La Légende de Faust

 

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La Légende de Faust

 

La légende de « Faust » a été une source riche et inépuisable pour l’imagination des créateurs. Tout comme celle de « Roméo et Juliette », ou encore celle de la « Mer ». Ces trois thèmes ont inspiré des chefs d’œuvres chez nombre de compositeurs. Parfois même, l’œuvre qui en est née est la seule que la postérité ait vraiment gardée. Il est vrai que l’esprit de Faust, agité dans sa recherche absolue et obstinée d’une connaissance universelle, pathétique dans sa quête totale et obsédante de l’amour dans sa forme la plus pure et torturé dans son désir éperdu et poignant d’une jeunesse éternelle, ne pouvait que stimuler irrésistiblement et inépuisablement l'imaginaire des écrivains et des compositeurs. De plus, Faust, n’est-il pas le seul mythe, dans lequel l’homme contemporain reconnaît volontiers son image ?

Un alchimiste et astrologue, répondant au nom de Johann Faust, aurait vécu en Allemagne à la fin du XVe siècle et au début du XVIe. Sa réputation mystérieuse et incroyable fit l’objet d’un tout aussi étonnant recueil d’histoires et légendes publié à la fin du XVIe siècle par Johann Spies, « Histoire du Docteur Faust » dans lequel apparaît clairement l’idée d’un pacte avec le diable. Quelques années plus tard, Victor Cayet, célèbre théologien et alchimiste traduit le texte en français. Mais ce n’est qu’un siècle et demi plus tard que le mythe de « Faust » atteint son apogée en rencontrant son poète et chantre zélé, le grand Goethe. L’écrivain allemand passera sa vie à écrire et réfléchir sur cette légende. Il est patent qu’au cours des siècles, le personnage a trouvé des incarnations différentes et parfois contradictoires. On peut presque parler de trois mythes successifs. Le Faust du XVIe siècle, ce magicien pris de vertige et angoissé par l’idée d’être damné, vit en lui-même la tension terrible de deux modèles différents : d’une part, à l’image de Paracelse, le savant médecin son contemporain, il éprouve l’élan confus de la Renaissance vers la science, le pouvoir, le plaisir, et d’autre part, comme le Théophile médiéval, il conclut un pacte avec le diable, c’est-à-dire renie sa fidélité à Dieu pour jurer allégeance à son adversaire en aliénant totalement sa liberté tout en croyant l’affirmer. Même Marlowe, dans sa « Tragique Histoire du Docteur Faust », qui n’est pas pourtant pas sans admiration pour son Faust, sent la nécessité de le condamner. En effet, dès lors que l’on prend au sérieux le pacte avec le démon, l’histoire de Faust devient dans cette vision religieuse, celle d’un pécheur, entraîné et condamné par le poids d’une faute considérée comme impardonnable. Le romantisme bouleverse la signification du drame. Les désirs très immédiats du Faust primitif s’y trouvent transfigurés en un désir quasi métaphysique d’infini. Cette aspiration à la Connaissance ou à l’Amour fait toute la grandeur de l’homme, mais en même temps doit inéluctablement le conduire à la ruine, à l’échec et au désespoir. Le pacte avec le diable, c’est l’engagement téméraire, fou et suicidaire avec les forces du mal, qui fatalement vont corrompre un jour le héros, ou, tout au moins, l’écraseront. Le drame de Goethe reste à part, encore que son interprétation soit très controversée (cf. H. Schwerte, « Faust und das Faustische », 1962). Il manifeste à coup sûr plus de confiance dans l’aspiration de l’homme à l’idéal, non sans mesurer tragiquement les limites de la liberté et ses redoutables devoirs et obligations.  