









Un mois seulement après son entrée en fonction, le président Fernando Henrique Cardoso, qui avait promis de restaurer la justice sociale, manifestait le peu de cas qu'il faisait de ses propres promesses : en février 1996, le Président s'accordait à lui-même, ainsi qu'aux ministres et aux parlementaires, un doublement du revenu mensuel (jusqu'alors équivalent à 13'000 francs suisses); dans le même temps, Cardoso opposait son veto au projet de faire passer le salaire minimum à l'équivalent de 100 à 160 francs suisses, alors que 15 millions de Brésiliens n'ont que ce salaire pour vivre, que des millions d'autres n'en disposent même pas, que les prix atteignent presque le niveau européen et que le pouvoir d'achat des revenus les plus faibles a diminué de moitié en dix ans.
Le Brésil occupe le troisième rang parmi les exportateurs mondiaux de produits agricoles, mais 1 % des propriétaires terriens possèdent 44 % des terres cultivables et en maintiennent une grande partie en friche, tandis que 53 % des agriculteurs doivent se contenter de 2,7 % des terres et que plus de 4 millions de familles paysannes ne disposent pas de terres suffisantes pour vivre, voire ne possèdent tout simplement pas de terres du tout. Pendant des décennies, les seigneurs féodaux ont bloqué toute tentative de réforme agraire et ont armé des milices chargées de faire régner la terreur chez les petits paysans et les travailleurs agricoles. La politique agricole du Brésil s'est exclusivement orientée sur les productions d'exportation, abandonnant les cultures vivrières. Un énorme exode rural a accompagné ce choix : aujourd'hui, seul un quart de la population du Brésil vit encore à la campagne. Les villes ont été totalement dépassées par l'ampleur des problèmes économiques, urbanistiques et sociaux qu'elles devaient affronter -sans en avoir les moyens.
Le gouvernement actuel, comme presque tous ses prédécesseurs, a certes promis une réforme agraire; il était dans son programme de prendre aux grands propriétaires les terres inexploitées pour les répartir en 4 ans entre 280'000 familles de paysans sans terres. Promesse illusoire : le ministre de l'agriculture, propriétaire de la troisième banque privée du Brésil et de 250'000 hectares de terres, dont 160'000 inexploités, a publiquement annoncé l'abandon du projet de réforme agraire... pour raisons financières.
La violence dans les zones rurales s'accroît d'année en année. L'augmentation du prix des terrains et la spéculation immobilière incitent les gros propriétaires terriens à chasser tous les habitants de "leurs" terresx, avec l'aide de la police et de bandes armées venant la nuit expulser par la violence des familles entières de terres où elles vivaient et travaillaient depuis des années. Privées de moyens de subsistance, ces familles émigrent vers les bidonvilles des zones urbaines; quelques unes, cependant, décident de résister. Un long combat, inégal, s'engage pour obtenir le droit à un lopin de terre pour survivre. Lorsque la violence pure n'a pas suffi à déloger les petits paysans, les gros propriétaires utilisent la procédure judiciaire, longue, coûteuse, opaque -et pour toutes ces raisons hors d'atteinte des paysans sans terre. L'appareil judiciaire des différents Etats du Brésil étant intimément liés aux intérêts des latifundistes, et le "droit" se monnayant comme toute chose, les gros propriétaires, aidés d'une armada de conseillers juridiques et d'avocats, sortent régulièrement vainqueurs de procédures judiciaires qu'ils n'hésitent pas à fausser.
La lutte juridique est si inégale entre les gros propriétaires et les petits paysans, et les prem iers disposent de tant de moyens pour écraser les seconds, retarder la réforme agraire, décourager les paysans sans terre et épuiser financièrement leurs organisations, qu'un soutien international à ces derniers est indispensable. Le SOLIFONDS (adresse ci-dessous) a donc décidé de soutenir la lutte des travailleurs agricoles sans terre.
Le Mouvement des Travailleurs Ruraux sans Terre (MST), fondé en 1985, est devenu une force importante en faveur de la réforme agraire et sociale au Brésil. Né dans le sud, le mouvement est aujourd'hui présent dans presque tout le pays. Il y trois grands objectifs :
. La terre à ceux qui la cultivent . Une réforme aygraire qui attribue des terres à tous, une politique agricole qui encourage les travailleurs agricoles et les petits paysans, un modèle de développement agricole reposant sur l'auto-approvisionnement . Une société juste, sans exploiteurs ni exploités.
