11 ème BIENNALE INTERNATIONALE DE TINCHEBRAY
ELOGE DE LA DIVERSITE
Alors qu’elle entame sa onzième édition, l’écho que suscite la Biennale internationale de Tinchebray ne cesse de s’étendre hors des limites de l’Orne, ce qui n’est au demeurant qu’un juste retour des choses. Depuis sa fondation en 1984, la renommée qu’elle s’est acquise mobilise en effet la curiosité d’un public toujours plus large et passionné. Pour être au rendez-vous, les visiteurs n’hésitent pas à faire de longs déplacements, y compris de la capitale. La commune où André Breton vit le jour ne pouvait, il est vrai, faire moins. La présence tutélaire du poète justifiait à elle seule une certaine ambition artistique. Sachons donc saluer les mérites et le dévouement du comité organisateur, l’association des Amis des Arts de Tinchebray, « Le vieux Lavoir », dont les membres n’ont nullement ménagé leurs efforts pour nous offrir ce beau moment.
Un événement de cette nature et de cette importance n’est jamais certes une mince affaire à mettre en place. Il exige de ses maîtres d’œuvre une énergie et une constance à toute épreuve. Ces dernières sont engagées bien au-delà de la part visible de l’exposition qui nous est présentée. Une biennale, par définition, suppose une longue et minutieuse préparation qui a su, cette année encore, veiller à préserver une certaine diversité dans le choix des artistes accueillis. Diversité des styles, bien sûr, mais aussi des supports et des moyens techniques. Les exposants présents nous apparaissent, de fait, à la hauteur de cet enjeu. La démarche de certains d’entre eux nous était déjà familière. C’est pourquoi nous sommes doublement heureux de les revoir à Tinchebray.
L’un des mérites de cette biennale est aussi d’avoir convié deux hôtes de haut niveau, originaires l’un et l’autre du Royaume du Maroc. Depuis quelques années, en effet, cette manifestation a pour invité d’honneur un pays ami. C’est ainsi que les précédentes éditions accueillirent successivement la Pologne (1998), la Slovaquie (2000), la République Tchèque (2002), la République de Bulgarie (2004). Cette ouverture est pertinente. C’est pour nous l’occasion rêvée d’aborder une autre culture et de nous imprégner d’un héritage façonné par l’Histoire. C’est en outre une chance dont chacun doit ici mesurer l’importance providentielle. Rien n’est plus stimulant qu’une vraie rencontre entre les peuples et l’art, en ce domaine, est un solide ambassadeur, le plus profond, le plus humain peut-être.
L’univers des deux créateurs que nous sommes invités à découvrir est le fruit d’un parcours prestigieux et impressionnant. Il interpelle nos sens, attise notre curiosité et convie notre esprit hors de ses limites habituelles. La grâce arachnéenne des toiles de Yamou célèbre la germination, l’essor, l’expansion rayonnante. Son jardin céleste, hautement symbolique, rend hommage au mouvement incessant de la vie, à son besoin d’accomplissement. Il incline à une quête spirituelle. Les sculptures insolites d’Ahmed Ez-Zoubir sont l’œuvre d’un artiste insatiable, ouvert à tous les aspects de la création artistique. Connu et apprécié pour ses talents de décorateur, il est l’un des plus grands spécialistes des matériaux de synthèse. Le contenir en une formule est impossible, tant il est inventif et fécond. Son itinéraire inspire le respect. Soucieux de transmettre un savoir, il enseigne à l’Ecole supérieure des Arts Appliqués Olivier de Serre et pratique la calligraphie.
La présence de ces deux artistes devrait durablement marquer cette édition à laquelle participent de nombreux exposants (77 peintres et 30 sculpteurs). Ce n’est pas sans fierté que nous les saluons.
Luis PORQUET
Critique d’art
le 28 février 2006
* * * * * * * * * * * * * * * * * * *