En tout cas, sauvé ou écrasé, Faust tend à devenir un modèle d’humanité, un héros grandiose, ce qu’il n’était nullement, même chez Marlowe. Les générations suivantes amplifient l’idéalisation. Le pacte est traité à la légère, voire supprimé, Faust se mue alors en une image mythique de l’homme moderne délivré des représentations anciennes, conquérant, sans drame apparent, le savoir, la puissance et le bonheur. Dans son schématisme simplificateur, « l’homme faustien » de Spengler représente le terme de ce processus et n’incarne plus guère que la volonté de puissance et le désir de vivre de l’homme d’aujourd’hui. Originellement personnage réaliste d’une situation  dramatique qui l’écrasait, Faust est devenu le héros romantique plus grand que ce qui l’accable et finalement le héros atonal, et inconsciemment justifié, de nos rêves les plus chimériques. Ces trois images mythiques apparues successivement dans l’histoire coexistent aujourd’hui. D. L. Sayers, R. Clair, P. Valéry, T. Mann, H. Eisler, Schnittke et bien d’autres témoignent que le Faust romantique et même le sombre héros de la légende primitive n’ont rien perdu de leur actualité, ou plus exactement qu’ils en ont recouvré une significative, surtout depuis l’illusion communiste, la catastrophe allemande et la bombe atomique. N’y a-t-il pas là au moins, trois signes manifestes attestant que l’enthousiasme « faustien » pour la science ou pour la grandeur recèle toujours quelque tentation diabolique, quelque vertige fatal ? Non seulement on comprend mieux aujourd’hui, que l’homme n’écarte pas si facilement de sa vie le mal ou l’erreur,  mais on sait parfaitement désormais que ses plus beaux élans et ses pouvoirs démesurément accrus restent foncièrement ambigus… Le XXe siècle a été la démonstration pratique que l’enfer était le plus souvent pavé des meilleures intentions ! Le pacte diabolique garde donc sa valeur symbolique. En fait, il exprime combien la liberté humaine est capable de s’engager à fond dans le mal, jusqu’à se lier indéfectiblement à lui. On connaît aujourd’hui les déterminismes idéologiques et psychologiques de toutes les barbaries modernes du crime, leur silence, leurs habitudes, leurs mensonges et leur conformisme totalitaire. C’est même le désir le plus profond de l’homme, celui d’éternité, de l’impatience des limites ou de la volonté de s’affirmer qui l’abuse dans cette tentation radicale. C’est ainsi qu’il lutte trop souvent pour sa propre mort comme s’il s’agissait de son salut ! Faust, à travers sa fidélité à quelqu’un et l’aliénation à un Autre, rappelle en somme que tout homme doit  choisir et engager sa liberté entre le bien et le mal. Que l’un des deux ressorts du drame disparaisse, que soit nié l’élan de l’homme ou, plus facilement aujourd’hui, le poids du mal et de la tentation, le mythe dépérit, tarit, Faust n’est plus que l’ombre, « faustienne », de lui-même. Par contre, même si la structure chrétienne du drame vient à s’estomper, tant qu’on prend au sérieux le mal et l’aliénation qu’il représente, tant qu’on reconnaît l’ambiguïté des désirs et des élans de l’homme, Faust peut continuer à incarner le double vertige qui est au cœur même de la condition humaine. Délivré de ce vertige, Faust est-il encore lui-même ? L’homme est-il encore lui-même ? Depuis cinquante ans, tout ne se passe-t-il pas comme si le vieux monde hésitait entre le mythe réaliste, tragique, que lui a légué son passé et que lui rappelle le présent, et le mythe idéal dans lequel il poursuit une construction onirique dont il ne peut plus ignorer les dangers et autres drames ?

Les œuvres qui suivent et qui couvrent presque deux siècles témoignent de l’intemporalité du thème, de son évolution aussi et de la force corrosive et sulfureuse de son mythe...