La lutte que le MST mène depuis des années et les pressions constantes qu'il exerce sur les autorités ont permis à 135'000 familles de recevoir des terres. L'ancien président (de 1985 à 1989) José Sarney avait promis de reloger 1,4 millions de familles sans terre; son successeur Fernando Collor a poursuivi la tradition des promesses, mais les travailleurs agricoles et les paysans sans terre ne se font aucune illusion sur sa volonté, ni sur sa capacité. à les tenir. Seule leur mobilisation, leur organisation -et la solidarité avec eux- leur permettra de faire respecter leurs droits, et de défendre leur liberté et leurs vies : 30 ouvriers agricoles ont été tués en 1994, et une trentaine de militants du mouvement sont en prison, certains ayant été torturés. A la fin de 1995, le Forum pour la réforme agraire et la justice à la campagne avait recensé 976 morts sur une période de 10 ans, dans des conflits liés à la question agraire, et signalait 585 conflits concernant près de 100'000 familles.Le 17 avril 1996, 19 paysans, militants du MST, furent massacrée après avoir été torturés par des policiers à Eldorado dos Carajas, dans l'Etat de Para (nord du Brésil). Partout, les hommes de main des gros propriétaires, quand ce ne sont pas les policiers ou les militaires eux-mêmes, font régner un ordre qui s'apparente à la terreur, et que seule la solidarité et l'information peuvent battre en brèche : deux semaines après le massacre du Para, le président Cardoso devait recevoir les dirigeants du MST et s'engageait à promulguer la loi de réforme agraire si longtemps promise. Le 9 mai 1996, le président signait les décrets d'expropriation de 221'000 hectares de terre -mais il avait promis d'en distribuer 11,2 millions, et les syndicats estiment à 81 millions d'hectares la surface des jachères disponibles.
Depuis des années, les paysans sans terre brésiliens organisent des occupations de terrains, des manifestations et des marches de protestation pour réclamer une réforme agraire. Leur principal objectif est d'obtenir un peu de terre dont ils pourront vivre. La réforme agraire joue un rôle essentiel : sans elle, pas de justice, pas de travail, pas de formation, pas de nourriture, pas de soins et... pas de dignité humaine ! Dans leur manifeste, les paysans sans terre écrivent :
Le Brésil est le pays des extrêmes : les gens sont très aimables, mais le sourire brésilien contraste de façon effarante avec la brutalité avec laquelle on tue les paysans sans terres, les habitants de bidonvilles ou les enfants des rues. Au-delà du faste des avenues et des gratte-ciel du centre financier et économique qu'est São Paulo, on entre dans un autre monde. C'est ici que commence la misère de ceux venus du Nordeste, qui ont choisi de troquer leur pauvre hutte contre un abri précaire dans les favelas.
Au Brésil, la répartition des richesses est la plus injuste au monde : il y a, d'une part, une petite part de 5 % de la population qui est immensément riche (ce sont les propriétaires qui dictent leur loi à la campagne) et, d'autre part, des millions de pauvres (près de 50 % de la population) qui ne savent pas de quoi demain sera fait.
Les 62 % des terres cultivables restent en friche et 52 % font partie de grandes propriétés foncières, alors que 4,8 millions de familles cherchent un lopin pour pouvoir se nourrir. De plus, malgré la création d'un "Statut de la terre" en 1964, qui prévoit d'exproprier les terres non cultivées pour les distribuer aux habitants sans terre, la réforme agraire semble en panne. Le calcul auquel s'est livré le journal "Veja" illustre bien sa lenteur :
Le gouvernement du président Fernando Henrique Cardoso s'efforce de donner du Brésil l'image d'un pays moderne : efficacité, concurrence, productivité, privatisationj, intégration dans le marché mondial -les mots clés du néolibéralisme s'appliquent à tous les domaines économiques.
Cette image contraste à l'évidence avec les conditions féodales qui règnent à la campagne : les grands propriétaires s'appuient sur des milices privées et sur une justice qui leur est acquise, ils usent de la violence sans scrupule aucun pour refuser les revendications légitimes des paysans sans terre. De plus, les massacres perpétrés par la police militaire ternissent encore l'éclat auquel aspirent les classes dirigeantes.
Dans ce conbtexte, le mouvement des paysans sans terre MST (Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra) représente aujourd'hui la principale force d'opposition, aussi bien politique que sociale. Des sondages indiquent que la majorité de la population brésilienne soutient la lutte du MST en faveur de la réforme agraire. Cette lute bénéficie de l'appui de l'Eglise catholique et des maires de petites villes rurales, car ceux-ci ont compris que leurs régions n'ont guère de chance de se développer sans réforme agraire. Grâce à cette mobilisation, le MST est parvenu à mettre le problème à l'ordre du jour du débat politique. Après avoir tenté en vain de faire du conflit une affaire policière, pour isoler et criminaliser le MST, le gouvernement ne peut donc aujourd'hui que se pencher sérieusement sur le problème.
