
Ecrit par Wayne Tickner.
Traduit par Natacha Kotowski
C’est une brochure de " self help " destinée à motiver et à conseiller. Elle traite surtout du mal de dos mais peut s’appliquer à toute douleur chronique.
La frustration
Un des aspects les plus frustrants de la douleur chronique est l’invisibilité de cet état. Il me semble que plus on essaie de cacher la douleur et de faire comme si de rien n’était, plus on risque de paraître ridicule. Cette situation m’a longtemps préoccupé jusqu’à ce que j’apprenne à la gérer.
L’étiquette de resquilleur ou de simulateur apposée à ceux qui souffrent du dos a été un lieu commun tout au long de ma vie professionnelle du fait, je pense, que les gens ne connaissent pas le sujet. Les informations des media semblent traiter surtout de la prévention mais peu est dit des conséquences douloureuses et débilitantes de ceux qui souffrent sérieusement du dos. J’estime que des programmes d’éducation du dos non seulement éviteraient des accidents mais apprendrait à ceux qui en souffrent comment améliorer leur sort.
Au fur et à mesure que ma douleur évoluait, je me souciais souvent de savoir ce que les gens pensaient de moi. Allaient-ils me prendre pour un resquilleur s’ils voyaient ma femme tondre la pelouse ? Ou bien me prendraient-ils pour un simulateur si je la tondais moi-même ?
Et quand ma femme tondait la pelouse, je me sentais nul et si je la tondais moi-même, j’avais un sentiment de culpabilité.
Un conflit intérieur se déroulait pour les décisions les plus simples : devais-je aider à porter les courses ? Devais-je aider au jardinage ? Oserais-je sourire et être heureux si la douleur aujourd’hui n’est pas trop forte ?
La réponse à toutes ces questions informulées est de prendre le contrôle de mes déraisonnables pensées. En donnant trop d’importance aux pensées des autres, je leurs permettais d’influencer mes propres pensées et mes actions, et ceci à mon détriment. J’avais à apprendre que j’avais le droit d’être heureux quand la douleur n’était pas trop forte, j’avais le droit de faire ce que je voulais dans les limites de la douleur et j’avais le droit de vivre aussi normalement que possible.
Faire des changements.
La douleur est une chose très personnelle, et très différente selon les individus. Et il y aussi de nombreux facteurs qui influencent la quantité de douleur qu’on peut supporter et gérer à un moment donné. Il faut donc la gérer d’un point de vue holistique puisqu’on aura à faire avec elle durant toute sa vie.
L’environnement de notre existence doit être examiné : mon lit est-il bien plat et ferme ? Ai-je un fauteuil convenable ? Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour rendre mon cadre de vie plus agréable et confortable ? Les relations familiales sont-elles bonnes ou bénéficieraient-elles de l’avis d’un conseiller ? Il faut voir et comprendre ce qui nous gêne et effectuer les changements nécessaires, ce qui peut sérieusement augmenter notre tolérance à la douleur.
Veillez à ce que les objets les plus employés, à la maison ou dehors, soient facilement accessibles afin de moins se pencher ou s’étirer. Portez de bonnes chaussures et des vêtements confortables. Si voyager est un problème, essayez une ceinture lombaire et prévoyez des arrêts fréquents pour vous détendre les jambes. Cela peut prendre plus de temps mais cela vaut mieux que de ne pas partir du tout. Nous avons tous besoin d’une vie sociale et avec un peu de planification et de persévérance, nous pouvons l’avoir. Acceptez cette invitation à un mariage, rendez visite à un ami ou à de la famille, emmenez votre compagnon dîner, faites un effort. Mais prévoyez de vous reposer avant de vous aventurer dehors, planifiez la prise d’analgésiques oraux selon les circonstances et souvenez-vous que vous ne devez rester dehors qu’aussi longtemps que vous en avez envie.
Contempler notre vie comme un tout et effectuer des changements selon nos besoins nous donne une toute nouvelle aptitude à vivre et à gérer la douleur chronique.
Accepter de l’aide
J’ai déjà mentionné la nécessité de revoir nos valeurs et nos croyances pour pouvoir continuer notre vie. Je vivais très bien avec mes valeurs avant l’accident, bien que j’applique très souvent deux poids et deux mesures. Ainsi, il me semblait normal d’aider les autres sans attendre ni vouloir de paiements car le sentiment d’avoir donné librement de moi-même m’était très agréable. Mais si quelqu’un m’aidait, je lui refusais ce sentiment agréable en insistant pour le repayer en quelque façon. Cette double façon de voir m’a causé énormément de tourment intérieur durant ma période d’incapacité. Cela exagérait mon sentiment d’impuissance hors de toute proportion.