 

Spohr :

« Faust », (1816)

Ludwig Spohr a composé son opéra « Faust » en 1916. Il peut revendiquer d’avoir été le premier à écrire une œuvre à partir du texte de Goethe. Bien que rarement jouée aujourd’hui, l’œuvre demeure un jalon essentiel du développement de la musique romantique et surtout de l’opéra romantique, notamment par l’utilisation de la technique du leitmotiv. Et malgré certaines baisses de tension dans le discours dramatique, « Faust » est sûrement le chef d’œuvre de Spohr et un bel opéra avec des moments vocaux et orchestraux superbes. C’est dans « Faust » que l’écriture du musicien est la plus accomplie. Spohr réécrira en partie son opéra en 1852, l’augmentant d’un troisième et ul­time acte.

Discographie :

**Solistes et Chœurs de l’Opéra de Bielefeld, Orchestre Philharmonique de Bielefeld : direction Moull. Version complète en trois actes. Interprétation honnête.

1 cd CPO. DDD. Prise de son correcte.

Wagner :

Ouverture « Faust », (1840)

C’est à Paris que Richard Wagner compose cette œuvre pour orchestre dont il compte faire une symphonie à titre. Il n’ira cependant pas plus loin que le premier mouvement. L’œuvre est créée à Dresde quatre années plus tard. Cette ouverture sombre et très beethovénienne contient en germe tout ce qui fera la force dramatique impressionnante de l’œuvre de Wagner. Sous l’influence de Liszt, elle est réorchestrée en 1955 à Zurich et anticipe le thème du Désir de « Tristan ». Pourquoi le titre de « Faust » ? Sans doute, Wagner a-t-il été inspiré par le « Roméo » de Berlioz et a-t-il voulu composer une œuvre voisine dans l’esprit, mais sans reprendre le même thème.

Discographie :

Michel Plasson dirige l’Orchestre Philharmonique de Dresde. Avec « Das Liebesmahl der Apostel », « Festgesang », « Sur le Tombeau de Weber », « Trauersinfonie » et « Siegfried Idyll ». Chœurs d’hommes du « Singverein » de Vienne, Chœurs de chambre de Vienne, Chœurs de la Philharmonie de Dresde. Un enregistrement composé de raretés trop rarement enregistrées dans une interprétation solide et rigoureuse.

1 cd EMI. DDD. Bonne prise de son.

Berlioz :

« La Damnation de Faust », (1854-6)

Pour une figure romantique comme celle de Berlioz la légende de Faust fut un sujet fascinant. Il commença d’ailleurs sa cantate, les « Huit Scènes de Faust », aussitôt après avoir achevé la lecture de la première partie du conte de Goethe que Gérard de Nerval venait de traduire. Cependant, Berlioz retira l'œuvre rapidement de la publication. Il la jugeait à cause de son sujet, brûlant pour l’époque, pas encore assez mûrie. Il attendit quinze années avant de la terminer et de publier ce qui allait devenir son œuvre la plus populaire, après, bien sûr, la « Symphonie Fantastique », « La Damnation de Faust ».

Discographie :

La discographie de l’œuvre est riche avec trois versions qui se dégagent irrésistiblement :

**La version de Colin Davis, avec Gedda dans le rôle de « Faust », reste insurpassable. London Symphony Orchestra and Chorus. Tout ce que Sir Colin a réalisé ces années-là est parfait, et surtout les « Berlioz » !

2 cd Philips. ADD. Bonne prise de son.

**Chœurs et Orchestre Symphonique de Chicago. Solti. Une version de grand luxe par un chef qui ne lésine jamais, ni sur le son, ni sur la puissance orchestrale. Impressionnant !

2 cd Decca. DDD. Magnifique prise de son.

**Chœurs du Festival de Tanglewood, Orchestre Symphonique de Boston. Ozawa. Belle version par Ozawa qui adore Berlioz, et cela s’entend !

2 cd DG. ADD. Bonne prise de son.

Schumann :

« Scènes du Faust de Goethe », (1844/53)

Il n’est pas vraiment surprenant de constater qu’un des esprits les plus troublés du XIXe siècle Robert Schumann ait été attiré par la légende de Faust. La composition de son oratorio, « Scènes du Faust de Goethe », l’a préoccupé de façon permanente de 1844 à 1853, année de sa rupture psychologique. Le résultat final est généralement considéré comme un des chefs-d’œuvre du compositeur.

