




Le président Zéroual a annoncé le 11 septembre dans une allocution radio-télévisée la tenue d'élections présidentielles anticipées avant la fin du mois de février 1999. Le président a précisé qu'il ne serait pas candidat à sa propre succession et qu'il assumerait sa tâche jusqu'à l'élection de son successeur.
(AFP, AP, Reuters, Liberté, Corr 11.9, 12.9) L'annonce par le président Zéroual de l'abréviation de son mandat présidentiel et de l'organisation d'élections présidentielles anticipées avant fin février 1999 (la date du 25 février a été évoquée officieusement) a aurpris les partis politiques et l'opinion publique en Algérie, même si des rumeurs couraient depuis plusieurs semaines sur une possible décision de ce type. Liamine Zéroual n'a donné aucune raison de sa décision, sinon sa volonté de "donner à l'alternance au pouvoir une concrétisation réelle". Les observateurs considèrent qu'il était à la fois fragilisé par les attaques menées par la presse privée contre son conseiller, le général Betchine, et par des problèmes de santé. Le climat social s'est en outre aggravé, avec la volte-face du syndicat UGTA qui, après l'avoir soutenu lors de son élection à la présidence, a rompu les discussions avec son Premier ministre le 9 septembre et laisse depuis planer la menace d'une grève générale. Enfin, les derniers mois ont été marqué par les violentes émeutes qui ont secoué la Kabylie, la polémique sur les "disparitions" et la persistance du terrorisme. Le premier président algérien élu au suffrage universel lors d'un scrutin pluraliste est ainsi le troisième président successif dont le mandat est abrégé, après Chadli Bendjedid, "démissionné" par l'armée, et Mohammed Boudiaf, assassiné (par on ne sait toujours pas très bien qui). La démission du président Zéroual laisse en tous cas franchement face à face, au sein du gouvernement et de l'armée, "éradicateurs" et "réconciliateurs", entre lesquels il tentait d'arbitrer depuis son élection.
Dans son intervention, le président a plaidé pour la "consolidation de la démocratie pluraliste" et la réalisation "d'autres précieuses avancées démocratiques". Sa décision de rester à son poste jusqu'à l'élection de son successeur évite une présidence intérimaire qui aurait dû être assurée selon la constitution par le président du Conseil de la Nation (Sénat), Bachir Boumaza, ancien ministre des présidents Ben Bella et Boumediène, accusé d'autoritarisme. En outre, le délai maximum de deux mois en cas d'intérim n'aurait pas permis aux candidats potentiels de se préparer à l'élection et de mener campagne. Le risque était d'ailleurs grand de voir les partis d'opposition boycotter une élection présidentielle organisée dans ce délai de deux mois, et de décrédibiliser cette élection par ce boycott. La décision du président laisse désormais cinq mois à la préparation des candidature, l'organisation des élections et la campagne électorale.
L'élection présidentielle devra être convoquée au plus tard 60 jours avant la date du scrutin. Le décret de convocation doit suivre dans les 15 jours, et la candidats auront ensuite à nouveau 15 jours pour présenter leur dossier, soit un programme électoral et 75'000 signatures de citoyens ou 600 signatures d'élus, recueillies dans au moins 25 wilayas. La campagne électorale officielle commence trois semaines avant la date du scrutin et s'achève deux jours avant cette date. Le président a annoncé que les chefs des partis seraient consultés sur les préparatifs de l'élection et a encouragé la presse à "informer objectivement et dans la transparence pour apporter sa contribution qualitative à la pérennité de la démocratie en Algérie".
Aucune personnalité proche du pouvoir n'a encore émergé pour succéder au président Zéroual, élu en novembre 1995 avec plus de 60 % des suffrages, au premier tour. L'armée est divisée entre les clans des généraux Lamari et Betchine. L'actuel "parti présidentiel" avait quant à lui mis en place une stratégie de succession pour l'échéance normale de l'an 2000. Trois "papables" se dessinent au sein du RND : le Premier ministre Ouyahia, qui disposerait du soutien de Liamine Zéroual mais est très impopulaire, et semble avoir perdu le soutien du syndicat UGTA; ensuite, l'ancien Premier ministre Moktad Sifi, leader de la tendance "moderniste" du RND, soutenu par les cadres du intermédiaires du parti; enfin, le Secrétaire général du parti, Tahar Benbaïbèche, soutenu par la base du parti et les organisations de la "famille révolutionnaire" de l'ancien système du parti unique (anciens combattants, enfants d'anciens combattants et de "martyrs" de la guerre d'indépendance etc...). La direction du RND s'est réunie le 12 septembre pour essayer de trouver le candidat idéal.
Au cas où le successeur de Liamine Zéroual ne serait pas issu des rangs du RND, l'hypothèse d'élections anticipées en cascade (législatives, régionales et locales) pourrait prendre corps, le RND étant largement sur-représenté dans toutes les instances politiques algériennes. On voit cependant mal d'où pourrait sortir le futur président, sinon du RND ou de l'armée, ou éventuellement du FLN, Les chances de l'opposition de l'emporter dans une élection présidentielle au secrutin majoritaire sont extrêmement faibles, même si plusieurs partis d'une même "mouvance" se coalisaient, et même si certains d'entre eux ont à leur tête des hommes incontestés à leur poste (Mahfoud Nahnah au MSP, Saïd Sadi au RCD, ni l'un, ni l'autre ne semblant cependant pouvoir recueillir une majorité de suffrages). Le FLN est quant à lui divisé entre ailes conservatrices, proche du RND, et rénovatrice, proche de l'opposition démocratique, et ne dispose d'aucun leader incontesté. Le camp islamiste est divisé entre MSP (Hamas) et Nahda, le leader de Nahda étant en outre contesté au sein de sa propre formation. Le FFS a bien un leader incontesté (son fondateur et président, Hocine Aït Ahmed), mais celui-ci a jusqu'à présent refusé de rentrer définitivement en Algérie (le FFS dispose cependant avec son Premier secrétaire national Ahmed Djeddaï d'un candidat potentiel). S'agissant du RCD, si Saïd Sadi est le chef incontesté du parti, son parti n'est pas le principal parti de la mouvance "démocrate". Enfin, les noms habituellement cités en sus des précédents sont ceux de candidats relativement marginaux (Nourredine Boukrouh, Redha Malek), ou purement proclamatoire (Louisa Hanoune) et sans chance d'élection.
Aucun candidat d'aucun parti d'opposition ne peut espérer faire bonne figure lors d'une élection présidentielle sans qu'une coalition la plus large possible se soit formée pour le soutenir. La seule mouvance d'opposition apparaissant capable de former une telle coalition, et encore y aura-t-elle de grandes difficultés, est la mouvance islamiste (MSP, Nahda). La mouvance démocrate, quant à elle, semble irréductiblement divisée entre le FFS et le RCD et risque, si elle participe à l'élection, d'y participer avec deux candidats de deux "sous-coalitions" concurrentes, l'une "républicaine" (RCD, ANR et ex-Ettahadi) et l'autre "socialiste" (FFS, PT), chacune plus préoccupée de dépasser électoralement l'autre que de contester l'élection du futur candidat du pouvoir.
Les commentaires de la presse algéroise après l'annonce de la décision présidentielle sont marqués par l'inquiétude et l'amertume : "Liberté" met en cause le "cénacle du pouvoir aux mille arcanes" qui a précipité des "choses qui n'avaient même pas eu le temps de se stabiliser" et considère que la décision de Liamine Zéroual pourrait bien être "une erreur d'appréciation aux conséquences imprévisibles". "Le Matin" suggère un "Coup d'Etat maquillé" qui "replonge l'Algérie dans les ténèbres d'un passé récent", et considère que "le poids des appareils semble être supérieur à la force de la légitimité constititonnelle". "La Tribune" parle d'un "président à la mine défaite par la fatigue ou l'adversité", dont "Le Jeune Indépendant" se demande s'il a été "victime de ses proches ou de leurs adversaires" et suppose qu'il a préféré "rendre le tablier" plutôt que d'être "l'otage des clans". Seul "L'Authentique" (proche du président) assure que la "continuité de l'Etat" et ses "engagements nationaux et internationaux" seront maintenus, et que "la seule incertitude" réelle est de savoir "qui sera le prochain président de la République".
(AFP, Liberté 13,9) Les partis politiques ont commencé à préparer les échéances imposées par la décision de Liamine Zéroual d'abréger son mandat, en réagissant le plus souvent négativement à cette décision. Le Bureau national de Nahda (islamistes) se dit "perplexe et surpris" et demande le report de la date de l'élection présidentielle anticipée. Le Parti des Travailleurs (extrême-gauche) considère que "Zéroual ne devait pas se retirer" et qu'il aurait "fallu désamorcer d'abord les bombes sociales, des droits de l'Homme et de la langue". Le PT donne la priprité "au retour de la paix avant toute autre préoccupation" et demande à Liamine Zéroual de convoquer un "congrès national algérien regroupant les partis et les institutions, y compris les corps constitués, les personnalités influentes, pour ouvrir une issue positive au peuple algérien et sortir l'Algérie de la violence". Le Mouvement démocratique et social (MDS, gauche) considère que le départ de Liamine Zéroual manifeste l'échec de la démarche qui l'avait amené à la tête de l'Etat et remet en cause l'"alliance islamo-conservatrice" au pouvoir, en ouvrant la voie à "une alternance républicaine et démocratique". Le MDS en profite pour exiger le "renvoi immédiat du gouvernement islamo-conservateur de Ouyahia" et la mise en place d'un "gouvernement de sauvegarde de la République pour préparer l'élection présidentielle". Le MSP-Hamas se dit "en consultation avec les autres partis et la société civile" pour évaluer les conséquences de la décision présidentielle. Le FLN affirme "respecter" cette décision et a convoqué son Bureau politique le 13 septembre pour décider de la stratégioe à suivre. Le RCD a exprimé sa "grande surprise". Seul le Parti du renouveau algérien (PRA) a exprimé ouvertement sa satisfaction du départ de Liamine Zéroual, en quoi il voit "une raison d'espoir pour les Algériens" et uine possibilité de "créer une opportunité de sortie de crise pour le pays".
Pour sa part, le FFS considère que la démission de fait de Liamine Zéroual démontre que "les tenants du pouvoir réel ne siègent pas dans les institutions élues" et que "le processus de sortie de crise préconisé par le Pouvoir depuis le Coup d'Etat de janvier 1992, et présenté comme une démission du Président" d'alors (Chadli) a "échoué". Le FFS met en garde "tous les acteurs politiques et sociaux contre toute fuite en avant qui précipiterait le pays dans le chaos".
(AFP, APS, La Tribune, El Watan, Liberté, Le Monde 14.9, 15.9) Le porte-parole de l'instance exécutive du FIS à l'étranger, Abdelkrim Ould Adda, a qualifié le 14 septembre de "démission déguisée" la décision de Liamine Zéroual d'abréger son mandat. Cette décision serait, selon Abdelkrim Ould Adda, la manifestation de l'"impuissance" du président algérien à résoudre la crise, et le porte-parole du FIS invite son successeur à emprunter "la seule voie possible, celle d'une solution politique négociée sans exclusion, c'est-à-dire avec le FIS".
"Liberté" annonce que le Premier ministre Ouyahia envisagerait quant à lui de déposer la démission de son gouvernement afin de provoquer la mise en place d'un "gouvernement de technocrates dont la seule mission (serait) de préparer les élections présidentielles", le Premier ministre actuel pouvant retrouver son poste après l'élection du nouveau président (s'il n'est pas lui-même candidat à cette élection, et si, comme prévu, le successeur de Liamine Zéroual est issu de la même "famille" politique, sinon du même clan militaire. Selon "Liberté", un nouveau gouvernement pourrait être présidé par l'ancien ministre des Finances Ahmed Benbitour. Par sa démission, Ahmed Ouyahia pourrait tenter de "prendre de vitesse ses alliés" du MSP-Hamas et du FLN pour mieux profiler sa propre candidature à l'élection.
Pour le président de la Ligue algérienne des droits de l'Homme (indépendante), Abdennour Ali Yahia, la démission de Liamine Zéroual cache en réalité un "coup d'Etat de Cour" et la question n'est plus que de savoir laquelle des deux tendances au sein de l'armée va l'emporter, celle des "militaires qui veulent éliminer les islamistes du champ politique -y compris les islamistes qui siègent aujourd'hui au gouvernement" ou celle des "militaires partisans d'un dialogue avec les islamistes".
Le département d'Etat américain a souligné le 14 septembre l'importance que les USA attachaient à la tenue d'une élection présidentielle "libre et équitable" en Algérie. Le porte-parole du département d'Etat, James Rubin, a assuré que le gouvernement américain "suivrait de près le développement de ce processus". Quant au ministère français des Affaires étrangères, il s'est contenté de déclarer que la France avait pris acte de la décision de Liamine Zéroual d'abréger son mandat et qu'il s'agissait d'une décision de politique intérieure qu'elle n'entendait pas commenter.
(AP 16.9) Le Premier ministre Ahmed Ouyahia, dont la démission avait été évoquée par la presse algéroise le 15 septembre, a été chargé le 16 par le président Zéroual du suivi et de l'organisation des élections présidentielles anticipées de février 1999, et a été désigné à la tête de la "Commission de préparation et d'organisation des présidentielles" -ce qui l'exclut de la liste des "présidentiables". En outre, son gouvernement restera en fonction jusqu'à l'échéance électorale (avec Ahmed Ouyahia à sa tête).
(Hijra 18.9) Dans un communiqué signé de son porte-parole, Ahmed Zaoui, le "Conseil de Coordination à l'étranger" du FIS qualifie de "nouveau coup d'Etat" la démission du président Zéroual et considère que "ceux qui se sont fourvoyés dans les élections truquées de novembre 1995 et les suivantes, en se faisant porter candidats aux supercheries électorales successives (...) auront (appris) qu'ils comptaient pour du vent dans le véritable échiquier des décideurs militaires". "Comme ses devanciers Ben Bella, Chadli et Boudiaf, Zéroual, tout général qu'il est, a sauté du strapontin sur lequel il se croyait fortement assis. Il est remercié sans gloire, s'il ne sera pas demain arrêté et mis en résidence surveillée, voire liquidé comme ses deux prédécesseurs", écrit Ahmed Zaoui, qui accuse le président démissionnaire d'avoir fait "le sale boulot des généraux" et d'avoir "servi de couverture en bonne conscience aux assassinats aveugles de dizaines de milliers d'Algériens", d'avoir "affamé le peuple algérien en signant et appliquant à la lettre les conditions inhumaines du FMI, jetant à la rue près d'un million de travailleurs algériens" et d'avoir "vendu les entreprises algériennes à tous les maffieux du régime au dinar symbolique". Pour le CCFIS, après le "coup d'Etat" que représente la démission de Liamine Zéroual, "personne ne peut faire l'impasse sur les revendications fondamentales du Front Islamique du Salut", notamment "la mise à l'écart des généraux, la fin de l'hégémonie militaire sur les affaires du pays et son devenir, le retour du FIS, la paix civile".
(FFS 18.9) Le Conseil national du Front des Forces Socialistes réuni en session ordinaire les 17 et 18 septembre a adopté la déclaration suivante:
En provoquant la démission du président Zéroual, le pouvoir réel démontre, une fois de plus, que le processus décisionnel échappe totalement aux " institutions ", dont le caractère factice , sans cesse affirmé par le FFS, ne fait plus de doute. Comme en janvier 1992, et au mépris des règles et procédures qu'ils ont pourtant imposées, les chefs militaires violent une fois de plus la constitution. Le discours sur l'Etat de droit s'avère n'être en définitive qu'une supercherie. Un Etat de droit, en effet, ne suppose-t-il pas que les règles et les lois s'appliquent autant aux citoyens qu'à ceux qui incarnent l'autorité ?
Cet acte apporte en même temps un cinglant démenti au rapport établi par le panel onusien. Il remet en cause totalement l'affirmation selon laquelle l'opération "de mise en place d'institutions " est un processus démocratique. Le FFS dénonce fermement ce rapport qui fait l'impasse sur la tragédie que vit le peuple algérien depuis des années. Comment ne pas être scandalisé par un rapport partial destiné à soutenir et plus grave encore, à blanchir le pouvoir en place, en lui accordant un satisfecit, véritable caution à la poursuite de la politique d'éradication avec son cortège de victimes? Pour le FFS, il s'agit bel et bien d'une démission devant le diktat des autorités algériennes. Sinon, comment expliquer le désaveu affiché dans les conclusions du panel, du rapport publié par le comité des droits de l'homme siégeant à Genève qui a clairement établi la responsabilité du pouvoir dans la torture, les enlèvements, les disparitions et exécutions extrajudiciaires, même quand ils sont perpétrés en réponse aux exactions des islamistes? Le FFS considère que l'ONU s'est éloignée du rôle que lui confère la déclaration universelle des droits de l'homme. En effet, le FFS s'étonne que le Secrétaire général de l'ONU n'ait pas donné mandat explicite pour enquêter sur les violations des droits de l'homme, comme il n'a pas hésité à le faire pour d'autres pays où les violations des droits de l'homme ont été pourtant moins graves et moins durables qu'en Algérie. Le FFS s'élève contre cette attitude discriminatoire, de complaisance et de laisser-faire vécue comme un traitement de mépris par une population recrue de malheurs, d'arbitraires et de misères.
Devant les désastres d'une guerre aggravée par un climat d'impunité et d'opacité, le FFS rappelle la communauté internationale à ses devoirs de solidarité active avec le peuple algérien. Le FFS appelle les instances internationales et à leur tête le Secrétaire général de l'ONU à prendre des initiatives crédibles permettant:
1) Une observation permanente et vigilante de la
situation des droits de l'homme dans notre pays.
2) Une médiation en faveur d'un processus de
paix et de réconciliations nationale.Le FFS demeure convaincu que seule une solution politique, pacifique, démocratique et globale peut prévenir les périls pouvant résulter d'explosions sociales. Le FFS demande aux acteurs politiques et sociaux de se ressaisir et d'opérer des révisions déchirantes.Seule une solide volonté d'engager le pays dans la voie de la paix garantira effectivement une réelle transition démocratique.
(AP 20.9) Dix jours après l'annonce de son retrait par le président algérien Liamine Zéroual, la haute hiérarchie militaire a apporté son soutien à cette décision, et s'est engagée à veiller au bon déroulement des élections anticipées de février 1999, dans un communiqué publié le 20 septembre. L'armée s'inscrit ainsi contre les partis qui souhaitaient que le président aille au terme normal de son mandat, à la fin 2000. Elle répond également aux demandes de garanties exigées par la classe politique. Le Front des forces socialistes (FFS), notamment, avait accusé les militaires d'avoir poussé le président Zéroual à la démission. Le général et chef d'état-major Mohamed Lamari, a salué cet ``acte de grande portée politique'', en s'engageant à veiller à la ``sécurité et à la transparence'' des élections présidentielles anticipées, prévues en février 1999, dans un ``ordre du jour'' à ses troupes publié dimanche par l'ensemble de la presse algérienne. Selon le général Lamari, chef de l'un des clans militaires algériens (et d'un clan opposé au général Zéroual, soutenu par le clan rival du général Betchine), la décision annoncée par Liamine Zéroual a pour ``but de consacrer le principe de l'alternance au pouvoir et de générer des comportements nouveaux et des attitudes responsables dans la pratique politique''.
Du côté des partis politiques, le Front de Libération nationale (FLN) a exprimé son intention de présenter un candidat à la présidence en vue des élections anticipées. Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a estimé pour sa part que des élections anticipées ne pouvaient avoir lieu qu'en cas d'''empêchement'' ou de ``maladie'', selon la Constitution, conditions qui selon le RCD ne sont pas réunies. Le Front des forces socialistes (FFS) estime que "provoquée par le pouvoir réel, la démission du président Zéroual démontre que le processus décisionnel échappe totalement aux institutions dont le caractère factice ne fait plus de doute". Quant au Rassemblement national démocratique (RND), il tente de se mettre d'accord avec des formations nationalistes et islamistes pour parrainer un candidat unique. Les islamistes du Mouvement de la société pour la Paix (MSP) ont répondu qu'ils n'accepteraient pas d'autre candidat unitaire éventuel que leur leader, Mahfoud Nahnah.
(APS 23.9) Le président Zéroual a adressé le 23 septembre des invitations aux responsables des partis politiques pour des concultations sur les modalités et les conditions de l'élection présidentielle anticipée. La première rencontre entre le président et les partis est prévue le 30 septembre, et concernera les partis représentés au parlement. Une seconde rencontre est prévue ultérieurement pour les partis non représentés au parlement. La commission nationale chargée de la préparation et de l'organisation de l'élection, présidée par le Premier ministre Ouyahia, a tenu sa première réunion le 22 septembre.
(El Watan 27.9, APS 28.9) Selon le quotidien "Al Chaab", Louisa Hanoune, porte-parole du Parti des Travailleurs, pourrait être candidate à l'élection présidentielle si son parti décidait d'y participer. La veille, dans un entretien accordé à El Watan, Louisa Hanoune avait déclaré que le PT n'avait encore rien décidé mais se préparait à cette échéance, mais que le peuple algérien avait surtout et "plus que jamais besoin d'une véritable Assemblée détentrice de tous les pouvoirs et émanant de la volonté populaire". la décision de Liamine Zéroual d'abréger son mandat "aggrave la situation" algérienne et "ne correspond à aucun artiucle de la Constitution". La porte-parole du PT doutait que les Algériens "aient besoin d'une élection présidentielle anticipée" et affirmait que l'urgence était plutôt "d'asseoir les conditions politiques, économiques et sociales nécessaires pour que le peuple algérien puisse vivre, manger, scolariser ses enfants, les soigner, travailler". "Aucun scrutin ne peut être libre et honnête" en Algérie si "au préalable ne sont pas réunies les conditions politiques, c'est-à-dire la paix, une vie normale, le travail pour tous", a estimé Louisa Hanoune, qui a invité, à l'instar du FFS, le président Zéroual à "convoquer un congrès solennel qui regroupera tous les acteurs politiques -les institutions, les corps constitués, les partzis politiques et les personnalités influentes- pour dégager une issue à la crise".
(AFP, APS 1.10) Les partis politiques représentés au Parlement, à l'exception du RCD qui a boycotté la rencontre, ont été reçus le 30 septembre par le président Zéroual et lui ont demandé de "reconsidérer" sa décision d'écourter son msndat, ou du moins de reporter la date du scrutin. Cette demande, rendue publique par le Premier secrétaire du FFS Ahmed Djeddaï, a été essentiellement motivée par le besoin des partis d'avoir le temps de s'organiser, de définir leur stratégie électorale et éventuellement de désigner leur candidat au scrutin, prévu en principe pour la fin du mois de février. Le président a refusé de revenir sur sa décision d'écourter son msndat, mais n'a pas exclu un report du scrutin de "quuelques semaines" si l'ensemble de la classe politique en est d'accord. Il a affirmé que l'élection aurait lieu "de la manière la plus transparente et la plus réfléchie" et a affirmé que son départ était une décision "mûrement réfléchie", prise en son "âme et conscience" et exprimant sa volonté de "faire jouer le principe de l'alternance". Le président doit encore consultar les partis non représentés au parlement, les associations, les organisations nationales et des personnalités politiques indépendantes. Lors de la rencontre du 30 septembre avec le président, le RND, le MSP-Hamas, le FLN, Nahda, le FFS, le Parti des Travailleurs, l'Union pour la démocratie et les libertés et le Parti républicain progressiste étaient représentés.
(El Watan 7.10) Le Front des Forces Socialistes a fait savoir par la voix de Samir Bouakouir que sa participation ou non à l'élection présidentielle anticipée dépendra de la réponse que donnera le président Zéroual à la demande de "garanties politiques" formulée par les socialistes algériens. La décision de participer ou non à l'élection sera prise le 29 octobre par le Conseil national du parti. Samir Bouakouir a qualifié de "spéculation" les rumeurs quant à une candidature de Hocine Aït Ahmed à la présidence. Pour sa part, le mouvement Ennahda propose le report de la date du scrutin et rappelle que le gouvernement en place, chargé d'organiser l'élection présidentielle, est toujours suspecté d'avoir organisé la fraude lors des élections locales et régionales. Enfin, le Parti des Travailleurs a réitéré sa proposition d'organiser un "congrès national" pour débattre des grands enjeux. Le PT demande également la levée de l'état d'urgence et une amnistie générale.
(APS, Al Chaab, AP 11.10) Le quotidien "Al Chaab" annonce le 11 octobre que "tout porte à croire" que le Premier ministre Ouyahia pourrait se porter candidat du RND à l'élection présidentielle, et que l'ancien Premier ministre Mokdad Sifi s'y porterait également candidat, comme "indépendant". L'hypothèse d'une candidature du ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf est également évoquée à Alger, comme solution de compromis entre un Premier ministre que sa politique économique "libérale" a rendu impopulaire, un Secrétaire général du parti, Tahar Benbaïbèche, jugé "ambitieux" et Mokdad Sifi, perçu comme "revanchard".
Au sein du FLN, le Secrétaire général Boualem Benhamouda est pressenti par l'aile "conservatrice" du parti, l'ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche par l'aile "moderniste" et les deux anciens ministres des Affaires étrangères Abdelaziz Bouteflika et Ahmed Taleb Ibrahimi par une partie de la "base", opposée à l'"aventurisme" de Hamrouche et à l'"opportunisme" de Banhamouda.
Le troisième parti de la coalition gouvernementale, le MSP-Hamas, pourrait présenter la candidature de son leader Mahfoud Nahnah si aucun candidat commun de la coalition ne se dessinait.
La mouvance "républicaine" hésite entre deux candidatures, celle de Saïd Sadi (RCD) et celle de Reda Malek (ANR), qui n'ont en commun que leur anti-islamisme, leur opposition au "clan Betchine" et leur allergie au Front des Forces Socialistes.
Au sein de la mouvance "démocrate", la porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, a fait savoir qu'elle était à disposition de son parti s'il décidait de présenter une candidature, et le Front des Forces Socialistes a annoncé qu'il appuierait son président Hocine Aït Ahmed s'il décidait de rentrer d'exil pour briguer la présidence au nom de la "démocratie plurielle et la paix".
La hiérarchie militaire a pour sa part fait savoir par la voix du général Lamari que l'armée veillerait au bon déroulement du scrutin, mais ne s'est pas publiquement prononcée pour un candidat ou un autre.
(JDD 11.10) Le président du Front des Forces Socialistes, Hocine Aït Ahmed, a réfuté dans une lettre au "Journal du Dimanche" du 11 octobre les "rumeurs" de "garanties" que lui auraient donné les militaires algériens dans l'éventualité de sa candidature à l'élection présidentielle, rumeurs dont l'hebdomadaire s'était fait l'écho la semaine précédente et que Hocine Aït Ahmed qualifie de "fantaisistes", et à propos desquelles il "refuse d'être mis en cause dans une négociation inventée de toutes pièces" et à laquelle il s'affirme "totalement étranger", n'ayant "rencontré ni directement ni indirectement d'émissaires de l'armée algérienne" et s'étant "toujours préservé des marchandages de coulisse". Le journal maintient quant à lui, non ses "informations" sur des "tractations" entre le président et le FFS et des représentants militaires, mais la possibilité d'une candidature de Hocine Aït Ahmed à la prochaine présidentielle "si toutes les conditions pour un bon déroulement du scrutin sont réunies".
(AFP 31.10) L'élection présidentielle anticipée prévue initialement à la fin du mois de février 1999 a finalement été reportée en avril, sur demandes des partis qui jugeaient le délai trop court pour s'organiser. L'annonce de ce report a été faite par le président Zéroual à la télévision le 31 octobre, lors d'une intervention à l'occasion du 44ème anniversaire du déclenchement de l'insurrection nationale de 1954. Tous les partis importants avaient fait la demande du report, y compris le "parti présidentiel" RND, et ont été informés par lettre de l'acceptation de leur demande. Dans son intervention télévisée, consacrée essentiellement à un hommage aux martyrs de la guerre d'indépendance et aux "victimes du devoir" depuis 1992, Liamine Zéroual a également pris la défense du général Betchine, son conseiller démissionnaire, violemment attaqué par les quotidiens indépendants francophones "El Watan" et "Le Matin" : "La démocratie n'est pas la rumeur, l'insulte ou l'anarchie", a affirmé le président, pour qui la liberté d'expression "ne peut signifier porter atteinte à l'honneur des personnes".
(El Watan 30.11, AP, APS, Liberté 1.12) Rendant compte le 29 novembre de sa rencontre de la veille avec le Président Zéroual dans le cadre de la préparation de l'élection présidentielle d'avril 1999, Louisa Hanoune, porte-parole du Parti des Travailleurs (PT) a déclaré que "la présidentielle ne constitue pas une priorité", s'est dite favorable à des élections législatives anticipées pour dégager une assemblée nationale "plus représentative" et a déclaré qu'il fallatt "au préalable arrêter l'effusion de sang et apaiser la contestation sociale" en donnant satisfaction aux "revendications du monde du travail" et en opérant "le redressement de l'économie nationale". Au cours de sa rencontre avec Liamine Zéroual, qui s'est déclaré disposé à débattre de tous les sujets, Louisa Hanoune a soulevé les questions relatives aux droits de l'Homme et notamment au dossier des "disparus", et a réitéré sa proposition d'un "congrès national pour la paix" auquel pourraient participer non seulement les institutions de l'Etat et les partis politiques légaux, mais également les dirigeants du FIS. Louisa Hanoune a dénoncé "le pourrissement" de la situation politique, et le fait que "des cercles travaillent dans ce sens car (...) cela leur permet de renforcer leurs privilèges". Selon la porte-parole du PT, Liamine Zéroual aurait affirmé avoir "déployé tous ses efforts pour trouver une solution à la crise", mais reconnu qu'ils avaient tous étaient mis en échec, et a déploré que les partis politiques n'aient pas joué leur rôle de "passerelles" dans la recherche d'une solution, tout en reconnaissant de la part du pouvoir un "déficit de communication" à ce propos. Liamine Zéroual a notamment évoqué une visite aux dirigeants du FIS lorsqu'ils étaient détenus à la prison de Blida : ils auraient alors posé des conditions à leur participation à une solution politique de la crise algérienne. Le président a affirmé que la présidence avait "encouragé" l'initiative prise par l'Armée islamique du Salut (AIS) de décrêter une trève unilatérale. Il a appelé les partis politiques à "prendre leurs responsabilités et à trouver un consensus minimum dans l'espoir de dégager une solution à la crise". Le président s'est déclaré optimiste quant à une "évolution positive des évènements" et s'est donné deux priorités pour le reste de son mandat : la paix et les problèmes sociaux. Liamine Zéroual a affirmé qu"aucun Algérien (n')est contre la paix" et a donné des assurances à son interlocutrice sur un traitement rapide du dossier des "disparus" et de celui des cadres gestionnaires en détention. Le président a enfin démenti l'existence d'"escadrons de la mort", mais n'a pas exclu celle de grouppes occultes liés à des intérêts de personnes.
La rencontre entre le Président Zéroual et la porte-parole du PT s'inscrit dans une série de rencontres entre la présidence et les partis politiques. Seule Louisa Hanoune a rendu compte publiquement de ces rencontres, lors desquelles le président de la République a annoncé que la démission du Premier ministre Ouyahia sera l'occasion d'un remaniement ministériel touchant les portefeuilles de la Justice, de la Communication et de l'Intérieur, lesquels seraient attribués à des "personnalités non-partisanes". Le Premier ministre Ouyahia devrait présenter le bilan de son gouvernement le 6 décembre devant le Parlement, et démissionner ensuite. Liamine Zéroual a en outre "sondé" ses interlocuteurs sur l'hypothèse de la nomination de Smaïl Hamdani comme Premier ministre, hypothèse qu'il soutient. Liamine Zéroual a appelé les partis politiques à désigner leurs représentants dans le groupe de travail mixte partis/présidence, installé officiellement le 5 décembre.
(Liberté 9.11) Les partis politiques poursuivent leurs "grandes manoeuvres" de préparation de l'élection présidentielle anticipée d'avril 1999. Les noms de l'ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche, de l'aile "réformatrice" du FLN, de l'ancien ministre des Affaires étrangères de Boumediene Abdelaziz Bouteflika ("classé" dans la mouvance "nationale-conservatrice" mais absent depuis longtemps de la scène politique nationale) et de l'un de ses successeurs, Ahmed Taleb Ibrahimi, qui aurait la faveur d'une partie des islamistes, sont notamment citée. Hamrouche aurait déjé installé son bureau de campagne national et plusieurs bureaux régionaux, et aurait eu plusieurs rencontres avec le secrétaire général du RND (l'actuel "parti présidentiel"), Tahar Benbaibèche. La candidature de l'actuel Premier ministre Ahmed Ouyahia est également évoquée comme celle soutenue par le président Zéroual. Du côté des deux partis islamistes légaux, les incertitudes demeurent : le leader de MSP-Hamas, Mahfoud Nahnah, laisse entendre qu'il serait prêt à ne pas se présenter si un candidat "consensuel" de la coalition gouvernementale était trouvé, mais son parti sollicite sa candidature. Le fondateur de Nahda, Abdallah Djaballah, serait tenté par une candidature, ne serait-ce que pour reprendre les rênes du parti où il a été confiné par la nouvelle direction de Lahbib Adami à un poste de président honoraire -laquelle direction préfererait soutenir un autre candidat issu du courant islamo-conservateur.
(Liberté 2.12) Les noms de trois candidats potentiels à l'élection présidentielle anticipée d'avril 1999 sont évoqués avec de plus en plus d'insistance : ceux des anciens ministres Abdelaziz Boutelika, Ahmed Taleb Ibrahimi et de Mouloud Hamrouche. Selon le quotidien "liberté", les trois hommes, qui "affirment à leur entourage qu'ils sont partants (...) dans n'importe quelle condition et quelle que soit la suite des évènements" ont plusieurs points en commun : tous trois ont exercé "de hautes responsabilités", tous trois ont connu "des traversées du désert" et tous trois seraient des "réconciliateurs". Abdelaziz Bouteflika, qui avait déjà été pressenti lors de l'élection de 1994 et avait finalement renoncé, selon ses proches parce qu'on lui avait interdit d'ouvrir un dialogue avec le FIS, et selon ses adversaires parce qu'on lui aurait refusé les pleins pouvoirs sur l'armée, se définit lui-même comme "ni islamiste, ni laïque" et s'attelerait à "établir le contact avec le FIS, mais pas avec ceux qui ont pris les armes". Ahmed Taleb Ibrahimi, quant à lui, avait proposé d'engager des discussions avec les responsables politiques du FIS "pour enlever leur couverture politique aux groupes armés". Enfin, Mouloud Hamrouche est signataire de l'"appel pour la Paix".
(El Watan 9.12, 10.12) Après la réunion publique organisée par le FFS-Immigration à Paris le 7 décembre, Hocine Aït Ahmed, dans une conférence de presse, a évoqué l'hypothèse de sa propre candidature à l'élection présidentielle anticipée d'avril 1999 en déclarant que toutes les options étaient ouvertes. Le FFS privilégie en tous cas la proposition d'un "pacte national" pour la reconstruction d'un Etat démocratique et de droit, et celle d'un manifeste contre la violence. Dans ces conditions, il ne fait pas de l'élection présidentielle une priorité : "Il faut d'abord et avant tout ramaner la paix, ensuite mettre en place une transition. (...) L'enjeu politique, c'est (...) d'arrêter la spirale de la violence", a déclaré Hocine Aït Ahmed.

(Liberté 12.12) Le groupe de travail mixte présidence/partis politiques chargé de préparer l'élection présidentielle anticipée d'avril a clos ses travaux le 11 décembre en "finalisant" une "plate-forme" instituant la Commission nationale de surveillance des élections présidentielles (CNISEP). Les représentants du RCD et du Parti des Travailleurs ont refusé de signer le document final, le représentant du MSP avait quitté la salle avant la fin de la séance et le FFS a boycotté le groupe de travail. Le document final n'a été signé que par le RND ("parti présidentiel" et les petits partis.
(Reuters, AFP, El Watan 15.12) Dans une interview au quotidien "Le Matin", le Secrétaire général du RND ("parti présidentiel"), Tahar Benbaïbeche, affirme que le Premier ministre sortant Ahmed Ouyahia "peut être" le candidat du parti au pouvoir. Les autres noms de candidats les plus fréquemment avancés par la presse sont ceux de l'ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche et de l'ancien ministre des Affaires Abdelazig Bouteflika, dont la candidature est ouvertement combattue par un ancien commandant de wilaya pendant la guerre d'indépendance, Youcef Khatib, qui a annoncé sa propre candidature. Dans le camp islamiste, la candidature du chef du MSP-Hamas, Mahfoud Nahnah, pourrait être annoncée à l'issue de la réunion de la direction du parti, le 16 décembre.
(Le Monde, Libération, Le Matin, El Watan 17.12, 18.12) Alors que le principal intéressé n'a toujours pas annoncé sa propre candidature à la présidence, le FLN a désigné Abdelaziz Boutelika comme son candidat à l'élection d'avril 1999, "à l'unanimité" du Comité central, le 16 décembre. Abdelaziz Boutelika est le premier candidat a être ainsi présenté officiellement par un parti gouvernemental. Le quotidien "Le Matin" trouve "inédite" la situation du FLN, "qui s'est prononcé en faveur d'un candidat dont on ne connaît même pas les choix politiques et, encore moins, le projet de société". Le secrétaire général du FLN a toutefois indiqué qu'Abdelaziz Boutelika préparait un programme de "consensus national", et a même précisé que Bouteflika ne serait pas tenu de respecter le programme du FLN. Sa désignation par l'ancien parti unique barre en tous cas la voie électorale à deux autres candidats potentiels issus du FLN, mais en désaccord avec son actuelle direction, Mouloud Hamrouche et Ahmed Taleb Ibrahimi, lequel avait demandé un congrès extraordinaire du parti pour désigner le candidat du Front et menacé, sinon, de se sentir "délié de toute obligation de discipline de parti quant à la candidature à l'élection présidentielle", ce qui laisse supposer qu'il sera lui aussi candidat à la présidence "afin de consolider l'unité nationale et tourner la page du sang et de la destruction". Mouloud Hamrouche pourrait lui aussi annoncer sa candidature et serait déjé prêt à installer la permanence de son comité de soutien à Alger. La question est désormais posée de savoir si Abdelaziz Bouteflika sera le candidat "consensuel" des groupes au pouvoir, ou si les luttes de clans au sommet de l'Etat vont se traduire par l'affrontement électoral de plusieurs candidats, en sus des candidats de l'opposition et de la mouvance islamiste. L'ancien commandant de la wilaya IV pendant la guerre d'indépendance, Youcef El Khatib, a annoncé sa propre candidature avant même que le FJN ne désigne Bouteflika, membre pendant la guerre, aux côtés de Houari Boumédiene du "groupe d'Oujda" (officiers de l'ALN stationnés au Maroc). Quant au RND ("parti présidentiel", il aurait selon "El Watan" décidé, voire "rteçu l'ordre", de soutenir Abdelaziz Bouteflika. Un congrès extraordinaire devrait ratifier cette décision prise au sommet de l'Etat. Le secrétaire général du RND serait par ailleurs limogé ou démissionné.
(El Watan 17.12) Dans une réunion publique à Souk Ahras, Seddik Debaïli, Secrétaire du FFS,a évoqué la possibilité d'une candidature du Front des Forces Socialistes à l'élection présidentielle d'avril 1999, sans en faire une certitude et en précisant que le parti pourrait aussi soutenir un candidat proche de ses positions, voire même boycotter l'élection si des garanties n'étaient pas données quant à la régularité du scrutin. A Oran, le Premier secrétaire du FFS Ahmed Djeddaï a également confirmé que le parti n'avait pas encore "arrêté la décision de participer ou non à la prochaine élection présidentielle", mais a précisé qu'au cas où il y participerait avec son propre candidat, celui-ci serait "le leader du parti, Hocine Aït Ahmed".
(El Watan 17.12) Le MSP-Hamas (islamiste) a entériné la candidature de son chef, Mahfoud Nahnah, à l'élection présidentielle, malgré l'opposition initiale d'une partie de son Conseul consultatif (comité central) à toute participation du parti au scrutin. Pas plus qu'Abdelaziz Boutelika, Mahfoud Nahnah n'a lui-même annoncé qu'il était candidat. Le président du MSP a par contre réaffirmé l'adhésion de son parti à la coalition gouvernementale.
(Liberté, El Watan 22.12, 23.12, APS 23.12) Selon le quotidien "Liberté", l'ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali s'ajouterait, selon ses proches, à la liste des candidats potentiels à la présidence Abdelaziz Bouteflika, Mahfoud Nahnah, Mouloud Hamrouche, Youcef Khatib, Ahmed Taleb el-ibrahimi). "Ni éradicateur, ni réconciliateur", Sid Ahmed Ghozali considérerait que "le pays n'est pas en état de guerre civile" mais que "la société algérienne a créé des fous de haine (...) qu'il faut arrêter, neutraliser, mais avec lesquels il ne faut surtout pas discuter".
Les "candidats potentiels" Ahmed Taleb Ibrahimi et Mouloud Hamrouche, ainsi que le FLN, après avoir décidé de soutenir la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, ont demandé à rencontrer le Front des Forces Socialistes, qui n'a pas encore décidé de présenter ou non son propre candidat mais aurait néanmoins décidé d'être présent lors de l'élection, d'une manière ou d'une autre. Le choix du parti devrait être fait par son Conseil national, les 7 et 8 janvier.
Du côté du "pôle républicain", le jeu des alliances semble particulièrement complexe : l'ANR de Redha Malek et le PRA de Nourreddine Boukrouh tentent de constituer une alliance avec le RCD et le MDS, le RCD semblant quant à lui privilégier une alliance électorale encore plus large, n'excluant que les islamistes et incluant le RND et le FLN. Cette alliance, qui impliquerait que le RCD ne présente pas la candidature de son leader Saïd Sadi aux présidentielles, ne fait cependant pas l'unanimité au sein du parti et est qualifiée par certains de ses cadres et de ses militants d'"alliance contre-nature". Le rapprochement entre l'ANR et le PRA devrait se concrétiser au moins par un meeting commun à Alger. Redha Malek plaide pour un "candidat unique des démocrates" faisant barrage aussi bien aux islamistes qu'aux réconciliateurs et aux conservateurs, ce qui exclut une alliance avec ces derniers (FLN et RND).
Côté islamistes, enfin, la direction du MSP-Hamas a "entamé la préparation des mécanismes de mise en oeuvre de la décision" de présenter Mahfoud Nahnah. Quant à Ennahda, déchiré entreson fondateur Abdallah Djaballah et son secrétaire général Lahbib Adami, la direction du parti devrait choisir le 24 décembre entre l'option d'une candidature spécifique (celle de Djaballah) et le soutien à une candidature non-partisane (celle d'Abdelaziz Bouteflika ou celle de Taleb El-Ibrahimi).
(El Watan 24.12) Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) semble toujours hésiter entre deux stratégies pour l'élection présidentielle d'avril 1999, la stratégie de la "convergence démocratique" (alliance avec les partis de la mouvance "républicaine", ANR, PRA, MDS) ou la stratégie de la "grande alliance" anti-ilamiste, avec le FLN et le RND. L'hypothèse d'un boycott des élections n'est en outre pas encore tout à fait exclue. Le leader du RCD, Saïd Sadi, a déjà rencontré Abdelaziz Bouteflika à plusieurs reprises. Parallèlement, les négociations avec l'ANR et le PRA aboutissaient à un échec quant à la constitution d'un "pôle démocratique" (excluant évidemment le FFS et le PT) basé sur un programme commun, mais laissaient ouverte la possibilité d'une coalition électorale RCD-ANR-PRA. Resterait dans cette hypothèse à trouver un candidat commun aux trois formations, le RCD considérant évidemment que son leader Saïd Sadi devrait être ce candidat, et ayant déjà commencé à mettre sur pied des comités de soutien à cette candidature.
(Liberté, El Watan 26.12, APS 27.12) Le mouvement Ennahda a décidé le 25 décembre, à une large majorité de sa direction (majliss echoura), de soutenir la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence, et de renoncer par conséquent à présenter son propre candidat, qui aurait pu être le président du parti islamiste, Abdallah Djaballah, lequel a d'ailleurs quitté la réunion peu avant la décision en déclarant que "les résultats sont connus d'avance". Abdallah Djaballah n'a du reste plus aucun contrôle sur son propre parti et a été privé de presque tous ses pouvoirs par la direction d'Ennahda, menée par le Secrétaire général L'hbib Adami. Djaballah dispose cependant encore d'une "base" régionale à Skikda, Annaba, Guelma, El-Tarf et Constantine. Les responsables régionaux d'Annaba ont d'ailleurs rejeté la décision du parti de soutenir la candidature d'Abdelaziz Bouteflika.
(AFP 27.12) Abdelaziz Bouteflika a finalement confirmé le 26 décembre sa candidature à l'élection présidentielle d'avril.
(AFP 28.12) L'ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche a annoncé le 28 décembre sa candidature à l'élection présidentielle d'avril, tout en précisant qu'il poursuivait des consultations avec des personnalités et ses "comités de soutien". Mouloud Hamrouche a justifié sa candidature par la volonté d'éviter une "élection fermée" et de faire de l'élection présidentielle "une opportunité de sortie de crise". Il bénéficierait du soutien de l'aile supposée "réformatrice" du FLN, d'une partie des "enfants de chouhada" (martyrs de la guerre d'indépendance) et de plusieurs "comités de soutien de citoyens".
(AFP 29.12) L'ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali a annoncé le 29 décembre sa candidature à l'élection présidentielle d'avril.
(Liberté 30.12) Après que "El Watan" ait annoncé le 29 décembre qu'une rencontre avait réuni la veille les représentants de six partis politiques (RND, FLN, MSP. Ennahda, FFS et PT), "Liberté" annonce le 30 décembre une rencontre (la même ?) de quatre partis (FFS, PT, RND et MSP) dont l'objectif aurait été, selon le journal, d'élaborer une stratégie commune pour "barrer la route à Bouteflika", au besoin en soutenant la candidature de Mouloud Hamrouche, qui a dénoncé la candidature d'Abdelaziz Bouteflika comme celle d'un "homme du passé". Le Front des Forces Socialistes prendra sa décision lors de la réunion de son Conseil national, les 6 et 7 janvier.
(El Watan 2.1.99, Liberté 3.1.99) Annoncée au conditionnel par la presse, la candidature à l'élection présidentielle de l'ancien ministre des Affaires étrangères Ahmed Taleb Ibrahimi serait, selon "El Watan", une quasi-certitude. Ahmed Taleb se présenterait en candidat indépendant, ce qui lui laisse fort peu de chance de succès électoral, mais compterait sur des comités de soutien installés au fur et à mesure que s'amplifiera la campagne électorale. Il miserait également sur le soutien d'une partie au moins de la base militante de son parti, le FLN. L'ancien ministre résume son programme en se proclamant "contre la violence par laquelle on veut arriver et rester au pouvoir, contre l'exclusion et l'instauration des premier et deuxième collège parmi les citoyens", et affirme que "la solution du dialogue est préférable à celle de l'éradication. Il devrait mener, si sa candidature se confirme, campagne sur le thème de la réconciliation nationale et pour l'instauration d'un Etat de droit dans une république démocratique. Le quotidien "Liberté" évoque pour sa part la possibilité d'une autre candidature issue du FLN, celle de Mohammed Salah Yahiaoui, pour lequel "des dizaines de comités de soutien ont été créés ces derniers jours par des militants du FLN et des citoyens". Mohammed Salah Yahiaoui se présenterait pour "faire barrage" à son vieil adversaire au sein du parti, Abdelaziz Bouteflika.
(Reuters 28.12) L'instance exécutive du FIS à l'étranger a déclaré le 28 décembre dans un communiqué qu'elle accordait "une importance majeure" à l'élection présidentielle d'avril, et vouloir oeuvrer à ce qu'elle constitue "un véritable début de solution politique juste et globale dans le cadre de la réconciliation nationale, du retour à la paix et à la sécurité et du rétablissement de la souveraîneté complète du peuple en matière de chois de ses dirigeants". L'instance a affirmé que le FIS "aura une forte présence dans ces élections", à laquelle elle invite "tous ses militants, ses sympathisants et l'ensemble du vaillant peuple algérien" à participer pour "choisir l'homme qui va concrétiser la réconciliation nationale globale". L'instance assure que le FIS exposera ses "recommandations électorales" après que les candidats se seront exprimés "clairement sur les grands sujets nationaux comme la réconciliation nationale, la solution politique juste et globale, la trêve de l'Armée islamique du Salut".
(El Watan 3.1) Diverses positions contradictoires ont été exprimées, émanant des diverses tendances du FIS, à propos des élections présidentielles d'avril. D'une part, l'instance exécutive du FIS, dirigée d'Allemagne par Rabah Kebir, a appelé dans un communiqué les sympathisants du Front à participer activement à l'élection (sans pour autant préciser encore pour qui voter). D'autre part, la tendance plus radicale, éditant à Londres le bulletin "Saout El Djebbha" proche du Conseil de coordination à l'étranger, a dénoncé dans le dernier numéro du bulletin les "partisans de la trêve et du dialogue" favorables à une présence dans une campagne électorale qui ne "profite qu'à nos ennemis". D'anciens responsables du FIS (Djeddi, Boukhamkham) soutiennent plus ou moins ouvertement Taleb Ibrahimi, d'autres (Zebda, Hachemi Shanouni) soutiennent Abdelaziz Bouteflika, d'autres encore (Kerrar, Merrani) soutiennent Mouloud Hamrouche.
(El Watan, Liberté 2.1) Dans une lettre commune du 28 décembre, quatre personnalités (dont deux candidats déclarés ou probables à l'élection présidentielle d'avril), Ahmed Taleb Ibrahimi, Abdallah Djaballah, Youcef Khatib et Mohamed Salah Yahiaoui, appelle le président Zéroual à assurer "la transparence et la crédibilité" du prochain scrutin et la possibilité de l'"alternance au pouvoir". Partant de déclarations du secrétaire général du FLN, Boualem Benhamouda, qui aurait affirmé avoir reçu des "instructions" pour engager son parti dans le soutien à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, les quatre personnalités -fort dissemblables par ailleurs quant à leurs engagements politiques- craignent un non-respect des engagements pris par le président Zéroual, et que "les prochaines élections (ne soient qu') une simple formalité" pour un candidat auto-désigné par des cercles du pouvoir. Les quatre signataires de la lettre demandent au président Zéroual de "libérer de toute tutelle" l'activité des partis politiques et de veiller à ce que l'armée ne se mêle pas aux divergences partisanes. Ils plaident pour une "concurrence loyale" entre les candidats, et pour la neutralité effective des institutions de l'Etat. Ahmed Taleb Ibrahimi et Youcef Khatib sont annoncés comme probables candidats à l'élection. Abdallah Djaballah, président de Ennahda, mais dépossédé de tout pouvoir sur son parti par son secrétaire général Adami -lequel a engagé le parti à soutenir Abdelaziz Bouteflika- est également évoqué comme un candidat potentiel.
(El Watan, Liberté 2.1, 3.1) Les quatre partis (FFS, MSP, PT et RND) qui ont commencé fin décembre à tenter de coordonner leur attitude dans la perspective des élections présidentielles, et qui ont été rejoints par un représentant du président de Ennahda, Abdallah Djaballah, en conflit avec son propre parti, ont eu une nouvelle rencontre le 31 décembre au siège du FFS. Cette réunion était préparatoire d'une rencontre des chefs de partis, prévue autour du 9 janvier, et qui devrait réunir Tahar Benbaïbèche pour le RND, Louisa Hanoune pour le PT, Abdallah Djaballah pour une partie d'Ennahda et Ahmed Djeddaï pour le FFS (la possibilité d'une présence de Hocine Aït Ahmed étant évoquée). Les partis concernée pourraient en outre inviter le RCD et le FLN à les rejoindre, afin d'élaborer une sorte de "plate-forme" à partir des propositions de chaque parti, réclamant la garantie d'élections libres, honnêtes et transparentes, face au danger d'élections déjà "réglées" par la candidature d'Abdelaziz Bouteflika. Pour autant, il ne semble pas, contrairement aux rumeurs qui circulaient, qu'une candidature commune (celle de Mouloud Hamrouche, par exemple) soit concevable, et l'on s'acheminerait plutôt vers une pluralité de candidature (une par courant, voire même une par parti). Par ailleurs, l'hypothèse de la présentation par le RCD de son leader Saïd Sadi semble prendre corps, compte tenu de la création de nombreux comités de soutien locaux à cette candidature.
(Reuters, El Khabar 4.1) Youssef al Khatib, candidat potentiel à l'élection présidentielle, et ancien conseiller du président Zéroual, affirme dans un entretien publié le 4 janvier par El Khabar que c'est l'armée qui a "ordonné" au FLN de soutenir la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence, candidature à laquelle selon el- Khatib la direction du FLN était au départ hostile, mais à laquelle elle aurait dû se plier sur ordre "de l'institution militaire" -laquelle ferait également pression sur les autres partis politiques pour qu'ils endossent la candidature de Bouteflika.
(APS 7.1) Le Premier ministre Smaïl Hamdani a assuré le 7 janvier l'Assemblée nationale que son gouvernement veillera au "strict respect de l'impartialité" de l'administration en charge de l'organisation de l'élection présidentielle d'avril, et que la commission indépendante de surveillance de cette élection disposera des "moyens adéquats". Le gouvernement a annoncé qu'une révision exceptionnelle des listes électorales sera opérée dès les électeurs convoqués aux urnes par le président Zéroual.
(Reuters 8.1, APS, El Watan 9.1) Le Front des Forces socialistes a annoncé le 8 janvier qu'il présentera un candidat à l'élection présidentielle d'avril, si l'armée prend "une position claire et explicite en s'engageant à la neutralité dans cette élection anticipée", a déclaré le Secrétaire général du FFS Ahmed Djeddaï. Le FFS convoque un congrès extraordinaire le 4 février pour désigner son candidat (qui pourrait être Hocine Aït Ahmed) si les conditions de vote sont crédibles et si les observateurs (algériens et internationaux) ont les mains libres. Ahmed Djeddaï a en outre déclaré, à propos des accusations portées notamment par "El Watan" et Youssef al Khatib selon lesquelles Abdelaziz Bouteflika aurait été imposé comme candidat au FLN par la haute hiérarchie militaire, qu'une telle hypothèse ne pourrait que "ternir l'image de l'armée, de l'institution présidentielle et du gouvernement". La décision de la participation du FFS au scrutin présidentiel et de la convocation du congrès extraordinaire du 4 février a été prise le 7 décembre par le conseil national du parti.

(El Watan 12.1) Les représentants des cinq partis réunis depuis plusieurs semaines pour adopter une attitude (mais non une candidature) commune lors de l'élection présidentielle (FFS, RND, MSP, PT et Ennahda-Djaballah) se sont réunis une nouvelle fois le 11 janvier au siège du FFS pour apporter les dernières retouches au projet de déclaration commune qui sera finalement adoptée et présentée par les leaders des cinq partis (lesquels ont invité notamment Mouloud Hamrouche, Youcef El Khatib et Abdelhamid Mehri à rejoindre leur démarche. D'autres partis, invités de même (le RCD, l'ANR, le PRA, le MDS et le FLN) ont repoussé l'invitation. Le "groupe des cinq" va interpeller le Président de la République à propos des garanties concrètes quant à la régularité du scrutin d'avril.
(Liberté 13.1, Al Chaab 14.1) La "rencontre au sommet" des leaders nationaux des partis du "groupe des cinq" (FFS, PT, MSP, Ennahda-Djaballah et RND) a, selon "Liberté", été reportée du 13 au 16 janvier. La dernière version de la proposition de déclaration commune des cinq partis, qui devra être ratifiée lors de cette rencontre, a été mise au point le 12 par les représentants des cinq partis, qui selon un communiqué sont arrivée à un "accord politique" portant sur la situation sécuritaire, les élections présidentielles, la conjoncture politique, la politique sociale et les droits de l'Homme. Selon "Al Chaab", la "rencontre au sommet" devrait accueillir, outre les leaders des partis, plusieurs personnalités, dont des candidats annoncés ou potentiels à l'élection, parmi lesquelles Sid Ahmed Ghozali, Abdeslam Belaid, Ahmed Taleb Ibrahimi, Mohammed Salah Yahiaoui.
(APS 13.1) Le chef du gouvernement Smaïl Hamdani a assuré le 12 janvier devant l'Assemblée nationale que le gouvernement était déterminé à donner un "caractère de crédibilité, de transparence et de régularité" à l'élection présidentielle d'avril. Smaïl Hamdani a annoncé que le gouvernement allait réduire d'un millier le nombre de bureaux itinérants, et entendait ouvrir les bureaux de vote destinés aux membres des forces de sécurité aux représentants de la Commission nationale de surveillance de l'élection (CNISEP) et aux représentants des candidats, qui pourront également assister aux opérations de dépouillement. Des copies conformes des procès-verbaux de dépouillement seront en outre remises aux représentants des candidats. Smaîl Hamdani a également réitéré la volonté de son gouvernement de veiller au respect de la neutralité de l'administration, des media publics et des agents de l'Etat dans l'organisation et le déroulement de l'élection présidentielle.
(El Watan 13.1, 14.1) Selon "El Watan", le leader du MSP, Mahfoud Nahnah, pourrait être empêché de se présenter à l'élection présidentielle par les nouvelles dispositions introduites dans la Constitution (art. 73), et qui imposent comme condition d'éligibilité à la présidence d'avoir participé à la guerre de libération nationale (pour autant qu'on soit né avant 1942, ce qui est le cas de Mahfoud Nahnah). Or Mahfoud Nahnah n'est pas enregistré comme "moudjahid" par le ministère des Moudjahidines. Le Conseil consultatif (Madjliss Echoura) du MSP s'est contenté de réagir à cette information en appelant à la "vigilance" face à la publications d'informations "tendancieuses", et en rappelant que son président a déjà été candidat à la présidence (mais c'était en 1995, et la disposition en question n'avait pas encore été introduite dans la constitution).
(APS, El Watan 16.1) La direction (Bureau national) du Rassemblement National Démocratique (RND) a démenti avoir reçu une pétition signée par 154 membres du Conseil national du parti, soutenant la candidature présidentielle d'Abdelaziz Bouteflika, pétition rendue publique le 15 janvier. Le communiqué signé par le Secrétaire général du RND, Tahar Benbaïbèche, affirme qu'"un nombre appréciable" de personnes dont les noms sont apparus sur la liste rendue publique lui ont affirmé n'avoir pas signé cette pétition et n'avoir mandaté personne pour le faire à leur place, alors que d'autres auraient été "induits en erreur". Le communiqué de T. Benbaïbèche accuse un "groupe" de vouloir se constituer "en cellule de soutien à un candidat, transgressant (...) le statut et le réglement intérieur du parti" en menant une opération de "falsification" et de "désinformation", et an agissant "sans prendre connaissance du programme du candidat". La pétition ("motion de soutien" à Abdelaziz Bouteflika a été transmise le 15 janvier à la presse. Elle affirme que le soutien à la candidature Bouteflika a "recueilli l'adhésion d'une large majorité des cadres et des militants du parti", et un nombre de "signatures effectives des membres du Conseil" national du RND (154 sur 253) suffisant pour "prendre toutes les mesures et décisions conformément aux textes fondamentaux du parti", notamment la convocation de son Conseil national. Le RND semble désormais divisé en trois courants, celui de l'ancien Premier ministre Ouyahia, qui soutient la candidature Bouteflika, celui de l'ancien Premier ministre Mokdad Sifi, qui soutient une candidature propre au parti et celui du secrétaire général Benbaïbèche.
(El Moudjahid, APS 17.1) Selon "El Moudjahid", Louiza Hanoune, porte-parole du Parti des Travailleurs (PT) pourrait se présenter à l'élection présidentielle d'avril, ce qui, ajoute le journal, "constituerait une petite révolution dans les moeurs politiques, car il s'agirait alors de la première candidature féminine" à un tel poste dans l'histoire (contemporaine) de l'Algérie. Le PT se prononcera sur les élections présidentielles le 22 janvier.
(APS 17.1) Le président Zéroual a procédé officiellement le 16 janvier à l'installation de la Commission nationale indépendante de surveillance des élections présidentielles (CNISEP). Il a réaffirmé à cette occasion son engagement "ferme" à "veiller au respect des conditions légales d'équité entre tous les candidats. Ceux-ci peuvent commencer à retirer leurs dossiers de candidature. Chaque candidat doit présenter une liste comportant soit au moins 6000 signatures d'élus locaux, départementaux ou nationaux répartis dans 25 wilayas, soit au moins 75'000 signatures d'électeurs inscrits dans 25 wilayas, avec au moins 1500 électeurs par wilaya.
(APS, El Watan 20.1) Douze ministres du gouvernement Hamdani ont signé la "motion" de soutien à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, adressée au RND, ce qui, selon "El Watan", laisse planer un doute sur "la neutralité de l'Exécutif, en charge de la préparation locale et transparente de cette importante échéance politique". Le quotidien obserbe que "les ministres RND du gouvernement Hamdani sont, en l'état actuel de la précampagne, seuls à avoir pris position de la sorte", alors que les ministres du FLN gardent une "prudente réserve" (alors que leur parti soutient officiellement Bouteflika), ainsi que ceux du MSP. "Beaucoup (...) soulignent la dichotomie qu'il y a entre un gouvernement réputé neutre quant à l'enjeu final et des ministres qui sont déjà entrée en campagne en affichant publiquement leur préférence", écrit "El Watan". La motion de soutien à Abdelaziz Bouteflika a en outre recueilli quinze nouvelles signatures de membres du Conseil national, ce qui porterait le nombre des membres de ce conseil qui l'ont signée à 169, sur 253.
(El Watan 24.1) Le soutien explicite de onze ministres en place à la candiodature d'Abdelaziz Bouteflika a suscité l'envoi d'une lettre au président Zéroual, par Ahmed Taleb Ibrahimi, Youssef Khatib et Abdallah Djaballah, qui demandent au président de "prendre les dispositions appropriées pour que soit assurée l'impartialité effective des administrations de lEtat dans les différentes phases d'élections libres, démocratiques et transparentes". Le président de l'Union pour la démocratie et les libertés (UDL), Moula Boukhalfa, a dénoncé quant à lui le fait que "les ministres du gouvernement piétinent leur devoir de réserve en prenant ouvertement position pour un candidat", et demande leur démission. Le secrétaire général du PRA de Noureddine Boukrouh, Sofiane Djilali, a considéré pour ra part que le "déficit de moralité de l'Etat" était aggravé par la prise de position de ces ministres, même si dans des conditions normales (qui ne sont pas celles de l'Algérie), le soutien de ministres à un candidat ne porterait pas à douter de leur neutralité. Le Front des Forces Socialistes a émis également des doutes sur la nautralité de l'administration lorsque des ministres, des préfets (walis) et des chefs de daïras sont engagés dans le soutien à l'un des candidats. Le porte-parole du gouvernement, Abdelaziz Rehabi, a répondu en affirmant que l'engagement des ministres "n'affectera pas la régularité de l'élection".
(El Watan 21.1) L'ancien Premier ministre Mokdad Sifi a adressé aux élus et militants du RND une "lettre ouverte", publiée dans "El Watan", dans laquelle il se déclare "prêt à être le candidat du RND à l'élection présidentielle si les élus et la base du RND le veulent", et où il fustige les partisans d'Abdelaziz Bouteflika, qui sont selon lui en train de "tuer" le RND pour "offrir ses restes aux nouveaux maîtres du moment, qu'ils s'empresseront de trahir comme ils ont trahi leurs maîtres d'hier" et "abandonné" le RND "au lendemain de l'annonce du départ du président Zéroual", comme des "rats (abandonnent) un navire en naufrage". La diatribe vise notamment (sans les citer) Mohammed Betchine et Ahmed Ouyahia, lequel est accusé de vouloir "faire du parti un simple comité de soutien" au profit "d'un candidat qui n'en a pas besoin". Moddad Sifi tente, selon "El Watan", se se "positionner" comme une alternative aux deux tendances qui "tiraillent" le RND, celle d'Ahmed Ouyahia (pro-Bouteflika) et celle du secrétaire général du parti, Benbaïbèche, qui serait partisan de la candidature de Mouloud Hamrouche. Mokdad Sifi invite les "nationalistes-démocrates" à "s'unir pour faire du RND un parti indépendant", et souhaite que l'élection présidentielle anticipée permette au moins au parti "de se débarrasser des opportunistes et des fraudeurs"
(El Watan 21.1) Dans un "point de vue" publié par "El Watan", Mohamed Salah Yahiaoui dénonce la décision de la direction du FLN de soutenir la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à l'élection présidentielle, décision dont il conteste la légitimité au regard des statuts et du fonctionnement du parti et de l'intérêt même du parti de "présenter son propre candidat, porteur de ses idées et de sa vision" : "Nous avons toujours considéré le Front comme une locomotive et non pas comme un wagon", écrit Yahiaoui, qui considère que la désignation du candidat du FLN, ou soutenu par le FLN, doit être le fait d'un congrès extraordinaire du parti et qui remercie "tous ces militants et citoyens honorables qui, animés de leur bonne foi et leurs sentiments sincères, ont pris l'initiative dans diverses régions du pays (...) de constituer des comités de soutien à ma candidature à la prochaine élection présidentielle", candidature dont il ne précise pas s'il la maintiendra ou non contre celle du candidat soutenu par la direction du FLN, Abdelaziz Bouteflika.
(El Watan 21,.1, corr.) Une "rencontre de la dernière chance" pour trouver un "candidat représentatif du camp démocratique" (mouvance "républicaine", c'est-à-dire le RCD, l'ANR, le PRA et le MDS)devait se tenir le 20 janvier entre ces formations et le CCDR (Comité de citoyens pour la défense de la République), lequel se prononcera à la fin du mois de janvier. Le risque, pour cette mouvance déjà très minoritaire, de présenter en ordre dispersé, à raison d'un candidat par formation, est de n'obtenir que des scores "marginaux" face d'une part au(x) candidat(s) proche(s) du pouvoir, d'autre part au(x) candidat(s) des partis islamistes légaux, enfin au(x) candidat(e)(s) de l'autre mouvance démocratique, celle des "réconciliateurs" (FFS, PT). Le chef de l'Alliance nationale républicaine (ANR), l'ancien Premier ministre Rheda Malek, aurait déjà fait retirer le formulaire de souscription des signatures pour sa propre candidature, tout en déclarant que la "mouvance démocratique républicaine" n'a "pas dit son dernier mot. Il apparaît cependant peu probable qu'elle arrive à présenter une candidature unitaire crédible, les forces électorales des quatre partis en présence étant très inégales, et le principal parti de cette "mouvance", le RCD, étant directement confronté au FFS dans leur fief commun de Kabylie.
(Liberté, APS 23.1, El Watan 24.1) Louisa Hanoune pour le Parti des Travailleurs, Redha Malek pour l'Alliance nationale républicaine, Noureddine Boukrouh pour le PRA et Cherif Belkacem, ancien ministre de Houari Boumediène, ont annoncé ou laissé annoncer par leurs partis leur candidature à l'élection présidentielle. Les candidatures de Redha Malek et de Noureddine Boukrouh marquent l'échec de la tentative du CCDR (Comité des citoyens pour la défense de la République) de faire émerger une candidature unique du courant "républicain".
(APS 23.1) Le Comité central du Parti des Travailleurs a décidé le 22 janvier de présenter à l'élection présidentielle la candidature de la porte-parole du parti, Louisa Hanoune. Celle-ci a affirmé dans une conférence de presse avoir pour seule ambition d'"aider à la mobilisation du peuple pour la restauration de la paix, le respect des droits de l'Homme et la résolution des problèmes sociaux". La candidature de Louisa Hanoune est la première émanant du camp "démocrate dialoguiste", et est la seule candidature féminine annoncée.
(APS 23.1) Les divergences continuent à s'exprimer au sein du RND à propos de l'élection présidentielle. Un congrès extraordinaire, qui pourrait se tenir avant le 15 février, a été demandé par les responsables de wilayas du parti. Les auteurs de la motion de soutien à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika ont pour leur part annoncé avoir recueilli les signatures de 182 des 249 membres du Conseil national du RND et ont mis en demeure le secrétaire général du parti, Tahar Benbaïbèche, de convoquer le Conseil national avant le 24 janvier, sans quoi ils le convoqueraient eux-mêmes pour le 26. L'ancien Premier ministre Mokdad Sifi a annoncé le 21 janvier sa disponibilité à être le candidat du parti, et Abcelkader Belhai, ancien membre du Conseil national de tranition (CNT) a annoncé sa propre candidature.
