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Paris, le 7 mars 1996
Communiqué

 

Identification d'une anomalie génétique de type inattendu, à l'origine d'une importante maladie neurologique héréditaire : l'ataxie de Friedreich

 






L'anomalie génétique à l'origine de l'ataxie de Friedreich vient d'être identifiée. Il s'agit de l'expansion d'une séquence trinucléotidique répétée dans un gène de fonction inconnue, situé sur le chromosome 9. C'est la première fois qu'un mécanisme moléculaire de ce type est mis en émique récessive. Après les maladies de Duchenne, Steinert, Charcot-Marie- Tooth et Huntington, la dernière des maladies neurologiques ou neuromusculaires héréditaires "classiques" (décrites au 19ème siècle) nous livre ainsi le secret de son origine.
Cette découverte publiée dans Science du 8 mars (1) est le résultat des travaux menés depuis 8 ans par l'équipe du Dr. Michel Koenig et du Pr. Jean-Louis Mandel à l'Institut de Génétique et Biologie Moléculaire et Cellulaire de Strasbourg (CNRS, INSERM et Université Louis Pasteur) en collaboration étroite, cette dernière année, avec l'équipe du Pr. Massimo Pandolfo (Baylor College of Medicine de Houston).
Ces travaux ont bénéficié également de l'aide de Généthon (Centre de recherche sur le génome humain et les maladies génétiques), de subventions de l'AFM (organisatrice du Téléthon) et du Groupement d'Etude et de Recherche sur les Génomes (GREG). Plus de 180 familles françaises, italiennes et espagnoles et l'Association Française de l'Ataxie de Friedreich (AFAF) ont participé à cette étude.

Décrite pour la première fois en 1863 par le neurologue allemand Nikolaus Friedreich, l'ataxie de Friedreich touche 1 personne sur 50 000 en Europe. C'est la plus fréquente des ataxies héréditaires. Un européen sur 120 serait porteur de l'anomalie génétique à l'origine de cette affection transmise sur le mode récessif (2). Principalement dûs à une dégénérescence neuronale de la moelle épinière, les premiers troubles de la coordination (ataxie) touchent les membres inférieurs vers l'âge de la puberté. Ils se traduisent alors par une démarche vacillante et une instabilité à la station debout. Par la suite, ces troubles se généralisent tandis qu'apparaissent d'autres signes : difficulté d'élocution (dysarthie), tremblement des mains et des bras, perte de la sensibilité profonde et des réflexes tendineux. L'ataxie est presque toujours associée à une atteinte du muscle cardiaque (cardiomyopathie) qui peut se révéler fatale. Les patients présentent également un risque accru de diabète. Il n'existe à l'heure actuelle aucun traitement spécifique permettant d'enrayer la progression de cette affection évolutive, qui se solde par la perte de la marche avant 30 ans.
La découverte d'une expansion trinucléotidique à l'origine de cette affection est inattendue à plus d'un titre. C'est la première fois que ce mécanisme moléculaire, déjà en cause dans une dizaine de maladies autosomiques dominantes ou liées au chromosome X, est mis en évidence dans une maladie récessive. Plus inattendue encore est la répétition du trinucléotide GAA (jusqu'à 900 fois). Tous les cas connus jusqu'ici concernaient les trinucléotides CGG/CCG (comme pour le syndrome X fragile) ou CTG/CAG (pour la maladie de Huntington et la maladie de Steinert). Enfin, c'est la première fois qu'une expansion est retrouvée dans un intron, une partie non codante d'un gène.
Reste à chercher les possibles corrélations entre la taille de l'expansion et la sévérité de l'expression clinique. Des expansions modérées pourraient être responsables de certaines formes d'ataxies, proches de l'ataxie de Friedreich. La mise en évidence d'une anomalie génétique quasiment unique permettra, dans l'immédiat, de rendre plus fiable le diagnostic de cette affection, et de répondre à une interrogation fréquente de la part des frères et soeurs des patients concernant le risque d'avoir un enfant atteint. Il sera désormais possible de les rassurer complètement, en recherchant chez le conjoint la présence improbable (un risque sur 120) d'une expansion. A terme, la compréhension de la fonction de la protéine en cause, baptisée "frataxine", permettra peut-être d'envisager de nouvelles voies thérapeutiques.
(1) Victoria Campuzano, Laura Montermini, Maria Dolores Moltò, Luigi Pianese, Mireille Cossée, Francesca Cavalcanti, Eugenia Monros, François Rodius, Frank Duclos, Antonella Monticelli, Federico Zara, Joaquin Canizares, Hana Koutnikova, Sanjay Bidichandani, Cinzia Gellera, Alexis Brice, Paul Trouillas, Giuseppe De Michele, Alessandro Filla, Rosa De Frutos, Francisco Palau, Pragna I. Patel, Stefano Di Donato, Jean-Louis Mandel, Sergio Cocozza, Michel Koenig et Massimo Pandolfo, "Friedreich Atatxia : autosomal recessive disease caused by an intronic GAA triplet repeat expansion" Science le 8 mars 1996.
(2) le père et la mère ne sont pas malades mais porteurs, à leur insu, de l'anomalie génétique qu'ils peuvent transmettre à leur enfant, garçon ou fille.


Coordonnées chercheurs
IGBMC (CNRS-INSERM-Université Louis pasteur) à Strasbourg
Dr Michel Koenig - Tél. : 03 88 65 33 99 ou 03 88 65 34 16
Pr Jean-Louis Mandel - Tél. : 03 88 65 32 44
Contact département Sciences de la Vie :
Thierry Pilorge, département des Sciences de la vie - Tél. : 01 44 96 40 26
Coordonnées de l'Association Française de l'Ataxie de Friedreich (AFAF)
M Vachon (président) - Tél. : 01 60 63 20 42
M et Mme Bourderau - Tél. : 01 39 13 73 04

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