Discographie :

**La version de Benjamin Britten de 1972 est magnifique et visionnaire, elle peut aider à saisir la grandeur et la beauté de l’œuvre tout entière de Robert Schumann, mais aussi sa fragilité. De plus la distribution est éblouissante. Fischer-Dieskau, Solistes et Chœurs du Festival d’Aldebourgh, English Chamber Orchestra.

2 cd Decca. ADD. Très belle prise de son.

**Mattila, Terfel, Petits Chanteurs de Tölz, Chœurs de la Radio Suédoise, Chœurs de Chambre Suédois, Ericsson, Orchestre Philharmonique de Berlin. Abbado. Version superbe avec la nouvelle star, Terfel, qui vient concurrencer la version Britten. La beauté sonique que Claudio Abbado donne à œuvre est stupéfiante.

2 cd Sony. DDD. Magnifique prise de son.

Gounod :

« Faust », (1859)

À ce jour, l’opéra de Gounod « Faust » reste l’œuvre de la légende la plus fréquemment exécutée. Les raisons en sont évidentes : Gounod a écrit sa meilleure musique et l’opéra regorge d’airs mémorables. Le traitement que Gounod fait subir au caractère de Marguerite va incroyablement à l’encontre du texte de Goethe. Marguerite est poignante, bouleversante, elle occupe tout l’opéra, devenant le rôle principal par la charge émotionnelle qu’elle provoque. D’ailleurs, en Allemagne, l’opéra est souvent présenté et joué sous le titre de « Margueritte ».

Discographie :

**Studer, van Dam, Hampson. Michel Plasson dirige l’Orchestre et les Chœurs du Capitole de Toulouse. Plas­son dirige de main de maître cette œuvre délicate à manier, il est aidé, il est vrai, par le chant sublime de trois stars. Une fois encore les forces toulousaines sont superbes. Une des meilleures versions.

3 cd EMI. Belle prise de son.

Boïto :

« Mefistofele », (1868)

Si le « Faust » de Gounod accentue le caractère de Margueritte et la « Damnation » de Berlioz les aspects plus vifs du poème de Goethe, « Mefistofele » d’Arrigo Boïto met en évidence les aspects purement philosophiques et la face sombre de tous les personnages. Il n’a jamais atteint la popularité de l’opéra de Gounod, mais peut être considéré comme le plus important des deux. Sa première en 1868 a été une telle débâcle que, très longtemps après, Boïto, persistait encore à signer avec l’anagramme de son nom : « Tobia Gorrïo » ! L’œuvre est splendide avec des passages aussi somptueux que spectaculaires. Le librettiste de Verdi se rapproche alors de Puccini, l’importance et la rutilance de l’orchestre et la beauté immédiate du chant sont souvent ébouriffantes.

Discographie :

**Solistes, chœurs, National Philharmonic Orchestra. De Fabritiis. Interprétation superbe du chef d’œuvre magnifique de Boïto. Le vieux maestro De Fabritiis livre là son meilleur enregistrement. Un engagement phénoménal, des solistes parfaits et un orchestre survolté et fracassant font de cette version la référence absolue.

3 cd Decca. DDD. Somptueuse prise de son.

Liszt :

« Une Faust Symphonie », (1854-57)

C’est Berlioz qui fit connaître le poème de Goethe à Liszt. Mais ce n’est qu’en 1954 que Liszt se mit vraiment au travail. « Une Faust Symphonie » est un travail prodigieux sur l’unité symphonique des thèmes. La technique de métamorphose des thèmes est ahurissante de virtuosité et séduisante de beauté émouvante. Le noble thème qui représente « Faust » dans le premier mouvement, est le même qui va représenter « Mephistophele » dans le finale, mais transformé, voire tor­turé, accentuant ainsi la dualité ambiguë du bien et du mal. Si le manichéisme est ici dans un premier temps du moins ac­centué, il s’efface peu à peu, grâce à cette technique étourdis­sante de métamorphose des thèmes pour laisser place à une sorte de morale de l’ambiguïté désespérée de la vie... Mais le destin de Liszt n’était-il pas déjà placé sous ce signe ? Un chef œuvre absolu de la musique.

