








Jean-Pierre Fragnière* : "La pauvreté apparaît essentiellement comme une situation de dépendance et une incapacité à élaborer des projets. C'est que la pauvreté est liée à la distribution du pouvoir, du prestige et des ressources dans la société, et recouvre avant tout :
Les ménages vivent en situation de pauvretl, lorsqu'ils cumulent les désavantages qui sont des symptômes de l'impuissance sociale."
La réémergence ("ré", puisqu'elle n'avait pas disparu : tout au plus était-elle devenue invisible -mais il n'est rien de moins visible que ce qu'on se refuse à voir) de la pauvreté pose ce que Robert Castel considère comme une "nouvelle question sociale", et qui se manifeste par la mise en oeuvre d'un processus d'exclusion en trois étapes :
Ces trois "stades" de l'exclusion, trop souvent confondus, correspondent à trois réalités fort différentes et devraient donc appeler des réponses différentes de la part des institutions sociales, publiques ou non.
Selon une étude réalisée en 1994 par le Fonds national suisse de la recherche scientifique, réalisée auprès de 100 communes alémaniques et de 25 services d'aide sociale, les principaux groupes sociaux bénéficiaires de l'aide (ou assistance) sociale en 1992 étaient les suivants :
(OFS, 1999) La première démarche nécessaire à la définition d'un "seuil de pauvreté" consiste, évidemment, à définir la pauvreté elle-même. Le "seuil de pauvreté" permettra d'identifier et de recenser les pauvres -mais encore faut-il savoir ce que l'on entend par "pauvreté", et ce qui définira ce seuil. Or il n'y a pas de définition unique et incontestable de la pauvreté, s'il y en a une de la misère (l'incapacité à subvenir à ses besoins physiques vitaux).
On se retrouve donc, en sociologie, face à, d'une part des auteurs définissant la pauvreté à partir de besoins de bases, évalués en termes monétaires, les "pauvres" étant ceux qui ne disposent pas de revenus suffisants pour couvrir ces besoins, et d'autre part des auteurs définissant la pauvreté à partir du niveau de vie ou des normes sociales prévalant en un lieu et à un moment donné, les pauvres étant ceux qui se situent en dessous de la moyenne ou de la médiane du niveau de vie, ou ne peuvent satisfaire matériellement au respect des normes sociales. Le point commun de ces deux approches est qu'elles définissent la pauvreté en recourant à un indicateur de ressources ou de statut social unique (le revenu, les dépenses), la pauvreté étant définie par le fait de ne pas disposer de ces ressources ou de de ne pas jouir de ce statut.
Ces deux approches ont en outre un défaut commun : celui de ne prendre en compte qu'un aspect particulier de la réalité; ainsi du revenu : déterminer le niveau du revenu d'une personne permet certes de savoir si cette personne dispose des moyens de satisfaire ses besoins essentiels, mais pas si elle les satisfait réellement, dans la mesure où le niveau du revenu n'indique rien de la manière dont il est dépensé (concrètement, un héroïnomane disposant d'un revenu mensuel de 8000 francs) sera plus pauvre qu'un non-héroïnomane avec un revenu deux fois plus faible), En soi, le revenu ne dit pas grand chose, ou du moins pas assez, sur les conditions de vie réelles des individus. La remarque vaut pour la dépense : elles ne permettent que de situer le niveau de consommation, non réellement le niveau de vie, dans la mesure où un consommateur peut sélectionner les biens et services les meilleurs marchés (et donc dépenser moins).
Certains auteurs (comme Travers et Richardson) proposent de recourir à un concept de "revenu élargi" pour situer le niveau de vie des individus, en ajoutant au revenu tel qu'habituellement considéré des indicateurs qualitatifs comme l'état de santé, le temps libre et son usage, le niveau d'éducation. Mais il faut encore recourir à une mesure monétaire (sur la base du coût d'opportunité du marché ou du prix que les individus doivent ou devraient payer pour jouir d'un bon état de santé, d'une quantité donnée de temps libre ou d'un haut niveau d'éducation) pour arriver à intégrer ses critères qualitatifs à un "revenu élargi". On se retrouve donc, ici aussi, avec une définition purement quantifiée du revenu et, par voie de conséquence, du seuil de pauvreté.
La question se pose donc de savoir si l'on va définir un seuil de pauvreté, voire la pauvreté elle-même, à partir du revenu ou des dépenses ou à partir d'"indicateurs de privation" : le "pauvre" ne serait pas alors celui qui se situerait en dessous d'un certain niveau de revenu ou de dépense, mais, plus concrètement, celui qui ne peut satisfaire à ses besoins de base. Le défaut d'une telle définition est qu'elle permet mal de distinguer la pauvreté de la misère, son avantage est qu'elle ne situe pas la peuvreté par référence à un indicateur statistique, mais par référence à des conditions réelles d'existence. En d'autre terme, une personne qui avec 2000 francs par mois arrive à se loger, se vêtir, se nourrir, se soigner et se déplacer sera moins pauvre qu'une personne qui avec 4000 francs par mois n'y arrivera pas -pour quelque raison que ce soit.
Townsend établit ainsi en 1979 une liste de 60 indicateurs suceptibles, selon lui, de résumer les activités courantes dans une société -c'est-à-dire la capacité d'un individu à satisfaire aux normes sociales. Il dérive ensuite de douze de ces indicateurs un "indice de privation" à partir duquel il erait possible de définir la limite de la peuvreté. D'autres auteurs, Mack et Lansley, approfondissent cette proposition en suggérant une mesure de la pauvreté basée sur les biens et activités considérés comme nécessaire par la majorité de la population -et dont, par conséquent, la non-possibilité d'acquisition ou de satisfaction serait constitutive de la pauvreté.
Toutes ces méthodes sont fondées sur la même hypothèse : celle qu'il est possible de "délimiter" la pauvreté -et donc d'dentifier les pauvres- en déterminant un seuil de pauvreté. Or, outre qu'il n'y a pas consensus sur l'établissement de ce seuil, il est peut-être douteux même de l'établir de manière précise, et d'établir par conséquent une délimitation précise entre les pauvres et les autres. On peut en effet difficilement soutenir que deux individus dont le revenus est équivalent sont, pour cette seule raison, dans la même situation, et moins encore que deux individus dont le revenu ne différererait que de quelques dizaines de francs pourraient se situer en-deçà et au-delà du seuil de pauvreté et être considérés, pour ces quelques dizaines de francs, l'un comme pauvre et l'autre comme "non-pauvre". La pauvreté est finalement une notion socialement précise, mais économiquement floue : socialement précise si on la rapporte à la non-satisfaction de besoins essentiels, précisément définis (le logement, les soins, l'habillement, la nourriture etc...) économiquement floue si on tente de la mesurer par le seul critère du revenu.
Dire qu'une personne appartient ou non à "l'ensemble des pauvres" peut donc se faire selon deux modalités : une modalité binaire (appartient/n'appartient pas), si "l'ensemble des pauvres" est un ensemble précis, défini en fonction de critères précis, et une modalité graduelle, évaluant dans quelle mesure la personne considérée appartient et n'appartient pas à un "ensemble des pauvres" dont on peut faire partie par certains aspects, et ne pas faire partie par d'auitres (on est là en présence d'un "ensemble flou", et d'une distinction entre l'appartenance et la non-appartenance à l'ensemble qui fait appel à une transition graduelle entre la pauvreté extrême (la misère) et la modicité des ressources (la gène).
Dès lors, il s'agit d'évaluer le degré d'appartenance d'une personne à l'"ensemble flou" des pauvres à partir d'indicateurs de conditions de vie, fondés sur des variables quantitatives et qualitatives, liées à un aspect particulier de la pauvreté et traduisant la privation d'un droit fondamental particulier -la pauvreté étant dès lors considérée comme l'accumulation de situations de privation.
Méthodologiquement, et fondamentalement, le problème va dès lors être de déterminer les critères à partir desquels établir un "indice de pauvreté", c'est-à-dire les indicateurs de privation associés à des normes, des droits, des pratiques sociales précises. La difficulté est ici d'établir des critères, et donc de déterminer des normes, de la manière la plus "objective" et la moins "idéologique" précise : telle pratique sociale peut en effet être considérée comme un droit fondamental pour des raisons renvoyant moins aux conditions matérielles d'existence qu'aux modalités d'intégration sociale, c'est-à-dire d'adhésion aux normes sociales de comportement (qu'en est-il, par exemple, de la possession ou non d'une télévision ou d'une automobile ?). Le danmger est évident : il est de substituer un indice de non-conformité au style de vie dominant à un indice de pauvreté réelle, et de mettre sur le même plan la privation de télévision et la privation de soins, par exemple -on sait bien que, dans la réalité, des "pauvres" choisiront de réduire leurs dépenses de santé plutôt que de se priver de télévision, ou d'automobile...
(OFS 1999) Le revenu d'un "ménage" (qui peut n'être constitué que d'une seule personne) est constitué notamment du revenu régulier sous forme monétaire, des flux de revenus provenant de la fortune, de la production propre, des transferts étatiques (allocations), des transferts privés (dons, héritages). Du total de toutes les ressources à disposition du ménage, il convient évidemment de déruire les impôts, les transferts dont le ménages s'acquitte en espèce ou en temps. L'OFS dresse ainsi la liste des principaux éléments constitutifs et déductifs du revenu :
REVENUS EN ARGENT 1. Revenu provenant d'une activité lucrative, revenu du capital 2. Transferts étatiques d'argent (rentes, allocations) 3. Transferts privés d'argent (pension alimentaire, soutien régulier) REVENUS NON MONÉTAIRES 4. Rendement de la fortune (en sus de 1.) 5. Autoproduction TRANSFERTS RÉELS 6. Transferts étatiques réels (formation, santé) 7. Transferts réels réguliers liés à la profession (en plus du salaire) 8. Transferts réels de temps régulier (p.ex. prise en charge de parents) TRANSFERTS IRRÉGULIERS 9. Cadeauy et héritages 10. Indemnisations en capital (p.ex. assurances) 11. Transferts de temps uniques par des parents DEDUCTIONS 12. Impôts et charges sociales 13. Transferts en argent ou transferts réels fournis 14. Versement d'intérêts 15. Transferts de temps fournis 16. Surplus de dépense dû à l'état de santé FORTUNE 17. Fortune immobilière, sous déduction des hypothèques 18. Autre fortune, sous déduction des dettes
Cotisations et primes d'assurance : 21 % des dépenses mensuelles (16,1 %), soit 1557 FS (1000 FS)
Logement et énergie : 17,9 % des dépenses mensuelles (17,3), soit 1328 FS par mois (1075 FS)
Impôts : 13.3 % des dépenses mensuelles (12,3 %), soit 989 FS (765 FS)
Alimentation, boissons et tabac : 9,7 % en 1998 (12,7 %), soit 718 FS (790 FS)
Certains indicateurs vont donc devoir être considérée comme plus importants que d'autre, plus déterminants que d'autres. A l'évidence, la privation de nourriture et la privation de télévision, la privation de soins et la privation d'automobile, n'ont ni les mêmes conséquences, ni la même signification.
On en arrive ainsi à constituer un "indice flou de pauvreté", comme celui proposé par Cerioli et Zani. L'Office fédéral suisse de la statistique a effectué une analyse multidimensionnelle de la pauvreté en recourant à une mesure de la pauvreté à partir d'un tel indice et des données provenant de l'enquête sur la consommation de 1990 (tout en reconnaissant que le choix de ces données pose problème, en ce sens que les ménages interrogés ont été sélectionnés par tirage au sort dans l'annuaire téléphonique, ce qui exclut évidemment les ménages ne disposant pas du téléphone, c'est-à-dire probablement les ménages les plus pauvres : les SDF, les personnes prises en charge dans des foyers d'accueil, les retraités placés dans des homes pour personnes âgées).
Sur la base des données de l'enquête sur la consommation, l'Office fédéral de la statistique a établi des "indicateurs de privation", répartis en quatre catégories : la première liée au logement (eau chaude, surface habitable), la seconde aux biens durables (cuisinière, réfrigérateur, congélateur, lave-vaisselle, lave-linge, téléviseur couleur, magnétoscope, voiture), la troisième au revenu disponible et la quatrième aux dépenses (alimentation, vêtements, loisirs, culture et tourisme).
