












Adresse postale : CP 343 CH-1211 GENEVE 4 Téléphone/Fax : (22) 735.88.27







L’auteur, tel que présenté par le dossier établi sur lui par la Police fédérale suisse (dans la version expurgée dont copie lui a été accessible : les passages caviardés sont signalés. De même, nous avons-nous même abrégé certains noms donnés " en clair ", en n’en donnant que leurs initiales, suivies d’un astérisque)
Dossier de police fédérale
Les
fiches et les rapports Fragments de casier judiciaire Rapports et extraits de rapportsLes indications reproduites ci-dessous sont celles du dossier en question. Les remarques (en italiques) sont celles de l’objet même du dossier (Pascal Holenweg) Le dossier étant, pour l'essentiel, établi en allemand fédéral et policier, nous avons cru judicieux de le restituer en français; que la traductrice courageuse, émérite et au surplus bénévole de ce pensum en soit remerciée -de cela, et de tout le reste.
HOLENWEG
Pascal
Né le 28.8.1952 à Genève
Originaire de Berne
Fils de Jean et Jacqueline
Célibataire
Exclu de l’armée
Membre du Parti sans Payer, du Comité Anti-Répression, du Groupe Emigration-Impérialisme.
Fondateur et Responsable du Groupe Autonome Révolutionnaire et de " Légitime Défense "
(On ne prête sans doute qu’aux riches, mais je n’ai jamais membre du groupe, par ailleurs politiquement fort estimable, " Emigration-Impérialisme ". Quant à " Légitime Défense ", qu’il faut se garder de confondre, sinon sans une rétrospective commisération politique, avec l’organisation fascisante qui a porté ce nom en France, il ne s’est jamais agi que d’une signature fugace, apposée au bas de tracts sans plus de lecteurs qu’ils n’en avaient d’intérêt).
Contrôle téléphonique : du 31.5 au 20.7.1972 et du 26.5 au 13.6.1975
Ouverture de la procédure de police judiciaire contre P.H. le 31.5.1972 et le 27.5.1975, classée le 13.6.1975
(voir plus loin les
Rapports et extraits de rapports)Fiche No 1
(Les dossiers de la Police fédérale valent -si l’on peut écrire- autant par ce qu’ils oublient que par ce qu’ils indiquent ; celui-ci oublie apparemment que son objet a été en 1970 impliqué dans l’attaque au cocktail Molotov d’une Mairie de la banlieue genevoise, et pour cela condamné à trois mois de détention)
20.4.70 Du chef de la police genevoise :
Participe à la manifestation contre le défilé militaire du 18
avril1970 à GenèveRapport relatif à l’arrestation du Français X relatif à l’action d’affichage sauvage de la nuit du 8 au 9
(XXX) Voir
Rapports et extraits de rapports
P.H. a participé à la manifestation de protestation contre la guerre du Vietnam le 15.5.70 à Genève. Il a été interpellé et fouillé. Relâché le soir même.
(XXX) Voir
Concerne : Manifestation devant le Grand Théâtre, Place Neuve, le jeudi 3 juin 1971 dès 1830
En complément du rapport établi le 5 juin 1971 concernant cette manifestation, notre service a établi l’identité du 2ème orateur qui a pris la parole, mettant en parallèle le coût du Grand-Théâtre ne profitant qu’à la " bourgeoisie " et le manque de logements ; il s’agit du nommé HOLENWEG Pascal, né le 28.8.1952, Berne, célibataire, étudiant, dlié 13 route de Loëx Onex 1213. HOLENWEG est connu de notre service pour avoir une activité subversive, participant à toutes les manifestations de rues.
A l’occasion d’une manifestation en faveur du " Centre Autonome de Genève " le 3.6.71, P.H. s’est adressé aux manifestants.
(XXX)
Prend part aux réunions du " Mouvement
(XXX)
(où l’intérêt policier ne va-t-il pas se porter...)
Dans le cadre de l’affaire X (1) et consorts, il s’est créé à Genève un " Comité Anti-Répression " qui s’associe entièrement aux actes commis par X et ses camarades
Fiche No 2
Prend part à une action de perturbation d’une réunion de l’
(XXX)
Participe à la manifestation non-autorisée d’Espagnols, le 23.10.71, à Plainpalais, Genève, en faveur des ouvriers en grève de la fabrique " SEAT " de Barcelone. La manifestation était organisée par la " Commission de soutien à la grève de la
(XXX)
Rapport sur la manifestation du Mouvement pour un Service Civil Communautaire (
(XXX)
Rapport sur les groupes extrémistes à Genève et leurs activités du 1.5.71 au 31.12.71. P.H. figure en tant que membre du " Groupe Emigration-Impérialisme " (tendance anarchiste). Co-responsable des manifestations du " Centre Autonome de Genève ".
(XXX)
(Le Groupe " Emigration-Impérialisme " -dont je n’ai jamais fait partie- n’était pas un groupe anarchiste ni ne comportait, du moins à ma connaissance, de " tendance anarchiste ", mais était un groupe " Mao-Spontex ". Distinction sans doute hors du champ restreint de la conception policière du " gauchisme "...)
Prend part au défilé non autorité tenu à la suite de la manifestation du " Comité d’Action
(XXX)
P.H. est le contact personnel de X
(Saurai-je un jour de qui étais-je supposé être alors le " contact personnel " ?)
Fiche No 3
Prend part à la manifestation autorisée de protestation contre le verdict du procès de
XXX
(Qu’une manifestation soit autorisée ou interdite, ceux qui y participent sont donc de toutes façons " fichés "...)
Rapport relatif à X, lequel a participé le 1er mai au défilé de l’extrême-gauche, lors duquel des excès se produisirent. P.H. est journaliste à l’ATS*. Il a participé à cette manifestation et a été interpellé pour dommages matériels.
XXX
(*Délivrons ici l’Agence télégraphique suisse de toute suspicion d’avoir employé un extrémiste aussi dangereux que celui sur lequel se penche ici, avec une sagacité approximative, la sollicitude policière : je n’ai jamais travaillé pour cette estimable et officielle agence de presse...)
Rapport sur la fête du
Annexe. (XXX)
(XXX)
(* A l’occasion de quoi ? De la manifestation ou de l’interrogatoire ? Merveilleuse ambiguïté de l’allemand policier..)
Lors de la manifestation autorisée contre la guerre du Vietnam du 25 avril, des extrémistes formèrent leur propre cortège de protestation. Un groupe d’une dizaine de manifestants jetèrent des bouteilles contre l’édifice de la "
Annexes : Photos et procès-verbal d’interrogatoire.
(XXX)
* Ce qui, le connaissant, me semble logique, à moins naturellement que les bouteilles en questions ne fussent vides (note de la traductrice).
* " Celui qui aura fondé un groupement qui vise ou dont l’activité consiste à accomplir des actes réprimés par les art. 265 ss**, celui qui aura adhéré à un tel groupement ou se sera associé à ses menées, celui qui aura provoqué à la fondation d’un tel groupement ou se sera conformé à ses instructions, sera puni de l’emprisonnement "
** Modification par la violence de la constitution, renversement des autorités par la violence, atteinte à l’indépendance de la Confédération, intelligence avec un gouvernement étranger, propagation d’informations inexactes ou tendancieuses, enlèvement, renseignements politiques dans l’intérêt de l’étranger, espionnage commercial e/o industriel, espionnage militaire, trouble de l’ordre public, propagande étrangère.
(XXX)
Divers rapports d’enquête contre P.H. en rapport avec les désordres constatés lors de la manifestation du 1er mai à Genève. Lors de l’interrogatoire. P.H. discuta* des activités passées et présentes du " Groupe Autonome Révolutionnaire ". Interrogatoire de X
* " Discuta ", dans quel sens du terme : " débattit " ou " contesta " ?
Figure sur la liste des personnes remarquées lors des manifestations des 13 et 14.6.72 lors de la venue à Genève du
(XXX)
Rapport relatif aux mesures de
XXX
* Paranos comme tous les gauchistes de cette époque, nous ne communiquions pas à partir ou à destination de nos propres téléphones mais depuis et à destination de cabines téléphoniques...
Fiche No 4
Rapport sur les groupes extrémistes à Genève et leurs activités du 1.1 au 30.6.72. Bref résumé sur le " Groupe Autonome Révolutionnaire ". Son principal animateur est P.H. A l’automne 1971, a publié le journal " Tuez-les Tous "
(XXX)
(aucune pièce correspondant à cette inscription n’a " pu être retrouvée malgré d’intenses recherches dans le dossier correspondant ", constate le préposé aux fiches (M. Manfred Hüsler), qui explique qu’ " il se peut qu’à l’époque la pièce en question ait été classée de manière erronée ou qu’elle n’ait pas été classée du tout par le collaborateur compétent (sic) du Ministère public de la Confédération ")
Participation à l’action de distribution de
(XXX)
Prend part à la manifestation
(XXX)
31.5.73 De la police genevoise :
Lors de l’arrestation de P.H., le 26.4.73, on a trouvé (voir annexes) les maquettes des
(XXX)
Rapport sur le " Centre de Loisirs et de Rencontres d’Onex " en relation avec la manifestation, par la suite annulées, de " Minorités " à Genève, ainsi qu’avec les plaintes pénales contre l’organisateur P.H., qui avait été arrêté le 26.4.73 pour chèques sans provision aux dépens de la Caisse d’Epargne de Genève. En relation avec la préparation de cette manifestation, P.H. s’est rendu de façons répétées à l’étranger, notamment en Irlande du Nord et à Paris. Avec X (...), P.H. a notamment séjourné à Belfast et Dublin du 11 au 14.4.73. Annexes : documents.
(XXX)
Fiche No 5
Envoyer le rapport du 31.5.73 concernant l’arrestation de P.H. : voir si P.H. n’a pas aussi contrevenu à l’article 259* du Code Pénal. On attend la réponse.
* Art. 259 CP : Celui qui aura provoqué publiquement au crime sera puni de la réclusion pour trois an au plus ou de l’emprisonnement.
* Abréviation d’une expression (allemande ?) inconnue...
Rapport sur les groupes subversifs de Genève et leurs activités du 1.7 au 31.12.72. P.H. figure sur la liste des extrémistes en tant qu’activiste du GAR (Groupe autonome révolutionnaire)
XXX
P.H. figure sur la liste des candidats du " Parti Sans Payer " aux élections du 12/14.10.73 pour le Grand Conseil genevois.
XXX
2.5.74 De la police genevoise :
La police genevoise soumet un exemplaire du No 1 de " les
XXX
XXX
Décision : ouverture d’une enquête de police judiciaire contre P.H. On peut envisager une réorientation de l’enquête au sens de l’article 226 du Code Pénal*. Durée : 14 jours
* qui concerne la fabrication, l’acquisition, la transmission, la détention, la dissimulation, le transport ou l'intention de l'usage d'explosifs, de gaz toxiques ou de substances propres à leur fabrication, pour un usage délictueux, toutes activités punies de la réclusion (détention " dure ") jusqu’à 10 ans ou de l’emprisonnement (détention " douce ") pour au moins un mois.
Appliquer contre P.H. le contrôle téléphonique
(XXX)
Décision : la procédure ouverte contre P.H. le 27.5.75 est archivée.
(XXX)
Le contrôle téléphonique contre P.H. est supprimé.
(XXX)
Fiche No 6
Requête relative à la levée du contrôle téléphonique contre P.H. Un lieu avec (XXX) n’a pu être établi. Par contre, P.H. est toujours lié à l’anarchisme.
(XXX)
L’organisation GAAR (Groupe
(XXX)
Rapport sur un théâtre de rue du " Groupe OC " (Objecteurs de Conscience) le 26.3.76 à Genève. Il s’agit d’une parodie du procès d’un objecteur de conscience qui se déroulait le jour même devant le Tribunal
(XXX)
Rapport sur la constitution du " Parti Socialiste pour l’Unité Populaire " (
(XXX)
Soumission du Bulletin No 1 du " Comité Suisse Romand de Soutien au Tribunal
(XXX)
* Il s’agissait en l’occurrence du " Tribunal Russell " formé pour enquêter et statuer sur le procès et les conditions de détention des membres de la " Rote Armee Fraktion " allemande.
Prend part à la manifestation de protestation contre la
(XXX)
Rapport au sujet d’une manifestation non autorisée contre le " Congrès international
(XXX)
D’octobre 1980 à février 1982 (comme auparavant, de mai 1978 à octobre 1980), la sagacité policière semble prise en défaut quant à mes activités, à moins qu’elles ne lui paraissent plus de nature à inquiéter les défenseurs de l’ordre -ce qui blesserait mon amour-propre- ou que ses manifestations n’aient pas été rendues accessibles à ma propre curiosité -ce qui, en revanche, me rassurerait. Un voyage en Irak, à l’invitation des autorités irakiennes, au prétexte de soutenir la cause palestinienne, pour une conférence à laquelle prirent part Saddam Hussein et Arafat, était en tous cas matière à notification. Il est vrai que Saddam n’était pas encore le Monstre majuscule que l’annexion du Koweït allait brusquement révéler aux Occidentaux, après que ceux-ci l’aient équipé, financé, armé et soutenu pendant dix ans...
Suite à une nouvelle consultation des rapports précédents relatifs à l’arrestation de X et à son transfert à Bellinzone pour y être interrogé, P.H. figure sur la liste des personnes suspectes de complicité dans le cas X.
(XXX)
Rapport sur les mouvements anti-nucléaires genevois. Le responsable du Comité contre Verbois Nucléaire, X, écrivit dans l’ " Anicroche " un article sur le thème suivant : " A Genève, l’énergie n’est plus notre affaire ". Dans ce rapport, on présente aussi le groupe " Légitime Défense "* dont P.H. est le responsable.
Annexe : l’article de l’ " Anicroche ".
(XXX)
* Une homonymie ne fait pas une identité : ce " Légitime Défense " là n’a rien à voir avec le " Légitime Défense " des années septante, qui était d’ailleurs un journal et non une organisation. Il a évidemment encore moins à voir avec l’organisation fascisante qui, en France, portait ce nom.
A nouveau, rien de signalé, ou rien de communiqué à l’intéressé, dans ce rapport pendant une longue période (mars 1983 à mars 1988), pendant laquelle il ne fut pourtant pas moins actif politique que précédemment, quoiqu’en des organisations politiquement plus traditionnelles et moins inquiétantes -à tort- pour les défenseurs de l’Ordre. On rappellera à ce propos que l’une des dernières vertus de la social-démocratie est d’être un havre d’accueil (et un lieu d’action) pour les anciens gauchistes en quête d’un minimum d’efficacité politique...
Note sur un nouveau journal francophone de gauche paru pour la première fois en octobre 1987 à Paris. Le journal a été présenté pour la première fois à Genève le 11.2.88 sous les auspices de
(XXX)
Fiche No 7
Changement au Secrétariat du Centre Martin Luther
(XXX)
Après quoi, plus rien (ou plus rien d’accessible)... Il est vrai cependant que le préposé fédéral à l’accès aux fichiers du Ministère Public fédéral (c’est-à-dire de la police politique fédérale) a précisé que le dossier P.H. ne pouvait être détruit car " de nouvelles inscriptions pourraient s’y révéler nécessaire ". Ce qui rassure l’intéressé, en même que l’incite à ne pas décevoir l’attente policière.
Fragments de casier judiciaire et de dossier de police
17.6.70 Arrêté pour menaces alarmant la population
8.2.72 Plainte pour vol à l’étalage (faits reconnus). Affaire classée.
10 mois d’emprisonnement et exclusion de l’armée pour refus de servir (81 CPM)
15 jours d’emprisonnement pour filouterie d’auberge (150 CP)
30 jours d’emprisonnement avec sursis pendant trois ans, pour abus de confiance, escroquerie et faux dans les titres (140, 148 et 151 CP)
22.6.92/5.7.92 : Emprisonnement à la Maison d’arrêt de Favra
10 jours d’emprisonnement pour détournement d’objets mis sous main de justice (169 CP)
30 jours d’emprisonnement avec sursis pendant trois ans, pour détournement d’objets mis sous main de justice
2 jours d’arrêts pour non paiement de la taxe militaire
9.1.95/11.4.95 : emprisonnement en semi-détention à la Maison d’arrêt de Villars
Conversion de 2500 FS d’amendes en 75 jours d’arrêts
30 jours d’emprisonnement pour détournement d’objets mis sous main de justice (art. 169 CP)
Rapports et extraits de rapports
Tous les rapports portent, inscrits à la main, une cote numérique composée d’un préfixe et d’un numéro.
Le préfixe indique le lieu :
exemple : (016)943.5 : Rapport mensuel sur les activités extrémistes au Tessin
(2) Pays du bloc occidental : (236) RFA ; (245) France ; (269) Italie ; (2184) USA
(3) Pays neutres : (3118) Autriche
(4) Autres pays : (428) Chili ; (431) Cuba ; (4111) Nicaragua
Le numéro indique le motif du " fichage " :
0 = espionnage avéré
1 = espionnage suspecté
12 = contacts avec une ambassade
exemple : (1153 :0)12 = contacts avec l’ambassade soviétique
2 = menées dangereuses pour la Suisse
250 = arrivée d’un orateur de l’étranger
exemple : (4154)250 = arrivée d’un orateur d’Espagne
3 = extrémisme de gauche
(0)300 = Parti du Travail
(0)300.0 = Dirigeant du PdT
(0)300.2 = Membre du PdT
(0)300.6 = Abonné à une publication du PdT
(0)300.8 = Sympathisant présumé du PdT
(0)300.8/875 : Groupe de solidarité avec l’Amérique centrale
(0)302 = Congrès et réunions du PdT
(269 :0)306 = Parti Communiste italien en Suisse
(0)307 = Extrémistes de gauche divers
(001)307 / 433 = Ligue marxiste révolutionnaire
(016) 37 / 419 = Parti socialiste autonome (Tessin)
(0)39 = Anarchistes, autonomes, " mouvance du terrorisme "
(0)39 / 630 = Secours Rouge
(018)39 / 697 : Collectif d’avocats Rambert (Zurich)
4 = Radicalisme de droite
5 = Mesures contre les Suisses à l’étranger, délits d’étrangers en Suisse
6 = Représentations diplomatiques
614 = Visite à une ambassade
7 = Emigrés, réfugiés, requérants d’asile
70 = Rapports d’ambassades suisses à l’étranger
8 = Arrivée en Suisse d’étrangers, voyages de Suisses à l’étranger
80 = Informations douanières
exemple : (0 :4111)80 _ Information sur le voyage d’un Suisse au Nicaragua
9 = Situation intérieure, divers
911 = PS, syndicats, manifestations du Premier Mai
exemple : (269 :0)915/1 = Colonies libres italiennes
936 = Activité contre l’armée
936/558 = Groupe pour une suisse sans armée
943 = Rapports mensuels sur les activités extrémistes
(XXX) : noms ou texte masqués sur les documents qui nous ont été transmis.
* Les noms des personnes citées dans les rapports auxquels nous avons eu accès sont généralement, dans les extraits qui suivent, résumés par des initiales : on ne va tout de même pas, même s’il y a prescription, dénoncer nos petits camarades -quoique certains ayant fait de leur passé révolutionnaire table rase au point de devenir de solides notables friqués, l’envie nous en démangea à moult reprises... Les noms de camarades restés fidèles à leurs convictions sont cependant généralement donnés ci-dessous en toute lettre : cette fidélité est une valeur trop rare pour ne pas être mise en évidence lorsque l’occasion nous en est donnée.
** Le qualificatif " connu " (e) accolé à certains noms cité signifie, évidemment, que la personne concernée est déjà " connue ", c’est-à-dire repérée, par la police politique... A contrario, le qualificatif " inconnu " (e) signifie qu’elle ne l’était pas encore -mais qu’elle l’est désormais...
Rapport (sans indication d’origine, mais probablement du " service politique " de la police genevoise) du 20
avril 1970 sur le défilé du Régiment d’infanterie 3, le samedi 18 avril 1970 à GenèveRapport du " service politique " de la police genevoise, du 14
mai 1970 (extraits)Concerne : Audition du ressortissant français (J.-L. P.)* interpellé le 9.5.1970 pour participation à un collage d’affiches sans autorisation
Rapport du " service politique " de la police genevoise, du 20 mai 1970 sur la manifestation du " Front politique anti-impérialiste ", le 15 mai, " contre la guerre impérialiste US en Asie du sud-est, pour la victoire des forces socialistes "
Rapport semestriel (mai-décembre 1971) du service politique de la police genevoise, de surveillance de l’activité des groupuscules d’extrême-gauche et autres mouvements de caractère révolutionnaire, du 30 décembre 1971. Contient une liste des MANIFESTATIONS, MEETINGS, ASSEMBLEES, REUNIONS ET AUTRES ACTIVITÉS GAUCHISTES du 1er mai au 31 décembre 1971
Rapport sur le Meeting de soutien aux anarchistes arrêtés, organisé par un " Comité Anti-Répression " vendredi 10 septembre 1971 à 1830 h. Plaine de Plainpalais
Rapport (du 30 septembre 1971) sur la contre-manifestation organisée contre une assemblée de l’Action Nationale le 28 septembre
Rapport du Service politique de la police genevoise (du 25 octobre 1971) sur la manifestation de soutien aux grévistes de l’usine SEAT à Barcelone, organisée par une " Commission de soutien à la grève de la Seat " (gauchistes et organisations ouvrières espagnoles), Plaine de Plainpalais, Samedi 23 octobre 1971, à 11 h.
Rapport (du 6 décembre 1971) sur la manifestation du Comité de soutien au " Mouvement pour un service civil à la communauté " (MSCC)
Rapport du " Service de renseignements et sécurité " de la police genevoise, du 16 janvier 1972, sur la manifestation du 14 janvier du " Comité d’Action Transports "
Rapport du " Service de renseignements et sécurité " de la police genevoise, du 23 mars 1972, sur la manifestation de protestation contre le jugement de l’affaire du barrage de Mattmark du 20 mars
Rapport de la police genevoise, du 2 mai 1972 (sur le 1er mai)
Rapport de la police genevoise, du 4 mai 1972, sur la manifestation du Premier Mai 1972, suivi d’un rapport sur " le comportement singulier d’un journaliste de l’Agence télégraphique Suisse " et sur son interpellation.
Rapport de la police genevoise, du 23 mai 1972, sur la plainte déposée par la First National City Bank (Genève)
Demande du 31.5.72 de contrôle téléphonique
Rapport de la police genevoise sur la manifestation et la propagande d’opposition à la présence du
Shah d’Iran les 13 et 14 juin 1972Surveillance des activités extrémistes de Holenweg Pascal (contrôle téléphonique)
Rapport sur la manifestation et le meeting antifranquistes organisés par le Comité Unitaire de Lutte (CUL), les 26 et 27 septembre 1972
Rapport de la police genevoise sur la distribution de tracts à la gare de Genève-Cornavin le 23 octobre 1972
Rapport de la police genevoise sur la manifestation antimilitariste du 27 octobre 1972
Rapport de la police genevoise sur la manifestation antimilitariste du 9 novembre 1972
Rapport général de surveillance de l’activité des groupuscules d’extrême-gauche et autres mouvements de caractère révolutionnaire (13 janvier 1973)
Rapport du 31 mai 1973 sur l’édition de journaux de caractère subversif, note du 6 juillet 1973 de la police fédérale sur l’infraction éventuelle à l’art. 259 CPS par des écrits faisant appel à l’émeute, au pillage, au vol, au crime politique, au terrorisme en général et lettre du 2 août 1973 du Procureur général de la Confédération au Procureur général de la République et Canton de Genève.
Rapport du 3 juin 1973 sur l’organisation d’un cycle de manifestations sur le thème des " Minorités " en avril 1973, manifestations annulées le 18.4.73 et plainte déposée contre HOLENWEG Pascal (1952-BE), arrêté le 26.4.1973
Liste des candidats du Parti sans payer aux élections du Grand Conseil, les 12, 13 et 14 octobre 1973
Rapport de la police genevoise du 22 octobre 1973 sur l’Organisation " Minorités "
Rapport de la police genevoise du 2 mai 1974 sur l’Organisation " Les damnés de la terre "
Note du 20 décembre 1974,
demande de contrôle postalNote du 12 février 1975, demande de contrôle
postal et téléphoniquePlusieurs documents :
télex du 23 mai 1975, demande de contrôle téléphonique du 26 mai 1975, décision du 27 mai 1975 d’ouverture d’enquête, rapport du 12 juin 1975 sur le contrôle téléphonique et décision du 13 juin 1975 de suppression du contrôle téléphoniqueRapport du 17 novembre 1975 de la police genevoise en réponse à la demande de renseignements de la police fédérale sur le " groupe
Armé d’Action Révolutionnaire " (GAAR)Rapport du 27 mars 1976 (sans indication d’origine) sur l’audience du Tribunal
militaire à Lancy, le 26 mars 1976Rapport du 10 décembre 1976 de la police genevoise sur la création du Parti socialiste pour l’unité populaire (
PSUP)Rapport du 6 avril 1978 de la police genevoise sur le Comité suisse romand de soutien au Tribunal
RussellRapport sur la manifestation contre la
prison de Champ-Dollon du 18 mai 1978Rapport du 1er octobre 1980 sur la manifestation contre le Congrès international d’
InterprotectaNote du 19 mars 1988 sur la réunion à Genève, le 11 février 1988, du PKK, du
CEDRI et d'organisations de gaucheNote du 22 juin 1988 de la Police vaudoise à la police fédérale, concernant le Centre Martin Luther
King
Rapport (sans indication d’origine) du 20 avril 1970 sur le défilé du Régiment d’infanterie 3, le samedi 18 avril 1970 à Genève
Concerne : Défilé du Rgt.inf.3, samedi 18 avril 1970, dès 15.30 h., Genève. Mesures et services de Police
Le samedi 18 avril 1970 avait lieu à Genève le défilé du Régiment d’infanterie 3, groupant quelque 2500 soldats aux ordres du Colonel POCHELON. (...) Deux fanfares militaires jouaient en alternance pendant le défilé, la musique étant diffusée sur l’ensemble du parcours grâce à un système de sonorisation par haut-parleurs.
Dans les jours qui ont précédé le défilé, des renseignements divers sont parvenus à notre connaissance, disant que des éléments hostiles à l’armée avaient l’intention de manifester et de troubler le cortège.
Dans la nuit du jeudi 16 au vendredi 17.4.70 des affiches ont été placardées en divers endroits de la ville, libellées ainsi : " Samedi 18 - OUVERTURE DE LA CHASSE AUX COLONELS ".
De leur côté, certains milieux pacifistes formaient un petit comité et décidaient d’organiser également le samedi 18 avril, une manifestation publique, intitulée " PREMIÈRE FÊTE PACIFISTE DE PRINTEMPS ", consistant en une kermesse avec orchestre, attractions et carrousel pour enfants. Ce comité comprenant notamment
CHICHERIO Giovanni, 24.6.1939, TI, curé, connu**
(VG)*,
(JCL)*,
(PO)*,
(MS)*,
THOREL Jean-Pierre, 30.8.1943, GE, animateur, connu
Au nom des pacifistes, Mlle (MS) adressa une demande d’autorisation à notre Département de Justice et Police pour tenir cette fête dans la jardin des Bastions. La demande fut accordée, à condition que cette manifestation n’ait pas lieu aux Bastions, étant donné la proximité immédiate du défilé militaire, mais à la campagne de Trembley.
Les organisateurs annoncèrent cette fête à la population par un communiqué paru dans la presse du 18 avril, par le placardage d’affiches dans la nuit du 17 au 18 avril et par la diffusion de tracts le samedi 18 au matin, notamment aux abords de certaines écoles (Arts et Métiers, collège Rousseau).
Plusieurs personnes ont été interpellées et déclarées en contravention pour les placardages commis dans la nuit :
(OP)*,
(MS)*,
(VG)*,
(RA)*,
(PC)*,
(BP)*
Le 18 avril, vers 6.00 h., la Gendarmerie était avisée que deux jeunes gens venaient d’arracher les fils des haut-parleurs, placés à la rue de la Croix-Rouge. L’enquête commencée par la Gendarmerie et reprise par notre service a permis l’identification d’un des participants à cette action de sabotage en la personne de (XXX). Cette affaire fera l’objet d’un rapport séparé.
Dispositif de Police
Au vu des renseignements dont nous venons de faire état, et afin d’assurer l’ordre et le bon déroulement du défilé, un important dispositif de Police a été mis en place, sous la direction générale de (XXX) de la Police, qui se trouvait sur le théâtre des opérations auprès du fourgon de commandement stationné à la place Neuve, assisté de (XXX), Officier de Police, également sur place, et de (XXX), du Service politique, qui dirigeait le poste de commandement opérationnel (PCO= à l’hôtel de Police.
Ce dispositif consistait en gros en :
Police de Sûreté
41 gradés et inspecteurs, répartis en
8 groupes d’observation mobiles, munis de moyens de communication radio, sur l’ensemble du parcours du défilé,
1 groupe d’observateurs fixe,
1 groupe de réserve à l’Hôtel de Police.
Mission : Observation et détection de perturbateurs dont le but serait d’empêcher ou de troubler le déroulement normal du défilé militaire. Avis au PCC de toutes observations ayant trait à la mission (groupes suspects, distributions de tracts, installation proscrite de haut-parleurs, etc.).
Gendarmerie :
106 gradés et gendarmes affectée à des missions de circulation, avec les moyens de déplacement et de transmission adéquats.
3 officiers et
5 gendarmes, avec deux Jeeps et liaisons SE-18, précédant le défilé.
120 officiers, gradés et gendarmes, répartis en 3 sections d’intervention, munies de moyens de transport (1 fourgon de cdmt, 5 fourgons " Opel-Blitz ", 1 camion-citerne) et de transmission (11 SE-18)
Mission : Débarrasser la chaussée des perturbateurs éventuels, les charger dans les fourgons et les diriger sur l’Hôtel de Police. Agir avec calme et ménagement avec les manifestants. Ne pas user de violence.
Effectif total engagé :
E.M. de la Police 3
Police de Sûreté 41
Gendarmerie 234
Total 278
Défilé
Dès 14.15 h., les groupes d’observateurs de la Sûreté étaient en place au lieu de rassemblement et le long de l’itinéraire du défilé. D’emblée, de petits groupes de jeunes gens et jeunes filles du genre " beatniks " furent détectés en différents endroits : pont Saint-Victor, promenade du Pin, promenade de la Treille, jardin des Bastions ; leurs agissements furent dès lors surveillés.
Peu à peu, ces groupes convergèrent en direction de la place Neuve puis refluèrent dans la rue de la Croix-Rouge, pour se rassembler finalement sur le trottoir de cette artère, côté Bastions, à quelque 50 m. du début de la rue. Ces " beatniks " furent rejoints par d’autres, venant notamment de la rue de la Tertasse, de la rue Diday et de la rue Bartholoni, si bien que vers 15.15 g., c’est-à-dire avant le passage du défilé, on dénombrait quelque 150 individus massés au même endroit qui, assis, debout ou juchés sur le mur limitant les Bastions, chantaient, accompagnés d’une flûte et d’une guitare. Une dizaine de gendarmes avaient été dépêchés sur place.
Parallèlement, quelques individus étaient détectés, qui distribuaient dans la foule des tracts invitant les gens à se rendre à la fête pacifiste de Trembley. Ces tracts furent saisis.