Le MST jouit aussi d'une reconnaissance internationale : il s'est vu décerner le Prix Nobel alternatif en 1992 et, en mars dernier, le Prix du Roi Baudoin en Belgique. De plus, un nombre croissant d'organisations populaires, telles que le mouvement des sans-abri "Sem Teto", suivent l'exemple du mouvement des paysans "Sem-Terra".
En occupant des propriétés improductives, le MST force le gouvernement à agir et porte le problème à la connaissance du public. La lutte, la mobilisation et le radicalisme sont nécessaires pour faire avancer la réforme agraire et la réforme agraire est la condition sine qua non d'un véritable développement au Brésil. Le progrès technique évince de plus en plus de travailleurs du processus de production, tant dans l'industrie que dans l'agriculture. La vie qu'ils mènent en marge de la société, dans les bidonvilles, ne leur offre guère de perspectives d'avenir. Le "retour à la terre" constitue donc une solution progressiste, car la réforme agraire est le moyen le moins coûteux et le plus rapide de créer des emplois. Le MST n'est donc pas un mouvement corporatiste qui lutte uniquement pour l'application du droit dans les campagnes. En tant que citoyennes et citoyens, les paysans sans terre tiennent aussi à se prononcer sur des problèmes plus généraux, tels que le chômage, les droits humains, la démocratie et la justice. Ils veulent aussi remettre en question les rapports de force politiques et économiques, pour promouvoir un modèle social et économique différent, empreint de justice sociale et dans lequel chacun disposerait des mêmes droits économiques, politiques, sociaux et culturels.
A l'heure de la mondialisation et du néo-libéralisme, qui consacrent le plus fort et excluent le plus faible, le mouvement des paysans sans terre brésiliens déploie une ténacité un peu surannée, beaucoup de volonté et d'imagination pour imposer ces valeurs universelles.
Le 22 mars dernier, des soldats ont pénétré dans la localité de Sevindik, un village du Kurdistan turc déjà largement dépeuplé par les représailles des forces turques aux actions du PKK; seules 15 personnes âgées vivaient encore dans le village : les Turcs les ont forcées à signer une déclaration préimprimée par laquelle elles assument l'entière responsabilité de leur éventuelle exécution par les soldats. Cet "incident" est exemplaire : chaque jour, la population civile du Kurdistan turc subit de plein fouet les conséquences de la guerre qui depuis douze ans oppose les forces turques et celles du PKK. L'état d'urgence est appliqué en permanence dans dix provinces, où la police et l'armée jouissent d'un pouvoir presque illimité. Plus de la moitié des 5000 villages du sud-est de la Turquie ont été détruits par l'armée turque et leurs habitants déplacés ou tués. 3 millions de personnes sont sans domicile fixe ni moyen de subsistance (les récoltes et les troupeaux ont été anéantis et l'environnement souvent détruit). Les villageois déplacés ont été dispersés à travers toute la Turquie et vivent le plus souvent dans des conditions catastrophiques, sans ressource ni aide, dans les bidonvilles des centres urbains -et ce alors que la Turquie accueille la Conférence des Nations-Unies sur le logement et l'espace vital... Parallèlement, cette répression massive exige le silence : les journalistes, avocats et défenseurs des droits de l'homme sont systématiquement poursuivis, assassinés ou réduits au silence sous l'accusation de "séparatisme".
(HRW, 11.10) Dans un rapport publié le 11 octobre, l'organisation américaine de défense des droits de l'homme Human Rights Watch dénonce la situation "déplorable" des Kurdes d'Irak, privés de la nationalité syrienne et, puisqu'ils n'ont la possibilité d'obtenir aucune nationalité, "piégés" en Syrie. HRW dénonce les discriminations dont les Kurdes font l'objet en Syrie. Près de 150'000 Kurdes vivent en Syrie, selon les statistiques officielles, qui les séparent en deux catégories, les "étrangers" et les "maktoumins" (non-enregistrés). Les sources kurdes évaluent à plus de 200'000 personnes la population kurde de Syrie. En octobre 1962, un recensement conduit dans le gouvernorat de Hasakeh (nord-est de la Syrie) a abouti à priver environ 120'000 Kurdes syriens de leur nationalité et à les transformer en apatrides. Le pouvoir syrien tend depuis à les considérer comme "étrangers infiltrés". Le rapport de HRW identifie les discriminations dont sont victimes les Kurdes de Syrie rendue apatrides par le pouvoir Syrien : privation des subsides gouvernementaux, non admission dans les hôpitaux publics, impossibilité d'épouser des citoyen(ne)s syrien(ne)s, privation du droit de vote et de toute possibilité d'emploi public, privation de passeports (et donc du droit de quitter la Syrie, ou d'y entrer si on en est sorti).