Finalement, en utilisant chacun de ces indicateurs, l'OFS a établi des "degrés d'appartenance à la pauvreté" se situant entre 0.0006 ( faible état de privation, associé à la généralisation de l'accès à l'eau chaude -seuls 2,5 % des ménages n'en disposent pas) à 0.9010 (privation prononcée, associée à un accès beaucoup plus discriminé aux loisirs, à la culture et au tourisme). On note ainsi les pourcentages de privation suivants (sans d'ailleurs, pour certains, préciser si cette priovation est volontaire ou non : la question se pose par exemple pour les téléviseurs couleur ou les voitures, dont la possession ou non est retenue comme un indicateur de pauvreté mais peut tout aussi bien relever d'un choix des personnes) :
Les auteurs de l'étude de l'OFS résument les intensités de privation différentes selon qu'il s'agit de biens ou de services considérés comme réellement indispensables ou de biens et services dont il est plus aisé de se passer, en établissant une sorte d'échelle d'intensité de la privation, faisant apparaître trois types de privations différentes :
Se livrant au même exercice à partir dee dépenses, et non des biens et services, on aboutit également à établir une échelle d'intensité de la privation, avec trois échelons, l'échelon haut correspondant à la privation la plus rare et aux dépenses les plus indispensables, et l'échelon bas à la privation la plus répandue et aux dépenses considdérées comme moins indispensables :
La logique de ces échelles d'intensité de la privation est claire : plus une privation est rare, plus le poids qui lui est associé est élevé. Comme on pouvait s'y attendre, la privation alimentaire est plus rare que la privation culturelle.
L'étude de l'OFS s'est ensuite attachée à "décomposer" l'"indice flou de pauvreté", en divisant la population en cinq sous-groupes définis par le niveau socio-économique du chef de ménage (c'est-à-dire la personne qui apporte la plus grande contribution financière au revenu total du ménage). Pour chaque sous-groupe a été calculé le "niveau global de pauvreté", par la même méthode et les mêmes indices que ceux des indicateurs de privation, l'indice global de pauvreté (pour l'ensemble de la population) étant une moyenne pondérée de l'indice de chaque sous-groupe, compte tenu du poids respectif de chaque sous-groupe dans la population totale (l'OFS relevant toutefois que "certains groupes de la population pourraient avoir des besoins et des goûts différents" des autres, "et par conséquent ne pas accorder la même importance aux indicateurs sélectionnés". Les cinq sous-groupes socio-professionnels sont les suivants :
Les retraités, les chômeurs et les étudiants sont affectés des degrés de privation les plus élevés. Les agriculteurs ont en général un niveau de revenu disponible et de dépenses de consommation faible, mais ne semblent pas confrontés à de moins bonnes conditions de vie que le reste de la population, si l'on tient compte des conditions de logement et de la possession de biens durables.
Les auteurs des rapports de l'OFS ont procédé à une seconde décomposition de l'"indice flou de pauvreté", en construisant cinq catégories à partir de l'âge du chef de ménage :
Ces cinq catégories sont regroupées par les rapporteurs en deux groupes : un groupe dont le niveau de privation est inférieur à la moyenne nationale, et qui est composé des ménages dont le chef appartient à l'une des trois classes d'âge intermédiaires, c'est-à-dire a de 30 à 64 ans, et un groupe dont le niveau de privation est supérieur à la moyenne nationale, et qui est composé des moins de 30 ans et des plus de 65 ans. Les ménages avec à leur tête une personne de moins de 30 ans ou de plus de 65 ans sont affectés des niveaux de privation les plus élevés. En clair, la pauvreté (identifiée à la privation) frappe plus les plus jeunes et les plus vieux. Entre ces deux extrêmes, le niveau de privation commence par diminuer, atteint son minimum dans la classe d'âge médiane des 40-49 ans, puis augmente. Cependant, lse niveaux de revenu disponible et de consommation des moins de 30 ans sont en moyenne plus élevés que ceux des autres groupes.
La Suisse ne connaît pas de définition officielle de la pauvreté, ni de fixation d'un seuil unifié et légal de pauvreté. Dans la pratique, cependant, différents seuils de minimums d'existence ont été fixés ou reconnus, dont les deux principaux, celui fixé par la rente minimale de l'Assurance-vieilesse et invalidité (AVS-AI), censée selon la Constitution fédérale assurer les moyens d'existence, et celui défini en fonction des critères de l'Organisation internationale du travail.
(OFS 1999) En se basant sur les chiffres de 1992, le seuil de pauvreté en Suisse était fixé aux limites suivantes :
1. le revenu et les dépenses obligatoires selon la déclaration d'impôt de l'unité fiscale
2. Comme 1., mais en y ajoutant les transferts d'aide sociale;
3. Comme 2, mais en tenant compte de tous les revenus et de toutes les dépenses de tous les adultes de l'unité fiscale
Quant au taux de pauvreté, c'est-à-dire à la proportion de la population se trouvant sous le niveau de pauvreté, il est donné entre parenthèses, selon que l'on tient compte (deuxième chiffre) ou non (premier chiffre) de la fortune éventuelle des personnes concernées.
En fonction de la médiane du revenu :
1. 1540 FS (10,6 % / 8,5 %) 2. 1560 FS (9,4 % / 7,3 %) 3. 1690 FS (6,6 % / 4,7 %)
En fonction de la moyenne du revenu :
1. 1660 FS (12,2 % / 9,7 %) 2. 1690 FS (11,2 % / 8,6 %) 3. 1910 FS (10,3 % / 7,3 %)
Selon les critères de la Conférence des institutions d'action sociale :
1, 2 et 3 : 1800 FS (14,8 % / 5,8 %)
Selon les critères d'octroi des prestations complémentaires :
1, 2 et 3 : 2'100 FS (21,5 % / 10,1 %)
Comme on le constate, les écarts sont considérables selon que l'on adopte tel ou tel critère de définition du revenu, et de fixation du seuil de pauvreté. Selon sa définition la plus restrictive, la pauvreté toucherait 4,7 % de la population suisse; selon sa définition la plus exhaustive, elle toucherait 21,5 % de la population suisse. La première définition correspond à un niveau de pauvreté "absolue" (du moins dans la définition qu'on peut en donner dans un pays comme la Suisse, en 1992), la seconde à un niveau de pauvreté "relative". Un(e) habitant(e) de la Suisse sur vingt serait un(e) "pauvre absolu(e)", un(e) habitant(e) de la Suisse sur cinq un(e) "pauvre relatif-ve")...
En fonction du seuil de pauvreté de la CSIAS (1800 FS/mois), et en tenant compte du revenu disponible, prestations étatiques comprises, et de la fortune, par ménage, ont obtient les taux de pauvreté suivants pour 1992 :
Par classes d'âge : . 20-29 ans : 8,8 % . 30-30 ans : 7,7 % . 40-40 ans : 4,5 % . 50-59 ans : 3,0 % . 60-69 ans : 2,8 % . 70-79 ans : 5,2 % . 80 ans et + : 4,5 % En fonction du sexe : Femmes : 6,2 % Hommes: 5,4 % En fonction de la nationalité : Suisses : 5,2 % Etrangers: 7,6 % En fonction du type de ménage : Femmes vivant seules : 6,9 % Hommes vivant seuls : 7,5 % Personnes seules avec enfant : 11,0 % Couples sans enfants : 3,6 % Couples avec enfants : 5,7 %
Compte tenu des critères choisis, il s'agit de taux minimums. En élargissant les critères, par exemple en tenant pas compte des transferts étatiques, et/ou de la fortune, ou en faisant référence non au ménage mais à l'unité fiscale, on obtient des taux de pauvreté allant jusqu'au triple de ceux évoqués ci-dessus)
(OFS 1999) L'enquête "Budget de famille" de l'INSEE estime le seuil de pauvreté en France à environ 3800 FF/mois par unité de consommation (personne seule) en 1994, et par exemple à 7900 FF pour un couple avec deux enfants. A la même date, Le salaire minimum (SMIG) était fixé à 4800 FF, le minimum vieilesse à 3200 FF et le revenu minimum d'insertion à 3200 FF.
(Caritas 12.11) De 250'000 à 410'000 personnes n'atteignent pas le minimum vital en Suisse, tout en ayant un emploi à plein temps, selon une étude de Caritas. Ces "salariés pauvres" travaillent au moins à 90 % et se trouvent malgré cela en dessous du seuil de pauvreté, qu'il s'agisse (estimation basse) de celui défini par la Conférence suisse des institutions d'action sociale ou de celui (estimation haute) de celui défini par les critères donnant droit aux prestations complémentaires aux rentes de retraite (AVS) ou d'invalidité (AI). Selon Caritas, les risques de compter un jour parmi les salariés pauvres sont les plus élevés pour les couples avec enfants et les hommes vivant seul mais devant assumer une pension alimentaire. Les trois quarts des "salariés pauvres" sont des Suisses, une bonne partie travaillent dans la restauration, la vente et l'industrie et les deux tiers ont moins de 40 ans.
(TG 29.11) Un Suisse sur dix vivait en 1998 au seuil de peuvreté, ou en dessous, avec 2100 francs ou moins de revenu mensuel.
(OFS 1999) Selon l'Office fédéral de statistiques la répartition du revenu des ménages suisses était la suivante, en 1992 (en fonction des données fiscales des personnes "sondées") :
La première étude scientifique sur la pauvreté menée à l'échelle nationale suisse dans le cadre d'un programme du Fonds de la recherche scientifique évalue le nombre des pauvres en Suisse (dans les années 1982 à 1992) à 390'000 personnes si l'on prend comme seuil de pauvreté celui de l'octroi des prestations complémentaires de l'assurance vieilesse/invalidité, ou 680'000 personnes si l'on prend comme seuil celui établi par la Conférence suisse des institutions sociale. Le pourcentage de la population suisse qualifiable de pauvre oscille donc entre 5,6 % et 9,8 %.
LA SUISSE ROMANDE EST PARTICULIÈREMENT TOUCHÉE : 27 % des "pauvres suisses" résideraient en Romandie, qui n'abrite que 23,6 % de la population.
UN MÉNAGE SUISSE SUR CINQ EST SANS FORTUNE, ou a davantage de dettes que de fortune. La moitié des ménages possède une fortune inférieure à 59'000 FS. Le 10 % des ménages les plus riches possèdent les deux tiers de la fortune des ménages.
Les taux de pauvreté ont tendance à baisser à mesure que l'âge augmente. Près de 60 % des pauvres ont moins de 40 ans, 36 % ont entre 30 et 39 ans.
Dans une première approche quantitative globale de la pauvreté en Suisse, Georges Enderle, en 1987, évalue la population suisse touchée par la pauvreté à environ 400'000 personnes. En 1988, Brigitte Buhman avance une "fourchette" de 170'000 à 570'000 "pauvres" en 1982, selon le revenu que l'on retient pour situer le "seuil de pauvreté". Des études cantonales donnaient les chiffres suivants :
Fin mai 1991, Bâle-Ville rendait publique une étude selon laquelle 15 % des habitants du demi-canton sont pauvres, et 10 % menacés de l'être.
En 1994, selon une étude du Fonds national suisse de la recherche scientifique, réalisée auprès de 100 communes alémaniques, entre 100'000 et 150'000 personnes dépendaient partiellement ou totalement de l'assistance sociale.
Selon une étude publiée en janvier 1997, sous la direction du professeur Robert Leu de l'Université de Berne et basées sur des chiffres de 1992, 60 % des personnes vivant dans la précarité ont moins de 40 ans, entre 33 et 39 % des ayant-droit aux prestations complémentaires AVS-AI, c'est-à-dire ayant un revenu mensuel inférieur à 2100 francs/mois, ne font pas valoir leur droit, proportion atteignant 45 % de ayant-droit à une aide sociale, c'est-à-dire ayant un revenu inférieur à 1800 francs par mois.
Selon l'étude publiée en 1995 par le sociologue Peter Farago, 48 % des femmes de plus de 60 ans sont pauvres, et 21 % des hommes de la même classe d'âge.
Il s'avère en outre qu'une part importante de la pauvreté est, par les "pauvres" eux-mêmes, cachée : un tiers des personnes ayant droit aux prestations complémentaires de l'assurance-invalidité ne les réclament pas et 45 % des bénéficiaires potentiels de prestations d'aide publique refusent de les réclamer. Ces prestations ne font d'ailleurs pas forcément sortir leurs bénéficiaires de la pauvreté, puisque 26 % de ceux qui les reçoivent restent pauvres.
