Sergio Leone

Sergio Léone est né en
1929 à Rome. Il commence à travailler pour le cinéma à la fin
des années 40 en devenant assistant metteur en scène, d'abord
pour son père, le cinéaste Roberto Roberti, puis pour une
infinité de réalisateurs italiens: Camenni, Blasetti,
Comencini, Marlo Bonnard ... Il participe également aux
scénarios de divers péplums, puis il signe son premier film en
tant que réalisateur à part entière: Le colosse de Rhodes
(1960). Lorsqu'il se lance en 1964 dans l'élaboration d'un
western, plusieurs films appartenant à ce genre ont déjà été
tournés en Italie. Il s'agit en fait de pâles copies de leurs
homologues américains, des plagiats sans originalité et
fabriqués avec très peu de moyens. Léone intitule son film Pour
une poignée de dollars et confie le rôle principal à un
acteur américain inconnu, un certain Clint Eastwood. Tout le
monde connaît aujourd'hui le succès de l'entreprise. Le western
"spaghetti" était né. Les films de Léone (Pour
quelques dollars de plus, Le bon, la brute et le truand, Il
était une fois dans l'ouest, Il était une fois la Révolution) planent
très haut au dessus de toute la production de l'époque et seuls
Sergio Sollima et Sergio Corbucci sont en mesure de supporter la
comparaison sans trop de ridicule. Léone apporte au western la
violence et la démesure, mais aussi l'humanité qui lui manquait
parfois, une humanité faite de rapines et de coups bas, de
trahisons et de lâchetés, de tous ces sentiments
contradictoires qui font l'homme tel qu'il est. Chez Léone, le
héros n'existe pas. Le personnage interprété par Eastwood dans
la trilogie des "dollars" est un opportuniste rusé et
violent qui ne parvient à s'impose comme lipositif 'que grâce
à l'extraordinaire noirceur de ses adversaires: Gian Maria
Volonté est un psychopathe intelligent mais déséquilibré et
Lee Van Cleef n'est qu'une monstrueuse machine à tuer. Le
leitmotiv de ces chasseurs, clairement annoncé dans les titres,
n'est autre que l'argent, qui règne en maître absolu sur la
conquête des grands espaces américains. La violence et la noire
ironie imposées par Léone ne sont pas pires que celles qui
régissent réellement la marche du monde et cette lucidité qui
colle aux personnages comme le sable et la boue à leurs bottes
atteint de plein fouet le spectateur de ces contes grandiloquents
et baroques. Mais la pire des figures décrites par Léone reste
celle de Franck, qui s'anime sous les traits du grand Henry Fonda
dans Il était une fois dans l'ouest. Cet assassin
méthodique et glacial surpasse en cynisme El Indio et Sentenza
réunis, car il accompagne la marche inexorable d'un
progrès qui ne s'embarrasse pas de scrupules. Et s'il perd la
vie dans le duel qui l'oppose à Harmonica, il n'emporte pas avec
lui tout ce qu'il représente. Car il n'est que l'ambassadeur
d'une nouvelle ère qui ne laisse aucune place aux aventuriers
d'antan. Dans cet optique, Harmonica est aussi mort que peut
l'être Franck même si sa mort n'est que symbolique. Ce
pessimisme clairvoyant sera encore plus évident (et
désespéré) dans Il était une fois la Révolution, où
James Coburn et Rod Steiger font la difficile expérience de la
fin de toutes les illusions, même les plus généreuses. Encore
une douloureuse leçon de lucidité. On le constate, l'apport de
Léone au western est plus qu'essentiel: il est vital, et si le
genre existe encore (certes épisodiquement) aujourd'hui, le lion
romain y est évidemment pour une grande part.
Dans les années 70, Léone se consacrera à la production avec
surtout deux westerns d'inspiration parodique, interprétés par
Terence Hill: Mon nom est Personne (qui voit la rencontre
Hill - Fonda) en 1973 et Un génie, deux associés et une
cloche en 1975, le premier réalisé avec talent par Tonino
Valerii, le second avec paresse par Damiano Damiani (qui est
pourtant l'auteur de l'intéressant El Chuncho). Léone
produira encore, à l'aube des années 80, un film de Giuliano
Montaldo, Le jouet dangereux, avec Nino Manfredi et
Vittorio Mezzogiorno. Il se consacrera ensuite à ce qui restera
son dernier film, Il était une fois numérique, "tableau
saisissant du rêve américain, avec son lot de puissance,
d'argent et de gloire, le grand banditisme n'étant que le
marchepied permettant aux personnages d'atteindre cet
eldorado" comme l'écrit Philippe Mathis dans la revue EX7L ET
VOUS (avril/mai 1996). Sergio Léone est décédé en 1989,
laissant derrière lui une demi-douzaine de films incontournables
et un projet qui s'annonçait grandiose: Les neuf cents
joumées de Leningrad.
Bibliographie: le magnifique ouvrage "Conversation avec Sergio Leone" de Noël Simsolo. Chez Ramsay Poche.
"Peu de films, mais quels films : Le bon, la brute et le truand, Il était une fois dans l'ouest, Il était une fois la révolution, il était une fois en Amérique, ont rendu mondialement célèbre Sergio Leone. Mais ce que l'on apprend, aux détours de ces conversations avec Noël Simsolo, révèle des aspects innattendus de sa personnalité. Avant d'être l'inventeur du western spaghetti, Sergio Leone est un homme aux miltiples préoccupations. Fils d'un cinéaste célèbre réduit au chômage par le fascisme, il s'est intéressé au grand cinéma américain, à l'architecture romaine, à la peinture surréaliste, à la bande-dessinée. A ses débuts, il fut l'assistant de cinéates prestigieux, Vittorio de Sica, Robert Wise, william Wyller, Fred Zinneman, raoul Walsh et Orson welles. Riche d'enseignements sur la genèse de ses propres films, ces conversations en toute liberté fourmillent d'anecdotes et nous en disent long sur les plus célèbres de ses collaborateurs, comme Clint Eastwood, Ennio Morricone ou Robert de Niro, et surtout sur ce personnage étonnant qu'est Sergio Leone lui-même."
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