(AFP, Liberté 24.1, APS 28.1) Pas moins de 24 candidats à la candidature à l'élection présidentielle sont déjà, officiellement ou officieusement en lice pour récolter les signatures d'élus ou de citoyens nécessaires à la présentation de leur candidature ou pour constituer des comités de soutien. Deux femmes seraient candidates : Louisa Hanoune pour le Parti des Travailleurs et Chalabia Mahdjoubi pour le Mouvement de la jeunesse démocratique (MJD). Parmi les 22 hommes candidats les principaux sont Abdelaziz Bouteflika, présenté par le Front de libération nationale (FLN), Redha Malek pour l'Alliance nationale républicaine (ANR), Nourredine Boukrouh pour le Parti du renouveau algérien (PRA). Sont également candidats Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb Ibrahimi et Mohamed-Salah Yahiaoui, tous membres dirigeants ou anciens dirigeants du FLN mais opposés à Abdelaziz Bouteflika, Mokdad Sifi, membre du Rassemblement national démocratique (RND) et ancien Premier ministre, et enfin, pour le Mouvement de la société pour le Paix (MSP) Mahfoud Nahnah (s'il peut se présenter). Cherif Belkacem, Youcef Khatib, Belaid Abdessalam et Sid Ahmed Ghozali sont également candidats à la candidature. Les candidatures de Hocine Aït Ahmed pour le Front des Forces socialistes et de Saïd Sadi pour le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) sont encore du domaine de l'hypothèse. Chalabia Mahdjoubi, présidente du Mouvement pour la jeunesse et la démocratie (MJD) a formellement démenti le 27 janvier être candidate à l'élection présidentielle, et a rappelé qu'elle avait pris position en faveur de la candidature d'Abdelaziz Bouteflika. Louisa Hanoune est donc, du moins pour l'instant, la seule femme candidate à la présidence.
(APS, El Watan 31.1) L'ancien Premier ministre Mokdad Sifi, qui se revendique du courant "moderniste" du RND a annoncé le 30 janvier sa candidature à l'élection présidentielle, avec un programme placé sous le slogan "oui à l'espoir" et ayant pour objectif de "libérer l'Algérie de la terreur et de la misère". Mokdad Sifi est membre du RND, démissionnaire de son Bureau national mais toujours membre du Conseil national et député à l'Assemblée nationale. Opposé à la fois à la tendance Benbaïbèche et à la tendance Ouyahia , il avait demandé un "changement de la direction et la convocation d'un congrès extraordinaire" du RND pour qu'il puisse "survivre aux échéances électorales", et a affirmé sa conviction que la majorité des militants du parti trouveront "les moyens de rester fidèles au RND originel, né de l'espoir et des engagements de novembre 1995" (élection de Liamine Zéroual à la présidence).
(APS 30.1, Liberté 31.1) Les représentants des partis du "groupe des cinq"(FFA, PT, MSP, MRN (ex-Ennahda-Djaballah) et RND-Benbaïbèche) ont réussi le 28 janvier à se mettre d'accord sur le texte de la plate-forme politique commune, annoncée le 30 janvier par leurs leaders respectifs (Ahmed Djeddaï pour le FFS, Louisa Hanoune pour le PT et Mahfoud Nahnah pour le MSP, accompagnés de Tahar Benbaïbèche pour sa propre tendance du RND et Abdallah Djaballah pour son nouveau parti, ainsi que de Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb Ibrahimi, Youcef Khatib et M'hammed Yazid). La plate-forme, qui sera soumise au président Zéroual, demande qu'il soit mis fin aux pressions exercées sur les partis politiques, que les promesses d'élections équitables soient respectées, que l'armée reste neutre et que le champ médiatique soit équitablement ouvert à toutes les sensibilités politiques. Elle "condamne le terrorisme et demande la poursuite de la lutte antiterroriste dans le cadre de l'Etat de droit et du rejet de la violence". Le texte final, en douze points, a été expurgé de tous les éléments ne faisant pas consensus entre les cinq partis. Les cinq formations ou tendances formant le "groupe des cinq" présenteront cependant chacune leur propre candidat à la présidentielle, même si elles participent d'une opposition commune à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, qualifiée par le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, de "démarche de la fitna" (discorde). Le "groupe des cinq" envisage d'"élargir le consensus" trouvé entre ses membres "aux autres partis politiques et personnalités nationales". Ahmed Djeddaï a déclaré à l'occasion de la présentation de la plate-forme que "le multipartisme est aujourd'hui en danger" en Algérie, où il importe de réhabiliter la politique "par la diffusion de l'éthique politique et du principe de la non-violence dans la parole et l'action", et de faire du principe de l'alternance au pouvoir une réalité et "non pas une alternance clanique ou régionaliste".
(El Watan 31.1) La légalisation des signatures nécessaires à la présentation d'une candidature à la présidence se fait "au ralenti" pour certains candidats, affirment les représentants de ceux-ci, notamment de Taleb el Ibrahimi, dont le porte-parole affirme que "certains agents d'APC (leur) ont fait comprendre que ce n'était plus la peine de se fatiguer à légaliser les signatures puisque le (prochain) président de la République est déjà connu" en la personne d'Abdelaziz Bouteflika. Le porte-parole de Sid Ahmed Ghozali affirme que des signataires se sont vu refuser la légalisation de leur signature par leur commune de domicile. Le porte-parole de Mouloud Hamrouche reproche aux agents de l'administration d'exiger des signataires leur carte d'identité plus leur carte d'électeur lorsqu'ils soutiennent certaines candidatures, et de se contenter d'enregistrer les formulaires pour d'autres candidatures.
(APS 2.2, Le Matin 3.2) Abdelaziz Bouteflika a présenté le 1er février à Alger "dans une ambiance d'anarchie qui a très vite cédé la place à une atmosphère frisant le délire lorsque le candidat est finalement apparu après près d'une heure de retard" ("Le Matin"), les grands axes de son programme électoral en affirmant la "nécessité de consacrer la démocratie, de mettre fin à la violence et de rétablir la confiance et l'espoir". Il a souhaité que la campagne électorale soit l'occasion de "larges confrontations d'idées qui puissent contribuer à éclairer l'opinion publique et à permettre à chaque citoyen de former son choix en connaissance de cause". Plaidant pour une "poursuite énergique de la lutte anti-terroriste", le candidat du FLN, d'Ennahda et du RND-Ouyahia a toutefois considérer qu'il était "nécessaire de ne négliger aucune initiative ou contibution à même de favoriser, dans le respect des principes constitutionnels et de la loi, le rétablissement de la concorde civile". Abdelaziz Bouteflika a également affirmé qu'il fallaitt lutter contre la corruption et les discriminations, encourager le pluralisme médiatique, mettre en oeuvre avec "célérité" la resurtcturation industrielle, stimuler l'investissement privé, transformer le système bancaire et démanteler les monopoles. Les réactions des principaux acteurs politiques algériens à la déclaration d'Abdelaziz Bouteflika ont été généralement négatives : Redha Malek (ANR) n'y a vu que des généralités "dites et redites depuis longtemps", Louisa Hanoune (PT) a dénoncé le fait que Bouteflika soit déjé présenté comme le prochain président, El Hachemi Chérif (MDS) a estimé que Bouteflika ne proposait qu'"un retour à zéro", Sofiane Djillali (PRA) a considéré qu'il avait "parlé pour ne rien dire" et que sa première intervention en tant que candidat était une "montagne qui a accouché d'une souris". Le FFS, le RND-Benbaïbèche et le RCD ont également considéré très négativement le discours d'Abdelaziz Bouteflika.
(ATS, APS, Reuters 4.2, 5.2) Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) a décidé le 4 février de boycotter l'élection présidentielle d'avril, estimant que rien n'en garantissant la transparence. Le RCD adopte ainsi lors de cette élection l'attitude de "boycott actif"qu'avait adoptée le FFS lors de la précédente, alors que le FFS participera à l'élection d'avril comme le RCD avait participé à la précédente. Le retrait du RCD de la compétition électorale joue d'ailleurs en faveur du FFS, dans la mesure où il réduit considérablement le handicap de la division de l'électorat kabyle. Selon plusieurs observateurs de la scène politique algérienne, la décision du RCD a beaucoup à voir avec le risque que la candidature de Saïd Sadi, pourtant souhaitée par une bonne partie de la base du parti, ne "fasse pas le poids" face à celle de Hocine Aït Ahmed.
(Reuters 3.2) Ahmed Taleb Ibrahimi, candidat à l'élection présidentielle, a affirmé le 3 février qu'il voulait dégager le pays "de l'extrémisme et de la haine" et a exhorté l'armée à rester neutre, pour que l'élection soit "libre et honnête". Il a dénoncé "certaines intrigues (...) donnant à penser que la volonté des électeurs pourrait ne pas être respectée". Ancien ministre de la Culture, puis de l'Information sous Boumédienne, et des Affaires étrangères sous Chadli, membre du FLN (qui soutient officiellement Abdelaziz Bouteflika), partisan d'un dialogue avec le FIS, Ahmed Taleb Ibrahimi a annoncé qu'il se présentait à l'élection en tant que candidat indépendant (sous-entendu : "réellement indépendant", contrairement à Bouteflika, qui se présente lui aussi comme "candidat indépendant" mais est accusé d'être le candidat de l'un des clans au pouvoir).
(APS 3.2) Mohamed Bedjaoui, président de la Cour international de Justice de La Haye, a été pressenti pour présider la Commission national indépendante de surveillance des élections présidentielles et a donné le 2 février son accord de principe à cette proposition.
(APS 4.2, 5.2) L'organisation nationale des enfants de moudjahidines (ONEM, l'une des organisations de la "famille révolutionnaire") a annoncé (comme prévu), le 3 février, son soutien à Abdelaziz Bouteflika. Le 4 février, c'est la Coordination nationale des enfants de chouhada (CNEC, une autre organisation de la même "famille révolutionnaire" qui a apporté son soutien à Abdelaziz Bouteflika -lequel a également reçu le soutien de l'Union générale des commerçants et artisans (UGCAA).
(APS 4.2, 5.2) Un groupe de petits partis politiques a annoncé le 4 février la création d'une alliance dénommée "Groupe des forces nationales" (GFN), regroupant le Mouvement national de la jeunesse algérienne (MNJA, le mouvement de l'entente nationale (MEN), le Rassemblement national constitutionnel (RNC), le Rassemblement pour l'unité nationale (RUN) et le Mouvement nationale pour la nature et le développement (MNND). Le Groupe se dit "ouvert à l'adhésion des formations politiques et des associations nationales", mais a d'ores et déjà décidé de soutenir la candidature de Mouloud Hamrouche à l'élection présidentielle.
(Le Matin 4.2) Plusieurs petits partis du camp "républicain" (l'ANR, le PRA, le CCDR) envisagent de suivre l'exemple du RCD et de boycotter l'élection présidentielle, dont le premier tour pourrait alors se réduire à n'être qu'un "galop d'entraînement" pour un second tour opposant Abdelaziz Bouteflika et Hocine Aït Ahmed (ou, selon "El Watan", Bouteflika au "camp de Sant'Egidio"). L'Alliance nationale républicaine (ANR) de Redha Malek en particulier, dénonce le parti pris de l'administration dans la légalisation des signatures nécessaires à la présentation d'un candidat, et l'accuse de se mettre au service d'Abdelaziz Bouteflika. Dans certaines régions, "les citoyens qui se présentent aux APC pour légaliser leur formulaire de souscription sont pris à partie par des (partisans) de Bouteflika qui leur font toute une leçon sur leur choix". Redha Malek a adressé le 31 janvier une lettre au Président de la République pour dénoncer "les sabotages en cours qui compliquent l'opération de collecte de signatures". Le PRA de Nourredine Boukrouh envisage également de se retirer de l'élection "parce que le jeu est verrouillé" (au profit de Bouteflika). Enfin, le Comité des citoyens pour la défense de la République (CCDR) s'acheminerait lui aussi vers le boycott, après avoir vainement tenté de convaincre la mouvance "républicaine" de présenter un candidat unique.
(El Watan 7.2) Contrairement à ce que certains journaux avaient cru pouvoir annoncer, ni le PRA de Nourredine Boukrouh ni l'ANR de Redha Malek n'ont encore, du moins officiellement, renoncé à participer à l'élection présidentielle, et ces deux formations continuent à récolter des signatures en faveur de la candidature de leurs chefs respectifs, tout en dénonçant les pressions et les entraves exercées par l'administration, et en laissant planer la menace d'un retrait de la course à la présidentielle. Aucun des deux candidats n'a d'ailleurs la moindre chance de figurer au second tour de ladite élection, d'autant qu'au sein du courant "républicain" dont se revendiquent le PRA et l'ANR, deux formations ont appelé au "boycott actif" : le RCD et le MDS.
(APS 7.2) Dans une long entretien avec "El Watan", Louisa Hanoune, candidate du Parti des Travailleurs à l'élection présidentlelle, "demande aux Algériens de construire, à travers leur soutien à (sa) candidature, (leur) propre citoyenneté" en démontrant notamment qu'"en Algérie, pays musulman, l'aspiration à la citoyenneté et à l'émancipation pour toutes et tous est massive et nationale" et peut s'exprimer par le soutien à la candidature d'une femme. Pour Louisa Hanoune (comme pour Hocine Aït Ahmed), *la priorité est de rétablir les conditions normales de vie, d'arrêter (la) violence et de faire taire les armes". Dans ces conditions, la paix n'est pas pour la candidate du PT un thème de campagne électorale, et "est plus qu'une priorité" mais une nécessité "vitale". Louisa Hanoune annonce son intention d'appeler Abassi Madani, Hachani, Ali Benhadj "et les corps constitués à conjuguer tous les efforts pour arrêter avant tout la violence et permettre aux Algériens de vivre normalement et de débattre ensuite de leur avenir". Revenant sur "des dossiers brûlants à prendre en charge, tels le Code de la famille, tamazight, les droits de l'Homme", Louisa Hanoune demande "que le dossier des disparus soit réouvert" et considère qu"il faut des actions courageuses et hardies, à la mesure de (la) situation". Cela étant, la candidate ne considère l'élection que comme "un moyen" et rappelle que "trois élections ont eu lieu depuis 1995" et "n'ont rien changé à la situation du pays", au point que "c'est quasiment un miracle que ce pays soit encore debout". S'agissant de la candidature "de consensus" de Bouteflika, Louisa Hanoune considère que "le consensus est la négation de la démocratie" et affirme : "nous n'accepterons pas qu'une candidature serve de rouleau compresseur pour écraser le multipartisme". La candidate dénonce d'ailleurs les "dépassements" commis par l'administration dans la légalisation des signatures de soutien à sa candidature. Enfin, Louisa Hanoune se dit "fière d'avoir participé et contribué à créer" le "grand évènement" qu'a été la signature de la plate-forme de St-Egidio, qui a démontré "qu'il y avait une issue" à la crise et que des Algériens d'options politiques adversaires pouvaient se réunir "pour dégager une offre de paix publique". La candidate rappelle cependant que "depuis la plate-forme de Rome, nous avons fait autre chose" : l'appel à la paix, la conférence de Boumerdès, l'appel à un congrès pour la paix, les réunions du "groupe des cinq" et l'adoption dûne plate-forme commune des cinq partis concernés, qui "iront jusqu'au bout de leur démarche" et mèneront "des actions plus hardies" pour sauver le multipartisme.
(Le Matin 6.2, APS 7.2) L'ancien Premier ministre Belaïd Abdessalam a annoncé le 5 février sa candidature à l'élection présidentielle et l'a inscrite dans une volonté de "bâtir ensemble une Algérie fondée sur la justice sociale, la liberté, la démocratie et le respect de sa souveraîneté". Belaid Abdessalam estime que "le succès obtenu dans la lutte contre la subversion doit avoir comme corollaire une politique visant à panser les blessures" qui ont affecté le peuple algérien.
(AP 12.2) Le président Zéroual a annoncé le 12 février dans une allocution radio-télévisée que l'élection présidentielle anticipée aura lieu le 15 avril. Le président Zéroual a assuré que le résultat de cette élection n'est pas "connu d'avance" et a appelé l'administration et le gouvernement à la "neutralité et à la réserve", en précisant qu'il prendrait "les mesures qui s'imposent" si le scrutin devait dévier de l'objectif de laisser jouer l'alternance politique.
(Liberté 10.2) Youcef Khatib a annoncé qu'il annoncera officiellement sa candidature après la convocation des électeurs par le président Zéroual. Cette candidature de cet adversaire résolu d'Abdelaziz Bouteflika (dont il dit qu'il est "pire que Zéroual") est néanmoins déjà à peu près certaine.
(Liberté 10.2) Le Parti des Travailleurs a dénoncé dans un communiqué les entraves mises par l'administration à la récolte des signatures de soutien à la candidature de Louisa Hanoune : "absence volontaire des élus, refus de légalisation des formulaires sur le champ, propos et comportements agressifs, tentative de corruption (...) (et) pressions policières (sur) les militants" sont évoqués par le PT, qui "exige que cessent les harcèlements (et) la discrimination entre les candidats". Le Communiqué du PT cite plusieurs exemples de "dépassements" dans les régions de Sétif, d'Annaba, de Tiaret et de Naâma.
(APS, El Watan 11.2) Les partis du "groupe des cinq" ont décidé le 10 février (en l'absence toutefois du Parti des Travailleurs, qui a préféré se consacrer pleinement à la "précampagne" et à la récolte des signatures) l'organisation d'un sommet de leurs leaders respectifs, et des candidats indépendants (Youcef El Khatib, Mouloud Hamrouche et Ahmed Taleb Ibrahimi). Le "groupe des cinq" organisera en outre un meeting populaire le 25 février au stade du 5 juillet, à Alger, meeting lors duquel les chefs des partis (Hocine Aït Ahmed, Louisa Hanoune, Mahfoud Nahnah, Abdallah Djaballah, Tahar Benbaïbèche) et les candidats indépendants (Ahmed Taleb Ibrahimi, Youcef El Khatib, Mouloud Hamrouche) prendront la parole.
(AFP, APS 11.2) Les cinq partis (FFS, RND-Benbaïbèche, MSP, MRN -ex Ennahda-Djaballah- et PT) du "groupe des cinq" ont dénoncé le 11 février l'attitude partiale des autorités et les "pressions et menaces" du pouvoir à l'encontre de certains candidats opposés à Abdelaziz Bouteflika, désigné comme "candidat du consensus" et qui bénéficierait un "traitement de faveur" en passe de fausser l'élection. Les cinq partis, qui ont approuvé une sorte de code de bonne conduite et ont été rejoints dans leur démarche de protestation par des candidats indépendants (Mouloud Hamrouche, Redha Malek, Ahmed Taleb Ibrahimi, Youcef El Khatib) demandent l'ouverture des moyens d'information à tous les candidats, un scrutin "transparent et juste" et la "neutralité" de l'administration, conformément aux engagements du président Zéroual. Ahmed Taleb Ibrahimi a déclaré que si l'"administration est résolue à frauder au profit du candidat qu'elle cautionnera", il ne se prêtera pas à "une parodie d'élection". Redha Malek a rencontré le président Zéroual pour lui faire part des "entraves créées par l'administration" lors de la collecte des signatures de soutien aux candidatures. Le président Zéroual a également rencontré Hocine Aït Ahmed pour évoquer "les conditions et modalités générales de préparation de la prochaine élection présidentielle".
(El Watan 11.2) L'UGTA s'apprête à adresser aux candidats à l'élection présidntielle un "mémorandum", qui devrait être adopté le 14 février, et qui répertorie les revendications prioritaires du syndical, tout en dénonçant l'islamisme politique (qualifiée dans l'avant-projet d'"entreprise maléfique" et en condamnant par avance les "alliances, rapprochements ou accointances politiques (...) outrancièrement contre nature, excessivement dangereux pour l'avenir républicain et démocratique du pays, outrageusement offensants pour la mémoire de nos martyrs et des victimes du terrorisme intégriste", ainsi que des "jeux machiavéliques, des ambitions personnelles malsaines, des compromissions, des repêchages et des réanimations infiniment menaçants". L'UGTA demande aux candidats à la présidence de retenir dans leurs programmes "la question centrale du règlement juste, durable et progressif des problèmes de l'emploi, du pouvoir d'achat, des salaires impayés". Elle rappelle qu'elle demande également l'arrêt du démantèlement du tissu industriel et de la dissolution des entreprises publiques, et une sorte de moratoire des privatisations.
(Liberté 11.2) Le bulletin officieux du FIS "El Ribat", qui avait déjà appelé les islamistes à participer à l'élection présidentielle d'avril, a réaffirmé dans son édition datée du 12 février l'importance que le FIS (du moins sa tendance la moins "radicale") attache à cette échéance, qu'il considère comme "plus sérieuse" que celle de novembre 1995, compte tenu de la participation de candidats aux "garabits politiques autrement plus sérieux et crédibles" que ceux d'alors. Ces candidatures "sérieuses et crédibles" sont, pour "El Roibat", qui ne se prononce pas entre elles, celles d'Abdelaziz Bouteflika, Taleb Ibrahimi et Hocine Aït Ahmed, "les autres (étant) secondaires". Pour "El Ribat", les élections présidentielles sont "une occasion et une chance à saisir pour l'émergene de personnalités politiques à dimension nationale qui vont ouvrir le dialogue sans exclure ou marginaliser". Le bulletin du FIS relève que "tous les candidats ayent leurs efforts sur la nécessité du retour à la paix et à la sécurité, ce qui en soi un bon signe", et considère que l'élection doit aboutir à "la réintégration dans le champ de l'expression et de l'action politique de ceux qui ent ont été exclus", c'est-à-dire le FIS.
(Liberté, El Watan, APS 13.2, 14.2) La fermeté des engagements pris par le président Zéroual lors de son intervention télévisée du 12 février, s'agissant de l'impartialité de l'administration dans le processus pré-électoral et électoral, a été relevée par plusieurs candidats. Youcef Khatib a relevé "la fermeté du ton" du président, mais a néanmoins ajouté que c'est "l'application sur le terrain" des engagements pris qui comptera. Sid Ahmed Ghozali a également relevé "l'accent très fort" mis par Liamine Zéroual sur la transparence des élections, mais a déclaré qu'il ne voyait pas de "traduction concrète" de ces engagements, et dénoncé la "discrimination" entre les candidats, "sinon comment expliquer qu'on oblige les signataires pour certains postulants à se présenter devant les bureaux de légalisation alors que pour d'autres on ne le fait pas ?". Ahmed Taleb Ibrahimi a pour sa part estimé que le discours de Liamine Zéroual était "en deçà des attentes de l'opinion publique et d'une grande partie de l'opinion publique". L'un des responsable de la campagne de Louisa Hanoune, Abdelhamid Boubaghla, a regretté que le président se contente d'envoyer des messages sans les accompagner de "mesures concrètes" pour la "création d'un climat social favorable à le tenue d'une élection transparente", et a dénoncé les "facilités" accordées par l'administration aux "candidats proches du pouvoir" (comme celle de ne pas exiger la présence des signataires lors de la légalisation des formulaires, alors que pour d'autres candidats, cette présence est exigée). Le directeur de campagne de Mouloud Hamrouche s'est déclaré satisfait de l'engagement du président "à faire respecter les règles de la compétition électorale". Les responsables de la campagne d'Abdelaziz Bouteflika se sont contentés de prendre acte du discours de Liamine Zéroual, sans le commenter. Redha Malek, satisfait des engagements du président, n'en a pas moins déclaré ne faire foi qu'à leur "impact concret" et a dénoncé des "irrégulartités" dans l'opération de collecte de signatures. Le FLN a applaudi le discours "empreint de clarté et de fermeté" de Liamine Zéroual, discours que Youcef Khatib a également approuvé, tout en estimant que "l'épreuve du terrain" reste à faire. Le porte-parole de Mokadadad Sifi a salué "la teneur de ce discours qui vient mettre un terme aux différentes spéculations entretenues par certains concernant le déroulement de l'élection présidentielle". Nahda a également émis un commentaire positif des engagements pris sur la "régularité de la prochaine élection présidentielle".
(El Watan 13.2) Le Rassemblement patriotique républicain (RPR) d'Abdelkader Merbah a officiellement apporté son soutien à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika le 12 février. Abdelkader Merbah a assuré que ce choix avait été fait après avoir examiné les autres candidatures, mais a précisé que son parti s'était "interdit d'approcher, d'une manière ou d'une autre, les partis de Sant'Egidio et leurs alliés politiques" et que les démarches entreprises en direction de la mouvance "républicaine" (ANR, RCD, MDS) avaient échoué car "trop de considérations subjectives minent ce courant".
(El Watan 15.2) Les candidats à l'élections présidentielles (sauf Abdelaziz Bouteflika) continuent de dénoncer les entraves qu'ils rencontrent dans l'opération de collecte des signatures. La permanence de Ahmed Taleb Ibrahimi dénonce des "anomalies" dans la wilaya de Batna et à Biskra (rétention de documents d'identité et de renseignements d'état-civil des signataires), ainsi qu'à Annaba (fausses dates portées par l'administration communale sur des formulaires). La permanence de Mouloud Hamrouche dénonce également des irrégularités à Tlemcen et Aïn Témouchent (suspension de fonctionnaires partisans de Mouloud Hamrouche). Au Front des Forces Socialistes, on évoque également des entraves (pressions sur les notaires pour ne pas légaliser les formulaires en faveur de Hocine Aït Ahmed).
(APS 15.2) Le ministre des Affaires religieuses, Bouabdallah Ghlamallah, a affirmé le 14 février qu'aucune mosquée algérienne n'avait été utilisée jusqu'à présent à des fins de propagande électorale, contrairement à ce que la presse privée francophone a à plusieurs reprises affirmé. Par contre, le ministre a reconnu que l'"associations des imams" avait soutenu un candidat, mais a qualifié cette association de "syndicat autonome" de relevant pas de la tutelle de son ministère.
(APS 15.2) Le directeur général des libertés publiques et des affaires juridiques du ministère de l'Intérieur, Abdelkader Belhadj, a indiqué le 14 février que 47 candidats à la candidature à l'élection présidentielle s'étaient annoncés en retirant les formulaires de souscription des signatures nécessaires. Chaque candidat a retiré près de 200'000 formulaires de signatures de "simples citoyens" et près de 2000 formulaires de signatures d'élus locaux et nationaux. Abdelkader Belhadj a également annoncé que dix plaintes avaient été déposées par des candidats ou leurs représentants concernant des "lacunes" (que les candidats considèrent comme des entraves à la récolte de signatures) dans 40 communes.
(AFP 21.2) Mahfoud Nahnah a annoncé le 21 février sa candidature à l'élection présidentielle du 15 avril, pour le MSP.
(AFP, Reuters, Le Matin 21.2) Abdelaziz Bouteflika aurait, selon "Le Matin" du 21 février, qui cite des "sources concordantes", été hospitalisé à Genève entre le 16 et le 18 février, après une évacuation "en urgence" et pour une "maladie non encore précisée qu'il traîne depuis au moins 5 ans". L'information n'a pu être confirmée ni en Suisse ni en Algérie, où elle a même été démentie par les proches du candidat à la présidence.
(Liberté 23.2) Le président de la Commission indépendante de surveillance de l'élection présidentielle (CNISEP), M. Bedjaoui, a déclaré le 22 février dans une lettre n'être "pas responsable des délibérations et décisions prises depuis le 18 février" par la CNISEP, et invite les membres de cette instance à "s'abstenir de toute déclaration (et) de toute attitude à même de causer un préjudice (pour) la crédibilité de la CNISEP". Est en cause notamment le refus de certains membres de la commission d'accepter que Larbi Ould Khelifa soit désigné par M. Bedjaoui comme président intérimaire de l'instance, en lieu et place de l'un de ces deux vice-présidents. Il semble que ce soit surtout le fait que la CNISEP soit dirigée depuis La Haye par M. Bedjaoui, qui y siège en tant que juge au Tribunal international, qui déplaise à plusieurs représentants de partis politiques, qui accusent également le représentant du ministère de l'Intérieur de vouloir "torpiller" la CNISEP en raison de son refus de "rouler" pour Abdelaziz Bouteflika.
(Liberté 23.2) Bien qu'ayant officiellement annoncé sa candidature à l'élection présidentielle, le leader du MSP Mahfoud Nahnah ne sait toujours pas s'il pourra s'y présenter, compte tenu de l'incertitude qui pèse sur sa qualité ou non d'ancien moudjahid -condition sine qua non d'une candidature pour toutes les personnes ayant l'âge d'avoir participé à la lutte de libération nationale (avant 1962). Son nom de figurerait pas sur le "fichier national des moudjahidines" dressé par le ministère concerné, fichier qui comporte 500'000 noms (de membres du FLN, de l'ALN ou de leurs organisations "civiles").
(El Watan 24.2) Selon "El Watan", six membres de l'Armée Islamique du Salut (AIS, branche armée du FIS) qui procédaient à la collecte de signature au profit de la candidature de Taleb Ibrahimi à la présidence, ont été arrêtés le 23 février à Médéa. Selon le quotidien, "depuis plusieurs semaines" des "terroristes" sont impliqués dans "l'opération de préparation des élections au profit de Taleb Ibrahimi" dans toutes les localités où est implantée l'AIS. L'opération serait coordonnée par A. Hachani, ancien "numéro trois" du FIS.
(El Watan 23.2, 24.2) Youcef Khatib, candidat à la présidence et qui avait rejoint le "groupe des cinq", pourrait s'en dissocier, compte tenu de la présence aux côtés de ce groupe de Taleb Ibrahimi, autre candidat à la présidence, pour qui le FIS ferait activement campagne. Le "groupe des cinq" et les représentants des candidats indépendants Khatib, Hamrouche et Taleb-Ibrahimi ont cependant adopté le 22 février leur "charte électorale", document de détails techniques et de garanties générales proposés afin d'assurer un "bon déroulement" du scrutin présidentiel. En principe, un meeting populaire du "groupe des cinq plus trois" (ou plus deux si Youcef Khatib prend ses distances) devrait se tenir le 4 mars à Alger (stade du 5 juillet).
(Liberté 24.2, Le Matin 25.2) Le Comité des citoyens pour la défense de la République (CCDR) de Salah Boubnider, qui avait envisagé et tenter de présenter à la présidence un candidat commun à toutes les organisations de la mouvance "républicaine", appelle désormais à reporter l'élection présidentielle, sur laquelle il considère qu'"un grave discrédit (est) jeté" à la fois par les méthodes "d'un autre temps" utilisées pour promouvoir la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, et par le risque d'une victoire islamiste. Le CCDR dénonce "l'intervention conjuguée de l'administration et des mosquées en faveur des uns et contre les autres". Une rencontre a eu lieu le 24 février entre plusieurs partis, organisations politiques et même candidats à la présidence afin de débattre de la possibilité de lancer un appel commun pour le report de l'élection. Etaient présents, outre le CCDR, le PRA de Noureddine Boukrouh, le RCD, le MDS et l'ANR de Redha Malek, ainsi que Sid Ahmed Gjozali et Youcef Khatib. Cherif Belkacem et Mokdad Sifi, égalements candidats à la présidence, s'étaient annoncés mais ne semblent pas avoir été présents. Tous ces partis et candidats ont pour seul point commun de n'avoir aucune chance de passer le premier tour de l'élection, certains d'entre eux (le RCD et le MDS) en ayant d'ailleurs suffisamment conscience pour avoir décidé de recommander le "boycott actif" d'un scrutin dont ils craignent qu'il aboutisse à une "réhabilitation du FIS", que ce soit en cas de victoire d'un candidat "consensuel" (type Bouteflika) ou en cas de victoire d'un candidat islamiste ou soutenu par les islamistes. Le PRA et l'ANR, par contre, tentent de présenter leurs leaders respectifs, Noureddine Boukrouh et Redha Malek.
(APS, corr. 24.2, El Watan 25.2) L'opération de légalisation des signatures en faveur des candidatures à la présidence de la République sera close le 28 février à 17 heures, et les dossiers de candidature devront être déposés le même jour à minuit auprès du Conseil constitutionnel. Selon des sources "bien informées", Abdelaziz Bouteflika, Hocine Aït Ahmed et Mouloud Hamrouche auraient déjà obtenu les signatures nécessaires. Dans la wilaya de Bejaïa, selon "El Watan", 11'000 formulaires auraient été remplis en faveur de Hocine Aït Ahmed, 2300 en faveur d'Abdelaziz Bouteflika, 1800 en faveur de Louisa Hanoune et 1200 en faveur d'Abdallah Djaballah. Par contre, la récolte de signatures en faveur des candidatures Sifi, Ghozali, Redha Malek et Mouloud Hamrouche semble laborieuse dans cette wilaya -fief du FFS. Au plan national, le "numéro deux" du PRA, Sofiane Djillali, a annoncé que les 75'000 signatures requises pour la présentation de Noureddine Boukrouh avaient été récoltées. Le directeur de la campagne de Mouloud Hamrouche a annoncé le 25 février que M. Hamrouche annoncera officiellement le 28 février sa candidature à la présidence, et qu'il avait d'ores et déjà récolté plus de 90'000 signatures de citoyens en sa faveur.
(Corr 26.2) Le bulletin officieux du FIS "Al Ribat", dans son édition du 26.2, considère que "la trêve de l'AIS a stratégiquement ouvert la voie à une réelle recomposition du champ politique" après l'annonce par Liamine Zéroual de son départ anticipé, qui a "pris de vitesse tous ceux qui n'ont pas cessé de donner des leçons au FIS". "Al Ribat" s'en prend, s'en les nommer directement, aux "partis et personnalités politiques d'envergure" qui ont eu "l'outrecuidance de considérer la trêve de l'AIS comme une reddition, pire comme une manipulation des services spéciaux algériens, au lieu de se féliciter de cette décision (allant dans le sens) du règlement de la crise par des moyens politiques et pacifiques". S'agissant de l'élection, "El Ribat" se demande si le "pouvoir réel" laissera "le jeu électoral suivre son cours et se dérouler librement et normalement" ou s'il tentera de "l'influencer". Le bulletin du FIS constate que "la lutte d'influence entre les clans au pouvoir continue (et même) s'intensifie", et évoque "trois attitude au sein de l'équipe dirigeante" : celle de "tous ceux qui s'opposent à la tenue de cette élection et font tout leur possible pour qu'elle n'ait pas lieu" ou soit reportée, d'une part; celle qui est "plutôt favorable au déroulement du scrutin mais à la condition qu'il soit strictement sous contr'ole, c'est-à-dire soumis au trafic et à la fraude", d'autre part, et celle, enfin, qui "s'est engagée en faveur d'un scrutin (...) le plus libre, le plus honnête et le plus transparent possible", tendance qui serait celle du président Zéroual.
(APS 26.2, Le Matin 27.2) Les leaders des partis du "groupe des cinq" (Hocine Aït Ahmed pour le FFS, Louisa Hanoune pour le PT, Tahar Benbaïbèche pour "son" RND, Abdallah Djaballah pour le MRN et Mahfoud Nahnah pour le MSP) et deux candidats à l'élection présidentielle (Mouloud Hamrouche et Ahmed Taleb Ibrahimi -Youcef Khatib ayant décidé de prendre des distances avec le "groupe des cinq" pour se rapprocher d'un virtuel "groupe des six" appelant au report, voire à l'annulation de l'élection) ont signé le 25 février une "charte électorale" commune, en présence de représentants du "groupe des forces nationales" qui rassemble plusieurs petits partis (le mouvement national pour la nature et le développement MNND, le Rassemblement pour l'unité nationale RUN, le Mouvement de l'entente nationale MEN, le Mouvement national de la jeunesse algérienne MNJA et le Rassemblement national constitutionnel RNC). Le Groupe des forces nationales a d'ailleurs annoncé son adhésion à la démarche du "groupe des cinq". La charte électorale ainsi signée souligne la nécessité de respecter le choix libre du peuple et de concrétiser les engagements pris par le Président Zéroual, de respecter l'impartialité de l'administration et des institutions de l'Etat pour concrétiser "l'Etat de droit et la crédibilité de l'élection" et l'égalité des chances entre les candidats. La charte insiste sur l'"obligation" de la remise des procès-verbaux de dépouillement et du décompte des voix aux représentants des candidats et des commissions communales de surveillance des élections présidentielles. Le "groupe des cinq" demande en outre une révision de la composition et des prérogatives de la Commission nationale de surveillance de l'élection (CNISEP), à laquelle les représentants des candidats doivent être associés, et qui doit pouvoir surveiller effectivement l'élection. Les signataires demandent notamment que les représentants des candidats et les membres des commissions indépendantes soient présents dans les salles de dépouillement et exigent "la levée des entraves et des pressions qui s'exercent sur la presse nationale et internationale concernant la couvertuire de toutes les étapes de l'opération électorale". Au plan des principes, la charte affirme l'attachement de ses signataires à une élection présidentielle libre et régulière, respectant le choix du peuple et une compétition politique régulière bannissant "la culture de la haine", la discrimination, la violence verbale et physique.
(Reuters 26.2, Le Matin, El Watan 27.2, 28.2) Un appel commun a été lancé par Hocine Aït Ahmed, Mouloud Hamrouche, Mahfoud Nahnah, Louisa Hanoune, A bdallah Djaballah et Ahmed Taleb Ibrahimi, tous candidats à la présidence, pour la supervision de l'élection présidentielle par des observateurs internationaux "crédibles, spécialisés et (...) en nombre suffisant". Selon Taleb Ibrahimi, "la présence d'observateurs étrangers et d'organisations internationales est une nécessité et elle ne peut être assimilée à une quelconque forme d'ingérence". Hocine Aït Ahmed, qui a pesé de tout son poids pour faire accepter cette idée auprès de responsables américains qu'il en rencontré aux USA récemment et auprès des autres candidats, considère que cette présence doit être "massive et rigoureuse". Les autorités algériennes auraient, selon "Le Matin" donné leur accord à cette proposition, à laquelle Mahfoud Nahnah ne s'est pas rallié considérant que les institutions algériennes peuvent à elles seules garantir suffisemment la transparence des élections. et des universitaires américains, notamment, se rendraient à Alger pour assister à l'élection présidentielle. Hocine Aït Ahmed a lui-même pris contact à ce sujet avec le National Democratic Institute, et cette ONG aurait accepté le principe de sa venue en Algérie. Du côté de l'Union européenne, aucune position n'a encore été prise.
(Liberté, APS, El Watan Le Matin 28.2) Hocine Aït Ahmed, Abdallah Djaballah, Mouloud Hamrouche et Ahmed Taleb Ibrahimi se sont prononcés, dans un communiqué commun, contre le report de l'élection présidentielle, demandé notamment par plusieurs candidats à la candidature peinant à récolter les signatures nécessaires (Sid Ahmed Ghozali, Youcef El Khatib, Cherif Belkacem) et plusieurs partis se prononçant pour le boycott (RCD, MDS, CCDR) . "Toute décision de report de l'élection présidentielle anticipée pour des raisons politiques ne peut être qu'une tentative de perdurer la crise", considèrent Hocine Aït Ahmed, Abdallah Djaballah, Mouloud Hamrouche et Ahmed Taleb Ibrahimi. Hocine Aït Ahmed a insisté : "nous n'avons absolument aucune raison de demander le report" de l'élection, et "la question qui se pose aujourd'hui est de savoir dans quelle mesure nous pouvons profiter de cette élection pour tourner le dos à la violence et ramaner la paix". Les quatre candidats prennent acte des assurances du président Zéroual, du chef d'état major de l'armée et du Premier ministre de "veiller au bon déroulement des opérations électorales et à la neutralité de l'administration et des agents de l'Etat", et réitèrent leur demande de "venue (d')observateurs internationaux, impartiaux et en quantité massive, pour constater la sincérité des engagements et la régularité du scrutin", venue qui "ne peut être que bénéfique à l'image de marque du pays et de ses institutions". Par contre, les partisans (MDS, RCD, CCDR, une tendance du mouvement culturel berbère MCB etc... , l'ANR de Rheda Malek ayant formellement démenti en faire partie) du report de l'élection récusent la venue d'observateurs étrangers. Quant au gouvernement, son chef Smaïl Hamdani a affirmé que "l'idée de report ou d'annulation des élections n'est pas du tout à l'ordre du jour", qu'iil n'y a "rien qui milite en faveur de cela" et qu'il ne voit "pas pourquoi on alarme la population" à ce propos.
(Liberté 27.2, Le Matin 28.2) Le candidat islamiste Abdallah Djaballah a présenté le 25 février son programme : réhabilitation du FIS, amnistie en faveur des membres de l'AIS et des partisans de la trêve, indemnisation des familles de "disparus", y compris lorsqu'il s'agit de familles de membres des GIA, car "les enfants et les femmes de criminels n'ont pas à assumer les fautes de ces derniers", libération des détenus d'opinion, amendement de la constitution afin de donner plus de pouvoirs au Haut Conseil islamique, qui devrait être habilité à vérifier la conformité des textes de loi existants avec l'"esprit de l'islam", et veiller au respect de la morale islamique par les pouvoirs publics. Pour Abdallah Djaballah, le terrorisme est le pur fruit de l'ignorance et de la misère, et sa matrice idéologique importe peu. La candidature d'Abdallah Djaballah a reçu un appui massif des militants et des cadres de son ancien parti, Nahda, dont la direction actuelle (qui l'en avait chassé de facto alors qu'il en était encore le président) appuie Abdelaziz Bouteflika, dont l'un des proches a confié au "Matin" que cet appui est "un marché de dupes" passé avec "une coquille vide et des dirigeants qui ne représentent qu'eux-mêmes".
(Liberté, El Watan corr. 28.2) L'opération de collecte des signatures de soutien aux candidatures à l'élection présidentielle a pris fin le 28 février. Les dossiers de dépôt des candidatures devaient être déposés à minuit . Les "staffs" électoraux des principaux candidats affirment tous avoir recueilli le nombre nécessaire de signatures : celui de Mouloud Hamrouche déclare 100'000 signatures dans 30 wilayas, celui de Mokdad Sifi "largement" plus de 75'000 signatures dans 25 wilayas, celui d'Abdallah Djaballah 90'000 signatures dans 27 wilayas. Le MSP (pour Mahfoud Nahnah, dont on ignore encore s'il pourra obtenir l'attestation de participation à la lutte de libération nationale, nécessaire pour être candidat) affirme avoir "largement dépassé" les 120'000 signatures. Le FFS (pour Hocine Aït Ahmed) déclarait le 27 février 138'325 signatures, dont celles de 811 élus (y compris des élus du RCD, de Nahda, du FLN et du RND). Le Parti des Travailleurs (pour Louisa Hanoune) affirme également avoir recueilli les 75'000 signatures nécessaires dans 32 wilayas, mais exprime quelque appréhension sur leur validation par le Conseil constitutionnel. Enfin, le PRA (pour Nourredine Boukrouh) reconnaît avoir eu "d'énormes difficultés dans l'opération de collecte des signatures", et en avoir même perdu 3000. Quant à Abdelaziz Bouteflika, candidat "indépendant" (c'est-à-dire candidat de la direction du FLN, de la direction du RND, de Ennahda, de la "famille révolutionnaire" et d'une partie de l'armée), il n'a évidemment eu aucun problème pour recueillir plusieurs centaines de milliers de signatures.
(APS 27.2, 28.2) Plusieurs candidats se sont retirés de la course à la présidence, faute d'avoir pu recueillir les 75'000 signatures nécessaires : tel est notamment le cas de Mohammed Hadel (Mouvement national de l'espérance) et de Redouane Hamidou (Association pour le droit au logement et au travail), qui a appelé à voter pour Abdelaziz Bouteflika. Un nouveau candidat s'est en revanche annoncé le 27 février en la personne de Sedik Menassel.
(APS 1.3) Le FLN "rejette catégoriquement toute démarche visant à boycotter ou à reporter l'élection présidentielle", a déclaré le 28 février le porte-parole du parti, Ali Mimouni, qui s'est dit "étonné par l'attitude de ceux qui appelle à reporter l'élection et oeuvrent dans le même temps à collecter les signatures" pour présenter des candidats.
(Reuters, AFP, Le Matin, Corr 1.3, 2.3) Onze des 48 candidats à la candidature à la présidence ont recueilli au moins les 75'000 signatures de soutien nécessaires à leur participation au scrutin, et ont déposé leur dossier de candidature au Conseil constitutionnel le 28 février : Abdelaziz Bouteflika (plus de 400'000 signatures), Hocine Aït Ahmed, Mahfoud Nahnah (plus de 160'000 signatures) , Louisa Hanoune (plus de 80'000 signatures), Nourredine Boukrouh, Mouloud Hamrouche (90'000 signatures), Sid Ahmed Ghozali, Mokdad Sifi, Abdallah Djaballah (plus de 80'000 signatures), Youssef Khatib et Ahmed Taleb Ibrahimi (100'000 signatures) seront donc, sous réserve de validation de leurs dossiers de candidatures, candidat(e)s à l'élection présidentlelle. Par contre, Abdessalam Belaïd n'a pas réussi à réunir les signatures nécessaires (il a notamment invoqué les intempéries qui ont touché le pays pour expliquer cet échec), et Redha Malek a également échoué à franchir la barre des 75'000 signatures. Il a évoqué pour expliquer cet échec des "entraves" et des "obstructions administratives", que les autorités ont démenties. Elles ont également démenti que le siège de du parti de Redha Malek, l'ANR, à Saïda, ait été l'objet comme il l'a affirmé d'un "acte criminel visant la destruction de 1900 formulaires légalisés et de 1100 autres en attente de légalisation". Plusieurs candidats semblent avoir bénéficié de signatures provenant d'autres partis que le leur, y compris de partis opposés au leur : ainsi, des militants du RCD, du FLN et de Ennahda auraient signé en faveur de la candidature de Hocine Aït Ahmed. Par contre, Louisa Hanoune a confirmé n'avoir pu compter que sur les militants de son propre parti pour collecter les signatures en faveur de sa candidature, malgré sa participation du "groupe des cinq plus deux". Enfin, il est désormais de notoriété publique que le candidat "indépendant" (mais soutenu par les directions du FLN, du RND et de Ennahda) Abdelaziz Bouteflika a bénéficié d'une particulière sollicitude de l'administration.
(Le Matin 1.3) Le président Zéroual a confirmé, lors du Conseil des ministres du 28 février, que l'élection présidentielle aura lieu le 15 avril, et donc refusé de la repousser comme le lui demandaient plusieurs candidats à la candidature et plusieurs organisations politiques. Le président a également déclaré que l'échéance électorale ne saurait "en aucun cas être exploitée pour tenter de semer le désordre, de nourrir la haine ou d'assouvir des intérêts étroits", et a ajouté que l'Algérie "ne saurait sacrifier sur l'autel d'une quelconque autre considération les grands acquis démocratiques" pour lesquels elle a "si chèrement payé un lourd tribut", ce que certains commentateurs interprètent comme un avertissement aux islamistes.
(Le Matin 3.3) Prévu initialement le 25 février, puis reporté au 4 mars, le meeting que devaient organiser ensemble les partis et candidats du "groupe de cinq" (plus deux) au stade du 5 juillet est renvoyé sine die. Après l'adoption de leur charte électorale, les membres du groupe semblent désormais courir chacun pour soi-même avant le premier tour.
(Le Matin 3.3) Selon "Le Matin", plusieurs signataires de l'"appel pour la paix" (Mouloud Hamrouche, Abdallah Djaballah, Louisa Hanoune, Abdelhamid Mehri, Ali Yahia Abdenour), reprenant l'essentiel du "contrat national" de Sant'Egidio, tenteraient de reconstituer le groupe en prévision de l'élection présidentielle, afin de donner éventuellement une consigne de vote en faveur du (ou de la) candidat(e) qui défendra de la manière la plus crédible les thèses de l'appel pour la paix.
(Liberté, Corr 3.3) Les partisans d'un report ou du boycott de l'élection présidentielle abordent cette échéance avec des analyses différentes, voire contradictoires, du rôle qu'ils peuvent y jouer. Le RCD maintient son appel au bocott, affirme son intention de ne "soutenir personne, même pas au deuxième tour si un candidat se disant démocrate passe le 1er tour" et considère que "le camp démocratique n'est pas représenté" dans l'éventail des candidats. De même, le CCDR annonce qu'il s'alignera sur la "position du boycott" si "la proposition de report est écartée par le Président de la République" (et tout indique que tel est déjà le cas). Le MDS maintient lui aussi sa position de boycott et sa demande d'annulation du scrutin. Par contre, Rheda Malek (ANR) déclare : "nous ne sommes pas prêts à céder le terrain" face au "retour en force des réconciliateurs, des intégristes et des Sant'Egidiotes", et appel à une mobilisation "pour faire barrage à l'intégrisme", en laissant ouverte la possibilité d'un appel à voter pour Noureddine Boukrouh (PRA). Le Secrétaire général du PRA considère d'ailleurs que son candidat se trouve par la force des choses être le seul pour lequel puissent voter les "démocrates", dans la mesure où "Ghozali et Sifi ont été dans le système", où "Khatib s'est grillé dans la campagne de Zéroual" et où pour la mouvance "républicaine" Hocine Aït Ahmed n'est plus électoralement fréquentable depuis Sant'Egidio. Reste que cette mouvance est électoralement très faible et que ses appels au report du scrutin l'ont quelque peu décrédibilisée, comme le reconnaît d'ailleurs l'éditorialiste du quotidien "Liberté" : "A la différence du boycott qui découle d'une logique de disqualification du scrutin, le report (...) suggère un état d'impréparation, voire carrément une incapacité d'y participer". Quant à Noureddine Boukrouh lui-même, il a appelé dans une intervention à la télévision à dépasser la pensée idéologique pour résoudre la crise. Opposé à la présence d'observateurs internationaux lors du scrutin, qui "ne serad'aucune efficacité et portera atteinte à la dignité des Algériens", le candidat à catégoriquement récusé toute idée de négociation avec les "groupes terroristes".
(Liberté 3.3) Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), qui appelle au boycott du scrutin présidentiel, a dénoncé dans un communiqué l'élimination par l'administration de ses membres des listes des personnes habilitées à surveiller les bureaux de vote, et voit dans cette élimination l'annonce que l'élection du 15 avril sera marquée par "des abus d'autorité" et par "la fraude".
(Liberté 3.3) La validation de la candidature de Mahfoud Nahnah à la présidence reste suspendue à l'obtention ou non par le candidat de l'attestation, nécessaire, selon laquelle il a participé à la lutt de libération nationale. Dans son dossier de candidature, le leader du MSP n'a en effet pu remettre qu'un récépissé délivré par la commission des moudjahidines, document sans valeur juridique. Le dossier de candidature du principal candidat ouvertement islamiste est donc incomplet. Plusieurs personnalités, anciens combattants ou proches d'anciens combattants, ont annoncé qu'elles s'opposeraient à ce que Mahfoud Nahnah obtienne une attestation de participation à une lutte à laquelle, selon elles, il n'a pas participé : le commandant Azzedine en a appelé aux anciens combattants, et le fils d'Amirouche, le député RCD Nordine Aït Hamouda, envisage de porter plainte contre Mahfoud Nahnah pour "falsification de documents".
(APS 6.3) L'Union nationale des étudiants algériens (UNEA) a apporté le 5 mars son soutien à Abdelaziz Bouteflika et appelé la communauté universitaire et les intellectuels à le soutenir lors de l'élection présidentielle.
(APS 6.3) Mouloud Hamrouche a évoqué le 4 mars la possibilité de créer un nouveau parti politique pour "répondre à le demande" de ses comités de soutiens et "mener le pays vers le changement". Mouloud Hamrouche a évoqué l'"échec des partis" en Algérie, en l'imputant au fait qu'ils "ne respectent pas la démocratie dans leur propre fonctionnement" et qu'à quelques rares exceptions près ils "se sont éloignés de leurs militants".
(Liberté 6.3) Comme Mouloud Hamrouche, Sid Ahmed Ghozali a annoncé (le 6 mars par un appel paru dans la presse) son intention de créer un nouveau parti politique "au service de l'Algérie". Ghozali définit son futur mouvement comme étant "à vocation démocratique avec une visio sociale assez large et forte". Il le situe "dans le camp démocratique" et lui attribue le rôle d'"avant-garde citoyenne des libertés".
(El Watan 7.3) Dans un communiqué publié le 6 mars, le RCD dénonce le refus de la télévision nationale (ENTV) d'inviter le leader du parti, Saïd Sadi, à l'émission "Alternance", alors qu'une telle invitation pour une émission prévue le 5 mars avait été annoncée par la presse. Le RCD accuse la télévision publique de censure et y voit l'annonce de "la fraude" lors de l'élection présidentielle du 15 avril. La Direction de l'ENTV dément toute censure, et rappelle que l'émission "Alternance" n'est consacrée qu'à l'élection présidentielle et aux candidats potentiels à la présidence de la République, Saïd Sadi n'étant pas candidat et son parti appelant à boycotter l'élection. En revanche, le leader du RCD est invité à participer à l'émission "Carrefour", consacrée elle aux partis, indépendamment de l'échéance présidentielle, et qui a déjà invité le RCD
(APS 7.3) Le Conseil constitutionnel entame le 7 mars l'examen des dossiers de candidature à l'élection présidentielle, et a annoncé que l'opération de contrôle des signatures de soutien à ces candidatures était presque terminée (les résultats pourraient être connus dès dimanche soir ou en début de semaine). A Alger, des rumeurs insistantes font état de cinq candidatures "éliminées" pour défaut de signatures ou de pièces administratives, et donc de six candidatures retenues (dont celles de Abdelaziz Bouteflika, Mouloud Hamrouche, Taleb Ibrahimi, et Hocine Aït Ahmed, les "cas" de Abdallah Djaballah, Noureddine Boukrouh, Sid Ahmed Ghozali et Louiza Hanoune faisant l'objet de rumeurs contradictoires). Ces rumeurs sont alimentées par la pose dans la capitale des panneaux d'affichage réservés pour l'élection, panneaux posés par groupes de six (pour onze candidats à la candidature).
(APS 8.3) La Commission nationale de surveillance des élections présidentielles (CNISEP a adopté le 7 mars le texte fixant les conditions, critères et modalités de la campagne électorale à la radio et à la télévision. Le texte interdit aux candidats et intervenants lors des émissions d'utiliser des "langues étrangères" (en clair : de parler français). Il interdit également l'utilisation des lieux de culte, des établissements scolaires et des centres de formation à des fins de campagne électorale. Celle-ci occupera une heure et demie d'antenne par jour à la télévision et une heure d'antenne par jour à la radio, avant les journaux télévisés et radiophoniques. Les émissions seront enregistrées dans les studios de la télévision ou de la radio, dans les même conditions pour tous les candidats. En outre, les campagnes menées par ceux-ci seront couvertes à raison de deux minutes par jour et par candidat. La presse écrite est pour sa part tenue de consacrer les mêmes espaces aux activités des candidats.
(El Watan 8.3) A l'occasion de la journée internationale de la Femme, "El Watan" a résumé les contenus des programmes des candidats à l'élection présidentielle, s'agissant des droits des femmes, et constaté que "les dioscours se cantonnent dans une dimension théorique". L'abrogation du Code de la Famille est soutenue par Louisa Hanoune et Hocine Aït Ahmed, qui plaident pour un statut de citoyenne à part entière, Louisa Hanoune considérant qu'il est "inconvevable qu'un texte de loi inférieur à la Constitution vienne remettre en cause ses principes"", mais ajoutant que "pour que la femme puisse préserver son rôle comme lien social, elle a besoin, avant tout, d'une société en paix". Face aux deux candidats démocrates, les candidats islamistes (Djaballah, Nahnah, Taleb Ibrahimi) mettent plus ou moins explicitement en avant la chariâa (loi islamique) et le respect des valeurs traditionnelles. Entre les deux camps, Mouloud Hamrouche soutient les droits à l'expression, au travail, à l'initiative et à la revendication des femmes, Sid Ahmed Ghozali se dit convaincu que le principe d'égalité des sexes est "ancré dans notre culture et notre religion", et propose la révision du Code de la Famille (mais non son abrogation), Mokdad Sifi entend garantir aux femmes un statut de citoyennes à part entière et reconnaît que le principe constitutionnel de l'égalité n'est pas appliqué, et propose lui aussi de réviser le Code de la Famille, proposition faite également par Youcef Khatib. On se souviendra cependant que ni Sid Ahmed Ghozali, ni Mokdad Sifi, tous deux anciens Premiers ministres, ne se sont signalés lors de leurs mandats par leur opposition à ce code. Quant au programme d'Abdelaziz Bouteflika, il n'a pas encore été publié.
(APS 8.3) Le Groupe des forces démocratiques, qui regroupe six petits partis (le Mouvement national pour la nature et le développement MNND, le Mouvement national de la jeunesse algérienne MNJA, le Rassemblement national constitutionnel RNC, le Mouvement de l'entente nationake MEN, le Rassemblement pour l'unité nationale RUN et le Rassemblement pour l'Algérie RA) a annoncé le 8 mars son adhésion à la charte électorale signée par le "groupes des 5 + 2" (FFS, PT, Nahda, MSP, MRN, Mouloud Hamrouche et Ahmed Taleb Ibrahimi).
(El Watan 10.3) Le programme électoral du candidat à la présidence Abdelaziz Bouteflika affirme sa volonté de "renforcer" la démocratie et le pluralisme en Algérie, quitte pour cela à modifier la constitution pour mieux garantir les libertés, harmoniser les rapports entre les deux Chambres du Parlement et amémiorer le fonctionnement du Conseil constitutionnel. Abdelaziz Bouteflika met également l'accent sur l'indépendance de la Justice, la rénovation de l'administration publique, le développement de la liberté de la presse et du pluralisme des media, la professionnalissation "progressive" de l'armée et la réforme de l'éducation.
(Le Matin 11.3) Le candidat islamiste Abdallah Djaballah a appelé le 9 mars à la télévision, lors de l'émission destinée aux candidats à la présidence "Alternance", à l'amnistie des islamistes armés, à la réhabilitation du FIS et à la libération des prisonniers politiques (islamistes).
(AP, APS, AFP, corr., 11.3, 12.3, El Watan 11.3) Sept candidatures à la présidence ont été retenues par le Conseil constitutionnel le 11 mars, et quatre ont été refusées. Les sept candidatures retenues sont celles de Hocine Aït Ahmed, Abdelaziz Bouteflika, Abdallah Djaballah, Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb Ibrahimi, Youssef Khatib et Mokdad Sifi. Les quatre candidatures refusées sont celles de Nourredine Boukrouh, Sid Ahmed Ghozali, Louisa Hanoune et Mahfoud Nahnah, qui n'a pu fournir l'attestation de participation à la guerre d'indépendance, exigée par la Constitution pour les candidats nés comme lui avant le 1er juillet 1942. Les candidatures de Louisa Hanoune, Sid Ahmed Ghozali et Nourredine Boukrouh ont été refusées pour n'avoir pas obtenu les 75'000 signatures de soutien exigées. Plusieurs autres candidatures, marginales, ont été refusées pur cette même raison. Mahfoud Nahnah et Nourredine Boukrouh avaient été candidats lors de la précédente élection présidentielle (1995). Sid Ahmed Ghozali n'avait pas attendu d'être écarté de la course à la présidence pour dénoncer la "manipulation" de l'opinion publique par l'organisation de "fuites" selon lesquelles seuls six candidats (et pas lui) seraient retenus, afin de faire pression sur le Conseil constitutionnel. Les rumeurs auxquelles fait allusion Ghozali ont été partiellement démenties par la décision du Conseil, qui a retenu sept candidats et non six, en "qualifiant" Youssef Khatib. L'entourage de Nourredine Boukrouh s'est lui aussi interrogé sur la propagation de rumeurs sur des résultats non encore rendus publics. Le Conseil constitutionnel a quant à lui formellement démenti que ces rumeurs proviennent de lui.
La décision du Conseil constitutionnel éclaircit singulièrement le choix électoral du 15 avril : plus aucun candidat ne peut se revendiquer du courant "républicain", dont une partie espérait encore qu'il serait présent dans la campagne derrière la candidature de Noureddine Boukrouh. Le courant "démocrate" au sens large n'est plus représenté que par Hocine Aït Ahmed, auquel le courant "républicain" ne se résoudra pas à apporter son soutien, à la fois parce qu'il lui reproche son choix "réconciliateur" à l'égard des islamistes, et (surtout) parce qu'un tel soutien condamnerait définitivement le principal parti du courant "républicain", le RCD, à la marginalité dans laquelle sont confinées les autres partis et organisations se réclamant de ce courant (le MDS, l'ANR, le CCDR), lequel devrait donc se retrouver derrière un mot d'ordre commun d'abstention (ou de "boycott actif", ce qui revient au même sauf à appeler à déposer des bulletins blancs dans les urnes) permettant au moins de revendiquer la totalité des abstentions comme une expression de soutien à la ligne politique du courant en question.
Outre Hocine Aït Ahmed, qui pourrait bénéficier des suffrages qu'aurait obtenus Louisa Hanoune, les autres candidats sont tous issus soit du courant islamiste (Abdallah Djaballah), soit de l'ancien système FLN (Bouteflika, "candidat du consensus" accusé d'être en fait le candidat du pouvoir, Mouloud Hamrouche, Mokdad Sifi, Youssef Khatib), soit des deux à la fois (Taleb Ibrahimi).
Dans ces conditions, le deuxième tour pourrait fort bien opposer Abdelaziz Bouteflika à Hocine Aït Ahmed, si le FFS et son candidat arrivent à "capitaliser" la double opposition au pouvoir et à l'islamisme -et si le scrutin est régulier, ce que plusieurs observateurs tendent à croire possible, une fraude supplémentaire risquant d'affaiblir le pouvoir au yeux de la communauté internationale, et la "stature historique" de Hocine Aït Ahmed rendant plus difficile sa marginalisation électorale par le tripatouillage des urnes.
La campagne électorale commencera officiellement le 25 mars. Elle a en réalité déjà commencé. Hocine Aït Ahmed a ainsi passé la semaine à sillonner les quartiers populaires d'Alger, non pour mesurer sa popularité mais, écrit "El Watan", "reprendre langue directement avec l'homme de la rue (...) jauger les capacités de résistances des Algériens, à travers les doléances des Algérois, contre le pouvoir et le terrorisme". "Les objectifs de la révolution, c'est maintenant qu'il faut les concrétiser", a répété partout le président du FFS.
Dans son programme électoral, Hocine Aït Ahmed privilégie le retour à la paix civile et l'amélioration des conditions de vie des plus démunis. Il plaide pour un "compromis historique" rassemblant toutes les forces politiques "qui condamnent la violence, autour d'une issue politique, pacifique et globale à la crise" et exprime sa conviction que l'Algérie sera "le premier pays arabe. africain et méditerranéen à enraciner un vrai pluralisme" des media, des partis et des cultures (y compris des langues, Tamazight étant pour lui une dimension de l'unité nationale algérienne et non un facteur de vision des Algériens). Hocine Aït Ahmed veut par sa candidature "donner aux citoyens l'occasion d'exprimer leurs opinions et de réaliser la justice, qui constitue la base de la démocratie". Dirigeant historique de la révolution, il se refuse autant à être un "chasseur de voix" qu'à se préssenter en "homme providentiel", et appelle les Algériens à s'unir pour que non seulement "l'Algérie ne soit pas l'homme malade du Maghreb", mais en soit "le moteur".
(APS, El Watan, corr. 13.3, 14.3) La plupart des candidats "retenus" par le Conseil constitutionnel pour participer à l'élection présidentielle du 15 avril ont, évidemment, exprimé leur satisfaction et appelé leur électorat à se mobiliser. Le FFS s'est pour sa part contenté de prendre acte de la "qualification" attendue de Hocine Aït Ahmed -dont, il est vrai, la "disqualification" aurait "disqualifié" l'élection toute entière, que sa participation rend plus crédible à l'étranger.
Mokdad Sifi considère que la validation de sa candidature "constitue la meilleure reconnaissance à ceux et celles qui (...) se sont mobilisés spontanément en un temps record sur l'ensemble du territoire national pour redonner l'espoir aux Algériens".
La permanence d'Ahmed Taleb Ibrahimi considère que la décision du Conseil constitutionnel est un "exemple à suivre par toutes les institutions de l'Etat", en ce qu'elle s'est tenue au "strict respect de la loi", et appelle l'asministration à adopter "dans la pratique et à tous les niveaux, une neutralité réelle et conforme aux exigences de la démocratie et aux aspirations du peuple à l'expression libre de sa volonté, loin de toute pression et entrave".
Abdallah Djaballah considère que la décision du Conseil constitutionnel constitue un premier pas dans l'organisation d'une élection libre et régulière, à même de réaliser les espoirs de la nation dans le rétablissement de la sécurité et de la stabilité.
Youcef El Khatib s'est déclaré satisfait de la validation de sa candidature et a assuré ses comités de soutien "de la pérennité de ses engagements à l'égard du peuple" et de son intention de faire tout ce qui est en son pouvoir "pour être à la hauteur de l'attente et des préoccupations du peuple algérien".
Mouloud Hamrouche a déclaré le 11 mars que ceux qui affirment que les élections sont jouées d'avance "sont des forces qui ne veulent pas le changement".
(APS, El Watan, Le Matin 13.3, 14.3) Les candidats évincés du scrutin présidentiel et leurs partis ont, évidemment, dénoncé avec plus ou moins de virulence leur éviction, quoique certains s'y attendaient et l'avaient plus ou moins ouvertement annoncée avant même la décision du Conseil constitutionnel. Le MSP menace de faire reporter ses voix sur celui des candidats retenus qui pourrait le plus bouleverser le jeu politique, le Parti des Travailleurs appelle à voter blanc, Sid Ahmed Ghozali envisage d'appeler à voter pour Youcef Khatib.
Le MSP a qualifié d'"injuste" l'éviction de Mahfoud Nahnah pour défaut d'attestation de sa participation à la lutte de libération nationale, et considère que "cette décision a été prise au détriment de l'intérêt suprême du pays, de la démocratie, de l'Etat de droit et des engagements des institutions de l'Etat", et qu'elle ouvre la voie "aux dérapages" en dévoilant "les intentions de fraude et la peur du changement". Le MSP appelle le président Zéroual à "prendre des mesures conformes à ses engagements" et la classe politique à "assumer ses responsabilités" devant un "danger menaçant la démocratie". Mahfoud Nahnah a été reçu le 12 mars à sa demande par le président de la République, pour lui remettre un dossier complet sur ce que le MSP considère comme une "machination". Certains cadres du MSP laissent entendre que les suffrages des électeurs du parti pourraient se reporter sur un candidat qui "pourra bouleverser l'échiquier politique et faussera les calculs des uns et des autres", sans préciser de quel candidat il s'agit. Le MSP pourrait également ne donner aucune consigne de vote de façon à se démarquer des résultats du scrutin, ce qui amènerait sans doute les électeurs du principal parti islamiste légal à soutenir l'un des deux autres candidats de la famille islamiste, Abdallah Djaballah ou Taleb Ibrahimi. Le MSP pourrait même selon certains rejoindre le camp des partisans de l'abstention.
Le Parti des Travailleurs a quant à lui accueilli sans surprise et "avec la plus grande sérénité" l'éviction, à laquelle il s'attendait, de Louiza Hanoune (pour manque de signatures de soutien) et affirme sa détermination à "utiliser toutes les voies légales" pour contribuer à sortir le pays de la crise. "Je défie quiconque de démontrer aux Algériens que l'opération de validation des dossiers de candidatures s'est déroulée normalement", a cependant déclaré Louiza Hanoune. Le PT n'entend pas être absent de la campagne électorale, et tiendra meetings et réunions "sur la base d'une pétition nationale articulée autour du réglement des problèmes fondamentaux". "Notre campagne politique n'est pas destinés (au) boycott du scrutin", a cependant précisé la porte-parole du PT. La direction du PT appelle en fait à voter, mais à voter blanc, et dénonce une liste de candidats retenus dictée par des "considérations autres que juridiques". Le PT accuse des représentants de candidats "indépendants retenus" (six des sept candidats sont supposés être "indépendants", seul Hocine Aït Ahmed s'affirmant clairement comme le candidat d'un parti) d'avoir annoncé avant même la fin de l'opération de collecte des signatures que "les efforts du PT seront vains" et que "Louisa Hanoune ne passera pas" le cap du Conseil constitutionnel car "la décision est déjà prise". Le PT considère que le décision du Conseil constitutionnel d'éliminer tous les candidats de partis politiques (sauf l'"inéliminable" Hocine Aït Ahmed) "traduit une volonté de détruire le multipartisme" et confirme le caractère "dislocateur et régionalisant" de l'élection présidentielle.