Vers 15.20 h., au moment du passage à la rue de la Croix-Rouge d’une fanfare militaire se rendant à la place Neuve pour y prendre position, des sifflements et des huées retentirent émanant du groupe des " beatniks ". Des renforts de gendarmerie intervinrent alors afin de contenir les manifestants qui menaçaient d’obstruer la chaussée. C’est ainsi qu’une cinquantaine de gendarmes établirent un double cordon de sécurité, isolant ainsi les perturbateurs et les maintenant sur le trottoir.
A 15.35 h., le parcours ayant été reconnu libre, l’ordre de départ du défilé fut donné et le régiment genevois défila selon le programme établi. Néanmoins, pendant toute la durée du passage des militaires à la rue de la Croix-Rouge, les contestataires contenus par la Gendarmerie, crièrent leur désapprobation par des huées, des slogans tels que " nous voulons la paix ", " assassins " et " désertez ", accompagnés de sifflets et de gesticulations. Dans le même temps, quelques œufs et tomates furent jetés en direction de la troupe, en provenance notamment des jardins surplombant la rampe de la Treille. Ces manifestations n’apportèrent aucune perturbation au déroulement du défilé.
Après que la troupe eût défilé devant les Autorités à la place Neuve, ordre fut donné à la Gendarmerie d’emmener les manifestants à l’Hôtel de Police aux fins d’identification, au moyen des fourgons d’intervention. Cet ordre fut exécuté sans donner lieu à des heurts notables.
Dès lors, il appartenait aux services de la Police de Sûreté de procéder à l’identification des perturbateurs, lesquels furent ensuite relâchés. Le dernier d’entre eux quittait l’Hôtel de Police aux environs de 20.30 h. Il n’a été procédé à aucune arrestation.
Perturbateurs identifiés
(suit une liste de172 noms)
Ces identifications nous permettent de faire une répartition de ces éléments contestataires selon le sexe, l’âge, l’origine, la profession, de la manière suivante :
âge masculin féminin total
- de 18 ans 64 32 96
18 à 20 ans 36 9 45
+ de 20 ans 27 4 31
127 45 172
Origine
Genevois 64
Confédérés 69
Etrangers 39
Domicile
Canton de Genève 165
en Suisse 4
à l’étranger 3
Profession
Collégiens, étudiants 113
Apprentis 27
Ouvriers 14
Employés 14
Divers, sans profession 4
Les jeunes gens connus de nos services, à titres divers, se répartissent de la façon suivante :
Plan judiciaire 42
Plan politique 8
En ce qui concerne la manifestation organisée par les pacifistes à la Campagne Trembley, elle s’est déroulée dans le calme, en présence de très peu de monde. En effet, vers 1500 h., on dénombrait une cinquantaine de personnes seulement. La police n’a pas eu à intervenir dans ce secteur.
(Le document comprend une liste de noms de 6 pages, qui n’a pas été communiquée)
Rapport du " service politique " de la police genevoise, du 14 mai 1970 (extraits)
Concerne : Audition du ressortissant français (J.-L. P.)* interpellé le 9.5.1970 pour participation à un collage d’affiches sans autorisation
Dans la nuit du 8 au 9 mai 1970, vers 4 heures, les gardes-frontières du poste de Mategnin ont intercepté le conducteur du véhicule " Citroën 2 CV ", plaques françaises (...)*, alors qu’il s’apprêtait à quitter notre territoire. Il était en possession de matériel de collage (colle, seau, pinceau), de brochures de tendance anarchiste et de 3 grandes affiches grand format, annonçant une manifestation contre l’impérialiste pour le même 9 mai, à 14.30 h. à la Place des Alpes (...).
Vu la présence de ce matériel de propagande, le détenteur (...) a été remis à la Gendarmerie de l’Aéroport. (XXX) Officier de Police, a ordonné qu’il soit retenu pour être entendu sur sa participation à un collage desdites affiches, commis dans différents quartiers de Genève par des inconnus durant la nuit.
(...) Sieur (JLP*) s’est refusé à citer les noms des organisateurs responsables de la manifestation du samedi 9 mai. Lui-même affirme ne connaître que quelques camarades, souvent par leurs prénoms. Il a suivi quelques réunions, souvent chez l’un ou l’autre, ainsi que certaines assemblées qui se sont tenues à l’Université et à la Maison des Jeunes. Il affirme n’avoir jamais participé à des manifestations sur la voie publique, ni même à l’organisation pratique de telles manifestations.
(...) Etant donné que sieur (JLP*) n’est pas domicilié en Suisse, une amende d’un montant de Fr.s. 50.- lui a été signifiée le même jour par la Gendarmerie de l’Aéroport, sur ordre de (XXX), Officier de Police.
Lors de son audition, l’intéressé a été mis en garde des mesures et dispositions légales pouvant être prises à l’encontre d’étrangers se livrant à une activité politique sur le territoire de la Confédération.
Dans le cadre de cette enquête et à partir d’informations trouvées en possession de (JLP), il a été possible d’identifier un certain nombre d’anarchistes et de libertaires connus, à savoir :
BÖSIGER André, 22.8.1913, BE
ENCKELL Marianne, 22.10.1944, Finlande
HOLENWEG Pascal, 28.8.1952, BE
(MCM)*
(UW)*
Figuraient en outre les adresses du C.I.R.A. (Centre international de recherches sur l’Anarchie), rue de Beaumont 24 à Lausanne, et du " Réveil anarchiste ", BP 44 aux Eaux-Vives.
(En annexe du document figure un procès-verbal d’audition et un rapport non communiqués, car concernant un ou des tiers)
Rapport du " service politique " de la police genevoise, du 20 mai 1970 sur la manifestation du " Front politique anti-impérialiste ", le 15 mai, " contre la guerre impérialiste US en Asie du sud-est, pour la victoire des forces socialistes "
Dans la journée du lundi 11 mai 1970, un renseignement confidentiel nous parvenait disant que des groupuscules gauchistes ou maoïstes avaient l’intention d’organiser une manifestation sur la voie publique pour protester contre l’intervention américaine au Cambodge. Le mardi 12 mai, ce renseignement se précisait en ce sens que les organisateurs provenaient de trois mouvements :
qui, à cette occasion, s’étaient groupés sous la dénomination de FRONT POLITIQUE ANTI-IMPÉRIALISTE.
Dans la soirée du 13 mai 1970, des représentants de ces différents groupements se réunissaient au café Brazil, place Cornavin 2, salle du 1er étage, pour mettre au point la manifestation fixée au vendredi 15 mai 1970, dès 18 .00 h., à la place du Molard. Une surveillance discrète effectuée nous permettait de constater qu’une vingtaine de personnes avaient pris part à cette réunion, et d’identifier les participants suivants :
(CB)* (...) dissident PST
(MB)* (...) dissidente PST
(EJ)* (...) dissident PST
(MJ)* (...) dissidente PST
MARCO Daniel, 28.4.1937, GE, architecte, dissident PST
(MM)*, (...) dissidente PST
MEGEVAND Robert, 2.5.1908, GE, sans prof., dirigeant OCS
(HS)* (...) gauchiste
(AS)* (...) dissidente PST
TIREFORT Christian, 26.6.42, VD, typographe, dissident PST
(PT)* (...) dissident PST
En date du 14 mai 1970, une lettre anonyme émanant du " FRONT ANI-IMPÉRIALISTE ", datée du 13.5.70, parvenait au Département de Justice et Police et annonçait l’intention d’organiser une manifestation publique de protestation contre l’intervention américaine au Cambodge, le vendredi 15 mai, dès 18.00 h. Le lieu de rassemblement était fixé à la place du Molard et un cortège était décidé avec le parcours suivant :
Place du Molard - rue du Rhône - Pont des Bergues - Rue Rousseau - rue Paul-Bouchet - rue de Berne - Rue des Alpes - rue de Lausanne - Quai Wilson - Rue des Pâquis - Place des Alpes.
De plus, cette lettre annonçait un meeting à la place des Alpes et un service d’ordre assuré par les organisateurs.
Dans la nuit du 14 au 15 mai 1970, et dans la matinée du 15 mai, de nombreux tracts et affichettes étaient distribués, collés contre les façades d’immeubles ou placardés à l’intérieur d’établissements scolaires. En ce qui concerne ce dernier point, il a été établi que des tracts avaient été affichés à l’Université, au Collège Rousseau, au Collège de Genève et dans les Ecoles techniques. Les directeurs de ces établissements ont été contactés dans la matinée du 15 crt, et ils ont donné suite à notre demande d’enlever les feuilles placardées. Enfin, des tracts ont été également collés sur les carrosseries et les vitres d’une soixantaine d’autobus entreposés au dépôt de la CGTE, de la Pointe de la Jonction, ceci également dans la nuit du 14 au 15 mai. Cette action fait l’objet d’une plainte déposée contre inconnu par la direction de la CGTE, qui est traitée à part.
Nanti des informations qui précèdent, M. Henri SCHMITT, chef du Département de Justice et Police, décida d’interdire la manifestation et ordonna à M. le Chef de la Police de prendre toutes dispositions utiles afin de prévenir tout rassemblement au Molard et toute formation de cortège, en se basant sur les considérations suivantes :
C’est ainsi qu’un important service de Police fut mis sur pied, tant par la Police de Sûreté que par la Gendarmerie. Il était composé, en gros, des dispositifs suivants :
surveillance des abords et de la place du Molard 35 hommes
surveillance par points fixes du parcours prévu depuis le
Molard jusque dans le quartier de Rousseau 6 hommes
surveillance de la place des Alpes 2 hommes
surveillance de la Mission des USA, rue de Lausanne 2 hommes
réserve au bureau - transmissions 24 hommes
Effectif total : 69 gradés et inspecteurs, disposant de
8 voitures-radio, équipées de SE-18
3 postes fixes équipés de SE-18
Mission : observation - détection de tous mouvements de foule - renseignement au PCO.
3 sections aux abords du Molard 120 hommes
1 section à la Mission des USA 40 hommes
1 section de réserve 40 hommes
1 fourgon de commandement
2 Jeeps
12 véhicules divers d’intervention avec servants et liaison
SE-18 40 hommes
Effectif total : 240 gradés et gendarmes
au PCO : (XXX)
sur le terrain : (XXX)
Officier de police de service : (XXX)
Déroulement de la manifestation
Nous retraçons ci-après, dans un ordre chronologique, le film des événements qui se sont déroulés en cette fin d’après-midi.
17.50 h. La situation est calme à la place du Molard. Une dizaine de manifestants éventuels stationnent devant le café du Commerce. Des jeunes gens, par petits groupes de 2 à 4 personnes, arrivent sur la place.
17.59 h. On signale une cinquantaine de personnes au Molard.
18.00 h. 60 personnes, en majorité des jeunes chevelus, discutent calmement par petits groupes. D’autres sont attablés dans les cafés environnants.
18.05 h. La participation des manifestants est évaluée à une centaine. Les secteurs extérieurs au Molard sont calmes.
18.10 h. Evaluation des manifestants : 140 personnes, des jeunes en majorité, dont plusieurs éléments ayant déjà participé à la manifestation perturbatrice lors du défilé du Rgt inf.3 le 18
18.15 h. Le nombre a encore grossi ; il est évalué à 200 personnes.
18.17 h. Conduite par une jeune femme, une voiture 2 CV bleue, plaques (*), arrive devant la fontaine du Molard. Détenteur du véhicule : (GF)* (...), membre dissident du Parti du Travail. On décharge de cette automobile des pancartes, calicots et drapeaux rouges qui sont immédiatement répartis parmi les manifestants.
18.20 h Un cortège se forme devant le café du Commerce, la tête en direction de la rue du Rhône. Les pancartes et autres calicots sont arborés. Il est écrit :
" LA NEUTRALITE FACE A L’IMPERIALISME N’EXISTE PAS "
" LA NEUTRALITE SOUTIENT L’IMPERIALISME "
" FORCES SOCIALISTES VAINCRONT "
" BARRACAS = GHETTO "
" NIXON ASSASSIN "
" A BAS L’IMPERIALISME US "
" ASIE ROUGE "
18.21 h Le Commandant de la Gendarmerie, par le truchement des haut-parleurs du fourgon de commandement, annonce que la manifestation n’est pas autorisée et ordonne aux manifestants d’évacuer la place. Huées et sifflets de la part de ces derniers.
Deuxième sommation du Commandant, tandis que des sections de gendarmerie prennent position et ferment les accès à la place du Molard.
18.23 h Les manifestants en cortège, pancartes, calicots et drapeaux déployés, se dirigent en direction du Grand-Passage, dans l’intention de pénétrer dans ce magasin.
Troisième sommation du Commandant de dégager immédiatement la place, sinon la police interviendra par la force. Huées et sifflets des manifestants, évalués maintenant à 150 environ (quelques-uns se sont entre-temps retirés sur les trottoirs).
Ordre est donné à la gendarmerie de saisir les pancartes. La résistance des manifestants provoque l’intervention par la force et quelques violentes échauffourées. Quelques récalcitrants se font emmener par la gendarmerie.
18.32 h. Après une accalmie, les manifestants qui se sont regroupés sur le terre-plein du Molard, crient : Libérez nos camarades ! et provoquent une brève bagarre avec la gendarmerie.
18.35 h. Certains renseignements laissent tendre qu’un nouveau rassemblement se prépare à la place St-Gervais ou à Simon-Goulart.
18.40 h. Quelques heurts se produisent encore à la place du Molard ou une centaine d’éléments contestataires sont cernés par la gendarmerie.
18.47 h. Les manifestants crient : " Libérez nos camarades - Liberté d’expression - A bas l’Etat policier. Il y a des coups de sifflets, des projectiles (une pierre, une bouteille, une ou deux chopes de bière, des tasses à café) sont jetés contre les gendarmes.
Quelques appareils de photo sont provisoirement saisis à quelques personnes qui photographient les gendarmes en gros plans.
18.51 h. Les gendarmes se retirent à la périphérie du Molard.
18.55 h. Une vingtaine de jeunes sont signalés qui traversent le pont des Bergues en direction du quartier de St-Gervais.
18.58 h. Par petits groupes de 4, des manifestants quittent calmement le Molard et se rendent sur l’autre rive du Rhône.
19.01 h. La place du Molard s’évacue tranquillement.
19.08 h. On ne dénombre plus qu’une trentaine d’individus au Molard. Par contre, 60 à 70 contestataires se rassemblent à la place Simon-Goulard et tentent de reformer un cortège en direction de la place des XXII-Cantons.
19.15 h. La manifestation est virtuellement terminée au Molard.
19.20 h. On remarque une fluctuation dans le nombre des individus rassemblée à la place Simon-Goulart. On compte 70, puis 30, puis 60 et enfin près d’une centaine de contestataires.
19.40 h. Sommation du Commandant d’évacuer la place. Huées.
19.41 h. Deux sections de gendarmerie prennent position à la place Simon-Goulart. Les manifestants s’enfuient et une partie d’entre eux se réfugient dans la Maison des Jeunes, rue du Temple.
19.45 h. Au moyen de barrières " vauban ", quelques manifestants barrent la rue des Terreaux-du-Temple à la hauteur de la Maison des Jeunes. Des manifestants, depuis les fenêtres de ce bâtiment, crient des insultes et jettent des pierres.
19.50 h. La place Simon-Goulart est en grande partie évacue par les manifestants.
19.54 h. La circulation est rétablie à la rue des Terreaux-du-Temple et le carrefour des Terreaux-du-Temple est dégagé.
20.05 h. La circulation dans le secteur St-Gervais redevient normale.
20.12 h. Deux sections de gendarmerie sont retirées et une troisième reste sur place, à couvert.
20.30 h. Situation calme au Molard, à St-Gervais, aux abords de la mission américaine.
20.45 h. Toutes les forces de gendarmerie au Molard et à St-Gervais sont retirées. Une section reste à la Mission américaine.
21.15 h. Tous les services, Sûreté et gendarmerie, sont déconsignés.
Toutes ces opérations ont été suivies sur place par (XXX) et par (XXX). Monsieur Henri SCHMITT, président du Département de Justice et Police, se trouvait à la place du Molard lors des événements qui se déroulèrent en ce lieu.
En ce qui concerne les affrontements qui ont lieu à certains moments, après les sommations faites par le Commandant de la Gendarmerie, entre les forces de l’ordre et les manifestants, il sied de relever ce qui suit :
Vingt-six personnes ont été interpellées et emmenées à l’Hôtel de Police. Ce sont :
(XXX)
(XXX)
(XXX)
HOLENWEG Pascal André, fils de Jean et de Jacqueline née ZIMERMANN, né le 28.8.1952 à Genève, originaire de Herzogenbuchsee BE, célibataire, apprenti de commerce, domicilié 13 route de Loëx chez ses parents.
Holenweg est connu comme élément contestataire d’extrême-gauche. Il a été impliqué dans l’affaire de l’ "attentat " contre la Mairie d’Onex au moyen de cocktails Molotov dans la nuit du 3 au 4 avril 1969.
Il avait déjà participé à la manifestation du 18 avril contre le défilé militaire.
HOLENWEG manifestait à la place du Molard et il refusa d’obtempérer aux ordres de la gendarmerie
(XXX)
(XXX)
(XXX)
A l’exception de (XXX) qui a été inculpé, toutes les personnes amenées à l’Hôtel de Police ont été libérées à la suite de leur audition. Le dernier manifestant quittait nos locaux vers 22.00 h.
Dans le cadre de la manifestation du Molard, la Police a été amenée à intervenir auprès de certaines personnes qui photographiaient ou filmaient. C’est ainsi que trois appareils de photographie ont été provisoirement saisis et qu’une caméra a été ramassée sur le terre-plein du Molard. Tous ces appareils ont été restitués à leurs détenteurs après que ceux-ci se soient faits connaître auprès de notre service. Ce sont :
(XXX)
(XXX)
(...)
Outre les personnes susmentionnées, nous avons identifié d’autres gens qui, à des degrés divers, ont participé à la manifestation interdite du Molard. Ce sont :
(AS)* (...) membre OCS
(AC)* (...) membre de l’OCS, vendait le journal " Octobre " en marge de la manifestation
(DB)*
(RB)* (...) contestataire connu
BOSSY Claude, 4.5.1937, GE, secrétaire à l’Université, militant de gauche du Parti socialiste
(RC)* (...) membre OCS
(J-P C)* (...) contestataire connu
CUENOD Jean-Noël, 23.12.48, VD, vendeur, membre OCS
(*)
(SD)*
(EE)*
(J-L F)* (...) contestataire et meneur connu
(GF)* (...) dissident PST
(PG)* (...) anarchiste
(RGyR)*
(FG)*
(LK)*
(AL)* (...) contestataire connu
LONGET René, 12.4.1951, GE, collégien, inconnu de notre service, manifestait en criant " Flics assassins "
(GM)* (...) contestataire
MARCO Daniel, 28.4.1938, GE, architecte, chargé de cours à l’Ecole d’Architecture, dissident du PST, meneur au Molard, a réussi à échapper aux gendarmes
(CM)*
(LM)* (...) dissidente PST, membre du mouvement révolutionnaire " Rouge "
(ON)* (...) contestataire connue
(PO)* (...) pacifiste
(AP)* (...) membre de " Rouge "
(M-C P)*
(J-F R)*
(PS)* (...) membre du " Mouvement socialiste révolutionnaire "
(J-L Z)*
La presse locale a donné une large relation de cette manifestation interdite. Elle a également publié les prises de position émanant de diverses personnalités ou organisations relatives notamment à l’intervention des forces de Police.
Sans que l’on veuille porter ici un jugement sur ces appréciations, soulignons néanmoins que certaines nous paraissent pour le moins tendancieuses.
(Le document comprend une liste de noms de 13 pages, qui n’a pas été communiquée)
Rapport semestriel (mai-décembre 1971) du service politique de la police genevoise, de surveillance de l’activité des groupuscules d’extrême-gauche et autres mouvements de caractère révolutionnaire, du 30 décembre 1971
Concerne : Surveillance de l’activité des groupuscules d’extrême-gauche et autres mouvements de caractère révolutionnaire.
Rapport général de surveillance (mai-décembre 1971)
L’objectif de ce rapport semestriel sur l’activité des milieux extrémistes de la région genevoise est de situer, au travers des événements enregistrés, l’évolution des différentes tendances révolutionnaires, de connaître leurs animateurs, militants et sympathisants, avant de définir au mieux leurs projets et moyens.
Dans l’ensemble, nous pouvons actuellement présenter un tableau notablement plus précis de l’éventail gauchiste et ainsi répondre aux lacunes de notre rapport général de mai 1971. Il s’agira pourtant de ne pas trop s’attacher aux dénominations par lesquelles s’identifient certains groupes. Dans ce sens, des signatures telles que " Centre Autonome " ou " Ecole et Lutte de Classe " sont à considérer comme l’émanation de mouvements unitaires et non en tant que nouvelles organisations extrémistes. Il en est de même pour tous les éphémères comités et autres groupements anonymes, que nous ne parvenons à situer qu’après identification de leurs animateurs.
Ainsi que nous l’avons souvent mentionné, nous retrouvons à la tête des groupuscules, et bien évidemment à la base de l’agitation, la majorité des dissidents du Parti du Travail auxquels se sont joints quelques extrémistes anarchisants.
Durant ces derniers mois, leurs multiples actions ont surtout contribué à les isoler des autres mouvements progressistes et du public en général. L’impact de leurs menées révolutionnaires s’est considérablement affaibli si l’on considère qu’ils n’arrivent à mobiliser qu’une mince frange de jeunes éléments (collégiens, apprentis) et à attirer que des travailleurs émigrés déjà fortement politisés (communistes espagnols).
Leur isolement de les rend que plus agressifs dans l’extraordinaire déploiement de leur propagande révolutionnaire, de jour en jour plus intensive et diversifiée. N’étant plus limités dans la diffusion de leurs écrits, ils en inondent la ville sous n’importe quel prétexte. Tous ces tracts, journaux et autres documents laissent plus apparaître leurs divergences et leur vanité qu’une volonté d’aboutir dans la voie marxiste.
Nous venons de situer dans les grandes lignes la position apparente et presque publique du mouvement gauchiste à Genève. Or, cet état de fait ne reflète pas son action souterraine, multiple et pernicieuse. En effet, si les responsables estiment utile à leur propagande de descendre dans la rue pour réclamer un Centre Autonome ou manifester un soutien à certaines guerres de libération, ils ne se font aucune illusion sur la portée de ces actes. En revanche, leur participation est plus sérieuse, et discrète, lorsqu’il s’agit de préparer politiquement des apprentis et des jeunes étudiants, de discréditer les autorités responsables de l’instruction publique, d’orienter à leurs vues les débats de réunions de quartier, de fournir un peu partout de nouvelles bases de revendications, en un mot : de créer et d’alimenter sans cesse des foyers d’agitation. A ces fins, ils n’hésitent pas, si nécessaire, à faire abstraction de leurs rivalités partisanes, à rencontrer des mouvements parallèles d’autres cantons, voire d’autres pays.
Il est clair que la préparation et la conduite de tels actes ne peuvent apparaître trop publiquement, sans risque pour leurs auteurs de préjudices sur le plan social et professionnel. C’est pourquoi les militants appliquent de plus en plus des consignes de prudence et de discrétion, usant de surnoms dans leurs contacts, multipliant les lieux de réunion, utilisant boîtes postales et porte-parole anonymes, évitant autant que possible d’apparaître en premier plan.
Cette situation rend évidemment notre surveillance problématique depuis l’extérieur. Nos différentes sources d’information nous permettent cependant de suivre utilement l’évolution des groupuscules en présence et d’identifier la majorité des activistes.
Dans les pages suivantes, nous aborderons chaque groupuscule, en situant son rôle et ses animateurs, avant de retracer les principaux événements du semestre écoulé.
Manquent, dans la copie fournie du rapport, les pages 4 à 30 y compris, A se référer à la table des matières du rapport, les pages manquantes concernent les thèmes suivants :
Section genevoise de la LMR 4
Comité Central de la LMR 4
Assemblées générales et réunions 5
Cours de formation, meetings/conférences 5
CEDIPS - Parutions de la LMR 6
Secteurs d’activités de la LMR 7
Liste des militants 11
Centre de Liaison Politique (CLP) 13
Structures du CLP 16
Publications du CLP 17
Activités des groupes du CLP 17
Liste des militants 29
Groupe Emigration-Impérialisme (EI)
Groupe des Luttes Internationales (GLI)
Groupuscule " A "
C’est à dessein que nous réunissons dans un même chapitre ces trois groupes, que nous avions présenté séparément dans notre dernier rapport général.
Après nous être aperçus que les militants de " A " étaient identiques à ceux agissant sous l’étiquette EMIGRATION-IMPÉRIALISME, nous avons encore dû reconnaître que le GROUPE DES LUTTES INTERNATIONALES (G.L.I.) ne représentait pas une organisation parallèle.
Au cours des derniers mois, les événements enregistrés et l’étude des informations émanant de sources multiples nous ont convaincus qu’il était vain de vouloir absolument situer une organisation stable derrière les éphémères appellations et signatures anonymes, surgissant au gré des événements et des actions engagées par ces militants. En effet. nous nous trouvons en présence de la frange la plus extrémiste de nos groupuscules genevois. Nous verrons plus loin que leurs activités s’étendent aussi bien au soutien d’ouvriers émigrés ou d’apprentis qu’au soutien inconditionnel de l’action d’anarchistes.
Considérant la personnalité des individus militants dans ce milieu, nous ne tenterons pas d’en définir l’idéologie, estimant que la qualification de " panier de crabes " conviendrait mieux à ce ramassis d’agitateurs. Il nous paraît tout aussi inutile de rechercher une forme d’organisation interne ou de vagues statuts.
Cette situation nous incite à établir un bilan sur la base des actions menées par ces gauchistes et, subsidiairement seulement, par rapport à leurs prétentions révolutionnaires, constituées par :
(soit la base d’ "Emigration-Impérialisme ")
Les militants d’E.I. se sont manifestés dans les secteurs suivants :
Emigration
Dans notre précédent rapport général, nous avions fait état d’un document intitulé : Plateforme saisonniers, daté de mars 1971 et constituant la base du mouvement visant à rompre la paix du travail et à organiser les ouvriers émigrés politiquement.
Conduite principalement dans les baraquements pour saisonniers sis au Lignon/Aïre et à Pré-Bois/Cointrin, la campagne d’infiltration et de mobilisation des milieux ouvriers émigrés se poursuit inlassablement. Si elle a conduit à certains désordres très localisés, elle s’est révélés inutile à longue échéance, les saisonniers n’étant pas dans leur ensemble disposés à suivre des individus totalement étrangers à leur milieu professionnel.
Parmi les activistes qui gravitent continuellement autour des baraquements, soit pour diffuser de la propagande, soit pour animer des réunions, figurent au premier plan les militants de l’ex-groupe " A ", à savoir :
(MB)*
(GF)*
(GH)*
(ML)*
(BK)*
PERRIN Eliane, 1944 NE
(MR)*
Ainsi que d’autres gauchistes bien connus, tels que :
(SA)*
(CD)*
DIND Daniel, 1944 VD
HERBEZ Ariel, 1943 GE
MAGNIN Charles, 1946 GE
(PM)*
aux côtés des mêmes agitateurs italiens et espagnols déjà apparus dans le cadre des activités du CLP.
Nous ne nous étendrons pas sur les thèmes développés et les revendications multiples propagés dans ce milieu, nous reportant aux nombreux documents et rapports déjà transmis.
Apprentis et ouvriers
Les militants de cette tendance ont apparemment renoncé à concurrencer la Ligue et le CLP dans le secteur des entreprises, du moins depuis les grèves de la métallurgie.
En revanche, le secteur de l’apprentissage est toujours en butte aux attaques du " GROUPE UNITAIRE DES JEUNES TRAVAILLEURS " (GUJT). Le plan de lutte figure, pour l’essentiel, dans le document édité par le GUJT en automne 1971, à l’occasion d’une réunion des groupes " HYDRA " qui eut lieu le 26.9.1971 à Berne et d’un autre fascicule du GUJT intitulé " Enquête apprentis - Manifeste pratique ".
L’agitation dans ce secteur en est encore au stade embryonnaire et n’a pas justifié à ce jour une attention particulière.
Nous avons enregistré quelques remous au moment des examens en juin dernier (deux apprentis ayant refusé de passer des examens) et tout dernièrement à la suite de licenciements au Garage " Citroën ". L’apprentissage a également été débattu lors des audiences du " Tribunal Populaire " gauchiste.
Aucune surveillance directe n’ayant été faite lors de réunions d’apprentis (salle communautaire de la paroisse catholique de Plainpalais, rue Prévost-Martin 51), nous ne pouvons citer de chiffres quant à la participation.
En tant qu’animateurs de ce mouvement en faveur des apprentis, nous pouvons citer :
(cité comme principal responsable du GUJT, non situé dans l’éventail des groupuscules depuis près d’un an, mais en relation avec des gauchistes de diverses tendances)
(représentait le GUJT à la réunion des gr. Hydra le 26.9.1971 à Berne)
(a contacté, début décembre 71, à Zurich, les nommés (MM)*, un certain (M)* et (JH)* pour obtenir un film du " Bunker " intitulé " Krawall ", ceci à la demande de KANEMAN qui devait le projeter lors d’une assemblée du GUJT). ENGELSON a présenté, à une séance du " Trib. Populaire " une intervention sur le Cycle d’Orientation et la sélection professionnelle).
D’autres organisations semblables développeraient une agitation parallèle à Genève, le Groupe Apprentis des JEUNESSES PROGRESSISTES de Lausanne (surtout depuis leur alliance avec le CLP conduit par des militants travaillant à Genève, le Groupe Apprentis du SYNTEC qui serait animé par Roman JUON (1936, GR) et, dans une moindre mesure, les groupuscules CLP et la LMR.
Selon les responsables de l’Office d’orientation et de formation professionnelle de Genève, cette agitation n’est pas préoccupante au stade actuel. Le canton de Genève compte quelque 5'000 apprentis.
Ecoles
C’est évidemment le champ d’action favori des étudiants et enseignants de cette tendance, soit tous ceux déjà cités, renforcés par :
(J.-D.B)*
(GB)*
(J.-P.C)*
(DdM)*
C.-I.D)*
FEUZ Alec, 1947, BE
FONTAINE Jean-Jacques, 1947 GE
(BH)*
HOLENWEG Pascal, 1952 BE
(LK)*
(PM)*
(AP)*
Nous ne reviendrons pas sur le développement du mouvement ECOLE ET LUTTE DE CLASSE, au sein duquel les extrémistes et les éléments modérés de E.I. ont joué un rôle prépondérant. Parmi les plus influents, citons (BE)*, Eliane PERRIN, Charles MAGNIN, (ML)*, (GF)*, Jean-Jacques FONTAINE et Alec FEUZ.
Ce sont ces militants qui sont à la base de cette vaste campagne visant à révolutionner les structures actuelles de l’enseignement -mais consistant surtout à les abattre.
Mouvements de quartiers
A l’instar d’autres groupuscules, E.I. est représenté dans les principaux mouvements de quartiers, principalement à Plainpalais et aux Eaux-Vives. La propagande et les actions développées dans cette campagne prennent actuellement une tournure plus violente et plus provoquante. Si elles devaient s’étendre, il est douteux que les responsables bénéficient encore longtemps du soutien d’un public jusque là mal informé.
Si la population dans son ensemble s’accorde à soutenir toute action contre l’augmentation du prix de l’habitat et en faveur de la protection de l’environnement, il est peu probable qu’elle cautionne des actions " sauvages " et illégales (occupations d’appartements, obstruction sur des chantiers, etc.), par ailleurs peu susceptibles de se révéler efficaces.