Les entreprises de "purification éthnique" qui continuent d'ensanglanter les Balkans, les nationalismes naissants ou renaissants qui font éclater les anciens Etats nés de la première ou de la deuxième guerre mondiale et éparpillent les vieux empires (qu'on ne s'y trompte pas, cependant : ils se reformeront vraisemblablement -l'ordre du monde est à ce prix, à moins que l'on en change), la montée des intolérances culturelles et nationales : il est un peuple qui, sans doute plus que les autres, et sûrement depuis plus longtemps, en est victime. Ce peuple est sans Etat, ni revendication d'Etat; il ne réclame pas le droit d'établir des frontières autour d'un espace sur lequel planter un drapeau, à l'intérieur duquel ériger un pouvoir politique, une monnaie, une police, et au nom duquel chanter un hymne national. Ce peuple sans frontière, sans gouvernement, sans "forces de l'ordre", sans colonels ni généraux, n'en est pas moins une nation. Une nation sans territoire. Une nation persécutée : la nation tzigane.
Depuis que se sont effondrés en Europe centrale et orientale les régimes instaurés, dans l'orbite ou non de l'Union Soviétique, à partir de 1945, et qu'ont éclaté les Etats "multinationaux" dont le système du parti unique et de la planification étatique garantissait la cohérence apparente -à commencer par l'URSS elle-même, et à continuer par la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie-, les Tziganes sont les premières et les plus nombreuses victimes des violences racistes surgissant des décombres du communisme (la guerre entre "Slaves du sud" mise à part). Des centaines d'entre eux ont été assassinés, sous n'importe quel prétexte, ou en l'absence de tout prétexte, simplement parce qu'ils étaient Tziganes et que, comme le proférait benoîtement un Skinhead hongrois, "on n'a plus de juifs sous la main". Certes, la persécution des Tziganes par les "sédentaires" et leurs institutions, dans toute l'Europe, est une tradition aussi ancienne que la présence des "Bohémiens" sur le continent, mais le grand ébranlement de 1989 a libéré à la fois l'expression rhétorique et physique du racisme et le besoin d'un bouc-émissaire que l'on puisse désigner sans effort d'enquête ni d'analyse. En République tchèque, pourtant réputée l'Etat le plus "occidentel" (entendez : le plus "évolué", puisqu'il est entendu que nous sommes l'aune de toute évolution historique positive), un récent sondage faisait apparaître la persistance d'un sentiment raciste massif à l'égard des Tziganes : 90 % des personnes interrogées rejetaient l'idée de mariage d'un de leurs enfants avec un Tzigane, et 70 % des "sondés" ne voulaient pas d'un Tzigane comme voisin de palier... "L'antisémitisme sans juifs" que l'on a vu (re)naître sourd du même égoût, mais les Tziganes sont des victimes bien plus commodes, puisque plus nombreuses, et plus démunies.
Ainsi se multiplient dans toute l'Europe centrale et orientale les assassinats de Tziganes, les incendies des immeubles qu'ils habitent, les lynchages, les agressions, les attentats -et l'Europe occidentale n'est pas épargnée (quatre Tziganes ont été tués en février dans un attentat en Autriche; les coupables courent toujours...). Le Conseil de l'Europe s'en est ému et a dénoncé "les discriminations, statuts d'apatrides, violences et attentats" contre les Tziganes. Amnesty International a pour sa part publié un rapport accablant sur la situation en Roumanie, où vivent entre un demi et deux millions de Tziganes (soit 2 à 8 % de la population) : discriminations, abus policiers, exactions de la part d'une partie de la population "non-tzigane"... Les autres pays du centre et de l'est de l'Europe ne sont pas en reste de racisme : en République tchèque (200'000 Tziganes, soit 2 % de la population), les crimes racistes (450 délits de cette nature enregistrée de janvier 1993 à l'été 1994) ont fait une douzaine de morts tziganes en cinq ans. En Hongrie (800'000 Tziganes, soit 8 % de la population), les Roms ont certes été reconnus en 1993 comme minorité nationale et ont pu désigner des représentants pour défendre leurs intérêts, mais restent victimes de discriminations de toute nature et d'actes racistes récurrents. Enfin, dans les Etats de l'ex-Yougoslavie, les "purificateurs éthniques" de tous bords, et les forces en lutte les unes contre les autres, s'accordent pour faire du seul peuple de la région qui ne réclame pas "son Etat", la cible de tous les autres.