(Reuters 1.7) Plus d'un millard et demi d'êtres humains vivaient en 1998 avec moins d'un dollar par jour et le PIB par habitant a baissé dans un pays en voie de développement sur quatre, constate le département des affaires économiques et sociales des Nations unies dans un rapport diffusé à Genève le 1er juillet. La croissance économique globale dans les pays en voie de développement a chuté à 1,7% en 1998, contre 5,5% l'année précédente. Dans les pays développés, elle a atteint une moyenne de deux pour cent. Et le rapport, publié avant la réunion annuelle du Conseil économique et social de l'Onu, prévoit une amélioration limitée pour 1999 en dépit des signes de stabilisation sur les marchés financiers et de relance de l'économie globale. "Les ajustements dans les secteurs de l'économie réelle demanderont une plus longue période d'application et ne seront pas aussi rapidement fructueux que les changements opérés dans les indicateurs financiers et monétaires", poursuit le rapport. La réunion du Conseil économique et social devrait aboutir à l'adoption par les gouvernements et les agences de l'Onu à un plan d'action globale visant à enrayer l'accroissement de la pauvreté dans le monde.
Selon les rapports 1997 de l'UNICEF et de l'OMS :
(OFS 1999) L'enquête "Budget de famille" de l'INSEE estime le seuil de pauvreté en France à environ 3800 FF/mois par unité de consommation (personne seule) en 1994, et par exemple à 7900 FF pour un couple avec deux enfants.
800 organisations de 100 pays (selon un recensement provisoire) organiseront en 2000 une Marche mondiale des femmes contre la pauvreté et l'exclusion. L'initiative en a été prise par la Fédération des Femmes du Québec. Des marches, rassemblements et manifestations se dérouleront dans les différents pays représentés par des organisations participant à la marche, et culmineront le 17 octobre 2000 (Journée mondiale du refus de la misère) devant l'ONU, à New York.
Les organisatrices déclarent ne pas vouloir se contenter d'"une marche pour dénoncer les maux qui nous accablent", mais proposent de constituer une force de "proposition" pour "faire passer des lois". Elles rappellent que les femmes fournissent les deux tiers des heures de travail dans le monde et ne retirent que le dixième du revenu mondial, et qu'elles constituent 70 % du 1,3 milliard de pauvres de la planète. Elles dénoncent les effets sociaux des ajustements structurels imposés par le FMI, réclament la création d'une taxe (taxe Tobin) sur les transactions financières et des moyens accrus de lutte contre la pauvreté, les violences conjugales, les viols, les mutilations sexuelles.
Il en coûterait 0,5 % du revenu annuel mondial pendant vingt ans pour éradiquer la pauvreté : 40 milliards de dollars par an pour éradiquer la pauvreté et autant pour assurer l'accès universel à l'eau potable, à la santé, à l'éducation et à la planification familiale.
(AP, Infosud 10.9 9.9) L'écart entre les riches et les pauvres se creuse constamment, constate le rapport de l'ONU sur le développement, rendu public le 9 septembre. Le rapport met en lumière les "inégalités flagrantes" entre le monde riche (ou le monde des riches) et le monde pauvre (ou le monde des pauvres), celui de plus d'un milliard de personnes qui "souffrent de carences et dont les vies sont marquées par l'analphabétisme, des ressources insuffisantes et l'exclusion de la société", pendant que l'augmentation de la consommation, qui a atteint 24'000 milliards de dollars en 1998 cause de graves dommages à l'environnement -dommages dont les plus pauvres sont les premiers à souffrir, dans la mesure où ils n'ont aucun moyen de s'y soustraire, de s'en préserver ou de s'en guérir : "Dans le monde entier, les pauvres vivent en général à proximité des usines polluantes, des routes et des décharges", souligne le rapport, qui précise que "les pauvres sont contraints de puiser dans les ressources naturelles pour survivre", le directeur du rapport, Richard Jolly, ajoutant que "les pays industrialisés sont responsables de la majorité des dommages, mais ce sont les plus pauvres qui supportent les conséquences.
En tenant compte de critères sociaux et économiques (l'espérance de vie, le niveau de revenu, l'éducation, l'égalité des sexes, la participation, l'accès à l'information, l'environnement, l'emploi), le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) établit depuis cinq ans un "indice du développement humain" mesurant les progrès des conditions d'existence dans plus de 170 pays. Le classement des pays selon cet indice est le suivant :
1. Canada 2. France 3. Norvège 4. USA 5. Islande 6. Finlande 7. Pays-Bas 8. Japon 9. Nouvelle-Zélande 10. Suède 11. Espagne 12. Belgique 13. Autriche 14. Grande-Bretagne 15. Australie 16. Suisse 17. Irlande 18. Danemark 19. Allemagne 20. Grèce 21. Italie 22. Israël Dans les derniers classés, on trouve une forte concentration de pays africains. Les 14 dernières places du classement sont occupées par des Etats d'Afrique. 150. Tanzanie 153. Madagascar 154. Centrafrique 156. Angola 157. Soudan 158. Sénégal 160. Ouganda 161. Malawi 162. Djibouti 163. Tchad 164. Guinée Bissau 165. Gambie 166. Mozambique 167. Guinée 168. Erythrée 170- Burundi 171. Mali 172. Burkina Faso 173. Niger 171. Sierra Leone
Pour la cinquième année consécutive, c'est le Canada qui occupe la première place du classement. La France se hisse au second rang. Malgré leur immense richesse matérielle, et un revenu moyen par habitant très élevé, les USA n'arrivent qu'en quatrième place (16 % de leurs habitants y vivent en dessous du seuil de pauvreté). Plusieurs Etats riches sont également relativement mal classés : la Grande-Bretagne au 14ème rang fait moins bien que l'Espagne. La Suisse au 16ème rang fait juste un peu mieux que l'Irlande. Au 19ème rang, l'Allemagne fait à peine mieux que la Grèce et au 26ème rang le Luxembourg fait moins bien que Chypre...
(EAPN 2.12) A l'issue de l'Assemblée générale du réseau européen de lutte contre la pauvreté EAPN, qui s'est tenue à Belfast du 27 au 29 novembre 1997, une centaine de délégués venus des quatre coins de l'Union européenne ont appelé à tirer le meilleur parti possible du Traité d'Amstgerdam dès sa ratification. Dans sa déclaration finale, EAPN demande à la Commission européenne de préparer dès maintenant des propositions à la mesure de la gravité des situations de pauvreté et d'exclusion auxquelles sont confrontés des millions d'hommes, de femmes et d'enfants dans les pays de l'Union pour soutenie et compléter l'action des Etats membres. Cette stratégie doit reposer sur :
EAPN souhaite également être pleinement associé à la réflexion et à l'élaboration des propositions que la Commission fera pour combattre et prévenir l'exclusion. EAPN demande également la mise en place d'un observatoire des politiques de lutte contre l'exclusion qui travaillerait en liaison étroite avec tous les acteurs de la lutte contre l'exclusion.
A l'heure du démantèlement des protections sociales et des services publics, de la déréglementation, de la précarisation des statuts et des revenus, à l'heure d'une offensive libérale qui prend appui partout en Europe sur les Traités de Maastricht et d'Amsterdam, les luttes des chômeurs et des chômeuses se développent, et portent avec vigueur la revendication d'une redistribution des richesses. Ces luttes doivent être entendues par les décideurs économiques et politiques à tous les niveaux, y compris ceux de la Communauté européenne.
Voivi quelques unes de principales revendications immédiates que nous proposons aux chômeurs, précaires, salariés, citoyens d'Europe, revendications qui appellent, pour qu'elles se concrétisent, des luttes associant salariés et chômeurs, des luttes coordonnées, communes, et sans frontières :
- Droit à la santé;
- Droit au logement;
- Droit à l'éducation, à la culture et à la formation;
- Droit au transport et à tous les moyens de communication;
- Droit à l'énergie, électricité, eau, gaz...
- Droit à la retraite;
- Egalité entre les hommes et les femmes;
- Libre circulation des personnes;
- Contre le travail des enfants et l'exploitation des travailleurs immigrés par le travail clandestin;
- Contre le travail précaire...
104 rue des Couronnes F-75020 Paris
La "pauvreté européenne" frappe évidemment tout particulièrement les femmes, les personnes âgées, les chômeurs et les travailleurs précaires.
57 millions de citoyens des Etats de l'Union européenne pouvaient être considérés comme "pauvres" en 1992, avec une pointe de 23,5 % en Grande-Bretagne, c'est-à-dire ne disposant que d'un revenu inférieur à la moitié du revenu moyen dans leur pays :
(INSEE, 9.7,1997) Selon une étude de l'INSEE publiée le 9 juillet, près de 12 % des ménages de l'Union européenne vivent dans une famille pauvre. Le seuil de pauvreté (soit la moitié du niveau de vie national moyen) est d'environ 750 FS en France et en Grande Bretagne, de 400 FS au Portugal, de 900 FS en Allemagne. En France, 11 % des ménages sont en-dessous de ce seuil.
(Libération 20.11.2000) En quinze ans, la part des bas salaires (moins de 5000 FF net) dans le total des emplois salariés français est passée de 11 à 16 % . L'INSEE estime à 1,3 million le nombre des "travailleurs pauvres". L'économiste Pierre Concialdi considère que cette estimation correspond au "chiffre le plus bas que l'on puisse avancer", d'abord parce qu'il repose sur un seuil de pauvreté fixé à 3500 FF par mois, alors que l'Eurostat le fixe à 4200 FF, ce qui situerait le nombre de travailleurs pauvres à 2,4 millions de personnes. Pour Pierre Concialdi, le nombre des travailleurs pauvres en France serait supérieur à trois millions de personnes. En 1968 déjà, des études chiffraient à 3,5 millions le nombre des travailleurs vivant en "zone de pauvreté". En 1989, 5 % des actifs (salariés ou non) étaient pauvres; en 1995, 6,5 %. Cette progression estz due à plusieurs facteurs : l'austérité salariale, le développement des bas salaires (11 % des emplois en 1984, 16 % en 1999), le développement de l'emploi précaire.
Selon une étude du ministère français de l'Emploi, couvrant la période 1983/1997, la catégorie des "salariés pauvres" (soit les salariés touchant un salaire équivalent au plus à 75 % du salaire médian) est en pleine expansion. Les "salariés pauvres"seraient (en 1997) 2,8 millions en France et représenteraient 15,1 % du total des salariés des secteurs public et privé. En 1997, le salaire médian était de 7300 FF (environ 1800 FS), le salaire minimum étaant fixé à 5239 FF (pour 39 heures).
3,3 millions de ménages (soit près de 15 % des ménages français), soit 6 millions de personnes, vivent de l'un ou l'autre (ou de plusieurs, additionnés) minima sociaux, selon la revue "Recherches et prévisions".
43 % des allocataires touchent le RMI, 28 % l'ASS, 17 % l'API, 10 % l'AAH
(Le Monde 29.10) Selon une étude conjointe de la direction de l'action sociale (DAS) et des services statistiques du ministère de l'Emploi et de la solidarité, la pauvreté s'installe en France malgré le retour de la croissance économique. Plus de 800'000 foyers ont déposé une demande auprès du Fonds d'urgence sociale (FUS), qui accorde une aide moyenne de 1600 FF par ménage. L'étude évoque une "chronicisation inquiétude et massive de la pauvreté" en France, d'autant que les nouvelles formes d'emploi placent de nombreux salariés précaires au seuil de la pauvreté (3200 FF mensuels, soit 800 FS) ou au-dessous.83 % des demandeurs de prestations du FUS mettent en avant une insuffisance durable de leurs ressource, 41 % des demandeurs ne reçoivent pas d'autre secours social, 10 % sont salariés (mais en emploi précaire, à temps partiel, en contrat de réinsertion etc...
(Le Monde 22.3) Selon l'étude annuelle de l'INSEE sur les revenus et le patrimoine des ménages, le taux de pauvreté en France est resté stable, malgré la création d'un million et demi d'emplois, et la diminution du nombre des chômeurs d'un million de personnes, depuis l'arrivée de la gauche au gouvernement en juin 1997. Après avoir fortement baissé de 1970 à 1984,, s'être stabilisé à la fin des années '80 et avoir augmenté entre 1990 et 1996, le taux de pauvreté en France s'est donc à nouveau stabilisé, ce qui signifie que les bonnes performances de l'économie française n'ont pas réussi à le réduire. En 1996, 7,3 % des ménages français vivaient en dessous du seuil de pauvreté (fixé à la moitié du niveau de vie médian, soit à 3500 FF/mois pour une personne seule, 5250 FF/mois pour un couple, et 1050 FF/mois en plus par enfant de mois de quatorze ans ans à charge). Au total, cela faisait en 1996 un peu plus de 4,2 millions de pauvres en France. En 2000, les proportions sont comparables, même si l'INSEE constate une "amélioration de la situation des plus démunis" : le niveau de vie médian progressant, le seuil de pauvreté est donc plus haut, ce qui signifie que les pauvres, tout en restant pauvres, le sont un peu moins.