Comme nous l’avons déjà signalé, les mouvements de quartiers ont parallèlement lancé une action contre la hausse des transports publics à Genève. A cet effet s’est constitué un " Comité d’action transports ", au sein duquel figurent des militants de diverses tendances gauchistes. La case postale de ce comité (CP 279, 1211 Genève 2 Gare) est louée par (AP)*, de la tendance E.I. Après avoir préparé cette campagne par des séances d’information dans les quartiers et des tracts, les responsables se proposent maintenant d’intervenir directement contre la hausse, soit en refusant de payer la surtaxe et en intervenant auprès des usagers de la CGTE pour les inciter à faire de même. Cette opération devrait débuter dans la première semaine de janvier 1972. Dans le cadre de cette action, le comité a d’ores et déjà sollicité auprès du Département de Justice et Police l’autorisation de tenir un meeting le samedi 8 janvier à la Place du Molard. Le signataire de cette requête, datée du 20.12.1971, est le nommé Roger LOPONTE (+944, VS), architecte, connu pour avoir milité dans l’ex-groupuscule " Rouge " et actuellement dans le " mouvement des habitants de Plainpalais ". Remarquons ici que l’Ecole d’Architecture est bien représentée dans cette agitation de quartiers (Daniel MARCO, ML*, MB*, GK*, GD*, etc.)
Centre Autonome
Nous avons vu dans les chapitres précédents que la LMR et le CLP n’avaient joué qu’un rôle secondaire dans l’affaire du Centre Autonome. Ce sont en effet les éléments " spontanéistes " de la tendance E.I. que nous devons considérer comme responsables des émeutes des mois de mai et juin 71, parmi lesquels nous citerons :
(SA)*
(BE)*
FEUZ Alec
(GF)*
FONTAINE Jean-Jacques
HOLENWEG Pascal
(ML)*
MAGNIN Charles
(PM)*
(AP)*
Ces militants ne sont plus à présenter. C’est d’ailleurs parmi eux que se trouvent les seuls gauchistes qui manifestèrent leur soutien aux anarchistes (MC)* et (DM)*. A l’appel d’une manifestation de soutien, le 10.9.71 sur la Plaine de Plainpalais, ils n’étaient d’ailleurs que vingt-cinq. Leur extrémisme s’est en outre exprimé dans la rédaction d’un fascicule intitulé " TUEZ-LES TOUS ", diffusé dès septembre 1971. Bien que ses auteurs déclarent qu’il s’agit d’un " Journal d’appel à l’émeute, d’incitation au meurtre et au pillage, de subversion et de fausse réflexion " (sic), nous sommes d’avis que ce document est trop outrancier pour justifier une interprétation sérieuse. Une enquête est néanmoins en cours ; il a déjà pu être établi que Pascal HOLENWEG (1952, BE), soupçonné d’avoir participé à la rédaction de ce journal, le vendait discrètement lors d’une manifestation au Molard le 4.12.1971.
Luttes internationales
Nous avons peu d’informations sur les attaches internationales de E.I.
Nous savons qu’Eliane PERRIN a rencontré des gauchistes parisiens (non identifiés) au début octobre à Genève, puis à Paris deux semaines plus tard, où elle s’était rendue pour quelques jours. Elle contacts assez régulièrement Laurent WOLF (1944, NE), gauchiste émigré à Paris. Ces informations tendent à confirmer le rôle d’Eliane PERRIN dans la constitution d’une branche suisse du " Secours Rouge ", voire de la création d’un siège international du " Secours Rouge " à Genève, dont il est fait mention dans une note de la Police fédérale du 2.11.1971. Avant son départ pour Paris, Eliane PERRIN avait reçu quelques indications de (GR)*, Français, étudiant, résidant à Genève (notamment l’adresse où rencontrer le comité : restaurant " la cuisine d’Odette ", rue du Dragon à Paris).
Du côté de l’Italie, mis à part les contacts avec les Italiens émigrés à Genève, nous avons appris que (ML)* avait suivi un congrès du mouvement " Potere Operaio " à Rome, du 23 au 25.9.1971 (de même que GD* et SA*).
Il est évident que E.I., comme la Ligue et le CLP, tente de s’ "internationaliser " en participant aux luttes des autres gauchistes européens.
Dans ce secteur des luttes internationales, nous n’avons pas recueilli d’éléments nouveaux sur des réunions à Genève entre le GLI et un mouvement de tendance marxiste-léniniste prochinoise de Belgique, ainsi qu’une information confidentielle le laissait entendre au début 1971.
Publications, lieux de réunions
Si la propagande écrite de la tendance E.I. n’est pas aussi intensive que celle de la Ligue ou du CLP, elle se distingue en revanche par son caractère outrancier et anarchisant.
Le mouvement dispose d’une petite imprimerie et d’un local de réunion dans une villa de la région d’Onex. L’utilisation du matériel (machines à polycopier FACIT et REX-ROTARY) est assurée par les militants.
A notre connaissance, les parutions d’E.I. se limitent à des tracts et à quelques documents multi-pages. Il est possible que certains documents plus importants soient confiés à d’autres imprimeurs gauchistes.
Nous n’avons pas localisé d’autres lieux de réunions privés ; les militants se retrouvent parfois au café des Sapins, à la rue des Gares, au café du Grütli, au Centre universitaire protestant, etc., ou chez l’un d’eux.
Pour clore cet aperçu des multiples facettes de ce mouvement, nous ne pouvons que rappeler qu’il nous paraît vain de trop chercher à définir sa position et son orientation.
Nous avons divisé la liste des individus militants dans cette tendance en deux partie :
Liste des militants de la tendance EMIGRATION-IMPERIALISME
(MB)*
(J.-D.B)*
BONNARD Marie, 1942 VD
DIND Daniel, 1944 VD
(C.-I..D)*
(GF)*
(LK)*
(MK)*
(ML)*
(GM)*
PERRIN Eliane, 1944 NE
(MR)*
(J.-P.C)*
(DdM)*
(RdH)*
(SD)*
(BE)*
FEUZ Alec, 1947 BE
FONTAINE Jean-Jacques, 1947 GE
(WG)*
(PG)*
HERBEZ Ariel, 1943 GE
HOLENWEG Pascal, 1952 BE
KANEMAN Léon, 1939 France
(TL)*
LONGET René, 1951 GE
MAGNIN Charles, 1946 GE
(PM)*
(PN)*
(AP)*
(GR)*
(LS)*
Manquent, dans la copie fournie du rapport, les pages 41 à 44 y compris, A se référer à la table des matières du rapport, les pages manquantes concernent les thèmes suivants :
Organisation des Communistes de Suisse (OCS)
Mouvement Socialiste Autonome (MSA)
Mouvement de Libération des Femmes
MANIFESTATIONS, MEETINGS, ASSEMBLEES, REUNIONS ET AUTRES ACTIVITES GAUCHISTES
Du 1er mai au 31 décembre 1971
au ZSCHOKKE
Action : réunion au café du Grütli, collecte à l’Université, diffusion de tracts, tentatives pour étendre la grève. Campagne interrompue après le départ des grévistes pour l’Espagne.
Organisation : MSCC, Jeunesses progressistes, théâtres marginaux. Pas d’autorisation.
Action : manifestation devant l’immeuble de la TV romande, puis cortège jusqu’au temple désaffecté de la Servette, où occupation. Intervention de la Police pour dégager les lieux.
Note : 250 personnes environ au cortège
Organisation : Groupes des théâtres marginaux
Action : Attroupement aux abords de la Prison, harangues, musique. Dispersion sans incident.
Note : ces acteurs avaient été arrêtés au temple de la Servette, suite à l’occupation et divers délits (atteinte aux mœurs, vols)
Organisation : Théâtres marginaux
Note : 150 personnes env. Certains acteurs ont fait une mini-grève de la faim au Parc des Eaux-Vives pour protester contre leur condition.
15-16.5.71 Meeting de la Commune à Paris. Importante délégation de la LMR
Organisation : Comité d’action pour la liberté d’expression (théâtres marginaux, éléments anarchisants). Pas d’autorisation.
Action : Rassemblement à la Place Neuve, cortège à travers la Vieille-Ville, représentations théâtrales " sauvages ", puis occupation de la MJC.
Note : près de 500 jeunes. Les meneurs ont profité des Fêtes de la Vieille-Ville pour donner plus d’ampleur à leur action.
Dès le lendemain de l’occupation de la MJC, les militants du CLP et de la LMR ont rallié ce mouvement, déjà animé par les éléments anarchisants.
Organisation : Mobilisation rapide des gauchistes et contestataires.
Note : Le rassemblement de quelque 200 manifestants devant la MJC a dû être dispersé par la force. Débordements prolongés dans le quartier de St-Gervais. Plusieurs blessés parmi les policiers.
Organisation : les mêmes.
Action : Rassemblement et harangue à la Place des Alpes, à la Gare Cornavin et à la Place du Molard. 200 manifestants env. Pas d’incidents.
Organisation : les mêmes. Pas d’autorisation.
Action : Rassemblement sur la Plaine de Plainpalais, puis cortège jusqu’à la Maison des Scouts, rue Pré-Jérôme, où occupation.
Note : La MJC étant fermée et gardée par la Police, les quelque 200 manifestants ont choisi cette Maison des Scouts. L’occupation a été levée sans incident après 3 jours.
Organisation : les mêmes.
Action : Rassemblement dispersé aux abords du Gd-Théâtre, cortège sauvage jusqu’à la MJC qui est réoccupée pour quelques heures, puis à nouveau évacuée ; les occupants sont conduits à l’Hôtel de Police pour identification.
Note : sur les 250 manifestants, une centaine ont dû être évacuée de force. Parmi eux, de nombreux gauchistes de diverses tendances.
Organisation : OCS, CLP. EI (GUJT)
Note : il s’agissait pour les gauchistes (100 env) d’appuyer l’action de 2 apprentis ayant refusé de se présenter aux examens finals et de dénoncer le système d’apprentissage.
Organisation : Groupement de quartier.
Note : Les organisateurs ont mené un cortège de 130 personnes de la rue du Lac à la rue Merle d’Aubigné et écarté les gauchistes gravitant autour de cette manifestation.
Note : Organisation par les théâtres marginaux avec représentations. 100 participants env.
Organisation : mouvement du Centre Autonome.
Action : mobilisation générale suite à la perquisition au CUP par le Police. Rassemblement à la Place des Alpes, puis cortège sauvage jusqu’à la MJC, où dispersion par la Police.
Note : cette dernière manifestation a été la plus violente dans le cadre du Centre Autonome (cocktails Molotov, blessés, dégâts matériels). Quelques 250 manifestants, dont tous les extrémistes.
Toutes les manifestations du Centre Autonome ont été accompagnées d’une violente propagande gauchiste.
Note : Quelques éléments gauchistes ont fait leur première apparition dans ce quartier mais n’ont pas troublé la manifestation, qui rassemblait environ 250 personnes.
Note : dans le même temps (fin juin/début juillet(, les gauchistes d’E.I. et du CLP ont conduit une campagne d’agitation dans les baraquements de saisonniers au Lignon et à Pré-Bois/Cointrin (tracts, réunions).
De juillet à septembre, l’ensemble de l’activité gauchiste s’est ralentie dans tous les secteurs.
Note : Convoquée par un tract, cette manifestation n’a réuni que 25 personnes, parmi lesquelles plusieurs extrémistes.
Note : Cette kermesse a marqué la reprise de l’agitation dans ce quartier, mais cette fois avec une participation plus large des gauchistes du CLP. E.I. et divers.
Organisation : Comité de lutte pour l’unité des travailleurs suisses et émigrés (CLP, EI, LMR, ATEES, OCS)
Note : Les gauchistes ont empêché cette assemblée en bloquant l’entrée, puis en occupant la salle après avoir fait sortir les participants. Manifestation accompagnée de distributions de tracts.
Note : Quelque 150 participants (membres espagnols (CC.OO, ATEES), italiens (CLI) et gauchistes (CLP, LMR)
Reprise de l’agitation gauchiste dans les écoles, ainsi que dans le secteur ouvrier.
Organisation : PCE, CLP. LMR, EI
Note : Convoquée par tracts, cette manifestation a été dispersée dès sa formation, ce qui a conduit les manifestants, après quelques tentatives de regroupement, à se réfugier au café du Grütli pour y tenir un meeting. Environ 300 personnes, une trentaine de manifestants interpellés ou conduits à l’Hôtel de Police.
Note : Cette première séance du Trib. Populaire a été précédée de nombreuses réunions dans les écoles et au CUP pour préparer et lancer cette campagne d’agitation contre les structures de l’enseignement. Il s’agit d’une initiative essentiellement gauchiste et regroupant toutes les tendances. Quelque 100 personnes ont pris part à cette manifestation du mouvement Ecole et Lutte de Classe (ELC), lancée contre les Journées universitaires 71. Les réunions de responsables se sont poursuivies presque journellement dans les semaines suivantes.
Meeting du Gr. d’Habitants devant un immeuble de la rue Pradier.
Note : ces 2 manifestations ont été autorisées. Elles ont attiré env. 200 personnes, dont de nombreux gauchistes qui ont ainsi démontré l’extension de cette forme d’agitation.
Note : cette manifestation a été empêchée dès sa formation au carrefour de Rive. Le lendemain, le MSCC a organisé des meetings-éclair dans différents endroits de la ville.
Note : C’est surtout la LMR et le CLP qui ont suivi ces manifestations vaudoises et qui ont tenté de déclencher une campagne de soutien à Genève, notamment parmi les ouvriers.
Note : Quelque 60 participants, en majorité des gauchistes (CLP. LMR, EI)
Note : Des représentants du MSCC ont défendu leur mouvement devant un public de plus de 1000 personnes (affluence due au choix de l’heure et du lieu)
Note : 50 participants, malgré une large publicité. Le lendemain, quelques dizaines de gauchistes ont suivi le déroulement du procès à la Cour Correctionnelle de Genève.
Note : Environ 150 étudiants et enseignants ont suivi les débats, animés par des gauchistes.
Note : Rassemblement provoqué par le CLP. Une vingtaine de participants.
Note : cette manifestation s’est développée tout au long de la journée par l’action des gauchistes. Le lendemain soir, une assemblée s’est tenue à la salle de la rue Prévost-Martin, réunissant une centaine de personnes.
Toutes ces manifestations gauchistes ont nécessité le mise en place de surveillances et, selon les cas, l’engagement de forces de Police pour prévenir ou contrôler des désordres sur la voie publique.
En comparaison avec l’année 1970, leur nombre a doublé et celles qui ont mobilisé d’importantes forces de Police ont presque triplé.
CONCLUSIONS
En regard des conclusions de notre précédent rapport général, les événements ont, dans leur ensemble, justifié nos prévisions quant aux incidences qui sont à l’origine des campagnes d’agitation de ce deuxième semestre.
Les enseignements tirés de la surveillance directe et constante de ces milieux extrémistes nous incitent à dégager quelques remarques d’ordre général.
Nous sommes confrontés avec quelque 120 gauchistes militants, âgés de 18 à 35 ans, qui, menés par une trentaine d’individus déterminés, constituent la base de ce courant révolutionnaire à Genève. A quelques exceptions près, tous appartiennent aux couches sociales aisées et ont bénéficié d’une instruction générale avancée. La révolution sociale qu’ils préconisent ne découle donc pas d’une volonté d’améliorer leur propre sort. Leur soi-disant besoin d’un renouveau social et d’une prise de conscience universelle nous paraît déplacé en regard de leur conduite. Il n’est que de les entendre discourir de la liberté d’expression ou du droit de grève pour s’apercevoir de la pauvreté de leur argumentation, même enrobée d’éloquence verbeuse. La groupusculisation du mouvement témoigne déjà de leur incapacité à résoudre leurs divergences, tant personnelles qu’idéologiques.
Comme nous l’avons vu, la faction la plus apte à représenter un courant d’opposition extra-parlementaire à Genève serait la Ligue Marxiste Révolutionnaire, si elle n’était pas constamment en butte aux rivalités des autres tendances. L’issue de cette lutte dépendra dans une large mesure du développement des Ligues trotskystes de la IVème Internationale en Europe. Les forces des autres avant-gardes révolutionnaires genevoises, dispersées et désorganisées telles qu’elles apparaissent maintenant, ne constituent qu’une frange contestataire, certes remuante, mais sans valeur propre ; leur avenir dépend d’une restructuration unitaire, hypothétique, mais non à écarter.
A notre avis, la survie des groupuscules gauchistes est entretenue à Genève par une trentaine de meneurs. Qui sont ils ? Tous ont une formation universitaire, principalement en sociologie, en architecture, ou en droit. Quelques-uns sont encore en études mais la majorité se répartissent actuellement dans des fonctions libérales ou dans l’enseignement. Il n’est pas besoin de préciser qu’elles leur permettent de bénéficier, et d’un traitement assez large pour les mettre à l’abri du besoin, mais surtout d’une liberté de mouvement particulière. Cette remarque serait évidemment déplacée en considération de tous ceux qui exercent ces fonctions, si la plupart des intéressés ne s’étaient pas déjà signalés depuis quelques années à notre attention comme jeunes militants communistes. N’étant pas en position de juger de leurs qualifications sur le plan professionnel, et n’étant pas en droit de restreindre leur liberté d’expression, nous ne pouvons que contrôler leurs actions pour veiller à la sauvegarde des biens et au respect des lois.
Jusqu’à ces derniers mois, leurs campagnes d’agitation ont principalement porté dans les milieux ouvriers et étudiants ou en faveur de guerres de libération étrangères ; par leurs excès, elles ont surtout contribué à les isoler de la masse populaire qu’ils comptaient pouvoir mobiliser. L’impopularité des manifestations " sauvages " sur la voie publique et le renforcement des dispositions en vue du maintien de l’ordre n’ont pas échappé à ces responsables ; ils tentent maintenant de s’effacer derrière des mouvements de revendications sociales plus aisés à manœuvrer, et plus aptes à sensibiliser l’opinion publique.
8 juillet 1971
Concerne : Activités d’un " MOUVEMENT ENSEIGNANTS-ELEVES-PARENTS "
Ce mouvement s’est constitué le 15 juin 1977 lors d’une assemblée convoquée pour protester contre le non-réengagement d’un enseignant du Cycle d’Orientation. Il s’agissait d’une initiative d’enseignants gauchistes, plus particulièrement de deux de l’ORGANISATION DES COMMUNISTES DE SUISSE, décidés à contrer la décision prise par la direction du C.O. contre (J.-J. F)*, professeur suppléant au C.O. de Cayla (bien connu comme militant maoïste. (... passage caviardé)
A la recherche d’un certain appui populaire, notamment auprès des parents d’élèves, le " Mouvement enseignant-élèves-parents " a organisé 6 réunions-débats entre le 23 et le 30 juin, annoncées au moyen d’un tract-affichette (voir annexe).
Les surveillances effectuées aux abords des lieux de réunion ont établi que le mouvement n’a guère été suivi dans son initiative, n’ayant jamais groupé plus de 30 personnes, y compris les militants venus en renfort.
Ces réunions se sont tenues aux adresses suivantes :
23 juin : Salle paroissiale, rue Prévost-Martin 51
24 juin : Salle paroissiale, rue Rotschild 52
25 juin : Salle paroissiale, chemin des Racettes
28 juin : Café Bagatelle, place des 22-Cantons
29 juin : Foyer communautaire protestant, centre commercial du Lignon/Aïre
30 juin : Salle communale des Eaux-Vives, rue des Eaux-Vives
Débutant à partir de 20-30 h., ces petites assemblées ne se prolongeaient guère au-delà de 22.00 h. Plusieurs personnes, connues pour leurs activités dans l’extrême-gauche, ont été remarquées, à savoir :
(CA*)
(VC)*
(BE)*
(J.-J. F)*
GROBET Christian, 26.7.1941, VD
HOLENWEG Pascal, 28.8.1952, GE
(MM)*
(AP)*
(NR)*
(PT)*
(MW)*
Nous n’avons à ce jour aucune information sur la nature de ces débats. Il est vraisemblable qu’un article y sera consacré dans une prochaine parution du journal " OCTOBRE ", organe de l’ORGANISATION DES COMMUNISTES DE SUISSE.
Par ailleurs, il est à prévoir que d’autres actions seront tentées par ce mouvement d’ici la reprise des classes en septembre afin de revendiquer en faveur du réengagement de ce professeur licencié.
Rapport (du 12 septembre 1971) sur le Meeting de soutien aux anarchistes arrêtés, organisé par un " Comité Anti-Répression " vendredi 10 septembre 1971 à 1830 h. Plaine de Plainpalais
Concerne : Meeting de soutien aux anarchistes arrêtés organisé par un " Comité Anti-Répression " vendredi 10 septembre 1971, à 1830 h., Plaine de Plainpalais
Le vendredi 10 septembre 1971, en début de matinée, notre service a été informé qu’un tract était en voie de diffusion en ville, ceci en vue d’une manifestation prévue le même jour à 18.30 h.
Il a rapidement pu être établi que le tract en question se distribuait dans l’enceinte de collèges et de cycles d’orientation, à l’entrée ou à la sortie des classes.
Sous l’anonymat d’un " COMITE ANTI-REPRESSION ", les auteurs de ce documents s’associent entièrement aux actes commis par (DM)* et ses camarades anarchistes (vols et stockage de fusils d’assaut et de munition, constitution d’un fichier de la police, etc.). En termes violents, grossiers et outranciers, ils s’en prennent à tous ceux qui ont condamné publiquement ces anarchistes, se désolidarisant même des gauchistes et des responsables du Centre Autonome. Estimant que les anarchistes ont usé de leur " droit de légitime défense ", que l’agression vient du pouvoir, ils revendiquent ce même droit et celui de la " résistance populaire ". Un meeting est annoncé pour vendredi 10 septembre à 18.30 h. sur la Plaine de Plainpalais (v/tract annexé).
Aucune autorisation préalable n’a été sollicités par les organisateurs de ce meeting. Vu le caractère extrémistes de la manifestation prévue, un service a été mis en place sous les ordres de (XXX) avec mission de dissoudre cette manifestation dès sa formation.
Déroulement de la manifestation
Sur place dès 18 h., nous constatons peu après la présence de quelques jeunes gens sur le parking de la Plaine de Plainpalais, à la hauteur de l’église du Sacré-Coeur. Certains de ces jeunes sont identifiés comme étant des meneurs gauchistes. Au nombre d’une quinzaine à 18.30 h., ils sont 25 environ vers 18.45, en petits groupes. Il n’est pas remarqué de tracts, pancartes ou banderoles et ces manifestants restent silencieux. Nous remarquons dans leurs rangs le nommé (TL)*, (suit un passage caviardé).
A 19.00 h., le nombre des manifestants n’a guère évolué et il n’apparaît pas que ce rassemblement prenne des proportions plus grandes.
Au vu de la situation, les différents détachements de la Gendarmerie se retirent progressivement.
A 19.15 h., les derniers manifestants quittent la Plaine de Plainpalais et se dispersent sans incident.
En conclusion, nous pouvons considérer que les organisateurs de cette manifestation ont totalement échoué dans leur tentative d’entamer un nouveau cycle d’agitation dans notre ville. Malgré leur distribution de tracts, cette action n’a eu aucun soutien parmi les étudiants.
Ces quelques 25 jeunes gens et jeunes filles appartiennent à la tendance extrémiste des groupuscules genevois, familiers des désordres sur la voie publique. Parmi eux, nous avons notamment reconnu :
(GF)*
HOLENWEG Pascal
(PM)*
(AP)*
En raison de leur petit nombre, et du fait de la présence de forces de Police sur place, ces manifestants n’ont à aucun moment tenté de former un rassemblement compact ou un cortège. Le temps pluvieux a également contribué à les disperser rapidement.
Rapport (du 30 septembre 1971) sur la contre-manifestation organisée contre une assemblée de l’Action Nationale le 28 septembre
Concerne : Assemblée du mouvement " Représentation Populaire ". Contre-manifestation gauchiste organisée par un " Comité de lutte pour l’unité des travailleurs suisses et émigrés " Salle du Faubourg, Mardi 28.9.1971, dès 19.45 h.
Signalons d’emblée que cette manifestation gauchiste a été déclenchée pour empêcher la section genevoise de l’ACTION NATIONALE de tenir une assemblée d’information dans le petite salle de la Maison du Faubourg, rue des Terreaux-du-Temple, annoncée notamment par voie d’affiches pour le mardi 28 septembre 1971 à 20.30 h.
Précisons que la section genevoise de l’Action nationale, sous l’étiquette de " REPRESENTATION POPULAIRE " mène actuellement une campagne politique dans le cadre des élections au Conseil national. Ce mouvement, de tendance nationaliste, est dirigé à Genève par le juriste Alain Marti (10.3.1944 GE) ; sa campagne électorale est principalement axée sur la lutte contre le surpeuplement étranger en Suisse.
Dans le cadre de notre surveillance des milieux gauchistes, il est apparu qu’une action se préparait contre le mouvement " Représentation populaire ". Dès le lundi 27 septembre, un tract était diffusé par un anonyme " Comité de lutte pour l’unité des travailleurs suisses et émigrés ", invitant à manifester à la place Isaac-Mercier le mardi 28 septembre dès 19.45 h. Ce document accuse les membres de l’Action nationale d’être des " racistes et des fascistes " et de tendre à la division et à la provocation (v/tract annexé).
La participation des différents groupuscules révolutionnaires de notre canton étant prévisible, un service d’ordre a été mis sur pied, avec mission de disperser toute manifestation sur la voie publique -en vertu des directives du Département de Justice et Police du 15.6.1971, approuvées par le Conseil d’Etat- sans toutefois empêcher quiconque de participer à l’assemblée publique de " Représentation populaire ".
Déroulement de la manifestation
A notre arrivée aux abords de la Maison du Faubourg, nous constatons que deux croix gammées peintes au spray noir figurent sur les murs de chaque côté de l’entrée principale.
A 19.40 h., quelques gauchistes connus apparaissent à la place Isaac-Mercier. Dans les 20 minutes qui suivent, ils sont ralliés par près d’une centaine d’autres militants et sympathisants qui se répartissent sur le parvis du Temple de St-Gervais, devant l’entrée de la Maison des Jeunes et au carrefour Terreaux-du-Temple/place Isaac-Mercier. Dans ces groupes sont reconnus des extrémistes du CENTRE DE LIAISON POLITIQUE, de la LIGUE MARXISTE RÉVOLUTIONNAIRE (militants des sections de Genève et de Lausanne), d’EMIGRATION-IMPERIALISME, du GROUPE DES LUTTES INTERNATIONALES, de l’ORGANISATION DES COMMUNISTES DE SUISSE, ainsi que quelques étrangers dont un dirigeant du PARTI COMMUNISTE ESPAGNOL.
La situation reste stationnaire jusqu’à 20.12 h., lorsque des banderoles et des drapeaux rouges et noirs sont rapidement déchargés d’un véhicule. La masse des manifestants se concentre alors sur le trottoir devant la Maison du Faubourg, où les banderoles sont déployées. On peut y lire : " L’emprise étrangère, c’est les fascistes " - " Une seule classe, un seul combat " - " Travailleurs - même combat, Suisses-Emigrés ".
Alors que les manifestants bloquent l’entrée de la petite salle du Faubourg, du fourgon de Commandement leur provient l’ordre d’interrompre cette manifestation interdite, de retirer calicots et drapeaux et de se disperser. Cette sommation est répétée à trois reprises ; elle ne provoque aucune réaction sensible parmi les gauchistes. Au moyen de deux mégaphones, les meneurs invitent leurs camarades à rester sur les trottoirs et à pénétrer dans la salle du Faubourg.
A 20.25 h., des détachements de la Gendarmerie ont dégagé l’entrée de la Maison du Faubourg et empêché tout débordement sur la chaussée. Ils se saisissent alors des drapeaux et des calicots, non sans opposition, mais sans résistance violente. Divisée de part et d’autre de la rue, la masse des manifestants se reforme progressivement devant la Maison du Faubourg. Une bonne partie d’entre eux parviennent à pénétrer dans la salle, après avoir bousculé quelques personnes du mouvement " Représentation populaire " qui tentaient de s’interposer.
A 20.40 h., les gauchistes occupent à leur gré la petite salle du Faubourg, après avoir contraint une quinzaine de personnes à sortir. Leur victoire est alors saluée du chant de l’ "Internationale ", ensuite de quoi les occupants se mettent en devoir de plier et de ranger les chaises, d’enlever et de jeter par la fenêtre une pile de documents de l’ "Action nationale ". Ils évacuent ensuite eux-mêmes la salle, en ferment les portes et rejoignent leurs camarades sur la rue.
A 21.10 h., les abords de la Maison du Faubourg ont entièrement été dégagés. Les gauchistes sont à nouveau répartis en plusieurs groupes sur la place Isaac-Mercier, devant le Temple de St-Gervais et dans les rues avoisinantes, sans attitude provocatrice. Ils se dispersent progressivement.
Tous les manifestants s’étant éloignés, le service d’ordre est levé dès 21.30 h.
Dans le cadre de cette manifestation, signalons encore qu’une boule de fonte a été trouvée par un journaliste dans la petite salle du Faubourg, visiblement abandonnée là par un manifestant. Par ailleurs, il y a également lieu de mentionner la distribution d’un second tract gauchiste durant la manifestation, signé du CENTRE DE LIAISON POLITIQUE. Ce document reprend plus en détail l’argumentation du tract émanant du " Comité de lutte pour l’unité des travailleurs suisses et émigrés " (probablement diffusé par le groupe EMIGRATION-IMPERIALISME).
Lors de ce service, les militants des groupuscules suivants ont été remarqués :
CENTRE DE LIAISON POLITIQUE (CLP)
(CB)*
DECARRO Eric, 1940 GE
(J.-N. D)*
(CG)*
(AG)*
(DM)*
(RM)*
(DS)*
(CT)*
LIGUE MARXISTE REVOLUTIONNAIRE (LMR)
(BB)*
(OB)*
(MB)*
DE DARDEL Nils, 1943, NE
(JG)*
(N.-N. G)*
(AG)*
(AP)*
(EP)*
RIEBEN Pierre, 1934 NE (de Lausanne)
ORGANISATION DES COMMUNISTES DE SUISSE (OCS)
(RC)*
(AP)*
EMIGRATION-IMPERIALISME (EI)
GROUPE DES LUTTES INTERNATIONALES (GLI)
et autres extrémistes
(SA)*
(GD)*
(LD)*
(BE)*
(GF)*
FONTAINE Jean-Jacques, 1947 GE
HOLENWEG Pascal, 1952 BE
(ML)*
(SL)*
MAGNAT Benoît, 1946 GE
(PM)*
(GS)*
PARTI COMMUNISTE ESPAGNOL (PCE)
(LM)*
Pour conclure, nous sommes en mesure de préciser que l’action gauchiste a été menée conjointement part le CLP et les tendances GLI/E.I. Ce sont eux qui ont diffusé les deux tracts et confectionné les banderoles et drapeaux. Les principaux animateurs étaient Daniel MARCO et Charles MAGNIN, tandis que (RM)* et (PM)* étaient porteurs des mégaphones. La LMR et les autres tendances ont eu un rôle plus passif, de même que (LM)* et les quelques Espagnols qui l’entouraient.
En résumé, on peut considérer que le but de la manifestation gauchiste était essentiellement d’empêcher le déroulement de l’assemblée du mouvement " Représentation populaire ". Les manifestants ont autant que possible évité tout accrochage avec la police et se sont pliés presque docilement aux injonctions des agents, si l’on excepte le fait qu’ils n’ont pas suivi les sommations faites en vue de leur dispersion et du retrait des banderoles.