(HRW, 11.9) L'organisation américaine de défense des droits de l'homme "Human Rights Watch" condamne les mauvais traitement infligés par la police bulgare aux enfants tziganes, et leur enfermement dans des "maisons d'éducation au travail". Une mission de l'organisation, conduite en avril 1996 en Bulgarie, a donné lieu a un rapport d'enquête accablant : à Sofia, Plovdiv, Carna, Pleven et Sliven, les enfants tziganes ont été très fréquemment victimes de mauvais traitement et d'"abus physiques" de la part de la police, que ce soit dans la rue ou en détention. Des adolescentes tziganes ont été contraintes par des policiers à des actes sexuels oraux. En outre, les enfants tziganes sont fréquemment victimes d'actes racistes de la part de Skinheads ou de gangs criminels. La police ne prête pas assistance aux victimes de ces actes, et les poursuites légales n'aboutissent pas. Les enfants tziganes reconnus coupables de petits délits ou simplement dénoncés pour leur comportement "incontrôlable" sont placés dans des "maisons d'éducation au travail" où ils sont victimes des mêmes mauvais traitements qu'ailleurs et doivent vivre dans des conditions sanitaires déplorables.
PARIS, 7 juil (AFP) - Les tziganes migrants et en situation de précarité sont traités de manière "inhumaine" en Europe et sont victimes de nombreuses discriminations, a affirmé mercredi l'organisation humanitaire Médecins du Monde (MdM) en citant des études réalisées dans plusieurs pays.
Constitué en 1997 à la suite du constat réalisé par MdM de grande vulnérabilité de la population tzigane migrante, le réseau Romeurope opérant dans six pays (Espagne, France, Grèce, Allemagne, Italie et Portugal) a présenté ses premiers résultats en juin à Paris lors d'un séminaire où a été également exposée la situation en Bulgarie et en Roumanie.
En Espagne, France et Grèce, le bilan est "désastreux", estime MdM. Qu'ils soient de vrais migrants, Roumains, Albanais, Bosniaques, Portugais, ou simplement déplacés à l'intérieur du pays, les Roms ont des conditions d'existence "déplorables".
Les questionnaires réalisés auprès de 600 personnes parmi les plus précaires, donc non représentatives de l'ensemble de la population tzigane, a précisé MdM, montrent que cette population est reléguée dans des no man's land à la périphérie des villes, vivant sur des terrains sans eau ni électricité au milieu des ordures rarement ramassées.
Des expulsions fréquentes obligent les Roms à une errance non désirée. Ils vivent de petits travaux hors la loi ou de mendicité, ou d'activités saisonnières en Espagne et en Grèce. En France, leurs ressources proviennent essentiellement de la mendicité.
Les allocations ne sont une source de revenus que pour 15% des étrangers (0% à Athènes, 9% à Gennevilliers en banlieue parisienne, et 27% en Espagne) et pour 43% des nationaux.
Sur les 600 personnes interrogées, 55% ont été scolarisés (13% en Grèce et 94% à Marseille - sud de la France), en moyenne pendant cinq à six ans, mais les enfants sont moins scolarisés que ne l'ont été leurs parents. Environ un tiers des personnes savent lire et/ou écrire (six pour cent à Athènes et 60% à Gennevilliers ou Montpellier - sud).
La situation sanitaire est préoccupante, affirme MdM. Leurs conditions de vie impliquent que les tziganes migrants et en situation précaire, souvent sans papiers, ne consultent un médecin qu'au dernier moment. La prévention est donc inexistante, les enfants sont peu vaccinés et les femmes enceintes mal suivies. La mortalité périnatale et la mortalité infantile sont respectivement cinq et huit fois plus élevées qu'en 1996, selon MdM. Une étude réalisée en Grèce dénonce en particulier la très grande prévalence de l'hépatite A et de l'hépatite B. En Espagne et en France, de nombreux cas de tuberculose ont été dépistés. La situation sanitaire et sociale observée en Allemagne, Italie et Portugal est sensiblement équivalente, estime MdM.
Des entretiens individuels menés par ailleurs auprès de 70 tziganes migrants révèlent un fort sentiment d'exclusion des droits élémentaires, l'exil paraissant la seule solution possible pour s'en sortir.
Le réseau Romeurope élabore maintenant des programmes sanitaires avec des partenaires dans les différents pays.
Un colloque prévu en octobre 2000 vise à sensibiliser l'ensemble des pays de l'Union européenne aux conditions de vie et de santé des Roms.