Dans une conférence de presse, Sid Ahmed Ghozali, évincé faute de signatures, a reconnu que la décision du Conseil constitutionnel était "légale et s'inscrivait dans le cadre de loi", mais a dénoncé des pratiques "discriminatoires", des "tricheries" et des "intimidations scandaleuses" lors de la collecte et de la légalisation des signatures. Il a réaffirmé son intention de créer un "mouvement politique national, démocratique, républicain et citoyen". Interrogé sur ses recommandations de vote éventuelles, Sid Ahmed Ghozali a récusé tous les candidats en lice à l'exception de Youcef El Khatib, qu'il a qualifié d'homme "propre, patriotique et honnête", même s'il lui a reproché de ne se présenter que contre Abdelaziz Bouteflika, ce qui "est un peu court". Dans un entretien avec le quotidien algérois "Le Matin", Ghozali avait accusé "certains" d'avoir cherché à "éliminer les canddatures indésirables" et évoqué la possibilité que le Conseil constitutionnel ait subi des "pressions". "Ce scrutin est discrédité au départ", a considéré le candidat évincé, pour qui "il est de notoriété publique de l'Etat a violé la loi pendant le mois de rassemblement des signatures et des parrainages", et qui qualifie Abdelaziz Bouteflika de "candidat de droit divin" élu d'avance. Sid Ahmed Ghozali considère que "nous sommes dans un scehma au terme duquel nous sommes en train de réintroduire par la grande porte ce qui a été renvoyé par la fenêtre : Sant'Egidio" et que le vlritable "candidat du consensus n'est autre que le candidat de l'intégrisme à visage humain", Taleb Ibrahimi.
Noureddine Boukrouh, enfin, dénonce l'injustice dont il a été victime par l'annulation de plus de 10'000 formulaires de signature en sa faveur, et dénonce les "graves anomalies profitant aux uns et préjudiciables aux autres" lors de la récolte de signatures. Il s'interroge sur le "miracle" par lequel "des candidats ne disposant ni de structures ni de relais à travers le pays ont pu rassembler un nombre considérable de signatures" (allusion probable à Mokdad Sifi et Youcef Khatib).
(El Watan 15.3, Le Matin 17.3, 18.3) Le président de la Commission nationale de reconnaissance de la qualité de "moudhahid", Tayeb Seddiki, a confirmé à l'agence officielle de presse APS que Mahfoud Nahnah n'avait pas droit à cette qualité. Pour sa part, le MSP a envoyé une délégation de sa direction (le Majliss Echoura) pour remettre au président du Conseil constitutionnel une motion de protestation contre l'éviction de Mahfoud Nahnah de l'élection présidentielle, au motif précisément qu'il ne remplissait pas la condition d'avoir participé à la lutte de libération alors qu'il était en âge de le faire. Les militants du MSP expriment pour leur part leur protestation contre la décision du Conseil constitutionnel en diffusant des casstes audio et vidéo du dernier prêche de Mahfoud Nahnah -lequel a constitué un groupe d'avocats pour se prononcer sur la recevabilité ou non d'une saisine du Conseil d'Etat à la suite de la décision (en principe sans appel) du Conseil constitutionnel. Les cadres du MSP dénoncent le caractère "politique" du rejet du dossier de leur leader, et espèrent obtenir des partis politiques et des candidats à l'élection présidentielle une "déclaration commune pour dénoncer la décision du Conseil constitutionnel". Ils affirment que leur parti "ne cautionnera jamais (...) "l'homme du consensus" (soit Abdelaziz Bouteflika) et que "dans le pire des cas", il ne donnera de consignes de vote que "pour celui qui faussera certainement leurs calculs politiques" (sans préciser de qui il s'agit). Dans son commentaire, "El Watan" constate cependant que "tout comptes fait, la décision du Conseil constitutionnel a rendu un grand service au parti de Nahnah. Elle lui a évité une déconfiture certaine dans une compétition où les voix des islamistes seront très convoitées". Deux dandidats à l'élection présidentielle, Mouloud Hamrouche et Youcef Khatib, ont contesté le 15 mars l'invalidation de la candidatre de Mahfoud Nahnah. Le premier a affirmé (alors qu'il avait affirmé le contraire il y a quelques temps) que Nahnah était effectivement membre du FLN pendant la guerre d'indépendance, et le second a considéré que l'élimination du leader islamiste était un coup bas politique. Quant à Hocine Aït Ahmed, il s'est déclaré "opposé à toute forme d'exclusion et de retour à d'anciens schémas" et met en garde contre "toute tentative de dérourner de son cours l'élection présidentielle".
(APS 17.3) Les partis du "Groupe des forces nationales" ont qualifié d'"injuste" la non-validation par le Conseil constitutionnel de la candidature de Mahfoud Nahnah.
(APS 17.3) Cinq petits partis politiques ont annoncé leur soutien à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, au nom de "sa capacité à mobiliser les Algériens pour sortir le pays de la crise". Ces cinq partis sont le parti national pour la solidarité et le développement (PNSD), le rassemblement patriotique républicain (RPR), le mouvement de la jeunesse démocratique (MJD), le mouvement des citoyens libres (MCL) et le parti républicain progressiste (PRP), ainsi qu'une partie du rassemblement pour l'unité nationale.
(APS 20.3) L'union nationale des femmes algeriennes (UNFA, aile de Fatma Zahra El-Aoufi), a annonce le 20 marsi son "soutien total" a Abdelaziz bouteflika lors de l'élection présidentielle.
(Le Matin 21.3) Le corps électoral pour l'élection présidentielle d'avril prochain est estimé à 17 495 707 électeurs et électrices, a indiqué le 20 mars un communiqué du ministère de l'Intérieur. Les statistiques nationales donnent une population en âge de voter évaluée à 18,5 millions d'électeurs et électrices potentiels.
(El Watan 22.3) Le Mouvement démocratique et social (MDS) appelle les Algériens à faire la grève du vote le jour de l'élection présidentielle, a déclaré le coordinateur du mouvement, Hachemi Cherif, le 20 mars lors d'une conférence-débat à la Bourse du travail de Saint-Denis (région parisienne). Pour la suite, au cas où l'élection ne se tiendrait pas ou si le candidat élu était celui du "noyau dur de l'Etat", le MDS propose la mise en place d'une sorte de nouveau Conseil national de transition pour «rééquilibrer les rapports de force au sein de l'Etat duquel sont exclues les forces démocrates" et trop présentes "les forces islamistes et conservatrices".
(Canal+ 21.3, El Watan 23.3) Le Mouvement de la Société pour la paix (MSP) a appelé à une manifestation le 25 mars à Alger, pour protester contre l'éviction de son chef, Cheikh Mahfoud Nahnah, de la course à l'élection présidentielle anticipée du 15 avril. L'appel à la manifestation, qui coïncidera avec le premier jour de la campagne électorale, a été lancé par le bureau exécutif du MSP du gouvernorat d'Alger et publié en encart publicitaire par plusieurs journaux dimanche. Le MSP appelle à une marche "populaire pacifique contre l'élimination de Cheikh Mahfoud Nahnah", sur le parcours allantde la Place du 1er mai à la Présidence de la république. Le MSP tente en outre de mobiliser ses troupes en leur demandant d'être présents dans les bureaux du parti, de distribuer des communiqués dans les lieux publics et d'écrire des lettres ouvertes au chef de l'Etat. Pour le MSP, le verdict du Conseil constitiutionnel est "illégal"et constitue une "fraude anticipée". Le 23 mars, à Oran, Mahfoud Nahnah a annoncé l'annulation de la marche prévue à Alger, mais les militants du MSP d'Alger ont continué à distribuer des tracts appelant à une « manifestation populaire et pacifique ».
(APS 25.3) Manhoud Nahnah a appelé le 24 mars les militants de son parti, le MSP, à "geler" provisoirement leur mouvement de protestation publique contre l'éviction de leur chef de l'élection présidentielle, mais de "garder le contact permament avec l'ensemble des franges de la société et de renforcer le dialogue et la concertation jusqu'à l'annonce de la position définitive du MSP". La marche de protestation prévue le 25 mars a été reportée "*pour faire échec aux conspirations".
(Reuters 22.3) L'Union générale des travailleurs algériens (UGTA) a annoncé le 22 mars son soutien à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence. Le syndicat assure que le programme de l'ancien ministre des Affaires étrangères, qui n'est pourtant pas connu dans ses détails, est, parmi ceux des sept candidats en lice, "le meilleur pour défendre les intérêts des travailleurs en assurant la justice sociale et en rétablissant l'autorité étatique et la paix". L'UGTA estime que l'ex-chef de la diplomatie de Houari Boumédiène est l'homme idoine pour sortir l'Algérie de la crise.
(El Watan, Liberté 24.3) La décision prise le 22 mars par la direction (Commission exécutive) de l'UGTA de soutenir la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence de la République suscite au sein de la base syndicale et parmi les cadres de l'organisation une sérieuse contestation, ainsi que des réactions négatives au sein du monde politique. La section syndicale UGTA de la Sonatrach (production-siège) s'élève "avec force" dans un communiqué rendu public le 23.3 "contre (des) agissements dignes du parti unique", et appelle le syndicat à rester "neutre". L'UGTA doit être pour ces contestataires "rassembleuse de tous les travailleurs et de toutes les sensibilités", position déjà défendue à la direction du syndicat par six de ses membres, qui ont voté contre le soutien à Bouteflika. Parmi eux, le Secrétaire général de la Fédération nationale des retraités, qui a vainement demandé que le soutien de l'UGTA ne soit accordé que "sur la base d'un engagement écrit" de la part du candidat. Le directeur de campagne de Hocine Aït Ahmed, Djamel Zenati, a pour sa part dénoncé l'"instrumentalisation" de l'UGTA par "ceux qui veulent créer l'illusion du consensus" et "faire croire à un large soutien" à Bouteflika, et indiqué que le FFS avait reçu "un nombre impressionnant de messages de la part de travailleurs et de syndicalistes qui dénoncent et désapprouvent la démarche" de la direction de l'UGTA. La porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, a de son côté qualifié de "scandaleux" le soutien de l'UGTA à Bouteflika. Mouloud Hamrouche quant à lui qualifié l'UGTA de "résidu du parti unique" et ironisé sur le "miracle" que représente des travailleurs prenant position "pour la fermeture de leurs usines".
(Le Matin 24.3) Le président du MCB (Mouvement culturel berbère - Rassemblement national), Ferhat Mehenni, a demandé le 23 mars, lors d'un point de presse, aux Algériens d'aller voter le 15 avril. Sa confiance quant au prochain scrutin, Ferhat Mehenni l'appuie sur les entretiens qu'il a eus avec cinq candidats à la présidentielle, favorables à la résolution de la question amazighe : Mokdad Sifi, Mouloud Hamrouche, Youcef Khatib, Ahmed Taleb Ibrahimi et Hocine Aït Ahmed. Le MCB annonce qu'il a « enregistré une disponibilité chez ces candidats à œuvrer avec le mouvement (culturel berbère) à la prise de décisions et à leur mise en œuvre dans le domaine amazigh ». Le MCB a renoncé à soutenir l'un ou l'autre de ces cinq candidats, et se contente de « prendre acte des déclarations des uns et des autres", tout en se déclarant "être prêt à les leur rappeler au cas où ils ne tiennent pas leurs promesses en prenant pour témoin l'opinion publique ». S'agissant des autres candidats, Ferhat Mehenni a précisé que le MCB avait décidé de ne pas les rencontrer, Nahnah car « il nous a toujours fustigés durant le boycott scolaire et a tenu des propos inappropriés lors du décès du militant de l'identité amazighe, Matoub Lounès", Djaballah car il « tient un discours trop tranché, parfois agressif », et Bouteflika parce qu'il est « dans une tour d'ivoire ».
(El Watan 24.3) Le Parti des Travailleurs appelle ses militants et ses sympathisants à voter "blanc" (ou nul) lors de l'élection présidentielle et assure vouloir être présent "massivement" lors de la campagne, notamment en diffusant un bulletin intitulé "je voulais voter pour elle", et en assurant une présence de ses militants dans les locaux de vote. Pour Louisa Hanoune, il n'est pas question que la non validation de sa candidature réduise son parti au silence ou le transforme en comité de soutien à l'un des candidats "validés" : "Nous ne nous reconnaissons pas dans les positions des candidats en lice", précise la porte-parole du PT, qui ajoute (allusion à Hocine Aït Ahmed) que "nous ne pouvons appeler à voter pour l'un des candidats même s'il déclare que la paix constitue sa priorité (alors) que, par ailleurs, il contourne la question de la dette extérieure". Louisa Hanoune considère que la position "unique" du PT en matière de politique économique "est l'origine de (son) exclusion".
(APS 30.3) Hocine Aït Ahmed, Abdallah Djaballah, Ahmed Taleb Ibrahimi et Mouloud Hamrouche ont adressé le 29 mars une "instruction" à leurs comités de soutien, militants et sympathisants, au sujet de la "coordination et la coopération en matière de surveillance de toutes les étapes de l'opération électorale". Cette "instruction" fait suite à la plate-forme politique signée le 30 janvier (dite "des cinq") et de la charte électorale signée le 25 février (dite des "cinq plus deux"). Elle vise à "assurer la présence des représentants des candidats signataires (de la charte) au niveau de tous les bureaux et centre de vote" et à l'"échange des informations entre les représentants des candidats.
(El Watan 1.4) Hocine Aït Ahmed, Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb-Ibrahimi et Abdallah Djaballah ont adressé le 1er avril une lettre de protestation au ministre de l'Intérieur, dans laquelle ils expriment leurs doutes sur l'impartialité de l'Administration et leurs craintes sur la régularité du scrutin présidentiel. Les quatre candidats évoquent la possibilité de faux procès-verbaux de dépouillement et de non-remise des procès-verbaux aux représentants des candidats. Ils demandent l'instauration de "modalités incontestables de surveillance et de dépouillement des bureaux de vote itinérants et de l'émigration ainsi que de ceux des corps constitués", un prolongement du délai de recours en ce qui concerne les membres des bureaux de vote et les commissions communales et la remise des procès-verbaux originaux de dépouillement aux présidents des commissions électorales communales "à l'exclusion de tout autre intermédiaire administratif".
(APS 31.3) Abdelaziz Bouteflika s'est prononcé le 30 mars à Ghardaïa contre la venue d'observateurs étrangers lors de l'élection présidentielle. Il a certes souhaité que les élections soient "propres et permettent au citoyen de faire librement son choix", mais a assuré que le peuple algérien est "un peuple algérien qui n'a pas besoin d'observateurs étrangers pour (le) contrôler".
(APS 31.3) Le Secrétaire général du FLN, Boualem Benhamouda, a démenti le 30 mars l'appartenance des candidats indépendants (notamment de Mouloud Hamrouche et Mokdad Sifi) au FLN (dont ces candidats étaient cependant membres au moment où le FLN a "choisi" de soutenir la candidature d'Abdelaziz Bouteflika)
(Le Matin 3.4) Un responsable du Département d'Etat américain, cité sous souvert d'anonymat par "Le Matin", a exprimé le bon espoir des Etats-Unis que l'élection présidentielle sera "juste et honnête", mais également leurs doutes sur la capacité du président Zéroual "à contrôler suffisamment l'Administration pour la forcer" à assurer le bon déroulement du scrutin et sur la disposition de l'armée à accepter les résultats. Selon ce responsables, "s'il y a un minimum de fraude, le nouveau président élu disposera d'une légitimité suffisante pour engager des réformes sérieuses", et "les progrès à long terme (de l'Algérie) seront sérieusement conditionnés par cette élection".
(El Watan 1.4, Liberté 4.4) Le meeting tenu par Abdelaziz Bouteflika à Tizi Ouzou le 2 avril a été sérieusement perturbé par des manifestants hostiles au "candidat du consensus". La veille de son arrivée déjà, des échauffourées se sont produites dans la soirée aux environs du théâtre communal, fortement gardé par des policiers, et où une projection vidéo montrant notamment Bouteflika en compagnie de Boumediène, a provoqué un début d'émeute. Le jour du meeting, des milliers de manifestants brandissant des portraits de Hocine Aït Ahmed ont accueilli Bouteflika aux cris de "Krim ! Khider ! Bouteflika assassin !". A la sortie du meeting, Bouteflika est reparti sous des jets de pierres provenant des rangs de centaines de manifestants qui l'attendaient devant le théâtre Kateb Yacine, provoquant un carambolage avec ses voitures d'escorte et blessant la cameraman d'une chaîne de télévision étangère. Hocine Aït Ahmed a réagi le 3 avril lors d'un meeting à Aïm Benian aux incidents de Tizi Ouzou en les qualifiant d'"indamissibles" et les a dénoncés "de la façon la plus catégorique", en niant toute implication du FFS dans cette "violence". Le leader du FFS a demandé à la justice "d'ouvrir rapidement une enquête pour identifier rapidement les responsables de ces incidents". Le comité de soutien à Hocine Aït Ahmed pour la wilaya de Tizi Ouzou s'est quant à lui dit "convaincu" que les violences du 2 avril relève de la "provocation commanditée". Le RCD a également condamné ces violences (tout en laissant planer le doute sur la responsabilité du FFS).
(Reuters, APS 5.4) Ahmed Taleb Ibrahimi, Mouloud Hamrouche, Abdallah Djaballah et le représentant de Hocine Aït Ahmed ont dénoncé dans un communiqué commun le 5 avril la partialité de l'administration en faveur d'Abdelaziz Bouteflika. "Les méthodes et documents électoraux utilisés pour truquer les élections législatives précédentes refont surface (...) L'administration et les services publics se déouvent à un candidat en particulier", affirme le communiqué. Les quatre candidats dénoncent l'inflation du nombre des électeurs, passé de 15 millions en 1997 à 18,5 millions deux ans plus tard, et demandent au président Zéroual et au Premier ministre Hamdani de prendre des mesures pour "clarifier" le nombre d'électeurs incontestables. Le MSP a exprimé le 4 avril son étonnement de "n'avoir pas été consulté" par le "groupe des quatre candidats" (Aït Ahmed, Hamrouche, Ibrahimi et Djaballah) avant que celui-ci ne rende public leur communiqué de dénonciation du parti pris de l'administration en faveur d'Abdelaziz Bouteflika.
(Le Matin 5.4) Selon "Le Matin", Le MSP, privé de la possibilité de présenter son chef Mahfoud Nahnah à l'élection présidentielle, aurait "opté pour le soutien de la candidature d'Abdelaziz Bouteflika". Le quotidien affirme qu'"à l'issue de plusieurs réunions du bureau exécutif" du parti et de "tractations menées par Nahnah en personne avec ses représentants au gouvernement", le leader islamiste aurait finalement réussi à convaincre la direction de son parti de soutenir le "candidat du consensus". Abdelaziz Bouteflika a d'ailleurs déclaré à Blida qu'il était "lié à Nahnah par une amitié de longue date".
(El Watan 6.4) Un sondage réalisé par "El Watan" sur les intentions de vote pour l'élection présidentielle suggère que 69,3 % des Algériens auraient l'intention d'aller voter, que 33,8 % ont l'intention de voter pour Abdelaziz Bouteflika, 13,2 % pour Mouloud Hamrouche, 12,5 % pour Ahmed Taleb Ibrahimi, 6,7 % pour Hocine Aït Ahmed, 4,4 % pour Abdallah Djaballah, 2,1 % pour Mokdad Sifi et 0,9 % pour Youcef Khatib. Cependant, 26,4 % des personnes qui ont l'intention d'aller voter ne savent pas encore pour qui. Selon ce sondage, que le quotidien invite lui-même à prendre avec précautions, le "profil du votant est celui d'une homme ou d'une femme ouvrier ou employé âgé de plus de 45 ans et d'un niveau de formation primaire, voire analphabète", alors que le profil de l'abstentionniste est celui d'"un jeune d'un niveau moyen ou secondaire", chômeur, cadre ou de profession libérale. Le sonsage a été réalisé à partir d'un échantillon de 3925 personnes.
(FIS, Le Matin 6.6) Un communiqué publié à Bonn par l'instance exécutive du FIS à l'étranger appelle à soutenir la candidature d'Ahmed Taleb Ibrahimi à l'élection présidentielle. Selon l'instance, Taleb Ibrahimi est "l'homme le plus apte à rassembler les Algériens et le plus habilité à sortir le pays de sa tragédie". Le quotidien "Le Matin" précise que trois anciens dirigeants du FIS (MM Hachani, Djeddi et Guemazi) étaient déjà membres ou proches du "staff" du candidat islamiste.
(AP 7.4) De nouvelles rumeurs de report de l'élection présidentielle circulent, alimentées d'une part par les incertitudes sur l'état de santé de Hocine Aït Ahmed, d'autre part par les menaces de retrait des candidatures de Mouloud Hamrouche, Taleb Ibrahimi, Abdallah Djaballah et Hocine Aït Ahmed du fait des suspicions de fraude, et enfin par le soutien désormais ouvert apporté par le FIS à Ahmed Taleb Ibrahimi. Selon l'article 161 de la loi électorale, l'empêchement d'un candidat entraîne le report de 15 jours de l'élection. Or si Hocine Aït Ahmed reste candidat, et si le FFS continue de mener campagne pour lui, son repos forcé le maintient éloigné de la campagne. Quant aux soupçons de préparation de la fraude, ils sont alimentés par l'augmentation subite du nombre d'électeurs inscrits, augmentation que Hocine Aït Ahmed, Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb Ibrahimi et Abdallah Djaballah interprètent comme la constitution d'"un volant sécuritaire" en faveur d'Abdelaziz Bouteflika. Quant au soutien du FIS à Ahmed Taleb Ibrahimi, si rien dans la loi n'interdit à un candidat d'être soutenu par une organisation officiellement dissoute, du moins tant que ce candidat reste lui-même dans les limites de la légalité, "si des pressions ou des menaces sont exercées" par le FIS "sur l'électorat ou pour fausser le résultat, la justice aura à intervenir" déclare le juriste Moncef Djilali.
(El Watan 7.4, 8.4) Lors d'un meeting organisé à Alger le 6 avril, Louisa Hanoune a présenté le bulletin que son parti va diffuser à l'intention de celles et ceux qui auraient voté pour la porte-parole du PT, si sa candidature n'avait pas été invalidée par le Conseil constitutionnel pour défaut de signatures de soutien. Le Parti des Travailleurs invite ses membres, sympathisants et électeurs à voter "blanc" (ou "nul") en glissant dans les urnes du 15 avril un bulletin, totalement inofficiel, portant la photo de Louisa Hanoune et les revendications du parti. Le PT fera également circuler une pétition nationale exprimant les "urgences de l'heure", dont le rétablissement de la paix. Sept meetings prévus de Louisa Hanoune ont dû être annulés, après que ll'Administrationait finalement refusé de lui accorder des salles (alors que les gérants des salles les avaient résevées pour ces meetings). Le 8 avril, à défaut de pouvoir tenir meeting, Louisa Hanoune, soutenue par plusieurs dizaines de représentants des familles de "disparus", a improvisé uine marche pacifique à travers Bab el Oued
(APS 8.4) Le MSP, le FLN, le RND et Nahda ont signé le 8 avril une déclaration politique commune soutenant la candidature d'Abdelaziz Bouteflika. La déclaration a été signée par les leaders respectifs des quatre partis, membres de la coalition gouvernementale : Mahfoud Nahnah (MSP), Boualem Benhamouda (FLN(, Ahmed Ouyahia (RND) et Lahbib Adami (Nahda). Le soutien du RND, du FLN et de Nahda à Abdelaziz Bouteflika était déjà officiel, celui du MSP l'est donc désormais aussi.
(AP, Le Parisien 8.4) Dans une interview publiée le 8 avril par le quotidien français "Le Parisien", Abdelaziz Bouteflika se donne trois objectifs fondamentaux : "mettre fin à la violence, affermir l'unité nationale, approfondir notre projet démocratique". Le candidat à la présidence affirme vouloir renforcer l'Etat, dont "le premier devoir (...) est d'assurer la sécurité des personnes et des biens", et fait même de "l'Etat, d'abord l'Etat, toujours l'Etat" le "principe de l'amour de l'Algérie".
(AP 8.4) Le ministre de la Communication, et porte-parole du gouvernement, Abdelaziz Rahabi, a annoncé le 8 avril que les sondages "sortie des urnes" (estimations du résultat de l'élection) qui auraient dû être diffusés le soir du scrutin, à 20 heures, 22 heures et minuit, ne le seront pas, "en raison des réticnces" des candidats, qui craignent une fraude possible dissimulée derrière des estimations manipulées.
(AP 8.4) La polémique enfle à propos du chiffre officiel des électrices et électeurs inscrits, soit 17'494'136 personnes, dont 9'614,962 hommes et 7'879'174 femmes, contesté par les candidats de l'opposition. Le conseiller de Mouloud Hamrouche, Hadj Arab Amazigh, a relevé le 8 avril que la répariition nombre officiel d'électeurs entre hommes et femmes "n'est pas conforme au rapport des populations masculine (50,7 %) et féminine (49,3 %) qui ressortent du dernier recensement de juin 1998". Les candidats de l'opposition accusent l'administration de "préparer des voix" au profit d'Abdelaziz Bouteflika en "gonflant" le nombre d'électeurs d'un million et demi, et en modifiant la répartition régionale des électeurs inscrits : la wilaya d'Oran se retrouveraient ainsi avec 200'000 électeurs de plus que celle de Tizi Ouzou, pourtant plus peuplée, et la wilaya de Blida avec également plus d'électeurs que celle de Bejaïa, également plus peuplée (Oran et Blida sont supposées être favorables à Bouteflika, Tizi Ouzou et Bejaïa sont de toute évidence acquises à Hocine Aït Ahmed, lequel pourrait, s'il n'est pas présent au second tour, appeler à voter pour Mouloud Harmrouche).
(AP 11.4) Les dernières heures de la campagne électorale (qui se termine officiellement le 12 avril au soir) ont été l'occasion pour les candidats ou leurs représentants de tenir leurs derniers rassemblements publics en résumant leurs programmes : Abdelaziz Bouteflika a proclamé le 11 avril à Alger que "la tendance nationaliste est la colonne vertébrale de la réconciliation nationale" et que "ses valeurs sont l'Islam, sans qu'elle soit islamiste, et la démocratie, sans qu'elle soit laïque". Taleb Ibrahimi a appelé le 10 avril, également à Alger, à un "dialogue sans exclusive, de le cadre de la Constitution et après l'acceptation de l'alternance au pouvoir et du non recours à la violence pour accéder ou se maintenir au pouvoir". Mouloud Haamrouche a insisté le 11 avril à Tizi Ouzou sur la nécessité d'une "rupture" avec le passé et du refus de "la marginalisation, (de) la 'hogra', (de) la corruption (et des) licenciements abusifs. Ahmed Djeddaï, Premier secrétaire du FFS, a qualifié le 10 avril à Bordj Menaiel le scrutin de "dernière chance pour l'Algérie". Abdallah Djaballah a plaidé le 10 avril à Constantine pour "un Etat fort et un redressement global", Mokdad Sifi, à Saïda, pour le "respect pour le travail, la République, la démocratie, le droit à la liberté d'expression et à l'alternance du pouvoir", et Youcef Khatib à Berrouaghia "pour le changement et l'édification d'un Etat de droit, susceptible de provoquer une double rupture avec le système et l'extrémisme".
(El Watan 10.4) Louisa Hanoune a dénoncé le 9 avril lors d'une conférence de presse la partialité de l'administration dans la campagne électirale : "comment expliquez-vous que des dizaines de bus aient été mis à la disposition d'un seul candidat" (Abdelaziz Bouteflika) et que des centaines de citoyens, notamment les employés dans le cadre du filet social et de l'emploi des jeunes, (ont) été mobilisés, voire menacés, pour assister aux meetings du candidat favori ?", alors que le Parti des Travailleurs (qui appelle à voter blanc ou nul) "n'a eu droit qu'à trois meetings" après l'interdiction de celui qu'il devait tenir à Alger. Le même jour, le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, portait les mêmes accusations contre l'administration et parlait de "déplacement de populations avec les moyens de l'Etat" pour remplir les salles des meetings de Bouteflika. Louisa Hanoune a en outre dénoncé le "silence" des candidats en lice "face à ce qui se passe dans les Balkans".
(AP, APS 11.4) Les Algériens de l'étranger ont commencé timidement à se rendre aux urnes le 10 avril. Ils ont jusqu''au 15 avril pour voter. Sur près de 774'000 électeurs inscritsà l'étranger, plus de 680'000 sont établis en France. Les autres communautés algériennes importantes sont établies en Tunisie (15'000 électeurs), en Belgique (10'200 électeurs), au Maroc (10'000 électeurs), en Allemagne (9200 électeurs), en Grande-Bretagne (plus de 6000 électeurs, Irlande comprise), en Espagne (4200 électeurs), en Suisse (4200 électeurs, dont les deux tiers en Suisse romande), aux USA (3500 électeurs), aux Pays-Bas (1000 électeurs). La participation a été faible lors de la première journée de vote et les bousculades de l'élection présidentielle de 1995 ont été loin de se reproduire -le dispositif électoral ayant été largement amélioré entre temps, avec plus de centres et de locaux de vote, et des locaux plus grands et mieux situés.
(APS 11.4) Les caravanes des bureaux de vote itinérants devant sillonner les zones reculées du grand sud ont pris le départ le 11 avril. Elles devront être sur place le 12 avril pour recueillir les votes des électeurs des localités et des lieux qu'elles visiteront, et devront être de retour le 15 avril. Des observateurs représentant les candidats les accompagnent.
(FIS 11.4) L'Armée Islamique du Salut, dans un communiqué signé de son "émir" national Madani Mezrag et daté du 11 avril, appelle le peuple algérien à saisir l'"occasion historique" du scrutin présidentiel "avant qu'il ne soit trop tard", et à faire "en sorte que le rendez-vous électoral soit le point de passage d'une période d'injustice et de peines à une période de justice et de bien faire". L'AIS appellent les Algériens à s'exprimer par le vote "en toute loyauté, force et sincérité". L'AIS n'appelle pas explicitement à voter pour un candidat précis (mais le FIS a appelé à voter pour Ahmed Taleb Ibrahimi, que des membres de l'AIS ont aidé à récolter les signatures nécessaire à la présentation de sa candidature), mais s'adresse au "président attendu (...), sûrement convaincu de la nécessité de produire un changement substantiel dans la façon de traiter avec les différentes tendances qui forment la société", pour lui demander d'être "véritablement le président de tous les Algériens". A ce "président attendu", l'AIS adresse le message suivant : "Adoptez d'urgence la solution politique qui rend à la religion sa position et au peuple sa fierté et sa dignité et au pays sa paix et sa stabilité. Le communiqué de l'AIS réaffirme en outre que "l'instance exécutive du FIS à l'étranger, présidée par le cheikh Rabah Kebir, est le représentant légitime et unique du FIS à l'étranger".
(El Watan 12.4 13.4) Djamel Zenati, directeur de campagne de Hocine Aït Ahmed, a tenu le dernier meeting de la campagne pour la candidat du FFS à Tizi Ouzou le 12 avril, exhortant les militants du parti à aller voter en masse, démentant que Hocine Aït Ahmed, "totalement rétabli" (et qui a annoncé lui-même le 14 son retour "dans peu de jours" en Algérie ait l'intention de se "retirer de la course" et affirmant que "ce n'est pas le pouvoir qu'il veut, mais le redressement de l'Algérie". S'exprimant à "Arab New Network" de Londres, Hocine Aït Ahmed a invité les Algériens à faire du 15 avril une "fête de la démocratie".
(AFP 13.4) Louiza Hanoune a tenu le dernier meeting de sa campagne pour le vote "blanc" (ou nul) le 12 avril à Bab-el-Oued, proclamant que "la priorité des priorités c'est toujours la paix" et promettant de défendre "toujours les pauvres, les prisonniers politiques et les disparus". La veille, à Tizi Ouzou, Louiza Hanoune a annoncé le lancement d'une pétition adressée au Président Zéroual, lui demandant d'user de ses prérogatives présidentielles pour "signer un décret pour la paix", et réitéré la proposition du Parti des Travailleurs en faveur d'un congrès national ouvert à "tous les partenaires du dialogue", c'est-à-dire "les partis présents à l'(Assemblée nationale), les institutions nationales, les corps constitués et des personnalités du parti dissous (le FIS, tels que Abassi, Benhadj et Hachani". S'agissant de l'élection présidentielle, Louiza Hanoune a annoncé que "cette élection sera truquée" et que la fraude a "commencé avec la collecte des signatures et les pressions sur les consciences".
(AP 12.4) Trois jours après l'ouverture des bureaux de vote en France, la participation y restait très moyenne (c'est-à-dire très inférieure à celle de la précédente élection présidentielle de 1995). Les taux de participation étaient de 7,5 % le 10 avril dans la région de Metz, de 12 % le 11 avril au soir dans la région de Marseille, de 20 % le 12 avril dans la région de Lille. Le vote des Algériens de France a commencé le 10 avril et se poursuivra jusqu'au 15, date du scrutin en Algérie.
(AP 13.4) Les opérations de vote ont débuté le 12 avril dans les 700 bureaux itinérants des régions sahariennes.
(AP 13.4) 750'000 membres des forces de sécurité et des corps constitués (armée, police, gendarmerie, pompiers, gardes communaux) ont voté les 13 et 14 avril en Algérie, avant que de surveiller le scrutin du 15.
(Le Matin 12.4, AFP, AP, Reuters 13.4, 14.4) Cinq des sept candidats à l'élection présidentielle (Hamrouche, Taleb, Aït Ahmed, Djaballah et Sifi) ont évoqué le 11 avril la possibilité de se retirer de l'élection, afin de dénoncer la fraude et l'engagement de l'administration aux côtés d'Abdelaziz Bouteflika. Les représentants des candidats ont dénoncé le brusques changements dans l'encadrement de certains centres et bureaux de vote, notamment à Alger, le refus de certaines mairie de délivrer à des membres des commissions communales de surveillance leur badge, l'orientation pro-Bouteflika de la couverture médiatique de l'élection. Le 13 avril, les six candidats opposée à Abdelaziz Bouteflika ont demandé l'annulation des premiers votes (ceux intervenus dans le grand sud saharien) en dénonçant une "opération de fraude", et en saisissant la Commission nationale indépendante de surveillance de l'élection, dont le président, Mohamed Bedjaoui, a pris l'engagement de "ne pas se taire" devant la fraude. Les candidats et leurs représentants ont donné plusieurs exemples de fraude déjà engagée :
Le président Zéroual a refusé le 14 avril de recevoir les candidats ou leurs représentants, et les a renvoyés aux "moyens (légaux) de faire valoir et de défendre leurs droits".
(APS, AFP, AP, Reuters, corr. 14.4) Tous les candidats à l'élection présidentielle du 15 avril à l'exception d'Abdelaziz Bouteflika ont annoncé le 14 avril le retrait de leur candidature "après avoir constaté la non prise en considération par la présidence de la République de leur démarche commune du 13 avril", protestant contre la fraude et demandant l'annulation des votes déjà émis à l'étranger, par les "corps constitués" (armée, police) et dans les bureaux itinérants. Liamine Zéroual a annoncé le soir même à la télévision que l'élection était néanmoins maintenue le 15 avril. En droit, les six candidats qui ont annoncé leur retrait sont toujours formellement candidats, un retrait de candidature ne pouvant se faire selon la loi organique relative au régime électoral (art. 161) qu'en cas de décès ou d'empêchement légal, la fraude n'étant pas considérée comme telle. En fait, Abdelaziz Bouteflika reste seul en lice, même si les bulletins portant les noms d'autres candidats seront considérés comme valables et si plusieurs centaines de milliers d'électeurs ont déjà voté, à l'étranger, dans le sud ou dans les casernes.
"J'ai décidé que (le processus électoral) se poursuivra'', a annoncé le président dans une brève allocution radiotélévisée le 14 avril au soir, intervention au cours de laquelle il a également qualifié de "grave'' le désistement des six candidats contestataires et dénoncé la "faiblesse des prétextes avancés'' par eux. Liamine Zéroual a rappelé que la décision d'organiser une élection présidentielle anticipée était la sienne, afin de faire "jouer le principe de l'alternance au pouvoir''. Jugeant que ces élections sont "menées dans la transparence'', il a exhorté les Algériens à "participer en masse au scrutin''. Abdelaziz Bouteflika a cependant mis un bémol à son acceptation des résultats en déclarant ne pas vouloir assumer "le pouvoir s'il n'y a pas de participation massive du peuple et si mon score ne me donne pas la capacité de relever les défis extrêmement nombreux'', a-t-il déclaré à l'Associated Press, sans pour autant donner de précisions sur les chiffres qu'il attendait. Il a par ailleurs jugé qu'il n'était pas "dans les prérogatives du président d'arrêter le processus électoral une fois lancé''.
Annonçant leur décision de retrait à l'issue d'une réunion à Alger, les six autres candidats ont déclaré rejeter "par avance la légitimité du candidat qui serait élu''. Mobilisés contre la fraude électorale, qualifiée par la presse non gouvernementale de `"huitième candidat'' du scrutin, Hocine Aït Ahmed (Front des forces socialistes, FFS), Abdallah Djaballah (Mouvement de la réforme nationale, MRN), Ahmed Taleb Ibrahimi (soutenu par le FIS), Mouloud Hamrouche, Youssef El Khatib, Mokdad Sifi, candidats indépendants, ajoutent: "Nous décidons de poursuivre la mobilisation du mouvement des citoyens pour imposer le respect de leurs droits de décider et choisir librement''. Ils ont ainsi appelé à une marche pacifique dans les rues d'Alger pour vendredi. Mouloud Hamrouche a estimé sur France-2 que le retrait des six candidats était ``un progrès énorme'', car "aujourd'hui, les Algériens et les Algériennes sont avertis des intentions du pouvoir''.
En fin d'après midi, le 14 avril, des voitures de sympathisants des six candidats sillonnaient Alger et les grandes villes du pays pour inciter les citoyens à ne pas aller voter le 15 et à manifester le 16.
Selon ces résultats officiels, Abdelaziz Bouteflika "sort" en tête dans toutes les wilayas, mais il serait talonné dans celles de Bejaïa et de Tizi Ouzou par Hocine Aït Ahmed, qui n'était plus candidat. Le taux d'abstention dans ces deux wilayas atteignant plus de 93 %, les résultats n'y sont de toutes façons guère significatifs.
Les résultats officiels du scrutin semblent suggérer une tentative du pouvoir algérien de privilégier "son" opposition islamiste, à travers les "scores" dont il a "gratifié" Ahmed Taleb Ibrahimi et Abdallah Djaballah, au détriment de l'opposition "démocrate" et "moderniste", incarnée par Hocine Aït Ahmed et Mouloud Hamrouche. En outre, la distribution officielle des places dans les résultats, et la reconnaissance de l'abstention massive de la Kabylie et d'une abstention atteignant ou dépassant les deux tiers à Alger et dans l'immigration, manifeste la permanence de la volonté du pouvoir de confiner l'opposition démocratique dans son "ghetto kabyle".
Participation : 23,03 % Abdelaziz Bouteflika : 28,3 % Ahmed Taleb Ibrahimi : 20,28 % Hocine Aït Ahmed : 13,27 % Abdallah Djaballah : 12,78 % Mouloud Hamrouche : 12,77 % Youcef Khatib : 8,0 % Mokdad Sifi : 4,06 %
Le taux officiel de participation s'est élevé à 60,25 % . Selon Mouloud Hamrouche, le taux réel devrait tout au plus atteindre le tiers du taux officiel. Selon un membre du comité de soutien du FFS, à Alger, le taux de participation à s'élevait, à 17h00 heures à 28 % à Tlemcen, fief d'Abdelaziz Bouteflika, et de 2 à 3 % à Tizi Ouzou, en Kabylie, fief de Hocine Aït Ahmed (et du RCD). A la même heure, lorsque le taux officiel de participation atteignait 50,84 % en moyenne nationale, Mouloud Hamrouche l'évaluait à moins de 20 % (et à un peu plus de 5 % dans les deux wilayas de Kabylie). A Alger et Tamanrasset, les bureaux de vote sont restée ouverts une heure de plus que prévu. Les journalistes étrangers ont partout constaté une participation très basse.
La participation a été également très faible en France, l'abstention atteignant probablement 70 %, même si le taux de participation officieux indiqué par les autorités algériennes se situait à 31,28 % deux heures avant la clôture du vote. A Genève, où votaient les Algériens de Suisse romande, le taux de participation était de 26 % à la mi-journée et devait atteindre officiellement 40 % à la fermeture du local de vote.
Le président de la Commission nationale indépendante de surveillance des élections (CNISEP), M. Bedjaoui, a précisé que le président de la République ne pouvait pas annuler le scrutin avant que celui-ci se soit terminé, dès lors que les six candidats qui se sont retirés l'ont fait après que les opérations de vote aient commencé.
Abdelaziz Bouteflika a été proclamé le 20 avril président de la République algérienne par le Conseil constitutionnel, qui a validé les résultats de l'élection du 15 avril (en accordant à Bouteflika 2906 vois de plus qu'annoncé, soit au total 7'445'45 voix. Les résultats officiels définitifs de l'élection sont donc les suivants, selon le CC :
Electeurs inscrits: : 17.488.759 Votants : 10.652.623 (60,91 % Suffrages exprimes : 10.093.611 Majorité absolue : 5.046.807 Les candidats ont obtenu Hocine Aït Ahmed : 321.179 Abdelaziz Bouteflika : 7.445.045 (73,73 %) Mouloud Hamrouche : 314.160 Youcef Khatib : 121.414 Abdallah Djaballah : 400.080 Mokdad Sifi : 226.139 Ahmed Taleb Ibrahimi : 1.265.594
Hocine Ait Ahmed a obtenu 1656 voix de plus qu'annoncé initialement, Mouloud Hamrouche 2.252 voix de plus, Youcef Khatib 1.412 voix de moins, Abdallah Djaballah 1664 voix de plus, Mokdad Sifi 232 voix de moins et Ahmed Taleb Ibrahimi 1.500 voix de plus. Le nombre d'electeurs inscrits a ete etabli par le conseil constitutionnel a 17.488.759, soit une baisse de 5.377 (precedemment 17.494.136), alors que le nombre de votants a ete fixe a 10.652.623, soit une hausse de 112.872. Les suffrages exprimes ont ete egalement revus a la hausse avec 10.093.611, soit plus 8.334.
Le conseil constitutionnel a rejeté les 29 recours qui lui ont ete adresses, au motif "qu'ils ne remplissent pas les conditions legales''. Le president du conseil constitutionnel,. Said Bouchair, a ajoute que le conseil constitutionnel n'a pas ete saisi et n'a recu aucune correspondance jusqu'a ce jour de la part des six candidats qui se sont retires.
TAUX DE PARTICIPATION PAR WILAYA
|
N° |
Wilaya |
11H |
15H |
18H |
Final |
|
01 |
ADRAR |
18,91% |
34,77% |
42,80% |
56,34% |
|
02 |
CHLEF |
12,34% |
34,95% |
48,91% |
57,89% |
|
03 |
LAGHOUAT |
27,21% |
50,73% |
61,39% |
71,20% |
|
04 |
OUM EL BOUAGHI |
10,90% |
34,89% |
55,41% |
76,47% |
|
05 |
BATNA |
15,03% |
34,88% |
64,39% |
78,28% |
|
06 |
BEJAIA |
2,48% |
4,79% |
5,81% |
6,61% |
|
07 |
BISKRA |
16,46% |
46,04% |
60,91% |
75,50% |
|
08 |
BECHAR |
32,56% |
56,38% |
65,88% |
72,36% |
|
09 |
BLIDA |
15,50% |
34,55% |
48,83% |
58,81% |
|
10 |
BOUIRA |
12,01% |
28,25% |
39,14% |
47,98% |
|
11 |
TAMANRASSET |
27,95% |
43,93% |
50,79% |
59,20% |
|
12 |
TEBESSA |
12,86% |
37,27% |
59,78% |
69,34% |
|
13 |
TLEMCEN |
18,66% |
46,22% |
62,57% |
74,24% |
|
14 |
TIARET |
22,83% |
53,06% |
68,88% |
79,41% |
|
15 |
TIZI OUZOU |
2,38% |
4,04% |
5,11% |
5,73% |
|
16 |
ALGER |
9,01% |
20,67% |
31,27% |
38,93% |
|
17 |
DJELFA |
22,11% |
42,87% |
55,63% |
64,22% |
|
18 |
JIJEL |
11,80% |
31,16% |
45,15% |
55,12% |
|
19 |
SETIF |
14,39% |
40,16% |
55,46% |
65,80% |
|
20 |
SAIDA |
18,46% |
48,15% |
67,51% |
81,05% |
|
21 |
SKIKDA |
12,19% |
37,30% |
54,39% |
69,18% |
|
22 |
SIDI BEL ABBES |
18,15% |
49,22% |
67,05% |
77,80% |
|
23 |
ANNABA |
12,20% |
39,42% |
61,00% |
69,33% |
|
24 |
GUELMA |
12,27% |
44,46% |
67,52% |
77,95% |
|
25 |
CONSTANTINE |
14,91% |
36,38% |
53,23% |
66,03% |
|
26 |
MEDEA |
11,87% |
36,02% |
65,23% |
65,90% |
|
27 |
MOSTAGANEM |
16,89% |
42,46% |
60,81% |
76,43% |
|
28 |
M'SILA |
18,03% |
41,51% |
56,08% |
66,34% |
|
29 |
MASCARA |
15,56% |
43,32% |
63,50% |
75,39% |
|
30 |
OUARGLA |
15,81% |
33,43% |
43,30% |
52,91% |
|
31 |
ORAN |
12,76% |
42,46% |
54,22% |
63,57% |
|
32 |
EL BAYADH |
38,91% |
61,59% |
75,52% |
85,43% |
|
33 |
ILLIZI |
28,68% |
37,99% |
50,15% |
54,47% |
|
34 |
BORDJ BOU ARRERIDJ |
12,77% |
39,02% |
55,68% |
69,76% |
|
35 |
BOUMERDES |
8,93% |
25,75% |
35,25% |
41,56% |
|
36 |
EL TARF |
19,19% |
50,68% |
74,00% |
85,99% |
|
37 |
TINDOUF |
73,09 |
81,28% |
86,53% |
88,63% |
|
38 |
TISSEMSILT |
18,70% |
48,30 |
67,10% |
86,84% |
|
39 |
EL OUED |
12,43% |
29,77% |
40,67% |
51,32% |
|
40 |
KHENCHELA |
15,39% |
41,54% |
61,32% |
83,09% |
|
41 |
SOUK AHRAS |
13,16% |
40,68% |
58,65% |
67,87% |
|
42 |
TIPAZA |
19,69% |
47,69% |
66,23% |
74,11% |
|
43 |
MILA |
9,38% |
34,14% |
50,63% |
61,76% |
|
44 |
AIN DEFLA |
15,04% |
40,41% |
58,68% |
70,34% |
|
45 |
NAAMA |
26,36% |
50,57% |
63,18% |
73,06% |
|
46 |
AIN TEMOUCHENT |
17,89% |
48,77% |
67,64% |
76,41% |
|
47 |
GHARDAIA |
20,29% |
40,28% |
44,04% |
59,82% |
|
48 |
RELIZANE |
23,42% |
60,23% |
75,51% |
78,35% |
|
49 |
EMIGRATION |
26,98% |
31,28% |
32,34% |
33,10% |
|
Total |
15,06% |
36,41% |
50,84% |
60,25% |
Abdelaziz Bouteflika a été proclamé le 20 avril président de la République algérienne par le Conseil constitutionnel, qui a validé les résultats de l'élection du 15 avril (en accordant à Bouteflika 2906 vois de plus qu'annoncé, soit au total 7'445'45 voix. Les résultats officiels définitifs de l'élection sont donc les suivants, selon le CC :
Electeurs inscrits: : 17.488.759 Votants : 10.652.623 (60,91 % Suffrages exprimes : 10.093.611 Majorité absolue : 5.046.807 Les candidats ont obtenu Hocine Aït Ahmed : 321.179 Abdelaziz Bouteflika : 7.445.045 (73,73 %) Mouloud Hamrouche : 314.160 Youcef Khatib : 121.414 Abdallah Djaballah : 400.080 Mokdad Sifi : 226.139 Ahmed Taleb Ibrahimi : 1.265.594
Hocine Ait Ahmed a obtenu 1656 voix de plus qu'annoncé initialement, Mouloud Hamrouche 2.252 voix de plus, Youcef Khatib 1.412 voix de moins, Abdallah Djaballah 1664 voix de plus, Mokdad Sifi 232 voix de moins et Ahmed Taleb Ibrahimi 1.500 voix de plus. Le nombre d'electeurs inscrits a ete etabli par le conseil constitutionnel a 17.488.759, soit une baisse de 5.377 (precedemment 17.494.136), alors que le nombre de votants a ete fixe a 10.652.623, soit une hausse de 112.872. Les suffrages exprimes ont ete egalement revus a la hausse avec 10.093.611, soit plus 8.334.
Le conseil constitutionnel a rejeté les 29 recours qui lui ont ete adresses, au motif "qu'ils ne remplissent pas les conditions legales''. Le president du conseil constitutionnel,. Said Bouchair, a ajoute que le conseil constitutionnel n'a pas ete saisi et n'a recu aucune correspondance jusqu'a ce jour de la part des six candidats qui se sont retires.
(AFP 16.4) Ahmed Taleb Ibrahimi, classé deuxième de l'élection présidentielle par les résultats officiels, a rejeté "en bloc et en détail" le résultat de cette élection et a déclaré le 16 avril qu'il considérait le candidat que "le pouvoir (...) a désigné" comme "une autorité de fait, sans aucune légitimité constitutionnelle".
(Corr 17.4) Djamel Zaneti, porte-parole de Hocine Aït Ahmed, a déclaré le 16 avril n'accorder "aucune crédibilité aux résultats des élections, fabriqués par les laboratoires de la sécurité militaire" et fait état d'un "taux de participation réel" obtenu grâce à "une fuite du ministère de l'Intérieur", et qui serait de 23,3 %. "Pour nous, il n'y a pas eu d'élections, il y a eu un coup d'Etat par les urnes" et le "noyau dur des généraux a simplement nommé Abdelaziz Bouteflika à la place de Liamine Zéroual".
(Corr 20.4) Les organisations traditionnelles de la "famille révolutionnaire" et les anciennes organisations "de masse" du système du parti unique ont comme prévu salué promptement et favorablement l'élection d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence et dénoncé le retrait des six autres candidats. L'Organisation des enfants de Chouhada, la Coordination nationale des enfants de Chouada, l'Union nationale de la jeunesse algérienne etc... se sont donc fendues de communiqués saluant l'élection du candidat "unique de facto" et condamnant à la fois le retrait de ses six rivaux et les "ingérences" américaine et, surtout, française après les commentaires défavorables exprimés à Washington et à Paris au sujet de l'élection "à un seul tour et un seul candidat" d'Abdelaziz Bouteflika.
(El Watan 21.4) Le président de la Commission nationale de surveillance des élections présidentielles (CNISEP), M. Bedjaoui, aurait selon la presse algéroise du 21 avril été "convoqué" à La Haye par le président de la Cour internationale de Justice, où il siège en tant que juge, pour s'expliquer sur son rôle de président de la CNISEP et le risque d'amalgame créé par le fait que sa "double casquette" aurait laissé supposé une caution du tribunal de La Haye à l'élection présidentielle algérienne. Le tribunal aurait d'ailleurs émis des réserves à la désignation de M. Bedjaoui à la tête de la CNISEP et aurait obtenu de lui la garantie qu'il n'agirait qu'en son nom personnel. Les groupe des six candidats qui se sont retirée de la compétition a d'ailleurs l'intention de protester (ou de déposer plainte) auprès du tribunal de La Haye, et accuse M. Bedjaoui de n'avoir pas pris en considération les doléances des candidats d'opposition.
(Reuters 19.4) Mouloud Hamrouche a déclaré au quotidien "Le Parisien" qu'Abdelaziz Bouteflika "n'a pas de légitimité, ni d'instruments pour engager le pays dans la voie du changement" et a annoncé son intention de "créer un parti polique". L'ancien Premier ministre estime que "la fraude, massive, a été mise en place" après qu'un "sondage secret daté du 11 avril" ait indiqué "que les résultats risquaient de ne pas être ce qu'il devraient être",
(El Watan, Le Matin, La Tribune 19.4, 20.4) S'insurgeant contre "la désignation du président au lieu de son élection", les représentants des six ex-candidats aux présidentielles, réunis le 18 avril au siège algérois du FFS, ont passé en revue les actions de protestation qu'ils ont programmées, dont une marche nationale prévue pour le 26 avril à Alger (midi, de la place du 1er Mai vers la place des Martyrs), et pour laquelle ils ont déposé une demande d'autorisation auprès des pouvoirs publics. Dans tous les cas de figure, les "Six" tiennent à entreprendre cette marche de protestation. Auparavant, des meetings politiques pourraient également être organisés dans les grandes villes du pays par les animateurs du groupe des "Six". Le 17 avril, un cortège de voitures exprimant les revendications des "Six" a sillonné les différentes rues d'Alger, après que les partisans d'Abdelaziz Bouteflika en aient fait autant pour célébrer le succès de leur candidat. Les"Six" ambitionnent de "faire du chemin ensemble" et tentent de s'organiser pour inscrire leur mouvement de protestation dans la durée. Une plate-forme, dite "manifeste pour la démocratie, les libertés démocratiques et le respect du choix populaire" est en cours de négociation.
(APS, El Watan, Le Matin 22.4) Le "groupe des six" (candidats à la présidentielle) a décidé le 21 avril de "poursuivre les réunions de coordination" entre eux ou leurs représentants, et a appelé à la "mobilisatio" et à la poursuite de la "lutte pacifique (pour) imposer le respect des libertés démocratiques et renforcer le combat en cours pour l'exercice d'une démocratie véritable dans ses principes, ses fondements et ses mécanismes". Les "six" ont mis en garde contre "toute tentative" de "fermeture du champ politique" et de "limitation des libertés d'expression et de presse".
(Le Matin, El Watan 25.4) Les autorités algéroises ont refusé, sans explications et en antidatant leur réponse à la demande d'autorisation pour la faire correspondre aux délais légaux, d'accorder l'autorisation pour la marche que le groupe des cinq candidats à l'élection présidentielle entendait organiser à Alger le lundi 26 avril. A Oran, la demande d'autorisation déposée par le FFS pour une marche parallèle à celle d'Alger a également été refusée. Le Front des Forces socialistes, Taleb Ibrahimi, Mouloud Hamrouche et Abdallah Djaballah ont décidé d'une "présence symbolique" sur les lieux, et envisagent de déposer plainte contre le gouvernorat du Grand Alger. Un meeting est également prévu dans le courant de la semaine à la salle Harcha, avec cette fois la participation de Mokdad Sifi -qui avait refusé de s'associer à la marche. Enfin, le Front des Forces Socialistes entend boycotter les cérémonies d'investiture du nouveau président, Abdelaziz Bouteflika, le 27 avril, et rendre public ce jour là un "manifeste pour les libertés".
(Corr. 20.4) Le Front islamique du salut a qualifié "d'illégitime" le résultat de l'élection présidentielle, dans un communiqué en anglais, daté du 19 avril à Alger, signé notamment par Abassi Madani, Abdelkader Hachani et Ali Djeddi, et qui n'a pu être authentifié. Le communiqué appelle le pouvoir et l'opposition algérienne à une "juste réconciliation nationale" permettant de "mettre fin au bain de sang", à "toutes les formes d'oppression" et demandant "la libération des prisonniers". "Sept ans après le coup de force militaire contre la volonté populaire en janvier 1992, les autorités en Algérie poursuivent leurs tentatives malheureuses pour sortir de l'illégitimité qui les caractérise", déclare le communiqué, qui reproche au pouvoir d'organiser sans cesse des élections dont les résultats s'effondrent, laissant davantage de frustration, d'oppression et de misère", et qui "excluent le FIS, restée la force populaire la plus importante en Algérie depuis sa victoire il y a neuf ans". Le FIS appelle à la tenue d'un "congrès historique" pour sortir de la "crise" en Algérie, mettre fin à la "haine et ses effets", revenir "sur la voie de la légitimité" et "donner le dernier mot au peuple en toute liberté".
(Corr 23.4) Le bulletin officieux du FIS, "El Ribat", daté du 23 avril, conclut à "l'échec de l'opération électorale" du 15 avril, le retrait de six candidats sur sept et l'abstention massive n'ayant pu être contourné par le pouvoir qu'au prix d'un "retour aux sources" des "pratiques et méthodes du parti unique". Le bulletin islamiste considère cependant que "tenir un scrutin libre, transparent et crédible en Algérie reste pourtant possible à condition que le pouvoir joue le jeu", et que finalement, Abdelaziz Bouteflika "a été élu dans les même conditions que ses prédécesseurs" et a fait des déclarations "encourageantes" au sujet du "traitement du dossier de la trêbe observée par l'Armée Islamique du Salut".
(APS 22.4) L'Union européenne a réagi à l'élection présidentielle algérienne par un communiqué où elle affirme vouloir continuer à "soutenir le processus de réforme en Algérie" et le "dialogue politique" avec les autorités algériennes. L'UE considère que c'est par "la promotion de la démocratie et de l'Etat de droit ainsi que par la poursuite des réformes économiques et sociales que l'Algérie pourra sortir de la crise", et constate que "par leur participation active aux débats préelectoraux" (c'est-à-dire avant le retrait des six candidats opposés à Abdelaziz Bouteflka), les Algériens ont "marqué leur attachement à un scrutin libre, transparent et pluraliste, tel qu'annoncé par les autorités algériennes".
(Le Monde 18.4) Cinq des six candidats à la présidentielle qui se présentaient contre Abdelaziz Bouteflika, avant que de se retirer, ont appelé la population algérienne a cesser le travail pendant une heure le jour de l'investiture d'Abdelaziz Bouteflika, et à participer massivement à ma manifestation de protestation organisée par le FFS le 26 avril à Alger. Mokdad Sifi ne s'est pas joint à cet appel.
(AFP 16.4) Le ministère français des Affaires étrangères a fait savoir le 16 avril que la France était "préoccupée" par les circonstances de l'élection présidentielle algérienne et continuait d'"espérer que les apirations à la démocratie du peuple algérien puissent s'exprimer dans un cadre pluraliste". Abdelaziz Bouteflika a averti le 16 avril la France qu'il n'acceptera pas ni "tutelle" ni "ingérence" étrangère, dans une réplique aux "préoccupations" exprimées par le gouvernement français face aux conditions de son élection à la présidence. Le nouveau président s'est déclaré "profondément choqué" par les commentaires français après son élection, mais s'est néanmoins déclaré déterminé à travailler au rapprochement franco-algérien.
(Le Monde 17.4) Pierre Mauroy, président de l'Internationale Socialiste, a qualifié le dernier épisode de l'élection présidentielle algérienne de "coup dur porté à l'espoir d'un renouveau démocratique qu'avait fait naître la campagne électorale".
(AP 16.4, Le Monde 18.4) Le Département d'Etat américain a fait part le 16 avril de sa "déception" après l'élection présidentielle avortée en Algérie, qu'il considère comme une "occasion perdue". Le porte-parole du Département d'Etat a regretté que la présence d'observateurs internationaux pendant l'élection n'ait "malheureusement pu se réaliser" et a invité le "pouvoir algérien" à "poursuivre un processus de réforme crédible". Cette prise de position n'a pas suscité de la part d'Abdelaziz Bouteflika la même dure réplique que la prise de position française, pourtant plus prudente encore, mais le ministère algérien des Affaires étrangères a néanmoins considéré la position américaine comme "autant infondée qu'inopportune" et constituant une "ingérence intolérable dans les affaires intérieures" de l'Algérie.
(AFP 16.4, 17.4) Abdelaziz Bouteflika a comme prévu accepté le 16 avril son élection à la présidence. Dans sa première déclaration en tant que président élu, Abdelaziz Bouteflika a dénoncé les "manoeuvres visant à perturber les électeurs et à discréditer leur choix aux yeux de l'opinion internationale" et a considéré que "le peuple algérien s'est exprimé dans la clarté" en l'élisant "démocratiquement". Le président élu s'est dit résolu à concrétiser "la réconciliation nationale et mettre fin à l'effusion de sang". Il a annoncé qu'il allait examiner le dossier de l'Armée islamique du Salut (AIS) afin de lui donner une "couverture juridique et politique", a promis d'agir "en toute impartialité et en toute justice" et s'attacherait avec l'aide de tous "au-delà des différences partisanes" à "tourner définitivement les pages sombres" de l'histoire récente de l'Algérie. Abdelaziz Bouteflika s'est en outre déclaré disposé à renforcer les relations avec le Maroc, mais dans le respect des résolutions des Nations Unies à propos du Sahara occidental. Il a déclaré qu'il ne procéderait pas à un changement de gouvernement ni à des élections législatives anticipées (les quatre partis qui l'ont soutenu disposent de 80 % des sièges à l'Assemblée nationale). Le gouvernement de Smaïl Hamdani restera donc en place au moins juaqu'à la tenue en juillet du sommet de l'OUA à Alger.
(APS 20.4) Le mouvement democratique et social (MDS) a plaide le 19 avril pour un "pacte republicain et democratique" qui abolisse "les privileges, consacre les libertes democratiques, le rejet de principe et de fait de la violence" et fasse de "la raison et du droit positif la source des lois et de la legislation, en tenant compte de la realite civilisationnelle et culturelle de notre peuple et de l'exigence d'integration dans la civilisation universelle". Ce pacte devrait selon le MDS "favoriser l'autonomie du champ politique par rapport a toute autre instance" et promouvoir l'exclusion du "religieux du champ politique". D'autre part, le MDS appelle les algeriennes et les algeriens à "reprendre l'initiative strategique pour construire le large rassemblement démocratique, en renoncant a toutes les alliances contre-nature, meme au niveau tactique, qui les ont affaibli" et considère que les six candidats qui se sont retirés de l'élection"se sont desistes pour se preserver d'une humiliation certaine et en appellent a des formes de desobeissance civile" qui, "en definitive, constituent un encouragement a la violence". Le MDS avait appelé au boycott de l'élection, après avoir participé aux tentatives de présentation d'un candidat commun de la mouvance "républicaine".
(El Watan 19.4, 21.4 AFP 20.4) Après qu'Abdelaziz Bouteflika ait assuré qu'il sera "le président de tous les Algériens", des interrogations sont exprimées dans la presse et dans les milieux politiques sur la défiance massive de la Kabylie à son égard. Les taux de participation dans les wilayas de Tizi Ouzou et de Béjaïa sont infimes (moins de 6 et 7 %), Abdelaziz Bouteflika n'a obtenu les suffrage que de moins de 3 % des inscrits et d'une minorité des rares votants, après avoir été accueilli à coups de pierre à Tizi Outou et à Béjaïa. Le quotidien "El Watan" assure que "comme l'histoire se répète, Bouteflika sera confronté à une fronde kabyle dont il a eu un avant goût lors de son périple électoral dans la région". La commémoration le 20 avril du 19e anniversaire du Printemps berbère a été marquée par une grève générale à l'appel du Mouvement culturel berbère . En plus des festivités programmées partout (expositions, conférences, recueillements, etc.), le "Printemps berbère connaîtra cette année une autre dimension politique, au lendemain de l'élection présidentielle, même si le mouvement berbère a subi les contrecoups de la lutte entre le RCD et le FFS, était prévisible. A Bejaïa, le MCB-Commissions nationales (proche du FFS) appelle à une grève générale le 20 aujourd'hui et à une marche suivie d'un meeting au stade scolaire. L'appel affiché hier conçoit l'action comme un moyen de revendiquer «tamazight langue nationale et officielle», mais s'ouvre aussi à des mots d'ordre politique : la manifestation prévue exige «Le respect de la volonté populaire», «Le respect des droits de la personne humaine» et «L'unité du peuple dans la liberté et la diversité». Le MCB-Coordination nationale appelle pour sa part à une grève générale aujourd'hui, mais précise que «tamazight reste pour ses militants une priorité vitale» et que sa consécration comme langue nationale et officielle «ne saurait être sacrifiée à aucun intérêt ni conjoncture». Des milliers de personnes se sont rendues le 20 avril sur les lieux de l'assassinat de Matoub Lounès, le 25 juin 1998, entre Tizi Ouzou et Taourirt Moussa, alors qu'à Tizi Ouzou tous les commerces avaient baissé leurs rideaux à l'appel du MCB et qu'à Bejaïa 10'000 personnes manifestaient en faveur des revendications berbères et contre les "élections truquées". Le député (FFS) de Béjaïa, Ikhlef Bouaïche, a lancé à la foule : "Pour que le pays avance, le pouvoir doit tomber, et c'est alors seulement que tamazigh trouvera son émancipation".
(AP 25.4) Abdelaziz Bouteflika prêtera serment et sera investi de sa charge de président le 27 avril et présidera dès le lendemain son premier Conseil des ministres. Le gouvernement de Smaïl Hamdani sera reconduit jusqu'en juillet. Une équipe de conseillers présidentiels est en cours de constitution, et des membres du FLN, du RND, du MSP, de Ennahda sont pressentis. L'ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, l'ancien ministre de la Justice Ali Benflis et le général Larbi Belkheir en feraient d'ores et déjà partie. Le président sortant Liamine Zéroual fait quant à lui depuis le 22 avril ses adieux aux institutions, dont l'armée.
(APS 26.4) La Commission nationale indépendante de surveillance de l'élection présidentielle (CNISEP) a adopté à la majorité, annonce l'agence officielle de presse APS -ce qui suppose donc une minorité défavorable- son rapport, qui sera soumis au président Zéroual avant que son successeur ne prenne ses fonctions.
(Corr. 26.4, El Watan 27.4) La manifestation "symbolique" prévue le 26 avril dans l'après-midi à Alger par cinq des six candidats d'opposition, et interdite par les autorités, n'a finalement pas eu lieu. Des dizaines de policiers anti-émeutes, casqués et munis de noucliers, ainsi qu'un camion auto-pompe, des véhicules de pompiers et un véhicule munis de lames d'aciers à l'avant, étaient déployés sur les lieux prévus de la manifestation, place du 1er mai, ou aux alentours, bloquant tous les accès, pendant qu'un hélicoptère survolait la ville. Des barrages policiers ont été dressés sur les routes menant à Alger, contrôlant les bus et les taxis, interrogeant fréquemment les voyageurs. L'axe Tizi-Ouzou/Alger, en particulier, a été pratiquement bloqué par une dizaine de barrages. Au moins un bus transportant des étudiants soupçonnés de vouloir rejoindre le lieu de la manifestation interdite a été refoulé.
(APS, AP 27.4) Les six ex-candidats à l'élection présidentielle ont appelé le 26 avril à la poursuite de "la lutte par les moyens légaux" et ont protesté contre les "interdictions des marches pacifiques et la tenue de groupements populaires", qu'ils ont dénoncé comme des "restrictions des libertés démocratiques". Les six ont convenu d'appeler à une marche le 6 mai et à un meeting à la salle Harcha le 7.
(AFP, AP 27.4) Abdelaziz Bouteflika a pris officiellement ses fonctions de président le 27 avril, en appelant à l'unité du pays et en affirmant qu'il voulait "réunir les rangs des Algériens". Intervenant après sa prestation de serment devant un millier d'invités au Club des Pins, le nouveau président s'est donné comme "priorité des priorités" le "retour de la paix civile" et la "victoire sur la violence, au plan des idées, de la parole et de l'action". Abdelaziz Bouteflika a reconnu que la situation économique du pays était "difficile" et a appelé les Algériens au travail. Il a plaidé pour une dignité retrouvée de l'Algérie au plan international et affirmé qu'il respecterait "les convictions et les libertés individuelles et collectives dans la paix, la sécurité et la compétition", mais n'en a pas moins promis que l'Etat employera "tous les moyens pour extirper le terrorisme et effacer ses traces". Abelaziz Bouteflika a rendu hommage à son prédécesseur Liamine Zéroual, dont il a loué le "nationalisme jaloux", pour sa contribution à l'"amélioration de la situation sécuritaire" et au "retour à la légitimité constitutionnelle".
(Corr 29.4) Dans un numéro daté du 30 avril, le bulletin du FIS "El Ribat" revient sur l'élection d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence, en considérant que "la campagne électorale n'a pas été inutile" car elle a "marqué la déroute des éradicateurs et de leurs alliés, qui ne se sont révélés capables ni de présenter un candidat crédible ni de mobiliser la population autour de leurs mots d'ordre désuets et rejetés par la société", alors que "les appels à la paix et à la réconciliation nationale ont pu, par contre, réunir les Algériens autour des candidats qui ont explicitement prôné la solution politique et le dialogue sans exclusive". Du coup, "El Ribat" considère que "malgré son interdiction", le FIS est "sorti vainqueur de cette campagne", d'aurant que "ses militants et même certains de ses cadres ont pu braver les menaces" pour y participer. Certes, la campagne électorale s'est terminée "d'une manière inédite et fortement contestée" et "le nouveau président de la République se retrouve à son tour confronté aux mêmes problèmes qui ont fait l'échec de ses prédécesseurs et qui peuvent le conduire au même sort", mais de toute évidence, le FIS accorde au moins à Abdelaziz Bouteflika le bénéfice du doute, tout en lui rappelant que le respect de son engagement de "respecter les convictions et les libertés collectives des citoyens (...) implique la levée de l'état d'urgence et l'abrogation de tous les décrets injustes mis en place depuis 1992".