Services de Police mis sur pied le mardi 28.9.71
Gendarmerie
1 groupe de 40 hommes dits " Kamikazes " sous les ordres du (XXX)
1 groupe de 8 hommes dit " gr. lance-eau "
soit un effectif total de 160 off,, sofs, et gend.
Sûreté
soit un effectif total de 29 gradés et insp.
Commandement :
P.C.O. (XXX)
s(place (XXX)
Liaisons : SE-18
Rapport du Service politique de la police genevoise (du 25 octobre 1971) sur la manifestation de soutien aux grévistes de l’usine SEAT à Barcelone, organisée par une " Commission de soutien à la grève de la SEAT " (gauchistes et organisations ouvrières espagnoles), Plaine de Plainpalais, Samedi 23 octobre 1971, à 11 h.
Le vendredi 22 octobre 1971, nous avons été informés qu’un tract était diffusé depuis le soir précédent dans des baraquements d’ouvriers émigrés et dans certaines entreprises.
Edité en français et en espagnol, ce document est intitulé " Criminelle répression de la grève de la SEAT ". Le Gouvernement espagnol est accusé d’avoir fait évacuer par la force l’usine en grève et d’avoir tiré sur des ouvriers, dont trois furent blessés. En soutien aux grévistes et pour protester contre la répression, les travailleurs sont invités à participer à une manifestation le samedi 23 octobre, à 11 heures, à la place de Plainpalais, côté place du Cirque. Ce tract est signé " Commission de soutien à la grève de la SEAT ".
Selon nos sources, cette manifestation a été préparée conjointement par des responsables des cellules communistes espagnoles à Genève et par les groupuscules gauchistes romands, plus précisément par la LIGUE MARXISTE RÉVOLUTIONNAIRE, le CENTRE DE LIAISON POLITIQUE et le groupe EMIGRATION-IMPÉRIALISME. Seuls les milieux proches de ces extrémistes ont été informés de cette initiative et il est bien évident que les responsables ne désiraient pas solliciter une autorisation ou même en informer les Autorités.
Les organisations syndicales, le Parti du Travail et le Parti socialiste ont fait savoir qu’ils ne participeraient pas à cette action ; il n’apparaît pas qu’ils y aient été invités.
En conséquence, compte tenu des effectifs gauchistes et espagnols, la participation à cette manifestation pouvait être estimée à quelque 500 personnes, pour autant que la propagande ne s’étende pas, encore le samedi matin, aux collèges et dans le public en général.
Vu ce qui précède, un important dispositif d’ordre et de sécurité a été mis en place, avec mission d’assurer la protection du Consulat d’Espagne, sis actuellement dans l’immeuble no 2 de la rue Bartholoni (soit à proximité du lieu de la manifestation) et d’empêcher tout trouble de l’ordre public, en application des décisions prises le 16.6.1971 par le Département de Justice et Police. Des mesures particulières ont été prises à l’égard des biens espagnols, à savoir :
Dès le vendredi 22 octobre et jusqu’au lundi 25 octobre
Un dispositif de sécurité plus restreint sera maintenu ultérieurement à ces différentes adresses.
Déroulement de la manifestation
Le dispositif de surveillance, de protection et d’intervention, formé par les effectifs de la Sûreté et de la Gendarmerie, est progressivement déployé sur place dès 10.00 h.
Dès 10.30 h., des militants gauchistes et espagnols, isolés ou en petits groupes, sont remarqués à différents endroits sur la Plaine de Plainpalais, côté place du Cirque. Vu la présence des forces de l’ordre, ils adoptent une attitude prudente dans l’attente de renforts.
Vers 11.00 h., constatant certains mouvements convergents, les petits groupes sont invités à se disperser et à quitter les lieux. Des individus porteurs de paquets de tracts sont interpellés et conduits aux fourgons. La Police intervient également à de nombreuses reprises auprès de rassemblements en formation à différents endroits et quelques récalcitrants doivent être appréhendés et mis à disposition. Mis à part quelques cris et des tentatives de rébellion isolées, ces opérations se déroulent calmement, soit sur la Plaine de Plainpalais, soit dans les rues avoisinantes.
Vers 11.30 h., de nombreux gauchistes et des Espagnols ont reflué vers le Rond-Point de Plainpalais et se trouvent mêlés aux vendeurs et acheteurs du marché aux puces le long de la aine, côté avenue Henri-Dunant. Peu avant midi, la Gendarmerie doit disperser un rassemblement assez important à cet endroit ; plusieurs personnes sont contrôlées. Mis dans l’impossibilité de se grouper, les manifestants commencent à se disperser et à quitter les lieux. Il semble que les meneurs aient décidé d’un autre lieu de rassemblement car des mots d’ordre ont été transmis de bouche à oreille dans le marché aux puces et peu après, par petits groupes et par des voies différentes, ils se déplacent en direction de la rive droite. Un de ces groupes est suivi du boulevard Georges-Favon, place de la Synagogue, place Bel-Air, St-Gervais à Cornavin.
A 12.25 h., après un regroupement, un cortège, calicots en tête, descends la rue du Mont-Blanc au milieu de la circulation. Des détachements mobiles de Gendarmerie interviennent au moment où les manifestants empruntent le quai des Bergues. Ils sont rapidement dispersés dans le quartier. Peu après, il est constaté un ralliement assez conséquent de gauchistes et d’Espagnols au restaurant du Grütli, rue Chantepoulet.
Entretemps, la situation était tout à fait normalisée à la Plaine de Plainpalais et dès 13.00 h., une partie des effectifs engagés ont pu être libérés.
Au café-restaurant du Grütli, envahi par les manifestants, les discussions vont bon train mais aucune décision ne semble être prise quant à une éventuelle poursuite de la manifestation. Les allées et venues sont constantes. Des détachements mobiles de la Gendarmerie effectuent plusieurs passages dans le quartier avec arrêts brefs aux abords du Grütli.
Entre 13.00 h. et passé 15.00 h., plus d’une cinquantaine de gauchistes et d’Espagnols discutent avec animation au Grütli. Ce meeting improvisé ne s’est dispersé que progressivement à partir de 15.30 h. La surveillance aux abords du Grütli et des patrouilles sur les deux rives ont été maintenues jusqu’à 18.00 h., tandis que le reste des effectifs étaient progressivement réduits.
Etant donné les circonstances, il est difficile d’estimer le nombre de participants qu’aurait réuni la manifestation prévue. Cependant, au vu des observations faites sur le Plaine de Plainpalais puis à Chantepoulet, il est permis d’avancer un chiffre de 300 personnes dans la première phase.
La présence visible des forces de l’ordre et les interventions successives contre toute tentative de rassemblement ont permis de réduire à néant les intentions des organisateurs de la manifestation. Il est évident que si elle avait pu avoir lieu, le service d’ordre aurait eu à affronter, non pas quelque 300 personnes, mais un nombre nettement plus élevé du fait de l’attraction que représente automatiquement une manifestation de rue.
En conclusion, il se confirme que ce sont les communistes espagnols qui sont à la base de cette action, plus particulièrement ceux des commissions ouvrières (CC.OO), conduits par le bien connu LM* (1930, Espagne). remarqué dès le début, il a été vu se déplacer constamment pour contacter ses compatriotes ou des gauchistes sur la Plaine de Plainpalais. Il s’est également rendu au café du Grütli, où il est resté jusqu’à 15.15 h., avant de se rendre à la Gare Cornavin avec un petit groupe. Du côté des gauchistes, nous avons surtout remarqué des militants de la LIGUE MARXISTE REVOLUTIONNAIRE, section de Genève (plusieurs centaines de tracts " Taupe Rouge " ont été saisis ; édités en français et espagnols, datés du 23 octobre, ils sont entièrement consacrés à l’action de soutien aux grévistes de la SEAT) et du CENTRE DE LIAISON POLITIQUE. Tous les autres groupuscules étaient également représentés, mais en moins grand nombre.
Lors de cette manifestation, le service d’ordre a interpellé 31 participants, dont 25 ont été conduits à l’Hôtel de Police, les 6 autres n’ayant fait l’objet que d’un contrôle sur place.
Personnes contrôlées sur place
JE* (...) Inconnu de nos services
DD* (...) connu comme gauchiste
MD* (...) inconnu
J.-J. F* (...) connu comme gauchiste
RG* (...) inconnu
YR* (...) inconnu
Personnes conduits à l’Hôtel de Police
Militants gauchistes connus
OB* (LMR)
AB* (LMR)
MB* (LMR)
Nils de Dardel (LMR)
DF* (LMR)
PG* (LMR)
PG* (Anar.)
HJ* (LMR)
Charles Magnin (GLI)
Christian Tirefort (CLP)
Tous les précités ont quitté librement l’Hôtel de Police avant 13.35 h. le 23 octobre.
Ils ont été interpellés parce qu’ils refusaient d’obtempérer aux ordres de dispersion sur la Plaine de Plainpalais.
Ressortissants espagnols :
J. A-M*
G. d.l.F*
M. F-L*
J. L-B*
M. L-B*
L. M-I*
J.M.*
J. M-C*
C.M.*
M. R-P*
(XXX)
Tous les ressortissants espagnols mentionnés ci-dessus ont quitté librement l’Hôtel de Police le 23.10.1971, avant 17.30 h.
Par ailleurs, deux ressortissants italiens ont été interpellés alors qu’ils venaient d’arriver aux abords du Consulat d’Espagne à bord de leur voiture. Ils contestent tous deux avoir voulu participer à la manifestation qui nous occupe. Dans leur voiture, il a cependant été trouvé des tracts en français " PROLETARIAT ", des tracts en espagnol " NOUVELLE OFFENSIVE DE LA CLASSE OUVRIERE EN ESPAGNE " et des tracts en espagnol " ACCION " édités par les Commissions ouvrières de Genève (octobre 1971). Ils s’identifient comme suit
A.A.*
F.B.*
Tous deux ont été entendus en nos bureaux et ont quitté l’Hôtel de Police à 15.15 h. Ils sont inconnus de notre service politique.
Lors de cette manifestation, les gauchistes suivants, bien connus de notre service, ont été remarqués :
CA*
MB*
DB*
RC*
AC*
Eric Decarro
IS*
J.-N. D*
CE*
J.-J. F*
JG*
R.-A. G*
AG*
BG*
AH*
Pascal Holenweg
AL*
ML*
René Longet
DM*
RM*
PM*
LM*
AP*
MP*
MR*
JR*
PS*
AS*
J.-S. W*
Dans le cadre des interventions faites, d’importants lots de tracts ont été saisis sur des manifestants. Il s’agit des documents suivants :
Des exemplaires de chacun de ces documents sont transmis pour information.
Rapport (du 6 décembre 1971) sur la manifestation du Comité de soutien au " Mouvement pour un service civil à la communauté " (MSCC)
Concerne : Manifestation du Comité de soutien au " Mouvement pour un service civil à la communauté " (MSCC)
Samedi 4 décembre 1971 à 16.30 h. à la place du Molard, Genève
Par voie de presse et distribution de tracts, la population de Genève a été informée qu’une manifestation publique aurait lieu le samedi 4 décembre 1971 à 16.30 h. sur la place du Molard en faveur du " Mouvement pour un service civil à la communauté ". Ce rassemblement avait été autorisé par notre département ensuite d’une demande émanant du Parti socialiste genevois, agissant au nom du " Comité de soutien au MSCC ". Les organisateurs avaient également reçu l’autorisation de récolter, le même jour, des signatures à l’appui d’une pétition de soutien aux objecteurs récemment condamnés.
Le samedi 4 décembre dès 10.00 h. des " hommes-sandwich " sont remarqués dans plusieurs rues de la ville et de Carouge, portant des pancartes sur lesquelles on peut lire : " La lutte politique contre l’armée commence " ou " Organisons la résistance contre l’armée ". Parallèlement, des tracts sont distribués ; les personnes suivantes sont identifiées par la gendarmerie :
(RG)*
(MJ)*
(R.-P. R)*
(AS)*
(VW)*
Pendant la journée, des signatures sont recueillies pour la pétition en faveur du service civil.
A 16.00 h., un service de surveillance de 10 inspecteurs, sous les ordres de (XXX), est mis en place au Molard. Nous remarquons à côté de la fontaine de la place la présence d’un fourgon Ford, immatriculé (X)*, d’où quelques jeunes gens déchargent des pancartes et un treillis d’armature à grosses mailles, de 10 m. de long et 2 m. de haut, qui est placé debout devant le véhicule, semble-t-il pour figurer une cage dans laquelle se tiendront les orateurs. L’ex-lieutenant (KW)* (objecteur) est particulièrement actif lors de la préparation de la manifestation. Environ 300 personnes se trouvent sur place lorsque vers 16.30 h. une tête de colonel est sortie du fourgon. Un calicot de 5 à 6 m. est déployé sur lequel nous lisons : " L’armée ne défend pas le peuple, mais une minorité bührlesque ". A 16.55, un orateur non identifié prend la parole devant une assistance évaluée alors à 1200 personnes. Il expose les raisons ayant motivé l’organisation de ce meeting et déclare que près de 5000 signatures ont été récoltées en faveur d’un service civil. Il met l’accent sur le souci de rester dans la légalité mais pense néanmoins que seules des manifestations de rue peuvent sensibiliser l’opinion publique et nos Autorités. Après son discours, des membres du Théâtre mobile jouent un petit sketch, avec comme personnage principal un colonel. Un second orateur prend alors la parole pour donner lecture d’une pétition adressée au Conseil Fédéral. A 17.20 h., la manifestation est déclarée terminée.
Environ 1200 personnes ont assisté à cette manifestation qui s’est déroulée dans le calme. Les organisateurs avaient prévu leur propre service d’ordre, dont faisaient partie le député socialiste Jean-Pierre THOREL (1943, GE, connu) et (RW)* (objecteur). Le principal responsable de cette manifestation était le nommé Benoît MAGNAT (1946, GE, connu) lequel se trouvait sur le toit du fourgon lors du déroulement de ce meeting. Nous avons pu établir que ce véhicule a été loué par : (J.-Cl. P)*. Il semble que c’est ce dernier qui a pris la parole en premier, sur invitation de Benoît MAGNAT.
Dans l’assistance, nous avons remarqué la présence de plusieurs objecteurs de conscience, quelques prêtres et pasteurs, ainsi que le Conseiller national socialiste Jean ZIEGLER.
Tandis que les objecteurs de conscience distribuaient leur propre tract, des membres de la Centrale sanitaire suisse donnaient des brochures aux participants et des trotzkistes de la Ligue Marxiste Révolutionnaire invitaient, par voie de tract, l’assistance à participer à un meeting le lundi à 17.00 h. à l’Université, convoqué dans le cadre de l’agitation créée autour du jugement mardi 7 crt du journaliste Narcisse PRAZ, rédacteur de " La Pilule ". Nous avons aussi remarqué le jeune Pascal HOLENWEG (28.8.52, BE, connu) vendant le journal gauchiste " Tuez les tous ! ".
A la fin de la manifestation, un membre de la LMR, au moyen d’un mégaphone, a donné quelques précisions sur le meeting prévu lundi à 17.00 h. à l’Université et a invité l’assistance à venir manifester, le mardi 7 crt devant le Palais de Justice, pendant le procès Shah d’Iran contre PRAZ.
Les services de police mis en place (Sûreté et Gendarmerie) n’ont pas eu à intervenir.
ANNEXE : tracts et brochures
Rapport du " Service de renseignements et sécurité " de la police genevoise, du 16 janvier 1972, sur la manifestation du 14 janvier du " Comité d’Action Transports "
Concerne : COMITE D’ACTION TRANSPORTS (C.A.T)
Réunions et actions diverses
Manifestation du 14 janvier 1972, dès 18.00 h.
Rassemblement é la place du Molard et cortège en ville
Cette première quinzaine du mois de janvier 1972 a été marquée par plusieurs actions dirigées contre la hausse du coût des transports publics (CGTE) en vigueur depuis le 1er janvier.
Rappelons brièvement que cette campagne de propagande et d’agitation émane d’un COMITE D’ACTION TRANSPORTS constitué par des militants gauchistes de diverses tendances. En s’opposant aux nouveaux tarifs, en tentant de boycotter certaines lignes de la CGTE et surtout par une large diffusion de tracts, ce mouvement entend promouvoir l’amélioration et la gratuité des transports en commun. Estimant que ce sont les travailleurs qui sont surtout lésés par cette augmentation, il s’en prend aux Autorités responsables du développement de la ville et des transports, et parallèlement au patronat auquel il prétend imposer le temps de déplacement dans l’horaire de travail et la charge des frais de transport. Nous retrouvons là les thèmes habituels de nos gauchistes.
En décembre 1971, les responsables ont entamé leur action de propagande, soit par diffusion de tracts et d’affiches, soit en convoquant les assemblées de quartiers, tout en préparant déjà des opérations plus directes, prévues dès le 6 janvier 1972.
Dans le but de prévenir toute atteinte aux intérêts des transports publics, un dispositif de surveillance a été mis en place dès le 1er janvier.
Le 5 janvier, le Département de Justice et Police a accordé au C.A.T. l’autorisation de tenir un meeting à la place du Molard le samedi 8 janvier 1972 à 15.30 h. Le C.A.T. était par ailleurs avisé qu’un cortège ne serait pas autorisé et il était invité à faire connaître le programme de la manifestation et le nom des orateurs.
Le lendemain 6 janvier, nous apprenions par la surveillance de différentes réunions de quartiers (convoquées par le C.A.T.) que la manifestation du Molard était reportée au vendredi 14 janvier 1972 à 18.00 h. Informé le lendemain 7 janvier de cette modification, le Département a maintenu son autorisation, rappelant l’interdiction de faire un cortège (la demande du C.A.T. ne mentionnait que le rassemblement à la place du Molard).
A propos des réunions de quartiers qui se sont tenues le 6 janvier, précisons qu’aucune d’elles n’a rassemblé plus de 30 personnes. Elles ont eu lieu à Carouge, aux Eaux-Vives, à la Jonction, aux Pâquis, au Lignon, à Onex et à Meyrin (v/tract en annexe). Les participants ont été invités à prendre part à différentes actions prévues pour le samedi 8 janvier (diffusion de tracts aux arrêts des véhicules de la CGTE, utilisation des transports en payant ostensiblement l’ancien tarif pour se faire déclarer en contravention par les inspecteurs de la CGTE et ainsi manifester son opposition, en attirant l’attention des autres usagers. Ceux qui seraient déclarés en contravention devaient s’adresser au C.A.T., où un avocat serait à disposition.
Les services de surveillance organisés aux différents endroits prévus pour ces interventions du C.A.T. dans la journée du samedi 8 janvier n’ont pas eu à intervenir. S’il a été constaté plusieurs distributions de tracts, nous n’avons en revanche pas enregistré de plainte, ni eu connaissance d’incidents éventuels sur les lignes de la CGTE. A relever que la direction de la CGTE avait préalablement informé son personnel des mesures à prendre en cas de manifestations, de perturbations dans les véhicules ou de constat de détérioration de distributeurs automatiques de tickets. A titre d’information et parallèlement aux mesures prises, cet ordre de service de la CGTE a été communiqué à la Gendarmerie et à la Sûreté (v/O.S. de la CGTE du 29.12.1971 en annexe).
Le C.A.T., plus particulièrement le groupe de Meyrin, a tenté d’organiser le boycott de la ligne " X " de la CGTE (Meyrin-Genève) par un service " point rouge ", soit en invitant les automobilistes à prendre à leur bord les usagers de cette ligne (en se signalant à eux par un petit carré auto-collant rouge apposé sur le pare-brise). Les surveillances faites à ce sujet ont révélé que là encore le public n’a pas suivi l’initiative du C.A.T.
Depuis le 7 janvier, tous les tracts du C.A.T. ont mentionné le rassemblement à la place du Molard convoqué pour le vendredi 14 janvier 1972. La presse écrite a également consacré de nombreux articles aux revendications de ce mouvement et à ses manifestations diverses.
Manifestation du 14 janvier 1972
Notre surveillance dans les milieux gauchistes de Genève a laissé apparaître certaines divergences quant à l’opportunité et aux chances de succès d’une démonstration à la place du Molard. Au C.A.T., si certains réservaient leur participation, la LIGUE MARXISTE RÉVOLUTIONNAIRE (LMR) était décidée à mobiliser en masse ses effectifs et partisans à Genève, éventuellement appuyés par des renforts depuis Lausanne.
Dans l’éventualité de débordements et notamment d’une démonstration à l’occasion de la séance du Grand Conseil une surveillance a été effectuée à L’Hôtel de Ville et un détachement de Gendarmerie mis en réserve au poste du Bourg-de-Four.
Sur place dès 17.00 h., nous remarquons 4-5 jeunes gens qui distribuent un tract du C.A.T. aux passants, tout en annonçant la manifestation à venir. Ce n’est que peu avant 18.00 qu’un regroupement débute, autour de la fontaine de la place du Molard.
Vers 18.10 h., quelque 200 personnes, dont une forte représentation de jeunes, se trouvent assemblées sur la place, côté Rues-Basses, lorsque les pancartes et calicots apparaissent. Nous y relevons les slogans : " Non à la hausse des transports - Transports payés par les patrons - Temps de transport/Temps de travail - l’Etat ne nous transporte pas, il nous roule - Usagers, employés : solidarité - etc. "
Une voiture, avec installation sonore sur le toit, vient stationner sur le trottoir, côté rue du Marché. Un important lot de pancartes et calicots est déchargé. Il s’agit du matériel de propagande de la LMR. C’est d’ailleurs le véhicule de (JH)*, conduit par elle, qui précédera un peu plus tard le cortège interdit. Après quelques slogans, (J.-J.F.)* prononce une assez longue allocution par haut-parleur, reprenant en détail les revendications et moyens d’action développés par le mouvement. Au terme de son intervention, alors que le rassemblement compte environ 400 personnes, il déclare qu’un cortège va se rendre à l’Hôtel de Ville pour y déposer une résolution adressée au Grand Conseil, présentement en séance.
Relevons ici que les porteurs de calicots et pancartes s’étaient dès le début placés en formation pour ce cortège, en direction des Rues-Basses.
Vers 18.30 h., précédés par la voiture avec haut-parleur, la foule s’engage dans les Rues-Basses en direction de Rive. Le cortège bifurque dans la rue Verdaine, en sens interdit. Au carrefour rue Verdaine/rue du Vieux-Collège, trois sommations sont faites par le Commandant de la Gendarmerie qui, par haut-parleur, annonce que ce cortège est interdit et ordonne aux manifestants de se disperser. Ignorant ces injonctions, les participants s’engagent dans la rue Ferdinand-Hodler, puis gagnent la Promenade St-Antoine par la rue Théodore-de-Bèze. Ils sont stoppés à l’entrée de la rue des Chaudronniers par un cordon de policiers. Evalué alors à quelque 500 personnes, le cortège se resserre sur l’avant, où un dialogue s’engage entre les meneurs et la Police, tandis que s’accentuent les slogans anti-policiers ; il est convenu de livrer le passage au cortège qui s’engouffre dans la rue des Chaudronniers, sitôt les policiers retirés.
A 19.00 h., les manifestants stationnent devant l’entrée de l’Hôtel de Ville, tandis qu’une délégation de 4 personnes est admise à l’intérieur pour déposer à la Salle des Pas-perdus, à l’intention des députés, un lot de tracts portant mention de la résolution. A l’extérieur, le texte de cette résolution est lu par (J.-J.F.)* qui invite les participants à rester en cortège pour regagner la place du Molard. L’entrée de l’Hôtel de Ville est gardée par un détachement de policiers. Aucune tentative n’est faite pour forcer ce barrage.
A 19.15 h., les manifestants sont au bas de la rue de la Cité. Leur nombre a diminué presque de moitié. Au lieu de se rendre à la place du Molard, le cortège bifurque sur la place de la Fusterie et gagne le quai Général-Guisan, où il s’arrête devant une entrée, ouverte, du chantier du garage sous-lacustre. Une dernière intervention est faite par mégaphone pour stigmatiser la construction d’un parking privé à grand frais, alors que l’argent ainsi utilisé aurait pu servir à la construction de quelque 500 appartements HLM. Il est 19.30 h., lorsque la manifestation est déclarée dissoute. Le matériel de propagande est rapidement retiré. Une collecte est alors faite pour couvrir les frais du C.A.T. Les derniers groupes se dispersent à l’arrivée d’un détachement de policiers.
A 20.00, les services mis en place dans le cadre de cette manifestation sont levée.
Identifications, conclusions
La surveillance de cette manifestation nous permet de préciser ce qui suit :
Au vu du développement de la manifestation, il est clair que les responsables entendaient déborder de la place du Molard pour aller manifester à l’Hôtel de Ville et au parking sous-lacustre, malgré la notification du Département à (RL)* qui représentait le C.A.T.
A part (J.-J.F.)*, plusieurs autres militants ont utilisé des mégaphones pour lancer les mots d’ordre durant le cortège, à savoir : (JH)* depuis la voiture haut-parleur, tout en conduisant, (J.-P.M.)*, (MB)*, Charles MAGNIN (1946, GE), (LK)*, (FG)*.
Nous avons évidemment retrouvé les manifestants habituels, militants des groupuscules gauchistes ou contestataires familiers. Nous signalons en annexe ceux qui ont été remarqués dans le cortège.
En parcourant la liste des principaux animateurs, nous constatons que la plupart d’entre eux étudient, enseignent ou travaillent dans les branches de l’architecture. Nous pouvons citer au C.A.T. :
(DB)*
(GB)*
(MB)*
(GK)*
(LK)*
(RL)*
(DM)*
tous connus comme militants gauchistes.
Nous ouvrons ici une petite parenthèse, pour remarquer que les groupuscules gauchistes, contrairement aux manifestations antérieures, n’arboraient aucun drapeau rouge, ou noir.
La poursuite de cette action sera discutée lors de la prochaine réunion du C.A.T., prévue le mercredi 19 janvier à 20 h., à la Brasserie " L’International ", place du Cirque.
Dans le cadre de l’agitation menée par ce mouvement durant cette première quinzaine du mois de janvier 1972, nous avons enregistré 3 cas de déprédations sur des distributeurs de tickets de la CGTE faisant l’objet de plaintes. Par ailleurs, le 6.1.1972, une plainte pour insultes et menaces graves a été déposée par un contrôleur de la CGTE contre le nommé (XXX) qui, dépourvu de titre de transport, a été arrêté et conduit à la Prison. Ce (XXX) a déjà été par trois fois déclaré en contravention par la CGTE. La Police est également intervenue le 9 janvier 1972 à la suite d’un incident dans un trolleybus de la ligne 3, où le nommé (XXX), sans billet, a donné un coup de tête à la figure d’un contrôleur. Pas de plainte à ce jour. Ces deux jeunes gens ne sont jamais apparus comme militants gauchistes, mais, en revanche, comme délinquants sur le plan judiciaire.
Vu l’audience relativement élevée de cette première manifestation du C.A.T. sur la voie publique, il est probable que d’autres actions semblables seront tentées pour intensifier ce mouvement.
Annexes : 1 exemplaire de l’O.S. no 271 de la CGTE
5 tracts édités par le C.A.T.
Liste des personnes identifiées lors du cortège qui a suivi le rassemblement à la place du Molard, organisé par le Comité d’action transports le 14 janvier 1972
________________________________________________________________
(SA)* MGP
(EA)* LMR
(DB)*
(J.-P.B.)* LMR
(AB)* LMR
(CB)*
(GB)* E.I.
(MB)* LMR
(J.-P.C.)
DE DARDEL Nils LMR
(ID)* E.I.
(BE)* E.I.
(DF)* LMR
(AF)* E.I.
(J.-L.F.)*
(GF)* E.I.
(J.-J.F.)*
(FG)*
(JG)* LMR
(PG)*
(JG)* LMR
(JH)* LMR
(AH)*
HOLENWEG Pascal
(GK)*
(LK)* E.I.
LONGET René
(RL)*
(BM)*
(CM)* E.I.
(DM)* CLP
(CM)*
(J.-P.M.)* LMR
(PN)*
(PO)*
(AP)* LMR
(AP)* E.I.
(MP)* CLP
(JP)* LMR
(MR)* E.I.
(JR)*
(GS)*
(J.-S. W.)* OCS
MGP : Movimiento Giovanile Progressista
LMR : Ligue Marxiste Révolutionnaire, section Genève
CLP : Centre de Liaison Politique
E.I. : Emigration - Impérialisme
OCS : Organisation des Communistes de Suisse
Rapport du " Service de renseignements et sécurité " de la police genevoise, du 23 mars 1972, sur la manifestation de protestation contre le jugement de l’affaire du barrage de Mattmark du 20 mars
Concerne : Manifestation de protestation contre le jugement de l’affaire de Mattmark
Rapport d’identification
En complément au rapport établi le 20 mars 1972 sur les circonstances et le déroulement de cette manifestation, nous indiquons ci-après la liste des participants de tendance extrémiste remarqués à cette occasion. Comme déjà relevé, les groupuscules, à défaut d’entente préalable, se sont regroupés par affinité dans le cortège, ce qui nous a permis d’obtenir une estimation, sommaire, quant à leur capacité de mobilisation.
Ligue Marxiste Révolutionnaire
Ce groupe, estimé à 30 militants, était presque essentiellement composé par ceux de la section genevoise de la LMR et apparemment dirigé par (JP)*
(J.-P. B.)*
(MB)*
(DF)*
(PG)*
(JG)*
(KG)*
(J.-N. G.)* (de Lausanne)
(OP)* (de Lausanne)
(AP)*
(EP)*
(JP)*
Plusieurs militants vendaient le journal " La Brêche " durant la manifestation.
Centre de Liaison Politique
Egalement estimé à 30 militants, le CLP était dirigé par (DM)* et ses lieutenants. Un groupe de 8 hommes, en tête, était porteur de drapeaux rouges dont les hampes étaient constituées par des bâtons assez courts, genre gourdin (en prévision d’affrontements ?)
(PC)*
(ED)*
(AG)*
(EJ)*
(DM)*
(CK)*
(RM)*
(PS)*
(PS)*
(AS)*
(CT*)
Organisation des Communistes de Suisse
Quelque 10 membres ont été remarqués, profitant de l’occasion pour vendre " Octobre ".
(CA)*
(RC)*
(RM)*
(J.-S. W.)*
Tendance Emigration-Impérialisme, anarchisants
Ce groupe des " désorganisés " est difficile à estimer mais représentait environ 30 personnes
(GB)*
(J.-N.C.)*
(AD)*
(GF)*
(J.-J. F.)*
(PG)*
(AH)*
Pascal HOLENWEG
(LK)*
René LONGET
(BM)*
(PN)*
(AP)*
(CP)*
(JR)*
(GS)*
Movimento Giovanile Progressista (M.G.P.)
(SA)*
(SE)*
(SL)*
Les quelques 15 militants, dont plusieurs Tessinois, ont animé la fin de la manifestation à la place des Alpes en chantant des hymnes révolutionnaires italiens.
Jeunesses Progressistes vaudoises
Ces militants sont peu connus de notre service. Plusieurs d’entre eux ont été remarqués à leur arrivée à la Place Neuve, à bord de voitures immatriculées dans le canton de Vaud. Par la Police vaudoise, il apparaît que plusieurs de ces véhicules appartiennent à des militants des JPV, à savoir :
(J.-L. B .)*
(GD)*
(PF)*
(MG)*
(LL)*
Vu l’occupation des voitures remarquées, leur nombre est estimé à une quinzaine. Certains étaient porteurs de pancartes, drapeaux ou banderoles, matériel transporté avec ces voitures.
