|
|
La flamme de la paixLe gouvernement malien a organisé une grande cérémonie appelé “ƒlamme de la Paix” au cours de laquelle trois mille armes ayant servi aux combattants touaregs ont été brûlées en présences du chef de l'État Alpha Oumar Konaré et du président Ghanéen. Ce spectacle fortement médiatisé est destiné à consacrer la fin définitive de la guerre qui oppose depuis 1990 la Résistance touarègue à l'État malien. Le 26 Mars 1996 une grande cérémonie largement médiatisée a été organisée à Tombouctou par le gouvernement malien pour brûler quelques trois mille armes ayant servi aux combattants touaregs dans le conflit qui les oppose à l’État depuis 1990. Cette manifestation appelée “flamme de la paix” était censée mettre un terme définitif aux activités militaires des mouvements touaregs. Mais cette cérémonie a forcément un goût amer pour les milliers de familles touarègues endeuillées par 5 ans de massacres et d’exactions de toutes sortes. Rappelons qu’à ce jour aucune poursuite n’a été engagée contre les responsables de ces massacres. Pour comprendre l’état d’esprit de la communauté touarègue on pourrait le résumer par la réflexion d’un combattant qui se demandait pourquoi on n’avait pas brûlé les armes de ... l’Armée. Aujourd’hui le mot paix a pris le dessus sur ceux de Justice, Droit, Liberté et Démocratie réelle. Tout le monde se réjouit, à juste titre, de la paix retrouvée, mais personne ne se demande sur quelle base cette paix est construite. Tout le monde se comporte comme si cette guerre n’était que le fait de quelques “bandits” dont il suffisait de “récupérer” les chefs et brûler les armes pour résoudre le problème. Il faut dire qu’avec la création du Gandakoye, force est de constater que le Mali a réussi une belle opération politique, qui lui a permis de transformer le problème qui l’oppose à la communauté touarègue en un conflit inter-ethnique. Cette diversion a pu fonctionner grâce essentiellement à la collaboration (c’est le mot) de quelques responsables touaregs qui ont accepté de négocier avec cette milice sous l’égide du gouvernement ; la reconnaissant ainsi comme adversaire différent de ce dernier. C’était l’objectif visé par les autorités maliennes en ordonnant à des officiers de l’armée de “déserter” et de créer cette organisation. Aucun “démocrate” malien n’a trouvé un mot à redire sur cette méthode. Au contraire, ces soi-disant déserteurs tenaient leurs meetings en plein Bamako avec le soutien de l’ensemble de la classe politique et de la presse malienne. L’attitude de certains Touaregs a été plus préjudiciable à la Cause touarègue que toutes les autres manoeuvres de l’État malien. Ces Touaregs surnommés aujourd’hui “griots de salons” ou “seigneurs à galons”, font partie du dispositif du gouvernement dont le but est d’anéantir le processus qui a abouti à la signature du Pacte national. À travers cette manoeuvre l’État malien, aidé par la Communauté internationale, n’a fait que céder à la facilité de “casser le thermomètre” tout en sachant que la fièvre demeure. Le gouvernement d’Alpha Oumar Konaré a pris le risque d’opposer les communautés ethniques et accentuer ainsi la méfiance engendrée par la propagande gouvernementale et les campagnes anti-Touaregs orchestrées par la presse malienne ces dernières années. Ce comportement loin de servir le Mali, risque d’éloigner les perspectives d’un État malien uni et démocratique où tout citoyen aurait sa place quelle que soit son appartenance ethnique. Les autorités maliennes ont privilégié l'aspect spectaculaire pour frapper les esprits et rassurer les bailleurs de fonds, oubliant ainsi que la guerre a eu ses origines dans l'injustice faite à la communauté touarègue et non à la prolifération d'armes... Tant que cette injustice durera, les risques d'une autre guerre existeront Faute de courage et de volonté politiques pour régler ce problème en le prenant à la racine et en ayant pour unique objectif l’intérêt du pays, les autorités maliennes ont choisi le statu quo. Le résultat, c’est l’installation d’un certain fatalisme aussi bien chez les combattants que dans la société civile touarègue. Les habitants de l’Azawad ont le sentiment d’être sacrifiés par la Communauté internationale à l’autel d’un ordre injuste imposé par la force. Temoust |