L'INSEE observe deux facteurs essentiels de pauvreté, du moins pour les ménages de moins de 60 ans : l'inactivité et les charges de famille. Le taux de pauvreté est maximal entre 15 et 25 ans, et il est en grande partie en fonction inverse du niveau de formation : "les personnes qui possèdent au moins un diplôme équivalant au baccalauréat plus deux ans sont presque assurées d'échapper à la pauvreté", ce qui n'est pas le cas de celles qui n'ont atteint que le niveau du bac.
L'INSEE constate enfin que les conditions de travail se sont considérablement dégradées depuis le début de la décennie '90, avec la montée du chômage, la progression du temps partiel non choisi et des emplois précaires, et que les salariés peu qualifiés sont de plus en plus nombreux à vivre en dessous du seuil de pauvreté (il s'agit donc de "workins poors", de travailleurs pauvres). Un adulte pauvre sur trois occupe en 2000 un emploi, généralement non qualifié. Les étrangers sont particulièrement frappés, et d'entre les étrangers, les Maghrébins : un quart des ménages dont la personne de référence est ressortissante d'un pays du Maghreb vit en dessous du seuilé de pauvreté, selon l'INSEE.
En France, le dernier rapport du Commissariat Général au Plan recense 7 millions de personnes au chômage, en sous-emploi ou dans la précarité. Le nombre de chômeurs non indemnisés a progressé depuis 1990, le RMI se substituant ainsi de plus en plus à l'indemnisation du chômage. 6 millions de personnes survivent avec un revenu moyen mensuel de 2000 FF. Ces minima sociaux ne représentent que 20 à 40 % du seuil officiel de pauvreté. 5 millions de personnes sont mal légées ou sans logis. Près de 3 millions de salariés gagnent moins de 5000 FF par mois, et un SDF sur 5 est un salarié. Des centaines de milliers de jeunes, privés de RMI et quasiment interdits d'allocation chômage pour cause de précarité, sont condamnés à la dépendance, aux emplois précaires sous-payés, à la mendicité, voire à la délinquance. Or, depuis 1970, les richesses produits n'ont pas cessé d'augmenter; elles ont doublé en 27 ans.
Le libéralisme est une doctrine qui revendique l'inégalité comme principe fondateur et l'accroissement des inégalités dans la société comme choix politique. La régression sociale n'est donc en aucun cas une fatalité. La logique capitaliste libérale est de privilégier la spéculation et les profits du plus petit nombre au détriment du droit à vivre de chacun et chacune. Nous l'accusons de conduire des millions d'être humains à la misère, voire à la mort; nous l'accusons de préparer le lit du fascisme qui se nourrit du désespoir et désigne des boucs émissaires : les immigrés qu'il faudrait renvoyer chez eux, les femmes qui devraient rester à la maison, tout ceux qui sont fragiles et qu'il faudrait exclure ! Il faut que cela cesse.
Contre ces situations, de plus en plus d'hommes et de femmes, avec des associations de lutte et des syndicats, ont commencé à se lever pour dire non, pour agir, pour obtenie des droits immédiats : manifestations mais aussi occupations, réquisitions de logements, d'emplois, de transports, de richesses, actions pour obtenir la régularisation des sans-papiers. Nous participons à ces actions, nous les soutenons.
Nous décidons de développer des luttes dès les premiers mois de 1998 pour obtenir des mesures d'urgence sociale :
La loi de prévention et de lutte contre les exclusions doit inclure ces différentes dispositions mais également s'accompagner de mesures de réquisitions de logements, d'un plan massif de construction de logements sociaux, d'une refonte complète de l'indemnisation du chômage et des minima sociaux prenant en compte toutes les situations de précarité, de mesures pour l'accès aux services publics d'éducation, de santé etc., pour l'acès à la culture.
Une refonte totale de la fiscalité en faveur des mesures d'urgences sociales et à l'encontre des détenteurs de patrimoines, parallèlement à une législation répressive pour empêcher la fuite des capitaux est aussi une mesure d'urgence.
Nous demandons au Gouvernement d'organiser une Conférencepour la lutte contre le chômage, la précarité et les exclusions.
Nous appelons toutes les associations, tous les syndicats, tous les citoyen(ne)s qui partagent ces objectifs à participer aux actions et à préparer une grande manifestation pour le printemps 98. Nous la fixons dès aujourd'hui au 29 mars 1998.
Le Louvre, 20 décembre 1997
(Cet appel a été lancé au terme d'une semaine d'actions d'"Urgence sociale", organisée notamment par des organisations de chômeurs et des syndicats ou des groupes syndicaux).
Les diverses assurances sociales, hors l'assistance proprement dite, ont coûté en 1994 en Suisse, et y coûteront en 2000 selon les estimations officielles :
Si l'on ajoute à ces chiffres, qui ne totalisent que les assurances et prestations obligatoires, ceux du deuxième pilier de l'assurance vieillesse (prévoyance professionnelle), soit 25,5 milliards en 1994 et 29,5 milliards en 2000, et ceux des indemnités journalières maladie/accidents (2,4 milliards en 1994, 2,8 milliards en 2000), on arrive à plus ou moins 80 milliards par année. C'est à dire de quoi financer la base un revenu minimum inconditionnel.
En 1993, cantons et communes suisses ont dépensé plus de 2,5 milliards de FS en aides sociales, avec de très forts écarts selon les cantons. Nidwald dépensait 98 francs par habitant et Genève 1131 francs. Le budget social de la Suisse s'élevait en 1990 à 20,7 % du produit intérieur brut (contre 24,5 %dans l'Union européenne, 26,1 % en Allemagne, 26,5 % en France, 22,8 % en Italie).
Les dépenses des communes et des cantons en matière d'assistance ont augmenté de 750 millions de francs en deux ans, de 1992 à 1994, et ont atteint 3,5 milliards de francs. Si cette augmentation s'est poursuivie à ce rythme, ce qui est probable (voire même optimiste), les dépenses municipales et cantonales pour l'assistance auront dépassé les 4 milliards de francs en 1996, et atteindront vraisemblablement les 5 milliards en 1997. L'augmentation du chômage de longue durée est la principale raison de cette évolution.
(Le Monde 13.8) D'après une étude de l'INSEE, le tiers des revenus des Français provient des prestations sociales : pour un revenu moyen annuel de 166'582 FF en 1995, 50'770 francs proviennent de transferts sociaux (retraites, prestations familiales, assurance-chômage, aide sociale, aide au logement).
Certaines causes (mais pas toutes) de mise en péril de la capacité d'obtenir par un travail rémunéré les moyens d'une existence socialement normale, donnent droit à des prestations publiques (ou privées, mais fondées sur une norme légale) assurant tout ou partie d'un revenu minimum, ou garantissant l'essentiel du niveau de vie antérieur à la survenue de l'"évènement incapacitant". Mais toutes ces assurances sociales, financées (sauf les prestations complémentaires et l'assurance militaire) par des cotisations des salariés et des employeurs, sont lacunaires :
En clair, les personnes exerçant une activité lucrative "normale" et à plein temps sont mieux assurées que le reste de la population, et les prestations qui leur sont accordées sont plus élevées que celles consenties aux personnes effectuant ou ayant effectuant des travaux (sociaux, familiaux, domestiques) peu ou non rémunérés, alors que ces dernières ont un besoin plus pressant de ces prestations. Pour le dire autrement : le système traditionnel de protection sociale protège moins bien ceux -et surtout celles- qui ont le plus besoin d'être protégé(e)s. Ce sysdtème n'agit en outre qu'en fonction de causes précises, et non en fonction de situations de besoin.
L'ensemble des prestations sociales publiques générales et obligatoires (allocations familiales, assurance chômage, allocations perte de gain, AVS, AI, allocations complémentaires et assurance accidents) correspond à un coût annuel de 50 milliards de FS, pour des prestations qui ne sont ni accordées à l'ensemble de la population, ni fixées à un niveau au moins égal au revenu minimum "socialement vital".

Contrairement à l'allocation universelle, accordée inconditionnellement à tous les résidents d'un espace politico-juridique (une commune, une province, un Etat fédéré, l'Etat central...), le système traditionnel de protection sociale se caractérise par un véritable "empilage" de prestations diverses et variées, toutes conditionnelles : il faut, pour pouvoir en bénéficier, prouver son appartenance à une catégorie sociale précise ou à une situation économique déterminée. Ce système n'accorde nullement le droit à un revenu minimum, mais seulement la possibilité de recevoir un revenu d'appoint au revenu généralement tiré du salaire, ou celle de recevoir un revenu substitutif du salaire (lorsque l'on ne peut pas occuper un emploi, que l'on n'en trouve pas, qu'on a pas terminé sa formation professionnelle ou que l'âge de la retraite a été atteint). La caractéristique principale de ce sytème traditionnel, outre son caractèpre à la fois paternaliste et suspicieux (on vous aide parce que vous êtes pauvres, ou vieux, ou handicapés, mais il faut nous prouver que vous l'êtes) est son inefficacité : parce que les revenus alloués sont trop bas, parce qu'ils ne sont pas alloués à tous ceux qui en auraient besoin et parce qu'en règle générale il faut les quémander, le système laisse subsister d'importantes "poches" de pauvreté, et impose donc le recours à l'assistance sociale comme recours à l'inefficacité de la protection sociale. On ne pourra donc que s'étonner de l'obstination avec laquelle acteurs sociaux, politiques et économiques s'acharnent à trouver de nouvelles allocations, toujours partielles, conditionnelles et insuffisantes, pour pallier aux manques des anciennes. Cette récurrence de l'"empilage" des prestations sociales tend à ressembler de plus en plus à une distribution de rustines pour obturer les déchirures d'un canot pneumatique percé de toutes parts.
Dernier exemple en date : la réforme des allocations familiales au Tessin. Ces allocations seraient désormais calculées en fonction du revenu et pourraient, en étant cumulées, atteindre... la moitié d'un salaire de caissière. C'est-à-dire la moitié de l'un des plus bas salaires versés en Suisse. Une allocation de base de 183 francs mensuels resterait distribuée de manière égale à tous les ayant-droit, et lallocation nouvelle serait destinée aux familles à bas revenus et ayant des enfants de moins de 15 ans à charge. Il s'y ajouterait une troisième allocation pour les familles dont un des enfants a moins de 3 ans, et au sein de laquelle un parent consacrerait à l'enfant l'équivalent d'un mi-temps de travail salarié.
Un tel projet correspond certainement à un besoin : des dizaines de milliers de familles en Suisse ne parviennent pas à se maintenir au-dessus du niveau de pauvreté par les seuls revenus qu'elles tirent du travail salarié ou des prestations qui s'y substituent -et ont donc besoin d'un apport de revenu supplémentaire. Mais on reste dans le cadre d'une démarche parcellaire, celle d'une allocation conditionnelle, accordée en fonction de critères sélectifs et exclusifs, que des dizaines de milliers de personnes ne rempliront pas.
Au fond, l'allocation universelle n'est que l'extension, la généralisation, la perfection du système existant de redistribution sociale; elle en est surtout la clarification, en ce qu'elle le débarrasse de l'hypocrisie des discours et plus encore des pratiques d'assistance, conditionnant encore l'octroi de revenus de substitution à une "réinsertion" dans le circuit salarial, réinsertion d'autant plus improbable que ce circuit est en passe d'être cassé, et à laquelle se substitue de plus en plus une simple déclaration d'allégeance à une norme sociale dont nul n'est plus en mesure d'assurer le respect. Il est en effet désormais évident qu'il n'y aura plus jamais, nulle part, de situation où l'emploi stable, qualifié, à plein temps et correctement rémunéré puisse être garanti à tous.
3,3 millions de ménages (soit près de 15 % des ménages français), soit 6 millions de personnes, vivent de l'un ou l'autre (ou de plusieurs, additionnés) minima sociaux, selon la revue "Recherches et prévisions" :
(TG 6.11.1999) L'Union syndicale suisse (USS) a recensé les salaires bruts minimaux à l'engagement dans les principales conventions collectives de travail et contrats types en 1999, et relève pour les employés sans certificat fédéral de capacité -CFC- des salaires mensuels inférieurs à 3000 francs dans plusieurs secteurs (2350 FS dans l'hôtellerie-restauration, 2310 dans l'industrie textile, 2400 dans le commerce de détail, 2556 dans le cartonnage, 3000 dans l'horlogerie).