Discographie :

Il existe de nombreuses versions de l’œuvre. Mais Bernstein, à Boston, a donné une version définitive du chef œuvre de Liszt. Un engagement prodigieux, un sens exacerbé des contrastes, un orchestre chauffé à blanc, des chœurs survoltés et « Lenny » en état de grâce... Superbe, bouleversant et irrésistible. J’ai dit ailleurs qu’il existait des rencontres parfaites et miraculeuses entre une œuvre et un interprète. Celle-ci en est une, et elle est époustouflante !

**K. Riegel, Chœurs du Festival de Tangelwood et Orchestre Symphonique de Boston. Bernstein.

1 cd DG. ADD. Magnifique prise de son.

**Bernstein, quelques années plus tôt, à New York, avait donné une version électrique de l’œuvre. Une furie so­nore ir­résistible emportait l’auditeur. Tout y était dramatisé à outrance, aussi la beauté superbe et émouvante des thèmes en souffrait-elle peut-être quelque peu...

Chœurs et Orchestre Philharmonique de New York. Bernstein.

1 cd Sony. ADD. Belle prise de son. Sèche et percutante.

**Kurt Masur dirige les Chœurs de la Radio de Leipzig et l’Orchestre du Gewandhaus. Version grandiose et allemande, vision marmoréenne. Masur est remarquable dans Liszt dont il a enregistré la totalité de l’œuvre symphonique. 

1 cd EMI. ADD. Fabuleuse prise de son.

**Chœurs et Orchestre Symphonique de Chicago. Solti. Version haute en couleur, violente et magnifique.

1 cd Decca. DDD. Superbe prise de son.

**Chœurs et Orchestre de Philadelphie. Muti. Version crépus­culaire et nos­talgique de la « Faust Symphony ». C’est somptueux, et les couleurs conviennent parfaitement à cet orchestre de Philadelphie dont les couleurs naturelles sont déjà du même ton...

1 cd EMI. DDD. Belle prise de son.

**Chœurs et Orchestre Philharmonique de Berlin. Rat­tle. Su­perbe version du « Maître de Birmingham ». Rattle est parfaitement à l’aise dans ces grandes fresques chorales et symphoniques. Ce n’est pas un hasard si les chefs qui réussissent le mieux dans cette œuvre sont des habitués de l’univers mahlérien...

1 cd EMI. DDD. Belle prise de son.

Liszt. « Autour de Faust » :

Sonate en si mineur

Méphisto-Valse N°1

Marguerite au Rouet (Transcription d’après Schubert)

Faust Valse (Fantaisie et paraphrase d’après Gounod)

Pascal Amoyel. Piano.

Le second enregistrement de ce jeune pianiste chez XCP. Une merveilleuse réussite et un programme particulièrement original.

1 cd XCP. DDD. Belle prise de son.

La sonate en si mineur est sûrement l’œuvre pianistique la plus accomplie de Liszt, une des plus belles aussi et sans doute la plus difficile. Véritable et monumentale confession, Liszt y livre ses tourments, ses angoisses, ses aspirations et ses espoirs. En elle s’expriment, se confrontent, et tentent même parfois de se détruire, tous les thèmes de « Faust ». La quête éternelle de l’amour parcours toute l’œuvre, comme pour exorciser le temps qui passe et chasser la vieilless qui rôde… Si Liszt semble avoir choisi dans cette sonate entre la quête éperdue et éternelle de l’amour qui est le thème de « Faust » et celle désespérée de l’amour éternel qui est celui de « Marguerite », Liszt donnera une réponse différente dans ses œuvres de la fin de sa vie au moyen d’un langage musical ascétique, religieux, voire parfois minimaliste…