Les Indonésiens ne veulent plus de la dictature : en manifestant en masse contre la manoeuvre orchestrée par l'armée pour démettre de ses fonctions la présidente du Parti Démocratique (PDI, opposition), et contre l'assaut par la police de la centrale du PDI à Djakarta (cet assaut a fait 47 morts et 240 blessés), ils ont clairement exprimé leur souhait de voir la démocratie s'instaurer dans le pays. Depuis 1965, le général Suharto règne sur l'Indonésie. Le développement économique forcé de ces dernières années (7 % de croissance annuelle) se paie d'une exploitation à outrance des ressources humaines et naturelles, garantie par une politique répressive dans tous les domaines. Cette politique est désormais combattue par une opposition démocratique au sein de laquelle s'illustre le syndicat indépendant SBSI, dont les dirigeants refusent de dissocier la lutte syndicale du combat pour la démocratie.
La SBSI (Union Indonésienne pour la Prospérité) a été fondée il y a quatre ans; elle doit à l'engagement d'une poignée de militants et à la solidarité internationale d'avoir résisté à la répression et à la volonté du pouvoir de l'étouffer. Tous les salariés indonésiens (soit 37 millions de personnes) sont obligatoirement affiliée à un syndicat unique et officiel; cependant, en quelques mois, le syndicat indépendant SBSI a réussi à regrouper près d'un demi-million de membres. En avril 1994, des centaines de ses permanents et de ses militants ont été arrêtés à la suite de grèves et de manifestations, et 5000 de ses membres ont été purement et simplement licenciés à cause de leur affiliation syndicale. Le coup porté au syndicat a été rude, mais il y a survécu, et la SBSI s'est engagée dans le mouvement d'opposition, aux côtés du Parti Démocratique, en fondant en juillet dernier le MARI (Conseil du Peuple Indonésien), coalition de 26 organisations indépendantes.
Partie prenante du mouvement démocratique, la SBSI s'est engagée aux côtés des victimes de la répression pour leur porter assistance. Elle a besoin pour cela de la solidarité internationale, notamment afin d'améliorer les conditions de détention des 210 personnes arrêtées pendant les manifestations de juillet dernier et les soins des 240 personnes hospitalisées à la suite des violences policières. Des moyens sont également nécessaires pour rechercher les disparus et soutenir les familles des victimes, rendre visite aux détenus et leur assurer une procédure judiciaire équitable.
(L'Appel du Kurdistan Décembre 2000) Au cours des dernières décennies, dans différents pays européens, toutes les lois régissant le droit d'asile et son application ont évolué dans un sens restrictif. Malgré cela, les réfugiés kurdes continuent d'arriver nombreux en Europe, phénomène sans précédent dans l'histoire de ce peuple connu pour être profondément attaché à ses terres et à sa culture.
Cette migration touche toutes les couches de la société kurde. Parmi les rquérants, nous trouverons aussi bien des ouvriers, des paysans que des intellectuels.
Tous fuient le chômage endémique, la corruption de l'administration locale, la pression des Etats régionaux et l'embargo international imposé depuis 1990.
Selon certains recensements, le nombre des Kurdes en Europe dépasse le million. Au niveau suisse, les statistiques officielles (ODR) montrent une forte progression au cours des dernières années des demandes d'asile déposées par les ressortissants des quatre pays dominant le Kurdistan (voir tableau ci-dessous). Ces chiffres concernent l'ensemble des citoyens des quatre pays, mais en fait la majorité appartient à l'éthnie kurde.
En plus de la dispora en Europe, un grand nombre des réfugiés kurdes se trouvent soit clandestinement soit dans des camps au Pakistan, en Iran, en Syrie, au Liban, en Ukraine et Russie, à Ankara et Istambul, les deux carrefours pour passer en Europe, vie la Grèce. Tous sont vulnérables face aux risques quotidiens d'arrestation, d'expulsion et de refoulement vers leur pays de provenance, car la plupart sont illégaux. Ils vivent dans une situation de peur permanente, fragilisés, ils font chaque jour l'expérience de nouvelles paniques. Leur sort dépend des bandes de passeurs qui sont devenus experts dans l'exploitation de telles détresses et qui entretiennent des rapports très étroits avec les services secrets des Etats, spécialement avec les services secrets turcs.
EN TURQUIE, les Kurdes fuient la répression systématique de l'Etat qui existe depuis la fondation de la République turque en 1923. Cette dernière se définit comme une nation turque homogène et nie toute existence du peuple kurde.
EN SYRIE, les Kurdes fuient la politique d'arabisation et leur exculsion de la nationalité syrienne. Par milliers, ils se voient déchus de leurs droits nationaux et deviennent les "bidoun", mot arabe qui signifie sans papiers, sans droits.
