|
Si le système capitaliste
contrôle matériellement et stratégiquement
l’espace-temps des êtres humains en réalisant
l’unification de ses formes de domination (institutionnalisation
du marché mondial, dissolution des classes-sujets,
généralisation des formes politiques de
la démocratie autoritaire et gestionnaire), il
n’en a pas moins du mal à masquer son nihilisme
qui le pousse à ne concevoir de communauté
que désincarnée, dans laquelle les hommes
ne seraient plus que des automates ou des « ressources ».
Cette utopie du capital, certains faits nous indiquent qu’elle
n’est pas près de se réaliser, et ce,
pour plusieurs raisons :
1° Le système a de plus en plus de mal à
se reproduire sur la base de ce qui constituait sa valeur
fondamentale : le travail. S’il y a bien encore
production, si la valorisation n’en continue pas moins,
tant bien que mal (elle est davantage financière
que productive), sa logique de puissance et de domination
qui n’est pas seulement une logique économique,
aboutit à une crise du rapport social. La remise
en cause des formes du salariat et parfois du salarié
lui-même, la remise en cause de la figure unitaire
du travailleur-consommateur en tant qu’identité
de l’individu-démocratique, enfin la précarisation
des conditions de vie ; tout cela constitue une
véritable poudrière.
2° Presque partout dans le monde, l’État est en
position de relative faiblesse dans la mesure où
il est obligé de participer à la destruction
des rapports sociaux afin de se soumettre aux « contraintes
extérieures », ce qui, bien entendu,
contredit son rôle de garant de leur reproduction
sur le territoire national. Parant au plus pressé,
il doit donc tester les résistances, les nouveaux
rapports de force en proposant de nouvelles réformes,
quitte à les annuler ou à les aménager
s’il y a des troubles. Il ne peut se contenter d’un
emprise abstraite sur des individus qui auraient soi-disant
intégrés que « le système »
actuel est le moins mauvais des systèmes.
3° La résistance à ces transformations a
commencé à changer de nature. Même
si les replis identitaires perdurent, si les communautarismes
se renforçent, on assiste aussi au retour d’une
critique qui ne se limite pas au cercle étroit
des « théoriciens » et qui
s’exprime dans un refus du discours du capital (la « pensée
unique », le « politiquement correct »),
le refus du diktat de l’économie, une méfiance
vis-à-vis des médias et de l’information.
L’analyse politique des contradictions précédentes
peut nous conduire à des conclusions révolutionnaires,
mais à condition de distinguer totalement cette
révolution « politique »
de la révolution « structurelle »
achevée qu’a produit la lutte des classes dans
l’avènement de la société du capital.
Dans cette mesure, bien des thèmes utopiques
du XIXe siècle peuvent reprendre
sens (et notamment celui de l’égalité),
sans les références à une quelconque
marche automatique de l’Histoire et aux mythes de la
société du travail, références
qui constituent l’erreur de la dialectique sur les classes.
Mais la route s’annonce ardue ! Il n’y a plus aujourd’hui
d’unification a priori de la critique et de l’action
politique, car il n’y a plus de classe qui porterait,
dans sa vision, l’unification de la société.
C'est désormais l’affaire de tous... et de chacun.
Temps critiques
Montpellier, l’impliqué 1999
|
|