(Le Matin 15.5) Dans une lettre adressée aux membres du Conseil national du FFS, réuni les 13 et 14 mai, Hocine Aït Ahmed, toujours en convalescence en Suisse, annonce que le FFS compte saisir la Cour internationale de Justice de La Haye du cas de Mohammed Bedjaoui, qui y siège comme juge et a été président de la Commission nationale de surveillance de l'élection présidentielle, à moins que M. Bedjaoui ne s'explique "clairement sur la perversion totale du scrutin". Pour Hocine Aït Ahmed, la Cour internationale de justice "ne peut laisser un de ses juges apporter la caution de l'institution à une violation délibérée de l'article 21 alinéa 3 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme". A tout le moins, écrit le président du FFS, "le recours à M. Mohammed Bedjaoui (...) n'a absolument pas empêché la machine à frauder d'accomplir sa besogne", et le pouvoir "a poussé l'outrecuidance jusqu'à vouloir exploiter le prestige et l'aura d'une grande institution internationale". Pour la suite, Hocine Aït Ahmed constate "une dynamique réelle au sein de (la) société", dynamique "qu'il s'agit d'encadrer pour imposer, pacifiquement, la démocratisation du pays et la restitution de l'Etat à la nation". Le Premier secrétaire du FFS Ahmed Djeddaï a déclaré que le texte de Hocine Aït Ahmed avait servi du Conseil national du parti "de base de travail pour une action intense qui va être menée". La proposition du président du parti de reporter son 3ème congrès ordinaire, initialement prévu en juin,a été approuvée, afin de permettre au FFS "de se redéployer massivement dans les 48 wilayas et (d')organiser une activité politique entre-temps". A propos des manifestations politiques interdites, de la suspension du quotidien "Demain l'Algérie" et des rumeurs faisant état de purges dans différentes institutions, Ahmed Djeddaï a dénoncé "un nettoyage anti-démocratique qui se fera à tous les niveaux et qui se poursuivra jusqu'à la normalisation autoritaire de la société, par un régime aux relents staliniens".
(Le Matin, APS 15.5) Après un mois de concertations et de contacts, le groupe des six ex-candidats à l'élection présidentielle (Hocine Aït Ahmed, Abdallah Djaballah, Mouloud Hamrouche, Youcef Khatib, Taleb Ibrahimi et Mokdad Sifi) a signé le 14 mai un "manifeste des libertés pour la démocratie", où les six réitèrent leur refus de l'élection d'Abdelaziz Bouteflika et leur indignation face aux conditions dans lesquelles elle a été acquise. Selon eux, cette élection ne fera que "retarder le réglement de la crise et continuer à nourrir une situation caractérisée par la violation de la loi, le développement de la corruption, de l'injustice, de l'arbitraire social et du passe-droit". Les six appellent les partis politiques et la société civile à "initier un large débat afin de dégager les voies et moyens pacifiques pour mettre en échec tout vélléité" de remise en cause des acquis de la société, qu'ils jugent "impératif de mobiliser" autour de plusieurs points fondamentaux : "le respect des droits de l'Homme et du citoyen, le droit des citoyens à une justice sociale" et à une "information libre et plurielle", le respect du "libre exercice de l'action politique, de la liberté d'organisatio, de réunion et de manifestation, d'expression, de pensée et de création", ainsi que "de la vie privée des citoyens, de leur intégrité physique et de leurs biens". Les six affirment enfin vouloir agir en faveur "du pluralisme politique et syndical, du respect de toutes les dimensions de la culture algérienne et leur promotion et des libertés syndicales".
(AP, El Watan 19.11) La première opération de renouvellement de la moitié des membres du Conseil de la Nation (Sénat) aura lieu le 28 décembre, selon un décret présidentiel d'Abdelaziz Bouteflika, qui convoque pour cette date le collège électoral composé de "l'ensemble des membres de l'Assemblée populaire de wilaya et des membres de l'Assemblée populaire commune de la wilaya". Ces "grands électeurs" désigneront (parmi eux) 48 nouveaux sénateurs (ou rééliront les sortants), qui siègeront dès le 4 janvier. Le président désignera (ou re-désignera) pour sa part directement 24 autres sénateurs, dans le cadre du renouvellement du "tiers présidentiel". Le Conseil de la Nation, créé en 1994 par le président Zéroual, est composé de 144 sénateurs, élus pour deux tiers par les élus locaux et désignés pour un tiers par le président de la République. Les sénateurs qui arrivent actuellement au terme de leur mandat n'ont exercé qu'un mandat réduit de moitié. Ils ont été désignés comme partants par tirage au sort (leurs successeurs siègeront six ans, et le renouvellement se fera dès qu'ils auront accompli leur mandat).
(El Watan 4.12) Les partis politiques préparent le renouvellement partiel du Conseil de la Nation, prévu le 30 décembre. Le RND, qui compte 82 sénateurs sur 144, compte bien conserver sa majorité, et va procéder à des "primaires" du 7 au 14 décembre, en vue de ne présenter qu'un seul candidat par wilaya (les sénateurs sont désignés par les élus locaux et de wilayas), afin d'éviter l'éparpillement des voix, et de perdre des sièges par division, au profit du FLN -lequel n'a que dix sénateurs, et espère bien se renforcer (son objectif serait de doubler sa représentation). Le FLN désignera ses candidats le 11 décembre; d'ici là, il négocie avec les islamistes du MSP et d'Ennahda une "répartition des votes" lui garantissant une élection là où il est bien implanté, en échange d'un report de ses voix là où il n'a pas de candidat a priori éligible. Le MSP, qui n'a que deux sénateurs, suivrait la même stratégie pour gagner des sièges supplémentaires. Le FFS devrait conserver ses quatre sénateurs, grâce à sa prédominance en Kabylie. Le RCD, qui n'a aucun sénateur, tenterait cependant de s'allier avec le RND et quelques dissidents FFS pour faire son entrée à la Chambre haute, en présentant des candidats à Alger, Bouira, Tizi Ouzou et Bejaïa. Au total, cependant, la configuration politique du Sénat pourrait bien rester la même, à quelques aménagements près : le RND, qui compte 8000 "grands électeurs" (c'est-à-dire 8000 élus locaux et de wilayas) part avec un énorme avantage sur le FLN et le MSP (4500 élus ensemble), même si l'on tient compte des défections que l'ex-"parti présidentiel" de Zéroual a subies.
(El Watan 6.12, 7.12, Liberté 7.12) A quelques jours des élections pour le renouvellement partiel du Sénat, des noms de personnalités pouvant être choisies par le Président de la République (qui désigne le tiers des membres du Conseil de la Nation) sont évoqués par la presse, notamment "Liberté" qui évoque ceux de Belaïd Abdesselam, du général Attaïlia, des veuves de Rabah Bitat et de Mohammed Boudiaf et d'Ali Haroun. Le nom du colonel Habit Mustapha est également évoqué. "Toute une noria de personnalités qui l'ont aidé durant sa "traversée du désert" ou encore qui ont contribué à son élection attendent de Bouteflika le renvoi de l'ascenseur", commente "El Watan". En ce qui concerne les sénateurs élus (par les élus locaux et régionaux), les partis politiques sont en passe de désigner leurs candidats, dans l'indifférence générale des citoyens. A Oran, où le RND est majoritaire au sein des assemblées locales et départementale élues, pas moins de quatorze personnes ont présenté leur candidature à l'ancien "parti présidentiel", qui hésiterait entre le maire d'Oran, Tayeb Zitouni, qui aurait le soutien du FLN (à moins que celui-ci ne présente l'ancien wali Mahmoud si Youcef), le président de l'assemblée de wilaya (APW), Boucenna, le président de la commission des affaires culturelles et sociales de l'APW), Zine Belbachir et un membre de ladite assemblée, Nourredine Kébir. Si Zitouni est désigné, un nouveau maire d'Oran devra être désigné.
(Liberté 4.12, Jeune Indépendant, Quotidien d'Oran, Liberté 10.12) Les partis politiques algériens continuent de préparer les prochaines élections sénatoriales partielles, alors même que l'enjeu paraît singulièrement limité à la seule question de savoir si le parti qui domine actuellement largement les instances locales et régionales désignant les sénateurs, le RND, continuera à dominer aussi largement le Conseil de la Nation, ou si le FLN arrivera à le "grignoter" quelque peu, grâce notamment à l'appui de quelques dissidents du FLN.
Dans la wilaya d'Oran, le FLN devrait choisir également entre deux candidats, Saïd Tiah (membre de l'APW) et Abdelali Chtouki (membre de l'APC), un troisième (Bachir Dellalou) pouvant faire partie du "quota présidentiel" (désigné par Abdelaziz Bouteflika). Il a finalement choisi un troisième candidat, M. Abbas.Quant au RND, il a à choisir entre 14 candidats potentiels, dont quatre seulement paraissent avoir des chances : l'actuel maire d'Oran, Tayeb Zitouni, l'actuel président de l'assemblée de wilaya, M. Boucenna, et deux membres de l'APW, Mohammed Rahou et Dine Bendjabara, le premier étant "plombé" par une affaire d'acquisition d'un terrain public.
A Constantine, c'est le président de l'APW, exclu du RND, M. Belhadj, que les "primaires" au sein du RND ont désigné comme candidat de l'ancien "parti présidentiel", contre cinq autres candidats, et au terme d'une assemblée passablement confuse.
A Tipaza, le RND a désigné comme candidat l'actuel président de l'assemblée de wilaya, Matlou, mais par seulement 76 voix contre 75 à ses deux concurrents ensemble, ce qui met son élection en danger. Dans la même wilaya (ou seuls le RND et le FLN peuvent prétendre au siège), le FLN devait choisir le 11 décembre entre deux candidats.
A Relizane, le RND doit choisir entre (notamment) le président et le vice-président de l'APW, Senouci et Hadj Slimane, le maire de M'houdna, Miloudia, transfuge du FLN et le maire de Relizane, Abderrahmane Belkedda.
A Skikda, le RND se retrouve avec 14 candidats à la candidature (le Maire de Skikda étant favori).
A Jijel, le RND a désigné M. Karaoui, mais le FLN et le MSP entendent également participer au choix, le FLN espérant le ralliement d'une partie des élus du RND à son candidat.
A Mascara, le choix se fera également entre RND (298 élus locaux et régionaux), qui présente le président de l'APW, Omar Moumen, et FLN (97 élus), qui présente Mohamed Laoufi.
A Annaba, le RND présente l'actue président de l'APW, Mohammed Amir, et le FLN doit encore faire son choix.
A Souk-Ahras, 10 candidats à la candidature du RND (106 élus) et 10 candidats à la candidature du FLN (80 élus) sont sur les rangs.
En Kabylie, les partis dominants ailleurs étant totalement minoritaires, on se retrouvera avec le FFS (qui détient actuellement quatre sièges de sénateurs) et le RCD )absent du Sénat) face à face. A Bejaïa, les deux partis auraient déjà choisi leurs candidats, mais sans donner leurs noms. "Liberté" croit savoir que le FFS présenterait les maires de Bejaïa et de Tichy, et espère que le candidat du RCD pourra obtenir les voix des élus du FLN et du RND. A Tizi Ouzou, le FFS va organiser des "primaires" pour désigner son ou ses candidats, et le RCD a désigné Boussad Boudiaf. Là aussi, le RCD espère que le RND et le FLN soutiendront son candidat, contre le FFS.
S'agissant du "tiers présidentiel" (sénateurs désignés directement par le président de la République), c'est le jeu des rumeurs qui égaie les pages des quotidiens : ainsi, "Liberté" suggère que le président Bouteflika pourrait désigner Cherif Messaâdia
(Quotidien d'Oran 13.12, El Watan 14.12) La préparation des élections sénatoriales partielles continue d'agiter la classe politique, beaucoup plus qu'elle n'intéresse l'opinion publique.
A Tiaret, le RND a désigné le Maire de la ville, Omar Bekki, comme son candidat, après avoir exclu de ses rangs le président de l'assemblée de wilaya (APW), Mustapha Khiar, lequel était candidat.
A Sidi Bel Abbès, une vingtaine d'élus locaux et départements auraient présenté leur candidature pour le siège de sénateur, dont quatorze candidats pour le RND (majoritaire dans 42 communes de la wilaya), sans compter deux dissidents de cette formation. Au sein du FLN, trois candidatures ont été enregistrées. Le MSP présenterait également un candidat.
A Mila, le RND a désigné le président de l'assemblée de wilaya, M. Kourtel, qui avait affaire à douze concurrents.
A Mostaganem, le RND a désigné le maire de la ville, M. Berrached, et le FLN L. Agboubi, le RND détenant la majorité absolue des élus de la wilaya (215 élus contre 108 aux autres partis).
A Oran, le RND a finalement désigné Dine Bendjebara, alors que la rumeur annonçait la candidature du Maire d'Oran, T. Zitouni.
(Quotidien d'Oran 16.12, 17.12, Liberté 17.12, 18.12, El Watan 17.12, 18.12, Algeria-Interface) L'opération de tirage au sort des 24 sénateurs sur les 48 désignés par le Président de la République, et dont le mandat va prendre fin dans le cadre du renouvellement partiel du Conseil de la Nation, a été renvoyée le 13 décembre, à une date indéterminée, le temps de savoir exactement combien de sièges doivent être repourvus par le président, compte tenu du fait que cinq sénateurs du "tiers présidentiel" (Smaïl Hamdani, Ahmen Benbitour, Ghaouti Mekamcha, Cherif Abbas et Mohieddine Amimour) ont été appelés à des fonctions exécutives ou gouvernementales. Selon "Le Soir d'Algérie", le président Bouteflika aurait d'ores et déjé arrêté une liste de sénateurs nommés, composée de caciques de l'ancien système de parti unique : Mohammed Cherif Messaadia, Abdelaziz Khellaf, Abderrahmane Belayat, Mohammed Djeghaba, Abderazak Bouhara, Messaoud Aït Chaalal, Benfrena, Lamine Bechichi, Salah Goudjil, Kamel Bouchama, peut-être Belaïd Abdesselam (tous issus du FLN, mais dans l'opposition à l'actuelle direction du Front), ainsi que, côté RND, Saïd Abadou, Ibrahim Chibout, Saïd Medour, et enfin Ali Haroun (ANR), trois anciens ministres (Tahar Zerhouni, Mani-Bahi, Mohamed Merzoug) et plusieurs personnalités sans étiquette politique trop explicite, comme Sid-Ali Lebib, Mohammed Issaad, et trois femmes : Fatiha Boudiaf, Laifussa Lalliam et Taous Feroukhi. Commentaire d'"Algeria-Interface" : "on prend les mêmes et on recommence..."; "Le Soir d'Algérie" se demande si, compte tenu du poids politique de certains de ces "nominés", l'un d'entre eux (comme Messadia ou Khellaf) ne pourrait pas être appelé à prendre la place de l'actuel président du Sénat, Bachir Boumaza. Pour le "Quotidien d'Oran", si la "liste" donnée par "Le Soir" se révélait exacte, "le Sénat prendra des allures de Comité central bis du FLN"
Du côté des 48 sénateurs élus par les élus locaux, et qui dont le siège est remis en jeu (38 sénateurs RND, 7 sénateurs FLN, 2 sénateurs FFS et un sénateur MSP, tous tirés au sort), les désignations des candidats par les partis continuent de se faire, parfois dans la confusion (surtout au RND : le FLN et le FFS ont procédé aisément à la disignation de leurs candidats) :
à Skikda, un dissident du RND s'est porté candidat indépendant, et a été exclu du parti;
à Constantine, où le président de l'assemblée de wilaya, M. Belhadj, a été désigné, son rival, M. Bourefaâ, maire de Hamma-Bouziane, qui conteste la décision et affirme que Belhadj a été exclu du parti, annonce qu'il présentera tout de même sa candidature;
à Mascara, on compte douze candidature, dont huit issues du RND (deux ddu FLN et une du MSP) : une rumeur court selon laquelle les candidats tenteraient d'acheter pour 50'000 dinars (5000 FF) les voix des "grandes électeurs";
à Aïn Temouchent, le siège d'un élu du RND est convoité par le RND (109 élus), le FLN (77 élus) et le MSP (48 élus), les deux derniers tentant de débaucher des élus du premier;
à Oran, une vingtaine d'élus du RND seraient en négociation avec le FLN pour le rejoindre. D'entre eux, le maire d'Oran, Tayeb Zitouni, dont la candidature a été repoussée par son parti, et onze élus municipaux;
à Alger, le RND, le MSP et le FLN se disputent le siège du MSP remis en jeu. Le RND paraît bien placé, avec 245 élus, contre 153 au FLN, 118 au MSP, 70 au RCD et 65 au FFS, mais le fait qu'il ne soit pas majoritaire pourrait susciter une alliance entre les trois partis minoritaires (ou entre le FLN, le FFS et des dissidents RND); le RND espère quant à lui passer alliance avec le RCD, en lui promettant de soutenir son candidat contre ceux du FFS à Tizi Ouzou et Bejaïa;
à Tizi Ouzou, le FFS (296 élus locaux) présentera un proche parent du président du parti, M. Aït Ahmed. Le RCD présentant, lui, un candidat du nom de Boudiaf : les élus locaux de Grande Kabylie auront donc le choix entre Boudiaf et Aït Ahmed.
(APS 19.12, Liberté, El Watan 21.12) Les partis politiques continuent de préparer, parfois dans la confusion, les élections sénatoriales partielles du 30 décembre prochain.
A M'Sila, cinq membres du RND, évincés des élections primaires, ont maintenu leur candidature, et ont pour cela été exclus du parti.
A Bechar, sept élus locaux sont candidats, dont trois issue du RND, qui est supposé présenter la candidature du Maire d'El Ouata, Madani Belmadani, lequel sera contesté notamment par le président de l'Assemblée de wilaya, Abdallah Bouanini, lui aussi issu du RND; deux candidats sont issus du FLN, dont l'ancien Maire de Bechar, Lahcène Mebarki. Le MSP présentera pour sa part Mohammed Fellah.
Quant au renouvellement de la moitié des membres désignés (le "tiers présidentiel") du Conseil de la Nation, il aura lieu le 21 décembre au Sénat.
(APS 23.12. Liberté 24.12, 25.12, El Watan 24.12, 25.12) Le président Bouteflika a différé le 21 décembre le tirage au sort des sièges qui, au sein des membres du Sénat qu'il nomme directement (le "tiers présidentiel") verront leur mandat soumis à redésignation. Le motif officiel de ce report est la maladie du président du Sénat, Bachir Boumaza. Le président Bouteflika a saisi le Conseil constitutionnel pour lui demander quelle "lecture" il fait des dispositions constitutionnelle concernant le renouvellement par moitié du "tiers présidentiel". Entre le président de la République et le président du Sénat, une divergence concernant le nombre même de sièges à repourvoir sur le "quota présidentiel" avait éclaté il y a quelques semaines, le premier considérant devoir désigner 24 sénateurs (la moitié de son "quota"), le second considérant qu'il ne doit en désigner que 19, soit les 24 moins les cinq sénateurs appelés à d'autres fonctions, ministérielles, durant leur mandat. Pendant ce temps, les rumeurs continuent d'aller bon train concernant l'identité des futurs sénateurs du "tiers présidentiel" : à Tlemcen, le bruit court que l'artiste Cheikh Gaffour pourrait être l'un des sénateurs choisis par le président.
S'agissant les sénateurs élus par les élus locaux, des "turbulences" continuent d'agiter le RND : à M'Sila, où l'ancien "parti présidentiel" avait désigné l'ancien président de l'assemblée de wilaya, M. Bendaghmous, comme candidat, cinq membres du parti sont candidats contre lui, et font l'objet d'une procédure d'exclusion. Ils reprochent notamment à Bendahmous de faire l'objet d'une procédure judiciaire pour rétention de biens publics.
(El Watan, El Khabar, Liberté 26.12, AAI 28.12) Le renouvellement, par tirage au sort, de la moitié des membres du Conseil de la Nation (Sénat) appartenant au "tiers présidentiel" s'est déroulé le 28 décembre au siège du Sénat, en séance plénière, en présence du président du Sénat, Bachir Boumaza, qui a donné lecture de la liste des 24 sénateurs dont le mandat a pris fin (à moins que le président de les redésigne) et des 19 autres appelés à poursuivre leur mission. 5 sénateurs appelés à d'autres fonctions, et le président du Sénat, n'étaient pas concernés par l'opération de renouvellement. Parmi les 24 membres "sortants", on note la présence de Leila Aslaoui. Selon un avis du Conseil constitutionnel, requis par le président Bouteflika pour trancher un différent entre lui et le président du Sénat, le président de la République a toute latitude pour désigner 24 sénateurs au titre de son "quota", et n'est pas tenu par un délai précis pour pourvoir au remplacement des cinq sénateurs appelés à d'autres fonctions, sinon le délai de la législature (six ans). Au total, et comme il le souhaitait, ce sont donc 29 Sénateurs que le président Bouteflika pourra désigner (par renouvellement de la moitié de son "tiers" et des cinq appelés à d'autres fonctions).
En ce qui concerne les sénateurs élus par les élus locaux, "El Khabar" annonce qu'une centaine d'élus locaux du RND risquent d'être suspendus par leur parti pour n'avoir pas respecté ses choix en ce qui concerne les candidats officiels du parti au Sénat. A Blida, où le RND dispose d'une majorité absolue de "grands électeurs", il a désigné le président de l'assemblée de wilaya, Salah Boutelhik, comme candidat, contre trois autres candidats. A Mascara, où huir candidats se réclament du RND et deux du FLN, aucun candidat n'a renoncé .
Enfin, "Liberté" note de fortes pressions exercées sur le président du Sénat, Bachir Boumaza, pour qu'il remette son mandat à la faveur du renouvellement partiel de la Haute Assemblée. Le quotidien évoque les noms de Med Cherif Messaadia et d'Abdeslam Belaïd pour son éventuelle succession. En fait, Boumaza est juridiquement "indéboulonnable" pendant son mandat de six ans, et ne peut être remplacé que s'il décide lui-même de démissionner.
Selon les statistiques du ministère de l'Intérieur, la répartition politique des élus locaux et départementaux (qui sont les électeurs des sénateurs) est la suivante :
Assemblées populaires de wilayas RND : 948 sièges FLN : 389 sièges MSP : 266 sièges FFS : 140 sièges Ennahda : 140 sièges RCD : 52 sièges Indépendants : 17 sièges
Assemblées populaires communales RND : 6990 sièges, 1081 présidences (mairies) FLN : 3033 sièges, 239 présidences MSP : 919 sièges, 26 présidences FFS : 653 sièges, 104 présidences RCD : 453 sièges, 30 présidences Ennahda : 314 sièges, 9 présidences PRA : 42 sièges PNSD : 30 sièges, 3 présidences Indépendants : 514 sièges, 47 présidences
(APS, Liberté, El Watan, Quotidien d'Oran, Jeune Indépendant 31.12) Le renouvellement partiel du Conseil de la Nation (Sénat) a eu lieu le 30 décembre. Comme prévu, cette élection indirecte (par les élus locaux, soit 1880 membres des assemblées de wilaya et 13'123 membres des assemblées communales) n'a donné lieu a aucun bouleversement. Le seul changement perceptible est le gain d'un siège par le FLN et d'un autre par le MSP, au détriment du RND, lequel a remporté néanmoins la majorité des sièges, et conserve donc la majorité absolue au Sénat. Le RND a remporté l'élection dans 36 wilayas et dispose de 78 sièges (-2); le FLN a remporté l'élection dans 8 wilayas et dispose de 11 sièges (+1); le FFS a remporté l'élection dans les deux wilayas kabyles et garde ses quatre sièges; le MSP dispose de 3 sièges (+1). Le RCD n'a pas réussi à faire passer l'un de ses deux candidats "papables", malgré l'apport de voix du RND, du FLN et d'indépendants ou de dissidents FFS. Pour l'anecdote, on notera qu'à Tizi le candidat Aït Ahmed l'a emporté sur le candidat Boudiaf...
Missoum Berrokia (FLN) élu avec 60 voix (Merzouga Bellatrache RND 55 voix, MSP 34 voix). Le RND comptait 213 électeurs et a dispersé ses voix entre quatre candidats, ce qui a fait élir le candidat du FLN.
Ahmed Bendouma (FLN) élu avec 92 voix sur 248 (Fayçal Briki RND 87 voix, Ahmed Chennoufi MSP 36 voix, cinq bulletins épars, 28 bulletins nuls). L'élection du candidat FLN est une surprise, le RND disposant en principe de 109 électeurs dans la wilaya, ce qui suggère qu'une partie du RND ait voté pour le FLN.
Med Seddik Chehab (RND) est élu contre Noureddine Bennoune (FLN)
Mohamed Amir (RND) élu avec 98 voix (Taleb FLN 59 voix, Beribi RND-diss 14 voix, Zidi MRN 1 voix)
Abdelhakim Rouanab (RND) élu avec 273 voix sur 463 (FLN 162 voix, 27 bulletins nuls, correspondant aux élus islamistes)
Djoudi Maâmeri (FFS) élu avec 189 voix sur 417 (Lounis Hamimi RCD 134 voix, Rabah Naceri FFS diss. 31 voix, Hamid Belhocine FLN 29 voix, Arezki Hamimi indépendant 6 voix, 28 bulletins nuls)
Le candidat du RND est élu avec 155 voix sur 310, contre le candidat du FLN (128 voix)
Mohammed Merabti (RND) élu avec 165 voix sur 368 (Rabei Drabli FLN 59 voix, Maârouf Medjbar FFS 55 voix). Le RCD et Ennahda soutenaient le candidat du RND.
Mohammed Daoui (RND) élu avec 129 voix (Ahmed Ziane Khodja, FLN, 86 voix)
M'hamed Boucherour (RND) est élu avec 107 voix sur 366 (Lakoues El Houari FLN 79 voix, Si Ali Hemida RND diss. 75 voix, Mohamed Megharia MSP 62 voix)
M. Belhadj (RND) élu avec 64 voix sur 171 (M. Bourfaâ RND diss. 55 voix, M. Boudouda FLN 46 voix, 5 nuls). M. Belhadj a été élu grâce à l'appoint des voix du MSP et de Nahda, qui ont retiré leurs candidats au dernier moment
M. Karaoui (RND) élu avec 148 voix sur 272 (Messaoud Bedouene FLN 83 voix, MSP 29 voix, FLN diss. 2 voix, 10 nuls)
Mansour Benachedi (RND) élu avec 144 voix sur 310
Lakhdar Mahmoudi (RND) est élu avec 24 voix (Neggaz, RND diss. 23 voix, Ferhat Saâdaoui MSP 21 voix, Djillali Berlabbed ind. 14 voix)
Dine Bendjebara (RND) élu avec 155 voix sur 235 (MSP 50 voix, FLN 18 voix, Noureddine Elkebir RND diss. 12 voix, 24 nuls)
Miloud Belhadj (RND) élu avec 68 voix sur 208 (Salah Madjoubi MSP 67 voix, FLN 61 voix, 11 nuls)
Amor Boulifane (RND) est élu avec 295 voix sur 513 (FLN 143 voix, MSP 43 voix, Ennahda 7 voix, 25 nuls)
Mohamed Oudmia (RND) élu avec 180 voix sur 371 (FLN 57 voix)
RND élu avec 80 voix (FLN 69 voix, MSP 36 voix, FLN diss. 35 voix, RND diss. 6 voix). Si le FLN ne s'était pas divisé sur deux candidats, il aurait remporté l'élection.
Mustapha Khiar (dissident RND) élu avec 147 voix sur 358 (Amar Bekki RND 73 voix, Ameur Benfia FLN 97 voix)
Ahmed Aït Ahmed (FFS) est élu avec 260 voix sur 541 (Boussad Boudiaf RCD 258 voix, Amor Manseur indépendant 6 voix, 17 nuls).
Total des sièges au Sénat : RND : 77 sièges (dont 37 remportés le 30 décembre) FLN : 13 sièges (dont 8 remportés le 13 décembre) FFS : 4 sièges (dont 2 remportés le 30 décembre) MSP : 3 sièges (dont 2 remportés le 30 décembre)
(La Tribune, Le Quotidien d'Oran 2.1, Le Matin, El Watan 3.1, 4.1, FFS 3.1) Le renouvellement partiel du Conseil de la Nation, le 30 décembre, a vu une participation de 92,42 % des "grands électeurs" (les élus locaux et départementaux), mais une nombre important de bulletins nuls (12,73 % des suffrages exprimés), sans que l'on sache s'il s'agfit d'une marque d'incompétence électorale des élus locaux et régionaux, ou d'une forme de vote de protestation. Quant aux résultats (gains d'un siège pour le MSP et d'un autre pour un "indépendant", au détriment dans les deux cas du RND -qui reste cependant largement majoritaire au Sénat et remporte l'élection dans 36 des 48 wilayas-, maintien du FFS, échec des tentatives du RCD et de Ennahda d'entrer au Sénat), ils sont difficilement interprétables compte tenu du caractère assez peu démocratique de l'élection, du nombre important de votes nuls et de la fréquence des candidatures "sauvages". Le RCD, dont les deux candidats en Kabylie ont été battus par les candidats du FFS (de justesse -2 voix- à Tizi Ouzou, plus largement -55 voix- à Bejaïa), n'en considère pas moins avoir enregistré une "victoire politique" dans la mesure où ses candidats ont obtenu plus de voix que le parti n'avait d'électeurs. A Tizi, le RCD a bénéficié du soutien du FLN. Le RCD a déposé un recours contre l'élection du candidat FFS à Tizi Ouzou. Quant au FFS, il se félicite dans une déclaration de son Premier secrétaire, Ali Kerboua, que "malgré l'alliance des différents cercles politico-financiers et de leurs supplétifs", ses candidats (Mameri Djoudi à Bejaïa, Ahmed Aït Ahmed à Tizi Ouzou) aient été élus. Le FLN (8 élus sur 48 sièges à repourvoir) a reproché aux autres partis d'avoir fait "alliance avec les fraudeurs" pour le priver du gain d'un siège.
(El Moudjahid 6.1, Liberté, El Watan 7.1, 8.1) Le nouveau Conseil de la Nation a tenu sa séance inaugurale (d'"installation") le 6 janvier, après que le président Bouteflika ait procédé à la désignation de 29 nouveaux sénateurs (24 au titre de la moitié renouvelable de son "tiers présidentiel", et 5 en remplacement de sénateurs ayant été appelés à d'autres fonctions) et que 48 sénateurs aient été élus par les élus locaux.
S'agissant des sénateurs élus, les résultats du scrutin indirect du 30 décembre ont été confirmés par le Conseil constitutionnel, qui a rejeté, sur le fond ou sur la force, onze des douze recours déposés par des candidats battus, et n'a accepté qu'un seul recours, déclarant finalement élu à El Bayadh le candidat Berkat Behous avec 67 voix, contre le candidat Bouazza Bouhafs avec 65 voix.
S'agissant des sénateurs désignés, le président Bouteflika a nommé, notamment, plusieurs anciens ministres (Abdelhamid Aberkane, Abderrahmane Belayat -l'un des initiateurs du "putsch" interne au FLN qui avait écarté Abdelhamid Mehri du Secrétariat général du parti-, Yahia Guidoum, Mohamed Cherif Messaadia, Leïla Tayeb), d'anciens responsables du FLN (Mustapha Boudina, Boudjemaâ Hichour), des avocats (Zohra Drif Bitat, Riodha Ahmed Boudiaf, des artistes et intellectuels (Mohammed Salah Harzallah, Dalila Halilou), ainsi que l'ancien chef du FLN algérois pendant la "Bataille d'Alger", Yacef Saâdi -lequel a déclaré qu'il avait accepté d'être désigné sénateur pour "soutenir un homme (bouteflika) qui a un programme". La liste des sénateurs désignés par le président semble ne pas avoir été du goût du MSP de Mahfoud Nahnah, qui déclare enregistrer avec "étonnement" que "certaines parties responsables" ont abandonné les "principes moraux" qu'impose le "consensus politique". "El Watan" relève que le choix présidentiel a "suberbement ignoré" les sensibilités politiques autres que celles du FLN et du RND, et qu'aucun des sénateurs qu'il a désigné ne peut être considéré comme proche d'autres partis de la coalition, ce qui réduit certains de ces partis "au rôle de simples porteurs d'eau", ce qui vaut tout particulièrement pour le RCD qui, selon "El Watan", est "déjà politiquement et moralement installé dans une logique de "partant" (de la coalition gouvernementale).
Les rumeurs continuent par ailleurs de circuler sur une possible démission de son poste du prsident du Sénat, Bachir Boumaza, que certains voient déjà remplacé par Cherif Messaâdia, à moins que, comme le suggère "Liberté", le nom de Messaâdia ne soit évoqué que pour "détourner les regards" d'un autre successeur potentiel.
(Tribune, El Khabar, El Watan, Le Soir 9.9 ( Le Matin 10.9) A quelques mois de la fin de l'actuelle législature de l'Assemblée populaire nationales, les rumeurs et les hypothèses les plus diverses circulent à propos de la date des élections, et de leur cadre légal. Le ministre de la Justice et président du RND, Ahmed Ouyahia, a annoncé à Bordj Bou Arreridj que les élections législatives se tiendraient au plus tard en avril 2002, et s'est opposé à l'idée du FLN d'organiser des élections locales avant les législatives. Le FLN et le MSP sont partisans d'élections législatives à la fin normale du mandat de l'actuelle assemblée et à la date prévue par la loi (entre le 15 mars et le 15 juin 2002) et s'opposent à toute "transition" pour une refonte du cadre institutionnel, transition proposée notamment par le FFS dans son "mémorandum pour une transition démocratique". Le FLN (dont, selon "Le Matin", le secrétaire général, Benhamouda, s'apprêterait à démissionner très prochainement, après qu'une pétition signée par la majorité des membres du comité central du parti ait été lancée contre lui) a en outre appelé à une révision de la loi électorale et à des garanties de neutralité de la part de l'administration, afin d'éviter la réédition de la fraude massive qui a marqué toutes les élections organisées depuis dix ans. La fraude qui avait entaché les élections de 1997 avait profité au RND, alors "parti présidentiel" de Liamine Zeroual. Le MSP a annoncé de son côté qu'il allait présenter un projet de loi amendant la loi sur les élections, afin de réduire les possibilités de fraude, et qu'il était partisan d'élections générales (locales et législatives). Le ministre de l'Intérieur Noureddine Yazid Zerhouni a quant à lui déclaré aux journalistes que la révision de la loi électorale n'était pas à l'ordre du jour, contraitement au code communale dont son ministère préparait une nouvelle mouture.
Du côté de l'opposition, la question qui va se poser est celle de la participation ou non aux élections législatives. La question est notamment posée au FFS, qui non seulement revendique l'élection d'une assemblée constituante (et non la réelection d'une assemblée législative qu'il considère comme un "parlement croupion"). mais qui propose un changement radical du régime, et pourrait dans ces conditions décider de ne pas cautionner par sa présence au parlement le régime actuel. Cette présence n'est cependant pas sans donner au plus ancien, et principal, parti d'opposition, une tribune utile, même si elle paraît contradictoire de la ligne sans compromis qu'il a adoptée, et du soutien qu'il apporte au mouvement populaire de contestation en Kabylie. Le FFS revendique en tous cas actuellement, comme conditions préalables à n'importe quel scrutin, l'abrogation des lois "scélérates" entravant la liberté d'organisation et d'expression et l'ouverture du "champ médiatique et politique". Sans cette ouverture et cette abrogation, aucune campagne électorale ne serait en effet représentative du pluralisme existant au sein de la société algérienne.
(Quotidien d'Oran 27.9) "Le pouvoir se prépare à soumettre à l'Assemblée, dans le cadre de l'amendement de la loi électorale, un changement dans le mode de scrutin" dans la perspective des prochaines élections, annonce "Le Quotidien d'Oran", qui croit savoir que scrutin à la proportionnelle en un seul tour pourrait être proposé. Les partis élaboreraient des listes nationales, entre lesquelles les électeurs seraient appelés à choisir, les sièges étant ensuite répartis en fonction et en proportion des suffrages obtenus par ces différentes listes. Un tel mode de scrutin, dans le cadre d'élections "honnêtes", permettrait une représentation de tous les partis en lice (sous réserve d'un éventuel quorum, c'est-à-dire d'une proportion minimale de suffrages à obtenir par un parti pour pouvoir être représenté), et induirait une plus grande fragmentation de la représentation parlementaire, en excluant de fait qu'un seul parti puisse obtenir la majorité absolue des sièges (comme le FIS allait l'obtenir en 1991, et comme le RND l'a obtenue en 1997), sans même avoir besoin pour cela de la majorité absolue des suffrages. Cela étant, si les deux actuels "poids lourds" de l'Assemblée, le RND (en perte de vitesse) et le FLN (qui reprend du poil de la bête) s'entendent, ces deux partis peuvent parfaitement atteindre une majorité absolue et des suffrages, et des sièges.
(Le Soir 30.9) L'ancien Premier ministre Mokdad Sifi a annoncé le 29 septembre au quotidien "El Youm" qu'il entendait participer aux prochaines élections, sans y être lui-même candidat mais en parrainant des listes de candidats "indépendants" -sans d'ailleurs que l'on sache si de telles listes seront possibles, compte tenu d'une possible modification de la loi électorale. Sans parti depuis son éviction du RND, Sifi n'entend pas créer son propre parti, mais utiliser les cercles de ses sympathisants.
(L'Expression 30.4 / Liberté 2.5) Le Secrétaire général d'Ennahda, Lahbib Adami, a annoncé le 29 avril que son mouvement suspendait sa participation aux élections, pour protester contre le rejet de 27 des listes déposées par Ennahda au motif que certains des candidats présentés par le parti islamiste représenteraient un "danger pour l'ordre public", ce que L. Adami dément formellement. Le leader islamiste dénonce une mesure politique dirigée contre toute "la mouvance islamiste" et un "réglement de comptes idéologiques" mené par un "clan du pouvoir". Il y voit "la première phase de la fraude" électorale. 8 listes d'Ennahda ont été annulées dans l'est du pays, 6 au centre et 13 dans l'ouest.
A Tablat (w. Médéa), les militants FLN dénoncent l'éviction de la liste des candidats, sur décision de la direction régionale du FLN, d'un ancien cadre du ministère du Travail, initialement placé en "position éligible".
En Kabylie, la wilaya de Tizi Ouzou s'apprêterait à réquisitionner 12'000 fonctionnaires pour l'organisation des élections, mais des municipalités, comme celle d'Azzefoun, ont annoncé qu'elles refusaient de collaborerà cette organisation. A Bouzeguène, le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, a appelé le pouvoir à prendre ses responsabilités "quant aux conséquences qui découleront de la tenue de ces législatives" et de "ce qui peut arriver le 30 mai".
(L'Expression, Quotidien d'Oran 30.4) Selon le quotidien "L'Expression", proche du président Bouteflika, et également selon "Le Quotidien d'Oran", le président pourrait lever l'état d'urgence après les législatives du 30 mai et "des réunions au sommet ont eu lieu ces derniers temps en vue de débattre des modalités pratiques" de cette levée. Le chef de cabinet du président avait déjà, en février, plaidé dans un entretien au "Monde" pour cette mesure, également soutenue par le président de la Commission nationale consultative de promotion et de défense des droits de l'homme, Mustapha Farouk Ksentini. "L'Expression" prend soin d'ajouter que le président "refuse toutefois d'agir sous la pression" et, selon "Le Quotidien d'Oran", les "décideurs" attendent de voir comment les choses évoluent après les élections pour prendre une décision définitive.
(La Tribune, L'Expression, El Ribat, Liberté, El Watan, Le Matin 5.5 / Liberté 6.5) Le ministère de l'Intérieur qui avait rejeté des candidatures aux législatives présentées par les partis islamistes (Ennahda, MSP, MRN) a accepté les candidatures de remplacement proposées par ces trois formations. Pour Ennahda, 53 candidats avaient été refusée, au motif d'"atteinte à la sécurité nationale". le leader d'Ennahda, Lahbib Adami, souligne que "le gel" de la participation du parti aux élections est toujours "en vigueur", et que la décision finale de participer ou non n'a pas encore été prise.Pour El Islah (MRN), des candidats ont été refusés sur 14 listes électorales. Des listes d'indépendants ont également été annulées, ou "purgées" de certaines candidatures. Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a affirmé que "l'appartenance à l'ex-FIS est un critère de rejet des listes de candidature". Le ministre de la Justice Ahmed Ouyahia a également exprimé cette position. Le bulletin du FIS (tendance de Rabah Kebir) "El Ribat" dénonce un "trucage (qui commence (...) par un filtrage des candidatures susceptibles de poser problème (au régime) par leur honnetêté ou leur popularité", même lorsqu'il s'agit de citoyens "en règle avec leurs droits civiques et politiques".
Au sein du RND, la "fronde" des députés sortants et candidats exclus des listes électorales par la direction des partis a abouti à une première sanction : la commission de discipline du RND a proposé l'exclusion du parti le député Aïssa Nouasri, porte-parole des contestataires. En attendant une décision définitive, Nouasri a été suspendu de toutes les responsabilités qu'il occupe au sein du parti.
A Constantine, les représentants de six listes d'indépendants disqualifiées par l'administration ont appelé leurs sympathisants (soit au moins 45'000 personnes, ayant parrainé les listes), à boycotter les élections, et se préparent à constituer une "Alliance nationale", qui pourrait présidée par l'homme d'affaire et député sortant Djilali Mehri. Pour l'un de porte-paroles des indépendants, "les véritables raisons de cette exclusion arbitraire sont politique" : il s'agirait de ne pas gêner l'élection de "grosses pointures" présentées par les partis gouvernementaux, dont le ministre de la Santé M. Aberkane et l'ancien ministre chargé des relations avec le parlement, M. Kechoud. Les représentants des listes indépendantes appellent à sanctionner par le boycott des élections "l'OPA de formations politiques croupions connues pour leur allégeance inconditionnelle à un pouvoir déliquescent et qui n'ont eu de cesse d'apporter depuis une dizaine d'années la preuve de leur incapacité de peser dans le débat public et politique". A Tiaret, où onze listes indépendantes avaient été déposées, toutes ont été rejetées. Les partis de la coalition gouvernementale, ainsi, peut-être, qu'El Islah et Ennahda, seront donc seuls à participer aux élections dans la wilaya. A Alger, sur onze listes déposées, une seule a été retenue. A Sétif, une seule a été retenue sur huit listes déposées. A Oran, trois listes ont été retenues sur dix déposées. Au total, sur 175 listes électorales "indépendantes", près d'une centaine ont été disqualifiées.
Les partisans du boycott des élections du 30 mai, et notamment les partis appelant au boycott (comme le RCD et le MDS) ou à la "dissidence électorale active" (comme le FFS) dénoncent une fraude électorale "déjà à l'oeuvre", et se manifestant par le refus de certaines candidatures. Dans la wilaya de Tizi Ouzou, les partisans du boycott ou de la dissidence ont accentué leur pression contre les élections : le FFS a tenu deux meetings populaires à Bouzeguène et Aïn El Hammam, le RCD un à Tizi Ouzou, et la Coordination des aârchs de Tizi, ainsi que la Coordination intercommunale de Bejaïa, ont décidé de multiplier les "meetings de proximité" et d'appeler à une grève générale les 29 et 30 mai, soit la veille et le jour du scrutin, grève accompagnée de la fermeture des municipalités et des sous-préfectures (daïras). Les Maires d'Azeffoun (w. Tizi Ouzou) et de Haïzer (w. Bouira) ont fait savoir qu'ils refusaient d'être réquisitionnés par le gouvernement le 30 mai et qu'ils ne seront pas disponibles pour cette date. Une dizaines de partis politiques et une liste d'"indépendants" se présentent dans la wilaya de Tizi Ouzou. D'entre les partis politiques, le RND, le FLN, le MSP, le PRA et le PT seront présents, mais également des partis jusque là totalement absents de la région. Malgré le boycott et la "dissidence électorale", un potentiel d'"électeurs captifs" est présent en Algérie, par les "corps constitués" (policiers, gendarmes, militaires). Le porte-parole du FFS se demande pourquoi le président Bouteflika "le désigne pas directement les députés pour toutes les régions d'Algérie, puisqu'il semble vouloir le faire pour la Kabylie". Le FFS rappelle, en réponse aux menaces proférées le 2 mai par le président Bouteflika lors d'une rencontre avec les walis (préfets), à propos de l'organisation des élections, qu'"aucune loi ne sanctionne ceux qui boycottent des élections", et que "la population a le droit de ne pas voter".
(L'Expression 4.5) Le Premier Secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, a tenu deux meetings le 1er mai à Bouzeguène et le 2 mai à Aïn El Hammam, rendant hommage à la jeunesse de Kabylie, qui a "donné une leçon aux Algériens", mais soulignant que la Kabylie n'a pas été la seule région à se soulever et que "40 autres wilayas ont connu le fièvre", et que "la jeunesse ne s'est pas seulement soulevée pour tamazight mais aussi contre la hogra". Accusant le pouvoir d'être "politiquement faible, sans ancrage social ni base populaire" d'être totalement responsable de la situation actuelle, le Premier secrétaire du FFS a rendu le ministre de la Justice Ahmed Ouyahia d'être responsable de dizaines de morts et de blessés survenus dans les prisons algériennes depuis le début avril, et a exigé sa démission.
(Quotidien d'Oran 8.5 / L'Expression, El Watan, Liberté, Le Matin 9.5) La campagne électorale des législatives s'est ouverts le 9 mai, et devrait durer jusqu'au 27, les élections étant prévue pour le 30.
A Alger, le chef du MSP Mahfoud Nahnah a présenté la liste de son parti dans la capitale, liste conduite par l'ancien ministre du Tourisme Abdelkader Bengrina.
Au sein du RND, la contestation interne, déclenchée à propos de la désignation des candidats aux législatives, s'organise et se structure en un "Comité pour la sauvegarde du RND) qui s'est doté d'un bureau provisoire, calque du Bureau national du parti, et qui va tenter de provoquer un débat interne, voire la destitution du Secrétaire général du parti, Ahmed Ouyahia, en obtenant pour cela l'appui des deux tiers des membres du Conseil national. Par ailleurs, le député RND de Tindouf Kacem Kébir (ancien élu du FLN), non reconduit sur la liste du parti, a été exclu du RND au prétexte de "déclarations irresponsables (...) visant à semer la discorde, la division et le doute parmi les militants". Kacem Kébir s'en était pris dans un hebdomadaire au ministre de la Justice et chef du RNA Ahmed Ouyahia, dont il avait qualifié le parcours de "catastrophique pour le parti, le pays et les citoyens", et qu'il avait accusé de "confondre la gestion du parti avec celle des prisons".
Le wali de Tizi Ouzou a refusé d'accorder au Front des Forces Socialistes l'autorisation de tenir un meeting (avec Ahmed Djeddaï, Ali Yahia Abdenour, Rachid Benyellès et Ahmed Taleb Ibrahimi) le 9 mai dans le stade Oukil-Ramdane de Tizi, au prétexte que ce stade est réservé pour les besoins de la campagne électorale (alors que celle-ci sera presque totalement boycottée, comme les élections, en Kabylie). Le FFS a décidé de maintenir son meeting au lieu et à la date prévus, et le Premier secrétaire de la fédération de Tizi uzou, Nacer Abib, a ajouté : "à chacun d'assumer ses responsabilités". Le Premier secrétaire national du FFS, Ahmed Djeddaï, obserbe que "le pouvoir n'accepte pas le débat contradictoire" Les élus locaux du FFS se déclarent surpris que "l'administration continue dans sa logique de préparation d'un scrutin dans une situation chaotique comportant les plus grands dangers", et affirment leur volonté de contribuer à élargir la "dissidence citoyenne électorale" à laquelle appelle le parti. Le FFS appelle la population "à se mobiliser pour faire un vrai barrage par des moyens pacifiques à (la) mascarade électorale". De son côté, la coordination des aârchs de Tizi Ouzou (CADC) a décidé de marquer l'ouverture de la campagne électorale, le 9 mai, par une marche populaire appuyée par une grève générale. Tout cela n'a pas empêché le wali de Tizi Ouzou de se déclarer convaincu que la participation électorale atteindra "au moins 70 %" dans la wilaya, où onze listes de partis et d'indépendants ont été déposées, mais qui est dominée politiquement par deux partis qui refusent de s'associer aux élections, le FFS et le RCD, et par le mouvement citoyen qui appelle à leur boycott actif.
(Le Monde 10.5 / L'Expression, El Ribat, Liberté, Le Matin 12.5 / L'Expression, Le Matin, Liberté, El Watan, Jeune Indépendant 13.5) La campagne électorale pour les législatives du 30 mai semble se faire dans l'indifférence à peu près générale des électeurs (des meetings sont annulés faute de public, comme ceux du MRN à Alger, avec Abdallah Djaballah, le 12 mai, du MSP et de Nahda, le 9 mai, ou du RND à Constantine, avec Ahmed Ouyahia, le 9 mai), alors que plusieurs journaux rendent compte de la crainte du pouvoir (et, ajoute "L'Expression", de ambassades) qu'une forte abstention, le boycott en Kabylie et le refus de la plupart des partis d'opposition de participer aux élections, n'aboutissent à une victoire des islamistes au terme d'élections où les seuls électeurs mobilisés seraient ceux des partis islamistes légaux (et les anciens électeurs du FIS, malgré les consignes de boycott données par les différentes instances du FIS à l'étranger : "Participer à ces élections, c'est accepter que la force rpgne et l'emporte sur la loi, la violence triomphe sur la paix et l'exclusion remplace partout le dialogue", écrit le bulletin de la délégation exécutive du FIS à l'étranger, "El Ribat").
Du coup, les chefs des principaux partis gouvernementaux (RND et FLN) se mettent à "battre le rappel des troupes", pour créer en Algérie une sorte d'équivalent du "Front Républicain" qui a, en France le 5 mai, "noyé Le Pen sous les bulletins de vote" pour Chirac. Le quotidien "bouteflikiste" "L'Expression" annonce que des sondages d'opinion réguliers annoncent "un retour en force de la mouvance islamiste" (laquelle participe d'ailleurs déjà au gouvernement), et en particulier du parti d'Abdallah Djaballah, El Islah (Mouvement de la Renaissance Nationale), qui serait même le "grand favori du scrutin" et aurait réussi à s'implanter en force dans l'est. En outre, l'abstention massive en Kabylie (où le taux de participation ne dépasserait pas les 7 % dans les wilayas de Bejaïa et de Tizi Ouzou), mais également très forte dans tout le centre du pays (Alger, Bouira, Boumerdès, Tipaza et Sétif) favoriserait les islamistes -ces wilayas totalisant près du tiers des sièges de l'Assemblée nationale. Si, comme il est probable, les élections du 30 mai connaissaient le plus fort taux d'abstentions de toutes les élections (libres ou non) jamais organisées en Algérie, ce seraient évidemment les partis qui auront le mieux mobilisé leur propre base qui sortiraient (sauf fraude...) vainqueurs du scrutin. La crainte agitée notamment par le RND et son chef, Ahmed Ouyahia, d'une victoire des islamistes sur fond de boycott kabyle et de dissidence de l'opposition démocrate (sauf le Parti des Travailleurs) est liée à cette prévision d'une abstention massive. "L'Expression" suggère d'ailleurs que les milieux et les journaux les plus "éradicateurs" (les plus anti-islamistes) joueraient consciemment la carte du pire, c'est-à-dire d'une victoire électorale des islamistes, pour ensuite pousser à une répétition de l'opération de 1992, avec une intervention directe de l'armée dans le champ politique et la remise du pouvoir à des "républicains" sans base populaire et à des "démocrates" qui n'ont aucune chance de jamais remporter des élections démocratiques en Algérie. Par ailleurs, le bulletin du FIS (tendance Rabah Kébir), "El Ribat", s'en prend à Louisa Hanoune et au Parti des Travailleurs, qui ont décidé de participer aux élections et donc, pour "El Ribat", de "cautionner (...) la mascarade électorale qui se prépare" alors que "la place naturelle de Louisa Hanoune n'est pas dans la majorité présidentielle, n'est pas aux côtés de Bouteflika, de Benflis, de Lamari et de Ouyahia, mais avec ceux qui dénoncent ce nouveau hold up de la volonté et de la légitimité populaires".
S'agissant des menaces d'empêchement actif du scrutin en Kabylie, le ministre de l'Intérieur M. Yazid Zerhouni a rappelé dans un communiqué de presse que des sanctions pénales étaient applicables à toute personne qui entravera le bon déroulement des élections législatives. Des peines de six mois à dix ans de prison (selon qu'il s'agit d'un acte individuel ou d'un plan concerté) sont prévues contre "quiconque, à l'aide de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manoeuvres frauduleuses, aura surpris ou détourné des suffrages (ou) déterminé un ou plusieurs électeurs à s'abstenir de voter". Pour le ministre, l'empêchement de la tenue des élections (contrairement à l'abstention, qui relève d'un choix individuel) est une pratique "antidémocratique et irrespectueuse de l'avis des autres". Dans un entretien au "Monde", Mohammed Seghier Mezziane, membre de la présidence tournante de la coordination interwilaya désavoue les personnes qui ont, au nom des comités locaux, affirmé qu'elles allaient (ou que les comités allaient) empêcher les gens de voter en Kabylie : "rien ne les autorise à tenir de tels propos", précise Mezziane, qui ajoute que le mouvement populaire en Kabylie a opté "pour un autre type d'actions, par exemple la rédaction d'un 'document de discrédit' des élections", faisant le bilan des précédents scrutins organisés en Algérie, qui "ont amené le pouvoir à se perpétuer par une fraude systématique érigée en règle". A Bejaïa, tout affichage de la convocation des électeurs aux urnes, et des affiches de candidats, a été empêchés par l'arrachage des panneaux électoraux dans presque toutes les localités de la wilaya. La coordination intercommunale de Bejaïa appelle "tous les fonctionnaires réquisitionnés pour l'encadrement du vote à ne pas cautionner cette mascarade de la honte (les élections) et à refuser de participer à son déroulement".
A Tizi Ouzou, plusieurs candidats aux législatives (Larbi Chetouane, candidat RND, Sedik Maouel, candidat RND, Hakima Meziani, candidate RND, Faïzia Bouzar, candidate FLN, notamment) ont annoncé qu'ils se retiraient de la compétition, en affirmant y avoir été présentés contre leur gré, ou avoir commis une erreur en se présentant. D'autres candidats en Kabylie ont refusé que leur photo soit sur les affiches, de peur d'être reconnus dans la rue. Des partis ont présenté en Kabylie des candidats résidant dans d'autres afin de les soustraire aux pressions. L'administration, de même, doit aller chercher dans d'autres régions les assesseurs de bureaux de vote dont elle a besoin. L'actuel président de l'Assemblée national, Bensalah, n'en a pas moins affirmé (mais à Oran) le 12 mai que "la Kabylie sera représentée à l'APN", car "il y aura des liostes, des partis se présentent dans cette région" et "les citoyens de la Kabylie pourront désigner des élus qui les représenteront", même si la représentativité des partis présents au scrutin est, en Kabylie, "quasi nulle", comme le rappelle "Liberté". Toute la Kabylie devrait être paralysée par une grève générales du 28 au 30 mai, à l'appel des comités locaux et avec le soutien du FFS et du RCD. La grève devrait être accompagnée de barrages sur tous les axes routiers desservant la région.
Le 12 mai, un membre du Conseil national du MDS, Djamel Bellag, a été interpellé par la police alors qu'une distribuait à Mascara la déclaration de son parti appelant au boycott des élections. Il a été menacé d'être traduit devant la justice.
Le "groupe des quatre" (Ahmed Djeddaï, représentant Hocine Aït Ahmed, Taleb Ibrahimi, Ali Yahia Abdennour, Rachid Benyellès", dont le metting a été annulé par les autorités à Tizi Ouzou, dénonce dans un communiqué cette "nouvelle atteinte à la liberté de se rassembler et de manifester de manière pacifique", et accuse "les gouvernants qui se sont montrés incapables d'assurer la sécurité de la population (...) ou de répondre à ses besoins les plus élémentaires (et qui n'opnt pas hésité) à ouvrir le feu sur le peuple et à jeter nos enfants dans les prisons" de sommer les Algériens de se "prêter à une autre mascarade électorale (...) dans le but de donner une façade démocratique à un régime osbolète". Pour les "quatre", il est "inadmissible que ce rendez-vous se tiennent sans la participation de toute une région", et des élections tenues dans ces conditions sont dangereuses pour l'unité nationale et ne feront "qu'aggraver les fractures dans le pays".
A El-Oued, des partisans d'un candidat indépendant dont la liste a été invalidée par les autorités, Djilali Mehri, dont le principal tort semble de représenter une menace pour les candidats du FLN, appellent au boycott du scrutin. L'invalidation de la liste a été justifiée (par la wilaya) par la non-inscription sur les listes électorales de 43 des citoyens parrainant la liste (plusieurs d'entre eux ont prouvé par la suite qu'ils étaient pourtant effectivement inscrits sur les listes électorales), ou par l'expiration de la validité des cartes d'identité d'autres "parrains" de la liste.
A El Tarf, 28 élus RND de l'Assemblée de wilaya (Conseil général) et des élus de 8 Assemblées communales ont annoncé leur démission du parti, et leur ralliement au FLN, pour protester contre le choix des candidats aux législatives. Les dissidents annoncent que plusieurs centaines, voire plusieurs milliers, de membres du RND pourraient les suivre et rejoindre le FLN.
On note enfin la très faible proportion de femmes candidates lors de ces législatives : sur un total de 10'052 candidates et candidats, 694 femmes sont candidates, soit une présence féminine de 6,9 %, selon "El Watan", 836 femmes sont candidates, soit 8,5 % du total des candidatures, selon "Le Jeune Indépendant". Le Parti des Travailleurs présente une soixantaine de candidates, dont quatre sont tête de liste à Alger, Tipaza, Oum El Bouaghi et Blida. Le RND présente 80 femmes, mais dont aucune n'est tête de liste. El Islah (islamiste) présente par contre une femme en tête de liste à Tizi Ouzou, et le FLN à Annaba. Le MSP (islamiste) présente une quarantaine de femmes, et espère en faire élire une dizaine. Le troisième parti islamiste, Ennahda, ne présente aucune femme.
(Le Jeune Indépendant 14.5 / Liberté, Le Matin, Le Jeune Indépendant 15.5 / La Tribune, El Watan, L'Expression, Le Matin 16.5) La mobilisation contre les élections du 30 mai perdure en Kabylie, où des meetings électoraux sont empêchés par des manifestations ou des menaces de manifestations, accompagnées de barrages routiers (ainsi ceux des candidats "Assirem" (indépendants) Rabah Benchikhoune et Hocine Malaoui, le 14 mai à Tizi Ghenif et le 15 mai à Bouzeguène). A Draâ Ben Khedda, c'est un meeting du RND qui a du être annulé. A Lota, près de Souk El Thenine (w. Tizi Ouzou), la coordination communale du mouvement citoyen a organisé le 13 mai un "meeting anti-électoral" En outre, les autorités municipales de Kabylie, majoritairement issues du FFS, mais également du RCD, ont pour la plupart décidé de faire "dissidence citoyenne" et de ne pas prêter leur concours à l'organisation du vote, et même, comme le maire d'Azzefoun, à appeler à l'abstention. Dans la région d'Akbou, les comités locaux envisagent l'organisation de sit-in devant les domiciles des candidats.
Une dizaine de candidats (cinq ou six figurant sur la liste du RND, un ou deux sur celle du FLN, un indépendant et un candidat du "Rassemblement algérien") se seraient retirés, ou menaceraient de le faire, de l'élection dans la wilaya de Tizi Ouzou. La candidate RND Hakima Mohamed Meziani assure que son nom a été porté sur la liste contre son gré, et a démissionné du parti. Le candidat RND Sedik Maoul affirme également avoir été porté candidat à son insu. Le candidat RND Larbi Chetouane explique qu'il ne veut pas "aller à contresens de la société qui a décidé de rejeter les élections du 30 mai". Sur la liste FLN, le candidat Ould Feroukh Tahar a également annoncé son retrait. Le candidat indépendant Mohamed Bouaraba s'est retiré de la liste en raison de la crise en Kabylie et de l'opposition de la population au scrutin législatif. Ces retraits n'ont cependant pas été officialisés par leurs partis respectifs -et d'ailleurs la loi sur les élections ne prévoit de retrait possible après le dépôt de la liste qu'en cas de décès d'un candidat.
L'ensemble des élus du Front des Forces Socialistes (FFS) des Assemblées communales de la wilaya de Bejaïa (37 communes), ainsi que ceeux de l'Assemblée de wilaya (Conseil général), à majorité FFS, ont exprimé leur refus de prendre part directement ou indirectement à un scrutin "qui ne constitue nullement une solution (...) à la crise que vit le pays". Réunis à El Kseur, les élus du FFS s'inquiètent de ce que "l'administration continue dans sa logique de préparation d'un scrutin dans une situation chaotique comportant les plus grands dangers", alors que ce scrutin est "rejeté par une grande majorité du peuple algérien". Les élus socialistes accusent les "décideurs" d'inventer "tous les artifices pour briser la vitalité citoyenne et se pérenniser par des coups de force et la terreur", et dénoncent les menaces proférées à l'encontre des fonctionnaires et les élus, "réquisitionnés" pour les opérations électorales. Les élus FFS déclarent donc qu'ils "se démarquent de tous les préparatifs liés au scruin", exigent "la libération immédiate des détenus du mouvement citoyen (...) et l'arrêt des poursuites judiciaires", et appellent la population "à se mobiliser pour faire un vrai barrage par des moyens pacifiques à cette mascarade électorale".
Dans la wilaya de Tizi Ouzou, le wali (préfet) a déclaré le 14 mai à l'agence officielle de presse APS que "l'administration prendra toutes les mesures nécessaires pour suppléer à la défection de certains présidents d'APC dans la préparation matérielle des législatives du 30 mai", et a annoncé que "des poursuites seront engagées" contre les cinq présidents d'APC (maires), ceux de Larbaâ Nath Irathen, Azzefoun, Bouzeguène, Mekla et Aghribs qui ont annoncé publiquement leur refus de préparer les élections. Le Wali a en outre annoncé que "toutes les mesures sécuritaires" seraient prises pour assurer la protection des candidats.
Dans le reste de l'Algérie, ce n'est pas l'opposition aux élections qui domine, mais l'indifférence : "jamais campagne électorale n'a rencontré autant de déinsétêt et de rejet" dans l'opinion publique algérienne, écrit "La Tribune" : meetings sans public ou annulés, affiches arrachées, absence des partis des "créneaux" qui leur sont réservés à la radio.
A Oran, le FFS a protesté contre l'interdiction d'un meeting qu'il entendait organiser le 16 mai pour expliquer sa position d'appel à la "dissidence citoyenne" contre les élections. Le refus des autorités n'a été signifié au parti que deux jours avant la tenue du meeting. Le FFS d'Oran a annoncé qu'il utilisera "tous les moyens permis par la loi, notamment l'utilisation de tracts et des affiches pour dire non aux élections"
A Alger, la tête de liste du RND, Abdelkrim Harchaoui, tenant meeting le 15 mai, a dénié au FFS et au RCD le droit de "parler au nom des citoyens", et les a accusé.de vouloir "priver" l'Algérie de l'institution parlementaire en proposant une période de transition créant un "vide institutionnel". Quant aux partis islamistes, qui expriment leur crainte de la fraude, le candidat RND leur a demandé pourquoi ils participent à des élections dont ils doutent de la véracité.
A Mila, la porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, a plaidé en faveur de la tenue d'un "congrès national" organisé "sous l'égide du Président de la République", afin d'"endiguer la violence, de régler la crise en Kabylie, d'ouvrir les dossiers des disparus ainsi que celui de la privatisation". Louisa Hanoune a dénoncé l'accord d'association de l'Algérie à l'Union Européenne, dont la mise en oeuvre "achèverait l'économie nationale", ainsi que les privatisations, contraires selon elles à la Constitution, et qui ont déjà provoqué "la fermeture de milliers d'entreprises ainsi qu'une perte d'emploi pour un million de travailleurs". Elle a mis en garde contre "des aventuriers d'horizons divers" qui "oeuvrent pour la scission de la Kabylie", a dénoncé la "caste de dirigeants qui veulent diviser le pays" et a appelé la coalition gouvernementale "à présenter son bilan des dernières années au lieu de se complaire dans des promesses impossibles à tenir".
Dans la wilaya d'Oran, la Commission communale indépendante d'organisation des élections d'Ouled Tlelat a révélé que la vérification des listes électorales y avait fait apparaître "des noms de citoyens morts et d'autres non-résidents", et a mis en garde contre toute tentative de fraude électorale.
Au sein du RND, où 127 députés et 44 membres du Conseil national du parti ont c réé un "Conseil de sauvegarde" qui s'oppose à la direction officielle (celle d'Ahmed Ouyahia), la contestation interne continue : A Setif, des militants ont pris d'assaut le siège du parti. A Djelfa, des "comités antivote" ont été créés par des militants.
Selon un "sondage" (sans base statistique réelle) effectué du 6 au 13 mai auprès de 832 visiteurs du site internet du "Jeune Indépendant", 88 % d'entre eux sont résolus à s'abstenir lors des élections du 30 mai. Sur les 12 % restant, un tiers annonce vouloir voter pour le FLN, un quart pour le MSP, 8,16 % pour le MRN, 6,12 % pour le PT, autant pour Ennahda, 3.06 % pour le PRA et 4,08 % pour des indépendants.
(El Ribat, Liberté 19.5 / L'Expression, La Tribune, El Watan, El Khabar, Liberté, Le Matin 20.5) A deux semaines des élections législatives, une sorte de "match" s'est instauré entre les islamistes et le FLN, en l'absence des "démocrates", pour une victoire électorale sur fonds d'abstention massive probable (et pas seulement en Kabylie) "L'Expression" prévoit que le FLN profitera de la division des partis islamistes (trois partis distincts tentent de récupérer l'électorat islamiste : le MSP de Mahfoud Nahnah, Ennahda de L. Adami et El Islah d'Abdallah Djaballah, les instances du FIS à l'étranger prônant l'abstention) et de la faiblesse du RND. L'"Expression" croit savoir que les ambassades occidentales en Algérie "prédisent un raz de marée du FLN" lors des législatives, avec au moins deux sièges par wilaya et entre 180 et 200 sièges au total. Le FLN bénéficierait de la division des partis islamistes légaux, de la non participation des principaux partis démocrates, de la relativement bonne image du Premier ministre Ali Benflis et, a contrario, de la mauvaise image du RND et de son chef, Ahmed Ouyahia, et l'ancien parti unique tente depuis le début de la campagne d'accroître ses chances en évoquant la "menace islamiste", c'est-à-dire le risque d'une victoire islamiste aux élections. Evoquant cet appel à un "réflexe républicain" anti-islamiste, et la comparant aux attitudes des démocrates européens face à la montée de l'extrême-droite dans divers pays d'Europe (l'Autriche, la France, les Pays-Bas, l'Italie...), le bulletin de la délégation exécutive du FIS à l'étranger, "El Ribat", rappelle qu'alors que les démocrates européens "n'ont réagi nulle part par des mesures anti-démocratiques" (annulation des élections, interdiction des partis d'extrême-droite) à la montée du populisme réactionnaire, et ont même partout invoqué la démocratie "pour justifier la tolérance de l'intolérance", certains "démocrates" algériens, avec le soutien de "démocrates" européens "mobilisés pour sauver la dictature algérienne", ont eu l'attitude inverse, en obtenant l'annulation des élections de 1991, l'interdiction du FIS qui les avaient gagnées et l'emprisonnement de ses dirigeants. De son côté, le leader du MSP, Mahfoud Nahnah, a une nouvelle fois menacé de se retirer des élections, en évoquant la menace d'une fraude organisée depuis "l'intérieur de l'Administration, en complicité avec les partisans du boycott".
A l'intérieur du FLN et du RND, des dissidences continuent de se manifester. A Constantine, des dissidents du FLN, déjà exclus du parti, se sont regroupés en un "Mouvement du renouveau et du changement", qui a cependant déclaré qu'il soutenait la liste électorale du FLN.