Par contre, au KURDISTAN IRAKIEN, le phènomème est asset paradoxal car il y existe une administration kurde depuis 1992. Les Kurdes fuient en particuliers leurs propres dirigeants qu'ils ressentent tels des despots. Ces derniers laissent la majorité végéter avec un niveau de vie très bas, tout en favorisant l'enrichissement d'une élite qui accumule ses avoirs dans les banques européennes et américaines. D'autres facteurs expliquent aussi les raisons des populations de quitter le Kurdistan irakien.
D'abord, le pays n'a vécu que des guerres depuis 1961 :
1961-1975 : guerres du Kurdistan
1980-1988 : guerre contre l'Iran
1987-1988 : guerres chimiques de Saddam Hussein,
contre les Kurdes (opération Anfall)
1990-1991 : Invasion du Koweït, Guerre du Golfe,
où les forces de l'OTAN détruisent l'infrastructure de l'Irak
1993-20.. : guerre fratricide entre le PDK, l'UPK et le PKK.
Multiples interventions armées de la Turquie
au Kurdistan d'Irak.
De plus, l'abence d'une vie démocratique, d'une liberté d'expression, la corruption croissante de l'administration des partis kurdes, le népotisme, ces interventions militaires répétées de l'armée turque, la pression politique et économique des Etats régionaux et de l'embargo international, constituent autant de pressions à l'exode. A tout cela s'ajoutent les mesures irakiennes d'expulsion des Kurdes des régions pétrolières (notamment la province de Kirkouk) au nord du 36ème parallèle. Le nombre des personnes expulsées depuis 1991 se monte à environ 92'000.
Ces multiples facteurs ont détruit tout espoir d'un futur stable et prospère, poussé la population à s'enfuir, et changé radicalement la mentalité kurde dans ses liens affectifs à la terre.
Toutes ces circonstances rendent la part belle aux passeurs qui encouragent la population à partir en lui en offrant la possibilité logistique.
EVOLUTION DES DEMANDES D'ASILE EN SUISSE
EN PROVENANCE DES QUATRE PAYS RECOUVRANT
LE KURDISTAN
Irak Turquie Iran Syrie
1994 151 1068 82 44
1995* 200 585 67
1996 413 1317 134 83
1997 522 1395 129
1998 2041 1565 168
1999 1658 1453 206 167
Il s'agit d'un réseau mafieux très bien organisé, composé de gens très motivés à gagner rapidement de l'argent et sans pitié; ces cyniques ont des rapports étroits avec les chefs des partis politiques kurdes qui bénéficient également de cette activité lucrative.
En effet, pour "bénéficier" des services d'un passeur, le futur réfugié doit se procurer :
- un acte de mariage - une carte d'identité - un certificat de nationalité - un passeport - un permis de conduire
Les partis fournissent ces documents moyennant finance. Le lecteur et consultabnt les tarifs indicatifs ci-dessous pourra évaluer la somme à verser pour ces premières démarches "administratives"...
KURDISTAN D'IRAK : LES TARIFS... Un faux passeport neuf : env. 18'000 dinars irakiens (env. 1800 FS) Un faux passeport en moins bon état : env. 5000 DI (envo 500 FS), mais il ne sera pas accepté par les autorités turques et sera seulement valable pour la Syrie Un certificat de mariage : env. 2000 DI (env. 200 FS) Une carte d'identité : env. 1000 DI (env. 100 FS) Un permis de conduire : 2000 DI Le visa pour la Turquie (toujours par l'intermédiaire du parti) coûte 1700 dinars et est valable durant 10 jours. Le prix du trajet de la frontière irako-turque (Ibrahim Al Khalil) à Istambul via Diyarbakir est d'environ 1700 dinars (170 FS)
Enfin, il faudra encore compter les frais de voyage jusqu'à la destination finale., les émoluments à payer aux mafias turque, albanaise, italienne...
Tout cela représente une importante somme d'argent si l'on considère que le salaire mensuel de l'employé moyen ne dépasse pas 700 dinars et celui des parlementaires 10'800 dinars.
Beaucoup de réfugiés vendent leur terre, leur maison, leur troupeau ou leur vigne pour obtenir l'argent nécessaire à ce périlleux voyage. Le pire est que le réfugié et toute sa famille doivent se soumettre totalement au passeur, lui faire une confiance aveugle. Le réfugié doit accepter toutes les conditions du passeur. Le but principal du passeur étant de gagner de l'argent, il n'a que faire de la sécurité du réfugié et de sa famille. Beaucoup de réfugiés ainsi que leur famille ont trouvé la mort, par noyade en mer, asphyxiés dans des camions, assassinés pour voler leurs biens, tombés dans des embuscades turques et froidement exécutés. En 1999, 171 personnes sont mortes dans ces circonstances.