Salaires minimaux d'embauche selon les conventions collectives, contrats types ou échelles publiques des salaires en vigueur à Genève en 2000)
Salaire mensuel annuel temps de travail hebdo Cliniques privées infirmière assistante 3942 47304 41 heures nurse diplômée 3664 43968 41 heures aide hospitalière 3477 41724 41 heures femme de chambre 3426 41112 41 heures Dentistes privés Assistance dentaire qualifiée 3223 41893 40 heures Assistance dentaire n/qual. 2883 37479 40 heures Bureaux Employé de commerce avec maturité (bac) 3691 47978 42 heures sur apprentissage 2928 38062 42 heures Employé de bureau sur apprentissage 2862 37208 42 heures Hôtellerie-restauration, personnel de maison Cuisinier 3340 40957 42 heures Sommelier non qualifié 3170 39070 42 heures Plongeur 3020 37221 42 heures chauffeur 3120 37440 48 heures Maître d'hôtel, gouvernante 2990 35880 48 heures Valet, femme de chambre 2795 33540 48 heures Employé/e de maison 2355 28260 48 heures Garages Laveur graisseur 3903 50739 40 heures Réparateur qualifié 3898 50674 40 heures Manoeuvre 3803 49439 40 heures Fonction publique fédérale Garde frontière 3600 49041 42 heures Facteur 2945 38283 42 heures Tertiaire privé, commerces, services Vendeur/euse qualifié/e 3433 41193 40 heures Vendeur/euse non qualifié/e 3181 38173 40 heures Nettoyeur 3391 40692 44 heures Coiffeur/euse qualifié/e 2800 33600 43 heures Agriculture, horticulture Jardinier 3510 42240 48 heures Ouvrier agricole qualifié 3250 39000 49 heures Ouvrier agricole non qualifié 2640 31680 49 heures
(OFS 1999) Sur la base de l'enquête nationale sur la population active, conduite chaque année depuis 1991 auprès d'un échantillon représentatif de 16'000 personnes, on constate d'abord que la distribution des revenus est beaucoup plus homogène au sein de la population des salariés qu'au sein de cette des indépendants (y compris les collaborateurs d'entreprises familiales). Entre 1991 et 1997, la bipolarisation de la distribution des revenus professionnels (en termes réels) des indépendants s'est renforcée : le pourcentage de personnes dont le revenu annuel net est compris entre 10 et 30'000 francs est passé de 14,1 % à 17,2 %, dans le même temps où le pourcentage de personnes dont le revenu réel net est compris entre 60 et 100'000 francs passait de 20,7 à 25,6 %. Une "société à deux vitesse" s'est clairement instaurée au sein de la population des indépendants, plus qu'au sein de cette des salariés, même si le pourcentage de personnes dont le salaire est compris entre 80 et 120 % du revenu median est passé en six ans de 45,2 % à 43,2 %. Par ailleurs, au sein de la population salariée, la proportion des salariés à plein temps avec un salaire a nnuel net inférieur à 30'000 francs baisse, et il y a déplacement des très bas salaires vers les bas salaires.
Joseph Deutsch, Yves Flückiger et Jacques Silber considèrent qu'appartiennent à la population des "bas salaires" ou des "salariés pauvres" toutes les personnes sont le salaire annuel net est inférieur à la moitié du salaire médian (45'770 FS en 1991 et 45'800 FS en 1997, pour l'ensemble des personnes actives, 46'190 FS en 1991 et 45'880 FS en 1997 pour l'ensemble de la population salariée ou 51'290 FS en 1991 et 52'320 FS en 1997 pour les salariés à plein temps) Les trois analystes font les constats suivants :
En fonction du niveau de formation, le pourcentage des bas salaires au sein des salariés à plein temps est de 8,4 % des salariés ayant une formation primaire (école obligatoire), 1,9 % des salariés ayant une formation secondaire professionnelle, 5,6 % des salariés ayant une formation secondaire générale, 1,5 % des salariés ayant une formation universitaire.
Les trois analystes, rappelant que leurs observations concernent la population occupée, considèrent que la diminution du pourcentage des salariés à plein temps recevant un bas salaire peut s'expliquer par l'augmentation du chômage (c'est-à-dire par la "sortie" d'un grand nombre de "salariés pauvres" de la population de référence) et le passage d'un certain nombre de salariés (ou de chômeurs) au statut d'indépendant. La détérioration de la situation économique se traduirait ainsi moins par une baisse des salaires des personnes occupées à plein temps que par un changement de statut des travailleurs, vers des emplois à temps partiel, le chômage ou un travail indépendant (et souvent précaire).
Les trois analystes constatent en outre que la population des "travailleurs pauvres" est assez homogène, ou plus précisément composée de deux groupes aux caractéristiques principales respectives assez précisément définissables, et permettant de proposer un "type idéal" des personnes le composant :
Ces deux groupes offrent le profil type des deux groupes démographiques les plus fragiles sur le marché du travail, et menacés d'une précarité d'où naîtront fréquemment des situations de pauvreté, même lorsque les personnes considérées sont salariées, et surtout lorsque leur salaire est la source principale du revenu du ménage.
Les groupes les plus fragiles face à la "pauvreté salariée" sont constitués en particulier de femmes, d'indépendants et de collaborateurs d'entreprises familiales, de jeunes, de personnes âgées de plus de 60 ans et de personnes travaillant à temps partiel -ces facteurs étant évidemment cumulables, en même temps que le risque de pauvreté qu'ils impliquent. Les auteurs de l'analyse considèrent que "des mesures devraient être adoptées pour supprimer tout d'abord une série de discriminations à l'encontre du temps partiel", mais également pour réformer un système d'assurances sociales "construit sur la base d'une norme du travail salarié à plein temps", améliorer l'intégration des immigrés en améliorant leur formation, et combler les lacunes de la politique familiale.
Salaires minimaux d'embauche selon les conventions collectives en vigueur à Genève en 2000)
Salaire mensuel annuel temps de travail hebdo Cliniques privées infirmière assistante 3942 47304 41 heures nurse diplômée 3664 43968 41 heures aide hospitalière 3477 41724 41 heures femme de chambre 3426 41112 41 heures Bureaux Employé de commerce avec maturité (bac) 3691 47978 42 heures sur apprentissage 2928 38062 42 heures Employé de bureau sur apprentissage 2862 37208 42 heures Hôtellerie-restauration Cuisinier 3340 40957 42 heures Sommelier non qualifié 3170 39070 42 heures Plongeur 3020 37221 42 heures
(TG 28.4) Un impressionnant fossé sépare à Genève les salaires versés dans le secteur privé et ceux versés dans le secteur public, pour le même travail. Ainsi, à l'engagement, une infirmière diplômée débutante en soins généraux touchera, d'entrée, 6300 FS de plus à l'hôpital cantonal que son homologue dans une clinique privée (59'369 FS/an contre 53'076). Vingt ans après, la première gagnera 33'000 FS de plus par an que la seconde (96'576 FS contre 63'300 FS). Toutes les professions exercées dans le secteur privé et le secteur public sont marquées par la même inégalité.
Malgré leur modestie, les prestations d'assistance sont fréquemment supérieures aux revenus salariaux de certains travailleurs, ont constaté les auteurs de l'étude publiée fin 1996 par le Conférence suisse de l'action sociale. L'un des auteurs de l'étude, le professeur Jean-Pierre Fragnières, donne l'exemple d'une vendeuse, célibataire, veuve ou divorcée, avec un enfant à charge et travaillant à 80 % : elle touchera un salaire de 1800 francs, plus un complément d'assistance qui deviendra une véritable "subvention aux bas salaires", c'est-à-dire à l'entreprise qui les verse. Si la même personne quittait son emploi et bénéficiait du Revenu minimum cantonal d'aide sociale genevois, elle toucherait entre 200 et 1000 francs de plus par mois (selon le montant de son loyer).
Une étude du "Syndicat des personnes actives au foyer" (SPAF) de Genève, menée en 1994 en collaboration avec le service d'analyse et de gestion des fonctions de l'Etat, a tenté de "chiffrer" selon les critères de l'Etat le salaire auquel donnerait droit le travail ménager. L'étude a situé ce salaire aux niveaux suivants, en fonction de la lourdeur de la charge de travail -et donc en fonction de la taille et de la composition de la famille :
Quelques salaires minimums conventionnels en 1998, dans le secteur de la vente (pour un plein temps) :
(OFS 1999) L'enquête "Budget de famille" de l'INSEE estime le seuil de pauvreté en France à environ 3800 FF/mois par unité de consommation (personne seule) en 1994, et par exemple à 7900 FF pour un couple avec deux enfants. Le salaire minimum (SMIG) est quant à lui fixé, pour la même année, à 4900 FF/mois, soit au-dessus du seuil de pauvreté pour une personne seule, mais déjà en-dessous pour un couple (avec enfant) dont seul l'un des conjoints est salarié à plein temps. La comparaison entre le seuil de pauvreté et le minimum salarial, pour l'année 1994, en France, donne les résultats suivants (en FF : le premier chiffre est établi à partir du seuil de pauvreté, le second à partir du salaire minimum)
Personne seule : 3800/5200 Famille monoparentale un enfant : 4900/6400 Couple sans enfant/un salaire : 5600/5400 Couple sans enfant/deux salaires : 5600/10300 Couple un enfant/un salaire : 6800/5900 Couple un enfant/deux salaires : 6800/10800 Couple deux enfants/un salaire : 7900/6700 Couple deux enfants/deux salaires : 7900/12600 * plus allocation logement et éventuellement allocations familiales
On constate donc que pour toutes les situations de couple à un seul salaire, avec ou sans enfants, le salaire minimum n'assure qu'un revenu inférieur au seuil de pauvreté, même en tenant compte des allocations additionnelles (de logement, familiales, etc...). On se trouve là dans la situation du "working poor", du "travailleur pauvre", dont le salaire est insuffisant pour assurer la couverture des besoins essentiels. En fait, dans l'exemple français, le SMIG ne met à l'abri de la pauvreté qu'un salarié à temps complet et vivant seul ou avec un autre salarié. Dès qu'on se retrouve dans une situation de couple dont seul l'un des deux conjoints est salarié, le salaire minimum n'assure plus le maintien du ménage au-dessus du seuil de pauvreté. La présence ou non d'enfants ne change rien à cette divergence de situation : un salarié à temps plein élevant seul un enfant se retrouvera au-dessus du niveau de pauvreté à partir du SMIG et des allocations minimales (familiales et de logement), qui seront en revanche insuffisantes pour un couple avec enfants, mais dont seul l'un des conjoints travaille.
Un ménage peut donc se situer en dessous du seuil de pauvreté dans plusieurs cas de figure :
L'enquête a également permis de classer les ménages dont le revenu se situe sous le seuil de pauvreté, en fonction de l'occupation professionnelle du chef de ménage (c'est-à-dire de la personne dont le revenu constitue l'essentiel du revenu du ménage). Ce classement a donné les résultats suivants :
8,7 % des ménages dont le chef est professionnellement actif (y compris les chômeurs) se situent au-dessous du seul de pauvreté. Ces ménages représentent 60 % des ménages pauvres.
10,1 % des ménages dont le chef est professionnellement considéré comme "inactif" se situent au-dessous du seuil de pauvreté. Ces ménages représentent 40 % des ménages pauvres.
On constate donc qu'un ménage pauvre sur trois est un ménage dont le chef (ou la cheffe) est une "personne active occupée", mais dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté : c'est la définition même du "travailleur pauvre". Au sein de ces ménages de travailleurs pauvres, trois catégories apparaissent :
En dix ans (de 1984 à 1994), alors que le taux global de pauvreté restait stable, autour de 10 %, le nombre des salariés (précaires ou stables) se situant au-dessous du seuil de pauvreté a considérablement augmenté, passant de 341'000 en 1984 à 530'000 en 1994, du fait de l'augmentation du nombre des salariés pricaires. Celui des chômeurs pauvres a également considérablement augmenté (de 255'000 à 519'000), alors que celui des indépendants, des retraités et des autres inactifs baissait.
(Les Echos 1.10.98) En 1997, les salariés à temps complet des entreprises privées et publiques françaises ont, en moyenne, gagné 13'830 FF brut par mois (environ 3500 FS) et 10'930 FF net par mois (environ 2750 FS), selon l'INSEE. Le salaire médian s'est situé à 8830 FF par mois (environ 2200 FS), ce qui signifie que la moitié des salariés français a gagné en 1997 moins que le montant "normal" du RMI genevois. Le salaire moyen des cadres français était de 21'180 FF net par mois en 1997 (soit environ 5500 FS, ce qui équivaut au salaire d'un balayeur de la Voirie municipale genevoise). Le salaire moyen des ouvriers français s'établissait en moyenne à 8131 FF (environ 2050 FS) et celui des employés à 8014 FF (environ 2000 FS), niveaux également inférieurs à celui du RMI genevois.