Quant à la campagne électorale proprement dite, elle ne suscite toujours pas un grand intérêt de la part des citoyens (sauf, paradoxalement, en Kabylie, où elle suscite des manifestations d'opposition, d'empêchement et d'appel au boycott). Des meetings de partis politiques continuent d'être annulés, faute de public, ou, en Kabylie, sur pression de la population. A Tizi Ouzou, le RND et le FLN ont dénoncé les menaces et indimidations exercées contre leurs candidats. La tête de liste RND, M. Afir, a fait état de "menaces de mort par écrit signées archs", et les a assimilées aux "pratiques du GIA". Une nouvelle défection sur la liste RND a été enregistrée à Tizi Ouzou, celle de Miloud Namoun, qui explique que "puisque ces élections sont rejetées dans le font et la forme par la population", il se retire d'une "course électorale dépourvue de perspectives réelles pour toute la région". Sur la liste FLN, deux nouveaux désistements ont été enregistrés à Tizi Ouzou, ceux de l'avocat Mohand M'zyène, qui évoque également le refus de la consultation électorale par la population et celle de Rabah Hammoum. Dans la seule wilaya de Tizi Ouzou et sur les seules listes du RND et du FLN, dix candidats(e)s se sont retirés : sept de la liste RND et trois de la liste FLN.
Le pouvoir a par ailleurs déclenché une offensive contre les partisans du boycott des élections, ou de la "dissidence électorale citoyenne". Le président Bouteflika, qui a appelé à un vote massif, s'en est pris le 19 mai à Arzew à "ceux qui veulent empêcher le pays de sortir du cercle de la crise", à qui il a dénié "le droit d'être les tuteurs du peuple algérien", ajoutant, dans une allusion assez transparente à Hocine Aït Ahmed, que "ce n'est pas parce qu'ils ont fait la révolution de la libération nationale qu'ils doivent s'autoproclamer tuteurs du peuple algérien". Le président a mis en garde ceux "qui veulent empêcher les électeurs d'aller voter", qu'il a accusé de vouloir "ghetthoïser le pays, le rendre tel un gourbi ou un grand douar". Boualem Benhamouda, membre de la direction du FLN, s'en est lui aussi, le 19 mai, pris aux partisans du boycott, qu'il a accusé de vouloir "renverser le pouvoir" et de fomenter des émeutes. En tournée dans les centres universitaires d'Alger, Bouteflika a été conspué, à Bouzaréah et Ben Aknoun, par des étudiants qui l'ont accueillis par des slogans hostiles au pouvoir et favorables au mouvement citoyen kabyle et au mouvement syndical autonome. A Bouzaréah, le 18 mai, les voitures de la garde de protection du président ont encaissé une pluie de cailloux et la police anti-émeute est brutalement intervenue pour disperser les manifestants. Plusieurs étudiants (une vingtaine selon "El Watan", une cinquantaine au total selon "Liberté") ont, après le départ du président, été arrêtés A la Faculté de Droit, ce sont des étudiants islamistes qui se sont manifestés, pour dénoncer le rapport de la commission de réforme du système éducatif. Le Front des Forces Socialistes a dénoncé "la répression sauvage de la manifestation des étuciants" et exigé la libération "immédiate et inconditionnelle" de ceux qui ont été arrêtés. Le RCD a condamné "le viol des franchises universitaires" et les arrestations, et l'association RAJ (Rassemblement Actions Jeunesse) a exprimé son "soutien total aux étudiants de la fac de Bouzaréah, ainsi qu'au comité qui s'est constitué pour exiger la libération des étudiants emprisonnés".
En Kabylie, les autorités tentent de "mettre au pas" les dissidences électorales, y compris (voire surtout) lorsqu'elles sont affirmées par les autorités locales élues. La Maire d'Azeffoun est ainsi poursuivi en justice par le wali (préfet) de Tizi Ouzou pour son refus d'obtempérer à la réquisition notifiée par le wali pour préparer le scrutin du 30 mai. Le Maire a constaté que "la campagne a pris fin depuis son début en Kabylie" et a affirmé sa détermination à "ne pas aller à l'encontre de la population" qui refuse les élections. Le refus des maires FFS, mais également RCD, de participer à l'organisation du scrutin pourrait entraîner le dépôt de plus de soixante plaintes du wali à leur encontre.
Dans la wilaya de Bejaïa également, le wali s'en est pris aux maires réfractaires. Les maires FFS de la wilaya ont réaffirmé leur refus de participer à l'organisation d'élections qu'ils considèrent comme "un grave danger pour la sécurité et l'ordre public". Les Maires FFS de la wilaya expliquent qu'ils ne sont pas disposés à "servir un pouvoir qui n'a d'autre souci que celui de se pérenniser". Dans une lettre motivant leur décision de refuser la mise en demeure qui leur est adressée par le wali (qui a fait adresser par les chefs de daïras une réquisition aux maires réfractaires), les maires FFS expliquent : "Si nous refusons de prendre part à ce scrutin, c'est que nous considérons qu'il ne peut servir à consolider la puissance (d'un) Etat démocratique", mais uniquement les intérêts du pouvoir en place. Les maires FFS déclarent assumer pleinement leurs responsabilités et être prêts à devoir répondre de leur choix devant la justice, avec "la conscience tranquille de ne pas avoir à répondre, comme cela pourrait être le cas de certains, devant le Tribunal pénal international par exemple de l'accusation de crime contre un peuple en détresse". Les maires FFS affirment qu'en refusant de "participer à une autre mascarade qui fait fi de tous les maux ressentis, dans la dignité, par le peuple algérien", ils participent "à la construction d'un Etat moderne (...) dont l'édification a été sans cesse perturbée, ébranlée par ceux qui refusent de comprendre que l'on ne peut édifier un Etat fort en détournant constamment la volonté du peuple". Pour ces élus, qui protestent de leur légalisme et de celui de leur parti, être légaliste "c'est aussi savoir dire non quand (on est persuadé) qu'un processus représente un risque pour l'unité nationale", et c'est aussi "savoir solliciter, le moment venu, toutes les institutions nationales et internationales contre des gouvernants se rendant coupables de violations des droits de l'homme et de la confiscation de l'Etat". Le député FFS Ikhlef Bouaïche a annoncé que son parti usera de "tous les moyens pacifiques possibles, quitte à saisir les instances supranationales, pour faire tomber ce pouvoir illégitime", et qu'il allait s'adresser à "certaines ONG, (à) la Commission des droits de l'Homme de l'ONU ainsi (qu'au) Secrétariat général de l'ONU". A Tazmalt (municipalité RCD), Khaled Tazaghart, membre de la direction nationale du FFS, a appelé les fonctionnaires réquisitionnés, et la municipalité, à refuser de prendre part à l'organisation de la "mascarade électorale". Dans la wilaya de Sétif, les quatre municipalités FFS ont adressé au wali un courrier lui annonçant leur désengagement des préparatifs des élections.
A Tiaret un responsable du RCD de Tissemsilt qui faisait campagne contre le vote a été brièvement arrêté, puis remis en liberté après avoir été averti que la justice sera saisie de son cas. Des militants du Mouvement démocratique et social (MDS) ont également été arrêtés. Un second meeting du groupe des quatre personnalités appelant à la "dissidence électorale", Ahmed Djeddaï, Ali Yahia Abdennour, Rachid Ben Yellès et Taleb Ibrahimi, a été interdit, à Batna. Le FFS signale en outre qu'il lui est impossible d'obtenir l'autorisation de tenir un meeting en salle, y compris en Kabylie, toutes les salles étant officiellement louées par des candidats aux élections, souvent sans même que ces candidats n'y tiennent les meetings prévus.
(AFP 20.5 / Reuters 21.5 / APS, AP, Jeune Indépendant, Le Matin, Liberté 22.5 / La Tribune, L'Expression, Liberté 23.5) Le ministre de l'Intérieur Noureddine Yazid Zerhouni a assuré le 22 mai que des garanties maximales avaient été données pour assurer un déroulement "transparent" et "régulier" du scrutin du 30 mai (législatives) et a promis "une élection saine et régulière", en donnant notamment comme exemple des bonnes intentions des autorités la réduction du nombre des bureaux de vote itinérants de 5600 en 1997 à 500 en 2002, et la présence d'observateurs civils dans les casernes militaires et les autres lieux de vote des "corps constitués" (lesquels comprendraient 400'000 électeurs). Yazid Zerhouni a assuré que les résultats seront respectés, même en cas de victoire islamiste (hypothèse à laquelle il a déclaré ne pas croire) et affirmé que "s'il y a fraude, ce sera le fait des partis". Le ministre a en outre affirmé que la gestion des listes de candidatures par l'administration s'est faite "conformément à la loi". Il a précisé que 286 listes avaient été partiellement rejetées et 64 totalement rejetées, six de ces rejets ayant ensuite été infirmés par la justice. Certains candidats ont été refusés au nom de la "préservation de l'ordre public". "Aucun repenti, gracié ou amnistié ne figure sur la liste des candidats", a assuré le ministre. Le ministre s'est dit convaincu que la participation aux élections sera "plus qu'appréciable" au plan national (dans la norme des élections précédentes, soit entre 55 et 63 % des inscrits) et "acceptable" en Kabylie. Yazid Zerhouni a répété que nul n'avait le droit d'empêcher par la force ou la contrainte des citoyens d'aller aux urnes, et que les autorités feraient "respecter cette loi" et feraient face, "par les moyens et instruments légaux, à toute tentative d'empêchement". Le ministre a en outre répondu par la négative à la question de savoir si les élections pouvaient être invalidées au cas où la participation tomberait en dessous d'un certain taux.
17'981'042 électeurs (dont 55,01 % d'hommes, et 55 % d'hommes et de femmes de plus de 40 ans) sont inscrits sur les listes électorales algériennes, dont 834'006 résident à l'étranger. Les wilayas kabyles de Tizi Ouzou et de Bejaïa, où l'abstention devrait être massive, représentent respectivement 3,16 & et 2,36 % des inscrits. Plus de 10'000 candidats, indépendants ou présentés par 23 partis différents (dont moins d'une dizaine ont une base suffisante pour expérer pouvoir obtenir des sièges dans une élection normale) participent aux élections du 30 mai.
Selon un sondage effectué par "El Watan" du 9 au 16 mai auprès d'un échantillon représentatif de la population algérienne de 2634 personnes), 38 % des électeurs ont déjé décidé de s'abstenir et 53 % d'aller voter. Parmi les abstentionnistes déclarés, 53,8 % déclarent adhérer au mot d'ordre de boycott, et 33,7 % ne pas être intéressés par le scrutin. En ce qui concerne les intentions de vote, le FLN sortirait largement vainqueur de l'élection.
En Kabylie, la campagne électorale est presque totalement paralysée par les partisans du boycott ou de la dissidence électorale, malgré la répression qui commencent à s'abattre sur eux : des meetings électoraux sont annulés (seuls quatre meetings sur les 88 annoncés ont pu être organisés depuis le début de la campagne dans la wilaya de Tizi Ouzou, et aucun meeting ne s'est tenu dans celle de Bejaïa. A Bouira, sur 48 réunions publiques annoncées, moins d'une dizaine ont eu lieu), les candidats des partis de la coalition gouvernementale se plaignent de "harcèlement" et de "menaces", des inscriptions injurieuses sur les murs des villes les traitent de "harkis", et on voit même apparaître sur les murs des slogans provocateurs à la gloire d'Ariel Sharon ou de Jean-Marie Le Pen...
En outre, les municipalités FFS ou RCD refusent d'organiser la campagne, malgré les menaces proférées à leur encontre par les autorités : le ministre de l'Intérieur a ainsi laissé entendre, le 22 mai lors d'une conférence de presse, que les municipalités administrées par des élus récalcitrants pourraient être sanctionnées, y compris par la dissolution des assemblées communales, et mise sous tutelle de l'administration centrale, comme cela avait été le cas après l'interdiction du FIS des municipalités islamistes élues. La wilaya de Tizi Ouzou a mis en demeure tout le personnel des collectivités locales (notamment ceux des daïras et municipalités) d'accomplir les tâches d'organisation des élections pour lesquelles il serait requis. Dans une circulaire adressées aux travailleurs concernnés, le wali leur rappelle que leur "qualité de serviteur de l'Etat (leur) confère la position statutaire et réglementaire qui assure à la fois la garantie dans la stabilité, la sécurité dans votre emploi et de votre carrière", et les assure de la protection de l'administration s'ils venaient à "subir des menaces ou des sanctions" pour n'avoir pas "obtempéré aux orientations partisanes" de leurs municipalités respectives. Le Maire de Draâ Ben Khedda (w. Tizi Ouzou) n'en pas moins appelé les fonctionnaires de la commune à ne pas participer aux préparatifs de la "mascarade" électorale, et a appelé la population à s'abstenir. A Maâtkas, la municipalité e rendu publique une déclaration dans laquelle, après une assemblée générale de la fonction publique municipale, et déclare qu'elle "rejette et refuse (les) élections et se désengage des réquisitions transmises par l'administration". La fédération FFS de Tizi Ouzou condamne les "mesures d'intimidations à l'encontre (d') élus dont le seul tort est d'être aux côtés de la population qui les a élus", et appelle la population à "poursuivre sa mobilisation dans un cadre pacifique".
A Tichy (w. Bejaïa), le comité populaire organise un "meeting anti-élections" le 24 mai. A Semaoune, un candidat a été molesté (battu, selon certaines sources) après des semaines de "mise en quarantaine", et s'est retiré de l'élection. Des urnes électorales et des fichiers électoraux ont été brûlés à Beni-Maouche, Semaoun, Amizour et El-Kseur. Une grève générale a été proclamée dans toute la wilaya de Bejaïa le 30 mai, avec blocage des routes nationales dès le 27 mai. En réponse, de nombreux militants contre les élections ont été interpellés en Kabylie. Le 21 mai, à l'entrée de Draâ Ben Khedda, une "caravane antivote" a été stoppée par un barrage de police et plusieurs (une quinzaine selon "Liberté") de ses participants arrêtés. A Draâ El Mizan, le 21 mai, sept personnes arrêtées pour "empêchement d'une activité électorale" (un meeting de candidats indépendants, amepêché le 14 mai à Tizi Gheniff) ont été condamnées à des peines allant d'un mois de prison ferme à un an de prison avec sursis.
(La Tribune, Liberté, El Moudjahid 26.5 / Le Matin 27.5) Le Premier secrétaire national du FFS, Ahmed Djeddaï, a réaffirmé dans une conférence de presse à Oran, le 25 mai, l'opposition de son parti aux élections législatives du 30 mai (mais non au "principe de l'élection en tant que telle"), tenues dans une situation où "l'acte politique a été décrédibilisé par le pouvoir à un point que le citoyen croit que tous les députés se valent". Exprimant sa certitude que "la Kabylie ne votera pas" et que "seuls les corps constitués vont voter" dans la région, Ahmed Djeddaï a aussi exprimé sa crainte de "troubles lors des élections en Kabylie" -troubles fomentés par le pouvoir lui-même, et dénoncé "les pressions sur les citoyens par le biais du matraquage médiatique de l'ENTV". Pour Ahmed Djeddaï, les élections du 30 mai vont "provoquer une fracture dans l'unité et la cohésion nationale", et donneront naissance à une Assemblée nationale dépourvue de crédibilité et de légitimité. Pour le Premier secrétaire du FFS, le rejet des élections "est un droit démocratique au même titre que la participation". Enfin, Ahmed Djeddaï a réaffirmé que "les arouch ne peuvent se substituer aux partis politiques", d'autant qu'ils n'existent réellement "que dans cinq communes" de Kabylie. A Bouira, le 26 mai, Ahmed Djeddaï a qualifié d'"irresponsable" l'organisation d'élections actuellement en Algérie.
389 sièges à repourvoir (381 en 1997)
Taux de participation national (y compris les Algériens à l'étranger : 46,09 % (65,49 % en 1997)
Participation régionale : 31,81 % à Alger, 2,62 % à Bejaïa, 1,84 % à Tizi Ouzou
7'410'998 suffrages exprimés 876'342 bulletins nuls
FLN : 199 sièges (+ 135), 2'632'705 suffrages (35,52 %) RND : 48 sièges (-107), 630'241 suffrages (8,5 %) El Islah (MRN) : 43 sièges, 746.884 suffrages (10,08 %) MSP : 38 sièges (- 31), 573'801 suffrages (7,74 %) PT : 21 sièges (+ 17), 355'405 suffrages (4,8 %) Front National : 8 sièges (+ 8) Nahda : 1 siège (- 33) 265'495 suffrages (3,58 %) PRA : 1 siège, 162'308 suffrages (2,19 %) Mouvement de l'Entente nationale : 1 siège Listes "indépendantes" : 29 sièges (+ 18) 789,492 suffrages
Le FFS et le RCD qui disposaient chacun de 19 sièges dans l'ancienne assemblée boycottaient le scrutin, et ne sont donc plus représentés au parlement.
Quelques résultats régionaux :
Djelfa : 64,39 % de participation, FLN 7 sièges. RND 1 siège. Islah 1 siège. HMS 1 siège
Skikda : 54,11 % de participation, FLN 5 sièges. Islah 3 sièges. Indépendant 1 siège. RND 1 siège
Souk Ahras : 57,97 % de participation, FLN 2 sièges. Islah 1 siège. RNR 1 siège. MSP 1 siège
Tiaret : 60,90 % de participation, FLN 5 sièges, RND 1 siège, FN 1 siège, MSP 1 siège, Islah 1 siège
Le nombre des femmes députées passe de 13 à 25, dont 18 députées FLN. A l'exception de l'association Rachda, présidée par Khalida Messaoudi, ex-députée et vice-présidente du RCD, et qui appelait au vote, la plupart des organisations féministes se montrent cependant très très sceptiques quant à cette nouvelle présence féminine. L'association Tharwa n'Fadhma n'Soumer se félicite non pas du nombre de femmes élues, mais du caractère massif de l'abstention, et les 25 femmes élues, cela ne représente pour elle que "tout simplement deux fois plus de femmes alibis". Le Rassemblement algérien des femmes démocrates (RAFD) et l'Association indépendante pour le triomphe des droits des femmes (AITDF) se demande quel va être "le pouvoir de ces femmes" dans une "assemblée d'islamo-conservateurs". Quant à Khalida Messaoudi, elle s'est dite convaincue que la nouvelle assemblée pourra abroger le Code de la Famille, et a félicité la porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, qui "a mené la meilleure campagne" et qui est l'actrice principale du "bond en avant que vient de faire le Parti des travailleurs".
"Liberté" note en outre l'élection de plusieurs militants et responsables syndicaux (dont un seul secrétaire national), le plupart sur des listes FLN et RND, mais également sur la liste du Parti des Travailleurs (deux syndicalistes élus à Alger).
Le MSP (islamiste), Ennahda (islamiste), le PRA (libéral) et le MEN (nationaliste) semblent avoir fait les frais du mode de scrutin (la proportionnelle par wilaya, avec un quorum de 5 %). Ce mode de scrutin explique notamment que le RND d'Ahmed Ouyahia ait pu obtenir plus de sièges que le MRN d'Abdallah Djaballah, en ayant obtenu moins de suffrages, et que le Front National obtienne huit fois plus de sièges qu'Ennahda, avec moins de suffrages également. Dans un système de proportionnelle intégrale, Ennahda aurait par exemple obtenu 13 sièges.
Quant au "score" du FLN, il s'explique à la fois par l'impopularité de son principal concurrent, le RND, et par le boycott kabyle (le FLN a réussi à obtenir quinze sièges en Kabylie avec quelques centaines d'électeurs seulement : 300 électeurs sur 700 vitants à Tizi Ouzou, par exemple). Le succès du Parti des Travailleurs de Louisa Hanoune tient, de même, au refus des autres partis du camp "démocrate" (FFS, RCD notamment) de participer aux élections, ce qui laissait ce parti seul de son genre ("démocrate", laïc mais "dialoguiste") à participer aux élections. Il est donc assez vraisemblable qu'une partie de la base électorale (mais non de la base militante, qui a suivi le mot d'ordre de "dissidence électorale" du parti) du FFS hors de Kabylie, ait choisi de voter pour la seule liste d'opposition non islamiste crédible. Le PT disposera en tous cas désormais, avec 21 députés, d'un groupe parlementaire et pourra être à l'origine de projets de lois. Certains observateurs estiment même qu'il pourrait faire partie d'un gouvernement d'"union nationale", évoqué par le Premier ministre Benflis.
En outre, la victoire du FLN donne une nouvelle crédibilité aux accusations de fraude portées par le FLN contre le RND lors des précédentes législatives (celles de 1997). Le RND subit en effet de lourds revers dans les wilayas qu'il dominait (Constantine, Mila, Batna, Oum El Bouaghi, Skikda, Jijel, Tebessa), et où il n'obtient que six sièges sur les 62 à pourvoir, en étant devancé non seulement par le FLN mais également par El Islah (MRN) et Ennahda, et en se retrouvant au même niveau que le MSP et le PT. Dans neuf wilayas où il avait été vainqueur en 1997, le RND se retrouve vaincu : à Adrar, Batna, Bechar, Tlemcen, Sidi Bel Abbès, Annaba, M'sila, Aïn Temouchent et Ghardaïa, il n'obtient pas le moindre siège. Il n'en sauve qu'un seul (par wilaya) à Aïn-Defla (où ce siège est d'ailleurs menacé d'un recours introduit par les indépendants), Mila, Constantine et Médéa. Toute ces pertes de sièges se sont faites au profit du FLN ou du MRN. Même à Mascara, où il était donné vainqueur, le RND ne sauve que deux sièges sur les neuf de la wilaya. A Alger, où il avait pris sept sièges sur 24 en 1997, il n'en obtient plus que quatre sur 32, et est distancé par le MRN de Djaballah.
Enfin, la défaite de leurs partis remettent sérieusement en cause le maintien d'Ahmed Ouyahia à la tête du RND et de Lahbib Adami à la tête d'Ennahda, voire même la survie de ces deux formations, qui semblent effectivement faire politiquement "double emploi", l'une avec le FLN et l'autre avec El Islah (ou avec le MSP). Au sein du RND, où la contestation interne était déjà forte avant les élections, les "contestataires" ont appelé les cadres du parti à se rassembler au siège national du parti. Ils exigent la tenue d'une réunion du Conseil national et le départ d'Ahmed Ouyahia, "premier responsable avec les membres de son bureau national, de la débâcle du parti, lors de ces dernières législatives" et accusent la direction du RND d'avoir "pourssé le parti vers une auto-dissolution".
(AP, AFP, CCFIS 28.5 / AP, AFP, L'Expression, Reuters, Quotidien d'Oran, Le Jeune Indépendant 29.5 / Reuters, AFP, AP, La Tribune, L'Expression, El Khabar, El Watan, Le Matin, Liberté30.5 / AP, AFP, Reuters 31.5) Les élections législatives se sont tenues le 30 mai en Algérie, sur fond de violences (faisant au moins un mort et plusieurs dizaines de blessés) et de boycott massif en Kabylie, et de désaffection citoyenne dans le reste du pays (la majorité des électeurs se sont abstenus, le taux de participation final est le plus bas de l'histoire de l'Algérie indépendante et le pourcentage des bulletins nuls dépasse les 10 % des bulletins), malgré les appels à un vote "massif" lancés par le président Bouteflika, le FLN, le RND, mais également l'ancien syndicat unique UGTA, l'union des commerçants (UCAA) et celle des paysans (UNPA).
Les 40'000 bureaux de vote en Algérie ont ouvert leurs portes à 8 heures (le vote des Algériens de l'étranger avait commencé le 25 mai déjà). Selon les autorités, le taux de participation national définitif s'est établi à 46,09 % %, soit près de vingt points de moins que lors des législatives de 1997 (65,49 % de participation). "Le défi de la transparence a été relevé dans ces élections", a déclaré le ministre de l'Intérieur en présentant les résultats officiels faisant état de l'abstention de la majorité des électeurs. En Kabylie, le taux de participation était inférieur à 3 % (2,62 % dans la wilaya de Bejaïa, 1,84 % dans celle de Tizi Ouzou), la plupart des bureaux de vote n'ayant pu ouvrir, ou ayant été désertés, non seulement par les électeurs, mais aussi par les scrutateurs : Dans la wilaya de Tizi Ouzou, seul un bureau de vote sur cinq a été ouvert (175 sur 880); dans la wilaya de Bejaïa, c'est un bureau de vote sur quinze qui a été ouvert (33 sur 488). Dans la wilaya de Bouira, la participation a également été très faible, ainsi qu'à Alger (31,81 % des inscrits). La télévision d'Etat n'en a pas moins montré des files d'électeurs se pressant dans les bureaux de vote et, interrogée, condamnant le boycott du scrutin. La participation a en effet été importantes dans certaines wilayas (Et Tarf, Tindouf), mais il s'agit des wilayas les moins peuplées. Dans les grandes villes, l'abstention a été la règle. Hors de Kabylie, le vote s'est déroulé sans incidents, puisque dans l'indifférence. Le ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, n'en a pas moins parlé de l'"échec" des partisans du boycott, en expliquant qu'ils ont fait usage "de la violence et de l'intimidation pour empêcher le scrutin". On note cependant que les abstentionnistes sont par exemple deux fois plus nombreux que les votants à Alger, en l'absence de toute "violence" et "intimidation" de la part des premiers. Le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, a pour sa part estimé que le taux de participation réel ne dépassait pas 20 % des inscrits, et que le taux de participation officiellement annoncé est "une supercherie destinée à tromper une fois de plus l'opinion nationale et internationale". Le FFS a accusé les autorités centrales d'acheminer, par des dizaines de bus venant d'Alger, de faux électeurs en Kabylie. A Azazga, des militants des comités locaux ont annoncé que des bus venus d'Alger avaient amené de faux électeurs. Des informations semblables sont parvenues de Naciria.
Le FLN, qui était donné vainqueur par plusieurs sondages, a, comme prévu, largement remporté les élections, mais plus largement même que prévu, en obtenant 35,52 % des suffrages et 199 sièges, soit la majorité absolue des 389 sièges. L'ancien parti présidentiel, le RND de l'actuel ministre de la Justice, Ahmed Ouyahia, subit un recul confinant à la déroute, et perd les deux tiers de ses députés (il obtient 48 sièges alors qu'il en détenait 155). Le recul du RND était prévisible, prévu et annoncé, mais pas dans ces proportions (Ahmed Ouyahia avait annoncé que son parti obtiendrait "entre 100 et 130 députés", il obtient moins de la moitié du minimum de cette évaluation) Les partis islamistes légaux sont également en recul, mais ils constituent ensemble le deuxième "bloc" politique du parlement, avec 81 sièges. Ensemble, les trois partis islamistes légaux totalisent un peu plus de 21 % des suffrages. Le Parti d'Abdallah Djaballah, El Islah (Mouvement de la Renaissance Nationale) effectue une percée spectaculaire (il gagne 43 sièges) au détriment des deux autres partis islamistes légaux, le MSP de Mahfoud Nahnah (qui perd 31 sièges) et Ennahda, qui n'a plus qu'un représentant au parlement (au lieu des 34 dans la précédente assemblée). Le Parti des travailleurs de Louisa Hanoune profite largement des élections (et du boycott des autres partis démocratiques) en quintuplant sa représentation parlementaire (21 élus, contre 4 dans la précédente assemblée). Deux petits partis, le PRA du Nourredine Boukrouh (ministre des privatisations) et le Mouvement de l'entente nationale obtiennent chacun un siège, et un nouveau parti, le Front national, fait son apparition en gagnant huit sièges.
Les électeurs étaient appelés à repourvoir les 389 sièges de l'Assemblée populaire nationale (dont une trentaine de sièges pour la Kabylie), élue pour cinq ans. L'élection se faisait à la proportionnelle par wilaya, avec un quorum de 5 % des suffrages. 18 millions d'électeurs (pour une population de 31 millions d'habitants) étaient convoqués. Ils avaient, théoriquement, le choix entre plus de 10'000 candidats dans tout le pays, présentés par 943 listes, dont 814 listes de 23 partis politiques (dont la plupart n'apparaissent qu'au moment des élections, et dans quelques communiqués de presse). Sur ces 23 partis politiques, seuls sept partis sont plus ou moins représentatifs : le FLN, ancien parti unique, le RND, ancien parti présidentiel de Liamine Zéroual, les trois partis islamistes légaux MSP, Ennahda et MRN, le Parti des Travailleurs (extrême-gauche) et le PRA libéral. Le principal parti légal d'opposition, le FFS, ainsi que le RCD (parti gouvernemental jusqu'en mai 2001, d'opposition depuis lors) appelaient au boycott du scrutin, ainsi d'ailleurs que le FIS, interdit depuis dix ans, et que les comités locaux de Kabylie.
Une Commission politique nationale de surveillance des élections a été mise sur pied, et sa présidence confiée à l'ancien président du Conseil constitutionnel, Saïd Bouchaïr -le Conseil constitutionnel étant présidé depuis quelques jours par Mohamed Bedjaoui (le Conseil de coordination du FIS a vivement condamné cette nomination, dans laquelle il voit "le parachèvement du verrouillage des institutions par des dinosaures au garde-à-vous".
Le résultat des élections était déjà annoncé, dans ses grandes lignes, depuis plusieurs jours par les partisans du boycott. "La composition de la future chambre est déjà connue en haut lieu", avait annoncé Ahmed Taleb Ibrahimi le 28 mai. Pour lui, les "quotas" de sièges au parlement avaient été répartis avant l'élection : Ahmed Taleb Ibrahimi annonçait donc deux jours avant l'élection que le FLN obtiendra 40 % des sièges et le RND 30 % au terme d'un "scrutin mascarade", auquel la participation sera officiellement de 60 % (les prédictions de Taleb Ibrahimi ont été démenties quant aux chiffres, mais non quand aux tendances). Avec Taleb Ibrahimi, Abdennour Ali Yahia, président de la Ligue algérienne des droits de l'Homme, Hocine Aït Ahmed, président du Front des forces socialistes et le général à la retraite Rachid Ben-Yellès appelaient au boycott des élections. . Rachid Benyellès a insisté sur le caractère pacifique du boycott auquel les "quatre" (dont tous les meetings ont été interdits par le pouvoir) appelaient. Trois anciens Premiers ministres, Mouloud Hamrouche, Sid Ahmed Ghozali et Mokdad Sifi, ont également exprimé leur refus des élections dans les conditions actuelles. Par ailleurs, les partis islamistes ont émis des craintes sur la régularité du scrutin, et le chef du MSP, Mahfoud Nahnah, avait accusé des walis et chefs de daïras de "donner des inscructions à leurs fonctionnaires en vue d'influer sur l'issue du scrutin et de donner l'avantage à une formation politique bien précise" (le FLN), notamment à Alger, Chlef, M'sila, Sétif, Annaba et Relizane. Le leader emprisonné du FIS, Ali Benhadj, a lui aussi, selon ses proches, dénoncé la fraude annoncée lors des élections, fraude de laquelle participe selon lui l'interdiction du FIS et le refus d'agrément à un parti politique comme le Wafa d'Ahmed Taleb Ibrahimi, l'une et l'autre pratique aboutissant à priver de nombreux citoyens de la possibilité de se prononcer pour le parti de leur choix.
Le 29 mai, le Premier ministre Ali Benflis, chef du FLN, avait appelé les Algériens de France à voter pour le FLN. Les Algériens de l'étranger (834'000 électeurs inscrits, dont 700'000 en France) élisent huit députés (dont quatre en France). Le général à la retraite Rachid Benyellès, qui appelait au boycott du scrutin, a par ailleurs accusé "la France, à travers sa représentation diplomatique, (d'avoir) tout fait pour persuader des partis et personnalités de participer au scrutin". Dans un communiqué, cependant, le Parti socialiste français a exprimé le 28 mai sa "très vive préoccupation à propos de la multiplication des mesures répressives" en Algérie, et notamment "la multiplication des arrestations et les lourdes condamnations prononcées récemment contre des étudiants en Algérie". Le PS relève qu'"un certain nombre de forces politiques et ne personnalités ne s'estiment pas en mesure de prendre part" aux élections "tant que les conditions d'un libre choix ne paraissent pas réunies", et exprime sa "solidarité" avec tous ceux qui, en Algérie, "partagent leur conviction que le recours à une démocratie effective est la seule solution constructive pour surmonter les difficultés que connaît leur pays". (On notera toutefois qu'entre les pressions française pour la participation aux élections, dénoncées par Rachid Ben Yellès, et le communiqué du PS français dénonçant les conditions de ces élections, il s'est produit ceci que le gouvernement socialiste français est tombé... Les socialistes français auraient-ils tenu le même discours s'ils étaient restés au pouvoir ? On nous permettra d'en douter...). Le gouvernement français actuel (de droite) a fait savoir par la voix du porte-parole du ministère des Affaires étrangères que le France examinera "avec attention" les résultats des élections législatives algériennes.
Pour Ahmed Djeddaï, Premier secrétaire du FFS, le boycott du scrutin (le FFS appelle à la "dissidence électorale") vise à "créer une dynamique pour imposer une sortie négociée du pouvoir actuel". Quant à l'Assemblée qui sortira des urnes du 30 mai, Djeddaï a estimé qu'elle "ne sera jamais nationale". Pour le président du RCD, Saïd Sadi, cette future assemblée est "condamnée", et l'élection législative n'a pour fonction que de donner "un semblant de caution démocratique à un régime moribond".
En Kabylie, une grève générale a été observée depuis le 27 mai. Les principales routes permettant d'accéder à la région, et de nombreuses routes intérieures, ont été coupées par des barricades destinées à empêcher le déploiement des renforts policiers, à perturber la logistique du scrutin et à empêcher "l'envoi de faux électeurs pour bourrer les urnes", selon le FFS. Plusieurs mairies ont été fermées par la population, le plus souvent avec l'accord des municipalités, elles aussi opposées au scrutin, dans les wilayas de Bouira, Tizi Ouzou et de Bejaïa. Des däiras (sous-préfectures) ont elles aussi été fermées par la population. D'importants renforts policiers et militaires ont été acheminés en Kabylie (15'000 militaires, gendarmes et policiers pour la seule wilaya de Tizi Ouzou), ce qui n'a pas empêché le boycott électoral de déployer ses effets, et la plupart des bureaux de vote de rester fermés. Le FFS et les comités citoyens locaux ont accusé le pouvoir d'avoir tenté de contourner le boycott kabyle en dépêchant par cars entiers des "faux électeurs" dans la région. Plusieurs cars transportant des civils ont en effet été bloqués et attaqués, parfois incendiés, par des manifestants, mais les autorités assurent qu'ils transportaient des renforts policiers et non des électeurs (ce qui revient cependant au même, les policiers votant sur les lieux de leur affectation, en tant que "corps constitué"). Le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, a prédit le 28 avril que "le vote des corps constituée en Kabylie et la région du Centre révélera le taux de militarisation dans la région", puisqu'en Kabylie en tous cas, ces corps (l'armée, la police, la gendarmerie) seront les seuls à voter.
(Corr 30.5 / Algeria-Interface 31.5 / AFP 1.6 / El Watan, La Tribune, Le Matin, Le Quotidien d'Oran, Le Jeune Indépendant 3.6) En ce qui concerne la régularité du scrutin du 30 mai, de nombreuses allégations de fraude ont été faites avant, pendant et après le scrutin, et des centaines de recours ont été déposés, venant d'à peu près tous les partis en lice (mêmele FLN). Dans la wilaya de Tizi Ouzou, le FFS signale qu'une urne contenant des bulletins FLN a été retrouvée à Aït Yahia au domicile d'un candidat du FLN (puis brûlée par les citoyens). A Alger, un scrutateur du FLN a saisi un procès-verbal de dépouillement signé "à blanc" sur la représentante d'un parti concurrent. A Aïn Defla et Batna, le FLN a continué à mener ouvertement campagne alors que le vote avait commencé depuis plusieurs heures. Dans la wilaya de Sétif, après que des locaux de vote aient été envahis par des citoyens, deux urnes bourrées de bulletin FLN ont été retrouvées. A Annaba, El Islah affirme que des bulletins du parti étaient proposés barrés aux électeurs, et qu'un scrutateur a été surpris en flagrant délit de bourrage d'une urne. Dans la wilaya de Chlef, le PT dénonce des bourrages d'urnes et des indimidations à l'égard de ses représentants.
Le chef du parti islamiste Ennahda, Lahbib Adami, qui n'a pu obtenir qu'un seul siège (à Constantine) à l'Assemblée, a dénoncé la fraude qui selon lui explique la déroute de son parti, victime d'une "conspiration planifiée en vue de (le) balayer". Adami accuse le pouvoir, les "laïcs et les ennemis de la réconciliation nationale" d'avoir volontairement privilégié la formation islamiste concurrente, le MRN d'Abdallah Djaballah (issu lui-même d'Ennahda, dont il avait été le leader pendant des années), laquelle a obtenu 43 sièges. Ennahda, qui accuse Djaballah d'avoir été utilisé à trois reprises par le pouvoir pour affaiblir d'autres partis islamistes (le FIS en 1991, Wafa en 1999 et Ennahda en 2002), et qui accuse également le FIS de l'avoir affaibli en lançant des appels au boycott des élections, a déposé des recours au Conseil constitutionnel. Lahbib Adami a affirmé que son parti était donné gagnant dans des "sondages officiels" et avait été spolié de trente sièges (ce qui d'âilleurs, même si tel était réellement le cas, ne ferait de lui que le cinquième parti de l'Assemblée par nombre de sièges) et a annoncé qu'il passait dans l'opposition, sans pour autant remettre en cause son soutien à la réconciliation nationale.
Le MRN de Djaballah lui-même a déposé trois plaintes et quinze recours contre les résultats à Annaba, où il accuse notamment un responsable de la Commission de surveillance des élections d'avoir agressé l'un des candidats du parti, à Berrahal, le FLN d'avoir fait circuler des listes MRN nulles et un scrutateur d'avoir bourré des urnes à El-Bouni. Abdallah Djaballah estime que son parti a été spolié d'"au moins 50 sièges". Pour faire bonne mesure, le MSP de Mahfoud Nahnah affirme, lui, avoir été privé par la fraude d'une centaine de sièges.
A Chlef, c'est le Parti des Travailleurs qui s'estime dépossédé d'un siège et dépose un recours : le PT estime que plus de 2300 suffrages lui revenant ont été détournés au profit d'autres partis ou des indépendants.
De même, le chef du Rassemblement patriotique républicain (RPR, 0,68 % des suffrages, aucun élu), Abdelkader Merbah, a qualifié le scrutin de "trahison" et accusé le pouvoir d'avoir fait jouer à son parti "le rôle de figurant". Du coup, le RPR demande l'annulation du scrutin. Il évalue la participation à la moitié du chiffre officiel, dénonce des cas de fraude dans les wilayas d'El Bayadh et de Djelfa.
Le Mouvement national de la jeunesse algérienne (MNJA) crie lui aussi à la fraude, et son secrétaire général Omar Bouacha affirme qu'au moins 26 sièges qui lui revenaient "ont été détournés au profit du FLN et du RND". Le MNJA a déposé 45 recours auprès du Conseil constitutionnel. Pour lui, le taux de participation nationale n'a pas dépassé les 25 %, et les 15 % à Alger.
Pour le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, FFS, le taux réel de participation au plan national se situerait entre 15 et 20 %, et pour le président du RCD, Saïd Sadi, il se situerait autour de 20 %.
Les résultats électoraux en Kabylie, où le taux de participation n'a pas dépassé 2 %, où la plupart des bureaux de vote n'ont pas pu fonctionner (ou ont été fermés une heure après avoir été ouverts), pourraient être annulés. La décision de validation ou d'invalidation revient au Conseil constitutionnel. Le MSP (islamiste) demande d'ailleurs des élections partielles en kabylie. "La Tribune" se demande si une nouvelle commission d'enquête sur la fraude électorale ne devrait pas être nommée (mais le rapport de la précédente, portant sur les élections de 1997, "truquées" de l'avis à peu près général au profit du RND, n'a jamais été rendu public). Le quotidien relève en outre que les candidats sortants n'ont pas présenté leur déclaration de patrimoine (revenus, fortune, propriétés)
Nous, délégués du mouvement citoyen né des événements du Printemps noir 2001 en détention-otage dans les geôles du régime maffieux et assassin, dont certains d'entre nous depuis le 25 mars 2002. Conscients de la portée de cet ensemble d'actions concrétisées particulièrement dans la région de Kabylie, dans toutes les autres régions d'Algérie et à travers le monde entier par notre émigration (Paris, Bruxelles, Montréal, New York, Rabat, etc.) afin de soutenir le mouvement et mettre à nu les véritables desseins inavoués du régime en fin de règne. Prenant acte de la décision de grâce, au bénéfice uniquement des détenus de droit commun, prise par le Président de la République pour les besoins de la propagande et dont le seul souci est de sauver la tyrannie par le vote de la honte d'une Assemblée qui sera ni populaire ni nationale. Prenant acte, aussi, des déclarations du sinistre ministre d'Etat Zerhouni, déclarations prélude d'une fraude généralisée afin de violer et de confisquer la souveraine volonté du peuple algérien. Ce sinistre personnage, piégé par un journaliste du quotidien indépendant Le Matin concernant notre prise d'otage, assena « que rien n'est envisagé » quant à notre sort ; dévoilant ainsi le caractère éminemment arbitraire et illégal de notre enlèvement-séquestration. N'ayant pas le statut de droit commun, même le cours normal de la « justice » n'était pas affirmé. Nous, délégués détenus, soutenons les résolutions du conclave extraordinaire de la CADC tenu à Ifigha le vendredi 24 mai 2002, - exigeons la libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus à l'échelle nationale, issus des événements du Printemps noir (délégués, manifestants, militants, étudiants, etc.) - exigeons l'annulation pure et simple des poursuites judiciaires prononcées à l'encontre des détenus du mouvement, - exigeons la cessation de la campagne de chasse à l'homme sous couvert de mandats d'arrêt délivrés à l'encontre des citoyens et délégués du mouvement et des populations. Nous, délégués-détenus, en soutien à nos populations et représentants élus, décrétons et observerons une grève de la faim pour les journées des 28, 29 et 30 mai 2002.
La dissidence électorale du FFS et le boycott du RCD ont laissé en Kabylie le champ libre au FLN, qui, avec les quelques milliers d'électeurs des "corps constitués" (policiers, gendarmes et militaires) gagne 7 sièges dans la wilaya de Bejaïa et 9 dans celle de Tizi Ouzou.
Dans une conférence de presse, et dans une lettre adressée notamment le 29 mai au président du FFS, Hocine Aït Ahmed, ainsi qu'au président du RCD, Saïd Sadi, la porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, accuse "des militants du FFS, du RCD et du MDS, formellement identifiée, (de s'être) rendus coupables d'intimidations, de menaces et de provocations multiples visant à obliger (des candidats du PT) à retirer leurs candidatures" en Kabylie. Louisa Hanoune accuse des militants du FFS et du RCD d'avoir imposé sous la menace l'annulation d'une conférence du PT à Tizi Ouzou, d'inciter "des jeunes désespérés au lynchage de nos militants et candidats et de leurs familles", et de faire "convoquer" par les comités de citoyens les candidats du PT "pour leur signifier qu'ils doivent se retirer des élections", sous menace des "pires représailles". Louisa Hanoune ajoute qu'un groupe de personnes parmi lesquelles "se trouvaient des sympathisants et des militants du RCD , entraînés par un chanteur", d'avoir publiquement menacé d'égorger un membre du comité central du PT, d'origine kabyle et candidat à Alger. La porte-parole du PT évoque en outre une tentative d'aassassinat contre la tête de liste du PT à Bejaïa, Karim Boudjaoui, et dénonce l'"argumentaire ethniciste, raciste, opposant les Kabyles au reste de la population algérienne", qu'utilisent certains militants du FFS, et du RCD, partis qui, pour Louisa Hanoune, "portent l'entière responsabilité de la dégradation de la situation en Kabylie".
Saisi de cette lettre par Louisa Hanoune, et par le PT, le FFS a fait savoir qu'il avait "immédiatement demandé les noms des militants impliqués dans ces graves dérapages", et que "si ces accusations venaient à être confirmées, (ces) militants seraient immédiatement radiés" du parti, "puisque le FFS, parti politique pacifiste dans son essence, ne peut tolérer ce genre de dérapages, et encore moins que soit remise en cause l'intégrité populaire ou territoriale du pays". Hocine Aït Ahmed répondra en outre personnellement à Louisa Hanoune.
(CCFIS, Algeria-Interface 31.5 / AFP, Reuters 1.6 / Le Monde 2.6 / L'Expression, El Watan, Liberté, Le Quotidien d'Oran 3.6) Le résultat surprenant des élections législatives du 30 mai ( surprenant par l'ampleur de la victoire du FLN, l'ampleur de la défaite du RND, le succès du MRN Abdallah Djaballah et l'effondrement d'Ennahda, ainsi que le succès du Parti des Travailleurs, et enfin le succès des appels au boycott et à l'abstention) a suscité d'innombrables commentaires dans la presse et les milieux politiques algériens, mais un intérêt beaucoup plus mesuré au sein de l'opinion publique.
Devant le Conseil de l'Internationale Socialiste, réuni les 31 mai et 1er juin à Casablanca, le président du Front des Forces Socialistes, Hocine Aït Ahmed, a prononcé un discours qualifiant les élections du 30 mai de "mascarade" ne mobilisant que "quelques chasseurs de primes de députés dans un Parlement sans nul pouvoir".
La Coordination des aârchs, daïras et communes de Tizi Ouzou a salué "la formidable mobilisation de la population", qui a réussi, malgré la répression, à infliger au "pouvoir mafieux et assassin (...) le plus cinglant camouflet" depuis l'indépendance. La CADC constate, au vu du taux national de participation (c'est-à-dire de l'abnstention de la majorité des électeurs de tout le pays) que le refus kabyle est partagé par "l'écrasante majorité des Algériens". La coordination rejette enfin "dans le fond et dans la forme" les résultats des élections.
Pour "Algeria-Interface", avec la majorité absolue obtenue par le FLN, le président Bouteflika "dispose désormais d'une véritable majorité parlementaire" et n'a plus besoin de "composer avec les partis de l'opposition, notamment islamiste".
Pour le Conseil de coordination du FIS, "ces élections (...) ont officialisé la rupture entre le peuple et les dirigeants propulsés aux commandes du régime algérien par les coups d'Etat et la fraude", et menacent même "l'intégrité territoriale" de l'Algérie, compte tenu de l'abstention presque totale de la Kabylie (ou les "corps constitués" et les représentants du pouvoir central ont été quasiment les seuls à voter). Le CCFIS voit tout de même "une lueur d'espoir" dans ces résultats : "cette fois-ci la cassure entre le 'régime' et le peuple est réelle et ne pourra être comblée que par un changement de régime, donc la fin de la dictature des généraux"... "l'autre option serait de changer de peuple !".
"Liberté" évoque un "retour au parti unique", le FLN étant supposé désormais contrôler "les organes de l'Exécutif et le Parlement" (le président Bouteflika est en effet issu du FLN, dont le chef est le Premier ministre Benflis). Plusieurs quotidiens considèrent cependant que les résultats officiels rendent compte de conditions de régularité du scrutinacceptables : pour "Ech courouk" (islamiste), "les législatives de 2002 ont été de loin moins 'sales' que celles de 1997", et "Le Quotidien d'Oran" crédite le pouvoir "d'avoir tenu ses engagements quant à la régularité du scrutin".
En France, "Le Monde" considère que "pour la première fois depuis le début des années 1990, les résultats d'élections algériennes sonnent juste" et reflètent "le paysage politique algérien", en illustrant le fait que "les Algériens ne croient plus à leur système de représentation politique. Ils ne le contestent pas, ils s'en désintéressent". Le quotidien français constate également l'"enracinement" du courant islamiste, qui a recueilli les suffrages d'un votant sur cinq, en l'absence du FIS interdit, et qui avait appelé à l'abstention. "Le Monde" signale d'ailleurs que le résultat du FLN a de curieuses ressemblances avec celui du FIS en 1991 : l'un comme l'autre obtiennent une majorité absolue des sièges avec un tiers de l'électorat, et moyennant (ou grâce à) un très fort taux d'abstention.
L'enjeu politique électoral suivant est celui des élections locales, prévues avant la fin de l'année. Se repose à ce sujet le problème de la Kabylie, qui n'est déjà plus représentée légitimement dans l'Assemblée nationales (les élus de Bejaïa et de Tizi Ouzou l'ont été en l'absence quasi totale des électeurs), et qui pourrait se retrouver sans aucune institution politique élue, à moins que les partis politiques majoritaires dans la région et qui ont boycotté les élections législatives (le FFS et le RCD) ne décident d'accepter des élections locales que, pour l'instant, les comités locaux et les aârchs disent vouloir également refuser (du moins, selon la coordination de Tizi Ouzou, "avant la satisfaction pleine et entière de la plate-forme d'El-Kseur". Le FFS, cependant, refuse de limiter son action et sa démarche à la seule Kabylie et défend un projet global de "sortie de crise". Quant au RCD, il plaide toujours pour la constitution d'une coalition de partis "démocrates" (dans la définition qu'il en donne) face au pouvoir. S'agissant des municipalités, le FLN demanderait leur "gel" jusqu'aux élections locales, selon "Le Quotidien d'Oran", et cela pour éviter que le RND, grand battu des législatives du 30 mai, mais grand vainqueur des précédentes élections locales (sauf en Kabylie, où elles sont majoritairement tenues par le FFS), ne brade les municipalités "avec une mentalité de liquidateur", alors qu'il est probablement encore plus discrédité au plan local qu'au plan national.
Le Premier ministre Ali Benflis a semblé annoncer, après le scrutin, la poursuite de l'expérience d'un gouvernement de coalition, en estimant qu'"aucun parti ne recèle en lui la capacité de régler seul la crise multiforme que traverse le pays". Ali benflis a été confirmé le 1er juin à la tête du gouvernement par le président Bouteflika, qui lui a demandé de former un nouveau gouvernement. Selon "Le Quotidien d'Oran", Ali Benflis voudrait remplacer le ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, particulièrement impopulaire, et à qui il est notamment reproché sa gestion de la crise en Kabylie mais en serait empêché par le président Bouteflika, qui vient de confier au ministère de Zerhouni la responsabilité une véritable direction générale de la sécurité intérieure, "coiffant" des domaines qui relevaient auparavant de l'armée -et faisant donc du ministre de l'Intérieur "le super patron de la sécurité en Algérie". Cependant, ajoute "Le Quotidien d'Oran", le président Bouteflika "ne semble pas tenir à Zerhouni (autant que) Zéroual tenait à Mohamed Betchine", et ne pourrait vouloir le garder que pour lui faire jouer un rôle de "fusible" assumant les décisions les plus impopulaires et les plus controversée (la répression en Kabylie, le refus d'agrément du parti Wafa, l'organisation des élections...).
Enfin, plusieurs quotidiens et observateurs estiment que la victoire du FLN de Benflis aux élections fait de l'actuel Premier ministre un sérieux prétendant à la succession de Bouteflika à la présidence de la République.
(El Ribat 2.6 / CCFIS, AFP 3.6 / Corr 4.6 / Le Monde, Le Matin, Le Quotidien d'Oran 5.6 / La Tribune, Le Matin, El Watan, Le Jeune Indépendant 6.6) Les résultats des élections législatives du 30 mai ont été validés le 3 juin par le Conseil constitutionnel, y compris les résultats obtenus en Kabylie avec une participation inférieure à 3 % (1,84 % dans la wilaya de Tizi Ouzou, 2,62 % dans celle de Bejaïa), ce qui a provoqué l'élection d'une trentaine de députés supposés représenter la Kabylie, mais n'y ayant obtenu que quelques centaines de suffrages (ceux des policiers, militaires, gendarmes et fonctionnaires qui ont pu voter dans des locaux protégés). Dans ces conditions, le Parti des Travailleurs de Louisa Hanoune a pu arracher quatre sièges en Kabylie, le FLN s'adjugeant une quinzaine de sièges. Dans la wilaya de Bejaïa, le FLN a obtenu sept sièges, le PT, le RND, le MRN (Islah) et une liste d'indépendant un siège chacun.
Les résultats validés par le Conseil constitutionnel diffèrent de ceux annoncée par le ministère de l'Intérieur au lendemain des élections : le RND perd un siège (il n'en obtient plus de 47) au profit des "indépendants", dont le score en suffrages est pourtant revu à la baisse. Le Parti des Travailleurs perd également des suffrages entre les résultats annoncés par le ministère et les résultats validés par le Conseil, mais sans perdre un seul siège. Le Parti du renouveau algérien (PRA) perd également des suffrages, mais garde le siège qui lui a été octroyé. Malgré tous ces suffrages perdus, la participation est supposée augmenter, passant de 46,09 % à 46,17 %. Commentaire du Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï : "Une absurdité mathématique a été transformée en décision constitutionnelle"... Pour le FFS, le taux de participation national réel n'a pas dépassé les 20 % (le président du Front National algérien, Moussa Touati, l'évalue, lui, à 35 % au plan national, soit également largement au-dessous du taux officiel). Ahmed Djeddaï relève en outre qu'en déclarant au soir de l'élection que "c'est la première fois que l'Algérie a organisé une élection propre et honnête et dans une transparence totale", le ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, a reconnu que "tous les précédente scrutins ont été organisés avec une fraude massive", y compris l'élection du président Bouteflika. Dans un communiqué, le FFS estime que le Conseil constitutionnel, "façade institutionnelle du pouvoir militaro-financier", n'a fait que valider "un coup de force électoral". Le FFS rappelle d'ailleurs que l'actuel (et nouveau) président du Conseil constitutionnel, Mohamed Bedjaoui, se trouve avoir été président de la Commission nationale "indépendante" de surveillance des élections présidentielles (CNISEP) de 1999, dont le ministre de l'Intérieur vient donc de reconnaître qu'elles avaient été entachées de fraude. Quant aux députés élus le 30 mai, le FFS les considère comme des "chasseurs de primes qui participeront à la mangeoire et à la rapine alors que le peuple continue de vivre dans la misère, l'injustice et l'insécurité".
La Coordination intercommunale de Bejaïa a réagi à la proclamation officielle des résultats, validant ceux de Kabylie, en la considérant comme une provocation. Pour le porte-parole de la CICB, le pouvoir a "choisi de perpétuer la crise et de compromettre, encore une fois, toute chance d'arriver à des solutions".
Après le succès des appels au boycott et à la "dissidence électorale" lancés en Kabylie, ce sont les élus locaux de la région, membres du FFS et du RCD (le premier appelant à la "dissidence", le second au boycott) qui se retrouvent dans le colimateur du pouvoir central. Plusieurs d'entre eux ont été suspendus par l'administration, d'autres sont sous le menace de poursuites judiciaires, alors que les représentants de l'Etat central sont, eux, menacés par les comités locaux de Kabylie pour avoir participé à l'organisation des élections. Des responsables locaux apparemment insoupçonnables sont eux-mêmes victimes de sanctions de la part des autorités centrales, comme le directeur de la Protection civile de la wilaya de Tizi Ouzou, relevé de ses fonctions apparemment pour le punir de l'abstention massives des pompiers lors des élections (15 votants sur plus de 600 inscrits).
Les mesures de rétorsion décidées par les autorités centrales (par l'intermédiaire des préfets) contre les élus locaux ont eu pour premier effet de susciter des manifestations de soutien du mouvement populaire et des comités locaux aux élus locaux, et cela alors même que les aârchs et leurs coordinations appellent au boycott, une fois encore, des élections locales prévues pour avant la fin de l'année dans toute l'Algérie, Kabylie comprise. A Draâ Ben Khedda (w. Tizi Ouzou), le président de l'Assemblée populaire communale (Maire) a été entendu le 5 juin par la police suite à la plainte déposée par le wali (préfet) en conséquence du refus du Maire (FFS) de participer à l'organisation des élections législatives. Plusieurs maires FFS de la région, et des responsables nationaux du parti, se sont solidarisés avec leur camarade et ont tenu un sit-in devant le siège de la Sûreté. Le Maire (FFS) de Tizi Ouzou a lui aussi été convoqué par la police, ainsi que le maire de Bouzeguène. A Azeffoun, la coordination des villages a appelé à un sit-in de soutien au Maire, poursuivi en justice par le wali et suspendu de sa fonction de maire. La population a signifié son refus de voir la commune dirigée par un fonctionnaire nommé par l'administration (un DEC), sur le même mode que celui qui avait prévalu lorsque le pouvoir avait limogé les municipalités islamistes élues dans le reste de l'Algérie au début des années '90. Six maires sont poursuivis par le wali de Tizi Ouzou pour leur refus de participer aux élections : ceux de Souamaâ, Bouzeguène, Draâ Ben Khedda, Idjeur, Aït Mahmoud et Azeffoun. Les 47 maires FFS de la wilaya se sont réunis le 5 mai à Draâ Ben Khedda pour décider des formes et de la nature de la riposte des autorités locales élues à l'offensive du pouvoir central. Les municipalités FFS et RCD de Kabylie se retrouvent ainsi menacées des mêmes mesures qui avait frappé les municipalités islamistes dans le reste du pays, mesures que le FFS avait condamnées au nom du respect des choix démocratiques des citoyens qui avaient effectivement élu des municipalités FIS, mais auxquelles le RCD avait applaudi au nom de la "défense de la République" contre l'islamisme.
De l'offensive du pouvoir central contre les pouvoirs locaux en Kabylie, le RCD tire aujourd'hui la conclusion qu'il faut aller "vers une véritable régionalisation" pour éviter "la voie nationaliste kabyle", selon les termes du député sortant Tarek Mira. Le gouvernement aurait précisément un projet de "régionalisation" à présenter à la nouvelle assemblée, sous le couvert d'un projet de réforme de l'Etat et de décentralisation. Par contre, le Front des Forces Socialistes (partisan d'une décentralisation poussée, mais la situant dans le cadre d'une réforme globale, après sortie de crise) considère, par la voix de son Premier secrétaire Ahmed Djeddaï, que "le règlement de la crise en Kabylie ne peut passer que par le réglement de la crise nationale", et qu'un débat sur la réforme de l'Etat "ne peut se tenir que dans un climat serein". Dans un entretien au "Matin", Ahmed Djeddaï déclare que la validation des résultats de l'élection par le Conseil constitutionnel "est une provocation faite à toutes les régions du pays, particulièrement celle du Centre qui n'a pas voté".
Le bulletin de la délégation exécutive du FIS à l'étranger, "El Ribat", écrit que "l'annulation des législatives de 1991 et la tenue de celles du 30 mai 2002 participent de la même stratégie de pourrissement, de la même volonté de radicaliser les positions et de pousser les jeunes contestataires à utiliser la violence", et constate une sorte de retour au parti unique : "l'ex-parti unique (...) redevient ce qu'il était : un parti unique détenant tous les pouvoirs. Il a entre ses mains l'armée, la présidence de la République, l'Assemblée nationale, le Sénat, l'Administration, les collectivités locales, la magistrature etc...". Et le bulletin de la tendance de Rabah Kébir du FIS considère que "ce pouvoir restitué, le FLN le doit au RCD et à la "société civile" qui se sont trompés d'ennemis, de stratégie,de pays et de peuple". L'autre tendance du FIS, le Conseil de coordination (CCFIS) d'Ahmed Zaoui, évoque également le retour au "parti unique" et un "retour en arrière vers l'ère du monopartisme et de la langue de bois" : "les Algériens se réveilleront le plus simplement du monde avec un Président FLN, un Premier ministre FLN, un Président de l'Assemblée nationale FLN, un Président du Sénat FLN"... Le CCFIS décèle dans le résultat d'élections "organisées à marche forcée" les signes de "la nouvelle recomposition du champ politique" dessinée par "le gouvernement de l'ombre", qui n'a pas hésité à favoriser deux formations signataires du Contrat national de Rome, jusque là dans l'opposition, et remerciées comme "partis faire-valoir" (le CCFIS ne cite pas ces formations, mais il ne peut s'agir que d'El Islah -créée le fondateur d'Ennahda, Abdallah Djaballah, signataire du Contrat de Rome- et du Parti des Travailleurs).
Plusieurs partis continuent de contester les résultats officiels, validés par le Conseil constitutionnel, de l'élection du 30 mai : le Parti des Travailleurs revendique deux sièges supplémentaires à Stif, et conteste les conditions de la supervision du scrutin dans les wilayas de Khenchela, Batna et Jijel. Le Front National algérien s'estime quant à lui privé par la fraude de deux à quinze sièges (il en a obtenu huit), et annonce qu'il espère conquérir entre 60 et 70 municipalités et faire élire entre 1000 et 1500 conseillers municipaux lors des prochaines élections locales.
(AP, L'Expression, La Tribune, APS 3.8 / L'Expression, La Tribune, Liberté, El Moudjahid, Le Jeune Indépendant, El Watan, Le Matin 4.8 / El Watan, Liberté, Le Matin 5.8) Le Front des Forces Socialistes, principal parti d'opposition et principal parti de Kabylie, a annoncé sa participation, conditionnelle, aux élections locales du 10 octobre, au terme du Conseil national du parti les 2 et 3 août à Alger. Le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, a expliqué que le FFS avait finalement accepté de participer aux élections car il avait reçu "des assurances de la part de responsables au sommet de l'Etat pour que tous les détenus de la dissidence citoyenne soient libérés prochainement", ce qui est une condition de la participation du parti aux élections du 10 octobre. Cette mesure de libération, exigée par le FFS et par le mouvement citoyen en Kabylie, doit concerner non seulement les détenus de Kabylie, mais également des autres régions. Le FFS exige en outre des mesures d'apaisement dans tous les domaines et dans toutes les régions : libération des militants des droits de l'homme injustement incarcérés, levée de l'interdiction des marches, arrêt des provocations, des agressions et de la répression contre la population, levée du dispositif sécuritaire d'exception en Kabylie, arrêt du harcèlement judiciaire contre les Maires FFS, levée de l'entrave à la reparution du journal du parti, "Libre Algérie". Quant à la levée de l'état d'urgence, que le FFS réclame également, il en réitère la demande, mais n'en fait pas une condition de sa participation au scrutin.
Le Premier secrétaire du FFS a confirmé que pour le FFS, et contrairement aux élections législatives du 30 mai, les municipales sont un enjeu capital, car les municipalités peuvent être un instrument de protection de la population, de défense de ses intérêts, de lutte contre la prédation politique et économique, contrairement à un parlement qui n'est qu'un "parlement croupion" à qui le pouvoir ne laisse aucune possibilité de seulement débattre, et à plus forte raison d'influer sur les choix politiques. Le FFS affirme en outre sa volonté d'éviter que la Kabylie ne soit enfoncée dans l'aventure, les massacres et le chaos par l'abandon de toute institution élue. Ahmed Djeddaï a évoqué le risque d'une "tchétchénisation" de la Kabylie, et d'une rupture de l'unité nationale algérienne.
La décision du FFS "change la donne" en Kabylie, constate "L'Expression", même si une majorité des porte-paroles des aârchs et des coordinations locales de Kabylie sont partisans de la reproduction, pour les élections locales, du boycott qui avait marqué les législatives de fin mai. L'engagement électoral du FFS, si les conditions qu'il y pose sont respectées par le pouvoir, devrait entraîner celui du RCD (qui n'a pas encore pris position et devrait le faireà la mi-août), et par conséquent empêcher les partis politiques qui ont profité du boycott des législatives de prendre la place des principaux partis kabyles. Seuls le Parti des Travailleurs et, peut-être, le FLN, peuvent avoir quelque chance de gagner des sièges (mais vraisemblablement aucune municipalité) en Kabylie, si le FFS, suivi par le RCD, participe aux élections dans la région. C'est d'ailleurs aussi pour éviter la prise des municipalités kabyles par des partis dépourvus de toute représentativité dans la région, et un retour à "la gestion maffieuse des municipalités" par de purs agents du pouvoir, que le FFS a décidé de participer, si les conditions qu'il pose sont satisfaites, aux élections. Ahmed Djeddaï a en outre précisé que les listes du parti seront "ouvertes à la société civile, voire à des partenaires sociaux, et peut-être aussi à des personnalités politiques".
Une première, et symboliquement la plus importante, des conditions posées par le FFS à sa participation aux élections (conditions dont le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a estimé qu'elles n'étaient pas "gênantes") été apparemment remplie par l'annonce, le 4 août, et par le président Bouteflika lui-même de la libération des détenus, sans que l'on sache cependant s'il s'agira de tous les détenus ou seulement de ceux qui ont été jugés. La présidence de la République avait d'ailleurs envoyé un "émissaire" au FFS dès le 1er août pour entendre de celui-ci conditions qu'il posait à sa participation électorale. Ahmed Djeddaï avait cependant précisé que la libération des détenus ne sera pas suffisante pour régler la crise en Kabylie, mais qu'elle était néanmoins une condition de ce règlement, et qu'elle était indispensable à la tenue des élections dans la région : "il est incompatible d'organiser le scrutin avec le maintien des détenus en prison". Le Premier secrétaire du FFS a également précisé que si les exigences du FFS n'étaient pas satisfaites, le parti pourrait se retirer "à n'importe quel moment" de la course électorale à laquelle il s'est déclaré prêt à participer.
Dans son message au Conseil national de son parti, Hocine Aït Ahmed a estimé que "l'obligation morale et politique d'aider le mouvement de la dissidence citoyenne pacifique et nationale à conquérir le pouvoir local, impose de sauver les quelques jeunes et adolescents que les manipulateurs (...) poussent à la violence et à la stratégie de la terre brûlée".
La question est maintenant de savoir quelle sera l'attitude des aârchs et comités locaux, et de leurs coordinations, et si, après plus d'un an de conflit en Kabylie, ces structures disposent encore d'un pouvoir de mobilisation suffisant pour provoquer un boycott en affrontant le parti historique de la région -un parti qui a, depuis sa création, été dans l'opposition, et a, comme les aârchs eux-mêmes, été la cible ces derniers mois de la répression du pouvoir central, avec notamment des inculpations de maires. Au sein de la population, un sentiment de lassitude semble de plus en plus prévaloir après ces quatorze mois de conflit. La décision du FFS de participer, même conditionnellement, aux élections locales, a toutefois surpris la population de Kabylie, même si de nombreuses personnes interrogées par les journaux disent la soutenir, et regretter que les aârchs et les comités locaux aient pris "précipitamment" la décision d'appeler au boycott des élections. D'autres, cependant, considéraient (avant que l'annonce soit faite par la présidence de la République de la libération des détenus) qu'il s'agissait d'une "déclaration de guerre au mouvement des arouch", et mettent en avant la condition de la "satisfaction pleine et entière de la plate-forme d'El-Kseur". La plupart des personnes interrogées soutiennent par contre les conditions posées par le FFS à sa participation. Les coordinations des aârchs et comités locaux avaient quant à elles installé une commission chargée d'étudier les modalités de mise en oeuvre du boycott des élections. Des représentants de la Coordination intercommunale de Bejaïa, réagissant à la décision du FFS avant que soit annoncée la libération des détenus, se sont déclarés surpris du choix du FFS, et y voient "un coup sévère (pour) la dynamique citoyenne". La Coordination de Tizi Ouzou a quand à elle dénié le droit à quiconque de négocier la libération des détenus, mais précisé que "le rejet de toutes les consultations électorales par le mouvement citoyen ne constitue pas un objectif, mais un moyen de pression sur les tenants du régime totalitaire et dictatorial" (ce qui correspond d'ailleurs également à la conception que le FFS défend de la "dissidence électorale citoyenne", non comme un but en soi mais comme l'élément de la constitution d'une alternative. Le secrétaire national du FFS Zaher Ben Adda a d'ailleurs déclaré que "la participation peut exprimer également une autre forme de rejet", visant à "remplacer la politique des armes par l'arme de la politique"). La coordination a réaffirmé le caractère "autonome" du mouvement à l'égard du pouvoir, des institutione et des partis politiques. L'un de ses porte-paroles, Belaïd Abrika, a ajouté que "le FFS est un parti autonome, libre dans ses choix et ses prises de décisions", (pour le FFS, Zaheb Ben Adda dit également que le parti respecte le point de vue des aârchs), mais Abrika assure que la décision du FFS ne changera pas celle de la coordination, de rejeter "toute échéance électorale" jusqu'à satisfaction de la plate-forme d'El-Kseur. Dans un entretien au "Jeune Indépendant", un représentant du Comité de la société civile d'El-Kseur, Kamel Gherbi, a cependant plaidé pour le dialogue, et demandé que la volonté de dialogue affichée par le gouvernement se traduise par des "mesures d'apaisement (...) en premier lieu la libération de tous les détenus". Le Premier ministre Benflis a quant à lui annoncé "une initiative forte" avant les élections d'octobre, sans en préciser la teneur, et le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a qualifié de "courageuse et responsable" la décision, même conditionnelle, du FFS.