Je me souviens d’un jour que j’étais au lit. J’entendais quelqu’un tondre notre pelouse et je demandais à ma femme qui c’était. " C’est Noël ", dit-elle. " Tu lui as demandé de le faire ? " demandais-je. " Non, il a tout simplement proposé ".
Noël était un ami et je me souviens d’être resté là, étendu, à ruminer pour savoir comment j’allais le repayer. La pelouse avait besoin d’être tondue et il faisait abominablement chaud. Finalement je demandais à ma femme d’aller acheter un carton de bière et de le donner à Noël. Elle le fit mais quand elle me raconta ce qui s’était passé, je fus anéanti.. Apparemment, Noël avait été à la fois embarrassé et offensé par mon geste. Je l’avais insulté en mettant en œuvre mon vieux jeu de deux poids et deux mesures. Je n’avais pas réalisé que Noël ne voulait pas de ce carton de bière, il avait simplement voulu aider un ami dans la difficulté. La raison de ma dualité était dans mon passé. Je croyais que si je ne demandais jamais rien et si je payais pour ce que je recevais, je ne devrais jamais rien à personne. Cela donne une toute autre coloration au terme " solde débiteur".
Vivre selon cette règle peut avoir été juste ou non tant que j’étais bien portant mais à ce point de mon existence, elle est entièrement inappropriée. Car maintenant j’ai souvent besoin d’aide et cela pose problème si je dois toujours repayer les gens pour leur gentillesse.
Quelque chose devait changer ou bien j’allais crouler sous la culpabilité ou faire faillite ou les deux.
Pour moi, les croyances dysfonctionnelles ne sont rien d’autre que des mauvaises habitudes qu’il faut briser pour survivre et être heureux. Mais comment faire ? Pour moi, cela a été de me souvenir comment je me sentais quand j’avais sincèrement aidé quelqu’un. Je me sentais bien, mon estime personnelle augmentait et je ressentais un sentiment d’accomplissement et de respect de moi-même.
J’ai pensé ensuite " comment puis-je priver quelqu’un, et particulièrement un ami, de ce même sentiment ? " Comment puis-je les insulter en essayant de donner un prix à leur bonne volonté ? Le mot " empathie " vient à l’esprit mais c’est davantage qu’un mot, c’est une qualité. C’est l’aptitude de regarder les choses du point de vue de l’autre.
Une autre façon de voir les choses est de réaliser que nos amis et parents peuvent se sentir impuissants à nous aider lorsque nous avons mal. Ils désirent sincèrement nous en débarrasser pour toute l’éternité mais ils ne le peuvent pas. Alors il nous appartient de leur demander leur aide quand nous en avons besoin et d’accepter cette aide lorsqu’elle nous est donnée. Ainsi, nous pouvons nous aider les uns les autres
Voir le bon côté
Longtemps après avoir terminé ma rééducation, je me suis souvenu des paroles d’une conseillère. Elle m’avait dit d’essayer de voir le bien dans ce qui m’arrivait. J’avais pensé qu’elle était à côté de ses pompes mais récemment, j’ai commencé à comprendre ce qu’elle avait voulu dire.
Ainsi, la croissance personnelle peut être la conséquence de l’adversité et il m’avait été donné une chance de connaître mes enfants comme je ne les avais jamais connus auparavant. J’avais appris à me connaître et à m’apprécier en tant que personne, j’avais pu explorer de nouveaux thèmes d’intérêt et de nouveaux hobbies. J’ai une appréciation plus profonde de ma vie et de nos relations. Et la liste est longue.
Je crois qu’il y avait deux bonnes raisons pour lesquelles je n’avais pas vu le bon côté des choses auparavant : d’abord j’étais pessimiste à la suite d’un état dépressif constant et puis le bon côté était, en quelque sorte, en cours de fabrication. Quand je me sentais dépressif, je me concentrais sur le négatif ce qui enlevait au bien toute possibilité de se manifester. Mais quand j’eus appris à gérer les choses et à contrecarrer la dépression, d’autres aspects de ma vie se sont mis à s’améliorer. C’était le bon côté qui se manifestait. Moi et ma douleur, nous avons cessé de vouloir régenter ce que la vie a à nous offrir. Il semble donc que la conseillère avait eu raison, quelque chose de bon est sorti de l’épreuve, il m’a juste fallu le temps pour le voir.