La « Méphisto-Valse N°1 » est un épisode du « Faust de Lenau ». Liszt composa une pièce pour piano à partir du second épisode. Il y conte l’histoire de Méphisto, virtuose inouï du violon, qui charme une noce campagnarde sous l’effet ensorceleur de son archet, transformant ainsi l’aimable fête en une monstrueuse orgie… La mariée, totalement sous l’effet de la puissance démoniaque de Méphisto, succombe aux avances de Faust…

Alkan :

Grande Sonate « Les Quatre Âges », (1848)

Charles Valentin Alkan n’a jamais fondé spécifiquement une des parties de son œuvre sur la légende, même si le deuxième mouvement de sa Grande Sonate porte le titre intrigant de « Faust ». Comme Liszt, Alkan emploie la métamorphose thématique. Le motif de « Faust » est inversé pour devenir un motif représentant le Diable. Le mouvement culmine dans un extraordinaire partie fuguée et sous-titrée « Le Seigneur ».

Discographie :

**Hamelin, piano. La seule version de l’œuvre, à ma connaissance du moins. Il est donc difficile de juger, pourtant, tout me paraît bien en place, et surtout, le piano est fort beau...

1 cd Hyperion. DDD. Belle prise de son.

Rabaud :

« Procession Nocturne », (1897)

Le compositeur Français Henri Rabaud (1873-1949) a trouvé son inspiration pour son poème symphonique « Procession Nocturne », non pas chez Goethe mais chez le poète hongrois Nikolaus Lenau. Rabaud y montre « Faust » au cœur d’un cortège dans une forêt, la nuit, une veille de Saint Jean et qui disparaît en pleurant sur les déchirures amères dues à la perte de son innocence et de sa foi.

Discographie :

**Segestram dirige l’Orchestre Philharmonique du Palatinat et de la Rhénanie. Vision superbe d’un chef habitué aux découvertes et répertoires difficiles ou inconnus. Belle réussite et découverte importante.

1 cd Marco-Polo. DDD. Bonne prise de son.

Mahler :

Huitième Symphonie « Symphonie des Mille », (1906)

Cette monumentale symphonie a une forme unique : une mise en musique tumultueuse sous forme sonate de l’ancien hymne latin « Veni Creator Spiritus » pour le premier mouvement, suivie d’une longue réalisation épisodique de la dernière scène du grand poème épique de Goethe, « Faust », chantée en allemand. Les compositeurs romantiques ont, pour la plupart, été fascinés par les aspects diaboliques et surnaturels de l’œuvre, et se sont concentrés sur le personnage incroyable et irrésistible de Méphistophélès et sur la damnation de Faust. Mahler, lui, va s’attarder sur la dernière scène au cours de laquelle l’âme de Faust, ayant été gagnée par les hôtes angéliques, armés de pétales de roses, au terme d’un combat terrible contre les forces des ténèbres, est emportée aux cieux. À la requête de Gretchen, la femme à qui Faust fit du tort sur terre, une place d’honneur au firmament est accordée à cette âme coupable. La seconde partie de la Huitième symphonie est donc l’occasion pour Mahler de rendre un hommage émouvant, vibrant, somptueux et grandiose à l’éternel féminin. Le final est, d’un point de vue purement émotionnel, absolument irrésistible. Tout comme d’ailleurs celui de la Seconde Symphonie « Résurrection ».

Discographie :

**London Philharmonic Orchestra and Choir. Klaus Tennstedt.

2 cd EMI. DDD. Excellente prise de son.

**Philharmonia Orchestra and Choir. Guiseppe Sinopoli.

2 cd DG. DDD. Excellente prise de son.

**Chicago Symphony Orchestra and Choir. Georg Solti.

1 cd Decca. ADD. Prise de son spectaculaire.

**Orchestre et Chœurs de la Radio Bavaroise. Raphaël Kubelik.

1 cd DG. ADD. Prise de son correcte.