Dans la presse, les commentaires sont eux aussi contradictoires. Le commentateur de "Liberté", M. Hammouche, considérait (avant l'annonce de la libération des détenus) la décision du FFS comme "la première victoire politique notable" sur le mouvement populaire kabyle depuis mai 2001. "Le Matin" accuse, sur le même ton, Hocine Aït Ahmed de "voler au secours de M. Bouteflika" (contre qui ce quotidien, avec d'autres, est entré en campagne virulente depuis des mois). Pour "El Watan", la décision du FFS, suivie de l'annonce de la libération des détenus, met "les aarchs devant une situation inédite", en brisant l'apparente unanimité kabyle.
(El Moudjahid 4.8 / El Watan, Liberté 5.8) Une sous commission chargée de "l'action médiatique, de la sensibilisation civique et de l'organisation de la couverture médiatique" des élections locales (municipales et wilayales) du 10 octobre a été installée par le ministre de la Communication, Khalida Toumi (Messaoudi) le 1er août. Quant au président de la République, il a reçu le 4 août, séparément, les principaux responsables des partis (FLN, RND, El Islah, FFS, les autres partis -FN, PT, RCD, ANR, Nahda, PRA- ayant également été invités à ces consultations engagées pour la préparation des élections. Le président Bouteflika a insisté sur "l'importance d'une participation massive des citoyennes et citoyens".
(L'Expression 22.8 / Liberté, L'Actualité, Le Matin, Liberté 24.8 / El Watan, Le Matin 25.8) A la clôture du délai de dépôt des listes, le 20 août, le ministère de l'Intérieur a annoncé que, pour les municipales, 24 partis politiques avaient déposé 7495 listes de candidats dans les 48 wilayas du pays, listes de partis auxquelles s'ajoutent 537 listes "indépendantes". Pour l'élection des assemblées populaires de wilayas (Conseils généraux), 25 partis ont déposé 507 listes, auxquelles s'ajoutent 38 listes "indépendantes". Selon les chiffres du ministère, le nombre des listes et des candidats est supérieur en 2002 à ce qu'il avait été en 1997, lors des précédentes élections locales.
Lors d'une conférence de presse, le 21 août, le MSP (islamiste)s'est demandé "qui contrôle l'administration qui encadre le prochain scrutin ?", manière d'annoncer d'ores et déjà que ces élections seront entachées de fraude. Le MSP dénonce la présence dans la commission de contrôle des élections de partis non représentatifs, et demande que seuls les partis présentant des candidats dans au moins 24 wilayas soient représentés dans ces commissions.
Au sein de plusieurs partis, des contestations s'expriment à l'égard de la composition des listes. Au sein des RND, des militants des wilayas de Sidi Bel Abbès, Sétif (dans la commune d'El Eulma) et de Blida (dans la commune d'El Affroun) dénoncent la désignation comme tête de liste d'élus sortant accusés de divers délits. A Tebessa le maire actuel dénonce sa non-reconduction comme tête de liste et à Cheria, tous les candidats se seraient retirés des élections. A Constantine,plusieurs centaines de membres du parti en auraient démissioné pour protester contre la composition de sa liste, et une vingtaine de candidats se seraient retirés. A Azazga, des militants du FFS contestent la reconduction du Maire sortant comme tête de liste, et menacent de démissionner collectivement du parti. Dans la wilaya de Bejaïa, le FFS pourrait ne pas déposer de listes dans une dizaine de communes (il assure cependant qu'il sera présent dans toutes les communes de la wilaya). Il ne déposera pas non plus de liste pour l'assemblée de wilaya d'Oran (où il présentera cependant des listes municipales, notamment à Oran et Mers El Kebir). Le FLN sera quant à lui absent de plusieurs dizaines de communes dans les wilayas de Tizi Ouzou, Bejaïa et Bouira. Le RND ne présentera de listes que dans quatre cvommunes de la wilaya de Bejaïa. Les partis islamistes (MSP, Nahda, Islah) seront également absents dans la plupart des communes. Du côté des islamistes également, des contestations internes s'expriment : les militants du MRN de Bachdjerrah ont ainsi dénoncé le "classement" des candidats sur la liste, et les candidats qui s'estiment mal classés ont annoncé qu'ils allaient se retirer de la liste. Même type de contestation à Bab El Oued, où 17 candidats du MRN se sont retirés de la liste. Dans la wilaya d'Oran, des candidats dénoncent l'utilisation des moyens de l'Etat à des fins électorales par des élus sortants, notamment à Arzew et Bethioua.
(L'Expression, L'Actualité 28.8 / Le Matin, Le Quotidien d'Oran, Liberté 29.8) La décision du FFS de participer aux élections locales d'octobre a placé le parti dans la ligne de mire de ces nombreux adversaires politiques, notamment en Kabylie. Le siège du parti à Tizi Ouzou a été cambriolé dans la nuit du 26 au 27 août, le matériel informatique, la documentation, la liste des candidats et le fax volés. Les sièges du FFS d'El Kseur et Bejaïa avait déjà été cambriolés. Parallèlement, plusieurs journaux annoncent quasiment l'"implosion" du FFS à Tizi Ouzou, à partir du mécontentement suscité par les composition des listes électorales (trois secrétaires fédéraux de Tizi Ouzou se seraient retirée des listes, pour protester contre le fait qu'ils n'y figurent pas en tête). Le Secrétaire national du FFS Yekhlef Bouaïche, pour qui ce qui se passe à la fédération de Tizi Ouzou est "une chose tout à fait normale dans la vie d'un parti à la veille d'une échéance électorale", qualifie ce mécontement (qui pour lui prouve la "vitalité au sein du parti") d'"épiphénomène", et explique que "le FFS ne peut pas exaucer les voeux de tous". L'un de ceux dont la démission du parti avait été annoncée, l'avocat Kaci Rahem, a démenti cette "information", précisé qu'il restait membre du Conseil fédéral de Tizi Ouzou et responsable de la commission politique chargée des élections locales et affirmé qu'il continuera a assumer ses responsabilités militantes au sein du FFS et qu'il soutenait pleinement la liste de son parti. De même, le porte-parole du FFS, Ikhlef Bouaïche, a démenti formellement les "informations" annonçant la dissolution du Conseil fédéral de Tizi Ouzou.
Le FFS devrait être présent avec des listes électorales dans toutes les communes de la wilaya de Bejaïa et dans au moins 63 des 67 communes de la wilaya de Tizi Ouzou (et peut-être également dans les quatre communes où il semblait avoir eu de la peine à boucler ses listes). Le FFS présente également des listes dans 21 des 43 communes de la wilaya de Bouira (où il reconnaît un défaut d'implantation dans la région arabophone) et dans 33 des 52 communes d'Alger. Au total, le FFS sera présent dans 40 des 48 wilayas du pays pour l'élection des APW, et dans un tiers des communes à l'échelon national pour l'élection des APC.
A Tizi Ouzou même, la liste sera conduite par Omar Cherrak, et la liste pour l'APW (Conseil général) par le maire sortant d'Aïn Zaouia, Aïssat Rabah. Selon "Le Matin", des candidats FFS se seraiernt désisté à Irdjen, Aït Khelili et Oboudrarène, sans que l'on sache précisément si ces désistements sont dus à des raisons personnelle, à une contestation politique ou aux pressions des adversaires de la participation aux élections : la coordination de Larbâa Nath Irathen a averti (et menacé) dans une déclaration : "les candidats récalcitrants qui persistent dans leur entreprise dangereuse", à savoir précisément être candidats, qu'ils "assumeront seuls les conséquences qui en découleront". La coordination intercommunale de Bejaïa a décidé de dissuader tout citoyen voulant se porter candidat sur la liste d'un parti de le faire. A Tibane (w. Bejaïa), les sièges du FFS et du RCD ont été saccagés et incendiés le 27 août après un meeting "antivote" de la coordination intercommunale. Pour autant, le porte-parole du FFS, Ikhled Bouaïche, a assuré : "Nous n'avons pas de problème avec le mouvement citoyen, mais avec le pouvoir et ses relais".
(El Moudjahid 29.8) Le président Bouteflika a adressé le 27 août une "instruction" en sept points au gouvernement, aux walis (préfets) et aux chefs de daïras (sous-préfets) visant à "garantir la liberté et la transparence" aux élections locales du 10 octobre. Le porésident insiste sur la nécessité de la "stricte conformité avec la loi" des dossiers de candidature, sur les "conditions nécessaires à une campagne électorale équitable" (media, meetings, manifestations), sur "l'interdiction de l'usage des moyens de l'Etat à des fins partisane", sur la "réduction au minimum" des bureaux de vote itinérants et sur la "transparence" dans la désignation de l'encadrement des bureaux de vote. Il recommande que "les agents de la force publique n'accèdent aux bureaux de vote que sur réquisition" des responsables des bureaux, et seulement pour des "motifs de maintien de l'ordre public". Il demande la mise en place de "dispositifs pratiques" permettant aux représentants des partis et des candidats "d'exercer effectivement leur droit de contrôler toutes les opérations de vote, de dépouillement et de décompte des voix", et insiste enfin sur l'exigence d'impartialité de l'administration et de ses agents.
(Le Matin, Liberté, Quotidien d'Oran, El Watan 29.8) Six candidats du FLN à Irdjen ont annoncé leur retrait de la liste en accusant la tête de liste (vice-président de l'APC) d'avoir fait figurer leur nom sur la liste "à leur insu en usant d'un subterfuge déloyal". A Constantine, un groupe de militants a occupé le siège de la fédération (mouhafahda) du FLN pour protester contre "le mode de fonctionnement du parti au niveau de la wilaya, notamment la confection des listes électorales". A Mostaganem deux kasmas (sections) du FLN (Aïn Boudinar et El Haciane) ont dénoncé les listes concoctées par la fédération, et les candidats qui y sont présents.
A Hammam Bou Hadjar (w. Aïn Temouchent), un groupe de militants du RND et de candidats de ce parti aux prochaines élections locales ont annoncé qu'ils quittaient les rangs du parti, pour protester contre le "tribalisme" et le "copinage" qui, selon eux, ont présidé à la confection des listes électorales. A Sidi Ben Yebka (w. Oran), les membres du bureau communal ont annoncé leur démission pour protester contre les modifications apportées à la liste électorale par le bureau de wilaya. A Mostaganem, une liste de dissidents RND se présente. Le RND annonce présenter des listes pour les municipales dans toutes les wilayas d'Algérie, et dans 1409 communes sur 1541, mais reconnaît n'être présent que dans 6 communes sur 67 à Tizi Ouzou et 4 sur 52 à Bejaïa.
(L'Actualité 28.8 / La Tribune 29.8) Un peu plus d'un mois avant les élections locales, le président Bouteflika a annoncé que 349 Maires ont ou vont être poursuivis en justice (123 ont déjà été condamnés) , et ont été destitués, sous diverses accusations, allant de la "simple" incompétence à la corruption.
(El Ribat 28.8 / L'Expression, L'Actualité, Liberté, Le Matin, El Khabar 1.9 / La Tribune, El Watan, Le Matin, Liberté 2.9) En Kabylie, la coordination interwilayas a annoncé qu'elle mettra "en quarantaine" les candidats aux élections locales. Des parents de victimes des évènements de Kabylie ont par ailleurs estimé, dans un communiqué, qu'il était "indécent" de parler d'élections alors que les assassins de leurs enfants continuent de circuler librement.
En Kabylie, aucune formation politique n'a réussi à être présente dans l'ensemble des communes de la wilaya de Bejaïa, pas même le FFS, qui sera absent de quatre communes (mais il s'agit de communes de relativement faible importance : Tamokra, Tinebdar, Ighil Ali et Tala Hamza). Sur les 52 communes de la wilaya, le FFS a déposé des listes dans 48 d'entre elles. Douze partis seront présents dans la wilayas, ainsi qu'une vingtaine de listes indépendantes. Le FLN a réussi à déposer des listes dans 32 communes sur 52 et les "indépendants" (dont le très contesté maire et chef de milice de Tazmalt, Smaïl Mira) dans 20 communes. Les autres partis ne seront présents que dans quelques communes (quatre pour le RND, une seule pour le MSP et Islah), voire (comme le Parti des Travailleurs) pour la seule élection de l'Assemblée de wilaya (Conseil Général), où 11 partis et deux listes indépendantes sont en concurrence. La wilaya de Bejaïa comptait 418'000 électeurs inscrits avant la révision des listes électorales. Comme dans les autres wilayas de Kabylie, le résultat dépendra essentiellement de la possibilité qu'auront les citoyens désireux de voter de le faire, malgré ou contre le boycott de l'élection organisé par les aârchs. Si ce boycott ne se manifeste pas par des empêchements physiques, voire violents, du vote, tous les observateurs prédisent une victoire du FFS (qui détenait déjà la majorité des municipalités de la wilaya). Dans la wilaya de Bouira, le FFS sera présent dans 22 communes sur 45, ce qu'il explique par sa mauvaise implantation dans la région arabophone de la wilaya.
Les aârchs accentuent donc leur pression, à la fois sur les électeurs et les candidats, pour dissuader les premiers d'aller voter et forcer les seconds à retirer leurs candidatures. Dans la wilaya de Bejaïa, plusieurs candidats seraient ainsi contraints à renoncer à être présents sur les listes. A Aït R'zine, un candidats FFS sur la liste pour l'APW a ainsi été contraint au retrait "afin de ne donner l'opportunité à personne de nuire à (son) image de pédagogue (et d') éviter certaines situations qui peuvent mener à des conséquences indésirables". Selon "Liberté", trois candidats du FFS se seraient retirés à Tizi Rached et Aït Khelili. Pour autant, Ferdad Nacer n'adhère pas au boycott et rappelle cette sentence de Confucius : "Mieux vaut allumer une chandelle que maudire l'obscurité". Dans la wilaya de Bouira, la coordination des aârchs (CCCWB) a pris contact avec les partis (essentiellement de petits partis sans grand électorat, comme l'ANR ou le MDS, mais également avec le RCD) qui soutiennent le boycott, afin de coordonner les actions de rejet des élections.
Au sein du RCD, plusieurs militants et cadres du parti se sont présentés aux élections, sur des listes "indépendantes", malgré l'option du boycott décidée par la direction du parti. "Des mesures d'exclusion des rangs du parti se profilent déjà à l'horizon", annonce "L'Expression". Pour "L'Actualité", le RCD va tenter de mettre à profit la campagne "anmtivote" des aârchs, à laquelle il tente de "coller", pour "effacer toute trace de sa participation au gouvernement".
Le choix du FFS de participer aux élections locales continue d'être dénoncé par des forces politiques aussi contradictoires que la délégation exécutive du FIS (de Rabah Kébir) et le Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie de Ferhat Mehenni. Dans son bulletin "El Ribat", la DE-FIS accuse le FFS de "changer de stratégie comme d'autres changent de chemises", et de passer d'une stratégie d'opposition radicale à une position qui "sauve la mise" du pouvoir. Quant à Ferhat M'henni, porte-parole du MAK, il a annoncé son soutien au boycott des élections, s'est déclaré convaincu que si la Kabylie se retrouve dans une situation de "vide organisationnel" après le 10 octobre, les aârchs "géreront la situation à la place des APC" et a qualifié le choix du FFS de participer aux élections de "suicidaire et anti-kabyle".
Dans la wilaya d'Aïn Defla, une cinquantaine de recours déposée par des candidats dont les listes ont été rejetées par l'administration ont été acceptés le 1er septembre. Les décisions de rejet notifiées par le wali ont donc été annulées, pour des raisons formelles (non respect de la prolongation du délai de dépôt des candidatures, notamment). Le Secrétaire national du mouvement El Islah (islamiste) d'Abdallah Djaballah a dénoncé la "censure" par l'administration des listes du mouvement pour les élections locales, listes sur lesquelles plusieurs candidats (y compris des élus sortants) ont été invalidés pour des raisons diverses, dont la "menace pour l'ordre public". A Mérine (w. Sidi Bel Abbès), c'est une véritable émeute qui a été provoquée par la décision du RND de ne pas reconduire le Maire actuel à la tête de la liste pour les élections municipales. Plusieurs centaines de manifestants ont pris d'assaut la municipalité.
Dans la wilaya de Bechar, les membres du bureau du RND de Taghit ont démission en bloc du parti pour protester contre le choix "illégal" des candidats aux élections locales.
Dans la wilaya de Chlef, cinq listes "indépendantes" pour l'Assemblée de wilaya, et plusieurs pour les municipales, ont été rejetées par l'administration, pour des motifs divers (vol, détournement de fonds publics, faux et usage de faux, absence de programme, tentative de création de parti politique).
(L'Expression 4.9 / Quotidien d'Oran 17.8) Le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, a réaffirmé le 2 septembre à la télévision algérienne le soutien inconditionnel du FFS au mouvement citoyen et à toutes les luttes populaires pour les droits à la citoyenneté et à la dignité, en distinguant entre les aârchs et le mouvement citoyen, bien plus large que les premiers, et dont ceux-ci tendent actuellement à s'éloigner, quand ils ne s'y opposent pas. A l'accusation lancée par l'aile radicale des aârchs (et par les partis politiques qui la soutiennent, comme le MDS et le RCD), Djeddaï a répliqué que "les vrais traîtres sont ceux qui étgaient au gouvernement (comme le RCD, précisément), qui ont tout cautionné et qui n'ont quitté le pouvoir que onze longs jours après l'assassinat du jeune Guermah Massinissa et de dizaines d'autres martyrs". Djeddaï a également rappelé qu'au nombre des conditions posées par le FFS pour sa participation aux élections locales figuraient non seulement la libération des détenus du mouvement citoyen et l'arrêt des poursuites contre les élus locaux, conditions remplies, mais également des conditions politiques portant sur l'ouverture du champ démocratique, conditions non encore remplies. Le Premier secrétaire du FFS a affirmé que son parti rejetait "l'impunité pour ceux qui ont massacré en kabylie, mais aussi la vérité sur tout ce qui s'est passé durant ces 12 dernières années", sans parler des centaines de militants du FFS victimes de la répression depuis 1963. Ahmed Djeddaï affirme en outre craindre quze "des cercles du pouvoir (...) préparent une expédition punitive contre la Kabylie immédiatement après les élections du 10 décembre", avec la mise en place de "nouveaux DEC (administrations municipales non élues, nommées par le pouvoir central) venus d'ailleurs, composés de militaires et de sbires divers".
Dans un entretien au "Quotidien d'Oran", le président du FFS, Hocine Aït Ahmed, a expliqué que son parti fait "de la politique et non de la poésie", et qu'il ne fait pas "de la politique de clowneries politiciennes" mais est déterminé à "réhabiliter la politique". La finalité du combat du FFS, que celui-participe ou non aux élections, reste la même : "aider le peuple et les citoyens à reconquérir le premier et le plus fondamental des droits de la personne humaine", le "droit d'avoir des droits". La décision de participer ou non aux élections est prise ensuite, au cas par cas : "Nous avons participé aux élections législatives en 1997 dans le seul but de garder un espace d'expression -si réduit soit-il- à l'APN et surtout en dehors d'elle pour continuer à faire entendre les aspirations et le ras-le-bol de la population", explique Hocine Aït Ahmed; en 2002, le scrutin législatif s'inscrivait dans le contexte de la répression en Kabylie, et il ne pouvait être question de l'accepter -d'où la dissidence du FFS. Mais le président du parti ajoute : "dans l'état d'exception de fait et les manipulations diaboliques qui pèsent sur la société, il n'y a pas de meilleures décisions (...) il n'y a que de moins mauvaises décisions". La décision de participer aux municipales et aux départementales, conditionnée par la cessation des poursuite contre les élus locaux et par la libération des détenus du mouvement citoyen, est de cet ordre : "nous avons décidé de participer aux APC et APW pour deux raisons principales : D'abord, développer la dynamique pacifique citoyenne à l'échelle nationale", en aidant le mouvement social à aller "à la conquête des municipalités". Deuxième raison : "ne pas laisser le vide dans les communes de Kabylie et barrer la route à toutes les catégories de mafias qui les avaient privatisées et pillées". Fondamentalement, il s'agit de renforcer "l'affirmation citoyenne pour contrer le quadrillage totalitaire projeté par le régime", et de mettre les élus en "*dialogue direct avec le peuple", ce que seule permet la commune.
Hocine Aït Ahmed relève cependant "le lourd handicap d'une tutelle étroite de l'administration et du wali sur la commune", héritage colonial et "dans la nature d'un système policier". "Dans le vécu des Algériens, il y a deux types de communes : les communes de plein exercice lorsqu'elles sont entre les mains des super-citoyens, des mafias ou des partis satellites, et les 'communes mixtes du 2ème collège' pour les indigènes démocrates"...
(L'Expression 4.9 / El Watan 5.9) Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a catégoriquement démenti une information (que le ministère à qualifiée de "rumeur colportée par la presse") selon laquelle les villageois seraient armés en vue des prochaines élections. "C'est l'armée qui ira sécuriser les villages et hameaux isolés", a assuré un officier supérieur de l'ANP cité par "L'Expression". On craint en effet que, comme à l'approche de chaque élection depuis dix ans, les groupes armés accentue leur pression sur les civils. En outre, on estime à deux millions le nombre des armes circulant en Algérie (hors forces de sécurité au sens large, de l'armée aux gardes communaux), ce qui, dans des conditions troublées, pourrait faire planer un risque d'affrontements entre clans électoraux (ou anti-électoraux) rivaux.
Par ailleurs, des candidats "recalés" par l'administration, et particulier des candidats "indépendants", dénoncent les mesures arbitraires dont ils estiment avoir été victimes. A Tipaza, des candidats accusent le "lobby FLN-RND" et l'administration locale d'avoir liquidé toutes les listes indépendantes, et fait repousser tous les recours déposés contre leurs déposants. A Toudja (w. Bejaïa), 14 candidats indépendants dont la liste a été refusée sans explication ni motif crédibles saisissent le ministre de l'Intérieur. Même scénario à Ouled Daïd (w. Médéa). Dans la wilaya de Chlef, par contre, trois des quatre rejets de listes indépendantes ont été annulés par le tribunal.
A Rouiba, une douzaine de candidats RND menacent de se retirer pour protester contre le "parachutage" de l'ancien Maire en deuxième position sur la liste.
(La Tribune 3.9 / L'Expression 4.9 / La Tribune, El Watan 5.9) Le FFS a annoncé qu'il sera présent lors des élections locales dans 38 wilayas, avec 400 listes. La fédération de Tizi Ouzou a annoncé que le parti devrait être présent dans toutes les communes de la wilaya (sept listes sont cependant encore en attente d'être complétée), même si "certains candidats ont reçu des menaces" et que certains ayant "eu peur", il a fallu pourvoir à leur remplacement sur les listes. "Les menaces et autres indimidations ne sauraient nous faire dévier de notre ligne", a affirmé le vice-président de l'APW (Conseil général), M. Guerrak, qui a en outre affirmé que le parti se "reconnaît dans la plate-forme d'El Kseur", mais que pour autant, "les aârchs ne sont pas tout le mouvement citoyen", s'ils peuvent en faire partie.
Dans la wilaya de Bejaïa, le FFS devait marquer son entrée effective en campagne électorale le 5 septembre par un meeting populaire à Tazmalt. Dans cette wilaya également, des candidats du FFS ont été contraints, sous le menace, de retirer leur candidature. Comme dans la wilaya de Tizi Ouzou, ces retraits semblent être surtout le fait de candidats dans de petits communes, où l'encadrement politique est moins solide.
Le siège du FFS d'At Aïssa Mimoun, près d'Ouaguenoun, a été incendié, et les documents de la section du parti avec lui, dans la nuit du 2 au 3 septembre par un groupèe d'inconnus qui ont laissé pour seule signature le slogan des aârchs, "ulac smah ulac"."El Watan" évoque le "glissement" des aârchs, d'un discours de refus des élections à des menaces, voire des pratiques d'empêchement (y compris physique) des élections (c'est-à-dire des électeurs et des candidats). Une "marche nationale" est envisagée le 5 octobre, soit quelques jours avant le début du vote, précédée d'actions locales pour "faire monter la fièvre" et empêcher matériellement le vote.
A Tigzirt, les délégués exclus de la coordination de wilaya de Tizi Ouzou pour avoir rencontré le directeur de cabinet du Président de la République, Larbi Belkheir, ont animé un meeting lors duquel ils ont dénoncé la dérive des coordinations.
(Le Quotidien d'Oran 17.8 / L'Expression 7.9 / La Tribune, L'Expression, Le Jeune Indépendant, Le Matin, El Watan 8.9 / Le Matin, El Watan 9.9 / Corr. ) La réunion de la coordination intercommunale de Bejaïa, les 5 et 6 septembre à Tinedbar, a précisé la tendance au passage du boycott du scrutin du 10 octobre à son empêchement pur et simple, par l'usage des mêmes méthodes (y compris la contrainte physique et la menace) que celles qui avaient prévalu lors du scrutin du 30 mai. Le 22 août, lors d'un précédent "conclave", la CICB s'en tenait encore à une "campagne de sensibilisation" au rejet du scrutin, et à des actions pacifiques ("caravanes de sensibilisation", appels de "parents de martyrs", conférence et débats, concertation avec les partis "qui ont accompagné le mouvement", affichage", mais évoquait déjà la "mise en garde de toute personne se portant candidate aux élections", et en particulier des délégués du mouvement citoyen. Pour le 10 octobre, jour du scrutin, la CICB a prévu des actions "synchronisées" (grèves, marches, sit-in). La CICB se donne pour objectif un "zéro vote" dont tout indique qu'il est inatteignable, à moins que le FFS (dont la participation au scrutin est toujours conditionnée par la satisfaction de plusieurs des revendications les plus importantes de la plate-forme d'El Kseur) ne change de position, ou, se refusant à user lui-même de la violence physique pour protéger ses locaux et ses candidats, constate l'incapacité (ou l'absence de volonté) du pouvoir de permettre l'exercice du "libre choix des citoyens", entre la participation ou non au scrutin (le parti ne déniant pas aux coordinations le droit d'appeler à l'abstention, mais leur déniant le droit d'empêcher par la violence les citoyens qui le souhaiteraient de voter). En attendant, la CICB appelle les candidats à se retirer des listes. A Akerrou (w. Tizi Ouzou), un délégué a appelé les candidats à "se retirer tant qu'il est encore temps". Les porte-paroles de la coordination de wilaya de Tizi Ouzou (CADC), qui a animé un "meeting anti-vote" à Boghni le 8 septembre, ont affirmé que le seul ennemi du mouvement était "le pouvoir". Pour autant, plusieurs locaux du FFS ont été la cible d'attaques et de destructions généralement imputées à des éléments "radicaux" des aârchs (à moins qu'il ne s'agisse d'éléments manipulés par des forces proches du pouvoir, fort intéressées à dresser les aârchs et le FFS les uns contre les autres en Kabylie). Trois sièges locaux du FFS ont été incendiés en un mois, (à Tinedbar, Tifra et El-Kseur, où après avoir été saccagé par des émeutiers, le siège du FFS a été occupé par la police...) et des candidats du parti ont fait l'objet de menaces qui ont poussé quelques uns d'entre eux (dix-sept sur les listes APC et APW dans la wilaya de Tizi Ouzou, selon "Le Matin") à annoncer le retrait de leur candidature (retrait par ailleurs purement rhétorique, dès lors que les listes ont été déposées). A Aït Oumalou, le domicile du candidat tête de liste FFS a été saccagé et incendié par des inconnus. Certains porte-paroles des coordinations ont condamné ces actes, d'autres en ont rendu responsables "ceux qui ont pris la responsabilité d'aller à l'encontre de la volonté populaire" et qui doivent "s'attendre à la foudre citoyenne". Pour le délégué d'Akbou, Saïd Salhi, qui semble exprimer là une position majoritaire au sein du mouvement, "ceux qui se cachent derrière le mouvement se trompent s'ils croient que c'est ainsi (par des actes de violence contre des partis démocratiques) que sera défendu (le) point de vue (du mouvement). Le saccage de permanence politiques, l'incendie de domiciles, l'invective et l'insulte ne s'inscrivent aucunement dans la stratégie et les actions du mouvement citoyen". Et de proposer le report des élections locales. Contrairement aux attaques contre les gendarmeries, les administrations centrales et les symboles du pouvoir, ces attaques contre les locaux et les militants du FFS ne sont assumées par aucun structure du mouvement citoyen, pas même par les porte-paroles des "radicaux" des aârchs.
Le FFS tient malgré tout à mener campagne, et a organisé le 5 septembre un premier meeting électoral à Tazmalt (w. Bejaïa). Les porte-paroles du parti ont accusé les aârchs (ou certains d'entre eux) dé'être "à la solde d'un parti sans ancrage ni crédibilité dans la région" et d'être "manipulés par les autonomistes et les alliés du pouvoir". Le premier secrétaire de la fédération de Tizi Ouzou estime que "certains cercles du pouvoir semblent avoir pris la décision de passer à la confrontation". A Raffour,par contre, un meeting du FFS a été empêché par les partisans du boycott des élections. L'annonce par le wali de Bejaïa que les manifestations "anti-électorales" pourraient être interdites a été dénoncées par les coordinations locales et régionales des aârchs -et par ailleurs considérée comme provocatrice et inopportune par le FFS. Le Secrétaire national du FFS Khaled Tazaghart a accusé le pouvoir d'être "derrière toutes les conspirations pour pousser la région au pourrissement et préparer une intervention musclés pour asseoir définitivement la dictature", en manipulant des individus "qui murmurent la démocratie derrière les chars". Dans un entretien au "Quotidien d'Oran" le 17 août, le président du parti, Hocine Aït Ahmed, avait déjà estimé que tout se passait "comme si le pouvoir occulte bunkérisé derrière l'impunité, et encouragé par elle, préparait un processus de tchétchénisation de la Kabylie" et de destruction du FFS et de "toutes les forces politiques non dépendantes des services et de l'armée". Face cette "stratégie de la terre brûlée", Hocine Aït Ahmed appelait la population à "rester sereine et déterminée, face aux intimidations et provocations grossières, et aux surenchères gratuites des Kabyles de service".
Au sein des coordinations, cependant, des dissensions, voire des exclusions et des mises en retrait volontaires, se succèdent. Le 6 septembre, le comité de M'chedallah a dénoncé "l'usurpation par des groupuscules" des sigles de la coordination de wilaya de Bouira. Précédemment, le comité de Takerboust avait quitté la coordination de Bouira pour rejoindre celle de Bejaïa, et le comité de Chorfa a "gelé" sa participation à la coordination wilayale. A Chemini, les animateurs du mouvement citoyen local ont dénoncé des "délégués autoproclamés" et affirmé leur adhésion au "principe du libre choix des citoyens concernant les élections du 10 octobre prochain". Plusieurs militants du FFS, également militants du mouvement citoyen, ont en outre annoncé leur retrait des coordinations locales "pour ne pas cautionner les dérives et les manipulations à ciel ouvert du mouvement citoyen par les alliés du pouvoir".
(AP 9.9 / Algeria-Interface, L'Actualité, Le Matin 11.9 / L'Expression, La Tribune, El Watan, Le Soir 12.9 / corr.) Plus de 16,7 millions d'électeurs seront appelés aux urnes le 10 octobre pour l'élection des municipalités (Assemblées populaires communales) et des Conseils généraux (Assemblées populaires de wilayas), a annoncé le 9 septembre le ministre de l'Intérieur Nouredine Yazid Zerhouni. Ce chiffre est plus bas (de 1,2 millions d'électeurs) que lors des élections législatives du 30 mai : le ministre a expliqué que les membres des "corps constitués" (armés, police, protection civile, gendarmerie) et les électeurs établis à l'étranger ont été moins nombreux à s'inscrire sur les listes électorales. En outre, plus de 85'000 électeurs ont été radiés pour s'être inscrits sur plusieurs listes. Par rapport aux législatives du 30 mai, le corps électoral a été diminué de 10'000 personnes à Tizi Ouzou.
La campagne officielle devrait débuter le 19 septembre. Elle sera marquée particulièrement par l'incertitude qui prévaut en Kabylie, où les aârchs appellent à boycotter le scrutin, appel suivi par plusieurs partis politiques (le RCD, l'ANR et le MDS, ces deux derniers ne pesant cependant pas grand chose électoralement), mais pas par le principal parti de la région, le FFS, qui, contrairement à ce qui fut le cas lors des législatives de mai, a décidé, sous condition, et tout en se gardant la possibilité de se retirer si ces conditions ne sont pas remplies, de participer aux élections locales. Se prévalant d'avoir, notamment, obtenu la libération des détenus kabyles au début août, le FFS explique qu'il refuse de céder les municipalités kabyles aux "mafias", à des forces politiques sans représentativité ou à des fonctionnaires du pouvoir central désignés par les autorités d'Alger.
Le choix du FFS, qu'il inscrit dans la continuité d'une stratégie de "dissidence citoyenne pacifique" qui peut selon lui se traduire soit par l'abstention, soit par la participation, suivant les contextes et les enjeux, a créé une tension politique au sein du mouvement citoyen en Kabylie, et entre l'aile "radicale" de ce mouvement (suivie par le RCD et le Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie) et le FFS. Plusieurs locaux du parti ont été saccagés (comme ceux d'Amizour et, dans la wilaya de Tizi Ouzou, d'Aït Aïssa Mimoun, Freha et Maatkas), des candidats menacés, certains contraints à retirer leur candidature, des domiciles ou des locaux personnels de candidats ou de militants du FFS attaqués. Le FFS accuse les "relais du pouvoir" et des éléments "manipulés par le DRS" (Sécurité militaire) d'être responsables de ces attaques. Le secrétaire fédéral de Tizi Ouzou du FFS, Mourad Kacem, parle d'"adolescents manipulés" par des "relais du pouvoir" usant de méthodes "fascistes" contre le FFS. Les coordinations des aârchs se gardent d'ailleurs de cautionner les actes de violence commis contre le FFS ou ses candidats (la coordination de Tizi Ouzou accuse un "pouvoir aux abois" de tenter de "monter la population de Kabylie et ses légitimes représentants contre le FFS" , mais en même temps, les coordinations ne cessent d'appeler les candidats à retirer leurs candidature. Ces appels sont parfois accompagnés de menaces plus ou moins explicites : La coordination intercommunale de Bejaïa, réunie en "conclave" les 5 et 6 septembre, a ainsi appelé "les candidats encore en lice à se rendre à la raison en se retirant des listes pour ne pas souiller la mémoire des martyrs du printemps noir et éviter de s'exposer au mépris et au courroux de la population". La CICB a réitéré son refus des "élections de la honte", et affirme faire "la démonstration de l'adhésion massive de la population à son mot d'ordre du rejet" de ces élections. Les retraits de candidature ne semblent toutefois pas (ou pas encore) avoir autant d'importance qu'une partie de la presse leur accordent : selon "Le Matin", ils concerneraient 26 candidats du FFS dans la wilaya de Tizi Ouzou, élections municipales et départementales confondues, la plupart de ces retraits concernant des listes de petites communes. Au surplus, ces retraits (qui dans la plupart des cas se manifestent (selon "Le Soir") par des déclarations individuelles accompagnées de photocopies de la carte d'identité) sont sans valeur juridique, et les candidatures concernées restent enregistrées pour les élections.
La tension provoquée par les élections a également des répercussions au sein des aârchs et de leurs coordinations locales, wilayales et interwilayas, déjà traversées, avant la décision du FFS, de contradictions, et affaiblies par la lassitude d'une grande partie de la population après un an et demi de troubles. Les militants du FFS étaient d'ailleurs nombreux à être également militants des comités et des coordinations locales. Ils dénient aujourd'hui toute légitimité aux structures "tenues" par l'aile "radicale" des aârchs. La coordination de wilaya de Tizi Ouzou (CADC) rassemble aujourd'hui moins de représentants des coordinations et comités locaux qu'au début des "événements". Plusieurs comités locaux en ont été exclus (ceux de Bouzeguène et de Tigzirt, par exemple) pour n'avoir pas refusé tout dialogue avec le pouvoir. Les comités locaux de M'chedallah, Chorfa, Takerboust et Aaharidj (w. Bouira) ont dénoncé les actes de violence commis contre le FFS, et en ont accusé des "cercles occultes". "La Tribune" annonce que des contacts entre plusieurs comités locaux des wilayas de Bouira et de Tizi Ouzou pourraient aboutir à la création d'une nouvelle coordination inter-wilayas. Dans la wilaya de Bejaïa, plusieurs délégués de comités locaux s'apprêteraient à plaider pour le report des élections et la mise à profit du délai ainsi obtenu pour rechercher une véritable solution politique, dans un climat plus détentu, ce qui implique l'ouverture d'un dialogue entre le mouvement et le pouvoir. Cette position est, sur deux points essentiels, en contradiction avec la position officielle des coordinations : elle reconnaît à la fois la légitimité des élections (quitte à en demander le report) et celle d'un dialogue avec le pouvoir, sans attendre la satisfaction "pleine et entière" de la plate-forme d'El-Kseur. Au sein du mouvement social, la volonté d'une "sortie de crise" en Kabylie semble d'ailleurs se faire jour explicitement : la section régionale de Bejaïa du SATEF (syndicat autonome de l'éducation) a ainsi rendu publique le 10 septembre une déclaration dans laquelle elle explique que "la cohésion sociale et la communion populaire (doivent) être le souci de tout un chacun, même au prix du report d'échéances dont la fonction sociale et politique s'avère discutable", et affirme que "les jeunes ont tout à gagner à sauveharder dans son caractère large, pacifique et pluriel, le cadre d'expression et de contestation qu'est le mouvement citoyen".
Pendant ce temps, la campagne électorale commence : le 13 septembre, le FFS a prévu de tenir un meeting à El-Kseur, après en avoir déjà tenu un à Tazmalt. Dans la wilaya de Bouira, c'est à M'chedallah et Bechloul que le FFS devait tenir meeting. Dans la wilaya de Tizi Ouzou, des meetings ou des conférences sont prévus à Draâ El Mizan et Larbaâ Nath Irathen. Parallèlement, les coordinations des comités locaux partisans du boycott des élections organisent des "meetings anti-vote", souvent dans les mêmes lieux. Dans une conférence de presse tenue le 10 septembre à Tizi Ouzou, la fédération du FFS de la wilaya a accusé "le pouvoir" de tenter en Kabylie "une solution à la Russe" : la "tchétchénisation", et le morcellement de l'Algérie pour "asseoir son hégémonie et assurer sa pérennité". Le Secrétaire fédéral, Mourad Kacer, a assuré que le FFS "fera tout pour donner une réponse politique et pacifique à toute tentative de violence", mais a rappelé qu'il était du devoir de l'Etat de défendre le droit des citoyens à choisir dlaller voter ou non.
(Le Quotidien d'Oran 17.8 / APS 14.9 / L'Expression, El Khabar, Le Soir, Le Jeune Indépendant, Liberté, L'Actualité, Le Matin 15.9 / La Tribune, Liberté16.9 / Corr.) En Kabylie, la campagne pour (ou contre) les élections locales (municipales et wilayales) du 10 octobre tourne de plus en plus à une campagne dirigée contre le Front des Forces Socialistes, et menée à la fois par l'aile la plus "radicale" des aârchs et par des forces plus difficilement identifiables, et que le FFS dénonce comme étant instrumentalisées, voire directement manipulées, par certaines "officines" du pouvoir (y compris des partis politiques "éradicateurs", comme le RCD). On constate en effet que les "dérapages" de la campagne "antivote" ne ciblent guère que le principal parti d'opposition, et que les autres partis présents dans la course électorale semblent curieusement y échapper. Pour le FFS, dès lors, l'enjeu des élections en Kabylie n'est plus lié à leur résultat, mais tient à la défense du droit de vote lui-même (et donc du droit de s'abstenir), en tant que droit politique, et à la défense du pluralisme politique. "Nous sommes prêts pour le débat contradictoire", y compris avec les partisans du boycott, assure le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, pour qui c'est "au citoyen de choisir" -mais pour qui le boycott est à la fois "un droit démocratique quand il est exercé de manière pacifique" et "une position confortable quand on ne veut pas prendre ses responsabilités".
Plusieurs sièges du parti (cinq) ont été saccagés, les derniers à Bouhamza le 13 septembre et à Beni Ksila le lendemain; des candidats ont été menacés, des militants agressés (ainsi Khaled Tazaghart, Secrétaire national du FFS, a été agressé à El- Kseur). Les coordinations des aârchs, cependant, se démarquent régulièrement des actes de violence commis contre le FFS, ses cadres et ses candidats, mais au sein des aârchs se développent désormais des tentatives de constitutions de véritables "milices politiques" usant de pratiques "fascistes"*, ce qui contribue à aggraver les divergences au sein même des coordinations des aârchs et des comités locaux, et se traduit, de la part des porte-paroles autorisés des coordinations, par un double discours, de condamnation de la violence exercée contre le FFS et de condamnation de la participation du FFS aux élections. A El-Kseur, des représentants des aârchs ont à la fois appelé le FFS à renoncer à participer au scrutin et appelé les militants à ne pas user de la violence. Un délégué d'Ath-Djenad a condamné le saccage des locaux du FFS, après qu'un délégué de Bouira ait accusé ceux qui se sont engagés dans les élections de "trahir". Le porte-parole le plus connu du mouvement à Bejaïa, Ali Gherbi, a accusé "le pouvoir" d'avoir "monté un complot pour décimer à la fois le mouvement citoyen et le FFS", en "utilisant la naïveté de notre valeureuse jeunesse". A Aït Zikki, Cherif Hamici, porte-parole de la CADC, s'est adressé au FFS en déclarant : "Vous avez été les premiers à combattre ce système en 1963, nous ne faisons que suivre votre chemin aujourd'hui". Certains comités locaux ont néanmoins pris des positions plus tranchées : Le Comité populaire de Tamzalt, dans une déclaration publique, a accusé des représentants de la Coordination intercommunale de Bejaïa d'être responsables de l'agression de Khaled Tazaghart, le 13 septembre à El Kseur. La coordination locale d'Aït Yahia a quant à elle appelé à "laisser le libre choix aux citoyens d'opter pour la position la plus convaincante", dans un cadre "pacifique et fraternel", en en évitant "l'affrontement fratricide". La coordination locale, qui défend le droit des citoyens de choisir d'aller voter ou de s'abstenir, dénonce les "sponsors politiques et financiers des partisans du chaos", qui ont "réactivé leurs relais locaux" pour régler leurs comptes en prenant la Kabylie en otage. Quant à la Coordination interwilayas des aârchs et comités locaux (CADC), elle a réaffirmé le 13 septembre à Smaoun son exigence de "satisfaction pleine et entière de la plate-forme d'El-Kseur (...) scellée et non-négociable", et sa certitude que les élections locales ne peuvent contribuer au "changement radical" auquel elle appelle, "dans la mesure où l'élu est dépourvu de toute prérogative lui permettant d'être au service du peuple", et ne dispose que de "marges de manoeuvre pour gérer la misère sociale". A Paris, la Coordination de solidarité avec la Kabylie appelle pour le 6 octobre (14 heures) à une marche (de la place de la Nation à la place de la République) pour exprimer son soutien à la position des aârchs et exiger "l'arrêt des soutiens français, européen et américain au régime criminel des généraux" algériens La CSK se dit convaincue que "l'immense majorité de la Kabylie" rejette les élections locales. Le porte-parole du FFS, Ikhlef Bouaïche, a cependant souligné que des délégués des aârchs et comités locaux, et des militants du mouvement citoyen et ex-détenus, étaient présents sur les listes du FFS, certains en tête de liste.
Le FFS dénonce une stratégie de la violence et de la provocation, mis en place par le pouvoir pour "faire basculer la Kabylie dans la violence" : "un véritable processus de provocation est mis en place", qui rappelle "étrangement le processus de provocation qui a précédé le début du Printemps noir", en 2001, a noté le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, qui a réaffirmé que la participation du FFS aux élections locales visait à "imposer le changement radical par la refondation démocratique de l'Etat", mais également "à éviter que la Kabylie ne sombre dans le chaos" et à "reconquérir le pouvoir local". Ahmed Djeddaï a accusé des milices fabriquée par l'Etat et ses auxiliaires d'être responsable du saccage des permanences du parti. Le FFS se pose en "alternative démocratique", se bat pour "réhabiliter la pratique politique" et pour contribuerr à l'"avènement d'une solution politique et globale" à la crise. Face aux "indimidations" dont il fait l'objet en Kabylie, son Premier secrétaire a assuré que le FFS ne se retirera pas de la course et continuera à prendre "ses responsabilités" en opposant "à la violence, la force de l'argumentaire et du débat contradictoire". Ahmed Djeddaï s'est d'ailleurs dit "confiant en la maturité des citoyens" pour éviter des incidents graves. Le FFS continue donc de mener campagne, parallèlement et contradictoirement à la campagne menée contre les élections par les coordinations des aârchs. A Tazmalt, le 15 septembre, plusieurs centaines de personnes ont participé à une marche improvisée, conduite par le Premier secrétaire du FFS Ahmed Djeddaï, pour dénoncer "l'entrave à l'exercice des droits politiques et la dérive fascisante" qui cible le parti. Le 14, le FFS a tenu une réunion à El-Kseur (w. Bejaïa), réunion marquée par quelques incidents avec un petit groupe de jeunes manifestants qui ont tenté de l'empêcher -ce que le porte-parole du Comité de la société civile d'El-Kseur, Ali Gherbi, a condamné, comme des "actes qui visent à semer le flou dans le combat du mouvement citoyen" et qui relèvent de la "pure manipulation". A Larbaâ Nath Irathen, le FFS qui devait tenir une conférence-débat dans une salle municipale dénonce le refus du maire (RCD) de lui attribuer la salle, ce que dément le Maire. Le 13, le FFS a tenu une conférence-débat à Draâ El Mizan. Le Secrétaire fédéral du parti, Mourad Kacer, a assuré que les attaques subies par le parti ne le feront pas céder : "de tout temps, le FFS a constitué une cible privilégiée du pouvoir et de ses sous-fifres, nous en avons connu bien d'autres et ce n'est pas ce qui nous affaiblira", ce qui répond au rappel de Hocine Aït Ahmed (entretien au "Quotidien d'Oran", 17.8) : "Le FFS est le seul parti qui ait su faire échec aux tentatives de le déstabiliser ou de lui attacher la casserole de l'allégeance ouverte ou secrète au pouvoir". Le FFS entend tenir un grand nombre de réunions électorales, et les coordinations un non moins grand nombre de réunions "anti-électorales" (ainsi, à Akbou, le même jour, 19 septembre, une réunion du FFS est annoncée avec la participation du Premier secrétaire du parti, et une marche à l'appel de la Coordination intercommunale -ce qui fera de cette journée un test de la capacité des coordinations à concrétiser leurs condamnations de la violence. Parallèlement, des partis qui ont rejoint le "front du boycott" entendent également tenir des réunions pour expliquer leur position.
Les intimidations et les violences dirigées contre le FFS ont effectivement provoqué des défections sur les listes du parti, mais en nombre et en proportion bien moindres que ne pourraient le laisser supposer certains titres de la presse privée : sur 7000 candidats du FFS aux élections, il y a eu, selon le parti, 40 défections, dont 20 en Kabylie. Les chiffres donnés par la presse sont un peu plus élevés, mais restent dans une proportion de même niveau (50 défections dans la wilaya de Tizi Ouzou, selon "Liberté". 50 défections en Kabylie selon "Le Matin"). Les défections frappent également d'autres partis (une vingtaine de défections au FLN, selon "Liberté"). Un grand nombre de ces retraits de candidatures sont d'ailleurs purement rhétoriques, les bulletins de vote ayant déjà été imprimés avec le nom des candidats concernés.
A Tizi Ouzou, où un policier a été grièvement blessé par un cocktail Molotov le 13 septembre lors de la dispersion d'un "meeting antivote" de la coordination locale, les délégués de celle-ci ont estimé que la violence ne saurait que "nuire au mouvement citoyen". Le FFS a lui-même dénoncé l'interdiction par les autorités des meetings "antivote" organisés par les coordinations des aârchs : le parti qui a décidé de participer aux élections locales n'en reconnaît pas moins aux partisans du boycott de ces élections le droit d'expliquer et de défendre leur position, s'il dénonce les pratiques violentes d'empêchement du vote et de menace sur les candidats et les partis : l'abstention est un droit, mais priver les citoyens du droit de voter est une pratique fasciste*, explique le FFS -qui est même intervenu pour faire libérer des personnes arrêtées après avoir participé ou assisté aux saccages de ses permanences.
Enfin, pour ce qui concerne l'après-élections, le FFS, s'inspirant de l'exemple brésilien de la municipalité de Porto Alegre, propose de créer des conseils consultatifs au niveau des assemblées communales et wilayales, conseils dans lesquels les comités de quartier et de village, ainsi que le mouvement associatif, seront représentés, et qui participeront à la gestion directe des collectivités locales.
(Liberté, Le Matin 18.9 / La Tribune, Liberté, Le Matin, El Watan 19.9) La campagne électorale pour les élections locales (municipales et wilayales) s'ouffre officiellement le 19 septembre -mais a en réalité commencé depuis plusieurs semaines, notamment en Kabylie. La campagne est marquée par des contestations au sein de tous les partis participant aux élections (mais également de certains partis les boycottant totalement, comme le RCD, ou partiellement, comme le PT), et en Kabylie par un triple affrontement (ou une triple contradiction) : entre les partisans du boycott des élections et le FFS, entre le FFS et les partis gouvernementaux ou proches du pouvoir (qu'ils participent ou non aux élections) et, au sein des aârchs et des comités locaux, entre les partisans d'un boycott pacifique et ceux d'un empêchement physique des élections.
En ce qui concerne les contestations au sein des partis, les sièges du FLN d'Aïn Defla et de Constantine ont été occupés par des militants en colère; à Bab Ezzouar, ce sont des candidats du Front National algérien qui se sont retirés de la liste pour protester contre des changements aportés à celle-ci par la direction wilayale du parti. Au sein du MRN d'Abdallah Djaballah, de nombreuses protestations de militants portent sur le maintien de candidatures "douteuses". En crise depuis les législatives de mai, qui ont vu sa défaite (au profit du FLN), le RND, majoritaire lors des dernières élections locales et wilayales (1997) pourrait subir un nouvel échec qui pourrait remettre son existence même (c'est-à-dire son utilité pour le pouvoir) en cause. Tous les partis en lice pour les élections connaissent en outre des retraits de candidatures. Le FFS annonce une vingtaine de retraits "pour des raisons internes" au parti (choix des listes ou des têtes de liste, positionnement des candidats sur les listes) en Kabylie, "Le Matin" annonce une soixantaine (64) de retraits sur 2000 candidats présents sur les listes FFS dans les trois wilayas de Kabylie, le retrait d'une liste indépendante à Bejaïa, des retraits sur les listes RND et FLN dans les wilayas de Bejaïa et de Tizi Ouzou, ainsi que le retrait du maire (RCD) et de l'ancien "DEC" (maires désignés par les autorités centrales pour remplacer des maires invalidés) de Boudjelil (w. Bejaïa). Le Secrétaire national du FFS Ikhlef Bouaïche constate que les candidats du parti "ont subi de nombreuses pressions" et que, "pour calmer les esprits, ils annoncent leur retrait de la course électorale" alors que ces annonces sont sans effet, puisqu'une fois la date limite de dépôt des listes dépassées, les listes ne peuvent plus être modifiées.
En Kabylie, où les meetings et réunions se succèdent, et parfois se superposent (meetings et réunions des adversaires du vote, meetings et réunions du FFS), la situation kabyle n'est pas seulement marquée par l'opposition entre le choix "participationniste" du FFS et le choix "abstentionniste" des coordinations, mais également, à l'intérieur de celles.ci, par une profonde divergence entre les partisans d'un "simple" boycott et ceux d'un empêchement physique des élections (et des candidatures). A Bechloul (w. Bouira), où le FFS devait tenir meeting le 19 septembre en présence de son Premier secrétaire Ahmed Djeddaï, quatre délégués du comité local s'en sont retirés pour protester contre les menaces proférées contre les candidats. Pour autant, le FFS n'en exige pas moins la libération des jeunes accusés d'avoir attaqué ses sièges, jeunes qu'il considère comme innocents ou victimes de manipulations dont les responsables, et eux seuls, devraient être poursuivis. Dans la nuit du 17 au 18 septembre, le siège du FFS de Ouaguenoun a été saccagé et incendié. Auparavant, il en avait été fait de même avec les sièges FFS de Maâtkas, Freha et Aït Aïssa Mimoun.
Officiellement, le mouvement citoyen, ou plutôt les coordinations qui s'expriment en son nom, condamne les violences exercées contre le FFS et ses candidats, violences que le parti qualifie de "fascistes" et attribue à des éléments manipulés par le pouvoir. Les porte-paroles de la coordination interwilayas ont réaffirmé le 18 septembre, à la fois le caractère "pacifique" du mouvement et leur condamnation de la "reddition" que représente à leur yeux la participation aux élections. Belaïd Abrika, porte-parole de la coordination de Tizi Ouzou, affirme que "la population est déterminée à continuer le combat pour aller vers un Etat de droit" (ce qui, à ce stade, n'est pas contradictoire de la position du FFS) et que le mouvement est toujours capable de mobiliser la population. Tout en affirmant que le mouvement "n'a pas l'intention de nourrir la violence", Belaïd Abrika a déclaré : "nous allons empêcher ce scrutin", 'Le porte-parole de la coordination de Boumerdès, Rabah Boucetta, explique quant à lui qu'en voulant empêcher les élections, le mouvement veut empêcher la fraude (effectivement, il ne peut y avoir de fraude électorale s'il n'y a pas d'élections...), et non l'expression des citoyens : "nous respectons les positions de tous les partis (et) nous n'avons jamais empêché quiconque d'aller voter", a affirmé Rabah Boucetta. Ces contradictions ne rendent pas aisée l'identification des auteurs des saccages des sièges du FFS et des menaces, ou des voies de fait, contre ses cadres et ses candidats. A Beni Douala, des représentants du comité local ont exhorté les candidats à se retirer des élections "dans leur intérêt personnel, celui de leur famille et de toute la population meurtrie qui est contre le vote de la honte", faute de quoi "ils assumeront seuls et uniquement seuls toutes les conséquences qui en découleraient". Le chef de la milice locale ("patriotes") s'était prononcé contre la tenue des élections, et, selon le FFS, des miliciens avaient proféré des menaces contre les candidats, ce qui avait entraîné leur désarmement par les autorités.
Le FFS a tenu une réunion publique le 16 septembre à Ouzellaguène, avec la participation de deux de ses secrétaires nationaux, Khaled Tazaghart et Karim Tabou. Le premier, victime d'une agression à El-Kseur le 13 septembre, agression dont il accuse "un agent des services (spéciaux) déguisé en citoyen", a dénoncé la "cabale médiatique" montée contre le FFS par "certains journalistes qui n'hésitent pas à se livrer à la désinformation", et le second a accusé le pouvoir de créer, depuis le printemps 1991, un "front" en Kabylie "afin de détourner l'opinion nationale et internationale de la réalité quotidienne des Algériens". Le FFS a confirmé qu'il était présent avec des listes électorales dans toutes les wilayas, et réaffirmé qu'il avait décidé de participer aux élections pour "barrer la route aux aventuriers du pouvoir, aux prédateurs et aux mafias".
(AP 19.9 / Algeria-Interface 20.9 / L'Expression 21.9 / L'Expression, El Ribat, Liberté, El Watan, Le Matin, El Moudjahid 22.9 / La Tribune, Liberté, Le Matin, El Watan 23.9) La campagne pour les élections locales et wilayales du 10 octobre a officiellement commencé le 19 septembre -mais en fait, elle se déroule depuis plusieurs semaines, notamment en Kabylie, où elle semble de plus en plus n'opposer que le FFS à la tendance la plus "radicale" des aârchs, les autres partis politiques étant extrêmement discrets (voire totalement absents), et les porte-paroles officiels des coordinations de wilaya et de la coordination interwilayas des aârchs et des comités locaux paraissant dépassés par les actions violentes d'éléments difficilement identifiables. Le premier enjeu des élections en Kabylie est devenu la tenue des élections elles-mêmes (d'une certaine manière, la question posée par les tentatives d'empêchement violent des élections, à distinguer des appels à l'abstention, est : "les Kabyles ont-ils le droit de vote" ?), et, pour l'ensemble du pays, le taux de participation.
Au total, et dans toute l'Algérie, 8059 listes se présentent pour les élections municipales et 523 listes pour les élections départementales. Les principaux partis légaux se présentent à ces élections, à l'exception du RCD qui a décidé de suivre le mot d'ordre de boycott des aârchs, et, pour ce qui concerne les municipales, du Parti des Travailleurs, qui considère que le système politique prive les assemblées communales de toute compétence réelle, et qui ne présente de listes que pour les assemblées populaires de wilayas (Conseils généraux).
En Kabylie, le FFS est pratiquement seul à faire campagne électorale, les coordinations des aârchs faisant quant à elles campagne contre les élections. Sept meetings du FFS ont été organisées dans la wilaya de Tizi Ouzou les 19 et 20 septembre, et le parti en a programmé au total plus de 150 dans la wilaya, dont trois seront animés par son Premier secrétaire national, Ahmed Djeddaï (le premier le 24 septembre à Aïn El Hammam). Dans la wilaya de Bejaïa, les réunions organisées par le FFS (notamment à Kendira et, prévue le 23 septembre avec la participation d'Ahmed Djeddaï à Akbou)) se sont déroulées parallèlement, et généralement sans confrontation, aux manifestations organisées par la coordination des comités (la CICB) pour appeler au boycott des élections, manifestations parfois appuyées par des appels à des grèves "générales" d'une heure (le temps du déroulement de la manifestation). Quelques manifestations favorables au boycott ont été interdites par les autorités de wilaya, le FFS condamnant ces interdictions puisque pour lui, le droit à l'abstention découle du droit de vote. La presse constate que la campagne électorale ne suscite pas une effervescence particulière, ni dans un sens (en faveur d'un parti) ni dans l'autre (contre les élections elles-mêmes), et la plupart des journaux estiment qu'en soi, ce calme, au moins, apparent, est un signe positif. "Toutes les conditions sont réunies pour mener une bonne campagne", estime pour sa part le secrétaire fédéral du FFS de la wilaya de Bejaïa : "les militants et les candidats de chaque commune sont sur le terrain".
Le secrétaire fédéral FFS pour la wilaya de Tizi, Mourad Kacer, affirme avoir constaté une "adhésion" des citoyens à l'enjeu électoral, "malgré les agissements fascistes des supplétifs du pouvoir conjugués à la complaisance des services de sécurité". "Au-delà des jeunes adolescents qui saccagent nos locaux, les commanditaires sont tapis dans l'ombre et tirent les ficelles. Ce sont les seigneurs de la guerre et les militants d'un parti en décomposition avancée" (le RCD) que nous considérons comme la main agissante du DRS (Sécurité militaire) en Kabylie", a précisé Mourad Kacer, qui a dénoncé "les agissements fascistes de pyromanes" manipulés par des "seigneurs de la guerre" et des "partis supplétifs". A Aït Mahmoud, la milice locale ("patriotes") de Taguemound Azzouz a du être désarmée après que son chef ait pris position contre les élections. Plusieurs locaux du FFS ont été saccagés ou attaqués -les dernier à Amizour (w. Bejaïa) et Iferhounen (w. Tizi Ouzou) dans la nuit du 20 au 21 septembre, le secrétaire fédéral du FFS de Tizi accusant le DRS d'être derrière cet acte, par ailleurs condamné par la coordination locale, qui en accuse "les serviteurs du pouvoir mafieux et assassin"-, des meetings perturbés, des candidats contraints sous la menace de déclarer qu'ils n'étaient plus candidats. Le 13 septembre, le secrétaire national du FFS à la jeunesse, Khaled Tazaghart, a été agressé par un petit groupe d'adolescents. Les attaques dont le FFS est victime n'ont pas provoqué de réactions du même ordre de la part de ses militants : "A ceux qui n'agissent que par la violence, nous répondons par le débat", a déclaré Ahmed Djeddaï. Cependant, un meeting de la coordination inter-wilayas à Souk El Thenine a provoqué des heurts avec des citoyens opposés à la ligne de la coordination, et qui ont tenté d'empêcher le meeting -avant d'être ramené à la raison par les responsables du FFS, qui accusent des "éléments du pouvoir" de "pousser les citoyens de la région à s'entretuer".
Cette radicalisation, qui cible particulièrement le FFS, a aggravé les contradictions au sein même des aârchs et des coordinations de comité, d'autant que les porte-paroles des coordinations continuent de tenir un discours lui-même contradictoire sur l'empêchement du vote : "notre mouvement est d'essence démocratique et résolument pacifique", affirme ainsi le porte-parole de la CICB (Bejaïa), tout en avertissant le FFS : "ce parti est libre de faire ce qu'il veut mais il devra assumer ses responsabilités". A Ouzellaguène, on se retrouve avec deux coordinations concurrentes, dont l'une accepte les élections et l'autre les refusent. Plusieurs militants du mouvement citoyen* ont lancé le 19 septembre à Akbou un "Appel pour une solution politique et pacifique", qui constate que si les "cadres de lutte organisés, démocratiques, pacifiques, rassembleurs, bénévoles et horizontaux (...) laborieusement mis en place" après avril 2001 ont effectivement pu "organiser la nécessaire solidarité, rétablir la communion dans la mobilisation pacifique et réaliser un minimum démocratique consensuel à travers l'élaboration de la plate-forme d'El-Kseur", ils n'ont pas réussi à assurer l'"adéquation de leur fonctionnement" pour la "prise en charge des aspirations populaires", ni à se transformer en "creuset de l'alternative démocratique face au système dictatorial et face à l'islamisme". Quand aux forces politiques (le FFS, le RCD, essentiellement), ces militants les accusent de "disséquer la dynamique citoyenne en vue de la neutraliser", et de s'inscrire "dans la logique des luttes de chapelles en prolongement des luttes de clans au sein du pouvoir". Ils accusent enfin "certains" (les autonomistes du MAK) de "dénaturer le caractère national des aspirations populaires", ce qui ne peut que "servir (la) stratégie globale de sabordement du mouvement citoyen" en coupant la Kabylie du reste du pays. Dans ce contexte, les élections paraissent aux signataires de l'appel s'inscrire "dans un climat de tension, de violence et d'affrontements" qui menace de mener la Kabylie et son mouvement citoyen au chaos; ils plaident donc pour un report des élections locales en Kabylie, et invitent le président Bouteflika à prendre un engagement "public et solennel" de satisfaire "entièrement et pleinement les revendications citoyennes contenues dans la plate-forme d'El-Kseur".
En Kabylie, "Algeria-Interface" considère que "le pouvoir sort globalement gagnant d'un affrontement qui aura duré près de 16 mois et fait une centaine de mort", et estime que même dans l'hypothèse, qui n'est pas la plus probable, d'un boycott des municipales aussi massif que celui des législatives, on ne pourrait pas parler d'une victoire de la coordination interwilayas (ni d'ailleurs du RCD), dans la mesure, notamment, où le mouvement a été cantonné à la Kabylie (quoique des tentatives de créer dex coordinations hors de Kabylie aient été faites, la dernière en date étant celle de plusieurs comités de citoyens de la région d'Alger de créer une "Intercommunale d'Alger", dont la réunion fondatrice devrait avoir lieu le 26 septembre); "les discours toujours plus radicaux des animateurs de la coordination ne peuvent faire oublier le recul du mouvement, qui commence à ressembler à une défaite", estime "Algeria-Interface". Le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, explique quant à lui qu'il existe "des groupuscules ultra-minoritaires qui, ne pouvant pas s'imposer par le débat, tentent de terroriser la population par la violence", mais doute, sauf "grosse provocation dont les conséquences seraient incalculables", que les choses aillent plus loin que les saccages de locaux et les intimidations contre les candidats et les militants. Djeddaï rappelle d'ailleurs que les élus du FFS en Kabylie ont "aidé le mouvement citoyen à s'installer dans la durée", et que le parti dans son ensemble a "travaillé à la dissidence citoyenne bien avant avril 2001", pour ensuite organiser, en mai 2001, de grandes manifestations de soutien au mouvement populaire et de dénonciation du pouvoir, manifestations qui ont rassemblé des centaines de milliers de personnes. Quant aux aârchs, il s'agit pour le Premier secrétaire du FFS d'une structure "greffée" sur le mouvement citoyen pour "ghettoïser la revendication citoyenne en la confinant à la Kabylie", alors que la plate-forme d'El-Kseur "contient des éléments qui concernent toute l'Algérie" et que le mouvement de protestation a touché 40 wilayas sur 48 -d'où la nécessité d'une réponse politique globale.
La campagne électorale ne se limitant évidemment pas à la Kabylie, elle est aussi l'occasion pour les forces politiques nationales de développer leurs thèmes nationaux fondamentaux. Ainsi, le Parti des Travailleurs, qui participe aux élections départementales mais pas aux communales, met l'action sur la dénonciation de la politique de "bradage de l'économie nationale" par le gouvernement Benflis : fermetures d'entreprises, privatisations effectives ou menaçantes (comme celle de Sonatrach). A Bordj Bou Arreridj, la porte-parole du parti, Louisa Hanoune, a mis en parallèle ces privatisations et le clivage entre des zones riches et des zones déshéritées détruisant les liens de solidarité nationale, et où les élus locaux, privés de pouvoir réels (ce qui justifie pour le PT son refus de participer aux élections municipales) sont condamnés à "gérer la misère et la déchéance sociales" parce qu'ils sont privés de moyens de la combattre. Le PT revendique en outre la revalorisation du SMIG à 22'000 dinars (350 E, 500 FS). Le RND, lui, réitère son appel à faire barrage aux islamistes, lesquels demandent la libération de tous les détenus politiques. Le FFS réaffirme son opposition au maintien du système en place, auquel il oppose ses propositions de sortie de crise, contenues dans son "memorandum aux décideurs". Faisant campagne à Alger, où le FFS espère conquérir plusieurs municipalités, Ahmed Djeddaï a invité les citoyens à s'organisations en associations et comités de quartier. Le FFS propose la création, aux côtés des APC (Conseils municipaux élus) de conseils consultatifs, sur le "modèle" de Porto Alegre, avec droit de regard dans la gestion et droit de contrôle de l'exécutif.
(CSSI) On note par ailleurs l'étrange recomposition des fronts politiques qu'a provoqué la décision du FFS de participer (sous condition, et en se réservant la possibilité de se retirer des élections avant le 10 octobre, et des conseils élus après) aux élections municipales : ainsi voit-on les quotidiens "éradicateurs" anti-islamistes "Le Matin", tribune habituelle du MDS (surgeon actuel du PC) et "Liberté", proche du RCD, communier avec "El Ribat", bulletin du FIS, dans la même dénonciation d'un FFS devenu selon eux "l'allié du pouvoir" -alors que si le FFS est dans l'opposition depuis quarante ans, le MDS est de notoriété publique très proche de l'un des clans de l'armée et du DRS (Sécurité militaire), et que le RCD a participé au gouvernement, aux côtés du FLN, du RND et des partis islamistes légaux, jusqu'après le déclenchement du "printemps noir" de Kabylie. Lors des élections municipales de 1990, que le FFS avait boycotté pour revendiquer la révision du code communal, le RCD avait d'ailleurs profité de ce boycott pour s'installer aux commandes d'un grand nombre de municipalités.
(La Tribune, APS, Liberté 25.9 / L'Expression, El Watan, Le Quotidien d'Oran, La Tribune, Le Jeune Indépendant, Le Matin, Liberté 26.9) La campagne électorale pour le scrutin local et wilayal du 10 octobre a pris un double rythme de croisière, avec une campagne "normale" dans la plupart des régions, et une campagne menée en Kabylie par le seul FFS du côté des partis politiques présentant des candidats, et par les coordinations locales et régionales des partisans du boycott des élections. "Liberté" note ainsi l'absence dans la campagne en Kabylie du FLN, du RND, du MSP et du PT.