(Le Monde 31.5) Selon Jean-Michel Hourriez, de l'INSEE français, les "workings poors" sont "les salariés appartenant à des ménages dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté et ayant travaillé au moins six mois dans l'année", ce qui pose d'abord le problème de la définition du seuil de pauvreté lui-même : en France, on met la barre à la moitié du salaire médian, soit 3650 FF net par mois en 1997. 5 % des salariés étaient, en 1983, en dessous du seuil de pauvreté ainsi défini. En 1997, ils étaient 10 %. Cette progression s'explique dans une large mesure par la précarisation du marché de l'emploi et le développement du travail à temps partiel (de 11,8 % des contrats de travail en 1990 à 17 % en 1997, selon l'INSEE. 85 % des travailleurs à temps partiel sont des travailleuses.). Du coup, un nombre croissant de travailleurs sont rémunérés sur la base du SMIC, mais avec des horaires réduits, c'est-à-dire avec un salaire mensuel inférieur au SMIC. Et de plus en plus de travailleurs reçoivent un salaire inférieur à ce qu'ils toucheraient s'ils se trouvaient dans une situation d'assistance...
Le SMIC (Salaire minimum interprofessionnel de croissance) français a été créé par la loi du 2 janvier 1970. Il remplaçait le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), institué par une loi du 12 février 1950. Le SMIC est donc la conséquence directe des événements de mai 1968, et en particulier de la grève générale, comme le SMIG était un héritage de l'"esprit de réforme" né de la Résistance. Le SMIG évoluait avec les prix, mais guère au-delà, et l'écart entre lui et le salaire moyen s'accroissait au fur et à mesure que ce dernier s'élevait. En 1968, le SMIG fut revalorisé de 35 % d'un coup, pour rattraper ce retard.
Le SMIC a pour objectif de limiter le dumping social, et pour fonction de définir un seuil qui n'est pas celui de la pauvreté, mais celui du salariat. Il agit ou doit agir comme un outil destiné à limiter les inégalités salariales : ses revalorisations périodiques ne tiennent pas seulement compte de la hausse du coût de la vie, comme pour le SMIG, mais également de l'évolution de la croissance et de la progression des salaires.
Le montant du SMIC est établi par rapport à un taux horaire (40,72 FF brut au 1er juillet 1999, soit environ 10 FS), ramenés ensuite à une valeur mensuelle de 6881,68 FF brut (soit environ 1700 FS). Il évolue automatiquement en fonction de l'indice des prix à la consommation dès que celui-ci augmente de 2 % depuis la dernière augmentation du SMIG, et il est réadapté tous les ans (au 1er juillet) à la hausse du salaire horaire moyen ouvrier, dont il doit représenter au moins la moitié.
Fin 1999, 7 % des salariés des entreprises de moins de 10 salariés, et 11 % des salariés de toutes les entreprises, sont payés au SMIC, soit deux millions de salariés. Les "smicards" sont plus nombreux dans le secteur tertiaire que dans les industries, et sont le plus souvent des femmes, des jeunes et des salariés non qualifiés.
Plusieurs centaines de milliers de travailleurs reçoivent encore un salaire inférieur du SMIC : salariés de moins de 18 ans, apprentis, bénéficiaires d'un contrat de qualification ou d'adaptation, handicapés -et évidemment clandestins et travailleurs au noir.
La France n'est pas le seul pays à disposer d'un salaire minimum : les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, l'Espagne, le Portugal et la Grèce, pour ne citer que les pays européens, en disposent également. Le Royaume-Uni en a mis en place un en avril 1999, l'Irlande s'apprête à en faire autant. Les USA ont également un salaire minimum. En Allemagne, un salaire minimum fixé par le gouvernement existe dans le bâtiment et les travaux publics depuis 1996, faute d'accord paritaire entre les syndicats et le patronat.
(OFS 1999) L'enquête "Budget de famille" de l'INSEE estime le seuil de pauvreté en France à environ 3800 FF/mois par unité de consommation (personne seule) en 1994, et par exemple à 7900 FF pour un couple avec deux enfants. Le salaire minimum (SMIG) est quant à lui fixé, pour la même année, à 4900 FF/mois, soit au-dessus du seuil de pauvreté pour une personne seule, mais déjà en-dessous pour un couple (avec enfant) dont seul l'un des conjoints est salarié à plein temps. La comparaison entre le seuil de pauvreté et le minimum salarial, pour l'année 1994, en France, donne les résultats suivants (en FF : le premier chiffre est établi à partir du seuil de pauvreté, le second à partir du salaire minimum)
Personne seule : 3800/5200 Famille monoparentale un enfant : 4900/6400 Couple sans enfant/un salaire : 5600/5400 Couple sans enfant/deux salaires : 5600/10300 Couple un enfant/un salaire : 6800/5900 Couple un enfant/deux salaires : 6800/10800 Couple deux enfants/un salaire : 7900/6700 Couple deux enfants/deux salaires : 7900/12600 * plus allocation logement et éventuellement allocations familiales
On constate donc que pour toutes les situations de couple à un seul salaire, avec ou sans enfants, le salaire minimum n'assure qu'un revenu inférieur au seuil de pauvreté, même en tenant compte des allocations additionnelles (de logement, familiales, etc...). On se trouve là dans la situation du "working poor", du "travailleur pauvre", dont le salaire est insuffisant pour assurer la couverture des besoins essentiels. En fait, dans l'exemple français, le SMIG ne met à l'abri de la pauvreté qu'un salarié à temps complet et vivant seul ou avec un autre salarié. Dès qu'on se retrouve dans une situation de couple dont seul l'un des deux conjoints est salarié, le salaire minimum n'assure plus le maintien du ménage au-dessus du seuil de pauvreté. La présence ou non d'enfants ne change rien à cette divergence de situation : un salarié à temps plein élevant seul un enfant se retrouvera au-dessus du niveau de pauvreté à partir du SMIG et des allocations minimales (familiales et de logement), qui seront en revanche insuffisantes pour un couple avec enfants, mais dont seul l'un des conjoints travaille.
Un ménage peut donc se situer en dessous du seuil de pauvreté dans plusieurs cas de figure :
L'enquête a également permis de classer les ménages dont le revenu se situe sous le seuil de pauvreté, en fonction de l'occupation professionnelle du chef de ménage (c'est-à-dire de la personne dont le revenu constitue l'essentiel du revenu du ménage). Ce classement a donné les résultats suivants :
8,7 % des ménages dont le chef est professionnellement actif (y compris les chômeurs) se situent au-dessous du seul de pauvreté. Ces ménages représentent 60 % des ménages pauvres.
10,1 % des ménages dont le chef est professionnellement considéré comme "inactif" se situent au-dessous du seuil de pauvreté. Ces ménages représentent 40 % des ménages pauvres.
On constate donc qu'un ménage pauvre sur trois est un ménage dont le chef (ou la cheffe) est une "personne active occupée", mais dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté : c'est la définition même du "travailleur pauvre". Au sein de ces ménages de travailleurs pauvres, trois catégories apparaissent :
En dix ans (de 1984 à 1994), alors que le taux global de pauvreté restait stable, autour de 10 %, le nombre des salariés (précaires ou stables) se situant au-dessous du seuil de pauvreté a considérablement augmenté, passant de 341'000 en 1984 à 530'000 en 1994, du fait de l'augmentation du nombre des salariés pricaires. Celui des chômeurs pauvres a également considérablement augmenté (de 255'000 à 519'000), alors que celui des indépendants, des retraités et des autres inactifs baissait.
L'allocation universelle (ou revenu minimum garanti) consiste à fournir à toutes les personnes vivant dans une aire politico-administrative définie (une commune, une province, un Etat) un revenu permanent et inconditionnel, que cette personne (ou, lorsqu'elle est mineure, ses représentants légaux) reçoit de sa naissance à sa mort, qu'elle travaille ou non. Cette allocation remplace et supprime toutes les prestations sociales dont le montant lui est inférieur. Elle peut s'accompagner d'un salaire minimum garanti.
L'allocation universelle implique donc la substitution de la logique du besoin et du droit à un revenu couvrant ce besoin à celle de la productivité et de l'obligation d'avoir (ou de chercher à obtenir) une activité lucrative pour couvrir ses besoins. Cette substitution implique :
Il s'agit en fait de la garantie d'un revenu de base, fixé à un montant suffisemment élevé pour que les citoyennes et les citoyens participent tous à égalité à la vie sociale, même s'ils n'ont pas d'activité lucrative (le droit au revenu inclut en effet le droit à ne pas exercer d'activité lucrative).
L'allocation universelle (AU), en tant que revenu social primaire universel et inconditionnel ne constitue pas une idée nouvelle. Ses bases avaient été jetées avant même la révolution industrielle et l'instauration du salariat. Qualifié d'utopique, le concept sommeilla jusqu'au début des années '80, quand des théoriciens tels que Philippe van Parijs l'ont remis à l'ordre du jour. Malgré le fait que beaucoup persistent à la considérer comme utopique, cette allocation prend une importance grandissante dans les débats politiques actuels. Elle est en effet perçue par un nombre croissant de chercheurs et de théoriciens comme une elternative sociale et économique capable d'endiguer -voire de dépasser- le chômage et l'exclusion (1). Ainsi, dans une société où le travail salarié se fait toujours plus rare, l'AU pourrait apparaître comme une réponse à la pauvreté, à l'exclusion et au "non-travail".
La sens et les contenus qu'on donne à cette allocation varient passablement selon les auteurs. Il en va de même pour ses coûts et les modes de financement possibles. Les enjeux financiers, ainsi que le montant d'un tel revenu, diffèrent sensiblement s'il s'agit d'une allocation universelle proprement dite, ou bien d'un "revenu minimum, d'aide sociale, d'existence, d'insertion ou encore de réinsertion", oire d'un impôt négatif. Problématique économique et épistémologique que nous ne reprendrons pas de façon systématique dans les lignes qui suivent. Nous nous limiterons ici à traiter ce sujet de façon générale, pour ensuite nous situer en tant que syndicalistes face à ce nouveau défi.
Tout d'abord, l'AU nous donne l'occasion de revenir sur la question d'une redistribution socialement plus juste de la richesse. Mais également de faire l'état des lieux de la question du travail et des droits sociaux. L'AUm en tant que "revenu social primaire distribué de façon universelle, sans condition, à tous les citoyens", impose le principe d'un découplage entre travail et salariat. Donc un abandon du modèle apparu graduellement durant la révolution industrielle et qui façonne encore largement nos sociétés occidentales.
De plus, elle nous amène, comme syndicalistes, à repenser nos finalités sociales et politiques. Enfin, selon qu'on l'investit d'un point de vue tactique ou stratégique sur l'exclusion sociale, l'AU peut être considérée aussi bien dans une perspective de gauche que de droite. Elle peut n'être qu'un avatar assistanciel ou une tentative pour cantonner les femmes au travail domestique, voire une sorte de salaure du pauvre et de l'exclu, contribuant ainsi à entériner l'existence d'une société à deux vitesses... Mais elle peut également jouer le rôle de socle puissant sur lequel construire une nouvelle répartition de la richesse et du travail disponible. Et constituer ainsi un des enjeux premiers des mouvements sociaux des prochaines décennies.
L'idée de l'allocation universelle ou du revenu de citoyenneté à ceci de séduisant qu'elle rompt le lien existant entre revenu et salaire. Elle reconnait ainsi que le marché n'est plus en mesure de fournir à ahcun un travail -bien que cela n'ait jamais été sa finalité- lui assurant un gain suffisant pour subvenir à ses besoins. Elle rompt aussi avec le principe qu'à défaut de travail rémunéré (pour cause de maladie, handicap, vieillesse, etc...) et pour avoir droit à un reenu substitutif, il faut avoir travaillé et cotisé auparavant (2).
Parallèlement, l'allocation universelle affirme le devoir qu'à la société d'assurer un revenu minimum à à chacun de ses membres, quelle que soit sa situation individuelle. Ceci sans exiger nécessairement une "contrepartie", car cette allocation est conçue comme un droit fondamental. Elle peut être considérée comme "libertaire" dans la mesure où elle libère l'individu de la nécessité d'avoir un emploi réumunéré si le montant en est suffisant et s'il se contente de vivre avec ce seul revenu.
Elle remet ainsi en cause la primauté actuelle du statut professionnel dans la définition du statut social de l'individu. Elle est également "universelle", évitant ainsi à la fois le développement de structures quasi policières de contrôle des conditions d'octroi et la stigmatisation de certains groupes. Abolir la distinction entre ceux qui, par le biais des impôts, financent la solidarité et ceux qui en sont les bénéficiaires constitue un enjeu majeur dans la lutte contre l'exclusion.