**Atlanta Symphony Orchestra and Choir. Robert Shaw.

1 cd Telarc. DDD. Belle prise de son qui flatte les chœurs.

Tennstedt et Solti demeurent en tête d’une discographie riche. Ils devancent Sinopoli. Kubelik donne une interprétation tendue et âpre de l’œuvre de Mahler. Son intégrale est peut-être l’une des plus accomplies de toutes, il lui manque simplement une certaine splendeur sonore que ses partis pris esthétiques lui interdisent d’ailleurs, ainsi qu’une grande prise de son.

Busoni :

« Doktor Faust », (1925)

De tous les compositeurs qui ont approché le sujet, aucun peut-être n’a donné autant de lui-même que Ferruc­cio Busoni. Son énergie créative a été totalement mobilisée pour la création de cette œuvre. L’Opéra « Doktor Faust », qui est resté inachevé à sa mort, est le résultat de vingt années de travail acharné. Une sorte de fil rouge parcourant et guidant une vie et une œuvre. Busoni semble avoir composé toutes ses œuvres que pour mener à bien la composition de cette dernière. La version de Leitner a été complétée par l’élève de Busoni Philipp Jarnach.

Discographie :

**Fischer-Dieskau, Chœurs et Orchestre de la Radio Bavaroise. Ferdinand Leitner. Même si nous ne connaissons pas d’autres versions de ce chef œuvre complexe, on devine sans peine, à cause sans doute de l’extraordinaire prestation du grand baryton allemand Dieter Fischer-Dieskau et de l’engagement de tous les instants de Leitner et de son magnifique orchestre, qu’il s’agit là d’une version miraculeuse qui restera à jamais la référence...

3 cd DG. ADD. Excellente prise de son.

Stevenson :

Le concerto pour piano et orchestre N°1, « Un Faust-Triptyque », (1960)

Le compositeur, pianiste, chef d’orchestre, romancier et élève de Busoni, Ronald Stevenson compose sa « Faust Fantaisie » pour piano sur des thèmes du « Doktor Faust » de Busoni entre 1946-9. En 1960 cependant la Fantaisie est révisée et orchestrée pour devenir le Pre­mier Concerto pour piano et or­chestre, sous-titré « Un Faust-Triptyque ». La virtuosité, l’humour même, dont fait preuve Stevenson est plein de talent. Et même si les passages vraiment originaux sont rares, l'œuvre mérite d’être beaucoup plus jouée et entendue qu’elle ne l’est actuellement.

Discographie :

**Piano : Mc Lachlan. Clayton conduit l’Orchestre Symphonique de Chetham. Ces artistes britanniques sont, semble-t-il, parfaits dans cet exercice de style qui semble avoir été fait à leur intention...

1 cd Olympia. DDD. Bonne prise de son.

Schnittke :

« Historia von D. Johann Fausten », (1994)

L’opéra de Schnittke « Historia von D. Johann Faus­ten » ne base pas son livret que sur le texte de Goethe, comme l’ont fait les autres œuvres, mais aussi sur un livre de Johann Spies. Schnittke pense le sujet comme une « passion négative » et incorpore dans son opéra comme Troisième Acte, sa « Faust Cantate » composée en 1983 et dans laquelle une incarnation féminine de Méphistophélès chante la mort de Faust par le démembrement. Le résultat est une œuvre troublante, formée d’un curieux mélange de styles musicaux qui finit par nuire à son unité, et partant à son impact dramatique. Son accès est vraiment difficile.

 Discographie :

**Solistes, Chœurs et Orchestre de l’Opéra de Ham­bourg. Albrecht. Unique version de l’œuvre de Schnittke, on devine pourtant un engagement convaincu de tous les acteurs dans cette œuvre difficile, hybride trop souvent, et qui laisse un peu l’auditeur sur sa faim, surtout lorsqu’il connaît les symphonies du compositeur.

2 cd RCA. DDD. Excellente prise de son.