Le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, a entamé le 24 septembre à Aïn El Hammam une série de meetings dans la wilaya de Tizi Ouzou, par ce qui s'est transformé en un débat contradictoire, vif et parfois tendu, avec des partisans du boycott des élections, que Djeddaï a invité à s'exprimer devant la foule des auditeurs : "Je vous lance une invitation et un défi : venez vous exprimer ! Nous sommes des démocrates". Ses contradicteurs refusant de s'exprimer (autrement que par des slogans et quelques pierres), Djeddaï en a conclu qu'ils étaient "incapables de convaincre". Le Premier secrétaire du FFS a dénoncé "certains cercles du pouvoir qui poussent au pourrissement", et qui ont "des relais au sein du mouvement citoyen", et a affirmé que les adversaires du FFS "sont les généraux" et que le combat du FFS était "de faire tomber la dictature militaire", mais qu'"à la violence du pouvoir, nous répondons par l'argument". "Nous sommes le mouvement citoyen, nous lui avons donné sa force" en quarante ans de combat, a affirmé Djeddaï, qui accuse "trois ou quatre" animateurs du mouvement (et une partie de la presse privée) d'être "manipulés" par le pouvoir pour affaiblir l'opposition réelle, et le mouvement citoyen réel. Si le meeting du FFS à Akbou a été perturbé (les porte-paroles locaux des aârchs condamnant "vigoureusement les actes de violence", en qualifiant leurs auteurs de "repris de justice connus" manipulés "par le pouvoir, et en accusant celui-ci "et ses ralliés" d'ourdir "un plan machiavléique (...) afin de briser le mouvement", deux autres réunions du FFS ont été annulées par leurs organisateurs, à Tifra et Chemini, pour éviter les affrontements, et après que des menaces aient été proférées. Dans la wilaya de Bouira, c'est en revanche un meeting de la Coordination des comités citoyens (partisans du boycott) à Ath Mansour qui a fait l'objet d'une tentative d'empêchement par des habitants -et ce sont notamment des candidats du FFS qui sont intervenus pour que le meeting puisse avoir lieu, au nom du principe selon lequel "tout le monde a le droit d'exprimer ses idées de manière pacifique", en même temps que des délégués de l'interwilayas intzervenaient pour empêcher les partisans du boycott de s'en prendre aux partisans du vote. Les représentants de l'interwilayas n'en ont pas moins qualifié de "traîtres" les candidats aux élections. Le comité local d'Azazga (w. Tizi Ouzou) quant à lui lancé un ultimatum aux candidats, dont certains sont d'ailleurs membres du comité de village, pour "se désister et présenter des excluses publiques", en les menaçant d'"actiond e'nvergures" dirigées contre eux s'ils ne le faisaient pas. Dans cette même wilaya de Bouira, plusieurs comités citoyens ont par ailleurs décidé de "geler" leurs activités pendant la campagne électorale, et se sont prononcés contre la position "officielle" des coordinations opposées au vote. A Semaoun (w. Bejaïa), un candidat du FFS a été agressé et passé à tabac, et du être hospitalisé après avoir été libéré de ses agresseurs par des habitants de la commune. A Illilten (w. Tizi Ouzou), le siège du FFS a été saccagé dans la nuit du 22 au 23 septembre.
A Tigzirt, le 25 septembre, c'est un meeting de la coordination "officielle" des comités locaux, la CADC, qui a été perturbé par des partisans des délégués locaux, dont Mohand Saïd Zeroual, exclus de la coordination pour "dialoguisme", qui ont créé leur propre coordination locale (la CDDT), laquelle avait le 24 septembre tenu son propre meeting devant une foule importante, à Tigzirt. Les militants et délégués locaux ont appelé à la poursuite du "débat d'idées", à ne pas développer "le sentiment de haine" et à rompre avec la stratégie du "pourrissement" dont ils accusent les dirigeants des coordinations affiliées à l'interwilayas. les délégués exclus accusent la CADC de les avoir exclus sans les entendre et sans donner les raisons véritables de leur exclusion.
A Bouzeguène, la coordination des comités de villages a publié une déclaration dans laquelle elle condamne les violences "orchestrées par le pouvoir et ses alliés pour plonger la Kabylie dans le chaos". Pour la coordination de Bouzeguène, "même si les deux position -rejet et participation (aux élections- sont inconciliables, la sérénité doit prévaloir afin d'éviter de se donner en spectacle aux ennemis de la démocratie".
A Tizi Ouzou, un groupe d'universitaires (une cinquantaine, selon leur porte-parole) de L'Université Mouloud Mammeri à publié une déclaration appelant les citoyens à saisir l'occasion des élections pour "débattre fraternellement". Les signataires dénoncent "les graves dérives qui s'installent durablement et qui alimentent un état de décomposition avancé". Ils condamnent "ceux qui utilisent la détresse légitime de la jeunesse, le ras-le-bol de la population" et visent "le démembrement de la République algérienne". Ils rejettent la "confrontation physique par population interposée" : pour eux, "il n'y a pas d'autres voies possibles (pour) sortir de cette spirale infernale de la violence que celles du retour à la paix, du libre débat, du respect à la fois des libertés démocratiques, des droits de l'Homme et du multipartisme". Ils rappellent que "la démocratie exige que chacun ait le droit d'exprimer son point de vue, en toute liberté, sur toutes les questions", et affirment que "c'est au peuple et au peuple seul de décider de son destin". Un Collectif des étudiants démocrates de l'Université a publié une déclaration dans laquelle ils affirment que ni les partisans du boycott des élections, ni ceux d'une participation électorale, ne peuvent "prétendre à une représentation exclusive de la Kabylie" et du "mouvement citoyen dans sa diversité".
(AP, L'Expression 28.9 / La Tribune, L'Expression, El Moudjahid, L'Actualité, Le Soir, El Watan 29.9 / El Watan, Le Matin, Liberté 30.9) Les coordinations des aârchs et des comités locaux des wilayas de Tizi Ouzou et de Bejaïa ont arrêté les 26 et 27 septembre le dispositif qu'elles entendent mettre en oeuvre pour empêcher le déroulement du scrutin local et wilayal du 10 octobre, passant ainsi de l'appel au boycott du scrutin à l'organisation concrète de son empêchement : "Nous allons empêcher l'administration d'organiser les élections locales", ont affirmé les délégués de Tizi Ouzou à Azazga, le 28 septembre. Le dispositif adopté par les coordinations contient une marche de protestation le 5 octobre et une grève générale les 8 et 9 octobre. Le jour des élections, le 10, les axes routiers menant en Kabylie devraient être bloqués, et les coordinations prévoient d'empêcher l'ouverture des locaux de vote, en les occupant, ainsi que les municipalités et les sous-préfectures (daïras). Réunie à Melbou, la Coordination intercommunale de Bejaïa s'en est violemment prise au FFS, qui a provoqué "une situation grave et dangereuse" en acceptant de participer aux élections, et qui "assumera seul les conséquences" de sa décision (conséquences non précisées par la coordination). La coordination de wilaya de Tizi Ouzou continue, sans grand succès jusqu'à présent, du moins quand les appels ne sont pas accompagnés de menaces précises, voire de violences (comme à Aït R'Zine (w. Bejaïa) le 27 septembre, où des violences exercées contre des candidats ont conduit à leur retrait) d'appeler les candidats aux élections à se retirer massivement de la course, et les menace de "quarantaine systématique" s'ils ne saisissent pas cette "dernière chance". Le RCD, qui appuie les appels au boycott des élections, organise également des conférences pour inciter au rejet des "élections de la honte".
De son côté, le FFS a réaffirmé son intention de participer au scrutin et de défendre le droit des citoyens en Kabylie de choisir librement de voter ou de s'abstenir, et a prévu de tenir une vingtaine de débats dans la seule wilaya de Tizi Ouzou. Plusieurs de ces débats ont fait l'objet de perturbations, d'autres ont pu se tenir dans le calme, ou ont été l'occasion de confronter, mais dans le cadre du débat lui-même, les positions des partisans du boycott à celles des partisans de la participation. Le 26 septembre à Sidi Aïch (w. Bejaïa), une conférence-débat du FFS a été "empêchée" par une manifestation de jeunes, qui se sont ensuite attaqués au siège local du FFS qu'ils ont saccagé, avant de s'attaquer aux locaux du FLN, de l'ONM (anciens combattants) et à un café voisin. Le siège de la section FFS d'Illoula Oumalou (w. Tizi Ouzou) a été saccagé dans la nuit du 27 au 28 septembre par des inconnus. La nuit suivante, les sièges du FFS et du RCD d'El Flaye (w. Bejaïa), ont été incendiés.A Taguemount Azzouz, deux jeunes gens ont disparu le 24 septembre, le FFS dénonçant un "enlèvement" et exigeant une enquête. Une journaliste du quotidien "L'Authentique" a quant à elle été agressée par un groupe de partisans des aârchs.
La presse fait des évaluations pour le moins contrastée de la situation dans laquelle se trouve le FFS en Kabylie : "Le Matin" et "Liberté" considèrent que le principal parti de la région s'y retrouve en très mauvaise posture, "L'Expression" estime au contraire que les actes de violence dont il est victime, et dont ses militants et ses candidats sont l'objet, se retournent contre leurs auteurs, et en faveur du parti. Pour "El Watan", "les archs sont au bord de la disqualification", leurs pratiques commencent à ressembler à celles de leurs "ennemis" et "les archs sont passés en quelques mois de la démocratique tournante à la dictature collective". Pour Mourad Kacer, Premier secrétaire de la fédération FFS de Tizi Ouzou, deux stratégies s'opposent en Kabylie : celle du "pouvoir et de ses supplétifs qui veulent imposer une logique de guerre dans l'objectif de maintenir le système en place et les privilèges", et celle du FFS qui tente de "protéger les populations et la cohésion nationale grâce à la bonne gouvernance", la participation du parti aux élections étant un message de résistance "face aux seigneurs de la guerre qui veulent nous imposer leur loi" : "Notre seul adversaire reste le régime et ses clans", affirme Mourad Kacer.
Le FFS célèbre par ailleurs le 39ème anniversaire de sa création, le 29 septembre 1963. Dans plusieurs localités, des cérémonies à la mémoire des 180 militants et combattants du parti tombés sous les coups de la répression, ont été organisées. A Aït Yahia, le FFS a inauguré une stèle à la mémoire d'un combattant du FFS tué en 1964, Belaïd Aït Medri.
Parallèlement, des personnalités de la région continuent d'appeler, non au boycott ou à l'empêchement des élections, mais éventuellement à leur report, et en tous cas au "recentrage" du mouvement sur le contenu de la plate-forme d'El-Kseur. Un appel signé par 13 militants "dialoguistes" invite "toutes les coordinations communales qui ont dénoncé la dangereuse dérive imprimée au mouvement citoyen" à "recentrer le débat" sur les quatorze points de la plate-forme d'El-Kseur, à élire des représentants pour concrétiser leur mise en oeuvre, à condamner "le recours à la violence et à l'intimidation comme moyen d'expression politique" et à rejeter toute démarche visant à "dévoyer" le combat du mouvement de sa "trajectoire initiale". Pour les signataires de l'appel, le slogan "Ulac l'vote ulac" (pas de vote, jamais) est un "slogan creux" qui dénature celui de la citoyenneté "ulac smah ulac !" (pas de pardon, jamais). Pour sa part, le Mouvement culturel berbère-Emigration réitère son soutien à la plate-forme d'El-Kseur et sa certitude que la satisfaction de ses revendications "est à même de dénouer la crise actuelle en kabylie". Le MCB-Emigration dénonce les "manipulations sordides" et accuse "certaines franges des services de sécurité, certains segments mafieux du pouvoir, (des) individus qui ne peuvent s'assumer politiquement et (une) certaine presse liée à quelques clans du régime (de pousser) au pourrissement" pour "perpétuer le système en place" par l'instauration du "chaos, (de) la gestion par le désordre et le vide politique en Kabylie et le retour au émeutes". Le MCB-Emigration appelle les citoyens au calme et les "délégués intelligents et responsables à faire respecter l'esprit résolument pacifique du mouvement". Considérant que "le boycott des municipales ne peut que désservir les citoyens car aucune structure -ârch, coordination...- n'offre de perspectives plausibles pour une gestion minima", le MCB-Emigration appelle au report des élections. L'Alliance nationale républicaine (ANR) de Redha Malek en fait autant, et accuse le pouvoir de remettre en cause l'unité nationale en acceptant le risque d'élections sans la Kabylie. Quant au Congrès mondial amazigh (CMA), il a adressé une lettre à Hocine Aït Ahmed pour inviter le FFS à se retirer de la course électorale afin de "mettre la Kabylie et également (le FFS) à l'abri des calculs machiavéliques du pouvoir algérien" et "contribuer à éviter la guerre civile programmée en Kabylie". Enfin, le président du MSP (parti islamiste légal), Mahfoud Nahnah, appelle Hocine Aït Ahmed à "s'adresser à la population algérienne en général et à la région de Tizi Ouzou en particulier", et le pouvoir à permettre au président du FFS de le faire "afin (de) calmer les esprits et (d')éloigner le spectre d'une conspiration contre l'unité nationale".
(Algeria-Interface 24.9 / El Watan, Le Matin, Liberté 25.9) Le vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH), Hocine Zahouane, qualifie dans un entretien à "Algeria-Interface" de "jacqueries", c'est-à-dire de "révolte sans objectif, où la violence est une fin en soi, l'expression d'un état pathologique", les émeutes des 17 derniers mois en Algérie, et en particulier en Kabylie. Pour Hocine Zahouane, cependant, "certaines forces manipulent la situation actuelle" pour empêcher la société de se "poser les grands problèmes politiques pour les résoudre", et "transposer au niveau de la population" les contradictions existant au sein du régime : "une Algérie stable n'arrangerait pas de gros intérêts". S'agissant des revendications du mouvement en Kabylie, le vice-président de la LADDH qualifie de "franchement stupides" certaines revendications de la plate-forme d'El-Kseur, comme celle du départ des gendarmes de la seule Kabylie. Par contre, l'exigence du châtiment des gendarmes soupçonnés d'actes criminels est parfaitement légitime. De même, la reconnaissance de tamazigh est parfaitement légitime, mais ce sont les utilisateurs de cette langue qui doivent prendre en charge sa promotion et son développement, Hocine Zahouane leur reprochant de n'en rien faire.
En ce qui concerne les élections locales, le vice-président de la LADDH estime qu'il est plus judicieux de s'emparer des mairies par les urnes pour utiliser les moyens dont elles disposent afin de servir la population, et de "dénoncer les maires véreux", que de les détruire -comme il est plus intelligent de se battre pour l'électrification des villages et l'installation du téléphone là où il n'y en a pas que d'incendier les centraux téléphoniques et de détruire les poteaux électriques. En présentant un rapport sur la situation des droits humains en Algérie, le président de la LADDH, Ali Yahia Abdennour, avait quant à lui affirmé le droit des citoyens de choisir leurs représentants, et le droit de chacun "de voter ou non", un des droits fondamentaux auquel "personne n'a le droit de s'opposer", surtout pas par la violence, mais estimé que "les conditions, sur le plan des droits de l'Homme, pour préparer une élection sont inexistantes" actuellement*. La Kabylie doit "s'atteler à être un exemple pour le reste du pays plutôt qu'un repoussoir", résume Hocine Zahouane, pour qui il y a une contradiction fondamentale entre le mouvement citoyen, où "l'individu est un acteur de sa destinée", et le recours aux "aârchs", c'est-à-dire aux tribus, qui sont "synonymes de négation de l'individualité" et se construisent "sur l'exclusion des femmes, des syndicats" et de tout ce qui est extérieur au aârchs eux-mêmes. Les "événements de Kabylie" n'ont "pas du tout affecté le pouvoir", mais ils ont "affecté la Kabylie", constate le militant des droits de l'homme, pour qui le discours de la coordination interwilayas selon lequel "le pouvoir est moribond" est "irréaliste", le pouvoir se portant d'autant mieux que la Kabylie se porte plus mal.
(Jeune Indépendant, Le Matin 29.9 / Le Matin, Liberté, El Watan 30.9) La campagne électorale pour les élections locales du 10 octobre, très tendue en Kabylie, se déroule à peu près normalement dans le reste du pays, et toutes les formations politiques y prennent part, avec cependant un intérêt très inégal des citoyens. A Sidi M'hamed (Alger) le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, a donné à la campagne de son parti un contenu d'opposition nationale au système, faisant des élections locales "une étape parmi d'autres pour écarter la dictature militaire qui étouffe le pays depuis 1962". "Nous ne vous promettons pas plus qu'une gestion transparente de la localité, une déclaration de guerre à la corruption et une tentative de réaliser une certaine justice sociale, avec les moyens qui restent en la possession des communes", alors que "les biens de l'Etat ont été dilapidés". Ahmed Djeddaï a par ailleurs rappelé que le FFS entendait créer des conseils consultatifs dans les communes, conserils dont les comités de quartiers pourraient faire partie. A Djelfa, des militants FFS ont rendu publique une déclaration contestant la composition de la liste du parti pour l'Assemblée de wilaya (Comnseil général), où selon eux ne figurerait aucun membre de la section de Djelfa. A M'sila, cinq candidats du FFS ont été arrêtés et mis en détention sous l'accusation d'avoir agressé le chef de daïra (sous-préfet) d'Aïn Hadjel, après que celui-ci ait injurié leur parti lors de la réunion de la commission de surveillance des élections.
A Mostaganem, où il présentait les grandes lignes du programme du FLN, le Premier ministre Ali Benflis s'en est pris à ceux qui ont tout essayé depuis la fin des années '80 pour "détruire le FLN", et dont le bilan est "catastrophique" -ce qui vaut sans doute autant pour le RND que pour les partis islamistes.
Par ailleurs, la coordination interwilayas (ou des coordinations régionales) tente(nt) d'"exporter" le boycott hors de Kabylie, et envisage(nt) des réunions ou des meetings à Constantine, Mila et Oran.
(AP 1.10 / Le Monde, L'Expression 2.10 / L'Expression, La Tribune, Le Matin, Liberté, L'Actualité, El Watan, Le Soir, Le Jeune Indépendant 3.10 / Courrier International, Corr) A Dix jours des élections locales, les autorités centrales semblent préparer un dispositif sécuritaire exceptionnel, notamment en Kabylie, où des renforts policiers seraient acheminés, suscitant dans certaines localités des réactions de rejet de la population. A Igher Amokrane, des affrontements se sont produits entre de jeunes, voire très jeunes, manifestants et policiers, à coups de pierres et de grenades lacrymogènes. Selon "Liberté", les policiers ont reçu de fermes instructions prohibant le port et l'usage des armes à feu, armes dont ils auraient d'ailleurs été déléestés afin d'éviter tout dérapages. Les brigades anti-émeutes ont reçu pour directive de faire exclusivement usage de balles en caoutchouc. "Liberté" annonce que 350 policiers ont été déplacés de Sidi Bel Abbès vers la Kabylie. "El Watan" titre sur "20'000 policiers pour la Kabylie", chargés de protéger ées centres et bureaux de vote, les municipalités, les préfectures et sous-préfectures, et de maintenir ouvertes les voies de communication.
Les coordinations des aârchs ont appelé à des marches le 5 octobre à Bejaïa et Tizi Ouzou (un comité a également appelé à une marche à Alger), à une grève générale les 9 et 10 octobre et un blocage des routes les 10, le tout dans le cadre de la campagne organisée contre les élections, et visant à les empêcher matériellement.
Il est assez difficile d'évaluer les impacts sur la population des campagnes respectives du FFS et des aârchs, mais le caractère parfois violent, et presque toujours menaçant, qu'a pris la campagne "antivote" semble avoir l'effet inverse de celui attendu, en mettant le FFS au centre de la campagne, en le transformant en cible tout en mettant en évidence sa nature d'opposant à la fois au pouvoir et aux "radicaux" des aârchs (l'ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali, pourtant farouche adversaire du FFS, n'hésitait pas à le qualifier de "seul parti algérien qui n'ait pas été créé par le DRS" -Sécurité Militaire) et en jetant le doute sur les motivations de ses adversaires. Le FFS a d'ailleurs donné à sa campagne en Kabylie et dans le reste de l'Algérie une tonalité résolument dénonciatrice du pouvoir : à Blida, Ahmed Djeddaï a, le 1er octobre, dénoncé un pouvoir "accaparé par une poignée de généraux, à l'oriogine de tous les maux du pays". Le Premier secrétaire du FFS a situé le campagne du FFS dans le cadre d'une volonté de faire émerger un force "capable d'assurer la relève" du pouvoir actuel, et de "chasser du pouvoir ceux qui servent leur intérêt égoïste aux dépens de leur peuple". Djeddaï devait tenir le 3 octobre à Tizi Ouzou un meeting, dans une ville où les "radicaux" des aârchs ont assuré que les élections ne pourraient se tenir, et où ils ont déjà perturbé des réunions animées par le Premier ministre Ali Benflis, à Draâ Ben Khedda et par la porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, à Tizi Ouzou, qui accuse "une minorité commanditée par un parti politique qui veut imposer le boycott" d'avoir tenté "d'empêcher la tenue du meeting" en y expédiant "une vingtaine de personnes (...) encadrées par 9 militants politiques notoirement connus". Louisa Hanoune affirme que "le multipartisme ne doit pas quitter la Kabylie" où l'on tente d'imposer "la pensée unique", alors même qu'elle y a "été combattue pour tout le peuple". Le quotidien "Le Jeune Indépendant" ironise quant à lui sur cette "drôle d'opposition partisane" qui s'oppose non pas au pouvoir en place mais au plus ancien parti d'opposition, le FFS dont le quotidien estime qu'il "se trouve être, dans la conjoncture actuelle, l'unique à tenir la dragée haute à un système" qu'il combat depuis quarante ans.
Le Premier ministre et chef du FLN, Ali Benflis, a de son côté pu tenir à Bejaïa un meeting populaire, lors duquel il a appelé "au dialogue sans exclusive", afin d'"éteindre le feu et de trouver de véritables solutions". Dans un entretien à "L'Expression", Louisa Hanoune estime quant à elle que "la crise en Kabylie (...) est entretenue de même qu'elle a été fabriquée. Ce n'est pas un mouvement spontané. Les jeunes sont sortis pour exprimer leur colère face à l'arbitraire, à l'impunité, à la répression... Mais des acteurs politiques ont instrumentalisé ce mouvement à des fins politiques et économiques". Pour la porte-parole du PT, "il y a un lieu direct entre ce qui se passe en Kabylie et la question des provatisations", qui suscitent "des appétits voraces tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays". L'objectif, dénonce Louisa Hanoune, est de "sortir la Kabylie du cadre national, et donc de favoriser le démembrement du tissu national et de provoquer la destruction du cadre républicain".
Deux personnes (de jeunes manifestants) ont été blessées dans des affrontements survenus dès la nuit du 30 septembre au premier octobre à Azazga, et qui se sont poursuivis le lendemain, après qu'une dizaine de jeunes (dont trois ont été arrêtés, l'un d'entre eux, âgé de 14 ans, étant rapidement relâché, la coordination de Tizi Ouzou dénonçant dans ces arrestations "une provocation", une "forfaiture" et des "méthodes staliniennes") aient tenté d'empêcher des militants du FFS de coller des affiches électorales. Le siège du FFS a été saccagé et incendié, et le siège du FLN a également été attaqué. Les sièges du FFS et du RCD à Chemini ont également été incendiés (trois des incendiaires s'étant eux-mêmes sérieusement brûlés, ils ont été hospitalisés). A Boudjima, des militants du FFS ont été agressés par un groupe d'adolescents.
Pour "Le Quotidien d'Oran", qui dénonce la "dérive fascisante" d'une partie des aârchs (ou de leurs partisans), la protestation kabyle est restée "confinée à la Kabylie" et peine désormais à "faire avancer la cause de la citoyenneté". Quant à "El Khabar", il considère que "nommer des maires sans élections" en Kabylie, ce qui serait le cas si les élections ne pouvaient y avoir lieu, "ne ferait que compliquer la situation et conduirait à des affrontements directs". Le soutien apporté par plusieurs partis (l'ANR, le MDS, le RCD) au boycott "actif" des élections a en outre fait planer une suspicion de "manipulation politique" des aârchs par ces partis. Le quotidien "bouteflikiste" "L'Expression" fait état d'un "document accablant" transmis par "des militants et des élus" du RCD, document s'appuyant sur un "rapport d'évaluation organique" élaboré par le secrétariat du parti, et selon lequel, "en dehors de quelques régions du Centre", le parti est frappé de "déstructuration organique", de "démobilisation militante" dans l'est, l'ouest et le sud d'"immobilisme" et de "léthargie", situation le rendant incapable de prendre part aux élections, d'autant que sa situation financière serait "déplorable".
A Akbou, la section FFS a rendu publique une déclaration rappelant que "la participation du FFS aux élections locales (...) reste déterminée par le devoir impérieux de protéger la population et d'éviter notamment que la Kabylie soit délibérément et sauvagement enfoncée dans l'aventure, les massacres et le chaos". Le FFS d'Akbou accuse les "services" et leurs "manipulateurs" de pousser "quelques jeunes et adolescents (...) à la violence et à la stratégie de le terre brûlée" et appelle les citoyens "à ne pas répondre aux appels d'individus qui désormais ne représentent qu'eux-mêmes, agissant au nom d'une structure fantôme", mais au contraire à se mobiliser pour "reprendre le pouvoir local" et "faire barrage aux mafias qui guettent la région afin de piller impunément les biens, richesses et patrimoines publics".
(AP, AFP 5.10 / AFP, La Tribune, L'Expression, Liberté, L'Actualité, El Ribat, El Watan 6.10 / Liberté, Le Matin 7.10 / Corr) La police a empêché le 5 octobre, à Bejaïa et à Tizi Ouzou, les marches auxquelles appelaient les coordinations des aârchs, contre la tenue des élections du 10 octobre -mais également pour commémorer les "événements" d'octobre 1988 (émeutes populaires dans toute l'Algérie). Les principaux axes routiers menant aux deux grandes villes de Kabylie étaient contrôlés par la police, afin d'empêcher les manifestants venus des villages et des villes des deux wilayas de rallier Tizi et Bejaïa, où les rassemblements de manifestants ont en outre été dispersés. Seuls une cinquantaine de manifestants ont pu tenir, sans intervention policière, un sit-in improvisé à Tizi Ouzou. L'empêchement policier des marches, ou des tentatives des partisans du boycott d'empêcher des meetings électoraux, ont provoqué des heurts à Chabet El Ameur, Nacéria (w. Boumerdès), El Kseur, Timezrit, Sidi Aïch et Oued Ghir (w. Bejaïa), Illilten, Timizart et Ath Aïssi (w. Tizi Ouzou). Quelques affrontements se sont également produits à Tizi Ouzou où, selon certaines sources, une vingtaine de personnes auraient été interpellées (selon "Liberté", au moins un manifestant a été libéré sur intevcention du FFS). Cinq personnes ont en tous cas été mises en détention préventive pour "atteinte à l'ordre public". A Alger, une marche à laquelle appelaient des comités citoyens et des associations n'a rassemblé que quelques dizaines de personnes, avant d'être dispersée par la force par la police, qui a interpellé plusieurs manifestants (dont des militants du RCD et du MDS), relâchés en fin de journée. Des journalistes ont été malmenés par la police. Des militants du RCD et du MDS ont également été interpellés à Annaba et Constantine. Le RCD dénonce des "kidnappings".
Si les marches ont été empêchées, et si les manifestations n'ont pu rassembler que quelques dizaines de personnes, le mot d'ordre de grève a par contre été largement suivi dans les administrations publiques et par les commerçants à Tizi Ouzou, sans que l'on puisse réellement vérifier si la grève a été suivie par adhésion à ses motifs (le refus des élections) ou par précaution contre d'éventuels troubles; la grève semble avoir eu moins d'ampleur à Bejaïa. Les coordinations des aârchs et les quotidiens qui leur sont favorables ("Le Matin", "Liberté", notamment) ont estimé que cette "répétition générale" du 10 octobre a été un succès (la Coordination de Tizi, la CADC, parle d'une "formidable mobilisation populaire" et assure que "la Kabylie est plus engagée que jamais", "Liberté" parle du "pari gagné des archs" quand "L'Expression" estime que "les archs s'essouflent"...) alors que le Secrétaire fédéral du FFS à Tizi Ouzou, Mourad Kacer, assure que Tizi "n'est pas la citadelle acquise aux tenante de la violence", puisque "malgré les tentatives répétées de ces derniers, le FFS s'est exprimé dans la région". La Coordination des aârchs de Tizi Ouzou (CADC) accuse le pouvoir de "dépêcher vers la Kabylie toutes les forces policières et autres unités spéciales disponibles dans le pays" ("Liberté" et le RCD parlent de "20'000 hommes" envoyés dans la région pour renforcer le dispositif sécuritaire, chiffre qui parait manifestement excessif au regard des forces policières disponible en Algérie -sauf à "vider" tout le reste de l'Algérie de toute présence policière) La CADC appelle à "l'organisation d'une journée morte le jour du scrutin" afin de "mettre en échec la supercherie électorale du 10 octobre". A Adekar (w. Bejaïa), le Maire (RCD) a été suspendu par le wali (préfet) au motif qu'il refusait "d'appliquer les instructions de l'administration" pour la préparation des élections locales (le RCD s'est rallié aux coordinations des aârchs et appelle au boycott des élections". Pour le RCD de Bejaïa, l'administration ne cherche qu'à "préparer la fraude sans témoin gênant".
Le président du FFS, Hocine Aït Ahmed, a dénoncé le 6 octobre la violence dont son parti est l'objet depuis le début de la campagne électorale. Hocine Aït Ahmed a lancé un appel aux autorités algériennes, à Kofi Annan et à l'Union européenne, pour les alerter sur "les graves risques de dérapages en Kabylie", sur la menace d'une "utilisation des armes" pour empêcher le vote, et pour dénoncer "la mise en marche d'une machination policière pour détruite, à travers (le Front des Forces Socialistes) une des rares institutions démocratiques en Algérie". Pour Hocine Aït Ahmed, "le pire est à craindre devant la multiplication des provocations et la montée en puissance de discours et méthodes fascisantes des partisans du boycott", méthodes qui participent d'une "stratégie de la tension planifiée par les tenants d'un processus de tchétchénisation de la Kabylie". Le président du FFS réaffirme la position de son parti : "la violence est inacceptable (et) seul le libre débat garantit le libre choix des citoyens". Une dizaine de sièges du FFS ont été saccagés, voire détruits, en Kabylie (le dernier à Tizi Rached le 5 octobre), généralement par des inconnus (lorsque les auteurs de ces destructions ont pu êrtre indentifiés, il s'est avéré qu'il s'agissait parfois de très jeunes gens, dont le FFS affirme qu'ils sont manipulés par "les services" ou des partis politiques eux-mêmes manipulés par "les services". Le FFS dénonce par ailleurs l'action de "commandos organisés qui ont des comptes à régler avec la Kabylie et la démocratie", selon les termes d'Ikhlef Bouaïche, porte-parole du parti).
"Liberté" annonce qu'un groupe de "personnalités nationales", autour de l'avocat Miloud Brahimi, va lancer un appel aux citoyens de Kabylie, contenant des "propositions pour une sortie de crise". Selon le quotidien, le groupe comprendrait l'ancien ministre Abdelaziz Rahabi.
Pendant ce temps, la campagne électorale se poursuit, y compris d'ailleurs en Kabylie. Les premiers bureaux de vote itinérants (il y en a 428, dans toutes les wilayas du sud) commenceront à fonctionner le 7 octobre. A Bouira, le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, qui a tenu meeting en compagnie d'un représentant du mouvement citoyen local, a rendu un hommage aux "martyrs d'octobre 1988", époque à laquelle il était médecin militaire et devait soigner à Alger de jeunes manifestants torturés après leur arrestation par les services de sécurité, mais a également dénoncé "ceux qui font du sang des martyrs un fond de commerce", qu'il s'agisse ders martyrs de 1963, de deux de 1988-89, de ceux des derniers dix ans ou de ceux du "printemps noir". Djeddaï a dénoncé "ce pouvoir qui utilise la violence et se nourrit de violence afin de terroriser le citoyen en l'empêchant de revendiquer ses droits", et un régime qui "à l'image des régimes staliniens a besoin d'ennemis intérieurs et extérieurs pour que le peuple ait un abcès de fication". Pour Djeddaï, le mouvement citoyen a été mis dans une "impasse et miné par les manoeuvres de délégués autoproclamés (comme) tuteurs des citoyens, et autres manipulateurs" ne cherchant que "le pourrissement de la situation". Le Premier secrétaire du FFS a réitéré l'exigence de son parti du "départ des généraux du champ politique", son rejet du projet de loi sur les hydrocarbures et son opposition à la privatisation de Sonatrach. Selon "La Tribune", dans la wilaya de Bouira des délégués des aârchs "farouchement acquis aux thèses du boycott n'hésitent pas (...) à faire campagne discrètement au profit du FLN ou des indépendants" pour tenter d'affaiblir le FFS, notamment à Haïzer et Taghzout, pendant que d'autres délégués participent aux meetings du FFS. Le Secrétaire fédéral du FFS de Tizi Ouzou, Mourad Kacer, a dénoncé les "manipulations" politiques à l'oeuvre derrière les "pratiques fascistes" d'empêchement de la campagne électorale et du scrutin.
A Bab El Oued, le 5 octobre, la porte-parole du Parti des Travailleurs (qui participe aux élections wilayales, mais pas aux municipales), Louisa Hanoune, a poursuivi sur le thème principal de sa campagne : la dénonciation du bradage de l'économie nationale et des privatisations, et la "relation directe" entre la politique économique du gouvernement d'une part, la poursuite de la violence et la crise kabyle d'autre part. Pour Louisa Hanoune, "ceux qui ont voté pour le programme du gouvernement (les partis de la coalition) ont voté la mort de l'Algérie". S'exprimant sur l'avant-projet de loi sur les hydrocarbures, Louisa Hanoune a dénoncé une menace de "disparition" de Sonatrach. Elle a à nouveau établi un lien entre la "crise fabriquée" de Kabylie et les privatisations. De son côté, le FIS (par le bulletin "El Ribat", de l'instance exécutive à l'étranger, de Rabah Kébir) a lui aussi dénoncé les privatisations, en mettant en cause la tolérance et les protections dont jouit le milliardaire Rafik El Khalifa, et en rappelant que la constitution algérienne, dans son article 17, établit la "propriété publique" notamment sur les transports aériens, alors que Khalifa dispose d'une compagnie aérienne privée. "Les partis de l'opposition comme le FFS et le PT qui ont siégé ou siègent encore à l'Assemblée populaire nationale n'ont à aucun moment posé ce problème", accuse le bulletin de Rabah Kébir, qui estime que "le Parti de Louisa Hanoune qui prétend défendre les intérêts des travailleurs et de la nation devrait exiger un débat à l'Assemblée sur la privatisation qui ne dit pas son nom". A défaut, c'est l'article 17 (sur la propriété publique) qui devrait être abrogé puisqu'il "ne sert plus à rien".
A Tiaret, le Secrétaire général du FLN et Premier ministre, Ali Benflis, a pris l'engagement que le FLN exercera un contrôle absolu de ses élus, et a annoncé la "restructuration" prochaine du parti.
A Harbil (w. Medea), un candidat RND a été assassiné à un "faux barrage" tendu par un groupe armé, le 3 octobre.
Globalement, "L'Expression" estime que "les tendances lourdes" de la campagne électorale "confortent chaque parti dans les positions occupées depuis les législatives du 30 mai" (ce qui ne vaut sans doute que pour les partis qui ont participé à ces législatives et participent également aux locales...), avec un FLN qui "a confirmé, sinon conforté, sa position de premier parti du pays", un RND qui pourrait "fort bien régresser encore", des partis islamistes stables (le MRN de Djaballah devançant le MSP de Nahnah). Le quotidien "bouteflikiste" note tout de même que l'entrée en lice du FFS a changé la donne, et estime que la campagne du FFS a permis d'illustrer l'implantation du parti hors de Kabylie.
(AP, L'Expression 7.10 / Le Matin 8.10 / L'Expression, AP, Le Monde, AFP, El Moudjahid, Liberté 9.10 / La Tribune, Le Temps, AP, El Watan, Le Quotidien d'Oran, Liberté, Le Matin 10.10 / Corr.) Les opérations électorales pour le scrutin municipal et wilayal du 10 octobre ont commencé le 7 octobre, avec le départ des bureaux itinérants dans le sud du pays, où l'on ne compte qu'un peu plus de 90'000 électeurs.
Un peu plus de 16,7 millions d'électrices et d'électeurs sont inscrits sur les listes électorales. 38'748 bureaux de vote sont prévus dans 1541 communes, auxquels s'ajoutent 428 bureaux itinérants. Les autorités ont annoncé la mobilisation d'un important personnel d'encadrement (hors forces de sécurité), de plus de 700'000 personnes. 24 partis politiques participent à ces élections, qui portent surf 1960 sièges dans les assemblées populaires de wilayas (Conseils généraux) et 13'981 sièges dans les assemblées populaires municipales (Conseils municipaux). Selon les premiers résultats officiels, le taux de participation était supérieur à celui enregistré lors des élections législatives du 30 mai, y compris en Kabylie. Le fait que les chiffres officiels fassent état d'un taux de participation "Kabylie exceptée", et que le ministre de l'Intérieur ait dénombré les communes où le vote a été possible en Kabylie, et celles où il a été empêché, laisse supposer que le scrutin sera réorganisé dans ces dernières, et que les résultats obtenus dans les communes où le vote a pu avoir lieu seront considérés comme valides, sauf recours spécifiques.
En Kabylie, les coordinations des aârchs ont mis à exécution leur plan d'empêchement du scrutin local, en bloquant les axes routiers et en assiégeant les municipalités, les locaux de vote et les sièges des partis (y compris ceux de partis ne prenant pas part au scrutin), le tout sur fonds de grève générale, suivie de plus ou moins bon gré par les salariés et les commerçants, et dans des proportions inégales selon les localités (massivement à Tizi Ouzou et Bejaïa, moins dans les autres villes de Kabylie). Des urnes ont été brûlées dans plusieurs localités. Dès le 8 octobre, de violents affrontements ont opposé partisans du boycott et forces de police, et parfois partisans du boycott et partisans du vote, dans de nombreuses localités de Kabylie, faisant plusieurs dizaines de blessés et un mort, près de Maatkas le 8 octobre. A Raffour (w. Bouira), les affrontements ont fait une vingtaine de blessés le 9 octobre, dont une douzaine de policiers. Dans la wilaya de Tizi Ouzou, deux blessés graves ont été relevés le 9 octobre aux Ouadhias et à Azazga. Des affrontements à Aïn El Hammam, Mekla et Ouaguenoun ont également été constatés. Dans la wilaya de Bejaïa, des affrontements se sont produits à El Kseur, Tazmalt, Aït Melikèche. Des délégués des aârchs ont été arrêtés, ainsi que des militants.
En France, les sympathisants du FFS dans l'émigration ont vigoureusement dénoncé les actes de violence dont le parti a été l'objet et ont appelé "les Algériennes et Algériens a user de leur droit de vote pour élire leurs représentants", à rester "vigilants face aux provocations de tous bords" et à "faire barrage aux aventuriers qui combinent la démagogie populiste avec des méthodes dignes des squadristes fascistes". Une délégation du FFS, conduite par Hocine Aït Ahmed, a rencontré, entre le 3 et le 9 octobre, des représentants des forces politiques françaises et européennes (de droite et de gauche) pour les alerter sur la gravité de la situation. La délégation a notamment rencontré Alain Lamassoure (UDF, PPE, France), Noël Mamère (Verts, France), François Hollande (PS, France), Hélène Flautre (Verts, France), Philippe Morillon (PPE, France), Enrique Baron Crespo (PSOE, Espagne) et Daniel Cohn-Bendit (Verts, France). Les Verts français ont d'ailleurs exprimé leur crainte de "dérapages violents" en Kabylie, et demandé aux autorités algériennes de "tout mettre en oeuvre pour éviter les affrontements". Ils dénoncent "toute tentative d'instrumentalisation de la situation en Kabylie par la sécurité militaire algérienne, devenue maître(sse) dans l'art de la manipulation politique".
Un groupe d'universitaires de Tizi Ouzou a lancé un appel à éviter les affrontements entre citoyens, et à "débattre fraternellement en vue de trouver les voies et moyens apes à nous conduire vers la réalisation de l'unité, condition sine qua non pour arracher les revendications urgentes et légitimes de la majorité des Algériennes et des Algériens". Les universitaires affirment leur conviction "qu'il ne saurait y avoir d'avenir en Kabylie en dehors d'une République algérienne une et indivisible". Un groupe d'anciens combattants de la Guerre de libération a lancé le 9 octobre un appel comparable au retour au calme et à l'ouverture d'un véritable dialogue.
«Nous soussignés enseignants de l'université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, après avoir constaté le danger de plus en plus grand qui guette notre nation à travers les développements tragiques que connaît le pays et particulièrement la Kabylie, le risque d'affrontement entre populations sur la question des élections, décidons d'interpeller les citoyennes et les citoyens algériens et leur dire : notre pays est à la croisée des chemins. Chaque jour qui passe nous assistons à de graves dérives qui s'installent durablement et qui alimentent un état de décomposition avancé, dont l'origine est l'application de la politique qui nie les aspirations du peuple algérien dans toutes ses composantes et remet en cause ses droits et foule aux pieds les acquis de notre révolution. Nous lançons un cri d'alarme à tous les citoyens attachés à l'unité de la nation, à la sauvegarde de ce qui constitue les bases de la fondation de notre République une et indivisible pour utiliser le moment particulier de ces élections pour débattre fraternellement en vue de trouver les voies et moyens aptes à nous conduire vers la réalisation de l'unité, condition sine qua non pour arracher les revendications urgentes et légitimes de la majorité des Algériennes et des Algériens. Il apparaît clairement aujourd'hui que ceux qui utilisent la détresse légitime de la jeunesse, le ras-le-bol général de la population que les gouvernements successifs ont poussé à bout, ont pour objectif le démembrement de la République algérienne. La démocratie exige que chacun ait le droit d'exprimer son point de vue en toute liberté sur toutes les questions ; mais en dernière analyse, c'est au peuple et au peuple seul de décider de son destin. Nul n'a le droit de se prévaloir d'une quelconque autorité, de se présenter en sauveur suprême et s'imposer en tuteur sur le peuple car cela ne favorisera que l'installation du chaos et de la dislocation. Il n'y a pas d'autres voies possibles de sortir de cette spirale infernale de violence qui mine notre pays et menace la cohésion nationale que le retour à la paix, au libre débat, le respect des libertés démocratiques et des droits de l'Homme, le respect du multipartisme, du droit à l'organisation de réunions et de manifestations, ce qui exige la levée de l'état d'urgence. En conséquence, nous sommes convaincus qu'il ne saurait y avoir d'avenir en Kabylie en dehors d'une République algérienne une et indivisible. Nous décidons d'alerter l'ensemble de la communauté universitaire nationale, sur l'importance que revêt aujourd'hui la sauvegarde du cadre national base de la fondation de notre République et de la nation algérienne. - Non à la confrontation physique par population interposée - Pour une République algérienne, une et indivisible » Dahmani Mohammed, professeur - Yefsah Saïd, professeur - Kadri A/Aziz, maître de conférences (MC), - Morsli Mohammed, MC - Salhi Brahim, MACC - Khemliche Salem, MACC - Ourabah Kamel, MACC - Kadi Hamid, MC - Rezaoui Mohammed, etc.
Les enjeux des élections locales n'ont plus rien à voir avec les compétences réelles des municipalités.
Le premier enjeu est le taux de participation -et les prévisions à ce sujet étaient pour le moins contradictoires. Le 30 mai, pour les législatives, le taux de participation officiel au plan national avait été de 46 %. Il n'avait cependant pas atteint les 3 % en Kabylie. Selon un sondage de "L'Expression", la participation oscillerait entre 55 et 65 % au plan national, Kabylie exceptée, ce qui paraissait assez optimiste, avec un taux particulièrement élevé dans la tranche d'âge des 35-65 ans. En Kabylie, le sondage prévoyait une participation d'au moins 25 %. A midi, selon les chiffres officiels, la participation avait atteint 25 % au plan national, 2,5 % dans la wilaya de Tizi Ouzou et 5,5 % dans celle de Bejaïa. A 16 heures, le taux de participation (toujours selon les chiffres officiels) se situait à 41 % au plan national, sans la Kabylie, à 4 % dans la wilaya de Tizi Ouzou et à 10 % dans celle de Bejaïa. Selon le ministre de l'Intérieur, les élections se sont déroulées normalement dans 47 des 67 communes de la wilaya de Tizi Ouzou, et dans 33 des 52 communes de la wilaya de Bejaïa. En Kabylie, de nombreux bureaux de vote ont été empêchés d'ouvrir leurs portes, du moins dans la matinée, l'acheminement des urnes depuis les sous-préfectures ayant été empêché par des barrages routiers établis par les partisans du boycott. Des bureaux de vote ont été attaqués et saccagés à Azazga, Larbaâ Nath Irathen, Mechtras et Bounouh (w. Tizi Ouzou), El-Kseur et Amizour (w. Bejaïa), des urnes ont été brûlées. A Tizi Ouzou, seuls trois bureaux de vote avaient pu ouvrir dans la matinée. Aux Ouadhias, le sous-préfet a lui-même arrêté le processus électoral à 10 heures du matin dans toutes les communes de la daïra, au prétexte des "risques d'affrontement". Le FFS a dénoncé le climat de "terreur" enoutrant le vote, et signalé que des taux de participation "appréciables" avaient été enregistrés dans les localités où les citoyens avaient pu librement choisir de voter ou non, comme à Draâ Ben Khedda, Draâ El Mizan ou Tadmait. Dans une déclaration, le FFS dénonce la responsabilité de l'administration algérienne et l'accuse d'avoir pris parti en faveur des partisans du boycott, et d'avoir elle-même "prise en charge l'empêchement du scrutin" en mettant en place très tardivement un dispositif logistique insuffisant : "la population qui voulait voter a été obligée de ramener elle-même les urnes". Le FFS fait en outre état d'"intimidations et d'agressions contre les votants". A Barbacha (w. Bejaïa), les sièges du FFS et du FLN ont été saccagés et incendiés
Dans le reste du pays, les élections se sont déroulées dans le calme, sans susciter ni participation, ni désaffection massive. Des suspicions de fraude ont cependant été exprimées : A Gué de Constantine, le RND et le FFS accusent le FLN de fraude. A Alger, le FLN, Ennahda, le FNA et le FFS menacaient le 9 octobre de se retirer de la compétition, et accusaient le RND d'organiser la fraude. Le MSP a menacé d'organiser la "désobéissance pacifique" face aux municipalités issues de la fraude, "jusqu'à ce qu'elles tombent". Dans la wilaya d'El Bayadh, le FNA accuse le FLN de tenter d'accaparer les urnes des bureaux itinérants.
Quant à la répartition des sièges, les observateurs s'attendaient généralement à une première place pour le FLN, un nouveau recul du RND, une stabilité des islamistes, une progression du PT et une avance du FFS hors de Kabylie. Plusieurs journaux mettaient en outre les élections locales en relations avec l'élection présidentielle de 2004, en considérant les premières comme une sorte de préparation des fronts politiques pour la seconde. "Le Quotidien d'Oran" rappelle d'ailleurs que les partis qui soutiennent le boycott des élections (RCD, MDS, ANR) sont aussi ceux qui se sont lancés depuis quelques mois dans une violente campagne contre le président Bouteflika, dont la personne "est devenue le centre de gravité" de la crise, du moins pour ces partis. La remarque vaut pour les quotidiens qui ont adopté cette même ligne (et sont proches de ces mêmes partis), comme "Lioberté" ou "Le Matin", dont le directeur, Mohamed Benchicou écrit que "la Kabylie écrasée" est "le prix que compte payer Bouteflika pour sa réelection en 2004" (en ajoutant que "Aït Ahmed aide Bouteflika a ressusciter Sant'Egidio").
Le deuxième enjeu renvoie précisément à la situation en Kabylie, tant du point de vue de la participation que de celui du choix des électeurs, et plus précisément encore de la possibilité qui aura été laissée aux citoyens désireux de voter, de le faire. "Le Quotidien d'Oran" estimait d'ailleurs que la participation au scrutin en Kabylie "ne sera pas demain un vrai critère d'évaluation", car elle ne dépassera pas le caractère symbolique, dans une région où elle est de toutes façons plus basse que dans le reste du pays.
En mai, si l'abstention avait été presque totale en Kabylie (le FFS appelait alors au boycott), elle avait été bien moins massive dans le reste de l'Algérie. Les premiers résultats indiquent que le même clivage a été reproduit, ce qui confirme l'"enfermement" du mouvement de protestation coordonné par les aârchs dans un "réduit kabyle" où il ne gène pas le pouvoir en place, et où il ne bénéficie que du soutien de partis politiques totalement marginaux (comme l'ANR ou le MDS), ou ne représentant pas une menace pour le pouvoir (comme le RCD). Paradoxalement, le résultat des élections locales pourrait être, au triple bénéfice du pouvoir en place, un affaiblissement à la fois du mouvement de contestation en Kabylie, du FFS et de l'opposition démocratique en général. Les appels lancés, de Kabylie même,au refus de la confrontation physique entre partisans et adversaires de la participation aux élections sont, de ce point de vue, aussi des appels au maintien d'un mouvement d'opposition solide, capable de sortir du "ghetto kabyle" et de se doter d'un programme politique allant au-delà de la référence quasi obsessionnelle à "la satisfaction pleine et entière de la plate-forme d'El-Kseur, scellée et non négociable" et du culte des morts du "printemps noir". L'avenir du mouvement des aârchs fait partie de cet enjeu : ce mouvement ne mobilise plus autant qu'il y a quelques mois, s'il continue à mobiliser, mais en usant de méthodes de contrainte de plus en plus explicite (les grèves, massivement suivie volontairement par les salariés et les commerçants lors du "printemps noir", le sont de plus en plus par souci d'éviter des mesures des rétorsion. En outre, les coordinations des aârchs sont traversées de contradictions que seule la confrontation directe avec les forces de sécurité a permis d'empêcher la transformation en éclatement du mouvement. Au sein même du mouvement, la contestation des méthodes violentes utilisées par les "radicaux" s'exprime de plus en plus ouvertement, et nombre de sympathisants, voire de militants, du mouvement "originel" (celui du printemps 2001) dénoncent sa "dérive". Enfin, la radicalisation des aârchs (ou de leur porte-paroles) menace la structure traditionnelle de la société kabyle, le comité de village (tadjmaât), qui organisait la vie locale sans intervenir dans les domaines politique ou religieux, mais qui se retrouve face à des représentants des aârchs, membres des comités de villages, intervenant précisément dans le domaine politique.
Le troisième enjeu concerne très précisément le FFS, opposé depuis près de quarante ans au pouvoir en place à Alger, mais opposé de surcroît depuis plusieurs mois, et très clairement depuis l'annonce de sa participation au élections locales, au mouvement des aârchs en Kabylie, mouvement dont il dénonce à la fois le tribalisme et les "dérives fascisantes", et qu'il accuse d'être manipulé par les "services" du pouvoir. Pour le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, "ces prétendus délégués ne représentent aucun danger pour la dictature algérienne et leur politique mafieuse a conduit à la ghettoïsation de la Kabylie, ce qui n'est pas pour déplaire à Alger" -pas plus d'ailleurs que ne doit "déplaire à Alger" le fait que l'opposition entre les aârchs et le FFS se traduise par des violences contre le FFS, dont 14 sièges ont été saccagés ou détruits en Kabylie. "Hier nous avions affaire aux gendarmes, aujourd'hui aux fascistes", résume Djeddaï. La participation du FFS aux élections locales était également justifiée par le parti comme un moyen de mettre fin à l'enfermement communautariste du mouvement de contestation en Kabylie, de "réhabiliter le débat politique", et, au-delà du FFS lui-même, les partis politiques en tant qu'éléments constitutifs de la démocratie. "Quelque soient les résultats, le FFS sortira glorifié" de sa double confrontation avec le pouvoir et les aârchs, assure le secrétaire fédéral du FFS de Tizi, Mourad Kacer. A l'inverse, le porte-parole du Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie, Ferhat M'henni, annonce que "le RCD est mort et le FFS le sera au lendemain du scrutin de la honte". Lendemain du scrutin où M'henni annonce que la Kabylie sera de fait autonome.
(APS 10.10 / Reuters, AP 11.10 / AP, Le Monde 12.10 / L'Expression, El Ribat, L'Actualité, El Moudjahid, Le Matin, El Watan 13.10 / La Tribune, Le Matin, El Watan 14.10) Les élections locales et départementales du 10 octobre ont confirmé la progression du FLN et de El Islah, mais également celle des listes "indépendantes" et du Parti des Travailleurs, et le recul du RND et du MSP. S'agissant du FFS, elles donnent un résultat difficilement interprétable, dans la mesure où le score en suffrages du parti est tiré vers le bas par l'abstention massive en Kabylie, mais où la mobilisation des militants (faute, en Kabylie, de pouvoir mobiliser tous les électeurs) a suffi pour empêcher que les municipalités (et les assemblées de wilayas) soient perdues.
Le taux de participation a été officiellement de 50,11 % en moyenne nationale sans les wilayas de Bejaïa et de Tizi Ouzou (il avait été de 46,09 % lors des législatives de mai 2002). Le taux de participation n'a cependant pas dépassé 15,05 % dans la wilaya de Bejaïa et 7,47 % dans celle de Tizi Ouzou (respectivement 3 % et 1,5 % de participation en mai). Les partisans du boycott évoquent quant à eux un taux de participation de "moins de 15 % à l'échelle nationale", ce qui n'est cependant ni confirmé, ni même envisagé par d'autres sources, et la coordination intercommunale de Bejaïa affirme que "98 % de la population (a) rejeté les élections" dans la wilaya.
Le scrutin du 10 octobre semble s'être déroulé sans incident dans tout le pays, sauf en Kabylie (et en Kabylie même, dans les wilayas "périphériques" -partiellement kabyles- de Bouira et Boumerdès), où il a été très largement empêché, mais où l'embrasement craint ne s'est pas produit. Des affrontements ont cependant eu lieu, mais sans la gravité que l'on pouvait craindre. Plusieurs bureaux de vote ont été assiégés par des manifestants et des urnes brûlées. Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a dénoncé des "extrémistes qui ont usé de violences" pour empêcher le vote.Sur 119 communes des wilayas de Bejaïa et Tizi Ouzou, 48 n'ont enregistré aucun vote (30 à Tizi, 18 à Bejaïa, représentant un peu plus de 93'000 électeurs inscrits).
Dans la wilaya de Tizi-Ouzou, les bureaux de vote de 23 des 67 communes n'ont pu fonctionner (notamment aux Ouacifs, à Boghni, aux Ouadhias et à Azazga), les autorités décidant elle-même souvent de ne pas les ouvrir officiellement "en raison de risques réels dûs à des attroupements aux alentours". Dans huit autres communes, le scrutin a été largement perturbé. Au total, 31 communes de la wilaya se retrouvent sans municipalités élues. Dans la seule région de Betrouna, ce sont quinze villages (soit 2000 électeurs) qui se sont retrouvés avec des bureaux de vote où l'administration avait omis d'installer des urnes, et dans 45 % des bureaux de vote, les urnes sont "restées coincées dans les mairies", selon le FFS. Selon des observateurs, on ne voyait guère de trace, sinon dans le centre des villes de Bejaïa et Tizi Ouzou, des 20'000 membres des forces de sécurité supposer séuriser le vote en Kabylie. Par ailleurs, la mairie d'Irdjen semble avoir été saccagée par des policiers dans la nuit du 11 au 12 octobre. Le coffre fort de la mairie a été défoncé, des documents et du matériel dérobé ou détruit, ainsi que des véhicules municipaux. Selon le témoignage d'un gardien, 300 policiers (des CNS) ont fait irruption dans le parc de la Mairie, "ont défoncé la porte, pris ce qu'ils voulaient et saccagé le reste avant de prendre la fuite à bord de leurs camions".
Dans la wilaya de Bejaïa, le vote a été empêché dans huit communes (notamment à Amizour et El-Kseur), et des incidents ont été signalés dans plusieurs localités, perturbant le vote dans 17 communes (sans forcément totalement l'empêcher), (notamment à Seddouk, Akbou et Tazmalt). Au total, 21 des 52 communes de la wilaya se retrouvent sans municipalités élues.
Dans la wilaya de Bouira, le vote a généralement pu se dérouler normalement, sauf à M'chedellah où sept centres de vote ont été incendiés, et dans trois communes où les locaux de vote ont été fermés par les autorités. 5 communes de la wilaya se retrouvent sans municipalités élues.
Dans la wilaya de Boumerdès, il ne semble pas que le vote ait été nulle part empêché, mais des incidents opposant partisans du boycott et partisans de la participation (ou du droit à participer) ont été signalés à Timezrit, Chaabet El Ameur et Toursal.
L'abstention en Kabylie semble être autant le fait d'un choix délibéré (celui du boycott, à l'appel des aârchs soutenus par le RCD, le MDS et l'ANR) que d'un choix contraint, par la pression des manifestations, voire par les menaces, et par l'empêchement matériel du vote. Celui-ci a cependant pu avoir lieu dans plusieurs dizaines de communes, même si les militants du FFS ont souvent été les seuls à voter (les simples électeurs du parti préférant ne pas courir de risque, d'autant que le résultat pouvait leur sembler acquis). La section FFS d'Ouzellaguen "dénonce ceux qui oeuvrent à empêcher la voix du citoyen d'aboutir et exige la poursuite des instigateurs de destructions du symbole de la démocratie et du libre arbitre : l'urne". Le FFS d'Ouzellaguen félicite par ailleurs la population pour son rejet de la violence et de la destruction, et exprime son respect pour "les abstentionnistes n'ayant pas adhéré à ces actes antidémocratiques (et ayant laissé) à leurs concitoyens le choix de s'exprimer librement". A Bejaïa, le Maire FFS élu, Rachid Chabati, a déclaré qu'"en s'engageant dans les élections, le FFS savait ce qu'il faisait", et a estimé que "notre détermination et surtout notre conviction politique ont porté leurs fruits". Le FFS accuse cependant l'administration d'avoir objectivement favorisé l'empêchement du scrutin, en n'assurant pas son bon déroulement (par exemple en n'acheminant pas les urnes, ou en n'ouvrant pas les bureaux de vote, accusations rejetées par la wali de Bejaïa, pour qui, à deux communes près (Taourirt Ighil et Boudjelil), "les conditions matérielles étaient présentes pour l'organisation de la consultation électorale".
Alger, 10 octobre 2002 - 14h30 Premiers éléments d’information sur le scrutin local du 10 octobre.
En Kabylie tout se passe comme si l’empêchement du scrutin était maintenant pris en charge par l’administration.
- Mise en place du dispositif logistique tard dans la matinée sous la pression de la population qui voulait voter (Draa el Mizan) et qui parfois a été jusqu’à ramener elle même les urnes( Abi Youcef ).
- Concentration des centres et bureaux de vote au niveau des certains endroits “sensibles” ce qui, bien entendu ne fait que faciliter la tâche de ceux qui veulent empêcher le vote.
- La grande majorité des centres et bureaux ne sont pas ouverts par l’administration, les urnes et les bulletins ne sont pas disponibles ( Tizi Ouzou, Tizi Rached, Illoula, Azzefoun, Tifra, Addekar, Chellata, Ait R‘zine, El flaye, Beni Djelil, Amalou, Chemini, Sidi Aich, Feraoun, Oued GhirTibbane, El kseur…).Le chef de Daira persiste dans son refus malgré la demande de villageois à Tifra.
- Dans certaines communes et sans aucune raison, le dispositif électoral n’a pas été mis en place par l’administration ( Ighrem, Beni Douala, Iboudraren, Aqbil, Yataffen, Ouaguenoun, El Kseur, Bouzeguene…). Le chef de Daira des Ouadhias a arrêté le processus électoral dès 10 heures ce matin dans toute les communes se trouvant sous son autorité, prétextant les risques d’affrontement dans un des villages de la commune d’Aït Bouaddou.
Des émeutes sont signalées à Sidi Aich, Boudjelil, Amizour, El kseur, Chemini, Takerboust, M’chedallah, Assi Youcef…
Agressions et intimidations contre les votants (Azazga, Tizi ouzou), des centres de vote sont saccagés et des urnes brûlées (Azazga, Béjaia, Akbou, Chorfa, Taourirt)
Dans les autres communes de la région, et d’après les informations en notre possession, l’élection se déroule sans incidents notables.
Dans les autres wilayas du pays, les premières informations traitent de l’intrusion des forces de sécurité et d’hommes armés dans les bureaux de vote afin d’intimider la population et d’orienter leur vote (Wilaya de khenchela, d’Oum el Bouaghi et de Batna).
De nombreux procès verbaux vierges sont en notre possession. Ils ont été distribués dès hier soir dans les communes de Kouba, Bir Mourad Rais, Aïn Benian, Hussein Dey et Alger centre (wilaya d’Alger).
Enfin, à Hydra (Alger), l’administration a délivré, en violation de la loi, des ordres de mission à des individus pour leur permettre de contrôler l’opération électorale.
Le résultat des élections en Kabylie a été partiellement validé (pour les communes où le vote a pu avoir lieu) par la commission chargée de valider le scrutin, mais de nouvelles élections devraient être organisées dans les 57 communes (31 à Tizi Ouzou, 21 à Bejaïa, 5 à Bouira) où le vote a été rendu impossible. Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a déclaré le 11 octobre que les nouvelles municipalités et les nouveaux maires seront "installés" dans toutes les communes où il y a eu "au moins un seul bulletin dans l'urne", la loi algérienne ne requérant pas de seuil miminal de participation pour la validation des résultats. Les autorités centrales semblent en tous cas exclure la réédition de la gestion directe par des "délégations exécutives communales" (DEC) du type de celles imposées après le limogeage des municipalités FIS en 1992. Le ministre de l'Intérieur a cependant annoncé "la nomination d'administrateurs qui auront à charge de gérer lesdites communes, en étroite collaboration avec la wilaya, en attendant l'organisation de nouvelles élections", mais la loi ne semble pas prévoir cette possibilité dans le cas d'élections empêchées, mais uniquement dans le cas d'APC dissoutes. Le Premier ministre Benflis a cependant fait la même annonce que son ministre de l'Intérieur. La seule quasi-certitude est donc celle de l'organisation d'élections partielles. La coordination des aârchs de Tizi Ouzou a quant à elle déclaré qu'elle s'opposera à "toute vélléité d'intronisation des jacquemarts du régime contre la volonté populaire" et qu'elle ne laissera pas "un pouvoir illégitime apposer sur le fronton des communes de la Kabylie le sceau de l'illégitimité et de la honte". La coordination devrait appeler à la "mise en quarantaine" des élus. Quant au mouvement pour l'autonomie de la Kabylie (MAK), sont porte-parole, Ferhat M'henni, appelle "chaque village et chaque commune à désigner des délégués pour gérer dans la collégialité son SPC". Pour sa part, le FFS a affirmé que ses élus siégeront dans toutes les assemblées acquises lors du scrutin, et déclare vouloir faire de la participation des comités de village et de quartiers dans la gestion de la chose publique une priorité pour "couper court aux prédateurs et à la mafia". Le Secrétaire fédéral du FFS de Bejaïa, Djamel Atta, estime que le parti a remporté "une victoire politique", malgré un "empêchement physique du vote" (et non un boycott) qui correspond à "une atteinte grave à la volonté populaire", atteinte dont il rend responsable "le pouvoir maffieux et assassin".
A l'exception de la Kabylie, où elle accusée d'avoir laissé faire les "empêcheurs de vote", l'administration semble, pour la première fois, n'avoir pas manipulé les votes et les résultats ("L'Expression" explique curieusement qu'elle ne l'a pas fait parce qu'elle n'en avait pas besoin, le retour en force du FLN n'étant "une surprise pour personne", pas plus que le recul du MSP, de Nahda et du RND. Les accusations de fraude et de manipulation exprimées dans plusieurs communes ont été portées contre des partis, pas contre l'administration : à Kouba, le FLN en accuse le RND -et du coup, le FLN menace de faire alliance avec le FFS. Le FLN et le FFS accusent le RND d'avoir procédé au bourrage des urnes à Alger-Centre. plus de 9000 voix, représentant huit sièges, seraient passés au RND. L'un des vainqueurs des élections, Abdallah Djaballah (d'El Islah) a accusé l'autre vainqueur, le FLN, de s'être rendu coupable de "truquage", dénonce une fraude à El Bouni (Annaba) et Bordj El Bahri (Alger), où il affirme que son parti est sorti majoritaire, et revendique la majorité dans 92 municipalités (au lieu des 390 annoncées par le ministère de l'Intérieur). Djaballah n'en estime pas moins que, globalement, le déroulement des élections est "en amélioration" en Algérie. A Annaba, 7000 voix initialement attribuées au RND lui ont été retirées par la Commission de wilaya de surveillance des élections.
Le résultat des élections locales et départementales est conforme aux prévisions : forte poussée du FLN au détriment du RND et d'El Islah (qui arrive en troisième position en termes de voix, derrière le FLN et le RND, et qui s'impose comme le principal parti islamiste et le premier parti d'opposition, au détriment des autres partis islamistes (MSP et Nahda). On constate également une poussée du PT aux élections wilayales. Enfin, aucun des "petits partis" n'a réussi de percée significative.
En termes de sièges, le FLN a obtenu la majorité absolue dans les assemblées de 43 wilayas sur 48, et dans 668 communes sur 1541; le FFS a gardé le contrôle de 65 communes (dont Tizi Ouzou et Bejaïa) et des APW de Bejaïa et de Tizi Ouzou, El Islah a pris le contrôle de 39 communes et de l'APW de Skikda. Le RND ne contrôle plus aucune wilaya, mais a gardé la majorité absolue dans 171 communes. Les "indépendants" ont gagné 77 communes. Le MSP ne détient plus que 19 communes.
Selon les autorités centrales, les élections communales et départementales (wilayas) se sont déroulées "normalement, à l'exception de la Kabylie où de violents affrontements ont eu lieu, perturbant le vote sur 52 communes"
Le taux officiel de participation est de 50,11% de participation "nationale", les wilayas de Tizi-Ouzou et Béjaïa étant non comptabilisées.