Mais l'allocation universelle peut relever également d'une pensée libérale, supposant l'individu libre dans une société libre : l'individu qui aurait alors la possibilité et la capacité de faire un choix (activité rémunérée ou non). Prinmcipe utopique, non seulement parce que les capacités et les compétences socio-professionnelles sont inégalement réparties dans la société, qu'elles sont définies à l'heure actuelle essentiellement en fonction des besoins du marché, mais également parce qu'une des caractéristiques de l'exclusion réside précisément dans l'incapacité de se projeter dans un avenir professionnel ou social particulier. Il n'existe pas de véritable liberté de choix sans les moyens sociaux et culturels de sa réalisation.
C'est en cela que l'allocation universelle peut dériver vers une démission virtuelle de la collectivité en matière d'aide sociale et de prise en charge. En effet, le risque existe qu'en versant cette seule aide financière les pouvoirs publics considèrent avoir satisfait à leurs obligations envers le bénéficiaire. Et par conséquent, ne plus rien lui devoir en ce qui concerne les mesures d'insertion ou de réinsertion sociale et professionnelle. Or la prestation financière ne constitue que le dernier maillon de l'action sociale. En amont, le travail d'accompagnement et de prévention reste au coeur de toute la problématique de l'exclusion.
Enfin, l'idée de l'allocation universelle semble renverser le principe de solidarité qui jusqu'alors constituait le fondement de la sécurité sociale. La construction lente et laborieuse de celle-ci, due dans une large mesure aux luttes ouvrières, reposait à l'origine sur le principe d'une redistribution financière (quelle que soit la source de financement, cotisations ou impôts directs) des plus favorisés vers ceux qui l'étaient moins : des plus jeunes vers les plus vieux (AVS), des bien portants vers les handicapés et les malades (assurances invalidité et maladie), des plus fortunés vers les plus pauvres (aide sociale).
Ainsi, deux logiques de redistribution s'effrontent-elles. Celle, d'une part, qui relie l'"effort consenti" et la "gratification" qui en résulte. Et celle, d'autre part, qui déconnecte la solidarité du postulat d'une participation sociale et financière de l'individu.
En renonçant, pour une partie de la population, à maintenir ce lien, l'allocation universelle modifie les fondements de la responsabilité réciproque entre individu et société. Elle admet ainsi l'existence d'un groupe de personnes ne voulant ou ne pouvant répondre aux règles et exigences d'une société marchande. Cette "nouvelle solidarité", qui pose problème à certains théoriciens de l'AU, peut cependant trouver une justification générale.
Sous l'angle de la justice sopciale, ce "revenu de citoyenneté" apparaît en effet comme une réponse possible face à l'accumulation fantastique du capital et aux inégalités qui en découlent. Le principe de l'allocation, c'est la réaffrmation de la primauté de l'individu et de son développement face aux "lois du marché". C'est également le retour du social sur l'économique, car affirmer un tel droit à un revenu inconditionnel revient à privilégier une solidarité collective par rapport aux logiques individualisées du capitalisme.
Cela passe nécessairement par un renforcement du politique, au sens large (institutionnel ou non), vis-à-vis du marché. Car, quel que soit le mode de financement retenu (3), la première étape du processus serait l'imposition par le politique de règles nouvelles au fonctionnement de l'économie capitaliste. En effet, celle-ci verrait disparaître son principal moyen de contrainte sur les salariés : la rareté de l'offre de travail salarié.
Sur un tel débat, le mouvement syndical ne peut rester muet; il ne doit ni rejeter, ni idéaliser la question de l'allocation universelle, mais se l'approprier au même titre que d'autres questions sociales. Pour nous, membres du SIT, cette réflexion est une suite logique à nos acquis et à nos investissements dans des problématiques "citoyennes", telles que l'exclusion sociale, les rapports Nord-Sud et la solidarité internationale, l'égalité entre femme et homme, les droits politiques des immigrés, plus largement les droits de l'Homme et l'asile, l'environnement, etc. Toutes questions dépassant, tout en y étant étroitement associées, le cadre strict des rapports de production.
Dans une société de plus en plus inégalitaire, malgré le fait qu'on n'y a jamais accumulé autant de richesses, et où l'emploi se fait toujours plus rare, la nécessité s'impose de répartir cette richesse par d'autres voies que la seule rémunération des facteurs de production. Ceci d'autant plus que l'accumulation du capital se détache chaque jour davantage de la production au profit de la finance. Et qu'un nombre croissant de personnes sont exclues du "jeu économique" et ne reçoivent plus de revenu d'une quelconque activité.
Il serait donc indécent de jouer les "mauvais prophètes" et d'annoncer la fin du travail salarié pour briser l'espoir de ceux qui n'en ont pas. Puisque "l'époque du plein emploi est définitivement révolue -ne dit-on pas qu'un taux "résiduel" de chômage de 5 % est normal dans notre société capitaliste vouée au culte du marché- il faut bien contenir le phénomène de l'exclusion en mettant en place un reveni minimum, qu'il soit d'existence ou d'aide sociale" ! Cette vision cynique ou fataliste relevant d'une vision néolibérale de l'avenir de nos sociétés fait trop hâtivement l'impasse sur la signification sociale et culturelle du travail salarié.
"Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage". Cet article 23 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948 rappelle, si nécessaire, que le travail donne dignité à l'être humain, il est "humanisant", il intègre à la vie sociale et garantit l'autonomie, il est lien social. Ce droit au travail ne s'est imposé (et hélas ni partout, ni pour tous) qu'à la suite de luttes ouvrières qui ont marqué l'histoire de ces deux derniers siècles.
Etre sans emploi, c'est se voir privé de ce qui signifie son utilité aux yeux des autres, se considérer comme étant "de trop", exclu des règles du jeu, se savoir condamné à être assisté et dépendant financièrement de tiers. C'est accepter une société de travailleurs sans travail, de travailleurs privés de la principale activité qui donne sens à leur vie. Nous devrions nous réjouir de cette fin annoncée de l'"exploitation de l'homme par l'homme", comme dirait Marx... et pourtant, reconnaissons que nous n'avons pas -encore- trouvé de substituts au travail... Personne ne doit être privé de travail, base de la citoyenneté, affirme Ricardo Petrella. Il ne faut pas vivre pour le travail, mais par le travail. Il faut mettre fin à l'idéologie de la valeur du travail, telle qu'érigée par notre "civilisation travail", mais en même temps admettre qu'il est une nécessité. Dans ce sens, l'AU permet de réaliser un saut qualitatif d'importance dans notre rapport audit travail.
A ce stade de notre réflexion, l'AU -en tant que revenu minimum d'existence- doit être précédée du principe du "salaire minimum garanti". Il nous importe en effet d'agir en amont de l'exclusion et non d'en aménager les effets. Or un salaire suffisant pour vivre selon ses besoins est un prérequis pour ne pas tomber dans la dépendance au niveau économique.
Le risque est en effet évident que la notion de revenu minimum puisse être utilisée dans cette période de fort chômage à des fins de "dumping social et salarial" en contraignant des personnes à se contenter de ce seul revenu et à les stimuler à s'insérer dans des activités d'"utilisé sociale" sans autre contrepartie financière; en substituant la notion de pleine activité à celle de plein emploi, en encourageant de fait le recours à des activités non rémunérées, telles celles de la "femme au foyer" et à des formes de néodomesticité. Voilà des effets pervers auxquels l'AU peut aboutit, atteignant ainsi l'opposé de l'objectif recherché : l'élargissement de la fracture de la société au lieu de la recomposition de son unité par la vertu de l'universalité. Le slogan de "pleine activité" en lieu et place du "plein emploi" devenant ainsi un leurre !
Mais puisque le travail salarié se fait rare, de quel "plein emploi" parle-t-on ? Bien sûr, d'un emploi partagé, ce qui sera rendu d'autant plus possible de par les avantages induits par l'AU, lauelle permettrait de travailler moins grâce au revenu primaire garanti sans conditions. Mais comme "tout travail mérite salaire", il s'agira d'admettre que l'AU est un complément au travail salarié et non un substitut.
Par conséquent, contre le "fin du travail" (4) (pourquoi ne parle-t-on jamais de la fin du capital, se demande Petrella), il nous faut prôner une répartition des gains de productivité plus favorable au travail qu'au capital et ceci par une baisse radicale du temps de travail. Tel est le seul sens que l'on peut donner au "partage dui travail".
La société de l'allocation universelle, selon les conceptions énoncées ci-dessus, n'est donc pas la société sans travail salarié. De façon dialectique, il ne s'agit pas de considérer l'AU comme l'alternative à ce travail salarié, mais comme le pivot d'une réorganisation de l'économique et du social. Pivot auquel d'autres mesures s'articuleraient, telles que le partage du travail, le développement d'un secteur non marchand, la redéfinition des missions de l'Etat...
Avec l'introduction de l'AU, la dépendance des individus par rapport à leur emploi -ce qu'en d'autres temps l'on qualifiait d'aliénation- serait soustraite du rapport de forces entre salariés et employeurs. L'autonomie individuelle ainsi renforcée stimulerait même les réflexes de défense individuelle et collective. Ce qui réduirait le déséquilibre actuel entre syndicats et patronat, entre salariés et employeurs. L'existence d'un revenu social primaire redonnerait enfin à l'individu une certaine liberté dans le choix de son emploi.
Autre point de débat : dans la pensée syndicale, l'identité sociale reste étroitement liée à l'identité professionnelle. Et celle-ci n'est pour l'instant pensée que dans le cadre du salariat. L'allocation universelle apparaît alors comme un instrument de dilution des identités, une atteinte au lien social et, dans le même temps, comme contribuant à l'instauration d'une société d'assistés. Sans s'étendre sur les dimensions moralistes d'une telle éthique du travail salarié, que partagent largement les partis bourgeois, il faut rappeler que ce rôle identitaire est une notion hostoriquement récente.
Comme le rappelle Robert Castel (5), le salariat a d'abord été une indignité sociale. Nous devons au mouvement ouvrier et à ses penseurs la valorisation et la généralisation du salariat. Or nous assistons actuellement à une complexification des processus identitaires. Et l'identité face au travail est maintenant plus liée à la problématique de l'insertion sociale qu'à celle de la reconnaissance de compétences. Autrement dit, avoir un emploi compte davantage aujourd'hui qu'appartenir à une profession précise.
La réflexion qui s'amorce nous oblige donc à revenir sur de nombreux piliers de la pensée syndicale : notre vision anthropologique, la place du travail salarié, le rôle de l'Etat et de la société civile, l'articulation entre le social et l'économique. Quel contenu donner à une citoyenneté que le travail ou l'origine nationale ne fonderaient plus ? Quelles obligations apparaîtraient entre la collectivité et l'individu dans le cadre de l'AU ?
Autant de questions qui démontrent que concevoir une organisation sociale et économique indépendante du salariat nous amène à repenser notre rôle en tant qu'acteurs sociaux. Cependant, la défense de l'emploi et le maintien de l'idée que le salariat restera malgré tout "le projet de rencontre" entre les forces de production et les détenteurs du capital sont des positions conciliables avec l'aspiration à un revenu inconditionnel et universel.
Allons plus loin ! Le mouvement syndical est en mesure de jouer un rôle central dans la mise en perspective de ces deux projets. Encore faut-il inscrire clairement le projet de l'allocation universelle dans une vision de l'Etat social en tant que réducteur des inégalités.
Par son caractère universel, l'AU permettrait à l'Etat de maximiser ce r'ôle en évitant la stigmatisation de groupes d'allocataires. En la finançant sur la base de réformes fiscales qui prennent en compte le développement des inégalités de revenus et le découplage entre capital et production, l'Etat pourrait aussurer sa fonction de redistribution.
C'est ainsi qu'en instaurant une politique de réduction significative du temps de travail et de partage de l'emploi, la collectivité empêcherait la perversion néolibérale de la gestion de l'exclusion. L'accompagnement social de l'AU nécessite par conséquent un effort accru sur la formation mais également, comme affirmé auparavant, l'instauration d'un salaire minimum qui garantirait la non-concurrence entre salariés et non-salariés.
De même, l'AU oblige à imaginer un système de sécurité sociale qui soit indépendant du salaire et permet de promouvoir des "emplois non marchands"dans les secteurs non encore investis par l'Etat social (6). Car l'essor d'un tel "secteur quaternaire", que certains auteurs lient à l'instauration de l'AU, ne peut être possible que par une définition politique des tâches socialement utiles qui, par nature, échappent aux lois du marché. Notre ision de la solidarité passe dès lors par un renforcement et non un retrait de l'Etat social !