Italiens, Espagnols
Les ouvriers étrangers formaient un bon tiers des participants, les Espagnols étant surtout répartis dans les rangs gauchistes.
(LM)*
(AB)*
(FB)*
(CV)*
Rapport de la police genevoise, du 2 mai 1972
Nous certifions avoir conduit ce jour, au Commissariat de Police, à disposition de Monsieur l’Officier de Police de service, le nommé
HOLENWEG Pascal André, fils de Jean Frédéric et de Jacqueline née ZIMMERMANN, né le 28 août 1952 à Genève, originaire de Herzogenbuchsee/BE, célibataire, employé de librairie c/Georg, domicilié route de Loëx 13 à Onex(GE, c/parents,
appréhendé en ville le 1er mai 1972, à la suite de plaintes pour dégâts é la propriété émanant de la société immobilière LAMINOR, rue de St-Jean 98, soit au siège des syndicats patronaux, pour bris de trois glaces Thermopan, situées au rez-de-chaussée, 1er étage et 2ème étage de l’immeuble en question ainsi que pour une plainte émanant de la Banque de Gestion Privée, 5 place de l’Université, pour bris de vitres des locaux du Consulat du Portugal, situé au 1er étage de ce bâtiment. Ces deux plaintes ont été signées et confirmées respectivement par M. AUGSBURGER Jean-Jacques, 27.5.11, administrateur, domicilié 1299 Crans/VD et M. Hassan Jacques, 12.4.25, FR, directeur, domicilié route de Florissant 86 A à Genève.
Mis à disposition par (XXX), HOLENWEG a été entendu le 1er mai ainsi que le 2 mai 1972 et a donné les explications suivantes au sujet des actes commis dans deux déclarations jointes au présent rapport et auxquelles nous nous reportons quant aux détails.
Nous les résumons comme suit :
HOLENWEG Pascal n’a fait aucune difficulté pour reconnaître qu’il était le meneur du GROUPE AUTONOME REVOLUTIONNAIRE, mouvement créé à la suite des diverses manifestations de rue au sujet du centre autonome et qui ont eu lieu en mai 1971. A cette occasion, l’intéressé s’est rendu compte que les groupuscules gauchistes dirigés par les étudiants faisaient une plus grande place à la théorie de l’action qu’à l’action elle-même. C’est pourquoi, HOLENWEG et une quinzaine de camarades dont il a refusé de donner les noms, ont décidé de former un groupe d’action digne de ce nom. A titre indicatif, nous donnons ci-dessous la liste des faits à l’actif de ce groupe :
Septembre 1971 : manifestation de soutien aux camarades (DM)* et (MC)*, auteurs de vols de fusils d'assaut, sous le nom de " Comité anti-répression ".
Au cour du même mois, publication du journal " Tuez-les-tous "
Octobre 1971 : Action de deux jeunes gens, les nommés (EE)* et (RD)*, soit agression contre un professeur du Collège de Rousseau.
Novembre 1971 : Publication d’un journal intitulé " Onex ", qui est en fait une critique des centres de loisirs de Genève à travers celui d’Onex.
Janvier 1972 : Publication d’un journal intitulé " KALEIDOSCOPE "*.
25 avril 1972 : Participation à une manifestation contre la guerre au Vietnam.
* Je n’ai strictement aucun souvenir de ce journal (note de P.H.)
De plus, à l’occasion du 1er mai 1972, le " GROUPE AUTONOME REVOLUTIONNAIRE " a publié 2000 tracts en français et 500 en espagnol, invitant la population à déserter le cortège officiel et à venir manifester devant le siège des syndicats patronaux, la Maison des jeunes ou d’autres objectifs non définis. Bien que cet appel n’ait été suivi que très partiellement, les membres de ce groupe se sont effectivement rendus à la rue de St Jean 98, siège des syndicats patronaux, où, à l’aide de frondes, ils sont parvenus à envoyer plusieurs projectiles dans les vitres de cet immeuble avant l’intervention de la police. HOLENWEG était parmi eux, mais il affirme ne pas avoir lancé de projectiles. Il prétend ne pas connaître les noms des auteurs de cette action.
Lors de l’intervention de la gendarmerie, ce groupe a pris la fuite et a rejoint le cortège du 1er mai à la rue Necker. Ils l’ont suivi " paisiblement " jusqu’à la hauteur de la rue Bartholoni, rue dans laquelle se trouve le Consulat d’Espagne. Comme ils avaient prévu d’en briser les fenêtres, arracher l’écusson et barbouiller les murs d’inscriptions injurieuses, ils ont tenté de s’en approcher, mais en vain, la gendarmerie étant sur place. Ayant continué leur route, les membres du groupe autonome sont arrivés à proximité de la place de l’Université 5, siège du Consulat du Portugal. En cours de route, HOLENWEG a ramassé un caillou qu’il a projeté dans les fenêtres du Consulat. Ses camarades ont agi de même. Il est intéressant d’ajouter que le GROUPE AUTONOME REVOLUTIONNAIRE avait également prévu pour cible le poste de gendarmerie de la rue de Carouge. HOLENWEG ne peut ou ne veut donner les noms de co-auteurs de l’action menée contre le Consulat du Portugal.
Lors de son interpellation, HOLENWEG se trouvait en compagnie du nommé (AH)* (...), journaliste (...). Egalement conduit en nos bureaux, le précité a affirmé que sa présence aux côtés d’HOLENWEG se justifiait par sa profession de journaliste auprès de l'ATS et qu'il était chargé de suivre le développement des à-côtés de la manifestation officielle. Il a quitté l’Hôtel de Police, après avoir signé une déclaration joints au présent rapport.
HOLENWEG est connu de notre Service pour être un habitué des manifestations de rue. Il est défavorablement connu sur la plan judiciaire (Voir feuille annexe).
(AH)* est inconnu de nos services judiciaires.
Annexes : 1 photocopie du tract distribué par le Groupe Autonome Révolutionnaire.
2 déclarations HOLENWEG Pascal
1 déclaration (AH)*
(En annexe de ce document figurait un procès-verbal d’audition, non communiqué car concernant un tiers)
Rapport de la police genevoise, du 4 mai 1972, sur la manifestation du Premier Mai 1972
Concerne : Manifestation du Premier Mai 1972
Organisée par l’UNION DES SYNDICATS DU CANTON DE GENEVE (USCG), en collaboration avec le PARTI SOCIALISTE (PS) et le PARTI DU TRAVAIL (PST), ainsi que pour la première fois la FEDERATION DES SYNDICATS CHRETIENS, cette fête du Premier mai était placée sous le thème :
UNION DANS L’ACTION
Le comité d’organisation a été placé sous la présidence de M. André BAUDOIS, Secrétaire de l’USCG.
Outre la participation des membres et sympathisants des quatre organisations responsables, il fallait s’attendre à la présence de groupes de travailleurs italiens, espagnols et grecs.
Par ailleurs, nous étions informés que les militants des différents groupuscules gauchistes de Genève et du canton de Vaud allaient participer au cortège sous l’étiquette d’un COMITE UNITAIRE DU 1ER MAI.
Dans la semaine qui précédait le Premier Mai les organisations participantes ont diffusé des appels à la participation dans leur presse respective ainsi que par voie de tracts.
Patrouilles Premier Mai
Dès 900 h., deux patrouilles équipées de voitures-radio de la Police de Sûreté ont sillonné les rives droite et gauche de la Ville. Une attention particulière a été vouée aux Consulats d’Espagne, de Grève, à la Mission américaine et aux établissements espagnols et américains exposés, tels l’Office national du tourisme espagnol, la Compagnie aérienne Ibéria, la Compagnie aérienne TWA et les établissements bancaires américains.
Dans le courant de la nuit du 30 avril au 1er mai, des barbouillages avaient été commis sur les vitres et devant l’entrée de l’immeuble 98 rue de Saint-Jean, abritant notamment la Fédération des Syndicats patronaux. Ces déprédations ont été commises par un groupe G.A.R. - GROUPE AUTONOME REVOLUTIONNAIRE. Dans un tract violent, ce groupement exprimait son mépris des cortèges officiels et prônait de vouloir s’en prendre à des objectifs de rechange qui se présenteront.
Cérémonie au Cimetière de Saint-Georges, à 10.30 h.
Devant les tombes des militants disparus, M. Etienne LENTILLON, membre du bureau politique du Parti du Travail, a fait l’historique des événements tragiques de 1932. Puis, il a exalté l’action de la classe ouvrière et l’unité dans cette action.
Le cortège
Comme les autres années, le rassemblement des participants au cortège débute dès 14.00 h. sur le boulevard James-Fazy et dans les rues adjacentes.
Par ailleurs, il avait été porté à notre connaissance que des élèves de plusieurs de nos écoles devaient se rassembler entre 13.00 h. et 13.30 h. dans les préaux des écoles de Rousseau, Necker et au Collège Calvin. Alors qu’aucun attroupement ne fut remarqué à Rousseau et Calvin, une trentaine de jeunes furent vus se groupant à la rue Necker.
A 14.00 h. également, un commando gauchiste, foulard sur le bas du visage et armé de frondes, s’en prit à l’immeuble abritant la Fédération des syndicats patronaux, où des vitres furent endommagées par des projectiles. Au pas de course, ce commando rejoignit le gros des gauchistes qui se rassemblait à la rue Necker, non sans avoir, au passage, tiré au moyen d’une fronde un projectile contre le fourgon de commandement de la gendarmerie.
Les responsables du cortège avaient décidé de tolérer que les gauchistes suivent en queue la manifestation. Il était cependant apparu que le Comité unitaire gauchiste avait prévu un meeting-fête sur le terrain vague, dit des " Minoteries ". A cet effet, Mme (OY)*, au nom de l’Assemblée des habitants de Plainpalais, avait adressé le 26.4.1972 une demande d’autorisation à notre Département de Justice et Police. Le 28.4.1972, cette requête avait reçu une réponse positive sous réserve de l’accord de la Ville de Genève et des Minoteries de Plainpalais, propriétaires de ce terrain vague.
A 15.00 h., les organisateurs donnèrent le signal du départ et le cortège s’étira le long de l’itinéraire suivant :
Bd James-Fazy - Place de Cornavin - rue du Mt-Blanc - Place Longemalle - Rues Basses - Corraterie - Place Neuve - rue du Conseil-Général - Rond-Point de Plainpalais - Av. Henri-Dunant - Bd du Pont d’Arve.
Le cortège officiel poursuivit normalement sa route en direction de la Patinoire des Vernets, en empruntant le Pont des Acacias, la route des Acacias et la rue François Dussaud. A 16.20 h.-, les premiers éléments entrèrent à la Patinoire.
Le cortège unitaire, de son côté, après avoir provoqué des incidents (dus aux éléments du G.A.R. - Groupe autonome révolutionnaire) au cours desquels des vitres furent brisées à la Compagnie d’aviation TWA, rue du Mt-Blanc, et au Consulat du Portugal, rue de l’Université, par des actions type commando, se laissa distancer du cortège officiel dès la rue de la Corraterie. Parvenu au Bd du Pont d’Arve, il emprunta la rue Dancet pour aboutir au terrain vague des Minoteries.
Pour situer l’importance de ce cortège du Premier Mai, mentionnons qu’il comprenait quelque 1900 participants, 4 fanfares, 10 cars AVIVO, pour sa partie officielle, et environ 700 personnes sous les étiquettes " Comité unitaire pour un premier mai de lutte " et " Mouvement de libération des femmes ".
Tout au long du cortège, de nombreux journaux, tracts ou autres publications furent vendus ou distribués.
Quelques slogans figurant sur des banderoles, pancartes et calicots sont cités en annexe. Précisons que les gauchistes, principalement le groupe G.A.R., brandissaient de nombreux drapeaux rouges et noirs.
Meeting à la Patinoire de Vernets
Sous la présidence d’André BAUDOIS, Secrétaire de l’USCG, des orateurs prirent la parole au nom des divers mouvements représentés. Ce fut d’abord René CARRON, Secrétaire de la FOBB, puis Max PREAU, au nom des frontaliers français, Lamberto VIGNOLI et BOZZONETTO (Syndicat des métallos de la Vallée d’Aoste) au nom des saisonniers et ouvriers italiens et Leonides MONTERO, au nom des Espagnols. M. Fernand PITTET, secrétaire générale de la Fédération des syndicats chrétiens, parla ensuite au nom de son organisation, puis M. Pierre WYSS-CHODAT, président du Parti socialiste genevois, prononça également un discours. Pour terminer, ce fut Mme Nelly WICKY, Conseiller national, qui s’exprima au nom du Parti du Travail. A 18.10, la manifestation officielle de ce Premier Mai se termina et les participants se dispersèrent dans le calme et sans incident.
Meeting-fête sur le terrain des Minoteries
Comme nous l’avons signalé plus haut, les responsables du Comité unitaire pour un Premier Mai de lutte (CUL) avaient décidé de tenir un meeting séparé. Par ailleurs, un Comité de Coordination, composé des Mouvements des quartiers des Pâquis, de la Jonction, des Eaux-Vives, de Plainpalais, du Mouvement de libération des femmes, de Lutte unitaire travailleurs-apprentis, du Comité d’action Santé, et des groupes de collégiens, avait mobilisé, par voies d’affiches, ses militants pour ce meeting. A l’arrivée de ce cortège dissident aux Minoteries, où une tente avait été dressés, environ 350 participants ont pu prendre place sous la tente, alors que le reste stationnait alentour. Plusieurs orateurs haranguèrent les militants rassemblés dans une dialectique qui leur est propre.
Dès 17.35 h., plusieurs petits groupes de gauchistes quittèrent les lieux, d’autres étant remarqués buvant, mangeant et discutant sur place. Vers 18.00 h., une pièce de théâtre, interprétée en espagnol, fut jouée.
A 18.30 h., les principaux meneurs gauchistes avaient quitté les lieux, et à 19.30 h., on pouvait considérer ce meeting-fête comme terminé. Aucun incident ne s’était produit à cet endroit.
Dans le cadre de cette manifestation gauchiste, de nombreux militants des différents groupuscules ont été remarqués.
Lors de l’action menée contre le Consulat du Portugal, le nommé
HOLENWEG Pascal, 28.9.52, BE, domicilié (...) à Onex,
a été identifié pour avoir lancé un projectile et avoir cassé une vitre. Aussi, il a été appréhendé et inculpé pour dommages à la propriété par l’officier de Police de service et conduit à la Prison. Lors de son audition, il a reconnu les faits et a spontanément déclaré être un des meneurs du G.A.R.
A 19.45 h., tous les effectifs de Police engagés pour la manifestation du Premier Mai ont pu être déconsignés. Par contre, des services de planton fixe de Gendarmerie ont été mis en place jusqu’à 24.00 h. à l’immeuble 98 rue de St.-Jean, siège de la Fédération des Syndicats patronaux, à l’office national du tourisme espagnol, à la Compagnie aérienne Iberia, à la First National City Bank, à l’American Express, à la Mission des Etats-Unis et au Consulat général d’Espagne. Aucun événement particulier n’a obligé ces services à intervenir.
Annexe : 1 tableau des services de Police engagés lors du 1er Mai.
1 relevé des slogans arborés au cortège.
1 répartition des groupes du cortège
1 série de tracts.
Service de Police mis en place pour le Premier Mai 1972
Responsable du P.C.O. : (XXX)
Responsables ext. : (XXX)
Sûreté
Patrouilles motorisées du matin
de 09.00 à 11.30 h. - rives droite et gauche
2 groupes de 3 hommes avec voitures-radio.
Cortèges et meetings
34 gradés et insp. de 14.00 h. à 19.45 h.
2 voitures-radio
Tenue du journal et liaisons
1 homme et 1 secrétaire
Réserve au bureau (Hôtel de Police)
24 gradés et insp.
6 agentes B.F.
assurant un roulement de 08.00 à 19.00 h.
Surveillance Consulat d’Espagne (rue Bartholoni 2)
2 hommes de 09.00 à 20.00 h.
1 voiture radio
Surveillance de la Mission des U.S.A. (rue de Lausanne 80)
2 hommes de 09.00 à 20.00 h.
1 voiture-radio
Gendarmerie
111 hommes (gradés, gendarmes, plantons de circulation)
Matériel
1 Jeep avec SE 18 et haut-parleur
4 fourgons Opel-Blitz
1 fourgon FIAT
1 voiture EM
1 fourgon de commandement
18 appareils SE 18
18 barrières Vauban - 135 cônes de balisage
Service du Premier Mai 1972
Pancartes arborées dans le cortège
Participants au cortège du Premier Mai 1972
Poste d’observation : Devant le No 10 rue Confédération
FOBB - Syndicat des machinistes
Fanfare (24) - drapeaux (10) - membres (22) = 56
Ramoneurs
2 drapeaux - membres (85) = 87
Maçons-manoeuvres membres (20) = 20
Fanfare La Lyre = 37
Parqueteurs 2 voitures - membres (17) = 20
Colleurs de papiers 2 voitures = 5
Typographies = 32
Travailleurs grecs = 16
Parti socialiste = 70
Fanfare CGTE = 36
TV VPOD = 120
PTT = 99
Fanfare l’Avenir Lausanne = 39
F.O.M.H. 2 voitures = 106
Syndicats chrétiens F.C.B.B. = 107
Parti du Travail = 450
Association des Vieillards A.V.I.V.O. 10 cars = 500
Avant-coureurs 1 voiture = 40
Centrale Sanitaire Suisse (collecte) = 25
Comité unitaire pour un 1er mai de lutte
1 voiture (60 drapeaux rouges et noirs) = 500
Mouvement de libération des femmes
(15 drapeaux rouges) = 200
______
Total 2'565
Telex du service de renseignement de la police genevoise (srsge ch) à la police fédérale (bupo ch)
t.s. no 94 1.5.72 ref. : (XXX)
à l’intention de monsieur le chef de la police fédérale
concerne ; manifestation du premier mai à Genève
départ du cortège à 1500 h. évaluation à 1500/2600 personnes.
A un moment donné, séparation du cortège officiel de quelques 400 gauchistes qui suivaient en fin de cortège et qui se sont réunis ailleurs. Il y eut une dizaine de perturbateurs qui causèrent divers incidents (à ce sujet des informations complémentaires suivront).
Fin de la manifestation officielle aux Vernets : 18.10 h.
Fin de la manifestation de contestation : 19.45 h.
plus amples renseignements suivront par rapport.
Note du 4 mai 1972
A titre d’information, nous signalons à l’attention des Autorités certaines constatations relatives au comportement singulier d’un journaliste de l’Agence Télégraphique Suisse (ATS), le nommé (AH)*, lequel a été interpellé le 1er mai 1972, vers 1700 h., à l’issue du cortège autonome (gauchiste) du Ier Mai, ceci en même temps qu’un jeune extrémiste qui l’accompagnait, le nommé Pascal HOLENWEG (1952 BE). Ce dernier qui avait été signalé comme l’un des excités ayant brisé des vitres sur le parcours du cortège, a été arrêté le même jour pour dégâts à la propriété (faits reconnus). Si la présence d’HERBEZ aux côtés d’HOLENWEG justifiait déjà un contrôle malgré qu’il se soit immédiatement légitimé avec sa carte de presse, (suite de la note caviardée car " correspondant à des inscriptions contenant des indications relatives à la sphère protégée d’un tiers ")
10 mai 1972
Concerne : Interpellation sur la voie publique et conduite à l’Hôtel de Police pour audition du journaliste (AH)*, 1943, Genevois, correspondant à l’Agence télégraphique suisse, domicilié (XXX)*.
(XXX)
La manifestation du 1er Mai 1972 à Genève a été marquée par quelques incidents provoqués notamment par des membres d’un groupuscule gauchiste intitulé GROUPE AUTONOME REVOLUTIONNAIRE (GAR) et dont un des animateurs est le nommé HOLENWEG Pascal, 1952, bien connu pour sa participation aux manifestations gauchistes. Le GAR se fit remarquer
Dans le cadre de la mission qui était impartie aux inspecteurs d’avoir à identifier les auteurs des déprédations commises, je me suis trouvé en fin d’après-midi aux abords des Minoteries. Vers 17 h.30, deux individus qui quittaient les lieux m’ont été désignés par des inspecteurs, pour s’être trouvés parmi les manifestants du GAR. J’ai immédiatement donné l’ordre de les interpeller et de les conduire à l’Hôtel de Police aux fins d’identification.
Il s’agissait de HOLENWEG Pascal, qui a reconnu être l’auteur d’une partie des faits incriminés et qui a été arrêtés puis écroué à la prison.
(XXX suite du rapport non communiquée car " correspondant à des inscriptions contenant des indications relatives à la sphère protégée d’un tiers ")
Rapport de la police genevoise, du 23 mai 1972, sur la plainte déposée par la First National City Bank (Genève)
23 mai 1972
M. (MG)*, régisseur à la Gérance Immobilière BAILLOD & Cie, domicilié (XXX)* et M. (AM )*, directeur de la FIRST NATIONAL CITY BANK, GENEVA BRANCH, domicilié (XXX)*, ont confirmé la plainte contre inconnu qu’ils ont déposée le 26 avril 1972 pour dommages à la propriété, art. 145 CPS, commis contre la bâtiment de ladite banque, sise 16-18, quai Général Guisan.
Ces actes de malveillance ont eu lieu le mardi 25 avril 1972 vers 1900 h. et ont été commis par un groupe d’une dizaine d’extrémistes.
Ce même jour, une manifestation contre la guerre du Vietnam et contre la reprise des bombardements, organisée par la Centrale Sanitaire Suisse, Comité Genevois d’Aide au Vietnam - USCG- Parti Socialiste Genevois, manifestation autorisée par le Département de Justice et Police, se déroulait à la place Neuve, puis après un cortège, à la place du Molard où un meeting a eu lieu. En marge de la manifestation autorisée, un cortège dissident formé de 100 à 150 personnes de tendance gauchiste a quitté le cortège officiel au bas de la Corraterie et s’est dirigé par les rues de Coutance, Grenus, Paul-Bouchet et Chantepoulet pour arriver au quai Général Guisan. Un groupe de manifestants, soit environ 10 individus, dont certains étaient masqués à l’aide de foulards ou casqués, on lancé des bouteilles de Coca-Cola et de Fanta remplies de peinture orange contre le bâtiment de la First National City Bank brisant trois vitrines, une vitre de la porte à tambour et maculant de peinture orange les sols et les bureaux. Les dégâts causés sont évalués à quelque Fr. 20'000.-- selon une constatation provisoire de MM GRANGET et WEBER. Sitôt cette action d’éclat accomplis, les manifestants se sont dispersés et ont rejoint la manifestation officielle à la place du Molard.
Lors de l’enquête effectuée afin d’identifier les auteurs de ces actes de vandalisme, il est parvenu à notre connaissance que le nommé (XXX)* avait été vu alors qu’il se trouvait au sein du groupe des " casseurs ". Entendu en nos bureaux, il a signé une déclaration dans laquelle il reconnaît avoir été mêlé à la manifestation, mais conteste avoir lui-même lancé des projectiles contre la banque. Son interpellation a d’ailleurs fait l’objet d’un rapport du 8 mai 1972 qui est joint au présent.
Le 1er mai 1972, nous avons procédé à l’audition du nommé
HOLENWEG Pascal (...).
Relevons que le susnommé est l’instigateur d’un groupement intitulé " GROUPE AUTONOME REVOLUTIONNAIRE " -GAR- qui rassemble une quinzaine de militants actifs dont le but essentiel est de créer un climat d’agitation en ville lors de manifestations.
C’est à la suite des dégâts causés par ce groupe lors de la fête du 1er mai 1972 que HOLENWEG a été questionné au sujet de sa présence le 25 avril 1972, alors qu’il se trouvait au milieu des gauchistes ayant brisé les vitrines de la FIRST NATIONAL CITY BANK. L’intéressé a signé une déclaration dans laquelle il reconnaît avoir participé à cette manifestation, mais conteste avoir jeté des projectiles contre ledit bâtiment. Il a en outre déclaré que le " GROUPE AUTONOME REVOLUTIONNAIRE " n’a pas prévu d’action d’éclat à cette occasion.
A ce jour, les auteurs des dégâts n’ont pas été identifiés et tout fait nouveau fera l’objet d’un rapport complémentaire.
Des photographies ont été prises par (XXX)* du Service d’Identification Judiciaire et sont jointes au présent rapport. Des débris de bouteille de Coca-Cola et de Fanta ont été recueillis sur place, prouvant la préméditation des auteurs des méfaits. Néanmoins, aucun indice valable n’a pu être relevé.
Demande de contrôle téléphonique du 31 mai 1972
1000/307/544
31.5.72
Concerne :
Demande de contrôle téléphonique de l’appareil No 92.12.24
de M. (XXX)*
père de
Holenweg Pascal André, né le 18.8.1952 à Genève, originaire de Herzogenbuchsee/BE, célibataire, employé de librairie, domicilié chez ses parents
Ce contrôle nous est demandé avec insistance par (XXX) du Service Renseignements et Sécurité de la Police Genevoise, ceci afin de mieux connaître les buts et activités du GROUPE AUTONOME REVOLUTIONNAIRE, groupe d’agitation dont HOLENWEG est le fondateur et le principal responsable.
MINISTERE PUBLIC FEDERAL
Police fédérale
3003 Bern/e, le 31 mai 1972
à la Direction générale des PTT
Dans l’intérêt d’une enquête de police judiciaire pour infractions visées aux articles 275 ter CP (Groupements illicites), nous vous prions, conformément à l’art. 7 LCTT, de nous renseigner sur la correspondance téléphonique (toutes les conversations) de
Holenweg Pascal André (...)
Manifestation et propagande d’opposition à la présence du Shah d’Iran les 13 et 14 juin 1972
Genève, le 18 juin 1972
Département de justice et police
Corps de police
Renseignements et Sécurité
Concerne : Séjour de S.M. Le Shah d’Iran à Genève
Manifestation et propagande d’opposition
à la présence du Chef de l’Etat iranien à Genève dans le cadre de la conférence de l’O.I.T. les 13 et 14 juin 1972.
Dans le présent rapport, nous aborderons successivement les différentes phases de la campagne d’opposition à la visite de S.M. le Shah d’Iran à l’Organisation Internationale du Travail (OIT), la constitution et les projets du " COMITE IRAN ", les meetings, réunions et actions gauchistes précédant la venue du Shah d’Iran, les manifestations de rue des 13 et 14 juin, puis nous tenterons de dégager certaines conclusions sur la base des informations et constatations.
A l’origine de cette campagne d’opposition, le premier rôle revient incontestablement au rédacteur du journal " satirique et satyrique " LA PILULE, Narcisse-René PRAZ, lequel a continuellement réservé une partie des colonnes de son journal pour vitupérer contre le Shah et le Gouvernement iranien. Traduit le 7.12.1971 devant la Cour Correctionnelle de Genève et condamné pour outrage à un Chef d’Etat étranger, M. PRAZ a largement utilisé son procès pour poursuivre sa campagne diffamatoire. Dans la foulée de LA PILULE, les gauchistes ont monté un " tribunal populaire " à l’Université, le 17.12.1971, pour dénoncer la répression en Iran.
Au début mars 1972, la LIGUE MARXISTE REVOLUTIONNAIRE (LMR) couvrait les murs de la ville d’affiches " Shah assassin ". Le 21 mars, c’était au tour du CENTRE DE LIAISON POLITIQUE (CLP) et d’ECOLE ET LUTTE DE CLASSE (ELC) de protester contre les condamnations à mort de révolutionnaires iraniens, par des barbouillages et diffusions de tracts à l’occasion du Nouvel An iranien.
Après une accalmie, l’agitation gauchiste sur ce thème a repris à fin mai par une nouvelle assemblée à l’Université, décidée en vue d’organiser des actions et manifestations diverses avant et pendant la visite du Shah d’Iran à l’O.I.T. Conduite principalement par le CLP et la LMR, cette phase préparatoire a été volontairement entourée de précautions pour ne pas risquer une neutralisation des plans projetés. Nous n’avons pas pu suivre tous les contacts préliminaires entre les différents groupuscules romands qui, dans les premiers jours du mois de juin, ont constitué le " COMITE IRAN ".
Réunion unitaire au café Bagatelle - 7.6.1972
Si nous n’avons pu suivre les débats de cette réunion, nous avons néanmoins constaté que presque tous les mouvements étaient représentés, à savoir :
Ligue Marxiste Révolutionnaire
Centre de Liaison Politique
Jeunesses Progressistes vaudoises
Lutte de Classe
Ecole et Lutte de Classe
Emigration-Impérialisme
Mouvement Socialiste Autonome
Mouvements de quartiers
ainsi que deux observateurs du Parti Socialiste (MM Jean-Pierre Bossy et Jean-Pierre THOREL), M. N.-R. PRAZ de LA PILULE et M. Ariel HERBEZ, correspondant de l’ATS. Selon nos sources, l’unanimité ne s’est pas faite entre les quelque 30 participants quant à la forme des manifestations envisagées.
Dès le lendemain 8 juin, la LMR diffusait un tract en ville et dans les écoles, intitulé " Un assassin à Genève ! ". Dans les nuits suivantes, les militants de cette même organisation collaient de très nombreuses affiches dans les rues représentant le couple impérial avec l’ombre d’un pendu en arrière-plan et les inscriptions : " Shah d’Iran Assassin - Halte à la torture et à la répression contre le peuple iranien ". Ces affiches de la LMR portent mention de l’imprimerie CEDIPS, Lausanne et de l’éditeur responsable Pierre RIEBEN.
Opération " potences " de la LMR - 10.6.1972
Ce jour-là, soit le samedi en début d’après-midi, informés par la Police vaudoise, nous avons dû intervenir très rapidement pour contrecarrer une opération-éclair lancée par la LMR en ville de Genève. Cependant, en une demi-heure environ, les militants de la Ligue avaient déjà eu le temps de dresser 6 potences hautes de 3 m. sur les places les plus fréquentées de la ville (Rond-Point de Plainpalais - pl. du Cirque - pl. du Molard - pl. Bel-Air - Rond-Point de Rive - Quai Gustave-Ador). De brèves harangues au moyen de mégaphones et des distributions de tracts ont eu lieu à ces différents points de la ville. Ces potences ont été rapidement enlevées par les soins de la Gendarmerie, tandis que deux responsables de cette opération étaient interpellés.
Précisons que ces potences ont été confectionnées à Lausanne et qu’un soin particulier a été voué à la mise en application de cette opération, ainsi qu’en attestent les plans et notes détaillés saisis sur l’un des responsables. Nous transmettons une photocopie de ces documents ainsi que des photographies d’une potence.
Réunion du " Comité Iran " au café du Grütli - 11.6.1972
A deux jours de la visite à Genève du Shah d’Iran, cette dernière réunion du " Comité Iran " était convoquée pour faire le point de la situation et décider de la mise en application des projets d’agitation déjà débattus lors de précédentes rencontres. Des représentants de tous les groupuscules déjà cités, à l’exception du Parti Socialiste, ont pris part aux discussions qui se sont poursuivies tard dans la soirée dans une salle du café du Grütli. Le compte-rendu détaillé que nous avons pu obtenir est éloquent quant à la volonté de certains extrémistes de propager un climat de violence à cette occasion. Nous relevons ci-dessous l’essentiel des projets gauchistes, à savoir :
(Le texte du tract unitaire, signé du " Comité Iran ", a été revu et mis au point lors de cette réunion, tâche qui s’est révélée ardue suite aux innombrables contradictions quant à la forme, au contenu idéologique, voire aux méandres nébuleux de la phraséologie gauchiste. v/annexe)
Le rassemblement aura lieu le mardi 13 juin dès 18 h. à la place des Alpes. Il sera suivi d’un cortège dans le centre devant aboutir devant le Consulat Général d’Iran, sis dans l’immeuble 1-3 de la rue Chantepoulet.
