire de Formose et tout particulièrement son étude au XIXème siècle peut se justifier.
Cet ouvrage est donc composé de trois parties qui peuvent aider à mieux comprendre l’évolution de l’île, son implication dans les rapports conflictuels entre les puissances occidentales (et le Japon) et la Chine au XIXème siècle, et sa situation à cette époque-là.
Dans une première partie, nous nous concentrons sur la chronologie de l’île de Formose depuis les origines jusqu’à la conquête japonaise de 1895. Cela nous permet de nous poser d’emblée la question d’une Histoire particulière de Taïwan en marge de l’Histoire de la Chine. Cela nous amène également à mieux comprendre la situation dans laquelle se trouve l’île et les populations qui la composent au XIXème siècle.
La seconde partie met l’accent sur les rapports entre
les Occidentaux et la Chine. Le but est de voir pourquoi et comment, ces
Occidentaux, à partir des années1840 font leur entrée
massive dans l’Empire céleste, le forçant à une ouverture
totale.
Formose fait alors partie intégrante de la Chine
(en temps que préfecture de la province du Fujian, puis en temps
que province de l’Empire du milieu après 1885) et est de facto impliquée
dans ce processus. Par ailleurs nous nous proposons d’étudier quelque
peu la guerre franco-chinoise et le blocus de Formose, et à cette
occasion de mettre en évidence les intérêts de la Répubique
Française dans cette région.
Enfin, dans une troisième partie, nous donnons
la parole aux voyageurs français, qui pour une raison ou une autre,
ont parcouru Formose entre 1884 et 1896. Il s’agit en fait de trois observateurs
appartenant à des milieux sociaux différents, qui nous livrent
leurs impressions de l’île. Ces visions ne sont bien évidemment
pas objectives, mais à travers des jugements parfois surprenants,
elles donnent une idée de ce que peut penser un Français
du XIXème siècle (avec le passé colonialiste qui s’y
rapporte) de Formose et plus largement de la Chine et de l’Extrême-Orient.
Par la même occasion nous pouvons nous poser la
question suivante: qu’en reste-t-il cent ans après, à l’aube
du XXIème siècle?
En résumé, il s’agit d’essayer de mieux
comprendre, à travers l’étude de la petite île de Formose,
les rapports sino-occidentaux et la politique coloniale au XIXème
siècle en Chine. Par ailleurs cela permet de mieux faire connaissance
avec la Taïwan moderne.
Le mousse de l’amiral
Courbet
L’environnement de l’île de Formose
Aborigènes et Chinois
Une vision de la guerre à Formose
Les gages nécéssaires
L’environnement de l’île
Les Hakkas de Formose
Salubrité et opium
Promenades en Extrême-Orient
L’environnement
Les Chinois, les Aborigènes et les Occidentaux
Epidémies, opium