Ce rapide survol de quelques-uns des termes du débat, tel que celui-ci peut être abordé dans une optique syndicale, ne constitue en rien une position définitive. Il est plus simplement l'occasion d'en esquisser les enjeux pour l'avenir des organisations. Reprendre l'initiative sur le terrain des alternatives à l'idéologie dominante doit sans doute nous amener à considérer l'allocation universelle non pas seulement comme une tentatie de remédier aux effets destructeurs du néolibéralisme, mais comme un véritable objectif social et politique (7). Aussi utopique que le furent en leur temps les congés payés, les assurances sociales et que le reste l'assurance-maternité... Mais pour lui garantir son caractère progressiste, il nous faut l'articuler avec d'autres enjeux socio-économiques, évoqués ici, qui lui donneront sa véritable dimension de dépassement des inégalités profondes de nos systèmes contemporains.
C'est ainsi que pourra refleurir le slogan "post soixante-huit" : "travailler tous, moins et autrement, pour vivre mieux".
La Commission de la sécurité sociale et de la santé publique (CSSS) du Conseil national a chargà en juillet 1995 le Conseil fédéral d'ouvrir une consultation sur l'inscription dans la constitution fédérale d'un droit au minimum vital, et propose comme base de discussion un projet élaboré par une sous-commission.
Actuellement, l'assistance des personnes "nécessiteuses" relève en Suisse de la compétence exclusive des cantons, et les seules dispositions fédérales existantes ne concernent que le choix du canton responsable de l'assistance d'une personne.
La CSSS constate que la réapparition (le nouvelle visibilité) de la pauvreté ("nouvelle pauvreté") et la précarisation des couches sociales les plus fragiles à la crise ont changé les données du problème. Les villes et les cantons urbains attirent les plus pauvres et les charges de leur assistance. La commission constate que les faiblesses du système traditionnel d'aide sociale se sont accentuées, que le nombre des demandeurs d'aide est en augmentation constante -ainsi que, par conséquent, la charge budgétaire de l'aide.
Quelques rares cantons (Genève et le Tessin en premier) ont réagi en introduisant des "revenus mimimums" d'insertion sociale, conditionnels et limités; d'autres se sont déchargés de leurs responsabilités sur les communes. En de nombreux endroits, les prestations d'assistance n'atteignent plus le niveau prescrit par des directives, qui restent d'ailleurs purement incitatives et dépourvues de toute force contraignante. De plus en plus nombreux sont les cantons et les communes qui se contentent de se référer au minimum vital fixé par le droit des poursuites et faillites, qui le fixe à un niveau particulièrement bas.
La CSSS propose donc d'inscrire dans la Constitution fédérale un droit au minimum vital -et donc à une aide sociale. Elle laisse ouverte le choix du cadre dans lequel la Confédération devrait légiférer : fixation de standards minimaux impératifs pour l'aide sociale, normes juridiques, dispositions fixant une compensation financière entre cantons, participation financière de la Confédération etc.... La commission ne considère d'ailleurs pas que la Confédération devrait être tenue de légiférer, mais qu'elle devrait recevoir la compétence d'établir une coordination ehtre les cantons.
La CSSS propose au moins l'inscription dans la constitution d'un droit au minimum vital considéré comme celui à "l'aide sociale nécessaire afin de mener une exigence conforme aux exigences de la dignité humaine". Cette assistance consiste en l'assistance matérielle, les soins médicaux élémentaires, l'encadrement et les conseils sociaux utiles à l'accès des intéressés à l'indépendance économique et personnelle. Posé comme un droit personnel, ce droit à l'aide sociale pourrait faire l'objet d'une action juridique, sans pour autant nécessiter l'adoption d'une législation d'application.
La Confédération pourrait également, d'entente avec les cantons, fixer un minimum pour les prestations d'aide sociale et exprimer les principes de la protection juridique; elle pourrait également soutenir l'action sociale des cantons en y contribuant financièrement; elle pourrait enfin recevoir la compétence de répartir entre les cantons les charges liées à l'aide sociale.
Une étude du "Syndicat des personnes actives au foyer" (SPAF) de Genève, menée en 1994 en collaboration avec le service d'analyse et de gestion des fonctions de l'Etat, a tenté de "chiffrer" selon les critères de l'Etat le salaire auquel donnerait droit le travail ménager. L'étude a situé ce salaire aux niveaux suivants, en fonction de la lourdeur de la charge de travail -et donc en fonction de la taille et de la composition de la famille :
Le RMCAS, introduit à Genève en janvier 1995, est versé par l'"Hospice Général" (institution centrale d'assistance sociale), et peut être complété par une allocation d'insertion. Le RMCAS garantit aux chômeurs en fin de droit le versement (par mensualités) d'un revenu minimum de 13'812 francs, éventuellement multiplié par un coefficient en cas de personnes à charge, et en échanche, en principe, d'une "contre-prestation" consistant en une activité non salariée d'intérêt général.
Les économistes tessinois Elena Sartoris et Martino Rossi ont proposé un modèle d'impôt négatif pour la Suisse, financé par l'impôt, traitant tous les cas de revenu insuffisant sans discrimination et complété par une politique de réinsertion.
Le modèle propose un système différencié : Dans un premier "cercle", il serait accordé un revenu minimum de 22'000 francs par an aux personnes âgées, aux chômeurs, aux accidentés et aux invalides, et une somme proportionnelle pendant quatre mois aux jeunes mères; 7500 francs par an pour les jeunes en formation. Coût du "premier cercle" : 39 milliards de FS par an.
Dans un second cercle, les particuliers pourraient s'assurer pour obtenir des allocations de chômage plus importantes; dans un troisième cercle, pour obtenir des rentes vieillesses plus élevées.
Selon les deux auteurs du modèle, le tout coûterait moins cher à la collectivité que les dépenses sociales actuelles.

Outre le pur et simple transfert vers le financement de l'allocation universelle des charges actuelles de la protection sociale traditionnelle (c'est-à-dire du coût de toutes les revenus substitutifs ou complémentaires dont le montant est inférieur à celui de l'allocation universelle), plusieurs modes de financement de l'AU peuvent être envisagés :
(PSS janvier 1999) Selon le Parti socialiste suisse, un impôt de 5 % sur les successions rapporterait 1,2 milliard de FS.
En fait, l'allocation universelle pourrait sans doute être financée uniquement par le transfert des charges actuelles de la protection sociale (assistance, AVS, AI etc...).
Selon le rapport (1991) du groupe de travail de la commission de politique sociale du PS suisse, chargée d'étudier un projet de revevenu minimum garanti, le financement de celui-ci (dans une variante "partielle" (prestation complémentaire, PC), c'est-à-dire n'assurant pas la totalité du revenu minimum nécessaire mais seulement la différence entre le revenu réel et le revenu nécessaire serait assurable de quatre manières :
(chiffres de 1991)
La commission du PSS considère qu'un financement par une ponction sur la masse salariale est inappropriée puisque renchérissant le travail salarié, et qu'il "faut dans tous les cas lui préférer les impôts".
Un revenu minimum devrait, selon le PSS, être financé par l'impôt, en "panachant" le financement par l'impôt direct et celui par l'impôt indirect.
(Le Monde 2.2.99) Aux Pays-Bas, la loi sur l'incapacité de travail (WAO) a fonctionné et continue de fonctionner comme un ersatz d'allocation universelle. Le nombre de bénéficiaires de l'assurance qu'elle garantit est sans équivalent en Europe, et est en pleine croissance, après des années de baisse lente, mais régulière. Introduite en 1967, la WAO garantissait jusqu'à la retraite au moins 70 % du salaire aux personnes quittant leur emploi pour des raisons physiques ou psychologiques. On estimait alors à 200'000 personnes au maximum le nombre de ses bénéficiaires potentiels. En 1980, près de 900'000 personnes, soit plus de 11 % de la population active en bénéficiait : elle était devenue un revenu minimum garanti pour les travailleurs licenciés à la suite des compressions massives de personnel. Le patronat n'y voyait pas d'inconvénient, puisque la WAO était financée par les cotisations des salariés, et les syndicats y trouvaient un bon moyen de faire accepter des licenciements massifs à leurs adhérents. Mais la pression de la cotisation WAO sur les salaires devenait insupportable (13 à 15 % des revenus bruts des salariés). Après avoir frôlé la barre des 925'000, le nombre des bénéficiaires de la WAO a commencé à diminué à partir de juin 1993, certains d'entre eux étant contraints de reprendre un travail correspondant à leur état de santé réel. En même tempès, la durée et la hauteur des prestations étaient réduites. En juin 1996, le nombre des bénéficiaires de la WAO était encore de près de 850'000. Le 1er janvier, la WAO était partiellement privatisée, et devenait financée par les employeurs selon un barême progressif (plus une entreprise compte de bénéficiaires de la WAO, plus les cotisations sont élevées, afin de "responsabiliser les patrons"). Mais fin 1998, le nombre des bénéficiaires était remonté à 896'000, du fait d'un assouplissement des critères de contrôle, et malgré les mesures annoncées par le gouvernement (enquêtes sur le taux élevé -30 %- d'allocataires pour raisons psychiques, augmentation de la fréquence des contrôles, promotion d'emplois pour les personnes en incapacité partielle de travail), le gouvernement prévoit 930'000 bénéficiaires de la WAO en 2002. Le coût de la WAO était estimé pour 1999 à 20 milliards de florins, soit près de 15 milliards de FS (60 mias FF).
Georges Balandier nous rendait attentifs au fait que le mouvement qui donne son rythme à l'histoire jusqu'à présent connue, c'est celui qui résulte des manipulations de l'inégalité ET NON de sa destruction.
Rien n'est jamais acquis et, précisément, l'aspect multiforme que peut revêtir la pauvreté en fait un phénomène changeant et donc capable de résurgence. En d'autres temps, nous avions marqué notre impatience en martelant la formule : "compter les pauvres OU vaincre la pauvreté". Aujourd'hui, considérant la richesse des travaux présentés dans cet ouvrage, on peut risquer un propos plus optimiste : "compter les pauvres ET vaincre la pauvreté".
Mais dans ces conditions, une double démarche s'impose. Certaines mesures peuvent être prises sans tarder. Nous en savons assez pour agir dans de nombreux domaines. Dans le même temps, une observation systématique du "fait pauvreté" devrait être mise en place pour détecter ces formes de pauvreté induites par les changements des modes de vie, mais aussi par les ravages qu'entraîne la nouvelle donne économique.
*** Comprendre la pauvreté pour mieux la combattre. Rapports sur la pauvreté sous l'angle de la statistique Office fédéral de la statistique, Neuchâtel, 1999 *** Les inégalités sociales d'emploi et de revenu en Suisse Office fédéral de la statistique, Berne, 1998 *** Le SMIC, salaire minimum de croissance étude du Conseil supérieur de l'emploi, des revenus et des coûts La Documentation française, Paris, 1999 Isabelle Astier Revenu minimum et souci d'insertion Desclée de Brouwer, Paris, 1997 Pierre Bourdieu La misère du monde Paris, Seuil, 1993 Stefan Burri Données sur le revenu et la fortune pour l'établissement de rapports sur la pauvreté : Evaluation des sources de données OFS, Neuchatel, 1999 Caritas-Suisse Revenu minimum vital ? Compte-rendu de session 2/91 Lucerne, 1991 A. Cunha, J.-P. Leresche, I. Vez Pauvreté urbaine. Le lien et les lieux Réalités sociales, Lausanne, 1998 Chantal Euzéby Le Revenu minimum garanti La Découverte, Paris, 1991 Jean-Marc Ferry L'Allocation universelle Pour un revenu de citoyenneté Cerf, Paris, 1996 Yves Flückiger Inégalité, bas salaire et working poors en Suisse Université de Genève Futuribles No 184 Pour ou contre le revenu minimum, l'allocation universelle, le revenu d'existence ? Futuribles, Paris, février 1994 Pierre Gilland (sous la direction de) Pauvreté et sécurité sociale Réalités sociales, Lausanne Bronislaw Geremek La potence ou la pitié. L'Europe et les pauvres, du Moyen Age à nos jours Gallimard, Paris, 1978 Helvetio Gropetti, Caroline Regamey Minimum pour vivre CSP/Editions La Passerelle, Lausanne, 1999 Claudine Leleux Travail ou revenu ? Pour un revenu inconditionnel Cerf, Paris, 1998 F.-X. Merrien Face à la pauvreté Editions Ouvrières, Paris, 1994 S. Milano La pauvreté dans les pays riches : du constat à l'analyse Nathan, Paris, 1992 Parti Socialiste Suisse Revenu minimum garanti Rapport final du groupe de travail de la Commission de politique sociale PSS, Berne, septembre 1991 P. Sassier Du bon usage des pauvres : histoire d'un thème politique, XVIe-XXe siècle Fayard, Paris, 1990 Philippe van Parijs . Sauver la solidarité Cerf, Paris, 1995 . Refonder la solidarité Cerf, Paris, 1996
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