La LMR souhaite une manifestation aussi large que possible, mais contrôlée, sans s’opposer à un cortège en ville, comprenant la traversée des ponts et le retour devant le Consulat d’Iran.
Parmi les autres tendances, il est proposé de poursuivre ensuite jusqu’au Palais des Nations, mais ce dernier point est controversé, certains estimant que trop peu de participants suivraient jusqu'à l'ONU. Cette destinations pourrait rallier la majorité en cas d'empêchement, de confrontation en ville avec la Police.
Certains se proposent de se munir de bombes-sprays de couleur et de pots de peinture pour tracer des inscriptions sous le couvert de la manifestation, tant sur les chaussées que contre des façades d’immeubles.
Les éléments durs qui se sont exprimés à cette réunion envisagent, ou du moins souhaitent une manifestation violente (répondre par la violence à la violence de la répression en Iran) et ont notamment proposer de créer ce climat par des harcèlements prolongés contre les forces de l’ordre. Les réactions à ce sujet témoignent que ces extrémistes ne seront pas très suivis, mais pas freinés non plus.
Il est envisagé de solliciter une autorisation pour la manifestation et le cortège, quitte à ce qu’elle soit refusée, ce qui permettrait alors d’utiliser ce refus à des fins de propagande.
Il a d’abord été proposé de convoquer un rassemblement aux abords du Palais des Nations le mercredi 14 juin, vers 11 h., soit au moment où le Shah d’Iran prononcerait son allocution devant l’assemblée de l’OIT.
Dépendante des conditions de la manifestation du mardi soir, l’organisation de ce projet reste en discussion, les gauchistes étant conscients que le Palais des Nations sera sévèrement gardé par les forces de l’ordre. Il en sera décidé après la manifestation du 13 juin.
Selon les responsables du " Comité Iran ", 300 à 500 personnes devraient pouvoir être rassemblées sur la base d’une participation unitaire des différents mouvements de Suisse romande, plus d’un millier si l’appel par tracts est bien accueilli, voire plusieurs milliers pour quelques gauchistes optimistes.
Les presses clandestines gauchistes de Genève et Lausanne ont fonctionné le restant de la nuit et au matin, les tracts signés du " Comité Iran " et ceux de la LMR se distribuaient en ville avec le mot d’ordre : " Tous à la manifestation ! Contre la venue du Shah assassin ! Mardi 13 juin, à 18.30 h., Place des Alpes ".
Cet appel à manifester était déjà lancé lorsque (MB)*, militant de la LMR, se présenta au Département de Justice et Police pour solliciter, au nom du " Comité Iran ", l’autorisation d’organiser cette manifestation, avec mention du parcours suivant : Place des Alpes - rues des Alpes - Bd James-Fazy - Bel-Air - Rues Basses - Longemalle - Pont du Mont Blanc - Place des Alpes.
Quelques heures plus tard, à 15 h., le 12 juin, (MB)* était convoqué à l’Hôtel de Police pour se voir notifier la décision prise par le Conseil d’Etat : Autorisation refusée d’organiser une manifestation contre la venue du Shah d’Iran, les obligations qui incombent aux autorités suisses et genevoises de par la présence à Genève des institutions internationales ne permettant pas de tolérer l’organisation de manifestations hostiles à un chef d’Etat étranger, hôte de l’une de ces organisations.
Cette décision du Conseil d’Etat est restée lettre morte. La propagande du " Comité Iran " se développa toute la journée du lundi 12 juin et se poursuivit le lendemain 13 juin. Une nouvelle réunion eut lieu au Grütli dans la soirée du 12 juin. Des militants furent interpellés alors qu’ils collaient des affiches " Shah assassin " dans le quartier de Plainpalais.
Toujours dans la soirée du 12 juin, une surveillance a été effectuée au cinéma Roxy, rue Voltaire, où, de 20.50 h. à 22.40 h., devait avoir lieu la projection d’un film culturel iranien. Cette séance privée, sur invitations, a été suivie par de nombreuses personnalités, membres de la colonie iranienne, du corps diplomatique, des autorités genevoises. Quelques gauchistes ont été refoulés au moment de l’arrivée des invités, alors qu’ils distribuaient les tracts du " Comité Iran ". Le détachement de Gendarmerie engagé en réserve n’a pas eu à intervenir.
Situation au matin du 13 juin
L’ensemble des informations recueillies les jours précédents par notre service et par les surveillances aux abords des représentations diplomatiques et intérêts iraniens ne laisse aucun doute quant à la volonté des responsables du " Comité Iran " et de certains extrémistes isolés de troubler l’ordre public.
Outre la manifestation centrale du mardi soir 13 juin, il est à craindre des actions isolées de commandos extrémistes (barbouillages, explosifs, actions spectaculaires).
Un dispositif de sécurité très sévère protège dès le 9 juin les intérêts iraniens les plus visés, des surveillances très strictes sont maintenues à l’aéroport de Genève-Cointrin, à l’hôtel La Réserve, aux abords du Palais des Nations et tout le secteur entre ces points est quadrillé par des patrouilles.
Le maintien de l’ordre en prévision de la manifestation gauchiste et des débordements prévisibles nécessite alors l’engagement de tous les effectifs non mobilisés dans le dispositif de sécurité.
B. MANIFESTATION DU 13 JUIN
Les actions lancées par des manifestants s’étant multipliées en différents points de la ville durant toute la journée, nous ne pouvons que résumer les faits sur la base des informations consignées au poste de commandement.
1730 h. Engagement du dispositif Sûreté et Gendarmerie pour le maintien de l’ordre en ville et particulièrement aux abords de la place des Alpes, lieu de rassemblement annoncé par la propagande du " Comité Iran " - Mission de la Police : empêcher ce rassemblement et toute manifestation éventuelle.
1750 h. La police vaudoise annonce le départ de Lausanne de 18 voitures, dont
1800 h. un mini-bus, en direction de Genève. Ce contrôle à Lausanne était effectué sur la base d’informations relatives à une mobilisation des militants vaudois de la LMR et des Jeunesses Progressistes. Une partie de ces véhicules seront contrôlés à leur arrivée à Genève.
1800 h. Le rédacteur de LA PILULE, N.-R. PRAZ, intercepté à bord de sa voiture, alors qu’il venait de charger une dizaine de pancartes portant des inscriptions hostiles au Shah d’Iran et 2 gros cartons contenant des journaux de propagande de l’ "Iran Free Press ", édités aux Etats-Unis. M. PRAZ est conduit à l’Hôtel de Police pour contrôle et audition.
1810 h. Les petits rassemblements qui se forment à la place des Alpes et dans les rues adjacentes sont dispersés progressivement et sans incident par le Gendarmerie.
1830 h. Bien que dispersés, les groupes se reforment dans le secteur de la place des Alpes. Une centaine de personnes, parmi lesquelles beaucoup de curieux. Pas de pancarte, drapeau ou banderole visible.
1840 h. La Gendarmerie intervient à nouveau pour disperser et séparer les manifestants à la place des Alpes. Des tracts sont distribués.
1845 h. Un rassemblement qui s’est formé à la place Cornavin, côté cinéma Rialto, plus d’une centaine de personnes dont les militants de la LMR, doit être dispersé mais il ne peut être évité un ralliement par petits groupes vers la place des Alpes.
1850 h. A la place des Nations, 6 manifestants se sont enchaînés à des poteaux sur le terre-plein central. Il sont identifiés peu après et leurs pancartes saisies. Inscriptions : " Shah assassin - Gouvernement suisse et OIT complices ".
1900 h. Refoulées de la place des Alpes, quelque 200 personnes convergent en direction de la rue du Mont-Blanc par la place Dorcière, la rue Pécolat et depuis la place Cornavin. Nombreux badauds dans les rues.
1910 h. Un regroupement se forme dans la partie supérieure de la rue du Mt-Blanc tandis qu’une cinquantaine de manifestants se rendent devant la Mission des USA, rue de Lausanne, où ils lancent des pierres avant d’être dispersés.
1913 h. Les manifestants, env. 200, descendent la rue du Mt-Blanc, scandant des slogans tels que " Shah assassin, Police complice, etc. ", obstruant toute la chaussée. Ordre est alors donné à la Gendarmerie d’intervenir pour disperser ce cortège ; la section Lacryma et les sections d’intervention sont mises en action.
1920 h. Les forces de l’ordre doivent simultanément intervenir contre des regroupements à la rue du Mt-Blanc, rue de Berne, rue Cornavin.
1930 h. Les gauchistes sont poursuivis dans nombre de rues du quartier de St-Gervais, tentant de se regrouper. Des pierres sont lancées et des bâtons apparaissent aux mains de certains manifestants.
1940 h. Des barbouilleurs sont signalés dans le quartier de Plainpalais, au Consulat d’Espagne, à la rue Giuseppe-Motta, à la Jonction.
2000 h. La situation reste confuse dans le secteur Mont-Blanc - Cornavin, étant visible que les gauchistes tentent de poursuivre le harcèlement des forces de l’ordre en formant des cortèges en différents points et en obstruant les rues. Tous les effectifs d’intervention disponibles doivent être engagés.
2010 h. Quelque 300 manifestants doivent être dispersés à la place Cornavin, puis dans la rue du Mont-Blanc, puis à la place Dorcière.
2030 h. Après chaque charge de la Gendarmerie, les manifestants se dispersent, s’infiltrent dans les rangs d’un public très nombreux pour échapper aux policiers, puis reforment un noyau provocateur un peu plus loin.
2100 h. Les forces de l’ordre parviennent à contrôler une grande partie du quartier et continuent leur intervention dans le secteur de la gare pour empêcher le blocage de la circulation. Des dégâts ont été commis par jets de pierres à des voitures, des vitres ont été brisées.
2130 h. Le gros des manifestants est contenu sur la place Cornavin. Des mots d’ordre circulent en vue d’un regroupement à la place du Cirque.
2140 h. Les gauchistes se sont glissés entre les barrages de Gendarmerie et regroupés, env. 200, traversent le Pont de l’Ile, remontent la Corraterie pour déboucher sur la place Neuve.
2150 h. Nouvelle intervention de la Police pour dégager l’entrée du Grand-Théâtre.
2200 h. Les manifestants sont pourchassés dans le secteur Place du Cirque, Plaine de Plainpalais. De nombreux projectiles sont lancés contre les policiers. Plusieurs gauchistes sont appréhendés.
2230 h. Les forces de l’ordre contrôlent tous les secteurs de la ville. Les gauchistes ne tentent plus aucune forme de rassemblement ou de manifestation. Un mot d’ordre circule invitant les gauchistes à rallier la Gare. Le Consulat du Portugal a été barbouillé avec l’inscription : " Caetano = Shah " fascistes ".
2300 h. Une trentaine de gauchistes se sont regroupés à la place Cornavin. Le reste de la ville est calme.
2315 h. 50 à 60 personnes se sont rassemblées sur la place des Nations, autour de 3 gauchistes restés enchaînés. Des barbouillages ont été faits sur la chaussée. Un détachement de Gendarmerie est délégué sur place en renfort.
2400 h. Les manifestants regroupés à la place des Nations ont été dispersés. Les gauchistes enchaînés ont été conduits à l’Hôtel de Police.
Les services de la Voirie sont informés des lieux de barbouillages.
Tous les effectifs engagés sont déconsignés, à l’exception des patrouilles et autres services faisant partie du dispositif de sécurité dans le cadre de la visite du Shah d’Iran.
En complément à ce journal, il nous paraît utile de définir les rôles de certains meneurs sur la base d’observations faites au cours de cette manifestation.
L’encadrement gauchiste à la place des Alpes a été dirigé par le CLP, notamment (CT)* lequel, vu l’impossibilité de provoquer une manifestation sur cette place, a alors incité les manifestants à se regrouper dans la rue du Mont-Blanc.
La LMR avait donné rendez-vous à ses partisans sur la place Cornavin. Dispersés très rapidement, ces gauchistes ont rejoint les autres mouvements dans la rue du Mont-Blanc.
Entre 1900 et 2000, ce sont principalement les meneurs du CLP et de la LMR qui ont lancé les premières actions dans le secteur Cornavin - rue du Mont-Blanc. Le climat de tension et de violence souhaité étant atteint, ils ont pu abandonner le terrain aux meneurs et extrémistes de tout poil.
Parallèlement, le CLP orchestrait une grande partie des barbouillages commis en ville et la mise en scène des " enchaînés " à la place des Nations. Presque toutes les personnes interpellées pour ces motifs sont des militants du CLP. L’organisation en est due à (DM)*, lequel s’est abstenu d’apparaître au premier plan. Il a été remarqué vers le Grand-Théâtre alors qu’il se rendait à la place du Cirque pour rallier des manifestants et les inciter à se rendre à la place des Nations, ou eut lieu le dernier rassemblement.
A notre avis, il n’y a jamais eu plus de 300 manifestants actifs durant cette soirée troublée. Le maintien de l’ordre a en revanche grandement été entravé par la présence, et souvent la passivité imbécile, d’un public très nombreux assistant aux affrontements avec la mentalité d’amateurs de cirque. Vers 21 h., nous estimons qu’il y avait près de 2000 personnes dans le secteur des manifestations.
C. MANIFESTATIONS DU 14 JUIN
Le mercredi matin 14 juin, un nouveau tract circulait dans les collèges des 0800 h., Signé par ECOLE ET LUTTE DE CLASSE, ce document dénonce le Shah d’Iran et la complicité de la bourgeoisie suisse et de la Police qui le protègent et dispersent les manifestants à coups de matraques et de gaz lacrymogènes. Un meeting est convoqué par ELC dans le hall du collège Voltaire à 11.30 h. Cette manifestation est un échec complet, une douzaine de participants seulement ont été remarqués.
Vers 1230 h., une quarantaine de jeunes sont réunis dans le jardin du Prieuré aux Pâquis, parmi lesquels des gauchistes connus. Certains d’entre eux se rendent à proximité des immeubles du B.I.T., rue de Lausanne. Ils se dispersent peu après du côté de la place des Nations et de la ville.
Vers 1330 h., des petits groupes de gauchistes sont contrôlés aux abords de la place des Nations. Ils sont dispersés et quittent les lieux progressivement.
Vers 1645 h., une dizaine de jeunes collégiens sont allés lancer quelques slogans devant la mission d’Iran au chemin du Velours.
Des patrouilles spéciales ont été maintenues en service dans différents secteurs de la ville jusqu’à 2200 h.
Si certains mouvements gauchistes se sont réunis dans la soirée pour faire le bilan de leur manifestation, plus aucune action extrémiste n’a été tentée dans le cadre de cette visite du Shah d’Iran à Genève.
Citons encore la parution d’un tract violent de la LMR à propos de la manifestation du 13 juin.
D. CONCLUSIONS
S’il devait être tiré un bilan de l’ensemble de la campagne d’agitation et des manifestations lancées à Genève contre la venue du Shah d’Iran, la première constatation qui s’impose est que, à nouveau, un noyau d’extrémistes organisés peut impunément défier nos institutions et l’ordre public, sans autre motivation que la provocation au désordre. Nous avons vu que la préméditation est flagrante en ce qui concerne les débordements de la soirée du 13 juin. Que ce soit pour le Vietnam, l’Espagne ou l’Iran, nous retrouvons régulièrement les mêmes intellectuels, apprentis révolutionnaires déjà souvent dénoncés.
Le maintien de l’ordre, sans considérer les questions de sécurité envers un chef d’Etat étranger, a nécessité là encore l’engagement de toutes les forces de police disponibles et malgré cela, un climat d’insécurité s’est instauré durant quelques heures en ville, sans compter les dommages à la propriété enregistrés.
Les réactions de la presse et des autres moyens d’information ne sont critiquables qu’en fonction d’un souci d’objectivité, discutable chez certains correspondants.
En annexe, nous avons établi les listes et renseignements complémentaires concernant les 26 personnes interpellées et conduites à l’Hôtel de Police pour audition, les quelque 60 personnes contrôlées et toutes les personnes identifiées dans le cadre des manifestations contre la venue du Shah d’Iran à Genève.
Suivent, en annexe :
NOTE
Concerne : Réunion unitaire gauchiste en vue de l’organisation d’agitation et de manifestations dans le cadre de la visite du SHAH D’IRAN à Genève, les 13 et 14.6.1972
Café du Grütli - Dimanche 11 juin 1972 dès 2030 h.
L’utilisation de l’installation " A " nous a permis de suivre les débats de cette réunion, de 2030 h. à 2420 h.
Les différents mouvements ayant participé à cette réunion unitaire, sous l’anonymat d’un COMITE IRAN, sont les suivants :
LIGUE MARXISTE REVOLUTIONNAIRE (MB)*
CENTRE DE LIAISON POLITIQUE (CT)*
ECOLE ET LUTTE DE CLASSE (prob. CM)*
LUTTE DE CLASSE ?
JEUNESSES PROGRESSISTES VAUDOISES ?
EMIGRATION-IMPERIALISME ?
Les participants étaient une quinzaine. A citer encore parmi ceux identifiés : (RM)*, N.-R. PRAZ, réd. de LA PILULE, en tous cas 2 femmes. Il n’apparaît pas que le Parti socialiste et le Parti du Travail aient été représentés. Les Commissions Ouvrières, qui étaient présentes à la première réunion du 7 juin au café Bagatelle semblaient être représentées par le CLP. Le Groupe Autonome Révolutionnaire n’a pas été cité, pas plus que les maoïstes du PCS-ML.
Cette réunion unitaire, qui apparemment devait préciser certaines conditions avancées à la précédente réunion unitaire du 7 juin, nous permet actuellement d’établir ce qui suit :
Rassemblement le mardi 13 juin 1972, à 18 h., à la place des Alpes.
But du cortège qui suivra : Consulat Général d’Iran au Plaza.
Les divergences apparaissent tant sur la question du parcours, de la forme que de la destination finale.
La LMR semble souhaiter une manifestation aussi large que possible, mais contrôlée. Elle ne s’oppose pas à un cortège en ville, comprenant la traversée des ponts et le retour au Consulat d’Iran.
Parmi les autres groupuscules, il est également question d’un cortège, d’une manifestation devant le Consulat, mais également de poursuivre jusqu’au Palais des Nations (ce dernier point est controversé, une partie estimant que trop peu de manifestants suivraient jusqu’à l’ONU). Une manifestation à l’ONU pourrait rallier une majorité en cas d’empêchement ou de confrontation en ville avec la Police.
Rassemblement aux abords du Palais des Nations le mercredi 14 juin 1972 vers 1100 h.
Cette seconde manifestation dépend des conditions de celle du mardi soir. Il en a été discuté, sans toutefois que l’on puisse déterminer sa forme, les gauchistes étant conscients que le Palais des Nations sera sévèrement gardé par les forces de l’ordre.
Malgré les divergences et les hésitations enregistrées, il semble acquis qu’une forme de manifestation gauchiste aura lieu mercredi devant l’ONU.
Selon les participants à cette réunion du comité Iran, la manifestation de mardi soir devrait pouvoir rassembler de 300 à 500 personnes sur la base d’une participation unitaire des différents mouvements de Suisse romande, et plus d’un millier su l’appel par tracts reçoit un écho favorable, voire plusieurs milliers pour les optimistes ! !
Conclusions : Sur la base de ces débats, il n’apparaît pas que les gauchistes présents prennent le risque de perturber le cortège officiel, sinon aux portes du Palais des Nations mercredi. Leur but semble être essentiellement une manifestation spectaculaire, mais politique.
En revanche, nous ne pouvons encore préjuger des intentions d’extrémistes, tels ceux du GAR (absents à cette réunion) ou d’autres individus.
Par ailleurs, il ressort que des Iraniens ont pris part à de précédentes réunions, mais aucune autre précision n’a transpiré à ce sujet.
Parmi les mouvements solidaires avec cette action, citons encore le MSA (Mouvement socialiste autonome).
Genève le 12 juin 1972
0300 h.
NOTE
Concerne : Opération " Potence " conduite le samedi 10 juin 1972 par les militants de la LIGUE MARXISTE RÉVOLUTIONNAIRE dans le cadre de la venue du Shah d’Iran à Genève
Ce 10 crt, à 1225 h., les R.G. vaudois (XXX), nous ont informés par fil depuis Morges qu’une camionnette VW, bâchée, plaques VD 95'197, avec 2 personnes à bord, se dirigeait par l’autoroute en direction de Genève. Dans le cadre d’une surveillance, les services vaudois avaient pu constater que cette camionnette transportait un jeu de pièces de bois, pouvant être monté sous forme de potences. Le véhicule était conduit par des militants de la LMR.
Ce véhicule a pu être repéré à la sortie de l’autoroute, au Vengeron, mais sans que nous puissions avoir la possibilité de le suivre immédiatement.
Des recherches ont immédiatement commencé, aux environs du local de la rue des Gares et en ville.
A 1400 h., la camionnette n’étant toujours pas repérée en ville, un communiqué a été adressé aux voitures et sur le réseau local.
Peu après, nous avons retrouvé ce véhicule à la rue Céard, angle rue Neuve-du-Molard, sans ses occupants. De plus, des militants connus de la LMR-GE ont été remarqués aux environs de la place du Molard. Notre service a été aussitôt informé de ce qui précède et de la perspective presque immédiate d’une manifestation de la LMR au Molard.
A 1430 h., les 2 occupants de la camionnette vaudoise étaient interceptés alors qu’ils regagnaient leur véhicule. Il s’agit de 2 militants connus de la LMR, section vaudoise, les nommés (BB)* - conducteur et (HF)*. A un moment donné, (HF) a réussi à s’esquiver, en emportant avec lui un lot de documents pris dans le véhicule. Il a été rejoint peu après, puis conduit à l’Hôtel de Police. Tous deux ont été relaxés, après vérifications et contrôle, refusant tous deux d’entrer en matière sur la question de leur activité dans le cadre de cette opération.
Entretemps, soit peu après 1430 h., une brève manifestation s’est tenue sur la place du Molard, à côté de la Fontaine, où les militants avaient auparavant juste eu le temps de dresser leur potence. A côté, une harangue a été prononcée par (EP)* au moyen d’un mégaphone tenu par (EA)*, tandis que des tracts étaient distribués alentours par d’autres militants de la Ligue. Cette manifestation n’a duré qu’une dizaine de minutes, n’attirant l’attention que faiblement. Tous se sont dispersés sitôt après, laissant sur place la potence, solidement clouée au sol.
A 1505 h., le militant (MB)* était à nouveau au Molard pour y faire une brève harangue.
Dans la demi-heure qui a suivi, des potences ont été signalées en différents endroits de la Ville, à savoir : à Rive - à Plainpalais - Bel Air - Cornavin et Eaux-Vives.
Ces potences ont rapidement été enlevées de ces lieux publics par les soins de la Gendarmerie.
Vers 17 h., une voiture de patrouille a signalé que quelques jeunes vendaient le journal " La Brêche " dans les Rues-Basses, en criant " Shah assassin ! ".
Par les documents saisis sur (HF)*, nous possédons tout le détail de l’opération conduite par la Ligue, dans ses moindres détails, à savoir :
Doc. 1 : facture de Fr. 250.- adressée à (BB)* pour 54 carrelets de bois coupés à différentes longueurs.
Doc. 2 : plan pour le montage de la potence au recto, indications de détails pour l’achat de clous, de corde, marteaux, etc. au verso
Doc. 3 : recto : légende pour les plans de situation, emplacement des potences, temps de parcours à effectuer par la camionnette pour livrer sur place les potences, et autres indications.
verso : Responsables proposés aux différents points, à savoir :
A - Albertine soit (HH)*
B - Isidore
C - Jacot
D - Théodore
E - Chambard (MB)*
F - Corton (JP)*
Doc. 4 : programme de déplacements, lieux et mentions diverses sur l’opération au recto - autres indications au verso
Doc. 5 : point A : plan du Rond-point de Plainpalais avec mention au verso : pas de flics en permanence et heures d’affluence 1730 h. 18 h.
Doc. 6 : point B : plan de la place du Cirque avec mentions similaires au verso quant à la présence de la police et l’affluence
Doc. 7 : point C : plan du Molard
verso : mêmes mentions que précédemment
Doc. 8 : point D : plan de la place Bel-Air
verso : mêmes mentions que précédemment
Doc. 9 : point E : Rond-Point de Rive
verso : mêmes mentions que précédemment
Doc. 10 : point F : Quai Gust-Ador/rue du 31-Décembre
verso d’un tract
Comme on peut le constater, cette opération a été montée dans ses moindres détails.
Ajoutons à cela qu’elle a été organisée avec une discrétion presque parfaite. Etant donné que 4 mégaphones étaient prévus, il est probable que la mini-manifestation constatée au Molard s’est répétée aux autres endroits. Les tracts accompagnant cette opération sont intitulés : " Pourquoi des potences ? " ; leur texte reprend partiellement le thème déjà développé dans le tract diffusé dès jeudi 8 juin par la Ligue. Il est daté et signé de la LMR, avec comme éditeur responsable : (PR)*.
Aucune future manifestation n’est annoncée. Précisons seulement que (MB)* annonçait par mégaphone que le SHAH serait à Genève mercredi prochain.
Ces services se sont déroulés sans incident.
10.6.1972/1900 h.
(XXX)
NOTE
Concerne : Réunion gauchiste au Café des Transports
vendredi 9 juin 1972 - de 2030 h. à 2315 h.
L’installation " A " nous a permis de suivre l’essentiel de cette réunion, groupant 15 personnes, soit des militants du CENTRE DE LIAISON POLITIQUE et en tous cas un militant de Lausanne (prob. des JEUNESSES PROGRESSISTES).
D’emblée, il apparaît que ces militants connaissent la date de la visite de S.M. le SHAH D’IRAN à Genève, soit les 13 et 14 juin 1972, sans toutefois connaître le détail du programme de cette visite, sinon que le Shah prendra la parole à l’OIT le 14 juin à 1100 h. Il n’a pas été question de son lieu de résidence.
Il n’a pas été beaucoup question de la précédente réunion qui s’est tenue au café Bagatelle, le mercredi 7 juin, réunion unitaire avec des militants d’autres tendances. Aucune décision n’a apparemment été prise ce jour-là.
Il a été plusieurs fois question de la convocation d’une prochaine réunion unitaire qui se tiendrait dimanche soir 11 juin 19o72, éventuellement au café Bagatelle, réunion qui devrait être décisive quant à l’organisation d’une manifestation, probablement envisagée pour le mercredi soir 14.6.1972
Cette date a plusieurs fois été avancée au cours des débats. Aucun lieu de rassemblement n’a été fixé. Il n’a pas été question du Palais des Nations, ni de la Réserve, ni d’ailleurs.
Les responsables du CLP feront le tour des autres groupuscules d’ici dimanche soir afin de déterminer dans quelle condition une manifestation de " masse " ou d’avant-garde pourrait réussir. Il semble d’ores et déjà entendu que le Parti socialiste et le Parti du Travail ne voudront pas participer aux côtés des gauchistes. Il a été question de la participation probable de la LMR, des JEUNESSES PROGRESSISTES, de LUTTE DE CLASSE, du MOUVEMENT SOCIALISTE AUTONOME, de leurs alliés espagnols.
Il a ensuite longtemps été débattu du contenu " politique " du tract qui sera diffusé par le CLP, ou unitairement -probablement pas avant lundi. Selon les termes entendus, ce tract restera dans une ligne habituelle à cette tendance.
Vers 2230 h., deux ou trois des responsables ont quitté la réunion. La discussion s’est ensuite étendue à maints sujets, soit aux autres groupuscules, au Vietnam, à l’Afrique, aux questions militaires suisses, à la position de partis, de syndicats, etc. etc., sans intérêt direct pour l’affaire qui nous occupe.
La réunion s’est terminée à 2310 h. Par notre position, nous n’avons pas été en mesure de connaître les participants.
N.B. : Ce compte-rendu ne concerne que le CLP et non les positions, éventuellement différentes, des autres groupes.
Surveillance des activités extrémistes de Holenweg Pascal (contrôle téléphonique)
République et Canton de Genève
Département de justice et police
Corps de police
Renseignements et sécurité
Genève, le 11 juillet 1972
Rapport de (XXX) à Monsieur le chef de service
Concerne : Surveillance des activités extrémistes de
Holenweg Pascal André
(...)
En date du 31 mai 1972, le Ministère Public fédéral à Berne, dans l’intérêt d’une enquête de police judiciaire pour infractions visées aux art. 275ter du CPS, a ordonné une mise sous contrôle (CT) des activités du susnommé.
Cette surveillance se justifiait au vu des renseignements déjà obtenus par d’autres sources sur un noyau d’extrémistes anarchisants dans lequel HOLENWEG Pascal figurait comme animateur actif.
A ce jour, soit après plus d’un mois durant lequel il pouvait être craint que ce groupuscule se manifeste de manière violente contre l’ordre et les institutions, nous n’avons recueilli aucune information utile par cette source de surveillance. Ceci ne signifie nullement que cet extrémiste ait cessé ses activités mais, à l’instar d’autres militants révolutionnaires, HOLENWEG n’utilise que très peu ce moyen de correspondance, du moins pas depuis son domicile privé, ceci pour des raisons de sécurité.
Si la suppression de ce contrôle peut être envisagée, il va sans dire que tous les autres moyens et sources d’informations sont maintenus vis-à-vis d’HOLENWEG et de ses comparses.
Un compte-rendu à leur sujet figurera dans notre prochain rapport général de surveillance, actuellement en préparation.
(le 20 juillet 1972, le Ministère Public Fédéral communiquait à la Direction générale des PTT sa décision de " supprimer le contrôle téléphonique " contre l’extrémiste en question.
Rapport de la police genevoise sur la manifestation et le meeting antifranquistes organisés par le Comité Unitaire de Lutte (CUL), les 26 et 27 septembre 1972
CORPS DE POLICE
Renseignements et Sécurité
Genève, le 12 octobre 1972
Concerne : Manifestation et meeting antifranquistes organisés par le Comité Unitaire de Lutte (CUL), les 26 et 27 septembre 1972
Le mardi 26 septembre 1972 à 17.5’, nos services étaient avisés qu’une manifestation antifranquiste se déroulait devant l’agence Iberia à Chantepoulet.
A notre arrivée sur place nous avons constaté qu’une dizaine de personnes se tenaient devant l’agence, elles portaient des pancartes et scandaient les slogans qui y étaient inscrits, soit :
" A BAS LA DICTATURE FRANQUISTE "
" SOLIDARITE AVEC LES TRAVAILLEURS ESPAGNOLS EN LUTTE "
" LIBERTE POUR TOUS LES PRISONNIERS POLITIQUES EN ESPAGNE "
" LIBEREZ LES MILITANTS CATALANS EMPRISONNES "
Ils annonçaient d’autre part un meeting pour le lendemain soir 27 septembre 1972 à la Salle Communale de Plainpalais, en distribuant des tracts dont un exemplaire est joint au présent rapport.
A 18.15 h. la gendarmerie est intervenue en saisissant les pancartes et peu après les manifestants se sont dispersés dans le calme.
Le mercredi 27 septembre une surveillance a été mise en place pour le meeting à la Salle Communale de Plainpalais. Environ 200 personnes avaient répondu à l’appel du CUL. Des discours ont été prononcés en espagnol puis en français. Il fut principalement question du procès de CARLES GARCIA SOLE et de RAMON LLORCA LOPEZ. Le " régime de Franco " fut également critiqué ainsi que la bourgeoisie capitaliste. Etant donné le nombre de personnes et la grandeur de la salle il fut impossible d’ouvrir un débat valable.