Tous ces réseaux de passeurs qui sont extrêmement actifs à l'intérieur du Kurdistan avec la collaboration du PDK et de l'UPK sont devenus très rapidement richissimes grâce à ce métier méprisable et au dépens de l'intérêt stratégique du peuple kurde.
En effet, un réfugié kurde devra rembourser environ 10'000 FS pour venir du Kurdistan irakien en Europe. Pour se faire une idée des sommes fabuleuses que cela représente, on peut se baser sur les chiffres concernant les réfugiés kurdes recensés en 1998 (cf supra). Au nombre de 2041 au coût d'environ 10'000 FS par "passage" cela représente (pour la seule année 1998) le total de plus de 20 millions de francs suisses empochés par les passeurs, les partis politiques kurdes et l'Etat turc, sans compter ceux qui arrivent en Allemagne, Suède, Hollande, Danemark, France, Angleterre, Canada, USA et autres pays.
Les passeurs possèdent des appartements, des villas au coeur d'Istambul, de Damas, Ankara, d'Urmieh en Iran, de Beyrouth, et, au Kurdistan irakien, d'Erbil, Dehuk, Zako et Sueymanieh. Ils sont directement reliés aux services secrets des Etats hostiles aux droits du peuple kurde. Que ceux qui doutent de la véracité de ce lien se souviennent de la façon avec laquelle la Turquie -pour obtenir l'extradition d'Öcalan- a menacé l'Italie et l'Union Européenne, annonçant quasi ouvertement des vagues de réfugiés sur les côtes italiennes à moins que...
Les Etats concernés facilitent la tâche des passeurs car ils servent à long terme leurs intérêts : Ceux de la Turquie, qui a adopté la politique d'évacuation du Kurdistan rural comme mesure contre le mouvement national kurde; ceux de Saddam Hussein qui, dans les années 70 et 80, a détruit et évacué la population dans les régions rurales du Kurdistan; et ceux de la Syrie, qui a adopté la même méthode d'évacuation de la population kurde de ses terres ancestrales.
Déplacer les populations est hélas, au Moyen-Orient, une méthode éprouvée par des Etats qui revendiquent volontiers des idéologies antagonistes : Turquie, Irak, Syrie, sans oublier Israël dont les Palestiniens qu'elle a évacués de leurs terres n'ont pas plus d'existence dans son histoire et sa conscience nationale que les Kurdes "Maktoumeen" -sans droits ni identité juridique- que chasse la Syrie... Tout cela pour que ces peuples ne réclament jamais leur droit sur leur propre terre.
Les conséquences négatives de cette migration massive sans précédent dans l'histoire des Kurdes sont multiples.
Le départ de toute une partie de la population, en particulier des hommes, cause déjà un déséquilibre entre la population masculine et féminine. Et surtout, elle provoque un appauvrissement économique et culturel du pays et une baisse de la natalité. Les paysans abandonnent leurs terres qui restent inexploitées. Les enseignants, les médecins, les ingénieurs, les techniciens qui quittent leur poste laissent un vide derrière eux. Les faits démontrent que les deux gouvernements kurdes d'Erbil et de Suleymanieh n'ont pas créé de conditions favorables pour que ces gens puissent fonctionner normalement. De plus, des familles entières sont déchirées.
En arrivant en Europe, les réfugiés se trouvent confrontés à une vie difficile, dans laquelle l'intégration se heurte à de sérieux obstacles.
Très récemment, nous avons rencontré une dizaine de requérants d'asile. Parmi eux, se trouvaient des pères qui avaient laissé au pays leur famille de six ou sept membres et qui, après deux ans d'attente -parfois même plus- ont reçu une réponse négative à leur demande. Pendant ces années, ils ont vécu une situation psychologique très difficile à supporter; d'autant plus que la plupart d'entre eux n'ont pas pu trouver un travail suffisamment régulier et honnêtement rémunéré. Cette période d'inactivité, qui souvent perdure, peut générer une atmosphère de tensions et un climat favorable à la violence.
Face à tous ces processus de détérioration et de destruction, une conscientisation du peuple kurde face au danger de cette migration est un indispensable combat. Oeuvrer pour développer, parmi les peuples longtemps soumis à des dictatures, une réelle volonté pour instaurer une vie démocratique au sein du Kurdistan et aussi dans les pays du Moyen-Orient qui restent depuis longtemps une terre fertile pour le despotisme oriental le plus cruel. Les gouvernements occidentaux sont invités à ne pas nourrit les machines de guerre des dictateurs, et à ne pas sacrifier les droits de l'Homme au profit de leurs intérêts économiques. En favorisant la solution démocratique à l'ensemble du problème kurde, le phénomène des réfugiés clandestins serait fortement réduit.
Association Suisse-Kurdistan CP 1022 CH-1211 Genève 26