Finalement une résolution a été lue dans les deux langues, résolution qui selon l’orateur devait être remise aux divers journaux.
La plus grande partie de l’assemblée était d’origine espagnole. Tout ce monde a quitté les lieux peu après 22.00 h., sans incident.
Ont été remarqués sur place :
Le 26.9.72 à Chantepoulet :
(MB)*
(ED)*
Le 27.9.1972 à la Salle Communale de Plainpalais :
(MB)*
(ED)*
(J.-E. G)*
(JH)*
HOLENWEG Pascal, 28.8.1952, GE
(DM)*
(J.-P. M)*
PAGANI Rémy, 21.4.1954, TI
(MR)*
(CT)*
Tous connus
Rapport de la police genevoise sur la distribution de tracts à la gare de Genève-Cornavin le 23 octobre 1972
23 octobre 1972
Concerne : distribution de tracts à la gare de Genève-Cornavin le 22 octobre 1972
A 1930 heures le poste de gendarmerie de la gare nous avisait que des tracts étaient distribués dans le hall et sur les quais. Nous nous sommes rendus sur place, où nous avons constaté qu’une vingtaine de personnes, par petits groupes dispersés dans le hall et sur les quais, distribuaient effectivement des tracts dont un exemplaire est joint au présent rapport.
(XXX) se trouvait également sur les lieux et un fourgon avec dix gendarmes était à sa disposition.
Cette action de distribution a été mise sur pied par le " COMITE DE SOUTIEN AUX LUTTES ANTIMILITARISTES ", dont les principaux membres sont connus de notre service. Nous avons notamment relevé la présence des individus suivants :
(LG)*
HOLENWEG Pascal, 28.8.1952, Genevois, (connu)
(GK)*
(CT)*
(OP)*
(A.E.P.)*
(BJ)*
(J.F.R.)*
A 2130 heures, les contestataires se sont dispersés et le service de gendarmerie et de sûreté a été levé. Il n’y a eu aucune violence et nous ne sommes pas intervenus.
Sur place, notre attention fut spécialement attirée par le comportement bizarre d’un individu, identifié comme étant le nommé (AH)*, journaliste de l’ATS. En effet, l’intéressé qui se trouvait en contact avec les distributeurs de tracts, s’est à plusieurs reprises rendu en reconnaissance à l’intérieur comme à l’extérieur de la gare. A chaque fois, il réintégrait le groupe contestataire et s’entretenait avec ce dernier. Au cours de cette manifestation, il a eu des rapports fréquents avec (CT)* et (J.F.R.)*. (AH)* semblait être particulièrement intéressé au nombre des policiers présents et à leur activité.
Ce jour, 23 octobre 1972 à 0700 heures, l’ATS communiquait qu’un millier de tracts avaient été distribués en gare de Genève-Cornavin avant l’intervention de la police. Hors (sic), comme cité plus haut il n’y a pas eu d’intervention.
Rapport de la police genevoise sur la manifestation anti-militariste du 27 octobre 1972
30 octobre 1972
Concerne : Campagne de propagande anti-militariste
Manifestation organisée par le " Comité de soutien aux luttes anti-militaristes "
Vendredi 27 octobre 1972 à 18.00 h. Place Cornavin
C’est par un tract, largement diffusé, que les responsables de cette campagne anti-militariste ont annoncé cette manifestation sur la voie publique, pour laquelle aucune autorisation n’a été sollicités. Avant de relater le déroulement de cette manifestation, il nous paraît utile de remonter aux sources de cette agitation.
Rappelons tout d’abord le rôle du GAM (Groupe anti-militariste) et de BAM (Base anti-militariste) qui, par la diffusion de brochures, de tracts, par des meetings et autres réunions d’information, ont dès le mois d’avril 1972 tenté de manœuvrer des jeunes gens avant leur entrée à l’école de recrue. Dans le courant de l’été, quelques foyers d’agitation se sont développés dans certaines casernes romandes ; à Genève, une brochure intitulée " ça Ira " et des tracts ont commencé à circuler à la caserne des Vernets dès le mois d'août. L’arrestation par les Autorités militaires de 4 recrues, puis de 5 civils (militants gauchistes) a naturellement conduit les animateurs du mouvement à intensifier leur propagande anti-militariste. Tous les groupuscules gauchistes sont actuellement représentés dans le " Comité de soutien aux luttes anti-militaristes ". Ainsi qu’ils l’annoncent dans leurs différentes parutions, leur intention est de provoquer un climat favorable pour une manifestation de masse prévue le 9 novembre, jours anniversaires des événements de 1932 (émeute populaire à Genève ayant nécessité l’intervention de l’armée). C’est dans ce cadre que s’inscrit la manifestation du 27 octobre 1972.
Déroulement de la manifestation
Entre 1800 h. et 1820 h., 120 à 150 jeunes gens encadrés par des militants gauchistes de différentes tendances se sont rassemblée à la place Cornavin, en face du cinéma Rialto.
Tous les participants se sont déplacés devant le buffet de la gare Cornavin. Au moyen d’un mégaphone, une brève allusion a été faite par un militant non identifié. Après quelques explications sur les motifs de la manifestation et les buts du mouvement, il a annoncé qu’un cortège allait se former pour aller jusqu’à la caserne des Vernets, en passant par la place Bel-Air et Plainpalais. Quatre grandes banderoles étaient déployées, portant les textes suivants :
A 1825 h., le cortège quittait la gare Cornavin pour suivre successivement la rue Cornavin - rue de Coutance - place Bel-Air - rue de la Corraterie - place Neuve - Rond-Point de Plainpalais - avenue Dunand - Bd du Pont d’Arve - rue des Acacias - rue François-Dussaud. Durant tout ce parcours, les slogans entonnés par (J.-J. F)*, (CP)* et (VW)* étaient scandés par les participants. A relever que chacun avait reçu au départ un papier sur lequel dix slogans étaient inscrits. Par ailleurs, quelques militants distribuaient des tracts aux passants, tandis que d’autres vendaient les journaux " La Brèche " et " Rupture ". Si la circulation a été quelque peu perturbée, le passage de ce cortège n’a pas occasionné d’incident, la population restant indifférente à cette démonstration.
A 1915 h., tous ces manifestants étaient regroupés devant l’entrée principale (fermée) de la caserne des Vernets. Il y eut encore quelques slogans et l’annonce de nouvelles réunions et manifestations, puis ce fut la dispersion, par petits groupes et sans incident.
Un concert de la Fanfare du Régiment 3 étant donné dans la soirée au Victoria-Hall, une surveillance a été maintenue jusqu’à l’heure du concert à titre préventif.
Le service d’ordre, placé sous les ordres de (XXX), n’a pas eu à intervenir. Outre la surveillance de la manifestation par notre service, il comprenait un détachement de la Gendarmerie maintenu en réserve. Le dispositif mis en place a pu être levé à 2030 h.
(...)
Parmi les quelque 130 participants à cette manifestation, nous avons reconnu plusieurs militants gauchistes bien connus, à savoir :
(SA)*
(MB)*
(J.-P. B)*
(MB)*
(GC)*
(J.-N. C)*
(ED)*
(J.-J. F.)*
(PG)*
(KG)*
HOLENWEG Pascal, 1952, BE
(MJ)*
LONGET René, 1951 GE
(MB)*
(CM)*
(J.-P. M)*
(J.-D. P)*
PAGANI Remy, 1954 TI
(CP)*
(JP)*
(MR)*
(VW)*
Les meneurs du CLP ont été remarqués sur place à la Gare Cornavin, puis devant la caserne des Vernets, mais ils n’ont pas suivi le cortège. Ce sont :
(AG)*
(DM)*
(PS)*
A signaler également la présence d’(AH)*, correspondant de l’agence télégraphique suisse (ATS), lequel suivait " de très près " le déroulement de cette manifestation.
Rapport de la police genevoise sur la manifestation antimilitariste du 9 novembre 1972
Les développements de la campagne anti-militariste conduite par les mouvements gauchistes et les observations tirées de la manifestation du 9 novembre nous incitent à présenter quelques remarques complémentaires à notre rapport du 10.11.1972. En seconde partie, nous mentionnerons une liste de manifestants identifiés.
En premier lieu, il nous paraît utile de situer les responsables de cette agitation, soit les membres des différents comités qui l’ont orchestrée. Nous avons déjà relevé que la BASE ANTI-MILITARISTE (BAM) était principalement animée par des extrémistes tels que Jean-Jacques FONTAINE, André PETITAT et Klaus WIRZ. A l’origine du mouvement, la BAM est apparue comme un organe " parallèle " aux groupuscules d’extrême-gauche, tout en bénéficiant de leur appui ; il est d’ailleurs à remarquer que les précités ne militent dans aucun des groupements gauchistes.
Dans un deuxième temps, la mobilisation dans les écoles de recrues d’été de jeunes militants gauchistes et d’éléments " formés " durant la campagne préparatoire devait provoquer un élargissement inévitable du mouvement. Les enquêtes et mesures punitives ordonnées contre des fauteurs de troubles par les autorités militaires donnent aux divers " Comités de soutien " (gauchistes) l’occasion de multiplier leurs interventions. C’est le cas pour le CENTRE DE LIAISON POLITIQUE (CLP) et la LIGUE MARXISTE RÉVOLUTIONNAIRE (LMR) qui détachent certains de leurs activistes pour diriger ces opérations. tels (PS)* (CLP) ou (JP)* (LMR). A ce stade, l’essentiel des forces militantes n’est pas encore intéressé directement par la campagne anti-militariste.
La mobilisation ne devint générale qu’au dernier stade de la préparation de la Place Neuve, le " Comité de commémoration du 9 novembre 1932 " englobant tout à la fois la BAM, les gauchistes romands de toute tendance, les anarchistes, les objecteurs et autres mouvements marginaux. Le dirigeant du CLP, (DM)*, a joué un rôle influent durant cette dernière phase, convoquant une conférence de presse (18.10.1972) pour tenter d’ameuter l’opinion publique à la suite de l’arrestation de 5 militants (civils) par la Justice militaire, prenant divers contacts avec des personnalités politiques pour obtenir un soutien (Arthur VILLARD, Conseil National, Nelly WICKY, Conseiller national, le pasteur André ROUGET). (DM)* resta cependant discret dans la conduite de la manifestation, confiant à ses lieutenants la direction des opérations.
S’il a été annoncé que la campagne anti-militariste se poursuivrait lors des prochaines écoles de recrues, une reprise de l’agitation dans ce secteur dépendra de nombreux facteurs. Il s’agira pour les gauchistes de relancer une propagande susceptible d’intéresser les futures recrues afin de pouvoir bénéficier à nouveau d’informateurs et d’agitateurs au sein de l’armée. La situation actuelle ne nous permet pas encore de présager de l’étendue des actions gauchistes envisagées.
Le déroulement relativement correct de la manifestation du 9 novembre semble n’avoir pas été apprécié des extrémistes du " GROUPE AUTONOME REVOLUTIONNAIRE ", ainsi qu’en atteste le tract diffusé quelques jours plus tard. Ses auteurs vitupèrent contre le service d’ordre gauchiste, et contre les gauchistes en général, qu’ils identifient à l’ordre bourgeois. Ce groupe, de tendance anarchisante, s’était déjà manifesté par des débordements lors du dernier cortège du Ier Mai.
Liste de manifestants
A titre d’information, nous citons ci-dessous les manifestants qui ont été reconnus lors de la démonstration du 9 novembre 1972 ou qui nous ont été signalés comme participants, à savoir :
(SA)*
(BB)*
(DB)*
(CB)*
(MB)*
(JB)*
(J.-P. B)*
(AB)*
(GB)*
(MB)*
(RC)*
(GC)*
(J.-N. C)*
(ED)*
(AD)*
(J.-N. D.)*
(DF)*
(AF)*
(J.-L. F)*
(GF)*
(J.-J. F.)*
(PG)*
(UG)*
(MG)*
(MG)*
(J.M. G.)*
(JG)*
(KG)*
(AG)*
(JH)*
HOLENWEG Pascal, 1952 BE
(MJ)*
(EJ)*
(GK)*
(FL)*
(RL)*
(BM)*
(CM)*
(DM)*
(DM)*
(JM)*
(J.-P. M.)*
(AP)*
(AP)*
(CP)*
(NP)*
(JP)*
(MR)*
(PS)*
(PS)*
(CT)*
(PT)*
(C.-A.U.)*
(P.-A. W.)*
(UW)*
(UZ)*
Tous déjà connus de notre service
Rapport général de surveillance de l’activité des groupuscules d’extrême-gauche et autres mouvements de caractère révolutionnaire
RÉPUBLIQUE ET CANTON DE GENÈVE
Département de justice et police
CORPS DE POLICE
Renseignements et Sécurité
Genève, le 13 janvier 1973
Rapport de (XXX) à Monsieur le chef de service
Concerne : Surveillance de l’activité des groupuscules d’extrême-gauche et autres mouvements de caractère révolutionnaire.
Rapport général de surveillance (Juillet-décembre 1972)
Le développement à Genève des divers mouvements de l’extrême-gauche durant le deuxième semestre de 1972 n’a pas été marqué par des fluctuations mettant en cause leurs bases, aussi nous nous permettrons de ne pas revenir en détail sur la position et les structures de ces groupements révolutionnaires.
D’une manière générale, le milieu gauchiste et marginal tend à progresser et à unifier ses actions malgré son fractionnement et ses divisions. Les dernières grandes campagnes d’agitation ont en effet démontré que les responsables ont conscience de la nécessité d’unifier leur action dans les faits, reléguant la critique dialectique à des fins de recrutement et d’influence. Ce rapprochement dans les actes n’est certes pas encore prêt à aboutir, par exemple, à une fusion LMR/CLP à Genève, même si leurs membres défilent occasionnellement sous les mêmes banderoles.
La " groupusculisation " à laquelle nous assistons tient presque essentiellement au fait qu’aucun meneur ne veut admettre un échec, même s’il ne peut que bénéficier d’une alliance. Les groupuscules genevois sont encore trop dominés par la personnalité et l’ambition de leurs dirigeants pour permettre la formation d’un front unique de l’extrême-gauche.
Le bilan de ce 2ème semestre 1972 sur l’agitation extrémiste à Genève est loin d’être aussi grave que pour la période précédente.
Sitôt après les violences de la manifestation du 13 juin (contre la présence du Shah d’Iran en Suisse), les vacances estivales ont eu raison de l’ardeur des militants. La rentrée d’automne à réanimé progressivement les groupes mais il faut attendre fin octobre pour voir défiler à nouveau des cortèges en ville. Les manifestations anti-militaristes du début novembre ont marqué l’aboutissement d’un patient ouvrage de subversion entamé depuis le printemps parmi les jeunes, poursuivi dans les écoles de recrues d’été pour finalement se propager dans la population. La vague de propagande gauchiste concernant les votations de décembre sur la prévoyance sociale a surtout atteint les ouvriers des grandes entreprises. Le sectarisme des groupuscules dans ce domaine a empêché toute action de masse. Mis à part quelques autres foyers d’agitation isolés, dans les écoles, chez les apprentis, la communauté genevoise n’a pas autrement été troublée par les gauchistes.
Les multiples parutions gauchistes, en nombre croissant, reflètent toute une gamme d’interprétations sur un même thème. Les séances de discussion et de préparation de textes tiennent (heureusement) une large place dans l’activité militante. Quant à la portée de cette propagande, vu sa multiplicité et son manque de renouvellement, elle ne semble plus être en mesure d’exercer l’attrait des débuts. Seule " LA BRECHE " est parvenue à s’affirmer comme porte-parole d’une certaine gauche.
Le nombre des militants actifs était estimé à quelque 120 en décembre 1971 (selon rapport général du 30.12.71). Ce chiffre, à notre avis, peut être porté à 150 à l’heure actuelle, ceci pour les gauchistes politiquement " formés ". A cela s’ajoute toute une frange de jeunes militants plus ou moins encadrés par les différents groupements (" LMR " - " CLP " etc.), les militants des mouvements marginaux tels le " Mouvement de Libération des Femmes " (MLF), le " Groupe Autonome Révolutionnaire " (GAR( ou le groupe " Lutte Unitaire Travailleurs Apprentis " (LUTA), voire les militants occasionnels apparaissant au gré des événements. C’est ainsi que nous pouvons être confrontés avec près de 700 gauchistes et contestataires, comme ce fut le cas pour le cortège dissident du 1er mai 1972. Nos différents moyens de surveillance ont permis d’identifier plus de 300 activistes à ce jour.
Dans la mesure de nos connaissances, nous avons établi un recensement de tous les gauchistes connus, avec quelques précisions quant à l’activité de chacun. Les militants n’étant plus apparus depuis une année ne seront pas mentionnés.
(manquent les pages 4 à 17 du rapport, qui ne nous ont pas été transmises. Ces pages portent sur la Section genevoise de la LMR (pp 4 à6), le Centre de Liaison Politique (pp 7 à 10), Lutte de Classe (pp 11 et 12), le Parti Communiste de Suisse/ML (page 13), le Groupe des Travailleurs Communistes (page 14), Lutte Unitaire Travailleurs et Apprentis (page 15), Base Anti-Militariste (pp 16 et 17)
GROUPE AUTONOME REVOLUTIONNAIRE (GAR)
Le seul élément nous permettant d’établir que le GAR est toujours présent est un tract qui a été diffusé peu après la manifestation antimilitariste du 9 novembre 1972. Dans ce document, le GAR accuse violemment les gauchistes d’avoir empêché tout débordement de la manifestation par leur service d’ordre, se posant ainsi en partenaire de l’appareil policier.
Ce n’est pas la première fois que ce reproche est lancé aux gauchistes, alors que l’on voit encore difficilement les seuls extrémistes du GAR déclencher par eux-mêmes une action violente sans le concours d’un rassemblement " protecteur " qui leur garantit plus ou moins l’anonymat. Dans le cadre de la campagne anti-militariste, il est probable que les auteurs d’une partie des nombreux barbouillages commis dans les semaines précédant la manifestation du 9 novembre soient à rechercher dans leurs rangs. Malgré les recherches, ces actes de vandalisme sont restés anonymes et impunis.
Nous n’avons pas enregistré de nouvelles parutions du journal " KALEIDOSCOPE ". Depuis le mois d’octobre, (J.-N. C)*, qui en était le rédacteur, apparaît régulièrement comme signataire d’articles paraissant dans le journal " La Pilule " dirigé par PRAZ Narcisse-René.
Seule une surveillance suivie de certains des extrémistes du GAR serait susceptible de détecter et de prévenir de nouvelles actions délictueuses.
(manque la page 19 du rapport, portant sur le Mouvement de Libération de la Femme et les Mouvements de Quartiers)
Chronologie des manifestations, meetings, assemblées, réunions et autres activités extrémistes
1er juillet au 31 décembre 1972
JUILLET
1er juillet Un " Tribunal populaire de l’émigration " convoqué par LUTTE DE CLASSE EMIGRATION-IMPERIALISME se tient dans les locaux de la Maison du quartier de la Jonction. Une surveillance extérieure constate la présence de gauchistes de diverses tendances mais peu d’ouvriers. Cette manifestation avait été annoncée par de grandes affiches placardées en ville.
La LIGUE MARXISTE REVOLUTIONNAIRE transfère ses bureaux de Genève au boulevard des Tranchées 32, au rez-de-chaussée inférieur d’un immeuble locatif.
9 juillet Réunion au café Bagatelle d’un " Comité Brésil ". Seuls 9 participants étant présents, la réunion est reportée au 20 juillet.
17/18 juillet Une réunion européenne ( ?) de gauchistes aurait eu lieu à Biasca, au domicile de (BS)* de la tendance LUTTE DE CLASSE.
L’activité reste limitée au sein des groupements gauchistes à Genève. Nombreux déplacements de militants en Suisse et à l’étranger, quelques réunions internes, diffusion normale de tracts et journaux. Des cours d’été devaient avoir lieu dès fin juillet au profit de l’éducation politique de militants de la LMR.
AOUT
Durant cette période de vacances estivales, peu de mouvements dans les rangs gauchistes.
8/13 août Arrêt de travail de 25 étudiants espagnols employés au restaurant de l’aéroport - 14 d’entre eux sont licenciés. Il s’ensuit quelques manifestations et réunions à l’Aéroport et en ville, sans provoquer d’incidents graves. Une action similaire est tentée parmi le personnel de l’hôtel Résidence, mais cette agitation s’éteint rapidement. Les grévistes ont apparemment été soutenus par des éléments extérieurs (PCI-PCE) mais n’ont pas mobilisé les gauchistes.
14 août Des extrémistes du BAM sont interpellés aux abords de la caserne des Vernets alors qu’ils distribuent " ça Ira " aux recrues.
20 août Le CLP délègue quelques militants à une réunion à Berne (rest. Caravelle) sur les caisses de retraite, à laquelle participent des représentants d’autres groupements suisses de même tendance. (CAS, CUT, RAZ etc.)
30/31 août Nouvelle distribution de tracts gauchistes aux abords de la caserne des Vernets.
SEPTEMBRE
En début de mois, on assiste progressivement à la reprise des activités gauchistes. Reprise de la propagande dès la rentrée des classes, sur le Vietnam, sur l’attentat de Munich. Un CUL se reforme en vue d’une action commune contre la réforme des caisses de prévoyance, tandis que des comités de soutien se lancent dans la campagne anti-militariste.
22 sept. Manifestation avortée " contre l’agression US au Vietnam et les exportations d’armes ", lancée par quelques militants du PCS/ML. - Leur rassemblement est quasiment passé inaperçu.
26 sept. Rassemblement de quelques gauchistes et Espagnols devant l’agence IBERIA, rue de Chantepoulet, pour manifester leur solidarité anti-franquiste. Leurs pancartes ont été saisies par la Gendarmerie, ce qui a provoqué une rapide dispersion, sans incident.
27 sept. Meeting sur l’Espagne, organisé par le CUL gauchiste. Très faible participation.
29 sept. Réunion-meeting de la BAM à la Maison des Jeunes pour organiser la campagne anti-militariste.
Des mesures disciplinaires ont dû être prises à Genève et dans d’autres casernes de Suisse romande pour mettre fin aux mouvements d’agitation qui se sont développés. Ces mesures ont évidemment provoqué une contre-offensive gauchiste par voie de propagande.
A fin septembre, presque tous les groupuscules étaient représentés dans le mouvement anti-militariste.
OCTOBRE
6 octobre Meeting anti-impérialiste à la Maison des Jeunes - Environ 40 participants - Organisé par un " Comité de soutien aux revendications des soldats " - Les débats ont été consacrée à la préparation de la campagne pour la manifestation du 9 novembre.
10 octobre Les militants de la LMR présentent une saynète à la place du Molard (Comité Indochine vaincra) et distribuent des tracts pour annoncer le meeting du 12 octobre - Propagande contre la firme HONEYWELL BULL et ses représentations en Suisse.
12 octobre Meeting à la Maison du Faubourg du " Comité Indochine Vaincra ", avec conférence du prof. KAHN de Paris - Env. 300 participants.
18 octobre Suite à l’arrestation de militants par la Justice militaire (5 civils dénoncés pour avoir distribué des tracts à la caserne des Vernets) une conférence de presse est convoquée à la Brasserie Internationale par (X)* et quelques activistes du mouvement anti-militariste.
21 octobre Assemblée d’information et de soutien aux luttes en Espagne organisée par le CUL gauchiste au restaurant du Grütli.
22 octobre Distribution de tracts aux soldats à la gare Cornavin par des militants du " Comité de soutien aux luttes anti-militaristes ".
27 octobre Manifestation du " Comité de soutien aux luttes anti-militaristes ". Rassemblement aux abords de la gare Cornavin puis cortège jusqu’à la caserne des Vernets. Environ 150 participants. Aucune intervention des forces de l’ordre.
NOVEMBRE
1er nov. Manifestation " contre la réforme de l’AVS - 2ème pilier " lancée par les gauchistes et l’ATEES, regroupés dans une " Commission de coordination de travailleurs ". Rassemblement aux abords de la Gare Cornavin et cortège jusqu’à la Place-Neuve. Environ 200 participants. Aucune intervention des forces de l’ordre.
1 au 9 Dans le cadre de la manifestation anti-militariste du 9 nov., la propagande s’est étendue à tous les milieux par voie de tracts, de journaux et d’affiches. D’importants barbouillages ont été commis, particulièrement dans les écoles.
9 nov. Manifestation " contre l’armée " (rappel des événements du 9.11.1932). Rassemblement à la Place-Neuve, cortège par les rues-basses jusqu’à la Salle communale des Eaux-Vives et retour jusqu’à la Plaine de Plainpalais pour un meeting. Environ 1'200 participants. Quelques incidents dus à l’action d’opposants (militaristes). Presque entièrement mobilisées, les forces de l’ordre n’ont pas eu à intervenir.
17 nov. Réunion d’un " Comité Palestine ", regroupant des militants gauchistes au café Bagatelle.
18 nov. La manifestation à Bienne du " Comité Indochine Vaincra " a été ignorée par les gauchistes de Genève, à l’exception de la section de la Ligue.
20 nov. Distribution de tracts par le CLP devant la Mission d’Indonésie, rue de la Servette, à l’occasion de la visite en Suisse du Président Souharto.
Dans la seconde quinzaine du mois, l’action des extrémistes s’est concentrée sur la diffusion de propagande sur les caisses de retraite.
A relever encore la propagande la LMR dans les collèges pour la " suppression de l’art. 30 " (règlement interne) et la pétition qui a circulé parmi les apprentis en faveur de vacances égales à celles des étudiants.
30 nov. La LMR distribue un tract à l’UNI appelant à la création d’un " Cercle Che Guevara " et à un meeting sur le Chili.
DECEMBRE
Durant ce mois, de nombreux tracts ont été distribués sur les usines, concernant le salaire au point, la justice bourgeoise, le Vietnam, etc.
6 décembre Le CLP a un nouveau local à l’av.(de Miremont 22. Il s’agit d’une ancienne villa où logent actuellement des gauchistes connus.
20 déc. Démolition de l’immeuble du prieuré.
Manifestation le soir contre cette démolition. Rassemblement à la gare Cornavin puis cortège jusqu’aux rues-basses. Environ 100 participants. Quelques vitrines ont été brisées. Pas d’intervention des forces de l’ordre.
22 déc. Manifestation au Rond-Point de Rive, suite démolition du Prieuré, puis cortège jusqu’à la route de Malagnou. Occupation symbolique d’un appartement de luxe situé au 32, rte de Malagnou. Environ 100 participants à cette manifestation. Pas d’incident.
24 déc. Distribution de tracts pour " la paix au Vietnam " à l’entrée des églises et des temples à l’occasion de la messe de minuit. Quelques porteurs de pancartes ont été contrôlés par la Gendarmerie.
LISTE DES MILITANTS ACTIFS DU MOUVEMENT GAUCHISTE Ã GENÈVE
Nous avons classé dans cette liste tous les individus qui sont apparus en 1972 dans le cadre des surveillances effectuées par notre service. Dans la mesure de nos connaissances, nous avons résumé pour chacun quelques indications sur son activité respective durant l’année écoulés, sur son appartenance à un groupe défini ou sa tendance, sur ses fréquentations ou tout autre renseignement nous paraissant utile à retenir et qui n’a pas fait l’objet de rapports particuliers.
Sauf exception, tous ces activistes sont connus et ont déjà été signalés précédemment, aussi nous ne mentionnerons pas le détail des identités.
(EA)* L.C.
(SA)* P.C.S.
(SA)* L.C.
(PA)* P.C.S.
(LG)* P.C.S.
(JH)* C.L.P.
(NH)* C.L.P.
(JH)* L.M.R.
(AH)* L.C.
(CH)* L.M.R.
(BH)* C.L.P.
(DH)* C.L.P.
(GH)* L.C.
HOLENWEG Pascal, 28.8.52, BE G.A.R.
vendeur en librairie - connu depuis 1970. A été arrêté à l’issue du cortège du 1er mai pour avoir cassé des vitres du Consulat du Portugal. A participé à la majorité des manifestations.
(PJ)* L.C.
(DJ)* L.M.R.
(manquent les pages 36 à 48, suite de la liste des militants actifs du mouvement gauchiste à Genève)
Afin de mieux situer le mouvement extrémiste à Genève, quelques considérations utiles peuvent être tirées sur la base de cette liste de militants.
Les quelque 300 éléments gauchistes identifiés se répartissent comme suit :
Hommes Femmes Total
C.L.P. 42 22 64
L.M.R. 35 21 56
P.C.S. 13 6 19
L.C. 23 13 36
M.L.F. 32 32
Autres groupements marginaux 43 15 58
Moyenne d’âge pour l’ensemble des militants : 25 1/2 ans
Moyenne d’âge des groupuscules :
C.L.P. 26 1/2 27 26 1/2
L.M.R. 21 19 20
P.C.S.* 26 27 26
L.C. 25 26 26
M.L.F. 27 1/2 27 1/2
Autres groupements marginaux 25 24 1/2 25
*Mis à part MEGEVAND, âgé de 64 ans
REPARTITION PAR PROFESSION (Les chiffres entre parenthèses indiquent le nombre des femmes, compris dans le nombre total)
étudiants enseignants fonctionnaires libérales typos ouvriers employés
C.L.P. 23 (6) 14 (4) 7 (4) 1 5 2 (1) 12 (7)
L.M.R. 44 (15) 5 (3) 2 5 (3)
P.C.S. 8 (3) 1 (1) 1 sans profession 3 (1) 6 (1)
L.C. 19 (3) 9 (6) 2 (1) 6 (3)
M.L.F. 14 (14) 8 (8) 2 sans profession 8 (8)
Autres groupements
marginaux 26 (8) 14 (4) 1 5 12 (3)
Rapport de la police genevoise du 31 mai 1973 sur l’édition de journaux de caractère subversif
REPUBLIQUE ET CANTON DE GENÈVE
Département de justice et police
CORPS DE POLICE
Renseignements et Sécurité
Genève, le 31 mai 1973
Rapport de (XXX) à Monsieur le chef de service
Concerne
: Holenweg Pascalné le 28.8.1952 à Genève
Bernois, célibataire,
employé de bureau
20, rue Gaudy-Lefort à Onex/GE
bien connu comme extrémiste anarchisant
Edition de journaux de caractère subversif
A titre d’information, je transmets en annexe deux documents photocopiés constituant des projets d’édition de Pascal HOLENWEG, à savoir :
ex " Tuez les tous "
2 - octobre 1972
Journal d’incitation à l’émeute, au pillage, au vol, au crime... politiques
Tentative de justification politique du " terrorisme "
Ces documents ont été trouvés au domicile d’HOLENWEG lors de son arrestation, le 26 avril 1973, étant l’objet d’une plainte en escroquerie de la " Caisse d’Epargne " de Genève pour un montant de Fr. 15'000.-.
Les circonstances de cette affaire pénale seront traitées dans un rapport particulier.
Concernant ces écrits subversifs, il est à rappeler qu’HOLENWEG avait déjà édité en diffusé en 1971 le journal " TUEZ LES TOUS ". Entendu au sujet de la préparation de ces deux nouvelles parutions, il a déclaré en être l’auteur exclusif mais que ces projets étaient restés en suspens faute de moyens financiers (selon lui, sa première édition aurait déjà été un fiasco).
De tels écrits constituant des menaces contre la paix publique, HOLENWEG a été prévenu que leur diffusion était punissable.
Note de la police fédérale du 6 juillet 1973
Infraction éventuelle à l’art. 259 CPS par des écrits faisant appel à l’émeute, au pillage, au vol, au crime politique, au terrorisme en général.
A ce sujet, j’ai eu un long entretien avec (XXX) et Monsieur (XXX) du service de renseignements et de sécurité, de la police genevoise.
Ce dernier ne pense pas qu’il y ait lieu de transmettre ce rapport au parquet cantonal, car il ne saurait y avoir infraction à l’art. 259 CPS (provocation publique au crime) puisque ces écrits n’ont pas été publiés ni diffusés.
(...)
HOLENWEG a été mis en garde des suites qu’aurait pour lui la publication d’un tel écrit en attirant son attention sur l’art. 259 CPS et la gravité de la sanction qu’il encourrait.
Lettre du Procureur Général de la Confédération au Procureur Général de la République et Canton de Genève, du 2 août 1973
Monsieur le Procureur général,
Nous avons l’avantage de vous faire parvenir ci-joint un rapport du 31 mai 1973, émanant de la Police genevoise et ayant trait au nommé Holenweg Pascal, 1952, originaire de Berne, domicilié à Onex.
Le contenu des documents annexés (Légitime Défense et Pourquoi pas ?), découvert par la Police genevoise lors de la perquisition effectuée chez Holenweg le 26 avril 1973, pourrait à notre avis constituer une infraction à l’art. 259 CPS (provocation publique au crime), du moins au stade préparatoire. (...) Nous vous prions de nous faire part de votre décision en la matière conf. à l’art. 2 de l’ACF du 9 janvier 1970 réglant la communication des décisions prises par les autorités cantonales en application du code pénal et d’autres dispositions du droit fédéral.
Dans l’attente d’une décision motivée de votre part, nous vous prions d’agréer (...).
Rapport de la police genevoise du 22 octobre 1973 sur l’Organisation " Minorités "
République et Canton de Genève
Département de justice et police
Corps de police
Renseignements et Sécurité
Genève, le 22 octobre 1973
Rapport de (XXX) à Monsieur le chef de service
Concerne : Organisations " MINORITÉS "
Documents
De source confidentielle, il nous est parvenu divers documents relatifs à une organisation " Minorités " que nous transmettons ci-joint pour information.
L’organigramme et le projet de structuration des " Minorités " (documents 1 à 4) est, selon toute vraisemblance, l’oeuvre de Pascal HOLENWEG (1952 BE), extrémiste bien connu de notre service. La correspondance qui lui est adressée (documents 5, 6 et 7) se réfère au cycle de manifestations sur le thème des " Minorités " que le Centre de loisirs d’Onex avait projeté en avril/mai 1973 et qui avait dû être annulé à la suite de l’arrestation de HOLENWEG. A ce sujet, nous nous reporterons au rapport établi le 3.6.1973 (N.B. : ne cherchez pas ce rapport : vous ne le trouverez pas ici ; plusieurs des personnes et des organisations qu’il évoque sont encore en activité et en lutte ; rendre public un texte qui y fait allusion pourrait évidemment leur causer quelque désagréments, et il n’est pas question ici de les y confronter...).
Il est évidemment difficile d’estimer dans quelle mesure ce projet d’organisation aurait pu être réalisé si les manifestations prévues avaient eu lieu mais il est à retenir que le but était la création d’une organisation internationale agissant dans la clandestinité, donc dans l’illégalité. Toute manifestation officielle de ces " Minorités " n’aurait servi qu’à favoriser leur action clandestine.
Dans cet organigramme, il est mentionné le nom de (XXX), présenté comme responsable éventuel des relations internationales (avec les Palestiniens, les Black Panthers, le FLQ, les Mouvements de libération africains). Il pourrait s’agir du nommé (XXX), recherché depuis 1971 pour sa participation à des vols d’armes et à la constitution d’une organisation terroriste anarchiste. Nous ignorons si (XXX) et HOLENWEG sont encore en relations.
Rapport de la police genevoise du 2 mai 1974 sur " Les damnés de la terre "
République et canton de Genève
Département de justice et police
Corps de police
Renseignements et Sécurité
Genève, le 2 mai 1974
Rapport de (XXX) à Monsieur le chef de service
Concerne
: publication d’une brochure intitulée : " Les damnés de la terre "
Nous transmettons pour information un exemplaire d’une publication intitulée " Les damnés de la terre " - No 1 - avril 1974 - Organisations Minorités " dont le rédacteur responsables est le nommé HOLENWEG Pascal André (22.8.1952 BE - connu).
Cette brochure qui compte 54 pages est imprimée aux Imprimeries Populaires à Genève et nous lisons au sommaire :
En ce qui concerne le nommé MAGNAT Benoît (20.3.1946, GE), il est connu de notre service en tant qu’anti-militariste et activiste au sein des milieux marginaux.
STUDER Brigitte est également connue de notre service comme activiste marginale.
Quant au nommé GOLOWIN Sergius, il était à ce jour inconnu de notre service. Ce dernier répond à l’identité suivante :
GOLOWIN Sergius, né le 31.3.1930 à Prague. Bernois, journaliste, domicilié à Metten près d’Interlaken.
L’intéressé est connu du service de renseignements de la police municipale de Berne en qualité de journaliste de gauche.
Note du 20 décembre 1974, demande de contrôle postal
Concerne : Mise sous contrôle de
Holenweg Pascal
(...)
Le précité est bien connu de nos services comme élément anarchisant. Etait en relations avec (DM)* et a été animateur d’un " Groupe autonome révolutionnaire ". A été arrêté en mai 72 pour dommages à la propriété suite à la manifestation du Ier mai et en avril 1973 pour escroquerie de Fr. 15'000.- commise dans le cadre d’une campagne en faveur de minorités ethniques. Est en contact avec des mouvements tels que l’ETA basque, l’IRA et le FLB.
Son activité actuelle n’est pas définie, ne travaillant pas d’une manière suivie. A occupé des postes d’employé, de manœuvre.
S’il est officiellement domicilié chez ses parents à (...), cette adresse est très relative. Il est vraisemblablement hébergé dans la région d’Onex, Cité Nouvelle. N’a pas été remarqué ces derniers jours à Onex.
Par la poste, nous apprenons qu’il est détenteur d’une
case postale 90 - 1213 Onex
avec indication : GROUPE " G "
Dans l’éventualité d’une implication de HOLENWEG à l’attentat du 17 décembre 1974 contre la station électrique de la Renfile à Vernier, il serait utile de disposer d’un contrôle postal de la correspondance de cet extrémiste.
Le 20 décembre 1974
Note du 12 février 1975, demande de contrôle postal et téléphonique
Concerne : Demande de contrôle postal de
Holenweg Pascal
(...)
En complément à notre note du 20.12.1974 sur l’éventualité d’une implication de Pascal HOLENWEG à l’attentat du 17.12.1974 contre la station électrique de la Renfile à Vernier, l’explosion criminelle du 9.2.1975 au Consulat de la RFA au chemin du Pt-Saconnex confirme la nécessité d’un contrôle de la correspondance postale du précité.
Les surveillances effectuées ces dernières semaines établissent que cet extrémiste n’a pas d’activité professionnelle suivie depuis de nombreux mois. S’il loge plus ou moins régulièrement chez ses parents à Onex, il n’est pas exclu qu’il dispose d’autres lieux d’hébergement. Ainsi, en 1974, il logeait dans une chambre indépendante à Meinier, d’où il a été éloigné, faute de paiement de la location. Plusieurs personnes interrogées confirment son indépendance d’un horaire régulier et son manque d’argent chronique.
Comme déjà mentionné HOLENWEG fait partie du milieu anarchiste actif et ne cache pas ses idées extrémistes, telles que développées dans les brochures qu’il avait éditées à ses frais en 1971/72. D’autres documents recueillis en 1973 laissent supposer qu’il serait encore en relations avec (DM)*, ceci parallèlement avec ses contacts avec plusieurs mouvements extrémistes étrangers (ETA basque - FLB en Bretagne - IRA en Irlande).
Le 12 février 1975
(XXX)
N.B. : Pascal HOLENWEG résidant présentement chez ses parents, il serait également souhaitable de disposer d’un contrôle téléphonique.
(...)
Télex du 23 mai 1975, demande de contrôle téléphonique du 26 mai 1975, décision du 27 mai 1975 d’ouverture d’enquête, rapport du 12 juin 1975 sur le contrôle téléphonique et décision du 13 juin 1975 de suppression du contrôle téléphonique.
Telex no 136 de la police genevoise du 23 mai 1975 à l’intention de (XXX), police fédérale
concerne : explosifs et grenades trouvés à Genève le 19.5.75
Dans le cadre de cette et vu l’éventualité que tant le vol des explosifs que l’entreposage de ceux-ci dans un casier automatique de la gare Cornavin soit l’oeuvre d’extrémistes-anarchistes locaux, nous estimons particulièrement indispensable de pouvoir disposer d’un contrôle technique à l’égard du nommé :
Holenweg Pascal (...)
Cet extrémiste est bien connu de nos services et nous nous reportons aux nombreux rapports établissant son activité délictueuse.
Le chef de la police
Le 26 mai 1975, le Ministère Public Fédéral priait la Direction générale des PTT de le " renseigner sur la correspondance téléphonique (toutes les conversations " du susnommé, " dans l’intérêt d’une enquête de police judiciaire pour infractions visées aux articles 226 CPS " (
concerne la fabrication, l’acquisition, la transmission, la détention, la dissimulation, le transport ou l'intention de l'usage d'explosifs, de gaz toxiques ou de substances propres à leur fabrication, pour un usage délictueux, toutes activités punies de la réclusion (détention " dure ") jusqu’à 10 ans ou de l’emprisonnement (détention " douce ") pour au moins un mois).Le 27 mai, le chef de la police fédéral communiquait la décision d’ouvrir une enquête contre le susnommé, sur la base de l’art. 226 CPS.
République et canton de Genève
Département de Justice et police
CORPS DE POLICE
Renseignements et Sécurité
Genève, le 12 juin 1975
Rapport de (XXX) à Monsieur le chef de service
CONCERNE : Contrôle technique du nommé :
HOLENWEG Pascal (...)
Suite à la découverte à Genève dans un casier automatique de la gare Cornavin, le 19 mai 1975, d’explosifs et de grenades, nous avons demandé un contrôle sur le susnommé, le 23 mai 1975.
A ce jour, les divers renseignements parvenus à notre connaissance par ce moyen technique comme par les surveillances effectuées aux abords de son domicile sont négatifs. On peut toutefois en déduire qu’HOLENWEG s’occupe toujours du problème anarchiste, mais sans que nous ayons pu établir sa participation aux vols ou à l’entreposage des explosifs retrouvés au mois de mai.
En fait, nous estimons que pour l’instant ce contrôle peut être supprimé, tout en gardant la possibilité de le rétablir en temps opportun.
Le 13 juin 1975, le Procureur général de la Confédération communiquait à la direction général des PTT que le contrôle téléphonique demandé pouvait être supprimé, et le chef de la police fédérale que l’enquête ouverte pouvait être close.
Rapport du 17 novembre 1975 de la police genevoise en réponse à la demande de renseignements de la police fédérale sur le " groupe Armé d’Action Révolutionnaire " (GAAR)
REPUBLIQUE ET CANTON DE GENEVE
Département de justice et police
CORPS DE POLICE
Renseignements et Sécurité
Genève, le 17 novembre 1975
Rapport de (XXX) à Monsieur le chef de service
Objet de l’enquête : Pièce no 226/17
La police fédérale demande des renseignements sur un groupement appelé : " Groupe Armé d’Action Révolutionnaire ", GAAR
En date du 30 septembre 1975, la Police fédérale nous transmettait une demande de renseignements concernant un nouveau mouvement qui se nomme : " Groupe Armé d’Action Révolutionnaire " (G.A.A.R.).
Les recherches effectuées, tant dans les milieux de l’extrême-gauche locale que chez les Espagnols, ne nous ont pas permis d’établir la présence de ce groupe à Genève.
Selon les renseignements que nous avons pu obtenir dans les milieux espagnols, le G.A.A.R. semble encore totalement inconnu.
Aucune relation n’a pu être établie avec un autre mouvement appelé Groupe Autonome Révolutionnaire (GAR). En effet, ce groupe, dirigé par HOLENWEG Pascal 28.8.52, bien connu, est apparu principalement en 1972. Actuellement, il n’édite plus de tract et on ne le voit plus dans les manifestations de rue.
L’enquête continue et en cas de fait nouveau concernant ces groupes, un rapport complémentaire sera établi.
Rapport du 27 mars 1976 (sans indication d’origine) sur l’audience du Tribunal militaire à Lancy, le 26 mars 1976
27 mars 1976
Concerne : Audience du Tribunal militaire à la salle de la Mairie de Lancy.
Journée de protestation organisée par le " Groupe OC " (mouvement regroupant des objecteurs de conscience).
Vendredi 26 mars 1976
Le lundi 22 mars 1976, le nommé BOVARD René (23.4.1900, Vd, secrétaire, domicilié 11 rue Verdaine, connu), au nom du " groupe OC ", s’est adressé par lettre au Chef de la Police pour solliciter une autorisation d’organiser le 26.3.1976 une journée de boycottage du procès d’un objecteur de conscience qui devait se dérouler le même jour à la salle de la Mairie de Lancy. Il envisageait d’informer le public par la présentation d’un " tableau vivant ", le matin et l’après-midi à la place du Molard.
A la demande de Monsieur le Chef de la Police, nous avons pris contact avec René BOVARD qui nous a expliqué le déroulement de la manifestation. Il a pris l’engagement formel de ne pas organiser une action à l’intérieur du tribunal militaire ou dans le parc de la Mairie de Lancy. Il nous faisait part de son intention de faire jouer un sketch qui devait simuler une audience de jugement d’objecteurs de conscience.
Le 24 mars 1976, notre Département a répondu favorablement à la demande de René BOVARD sous certaines conditions bien définies (port de l’uniforme de l’armée suisse en particulier).
Le jeudi 25 mars 1976, soit la veille du procès militaire, le " Groupe OC " a fait connaître ses buts dans la presse locale.
1/ Audience du Tribunal militaire de la Division 1 à la salle de la Mairie de Lancy
Cette séance du tribunal s’est déroulée dans le calme et en présence de quelques rares curieux.
2/ Production sur la place du Molard
Six jeunes gens, vêtus de grands manteaux noirs, les visages recouverts de masques de carnaval et portant des casquettes de carton sont alignés à côté de la fontaine de la place du Molard ; devant eux, quelques jeunes se présentent en jouant soit de la flûte soit du violon. De temps à autre, un des " masqués " donne lecture du jugement.
Ces scènes se sont déroulées à plusieurs reprises aux heures indiquées par les organisateurs et devant l’indifférence des passants. René BOVARD et deux autres personnes âgées ont distribué des tracts tout en essayant vainement de sensibiliser le public à leur cause.
Estimant que les responsables se sont conformés aux conditions émises par notre département, nous ne sommes pas intervenus sur place. Relevons que des photos ont été prises et sont jointes au présent rapport.
A part René BOVARD, nous avons relevé la présence du pasteur ROUGET Jean (1.10.21, VD, connu) et HOLENWEG Pascal (28.8.52, connu) qui jouait de la flûte. Nous pouvons affirmer que cette parodie a été jouée par des jeunes gens fréquentant le CRAC.
Nous n’avons pas effectué de services lors de la " séance " du soir organisée des 20.30 h. à la maison des jeunes à la place St. Gervais.
ANNEXE : photos
tract
Rapport du 10 décembre 1976 de la police genevoise sur la création du Parti socialiste pour l’unité populaire (PSUP)
République et canton de Genève
Département de justice et police
Corps de police
Renseignements et Sécurité
Genève, le 10 décembre 1976
Rapport de (XXX) à Monsieur le chef de service
Concerne : Création d’un nouveau groupement politique, le PARTI SOCIALISTE POUR L’UNITE POPULAIRE (PSUP)
Vers fin novembre 1976, un nouveau groupement politique a fait son apparition à Genève sous le sigle PSUP (Parti Socialiste pour l’Unité Populaire). L’adresse indiquée est la Case postale 207, 1211 Genève 4. A notre connaissance ce groupement n’a pas encore pris part à des actions politiques. Nous ne lui connaissons aucun bulletin ou parution quelconque.
Au vu du nom de l’un des responsables, on peut toutefois inclure le PSUP dans la catégorie des groupements d’extrême-gauche, voire anarchisants. En effet, le nom qui retient le plus l’attention est celui d’HOLENWEG Pascal, 28.8.52/GE, bien connu comme marginal, anarchiste, participant à tout ce qui est contestation, agitation et manifestation. Deux autres noms apparaissent ; l’un, (FW)*, est inconnu des divers fichiers de police et du Contrôle de l’Habitant, l’autre correspond à la personne suivante : (DB)*, inconnue de nos services de police.
Rapport du 6 avril 1978 de la police genevoise sur le Comité suisse romand de soutien au Tribunal Russell
République et canton de Genève
Département de justice et police
Corps de police
Renseignements et Sécurité
Genève, le 6 avril 1978
Rapport de (XXX) à Monsieur le chef de service
Concerne : Transmission du BULLETIN du COMITE SUISSE ROMAND DE SOUTIEN AU TRIBUNAL RUSSELL
Nous transmettons, ci-joint, le Bulletin no 1 du COMITE ROMAND DE SOUTIEN AU TRIBUNAL RUSSELL, CONTRE LA REPRESSION EN RFA. Toute la brochure traite d’ailleurs de la " répression " en République Fédérale d’Allemagne. Les lecteurs sont invités, à la dernière page, à apporter leur contribution financière en faisant parvenir un mandat postal à l’adresse :
(TD)*
Le Bulletin no 1 porte la case postale 201 1211 Genève 4. Le détenteur en est :
PARTI SOCIALISTE UNITAIRE, ou
PARTI SOCIALISTE POUR L’UNITE POPULAIRE,
responsables annoncés :
L’éditeur responsable est ce même HOLENWEG Pascal. A son propos, signalons qu’il s’agit d’un extrémiste particulièrement virulent qui depuis plusieurs années participe à toutes les actions " dures " organisées par les extrémistes de quelque groupe qu’ils soient.
Rapport sur la manifestation contre la prison de Champ-Dollon du 18 mai 1978
23 mai 1978
Concerne : Manifestation de rue contre la prison de Champ-Dollon le 18 mai 1978,
organisée par :
Le Groupe Action Prison (GAP),
Le Centre Femmes
Le Comité contre Champ-Dollon
Cette manifestation a été annoncée par un affichage sauvage qui a été effectué en notre ville dans la nuit du 17 au 18 juin 1978. Une de ces affiches est joints au présent rapport. Elle invitait à se rendre le 18 mai 1978 dès 1800 heures à la Place-Neuve, pour protester contre l’internement, l’isolement, l’automutilation, les morts et les tentatives de suicide à Champ-Dollon.
Ladite manifestation n’a pas fait l’objet d’une demande d’autorisation. De ce fait, elle n’était pas autorisée, mais le rassemblement était toléré. Le Conseil d’Etat et le Président du Grand-Conseil nous informaient de ce qui suit :
DEROULEMENT DE LA MANIFESTATION
Dès 1800 heures, environ 40 personnes sont rassemblées à la Place Neuve, autour de la statut du Général Dufour.
A 1820 heures, ils sont environ 150. Des tracts sont distribués (joints au présent rapport). A ce moment, (XXX) effectue une première sommation : " La manifestation n’est pas autorisée, mais le rassemblement est toléré ".
Après quelques minutes, une 2ème sommation est effectuée par (XXX) : " La manifestation ne doit pas troubler les travaux du Grand-Conseil ".
Des postes d’observation mis en place, on peut lire plusieurs banderoles : " Femmes contre la prison, l’isolement et le pouvoir qui nous tue ", " Demandons acceptation de toutes les revendications des détenus ".
A 1840 heures, un cortège s’est formé et s’ébranle en direction de la Corraterie. Les conducteurs du cortège (trois meneurs) ont des foulards sur le visage. L’estimation est de 250 à 300 personnes. On peut entendre crier par mégaphone : " FONTANET démission ". Les manifestants crient les slogans suivants : " La prison tue, tuons la prison ", " FONTANET assassin ".
Vers 1850 heures, les manifestants ont remonté la Cité puis la Grand-Rue et sont stoppés au sommet de celle-ci par un barrage de la gendarmerie. On assiste alors à une montée de voix des slogans précités. Après une dizaine de minutes, les manifestants se rendent compte de leur impuissance face au barrage de la gendarmerie et redescendent la Cité pour prendre la rue de la Confédération, puis la rue de la Fontaine où ils se mettent à courir en direction de la place du Bourg-de-Four. Rue de l’Hôtel-de-Ville, ils sont à nouveau bloqués par un barrage de la gendarmerie.
Vers 1930 h, devant ces faits, les manifestants se replient pour prendre la rue Verdaine. A la hauteur du Palais de Justice, des dégâts sont commis par les manifestants contre ledit immeuble :
Arrivés au bas de la rue Verdaine, les manifestants prennent la rue d’Italie, puis la rue Ferdinand Hodler, pour descendre sur le Rd-Point de Rive où ils plient les banderoles. L’un d’eux, non identifié, annonce par mégaphone qu’ils n’étaient pas assez pour charger. Par la suite, on assiste à un dispersement des manifestants.
Vers 2000 heures, tous les manifestants ont quitté le Rd-Point de Rive. Les barrages de gendarmerie sont maintenus. Le Grand-Conseil ayant séance, un dispositif tant sur le plan gendarmerie que sûreté est maintenu en place, et des patrouilles sont effectuées par nos services pour détecter d’éventuels rassemblements.
Vers 2320 heures, à la suite de la fin de la séance du Grand-Conseil, le service est levé.
Lors de la manifestation, les participants suivants ont été remarqués par nos services :
(ADG)* (connue). L’intéressée a été contrôlés lors de la manifestation. Elle était porteuse de nombreux citrons dans un sac.
(AF)* (connu) L’intéressé a été remarqué lors de la manifestation.
(GF)* (connu) L’intéressé a été signalé comme étant l’un des meneurs.
(M.-C.F) (connue) L’intéressée a été contrôlée à la Place-Neuve. Elle était porteuse de banderoles.
HOLENWEG Pascal (connu). L’intéressé a été remarqué lors de la manifestation.
(RM)* (connu). L’intéressé utilisait un mégaphone à la place du Bourg-de-Four.
(MM)* (connu) L’intéressé était toujours en tête du cortège.
Les véhicules suivants ont été remarqués :
(XXX)* Détentrice : (CB)* (connue) Des calicots ont été amenés à la manifestation avec ce véhicule.
(XXX)* Détenteur : (AS)* (connu) Idem.
A la suite des barbouillages effectués lors de la manifestation, une plainte a été déposée par M. Armand BOSSARD au nom du Département des Travaux Publics. A ce jour, le ou les auteurs de ces dégâts n’ont pas été identifiés.
EFFECTIFS MIS EN PLACE POUR LA MANIFESTATION
Gendarmerie :
(XXX) Section mobile 20 hommes
(XXX) Section mobile 20 hommes
(XXX) Section mobile 20 hommes
(XXX) Section fixe 25 hommes
(XXX) Section fixe 30 hommes
Total : 115 hommes
Sûreté :
A l’extérieur : 16 insp.
Consigne au bureau 13 insp.
PCO 1 insp.
Total : 30 insp.
Sous les ordres de (XXX)
Rapport du 1er octobre 1980 sur la manifestation contre le Congrès international d’Interprotecta
République et canton de Genève
Département de justice et police
Corps de police
Renseignements et sécurité
Genève, le 1er octobre 1980
Rapport de (XXX) à Monsieur le chef de service
Concerne : Manifestation contre le Congrès international d’Interprotecta mardi 30 septembre 1980 organisée par le COMITE ANTI-REPRESSION
Annoncée par voie de tracts, cette manifestation n’a fait l’objet d’aucune demande d’autorisation. Sous l’anonymat d’un " COMITE ANTI-REPRESSION ", les auteurs s’associent à la lutte de la jeunesse zurichoise et protestent contre le Congrès international d’Interprotecta qui se tient actuellement à Genève. Ils appellent à un mouvement de solidarité avec les manifestants suisses-alémaniques, contre l’instauration d’un Etat fort, en programmant deux meetings à la Salle communale des Eaux-Vives les vendredi 10 et samedi 11 octobre 1980. A propos de ce COMITE ANTI-REPRESSION, signalons qu’il était apparu durant l’année 1971, exclusivement, en distribuant de nombreux tracts, organisant des meetings et des manifestations en soutien aux anarchistes (DM* et Cie) arrêtés pour avoir volé et stocké des fusils d’assaut. A l’époque, il était constitué d’extrémistes et de marginaux (à l’exclusion de la L.M.R.) dont certains sont réapparus à la manifestation d’hier, notamment (GF)* et HOLENWEG Pascal, 1952/GE.
Déroulement de la manifestation
Appelés pour 1800 h. à la place des Grottes, les manifestants commençaient à se réunir vers 1810 h. et le groupe ne cessait de grossir jusqu’à 1850 h. pour atteindre le nombre maximum de 150. Un cortège se formait alors et prenait la direction de la place Montbrillant avec à sa tête une maquette de voiture, en bois et en carton de 3m sur 2m, portée par quatre personnes, avec l’inscription SOMOZA à côté des drapeaux américain et genevois. La fausse-plaque portait le no GE 1984 qui correspond à une année qui revient également dans leurs écrits et dans leurs slogans. Plusieurs manifestants étaient déguisés, soit par des maquillages, soit par des masques ou des foulards cachant une partie du visage. Une grande banderole était déployée signifiant " NON A L’EUROPE DES FLICS ". Le cortège empruntait ainsi la rue Malatrex, place des XXII Cantons, rue Cornavin, Pont de l’Ile, rue de la Monnaie, place Neuve, Rond-Point de Plainpalais, avenue Henri Dunant, Bd du Pont d’Arve, pour s’immobiliser à l’intersection Bd du Pont d’Arve-Quai Ernest Ansermet, face à un cordon de gendarmerie qui empêchait l’accès au Palais des expositions où se tient le Congrès Interprotecta. Là, le feu était mis à la maquette et des pétards et des fusées, disposées à l’intérieur, explosaient, probablement pour symboliser le récent attentat contre la voiture, et la personne, de l’ex-dictateur Somoza. Les manifestants devaient restée immobilisés à cet endroit durant une quinzaine de minutes environ, de 1925 h. à 1940 h. Puis le cortège repartait, non sans avoir perdu la moitié de son effectif, et remontait l’avenue du Mail pour s’immobiliser à nouveau devant l’immeuble du GENEVE HOME INFORMATION, 22 avenue du Mail, et de SECURITAS, avec lesquels il y eut d’ailleurs quelques altercations. Il était 1945 h. et le groupe de manifestants qui se chiffrait à environ cinquante éléments allait rapidement se retirer de la chaussée pour aller sur la plaine, puis se dissoudre. A 2000 h., une dizaine de manifestants restaient sur place, discutant avec des employés SECURITAS, et à 2015 tout était terminé.
Des inscriptions au spray et à la craie ont été faites sur la chaussée au Rd-point de Plainpalais et du Bd du Pont d’Arve, ainsi que sur le mur du Palais des expositions et sur des affiches INTERPROTECTA.
Sous les ordres de (XXX), 22 inspectrices et inspecteurs avaient été mobilisés ainsi que 3 sections de gendarmerie et 2 groupes.
Ont été reconnus pour avoir pris part à la manifestation les individus suivants, tous connus :
(DM)*, (CB)*, HOLENWEG Pascal 1952, (GF)*, (AG)*, (CC)*, J.-J. D)*
Note du 19 mars 1988 sur la réunion à Genève, le 11 février 1988, du PKK, du CEDRI et d'organisations de gauche
Note
Concerne : "réunion à Genève, le 11.2.88, du PKK, du CEDRI et d'organisations de gauche"
MPC - (XXX)
Il est question, (XXX), d'un " banquet " organisé par des organisations suisses de gauche (dont le CEDRI) et qui se serait déroulé le 11.2.1988 à Genève.
Il est également fait mention de la présentation à cette occasion d'un " nouveau périodique français de gauche " et de la présence à ce banquet, de représentants de la gauche dans la presse ainsi que de personnalités telles que Jean ZIEGLER.
Nous n’avons aucune information sur un " banquet " ou une réunion qui se serait déroulée à Genève le 11.2.88.
En ce qui concerne le périodique de gauche, il devrais s’agir de POLITIS-Le Citoyen édité à Paris, dont le no 1 a paru en octobre 1987.
POLITIS, ainsi qu’il est décrit par un tract diffusé par un comité suisse de soutien (voir ci-joint), est un hebdomadaire qui " propage et soutient les vérités quotidiennes ". Il est rédigé par des " journalistes d’expression de gauche, licenciés parce qu’ils ont le courage de leurs opinions ".
Parmi les membres du comité suisse de soutien, nous trouvons Jean ZIEGLER (GE), Pascal HOLENWEG (GE) -connus PS, CRUSE René (2.3.1922 F, pasteur Genève, connu COMITE-PAIX/DISSIDENCES), (LD)*, (HL)*, (MM)*, MENETREY Anne-Catherine VD, (JA)*, JAGGI Yvette Lausanne, (P.-L.G)*.
L’un des 4 pavés publicitaires figurant dans POLITIS no 1 concerne Radio Zinzine que l’on sait être animée par LONGO MAI à Forcalquier/F.
Nous relevons donc ici la présence constante du CEDRI dans ces événements relatés, soit, lors du " banquet " du 11.2.88, durant lequel POLITIS a été présenté, puis dans le comité de soutien de l’hebdomadaire (avec HL)* et enfin par l’encart publicitaire de LONGO MAI.
Sachant que la Société d’Edition du Nouvel Hebdomadaire (SENH) à Paris/F, est parvenue à réunir récemment plusieurs millions de Fr. en faveur de POLITIS, nous pourrions sérieusement envisager le fait que le CEDRI (ou LONGO MAI) ait participé substantiellement à cette récolte de fonds, et soit ainsi en mesure de contrôler ce nouvel organe de presse.
19.3.88 (XXX)
Note du 22 juin 1988 de la Police vaudoise à la police fédérale, concernant le Centre Martin Luther King
POLICE CANTONALE VAUDOISE
SURETE
Lausanne, le 22 juin 1988
Transmis à la Police fédérale le 23 juin 1988
NOTE pour la Police fédérale
Concerne : CENTRE MARTIN LUTHER KING
A la lecture du no 13 de juin 1988 de l’organe " K comme King " du CMLK, nous avons appris que (PB)*, secrétaire au CMLK, connu de notre service et de la police fédérale comme non-violent, avait donné sa démission pour fin juin 1988, en sa qualité de secrétaire, après cinq ans d’activité. Pour le remplacer, il a été fait appel à
HOLENWEG Pascal, domicilié à 1205 Genève (...)
L’intéressé est sociologue de formation et objecteur de conscience. Il traitera des relations extérieures du Centre et se spécialisera dans la non-violence. A ce titre, il s’occupera des relations avec le comité et les autres associations pacifistes de Suisse romande.
D’autre part, nous avons encore relevé qu’une pétition " Pour la décriminalisation et la dépsychiatrisation des objecteurs de conscience " allait être adressée au Conseil fédéral et au Parlement (voir photocopie jointe).
Toujours dans le même numéro, nous avons remarqué un article, signé d’un secrétaire du CMLK, relatif aux " Exportations d’armes suisses dans les pays du Golfe " que nous joignons également au présent écrit, pour information.
(XXX)
RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX
Sûreté vaudoise