Pour les élections municipales : 50,11% de participation (w. Bejaïa : 15,05 %, w. Tizi Ouzou : 7,47 %) 7,8 millions de votants 567'529 bulletins nuls FLN: 2,5 millions de voix, 36,6 % des sièges, 4878 sièges RND 1,2 millions de voix, 21,21 % des sièges, 2827 sièges ISLAH: 960.228 voix, 9,28 % des sièges, 1267 sièges MSP: 679.674 voix, 7,42 % des sièges, 989 sièges Indépendants: 456.628 voix, 6,52 % des sièges, 869 sièges FFS: 198.023 voix, 5,13 % des sièges, 684 sièges FNA: 279.937 voix, 3,99 % des sièges, 532 sièges PRA: 199.341 voix, 2,29 % des sièges, 305 sièges AHD54: 120.136 voix, 1,55 % des sièges, 206 sièges Les autres partis ont obtenu moins de 100'000 voix et moins de 1 % des sièges
Ce qui donne, au niveau de la gestion des communes, les majorités absolues suivantes (entre parenthèses, les communes où le parti est représenté, sans être majoritaire):
FLN 679 communes (323) RND 171 (202) Indépendants 77 (75) FFS 65 (20) Islah 39 (58) FNA 26 (38) MSP 19 (52) Rassemblement pour l'Algérie 7 (10) AHD54 6 (22) PRA 6 (27) Rassemblement patriotique républicain 5 (4) Rassemblement national constitutionnel 2 (3) Rassemblement algérien 2 (5) PNSD (6), MJD (1), MEN (10), Nahda (4), MJA (11): 1 chacun
Pour les élections départementales : 50,11 % de participation (7,8 millions de votants) 561'123 bulletins nuls FLN : 2,3 millions de voix, 40,71 % des sièges (798 sièges sur 1960) Islah : 1,2 million de voix, 19,08 % des sièges (374 sièges) RND : 965'000 voix, 17,14 % des sièges (336 sièges) MSP : 642'000 voix, 9,39 % des sièges (184 sièges) PT : 569'000 voix, 6,99 % des sièges (137 sièges) (le PT n'était présent qu'à l'élection des APW) FFS : 203'000 voix, 4,23 % des sièges (83 sièges) Les autres partis obtiennent moins de 1 % des sièges dans les APW
Ce qui donne les majorités suivantes dans les APW (Conseils généraux ) :
FLN 43 wilayas FFS 2 wilayas (Tizi-Ouzou et Béjaïa) ISLAH 1 (Msila). Pas de majorité absolue à Oran
AIN TEMOUCHENT Le FLN gagne 16 des 28 Municipalités de la wilaya. A l'APW, le FLN obtient 16 sièges, le RND 7 sièges, Islah 6 sièges, AHD 54 4 sièges. ALGER Le FLN arrive en tête dans 40 des 57 communes d'Alger. Le RND obtient la majorité absolue (8 sièges sur 15) à Alger centre, mais ce résultat est contesté. ANNABA Le FLN est majoritaire dans les douze municipalités de la wilaya, et obtient 64 des 144 sièges de l'APW. El Islah obtient 47 sièges à l'APW, le FLN 17 sièges, le Parti des Travailleurs 6 sièges et le RND 3 sièges. A Annaba, le FLN obtient 19 sièges et Islah 14 sièges à la municipalité. BECHAR Taux de participation : environ 58 % Les islamistes du MSP ont perdu les municipalités de Béchar et Kenadsa, remportées par le FLN, qui a obtenu la majorité dans 10 des 21 municipalités de la wilaya. Le RND a réussi à rester majoritaire dans six communes, le MSP n'en contrôle plus qu'une (Boukais), les autres revenant aux listes indépendantes, ou se retrouvant sans majorité. A l'APW, le FLN obtient 13 sièges, le MSP 8, le PT 6, le RND 5 et les indépendants 3. BEJAÏA Participation : 15,05 % pour les municipales. Le FFS obtient la majorité absolue à l'APW, avec 27 sièges. Il est également majoritaire dans toutes les communes où les élections ont pu avoir lieu, soit vingt communes dont Bejaïa et Tazmalt, sauf dans quatre communes remportées par le FLN (dont Talahamza). BLIDA Le FLN obtient 18 sièges à l'APW, Islah 7. Suivent le MSP, le PT et le RND. Le FLN sort vainqueur dans 22 des 25 communes de la wilaya, dont celle de Blida où il obtient 10 sièges, devant Islah (5), le RND et le MSP (4 chacun). BOUMERDÈS Participation : 34,09 % Le FLN obtient la majorité à l'APW. Il est suivi du FFS, du RND et d'Islah. Le FLN gagne la majorité des communes. Le FFS obtient la majorité à Naciria et Chabel El Ameur. CONSTANTINE Le FLN obtient 16 sièges à la Municipalité, Islah en obtient 14, le MSP en obtient 3. Le RND perd tous ses sièges. JIJEL Participation : 42,44 % pour les municipales, 42,27 % pour les wilayales. Le FLN obtient 12 sièges à l'APW, Islah 10 sièges, le RND 6 sièges, le PT 5 sièges, le MSP et le MNND 3 sièges chacun. Aux municipales, le FLN sort en tête. Le FFS décroche pour la première fois des sièges dans sept municipalités. LAGHOUAT Le FLN obtient 17 sièges à l'APW, Islah 9 sièges, le MSP 7 sièges, le RND 6 sièges. A Laghouat, le FLN obtient 12 des 23 sièges de la Municipalité. Le FLN obtient également la majorité dans 7 communes. Le RND a perdu toutes les communes qu'il contrôlait. M'SILA Le FLN arrive en tête dans 29 des 47 communes de la wilaya. Islah obtient la majorité dans deux municipalités, le MSP dans quatre, les indépendants dans huit. Le RND garde la majorité dans quatre communes. NAAMA Participation : 49,75 % Le FLN obtient 17 des 35 sièges de l'APW, le RND, Islah et le MSP 4 sièges chacun, Nahda et le PT 3 sièges chacun. Le FLN obtient 7 des 15 sièges de la Municipalité de Mecheria, les indépendants 3 sièges, Islah et le MSP deux sièges chacun, le RND un siège. ORAN Participation : 45,23 % pour les APC, 45,13 % pour l'APW. Le FLN obtient 20 sièges sur 51 à l'APW, Islah 10 sièges, le PT 9 sièges, le MSP 7 sièges, le RND 7 sièges. Le FLN a la majorité dans 13 communes sur 26, le RND dans deux communes. A Oran, le FLN obtient 16 sièges sur 33 à la municipalité, Islah 9 sièges, le MSP 5 sièges, le RND 3 sièges SIDI BEL ABBES Participation : 63 % Le FLN obtient 18 sièges à l'APW, le RND 10, Islah 8 et le MSP 3 Le FLN obtient 12 des 23 sièges de la Municipalité, Islah sept sièges, le MSP 4 sièges. Le FLN gagne en outre 27 des 52 communes de la wilaya, le RND en garde 10 (mais en perd 22). SOUK AHRAS Le FLN obtient 14 sièges à l'APW, suivi d'Islah (8), du RND (7), du PT (6) et du MSP (4). Le FLN obtient 7 sièges à la Municipalité de Souk Ahras, Islah 6 sièges, les indépendants 5 sièges, le RND 3 sièges et le MSP 2 sièges. EL TARF Le FLN obtient 18 sièges à l'APW, Islah 11 sièges, le RND et le PT 4 sièges chacun. TIARET Participation : 75,54 % pour les municipales, 57,22 % pour les wilayales. Le FLN obtient 21 des 43 sièges de l'APW, le RND 13 sièges, Islah 9 sièges. Le FLN obtient 11 des 34 sièges de la Municipalité de Tiaret, Islah 6 sièges, le RND, le MSP et les Indépendants 2 sièges chacun. TIZI OUZOU Participation : 7,47 % Le FFS obtient la majorité absolue des sièges à l'Assemblée de wilaya (34 sièges sur 47, le FLN obtenant les 13 sièges restant) et à l'Assemblée communale de Tizi Ouzou (12 sièges sur 23). TLEMCEN Participation : 56,92 % pour les municipales, 56,86 % pour les wilayales.
Dans le camp des partis gouvernementaux, le RND s'est déclaré, par la bouche de son secrétaire général Ahmed Ouyahia, "déçu" par les résultats, mais "optimiste" du fait que "le nombre des voix esprimées en faveur du parti a doublé par rapport au 30 mai dernier" (le RND avait obtenu 12 % des suffrages, il en a obtenu 24 % le 10 octobre). Grand vainqueur des élections, le FLN, dirigé par le Premier ministre (et d'où est issu le président de la République) contrôle désormais (ou à nouveau) la majorité des communes et la quasi totalité des wilayas en sus de l'Assemblée nationale.
Dans le camp de l'opposition non-islamiste, le "score" du FFS est "plombé" par l'empêchement du vote en Kabylie, mais le FFS a atteint au moins deux de ses objectifs : d'une part, empêcher des partis non représentatifs (ou l'administration centrale) de prendre le contrôle des municipalités et des assemblées de wilaya en Kabylie, et éviter la mainmise des "prédateurs et des mafias" sur les pouvoirs locaux, et d'autre part rester le principal parti de l'opposition non islamiste. Accessoirement, son résultat lui permet de maintenir ses sièges au Conseil de la Nation (Sénat). Quant au Parti des Travailleurs, qui ne participait qu'aux élections wilayales, il a confirmé sa percée de mai dernier, obtenant même plus de sièges dans les APW (Conseils généraux) que le FFS.
Dans le camp islamiste, le MSP de Mahfoud Nahnah s'est effondré, n'est plus que la sixième force politique algérienne en terme d'implantation locale. Autre parti islamiste, Nahda a subi un revers encore plus lourd, disparaissant pratiquement du paysage politique. Le principal parti islamiste légal est désormais El Islah d'Abdallah Djaballah, qui a obtenu un demi-million de voix de plus que lors des législatives de mai et est devenu le principal parti de l'opposition, et le troisième parti algérien, vraisemblablement en réussissant à capter une partie de l'ancien électorat du FIS, en tenant un discours plus radical que celui du MSP et de Nahda, et en campant dans l'opposition.
Les partis politiques qui n'ont pas participé aux élections, soit parce qu'ils ont rejoint le camp du boycott (MDS, ANR, RCD), soit parce qu'ils sont interdits ou non autorisés (FIS), ont évidemment estimé que ces élections et leur résultat étaient sans légitimité. Pour le porte-parole du Bureau exécutif du FIS, Mourad Dhina, "les élections qui ont eu lieu participent d'un processus qui n'a qu'un seul objectif : légitimer le gouvernement au pouvoir. Il ne s'agit que d'une opération de maquillage visant à donner une apparence de démocratie" au régime. Pour le bulletin de la Délégation exécutive du FIS, "El Ribat", la participation du FFS aux élections (participation dont "El Ribat" rend personnellement responsable Ahmed Djeddaï) lui coûte non seulement sa "crédibilité" mais "peut-être aussi (son) existence" comme parti d'opposition, dans un pays où "chacun sait, hélas, que les partis de l'opposition véritable n'accéderont jamais aux commandes du pays par le moyen des élections (...) chaque fois truquées au profit du parti au pouvoir", le RND sous Zéroual, le FLN sous Bouteflika. Pour le président du RCD, Saïd Sadi, "le pouvoir vient d'être condamné en appel le 10 octobre par un boycott massif" qui, selon lui, situe le taux de participation nationale "à moins de 20 %". Saïd Sadi dénonce un "coup de force électoral", une "dérive hégémonique" et une "régression" dans le domaine des droits de l'Homme. De son côté, le MDS estime que les élections sont un "échec inévitable et cinglant pour le pouvoir" et pour le FFS, et que "seul un mouvement citoyen qui passe à un stade offensif au niveau national pourra imposer les ruptures et les changements nécessaires".
Enfin, le président Bouteflika a déclaré, le 10 octobre, qu'il envisageait de proposer d'instituer un quorum de 5 % pour les élections à venir, les partis n'atteignant pas ce quorum n'obtenant aucun siège. Cette proposition a reçu le soutien du chef du RND, Ahmed Ouyahia. Seuls le FLN, le RND, El Islah et le MSP ont passé cette barre au plan national le 10 octobre.
(La Tribune, Le Matin, El Watan 17.10 / AP 19.10 / L'Expression 22.10 / L'Expression, Le Matin 23.10 / La Tribune, Le Matin, Le Quotidien d'Oran 24.10 / Corr) L'installation officielle des municipalités élue a provoqué dans plusieurs communes, y compris hors de Kabylie, des manifestations de protestation de citoyens contestant le résultat des élections. A Aïn Touila (w. Khenchela), où le FLN conteste la victoire proclamée du RND (les têtes de liste RND et FLN appartenant au même aârch Oued Barbar, mais à deux familles rivales) des affrontements se sont produits avec la police, et plusieurs jeunes manifestants ont été arrêtés. La municipalité a été incendiée. A Ath El Ksar (w. Bouira), des citoyens ont empêché par la force l'installation de la nouvelle municipalité. A Taghzout (w. Bouira), les militants FLN contestent la désignation d'un Maire FFS (les deux partis sont à égalité), et à Oued El Berdj, ce sont les militants RND qui contestent la désignation d'un Maire FLN. A Hydra (Alger), selon "L'Expression", le maire FLN, Farah Nacer, serait menacé de destitution (pour des raisons passablement obscures, et après que son élection ait été confirmée par le préfet) et des citoyens ont tenu un sit-in le 22 octobre pour le soutenir. A Djimla (Jijel), le 16 octobre, des citoyens ont dressé des barrages sur les routes et occupé la municipalité, la sous-préfecture, la poste, le centre médical et les écoles pour protester contre la proclamation de résultats accordant autant de sièges au RND qu'au FLN, alors que le premier a eu plus de suffrages (2112) que le second (1877) , et contre la possibilité que le poste de président de l'APC (Maire) soit attribué selon le critère de l'âge, c'est-à-dire à l'élu le plus âgé. A Bedrabine (w. Sidi Bel Abbès), des citoyens protestent contre la reconduction du Maire sortant, FLN. A Arzew, des sympathisans d'une liste indépendante ont manifesté contre l'installation de la nouvelle municipalité alors qu'un recours est encore pendant contre les résultats des élections. A Mekla (w. Tizi Ouzou), des affrontements ont opposé des manifestants qui exigeaient la fermeture de la Municipalité et les policiers. Deux manifestants ont été blessés. Les sièges de quelques municipalités de la wilaya ont été "fermés" (Souamaâ, Aït Khellili, Tizi Rached). A Irdjem, où la municipalité était fermée depuis le 13 octobre après avoir été saccagée par la police, celle-ci l'a réinvesti le 22 octobre. Dans la wilaya de Bejaïa également quelques municipalitéàs ont été "fermées".
(AFP 21.10) Le président du Front des Forces Socialistes, Hocine Aït Ahmed, a appelé le 21 octobre à l'élection d'une Assemblée Constituante pour sortir l'Algérie de la "crise politique" : "Un seul scrutin est susceptible de consacrer la sortie de crise politique : celui pour une assemblée nationale Constituante, élus sous un contrôle international crédible et d'envergure", déclare Hocine Aït Ahmed dans un appel lancé "au peuple algérien". Pour le président du FFS, "le retour à cette légitimité (populaire) permettra de jeter, enfin, les bases" d'un nouvel Etat. Dans son appel, Hocine Aït Ahmed dénonce les "activistes du boycott" des élections municipales et wilayales du 10 octobre, qui se sont "acharnés à empêcher tout libre débat" au lieu de mener "une campagne pacifique pour défendre leur point de vue", parce qu'ils "redoutaient un désaveu".
Face au refus de la population de Kabylie de se courber devant un régime assassin et de se laisser abuser par les formations pseudo-démocrates, qui ont négocié hier des postes ministériels et aujourd'hui des strapontains municipaux aux prix du sang de notre peuple, les décideurs continuent à propager la mort, la pauvreté, le terrorisme, l'humiliation , la violence et la négation des libertés .
La Fondation Lounès Matoub fidèle à son engagement avec le mouvement citoyen en Kabylie, qui se bat depuis 18 mois pour faire aboutir la plate forme d'El kseur .
Denonce :
Nous interpellons l'opinion nationale et internationale de réagir face aux dérives des décideurs Vampires , qui ont décidé de sacrifier leur peuple pour préserver leur pouvoir et ses richesses.
Non à la loi du silence
Non à l'impunité
Non à l'utilisation de la révolte populaire pour régler les comptes des clans aux pouvoir.
Halte à l'humiliation .
"Pour une Algérie meilleure et une Démocratie majeure"
FLM Taourirt Moussa Ait Mahmoud
(AP 2.1 / El Watan 5.1) Le chef du parti islamiste légal Islah, Abdallah Djaballah, a annoncé le 2 janvier sa candidature à l'élection présidentielle d'avril. Cette candidature était déjà donnée comme très probable, après que le parti de Djaballah ait appelé son chef à se présenter. Le communiqué du parti explique que "la candidature de cheikh Djaballah répond aux vues des cadres et des militants du parti, qui ont l'ambition de donner un prolongement institutionnel au projet islamique". Abdallah Djaballah se dit quant à lui convaincu que l'élection de 2004 sera "différente" de celle de 1999, c'est-à-dire plus honnête, et assure que son parti milite pour "la consécration de la démocratie et des libertés individuelles et collectives".
La candidature d'Abdallah Djaballah à la présidence est la première issue du courant islamiste.
Plusieurs partis (Islah, El Badil), groupes politiques (le CCDR)et candidats annoncés ou potentiels à l'élection présidentielle (tels Rachid Benyellès et Taleb Ibrahimi) seraient, selon "El Watan", en train de constituer un "front anti-fraide ou anti-Bouteflika" dans la perspective des présidentielles, avec l'appui de personnalités indépendantes comme le président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'Homme, Abdennour Ali Yahia. Pour sa part, le Front des forces socialistes réitère sa demande de report de l'élection présidentielle et d'élection d'une assemblée constituante.
(AP 8.1 / AP 10.1 / AP, El Watan, La Tribune, Liberté, Le Matin 11.1 / Liberté, El Watan 12.1) Les autorités ont ouvert le 10 janvier les "inscriptions" à la candidature pour l'élection présidentielle d'avril. Les prétendants à la candidature doivent adresser une lettre d'intention au ministre de l'Intérieur et retirer les formulaires utilisés pour la récolte des 75'000 signatures d'électeurs, dans 25 wilayas, ou de 600 élus, nécessaires au dépôt d'une candidature, ce dépôt devant être fait au plus tard quinze jours près la publication du décret présidentiel convoquant le corps électoral. Les aspirants candidats doivent également déposer un dossier auprès du Conseil constitutionnel aux fins d'examens, de validation ou d'invalidation. L'ouverture des "candidatures à la candidature" confirme donc que l'élection ne sera pas reportée. Le Front des forces socialistes avait demandé le report de l'élection.
Quatorze (18 selon "La Tribune") personnalités ont retiré dès le 10 janvier les formulaires de récolte de signatures à l'appui de leur éventuelle candidature; parmi elles, Ahmed Taleb Ibrahimi (Wafa, islamiste), Ahmed Benbitour et Ali Benflis (anciens Premiers ministres) et Rachid Benyellès (ancien général), Abdeslam Ali Rachedi, Redhouane Hamidou, Ali Faouzi Rebaine, Ali Zehgdoud, Mohamed Hadef, Abdelkrim Hassani, Brahim Mensour, Mohamed Saïd Benyahia, Abdelkader Merbah, Moussa Touati et Abdelouahid Boughedda. La plupart de ces "candidats à la candidature" n'obtiendront pas les signatures nécessaires au dépôt de leur candidature. En avril 1999, seuls sept candidats à la candidature avaient réussi à franchir l'étape de la validation de leur candidature, et ni Sid Ahmed Ghozali, ni Redha Malek, ni même Louisa Hanoune n'y étaient parvenus.
Dix personnalités politiques importantes, dont une majorité de candidats potentiels à la présidence, se sont réunies le 9 janvier à Alger au siège du secrétariat de Rachid Benyellès, vraisemblablement à son initiative, pour débattre d'une iniative commune destinée à "éviter une fraude massive" et à déjouer la "victoire programmée" du président Bouteflika -lequel n'a d'ailleurs toujours pas annoncé qu'il était candidat à sa propre succession. Cette première réunion a été suivie de deux autres les jours suivants. Parmi les personnalités ainsi réunies figurent pas moins de cinq anciens Premiers ministres (Mouloud Hamrouche, Ahmed Benbitour, Ali Benflis, Sid Ahmed Ghozali et Mokdad Sifi). Les autres sont les leaders du RCD, Saïd Sadi et du Wafa, Ahmed Taleb Ibrahimi, le président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme, Ali Yahia Abdennour, Rachid Benyellès et un représentant du MSP (islamiste), Ahmed Dane. Pour "les dix" (qui seraient onze selon "La Tribune", qui ajoute aux noms précités ceux de Redha Malek et Cherif Belkacem), il s'agit de soutenir la mise en place d'un dispositif à même de garantir une élection présidentielle "propre et transparente". Malgré leurs profondes divergences politiques et idéologiques, ils annoncent la publication prochaine d'une déclaration commune et envisagent une "tactique commune" pour tenir en échec une éventuelle fraude; les "dix" (ou onze) invitent le FFS, l'ANR et Islah à les rejoindre dans leur démarche. Cette invitation sera vraisemblablement déclinée par le FFS, dont le porte-parole du FFS, Karim Tabbou, a déclaré que les modalités techniques de l'élection présidentielle (voire l'élection présidntielle elle-même) étaient secondaires et que "le réglement de la crise ne peut se résumer à la définition des standards avec lesquels un scrutin est organisé". En outre, pour le FFS, c'est d'un changement de régime dont l'Algérie a besoin, et pas seulement d'un changement de président. En décembre, le président du parti, Hocine Aït Ahmed, avait qualifié dans un entretien à "El Watan" l'^élection présidentielle de "maillon-relais pour pérenniser le système".
La revue militaire officielle "El Djeich" a réaffirmé, dans un article dont des extraits ont été publiés par "El Moudjahid", l'intention de l'armée de rester "neutre" lors des présidentielles d'avril 2004. "El Djeich" demande aux militaires de ne pas afficher publiquement leurs opinions politiques, et se réfère à une circulaire du 6 décembre du chef d'état-major, le général Lamari, qui demande aux éléments de l'armée d'observer une "obligation de réserve", tout en précisant que les militaires, en tant qu'électeurs, sont "libre(s) de voter pour le candidat de (leur) choix. L'Assemblée nationale a d'ailleurs supprimé, contre l'avis du ministre de l'Intérieur, le vote des militaires dans des "bureaux spéciaux" installés dans les casernes. Le ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, a par ailleurs déclaré que la levée de l'état d'urgence n'était pas une condition du caractère démocratique de l'élection présidentielle, car selon lui "l'état d'urgence ne gêne en rien l'action politique".
(El Watan 11.1 / Liberté 12.1) Le Front des Forces Socialistes ne devrait pas participer à l'élection présidentielle, à moins que celle-ci soit reportée, a déclaré en substance le porte-parole du parti dans une déclaration à "Liberté" : "Si le scrutin présidentiel n'est pas reporté, si les bonnes conditions politiques ne sont pas réunies (...) nous ne pourrons nous permettre de mentir à la population ou dee lui donner de faux espoirs à travers la prochaine élection", a déclaré Karim Tabbou. Selon lui, "les jeux sont pratiquement faits" et l'élection présidentielle ne permettra pas une évolution démocratique. "Nous sommes de ceux qui croient qu'une élection crédible doit couronner une transition démocratique qui donne aux citoyens les instruments institutionnels et juridiques leur permettant d'exercer pleinement leur droit de fonder leur Etat et de délivrer librement aux institutions leurs mandats", a expliqué Karim Tabbou.
Le MSP (islamiste) devrait décider autour du 15 janvier de soutenir ou non la candidature du président Bouteflika à sa propre succession (l'alternative à ce soutien étant la présentation d'un candidat du MSP -auquel aucun observateeur ne donne la moindre chance de l'emporter, ni même de figurer lors d'un éventuel deuxième tour de l'élection). La tendance favorable à la présentation d'un candidat du parti au premier tour (quitte à soutenir Bouteflika lors d'un éventuel deuxième tour) semble dominante au sein du MSP. cette tendance serait favorable à la candidature du chef du parti, Bouguerra Soltani. Le porte-parole du MSP, M. Menasra, a estimé qu'il n'y avait "aucune différence" entre l'actuel président et son ancien Premier ministre et principal concurrent, Ali Benflis.
Deux petits partis ont pris position sur les élections présidentielles : le Mouvement démocratique et social ( MDS) estime que "l'Algérie ne peut se permettre de reconduire Bouteflika sous quelque forrme que ce soit sans hypothéquer dangereusement son avenir", mais n'appelle pas pour autant à voter pour l'un ou l'autre de ses concurrents. Le MDS demande l'"invalidation" du mandat de l'actuel président.
Quant au Parti national de la solidarité et du développement (PNSD), à l'inverse, il appuie la candidature du président Bouteflika, et appelle celui-ci à se porter candidat.
(AP, AFP 12.1 / Reuters 13.1 / Quotidien d'Oran, Dépêche de Kabylie, El Watan 14.1 / La Tribune, El Khabar, La Tribune, L'Expression 15.1) Les onze personnalités réunies autour du général à la retraite Rachid Benyellès dans une sorte de "front anti-Bouteflika" ont rendu public le 12 janvier un appel commun pour "éviter une fraude massive et par là-même déjouer la victoire programmée du président-candidat" (lequel n'est d'ailleurs pas encore candidat). Cinq anciens chefs de gouvernement (Mouloud Hamrouche, Ahmed Benbitour, Ali Benflis, Reda Malek et Mokdad Sifi) ont signé ce texte, qui demande notamment le départ de leur successeur, l'actuel Premier ministre Ahmed Ouyahia. A leurs côtés figurent les chefs de plusieurs partis (Saïd Sadi pour le RCD, Ahmed Taleb Ibrahimi pour Wafa), un représentant du MSP, le président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme, Ali Yahia Abdennour, l'ancien ministre Cherif Belkacem, ainsi que l'initiateur de la démarche, Rachid Benyellès. Au moins quatre des signataires du texte (Rachid Benyellès, Ahmed Benbitour, Ahmed Taleb Ibrahimi et Ali Benflis) sont "candidats à la candidature" pour les présidentielles d'avril 2004.
Les trois plus importants partis légaux d'opposition (le Front des forces socialistes (FFS), le Parti des Travailleurs (PT) et Islah) sont absents de la démarche des "onze". Rachid Benyellès reconnaît que le fait de n'avoir pas invité le PT à participer à l'initiative des "onze" est une "coupable omission que nous tâcherons de réparer", la porte-parole du PT, Louisa Hanoune, n'ayant cependant pas attendu cette "réparation" pour critiquer durement l'initiative des "onze". Le parti du Premier ministre Ouyahia, le RND, en est évidemment également absent, ainsi que le FIS. Le MSP qui y a été associé pourrait finalement s'en dissocier, à cause de la demande de départ du gouvernement Ouyahia, demande qu'il ne soutient pas.
Les "onze" demandent "le remplacement du gouvernement actuel par un cabinet intérimaire cosensuel chargé de la préparation des élections, dont la composition sera arrêtée en concertation avec les forces politiques et sociales", ainsi que l'installation d'une "instance indépendante dotée de toutes les prérogatives pour instruire et contrôler l'administration dans les phases de préparation, d'organisation et d'exploitation des résultats du scrutin". Ils saluent "l'annonce salutaire de la neutralité de l'institution militaire" (à laquelle au moins deux d'entre eux, Saïd Sadi et Reda Malek, avaient fait appel pour suspendre le processus électoral en 1992) mais dénoncent "la transgression des principes constitutionnels, l'instrumentalisation de la justice et la vassalisation de l'administration".
La demande faite par le groupe des "onze" du départ du gouvernement a suscité, hors du cercle des partis représentés dans le groupe, des réactions plutôt négatives. Un porte-parole du MRN (Islah, islamiste), s'est distancé de la demande de départ du Premier ministre Ouyahia, tout en souhaitant un changement des ministres de la Justice et de l'Intérieur, accusés (surtout le dernier cité, Yazid Zerhouni, de partialité). Pour le porte-parole du Parti des Travailleurs, un changement de gouvernement ne résoud rien, et le pays "n'a pas besoin d'une nouvelle période de doute. Pour le Parti du renouveau algérien (PRA), la déclaration des onze, même si elle à "saluer pour le principe" est insuffisante, car mettant l'accent sur des problèmes de forme au lieu des problèmes de fond. Pour le Mouvement démocratique et social (MDS), l'initiative des onze n'ouvre, dans son contenu, "sur aucune voie de sortie de crise". Le MDS déplore en outre "la triste posture (...) des démocrates et (des) patriotes rédsuits à se concerter avec des adversaires et des ennemis d'hier, prêts à offrir l'Algérie sur un plateau aux islamistes". Même le MSP, qui est représenté dans le groupe des onze, a exprimé son désaccord sur la revendication du départ du gouvernement. Le président du parti, Bouguerra Soltani, qui n'a pas exclu que le MSP se retire du groupe des "onze", a déclaré que le parti n'avait rejoint ce groupe que pour faire barrage à la fraude, et refusait "l'idée du départ du gouvernement" et le principe de "faire front contre un quelconque candidat", comme il refusait "de demander l'intervention de l'armée".
Le Front des forces socialistes (FFS) critique la démarche des "onze" sur la forme comme sur le fond. Le porte-parole du parti, Karim Tabbou, relève que cette initiative commune rassemble curieusement des personnalités qui considéraient l'arrêt du processus électoral en janvier 1992 comme un "coup d'Etat" et d'autres qui le considéraient comme un "sursaut démocratique". Le Secrétaire général du FFS, Djoudi Mammeri, a précisé à "El Khabar" que la question de la participation éventuelle du FFS à l'élection présidentielle n'était pas encore définitivement tranchée, mais qu'en tout état de cause, le FFS refusait que "le débat politique soit limité à la transparence des élections" et qu'il entendait "poser la problématique principale, à savoir la manière d'exercer l'autorité" et la question de la nature du régime. Le FFS reste cependant en contacts avec plusieurs personnalités du groupe des "onze", notamment Mouloud Hamrouche et Ali Yahia Abdennour. Djoudi Mammeri rappelle que c'est le pouvoir qui a fait de Bouteflika un président, et non pas Bouteflika du pouvoir une dictature, et annonce une initiative politique du parti pour rendre possible un réel débat démocratique et permettre un réel pluralisme politique.
La porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, a déclaré que l'exigence du départ du gouvernement avant les élections "est une forme de coup d'Etat", et constaté que "les onze" ne proposent rien de nouveau.
Le RND dénonce dans la démarche des "onze" une manoeuvre "anticonstitutionnelle" émanant de personnes et de partis qui n'avaient "pas réussi à constituer un front par le passé pour dénoncer le terrorisme", et en constituent un aujourd'hui, "contre-nature", pour des "manoeuvres politiques" vouées à l'échec.
Les commentaires de la presse ("El Watan note que les media publics ont observé un "black out" complet sur l'initiative des "onze") sont également assez contrastés : Si "El Watan" estime que le fait que "des leaders politiques habitués à se tourner le dos, voire à s'entre-déchirer, en arrivent à s'asseoir autour d'une table et à s'entendre sur une déclaration commune" constitue un événement "pas banal", "La Dépêche de Kabylie", qui note l'absence du FFS et d'Islah dans le groupe des "onze", ironise sur ces personnalités qui "redécouvrent, à moins de deux mois des présidentielles, les vertus de l'initiative frontiste, ennoblie d'exigences citoyennes", et sur l'étrange alliance d'islamistes et d'antiislamiste qui relègue "comme par enchantement les réelles divergences de fond entre ces inconciliables acteurs au rang de simples détails". Quatre des "onze", ainsi que le MSP ont signé ou soutenu le "contrat national" de Rome (Taleb Ibrahimi, Ali Yahia Abdennour, Cherif Belkacem, Mouloud Hamrouche) aux côtés du FFS, du PT et d'Abdallah Djaballah, alors que d'autres, tels Redha Malek et Saïd Sadi, le condamnaient.
La Nation algérienne vit une phase historique dangereuse. La crise politique est désormais doublée d’une impasse institutionnelle provoquant la confusion dans l’opinion nationale et internationale. La déstabilisation de l’Etat est accélérée par l’asservissement des institutions qui contraste avec l’annonce salutaire de la neutralité de l’institution militaire. Dans le même temps, nous constatons une aggravation des abus de pouvoir marquée par :
- la transgression des principes constitutionnels ;
- l’instrumentalisation de la Justice ;
- la vassalisation de l’Administration ;
- les atteintes récurrentes portées au pluralisme politique à travers les agressions de militants, les actions de déstabilisation menées contre les partis politiques et la mainmise ciblant le mouvement associatif ;
- la confiscation des médias audiovisuels.
C’est dans ce climat que se prépare une élection présidentielle déterminante pour l’avenir du pays. Nous décidons d’unir nos efforts dans un cadre de concertation et d’action pour :
Cette élection est capitale pour le devenir algérien. Elle appelle et implique des mutations fondamentales afin de parvenir à une alternative démocratique. Engagé dans des conditions crédibles, ce scrutin installera l’Algérie dans une dynamique de liberté et de démocratie ; imposé par les pratiques en cours, il précipitera la Nation dans une ère d’instabilité et de chaos. Pour assurer la mobilisation citoyenne et l’adhésion aux institutions, l’Algérie doit désormais se doter d’un pouvoir légitime, issu d’une élection sincère, régulière et transparente. Il y va de la stabilité de l’Etat et de la cohésion de la Nation.
Ali Yahia Abdenour, Rachid Benyelles, Mouloud Hamrouche, Mokdad Sifi, Ahmed Benbitour, Cherif Belkacem, Malek Rédha, Ahmed Taleb Ibrahimi, Ali Benflis, Ahmed Dane, Saïd Sadi
(Le Matin, El Khabar, La Tribune 15.1) Dans une déclaration au "Matin" et à "El Khabar", le chef d'état-major de l'armée algérienne, le général Lamari, affirme que l'armée "n'a jamais été et ne sera pas neutre dans les affaires qui engagent le devenir de l'Algérie", et "face à une quelconque menace qui pourrait éventuellement menacer la stabilité du pays", et que "toute personnalité politique investie des prérogatives du Président de la République qui (compterait) toucher à l'ordre républicain, remettre en cause le pluralisme politique, tenter un réaménagement constitutionnel à la mesure de sa personne ou mépriser la société et le peuple trouvera devant elle l'armée". A "El Khabar", le général a précisé que l'armée demande "aux candidats islamistes de ne pas mêler la religion dans les affaires politiques". Le général a cependant ajouté (au "Matin") qu'il était "fini le temps où l'institution militaire, pour des considérations de stabilité et de cohésion nationale, (intervenait) dans le jeu politique", qu'il ne fallait pas lui demander à elle, comme l'ont fait certaines personnalités et certains groupes de l'opposition, "d'enlever Bouteflika pour le remplacer par quelqu'un d'autre" et (à "El Khabar") qu'elle n'avait "pas de preuves" de "pratiques contraires à la constitution" dont le président actuel se serait rendu coupable. Cela étant, une élection qui, par le retrait de tous les autres candidats, laisserait comme en 1999 Abdelaziz Bouteflika seul en lice pour la présidence serait "non crédible", estime le général Lamari.
Le président du Conseil de la Nation (Sénat), Abdelkader Bensalah, a "installé" le 14 janvier une commission ad hoc chargée d'examiner le projet de loi électorale soumis au Conseil.
(AP 16.1 / Liberté, L'Expression 18.1 / Le Matin, Le Quotidien d'Oran 19.1) Les déclarations du général Lamari à "El Khabar" et au "Matin", à qui le chef d'état-major de l'armée a assuré que l'armée n'interferait pas dans le jeu politique, mais que sa neutralité n'ira pas jusqu'à accepter des violations de la constitution, du multipartisme et du modèle républicain, ont été saluées positivement par tous les protagonistes de la pré-campagne présidentielle, les opposants au président Bouteflika y voyant un avertissement au président, et les partisans du président y voyant un rappel de la Constitution et la confirmation que l'armée n'interviendra pas dans le choix du futur président, ni dans le conflit au sein du FLN.
Du côté des adversaires de Bouteflika regroupés dans le "groupe des onze" (ou des dix, ou des dix plus un, le MSP s'en étant distancé), si on se félicite (ou fait mine de se féliciter) deu choix de l'armée de rester en retrait de l'élection, on regrette que ce retrait soit celui de l'armée seule : le secrétaire général du FLN Ali Benflis, candidat à la présidentielle estime que la notion de "neutralité" défendue par l'armée devrais être étendue à l'ensemble des administrations publiques et des services gouvernementaux. Le vice-président du RCD, Djamel Fardjellah, regrette que la seule institrution publique affirmant sa neutralité soit l'armée et craint que "toutes les autres (puissent rouler) pour le président".
Du côté de l'opposition, la porte-parole du Parti des Travailleurs. Louisa Hanoune, se félicite de ce que l'armée n'ait "pas de candidat" et affirme n'avoir pas l'intention de "réaliser un coup d'Etat", rappelle qu'il n'y a nulle part de "gouvernement neutre", et estime que l'essentiel est d'obtenir des scrutins "translucides".
Du côté des partisans de Bouteflika, le coordinateur du "mouvement de redressement" du FLN, le ministre des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem, rappelle que l'armée est "neutre, qu'elle se conforme à la Constitution et (est) une armée républicaine dont les prérogratives sont définies par la Constitution"
Le comité français (et européen) de soutien à Ali Benflis, dans une déclaration de son porte-parole Saada Zaoui, s'"étonne du silence persistant" des autorités et de la classe politique françaises au sujet des "graves atteintes aux droits de l'Homme et aux libertés fondamentales" qui caractérise selon lui la pré-campagne électorale en Algérie, et estime que "sans faire d'ingérence dans les affaires intérieures algériennes, la France aurait du se soucier des graves atteintes aux droits de l'Homme et aux institutions républicaines commises ses dernières semaines". Saada Zaoui affirme avoir saisi de ce problème la présidence de la République française, le gouvernement et les principaux partis politiques (notamment l'UMP et le PS).
La centrale syndicale UGTA s'est dotée le 17 janvier d'une "cellule de suivi de l'élection présidentielle", présidée par Abdelkader Malki (ancien député RND, et membre de la direction de ce parti). Cette "cellule" est chargée de rencontrer les candidats à la présidence, d'étudier leurs programmes, de connaître leurs intentions. L'UGTA ne devrait pas décider de soutenir tel ou tel candidat avant l'expiration du délai de dépôt des candidatures, seuls les candidats ayant réussi à passer le "barrage" des conditions de dépôt des candidatures (75'000 signatures de citoyens ou 60'0 signatures d'élus à l'appui de leur candidature) étant alors concernés.
Au 18 janvier, 33 dossiers de candidatures ont été retirés au ministère de l'Intérieur depuis le 10 janvier. Les dernières candidatures annoncées sont celles d'Abdelkrim Hassani, ancien président de la Confédération des industriels et producteurs algériens (CIPA) et beau-frère de Larbi Men M'hidi, de Saïd Sadi, président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). d'Idriss Khouidie, président du Rassemblement patriotique républicain (RPR), de Bouguerre Soltani, président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), d'Anouar Abdelkader, président de l'Union pour la démocratie et les libertés (UDL) et de Brahimi Saâd, un Algérien établi à Strasbourg.
Abdelkrim Hassani, qui avait soutenu Bouteflika en 1999 et déclare que l'actuel président est "un ami", lui reproche de n'avoir pas mis en oeuvre son programme. Il propose une révision de la constitution, avec notamment à la clef la régionalisation, une réévaluation du dinar, une augmentation des salaires. Il critique la démarche du groupe des "onze" (ou des "dix") dans laquelle il voit un "genre de conspiration contre une personne".
Saïd Sadi justifie quant à lui sa candidature par la nécessité "que le projet porté par les républicains démocrates (soit) présent dans cette élection" (ce qui suggère qu'aucun autre candidat que lui-même n'est porteur de ce projet), et l'inscrit dans la continuité "de Novembre et de la Soummam", pour un changement "pour la liberté et la dignité".
(AP 12.1 / El Watan 14.1 / La Tribune, El Khabar, La Tribune, Le Quotidien d'Oran 15.1 / Corr) Dans un entretien au "Figaro", le 12 janvier, le principal concurrent de Bouteflika à la présidence, son ancien Premier ministre et actuel Secrétaire général du FLN (contesté à ce double titre par le "mouvement de redressement" du FLN), dénonce les "visions autocratiques" du président, contre lequel il se dit "plus que jamais déterminé" à se présenter à l'élection présidentielle d'avril. Ali Benflis accuse le président Bouteflika, dont il dirigea la campagne présidentielle en 1999, de "(restreindre) le champ des libertés, (dénier) le droit à la liberté d'expression, (violer) les principes de la neutralité de l'administration, de la séparation des pouvoirs et de l'indépendance de la justice (...) (d'asservir) l'administration, (d'intimider) les commis de l'Etat et les élus, (de déstabiliser) les partis politiques et les organisations de la société civile qui ne lui prêtent pas allégence et (d'instrumentaliser) la justice".
A Paris, le "collectif des Algériens de France pour le soutien à la candidature de Ali Benflis" dénonce "des vélléités de coup d'Etat et de retour forcé vers la dictature et le culte de la personnalité" et accuse le "Président candidat" de vouloir "passer outre la souveraineté populaire pour se maintenir au pouvoir quoi qu'il en coûte à l'Algérie et aux Algériens".
Un Comité d'animation et de coordination (Can.Coord) a été mis sur pied par des partisans de la candidature du président Bouteflika. Au sein du FLN, le "mouvement de redressement" continue les préparatifs pour son congrès, qui devrait se tenir les 22 et 23 janvier à Alger.
Le président du parti islamiste MSP, Bouguerra Soltani, a annoncé que les trois quarts (75 %) des militants et cadres du parti souhaitaient que celui-ci présente son propre candidat à la présidence de la République, 23 % souhaitant plutôt que le MNSP soutienne un autre candidat (en l'ocurrence Abdelaziz Bouteflika), et 2 % qu'il se retire de la compétition électorale.
(MAOL 19.1 / AP 21.1 / Le Monde, El Watan, La Tribune 22.1) Dans un entretien accordé au "Monde", le Premier ministre Ahmed Ouyahia, répondant à la demande faite par le "groupe des 10 +1" de démission du gouvernement, confirme qu'il n'a pas l'intention de présenter sa démission, et rappelle que son programme de gouvernement, présenté à l'Assemblée nationale début 2003 (et approuvé alors par une partie des forces politiques représentées dans le groupe qui demande la démission du gouvernement) "comportait l'organisation d'une élection présidentielle libre, transparente et loyale". Pour le Premier ministre, "toutes les conditions sont (...) réunies pour une élection présidentielle transparente : la surveillance des bureaux de vote par les représentants des candidats, leur présence au dépouillement, le droit d'obtenir une copie du procès-verbal (de dépouillement) du plus petit des bureaux de vote, la communication des listes électorales, la disparition -bienvenue-* des bureaux 'spéciaux' (dans les casernes et les postes de police"... En revanche, le Premier ministre algérien refuse la présence d'observateurs étrangers pour les élections : "la question n'a pas été posée", et il faut cesser de considérer que les Algériens sont "incapables de (s')assumer". Quant à l'armée, il considère comme une "évidence" qu'elle "n'est pas le laboratoire où l'on fabrique les dirigeants" et qu'elle est "neutre". Mais il ajoute qu'elle a "sauvé l'ordre républicain, et (que) si (l'Algérie a) un rendez-vous électoral, c'est grâce à elle" **. Répondant au "groupe des 10 +1", Ahmed Ouyahia constate que "certains partent à la bataille avec la conviction que les dés sont pipés, peut-être parce que le pluralisme démocratique est une notion récente pour nous". Mais le Premier ministre fait observer qu'"une élection truquée ne servirait ni le candidat élu ni le pays". Dans la foulée, Ahmed Ouyahia récuse les accusations de "mainmise du pouvoir sur les media publics", notamment la télévision, et d'"acharnement contre la presse privée". Quant à sa propre candidature à la présidentielle, le Premier ministre l'écarte d'un sourire : "Il y a un tel encombrement... (...) Je pense que je sers mieux ce pays au poste qui est le mien qu'en participant à cette galopade".
Deux semaines après le début du retrait au ministère de l'Întérieur des formulaires de récolte de signatures à l'appui de candidatures à l'élection présidentielle, une quarantaine de "candidats à la candidatures" ont effectué cette démarche, et commencé à récolter les 75'000 signatures de citoyens ou 600 signatures d'élus, réparties dans au moins 25 wilayas, nécessaires au dépôt final des candidatures. Plusieurs candidats n'auront vraisemblablement pas de problèmes pour cette récolte de signatures, puisqu'ils sont présentés par des partis qui comptent davantage d'élus qu'il n'est nécessaire : c'est le cas notamment du FLN, du MSP, d'Islah. La plupart des candidats à la candidature ne réussiront cependant pas à franchir ce "barrage" des signatures. Dans les derniers retraits de formulaires, on note celui effectué pour le compte de l'ancien Premier ministre Mokdad Sifi.
Le candidat du Front national algérien à la présidentielle, Moussa Touati estime "impensable qu'il n'y ait pas de second tour" à l'occasion de cette élection, et que "tout autre résultat prendrait la consistance d'un référendum". Il se dit également persuadé (mais sans dire pourquoi) qu'"Abdelaziz Bouteflika ne passera pas au second tour".
(L'Expression, AFP 22.1 / AP 23.1 / El Khabar, Le Quotidien d'Oran 26.1) Le groupe des "dix plus un" ("Front national contre la fraude") annonce qu'il va produire un mémorandum sur les violations de la constitution et des lois commises par le président Bouteflika et le gouvernement dans le cadre de la pré-campagne présidentielle. Un communiqué signé par les onze personnalités du groupe* annonce l'adoption par celui-ci d'une série de propositions de mesures urgentes destinées à limiter la domination d'un seul candidat (Bouteflika) lors de la campagne électorale. Les mêmes personnalités ont annoncé qu'elles intentaient une action judiciaire contre le ministre de l'Intérieur Noureddine Yazid Zerhouni pour son rôle dans "la privation du droit constitutionnel des citoyens de choisir leur candidat aux prochaines élections présidentielles", privation constituée selon eux par les obstacles mis à la récolte des signatures nécessaires à la présentation des candidatures : "l'administration pose des obstacles, met la pression, exerce l'intimidation et le chantage contre les citoyens qui veulent accorder leurs signatures en toute liberté" au candidat de leur choix.
Tout en précisant que la question de sa candidature à la présidentielle n'était pas définitivement tranchée, et que son parti se préparait "à toute éventualité", la secrétaire générale du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, annonce que la campagne de collecte de signatures à l'appui de sa candidature se déroule "tellement bien" que le PT a demandé 40'000 formulaires de signatures de plus. Louisa Hanoune enregistre cependant "avec regret" le fait que dans une dizaine de wilayas, "certains élus partisans dressent des obstacles devant les citoyens qui soutiennent la candidature du PT".
Au sein de la centrale syndicale UGTA, plusieurs anciens responsables demandent à la centrale de ne soutenir aucun candidat à la présidentielle.
Le président Bouteflika a annoncé le 23 janvier la mise en place de deux commissions en prévision de l'élection présidentielle : l'une chargée des préparatifs matériels et techniques du scrutin, l'autre de sa surveillance. Celle-ci sera composée de représentants des candidats.
Le 22 janvier, 38 candidats à la candidatures avaient retiré les formulaires nécessaires pour récolter les signatures à l'appui de leur candidature (75'000 signatures d'électeurs ou 600 signatures d'élus). Outre cette conditions, les candidats doivent en remplir d'autres : être âgé(e)s de plus de 40 ans, ne jouir que de la nationalité algérienne d'origine, être musulman(ne).
(FIS 25.1 / AP, La Nouvelle République 27.1 / Liberté, La Tribune 29.1 / Corr) Le Front des Forces Socialistes a réitéré, par la voix de son Premier secrétaire Djoudi Mammeri, sa demande de report des élections présidentielles prévues en avril. "En demandant le report, nous voulons alerter les stratèges et concepteurs du plan de mise en place de l'édifice institutionnel lancé en 1995", sur le fait que "leurs ouvrages présentent des fissures béantes" et le risque que l'élection de 2004 provoque "le chaos". "Nous assistons à des luttes de clans forces pour le contrôle des leviers de la répartition de la rente et des accès aux sphères de grandes et petites prédations", constate Djoudi Mammeri. Mais le Premier secrétaire du FFS précise que son parti n'a pas encore arrêté de position définitive concernant le scrutin, et que s'il a décliné l'invitation du "groupe des 10" personnnalités et candidats à l'élection qui ont constitué un front commun contre la fraude, c'est parce qu'"on ne peut adhérer à un appel contre la fraude alors que (...) le dépassement et le règlement de la crise plurielle qui gangrène la nation ne peut se suffire de la réunion des conditions techniques pour la surveillance et le contrôle du scrutin", et que même "correctement élu", un président n'aurait que "des attributione et prérogratives limitées, voire factices" face à des "centres de pouvoir occulte" qu'il faut éliminer pour redresser le pays. En outre, pour le FFS, le "groupe des dix", en se constituant ouvertement contre le président Bouteflika et sa probnable candidature à sa propre succession, personnalise les problèmes, alors que "l'obstacle, ce n'est pas Bouteflika" mais le système.
"Si on laisse faire Bouteflika, la fraude sera massive" lors de l'élection présidentielle, a estimé le chef du Rassemblement pour la culture et la démocratie, Saïd Sadi (par ailleurs candidat potentiel à l'élection, et membre du "groupe des dix"), dans un entretien publié par "Le Parisien". Pour "donner une chance à l'élection d'être transparente", Sadi demande la démission de l'actuel gouvernement d'Ahmed Ouyahia, qu'il qualifie d'"état-major de l'organisation de la fraude". "Bouteflika ne peut gagner sans frauder", estime Saïd Sadi, qui dit craindre une "explosion de violence" pour ce scrutin. Les "dix" ont annoncé leur intention de tenir un meeting populaire le 9 février à Alger pour "alerter" les Algériens sur "la précipitation des dérives qui menacent la cohésion de la nation et la stabilité des institutions". Les "dix" ont également annoncé la remise au Parlement, à l'armée et aux "forces vives de la nation" d'un "mémorandum" consignant les "violations des normes constitutionnelles par le Chef de l'Etat". Les "dix" attendent des présidents des deux chambres du Parlement qu'ils alertent le président du Conseil constitutionnel sur des pratiques dont ils estiment qu'elles seraient de nature à rejeter la candidature du président Bouteflika à sa propre succession.
A Paris, le "Collectif des Algériens de France pour le soutien à la candidature de Ali Benflis" a adressé le 25 janvier une lettre ouverte au président Bouteflika, l'accusant d'avoir "trahi tous ceux qui ont tenu à rebâtir l'Algérie", d'avoir "oeuvré à instrumentaliser et labelliser les institutions de l'Etat", d'avoir favorisé la corruption, "baillonné" les partis, les syndicats et les associations, attaqué la presse et d'avoir finalement "effectué un mandat pour rien".
De son côté, le "Bureau exécutif national" du FIS, dans un communiqué signé de son responsable "par intérim" Mourad Dhina, déclare que la position du front à propos des prochaines élections présidentielles "ne peut sortir du cadre de ses principes et de sa volonté de trouver ûne solution juste et durable au conflit algérien", et qu'il ne cédera pas "aux manoeuvres de nombreuses parties qui espèrent tirer profit du poids du FIS sur la scène politique algérienne". Pour le FIS, "l'origine du conflit algérien ne peut être confinée aux luttes entre les clans du pouvoir actuel ou de ceux qui l'ont précédé mais revient plutôt à la confiscation du choix populaire en janvier (1992) par la hiérarchie militaire qui a bâillonné toute opposition crédible".
Enfin, le président d'Islah, Abdallah Djaballah, devait annoncer le 29 janvier sa candidature à l'élection présidentielle.
(AP 4.2 / El Khabar, AFP, Le Jeune Indépendant, Quotidien d'Oran, El Watan, Liberté 7.2) Le président Bouteflika a déclaré, à l'occasion d'une réception offerte à son homologue chinois Hu Jintao, qu'il envisageait de "permettre à des observateurs internationaux de pouvoir assuster au déroulement du prochain scrutin" présidentiel", dont il a fixé la date au 8 avril pour le premier tour. La date du second tour n'a pas été fixée, mais il devrait avoir lieu deux semaines après le premier. Aucune élection présidentielle algérienne n'est jamais allée jusqu'à un deuxième tour, tous les présidents ayant été élus au premier tour (et jusqu'en 1995, sans concurrence). La fixation de la date de l'élection confirme le refus du pouvoir de la reporter, comme le lui demandait notamment le Front des forces socialistes. Le président a en outre fixé la date de l'élection sans annoncer s'il y serait ou non candidat.
Abdelaziz Bouteflika a précisé qu'il avait l'intention de saisir le secrétaire général des Nations Unies, celui de la Ligue arabe, le président de l'Union africaine et le président du Parlement européen "pour obtenir de chacune de ces institutions l'envoi d'un groupe d'observateurs qui auront toute latitude pour contrôler les conditions dans lesquelles vont se dérouler les élections présidentielles" -élections pour lesquelles le président algérien assure vouloir assurer "toutes les garanties de transparence et d'honnêteté". Cette acceptation de la présence d'observateurs internationaux péour contrôler l'élection a suscité des réactions au moins dubitatives, voire franchement négatives, au sein même de l'opposition au président Bouteflika : l'ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali, candidat potentiel à l'élection, l'a qualifiée de "subterfuge" car "la fraude a déjà commencé"; pour le Premier secrétaire du Front des forces socialistes, le problème des élections n'est pas réglé par la présence d'observateurs étrangers puisque quelles que soient les conditions dans lesquelles se tiennent les élections, elles ne sont pas "la solution de sortie de crise", le problème n'étant pas l'identité du président mais la nature du système; pour le parti islamiste légal Islah, "l'élection ne peut être transparente qu'avec le départ des ministres de l'Intérieur et de la Justice, en plus de la garantie de neutralité de l'administration"; pour le porte-parole d'Islah, la présence d'observateurs étrangers n'est "qu'une fuite en avant et une preuve de l'existence de la fraude"; pour l'autre parti islamiste légal, le MSP, la présence d'observateurs étrangers est inutile et on pourrait en faire l'économie.
L'Organisation arabe pour la liberté de la presse a exprimé le 6 février son souhait de pouvoir envoyer une équipe participant à la surveillance des élections présidentielles algériennes, afin de "préparer des rapports sur le processus médiatique qui accompagne la campagne électorale et la couverture de l'opération électorale". Le président de l'organisation estime que "l'organisation des élections présidentielles en Algérie comme il est fixé par la constitution est un pas positif (...) au moment où certains gouvernements arabes craignent les élections comme la mort", mais il a aussi exprimé son inquiétude face aux "ingérences quotidiennes (du pouvoir) dans des affaires de presse", et critiqué "l'utilisation des programmes de la radio et de la télévision en faveur d'un seul candidat, et l'utilisation des institutions de l'Etat pour soutenir un certain candidat", soit Bouteflika lui-même.
Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a affirmé que s'il était candidat, le président Bouteflika serait le seul candidat "que le recours à la fraude (n'arrangerait) pas", car s'il se présente, "aucun des candidats ne fera le poids devant lui. Une fraude ne pourra donc être qu'en sa défaveur".
Pour "Le Quotidien d'Oran", le MSP (islamiste) s'apprêterait à rendre public son soutien, conditionnel, à Bouteflika. Le 5 février, le président du parti, Bouguerra Soltani, a expliqué que le choix du parti serait guidé par le souci "de veiller, plus qu'à toute autre considération, à la stabilité du pays, au renforcement des institutions et à l'instauration de la paix", avec le "concours des démocrates, des islamistes et des nationalistes". Il a expliqué en outre que le parti n'allait pas se contenter d'apporter son soutien à un candidat, mais prôner "une alliance" sur un programme contenant "la levée de l'état d'urgence, la mise en place d'une véritable politique permettant de passer de la relance à un décollage effectif de l'économie nationale et de consacrer une stabilité sociale et la réconciliation nationale".
La candidature, toujours virtuelle, de Bouteflika a par ailleurs reçu le 5 février le soutien de la Fédération des fils de chouhada (martyrs de la guerre de libération) et du Mouvement de la jeunesse et de la démocratie (MJD), qui expl,ique ce soutien par la convergence de son programme avec celui du président.
Au sein de l'Organisation nationale des victimes du terrorisme et des ayant-droits (ONVTAD) partisans et adversaires du soutien au président Bouteflika se sont affrontés le 6 février. La présidente de l'organisation, Rabha Tounsi, soutient la candidature d'Ali Benflis, contre l'avis d'une bonne partie du Bureau national de l'ONVTAD, qui du coup tente d'écarter Rabha Tounsi de la présidence et ses partisans de la direction, au prétexte de "dépassements, mauvaise gestion et absence de bilans financiers".
(AP 4.2 / AFP 7.2) Le président du Front islamique du Salut (FIS), Abassi Madani, a exprimé le 7 février, lors d'un entretien accordé à l'AFP à La Mecque, où il fait le pélerinage, sa crainte que l'élection présidentielle d'avril attise la violence : "celui qui sera élu en avril aura la caution de l'armée (...) et sa mission sera d'enfoncer davantage le pays dans la violence", a déclaré le leader islamiste, pour qui "l'actuel régime a perdu les raisons de son maintien. Il touche à sa fin car (...) il n'a plus de légitimité et il fonde son autorité sur la force". Dans ces conditions, les personnalités qui présenteront leur candidature à la présidence "vont le regretter".
Abassi Madani a repris, en référence à son "initiative de paix", la thèse du Front des forces socialistes en déclarant que l'alternative à un régime "qui touche à sa fin" était effectivement l'instauration d'une "deuxième République". "Mon initiative offre au peuple algérien de reprendre l'initiative et de retrouver sa souveraineté, ce qui ne peut pas plaire au régime actuel".
Par ailleurs, le ministère algérien des Affaires étrangères a convoqué le 4 février l'ambassadeur d'Arabie Saoudite en Algérie pour lui demander des "explications" sur la présence d'Abassi Madani à une réception donnée par le Roi Fahd à l'occasion de la fête de l'Aïd. Le ministère algérien a rappelé que le président du FIS, parti officiellement dissout en Algérie, n'était habilité "par aucune organisation algérienne officielle ou non officielle à la représenter dans le cadre du Hadj". Abassi Madani a rejeté le 7 février les reproches algériens : "(ma) rencontre avec le roi Fahd est légitime car nous entretenions depuis longtemps des relations avec l'Arabie Saoudite", qui a été "le premier pays à avoir porté la cause algérienne devant l'Assemblée générale de l'ONU dans les années 1950". Le leader islamiste accuse les autorités algériennes de vouloir "isoler" les islamistes algériens "de la nation islamique" et de se livrer à des "agissements (...) contraires à l'unité des musulmans" et aux droits de l'Homme.
(Reuters 8.2 / AP 9.2 / AFP 10.2 / APS, El Watan, L'Expression, Le Quotidien d'Oran 11.2 / La Tribune, Liberté, Le Matin, El Watan 12.2) Le Front des forces socialistes, d'une part, l'interwilayas des aârchs, d'autre part, devraient appeler au boycott de l'élection présidentielle d'avril, alors que l'un des candidats potentiels à cette élection, Mouloud Hamrouche, annonçait qu'il ne sera finalement pas candidat et que la formation islamiste légale MSP, qui avait un temps rejoint le groupe des adversaires de Bouteflika (le "groupe des onze", réduit donc à un "groupe des dix"), a finalement décidé de soutenir la candidature de l'actuel président de la République à sa propre succession.
Le porte-parole du FFS, Karim Tabbou, déclare que "le FFS ne cautionnera pas un scrutin qui se tiendra sur fonds de coups de force successifs", et qui ne représente de toutes façons en aucune manière une issue politique crédible, quel qu'en soit le résultat : "nous nous acheminons vers une zerda électorale sur l'autel de la démocratie et de l'intérêt du peuple algérien", annonce Karim Tabbou, qui résume le scrutin en un premier tour "celui du vote des généraux, (qui) est dans sa phase finale", avant un second tour qui "ne peut être assimilé qu'à un théâtre de marionnettes".
L'ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche a annoncé le 11 février qu'il ne sera pas candidat à l'élection présidentielle, car celles-ci "ne constituent pas à elles seules la clé du changement", et qu'elles devraient "s'inscrire dans une dynamique participative permanente de gestion politique, économique et sociale" pour avoir une signification, au lieu de quoi "nous savons que ces élections ne seront ni sincères, ni propres, ni transparentes", et qu'à vrai dire elles sont déjà jouées : "Si vous suivez les programmes de la télévision, vous constaterez que l'élection a déjà eu lieu ou (qu'elle) va se transformer en plébiscite", a constaté Mouloud Hamrouche, qui a déclaré qu'il ne soutenait aucun candidat et ne donnait aucune consigne de vote. Il a ajouté qu'il était "vital" que l'armée "demeure partie prenant des mécanismes décisionnels déterminants et des choix stratégiques". Plusieurs autres candidats potentiels devraient adopter la même attitude, dont l'ancien Premier ministre Ahmed Benbitour. D'autres, cependant, semblent vouloir aller jusqu'au bout de leur candidature, ce qui serait notamment le cas d'Ali Benflis et de Saïd Sadi (qui espère bénéficier d'une sorte de "report de voix" du fait du retrait de tous les autres candidats, mais qui devraient cependant se partager grosso modo le même électorat), mais peut-être également d'Ahmed Taleb Ibrahimi (qui ne pourra plus se présenter ensuite à une nouvelle élection présidentielle, pour cause de limite d'âge, mais qui doit compter avec la concurrence, au sein de l'électorat islamiste, d'Abdallah Djaballah).
En Kabylie, les aârchs vont également appeler, après la rupture des négociations avec le gouvernement (rupture consommée sur la question de l'officialisation de tamazight) au boycott de l'élection présidentielle, et de la campagne électorale : "il ny aura ni visite du président, ni celle d'aucun des candidats à cette course électorale en Kabylie, et le prochain locataire d'El Mouradia sera pour les populations de Kabylie un indu élu si jamais la plate-forme d'El-Kseur n'est pas satisgaite", a déclaré le porte-parole le plus connu du mouvement des aârchs, Belaïd Abrika, qui a annoncé que le mouvement allait "réoccuper la rue". "Notre mouvement pacifique (...) rejette les élections et lance un appel au peuple algérien pour faire barrage au vote", a annoncé Abrika. "L'Expression" note que le boycott des élections en Kabylie ne profitera finalement qu'au président Bouteflika, et défavorisera les éventuels candidats se présentant contre lui, tels Ali Benflis et éventuellement Saïd Sadi, la région étant un bastion de l'opposition.
Le Rassemblement pour la culture et la démocratie, qui récolte des signatures à l'appui de la candidature de son chef Saïd Saadi, a dénoncé le blocage, sur instructions des auttorités, des signatures récoltées à l'étranger, particulièrement en France où le RCD dispose d'une base assez large dans l'émigration kabyle. Saïd Sadi dénonce dans un communiqué "l'autocratie diplomatique et présidentielle" et le "dévoiement institutionnel de la Présidence de la République et du ministère des Affaires étrangères". En réponse à Sadi, le ministère des Affaires étrangères a démenti toute empêchement des Algériens de l'étranger de signer les listes de candidatures, mais le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a déclaré qu'on ne pouvait "considérer la France comme la 49ème wilaya d'Algérie". Le ministre a également réitéré son refus de lever l'état d'urgence, en expliquant que cette "mesure sécuritaire (...) n'entrave en rien les activités des partis", et qu'elle était "moins sévère" que le "Patriotic Act" décrété aux Etats Unis par l'administration Bush.
De son côté, le MSP, qui avait un temps rejoint le groupe des adversaires de Bouteflika (le "groupe des onze", réduit donc à un "groupe des dix"), a finalement décidé de soutenir la candidature de l'actuel président de la République à sa propre succession, malgré un sondage interne effectué auprès des militants du parti, et indiquant que 75 % de ceux-ci étaient partisans d'une candidature spécifique du MSP. Le président du MSP, Bouguerra Soltani, affirme que le soutien de son parti à Bouteflika s'appuiera sur une alliance politique avec le RND (parti du Premier ministre Ouyahia) et les "redresseurs" du FLN (la tendance opposée au secrétaire général du FLN, et candidat à la présidence de la République, Ali Benflis), alliance dont il a cependant refusé de préciser le programme politique.
Le soutien apporté par le MSP au président Bouteflika a réduit le "groupe des onze" à un "groupe des dix", traversé de plus par des contradictions internes entre ceux qui maintiennent leur candidature ou leur soutien à une candidature (comme celle d'Ali Benflis, ou celle de Saïd Sadi), et ceux qui, comme Mouloud Hamrouche, ont décidé de renoncer à être candidat. La possibilité d'un retraait collectif de tous les candidats potentiels est cependant évoquée, notamment par l'ancien Premier ministre Mokdad Sifi (le "groupe des dix" abrite quatre anciens chefs de gouvernement...), ce qui replacerait l'élection de 2004 dans la situation de celle de 1999, avec un Bouteflika de facto candidat unique, forcément élu au premier tour. L'ancien Premier ministre Ahmed Benbitour a annoncé que dès l'annonce officielle de la candidature de Bouteflika, il se retirera de "la course électorale" et ne participera pas à une "parodie électorale".
Réduit à dix, l'ancien "groupe des onze" n'en a pas moins adressé aux "décideurs", y compris militaires, et aux représentants de l'ONU, de l'Union africaine, des Etats-Unis et de l'Union européenne, un memorandum de six pages recensant les "prémisses d'une compétition déloyale" où le président-candidat serait avantagé par "le dépouillement des représentants du peuple de leurs attributions essentielles (...), l'accaparement des attributions du chef du gouvernement, le mépris affiché à l'égard des institutions constitutionnelles et, enfin, les manquements aux règles de la démocratie et les atteintes aux libertés et droits fondamentaux de l'homme et du citoyen". Le mémorandum accuse le président d'avoir "fait du mépris des normes constitutionnelles un mode de gouvernance" en recourant systématiquement aux ordonnances, en promulgant une grâce amnistiante contre le principe de la séparation des pouvoirs, en procédant à des nominations, mutations et limogeages hors de sa compétence, en ne consultant pas des instances qu'il devrait consulter etc... Le mémorandum aborde la liberté de la presse en dénonçant le "harcèlement policier et judiciaire" des journalistes et journaux de la presse privée et la partialité de la presse publique, le "boycott" illégal de partis comme le Wafa d'Ahmed Taleb Ibrahimi et le Front démocratique de Sid Ahmed Ghozali, l'irrespect des libertés syndicales et enfin la question de la crise interne au FLN en accusant l'administration de partialité, le ministre de l'Intérieur de "chantage" et d'instrumentalisation de la justice.
Quant au président Bouteflika, il devrait annoncer incessamment sa candidature à sa propre succession, après une série de tournées en province qui ont pris l'apparence de véritables tournées électorales. Le président aurait d'ailleurs fait retirer par l'un de ses proches les formulaires d'enregistrement des signatures d'élus et de citoyens à l'appui de sa candidature. En voyage dans la wilaya de Mostaganem, Bouteflika a reçu le soutien de l'Union des zaouïas (confréries religieuses) algériennes.
Au cas où il serait réélu à sa propre succession, le président Bouteflika effectuerait un ultime mandat, sauf modification de la constitution, celle en vigueur limitant à deux le nombre de mandat présidentiels (quinquennaux) possibles.
(AP 13.2 / Reuters 14.2 / AFP, Le Matin, Liberté, L'Expression, La Dépêche de Kabylie, El Watan 15.2 / Infosoir, La Tribune , El Watan16.2 / Corr) Accusant les autorités de préparer un scrutin frauduleux, le Front des forces socialistes a décidé d'appeler à l'abstention lors du scrutin prélsidentiel d'avril. "Le FFS considère qu'il est politiquement irresponsable et moralement indécent de s'entêter à maintenir un scrutin qui ne mobilise que les cercles du pouvoir, les milieux mafieux et tous les bénéficiaires de la rente pétrolière", déclare le communiqué rendant compte du Conseil national du parti, le 14 février. Le FFS se dit convaincu de l'indifférence "totale" des citoyens à l'égard des élections, mais également alarmé par le risque qu'il provoque des "déflagrations dangereuses". Les socialistes algériens réitèrent leur demande de report du scrutin et d'élection d'une assemblée constituante pour ouvrir "de nouvelles perspectives de paix et de démocratie pour l'Algérie".
En Kabylie, l'interwilayas des aârchs a confirmé le 12 février l'option envisagée du boycott de l'élection présidentielle, le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni estimant toutefois que cette option "n'est pas définitive" et exprimant son espoir que "la sagesse va finir par prévaloir". Considérant que "les dés sont déjà jetés par les clans au pouvoir et que tout le reste n'est que mascarade", et se refusant à "apporter la caution citoyenne légitimante à une élection truquée d'avance", l'interwilaya lance "un appel au peuple algérien" pour une "grande mobilisation historique pour faire barrage à cette arnaque électorale qui ne fera que conforter le système en place et ses sous fifres". L'interwilayas appelle "l'ensemble de la société civile, les partis et hommes politiques, personnalités historiques, syndicats, intellectuels, universitaires, cadres, travailleurs et chômeurs" à participer "activement et massivement à l'action de rejet et de discrédit de cette énième arnaque électorale". Les aârchs de la wilaya de Bejaïa ont donné le 16 février à Seddouk le coup d'envoi de leur campagne "antivote".
L'option du boycott de l'élection replace la Kabylie dans une situation comparable à celle des élections locales de 2002, mais avec des fronts politiques inversés : en 2002, les aârchs avaient proclamé le rejet des élections locles et régionales, et avaient été suivis dans ce boycott par le RCD, alors que le FFS avait décidé de participer aux élections; en 2004, c'est le RCD qui participe et le FFS qui rejette.
La décision du FFS intervient quelques jours après celle de l'ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche de se retirer de la course électorale, les jeux étant faits et l'armée ayant selon lui décidé de soutenir Bouteflika pour un second mandat, et "les mécanismes de fraude (étant) déjà nettement apparents avant même le coup d'envoi officiel de la campagne électorale", qui devrait débuter, officiellement, le 8 mars. Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a demandé que Mouloud Hamrouche apreuve la preuve de ses accusations, et assuré que le "mécanisme sûr de garantie de transparence" du scrutin mis sur pied par le gouvernement était "l'un des dispositifs les plus efficaces au monde", et que Mouloud Hamrouche lui-même s'en serait rendu compte s'il avait décidé de maintenir sa candidature. Le ministre en a profité pour réitérer son refus de lever l'état d'urgence, en affirmant qu'il "ne porte pas atteinte aux libertés individuelles et collectives", et même qu'il n'y a "aucun détenu politique en Algérie", et son refus de lkégaliser deux partis ayant déposé des dossiers d'"agrément", le Wafa de Taleb Ibrahimi et le Front démocratique de Sid Ahmed Ghozali.
Pour sa part, le principal concurrent déjà connu du président Bouteflika, son ancien Premier ministre Ali Benflis, secrétaire général du FLN, a salué à Paris, le 13 février, le retrait de l'armée algérienne du champ politique, qu'il qualifie d'"évolution extraordinaire pour le pays dans la construction de la démocratie". Ali Benflis a annoncé qu'il officialiserait "très prochainement" sa candidature, ce qui signifie clairement qu'il n'y aura pas de position commune de retrait de l'élection de la part des membres du "groupe des dix" adversaires de Bouteflika. Ali Benflis a dénoncé l'attitude d'un gouvernement qu'il accuse de se transformer en "comité de soutien du président-candidat". Il s'est engagé à amender, mais, "par réalisme", non pas à abroger, le Code de la Famille. Un "mouvement des citoyens libres" a été créé pour soutenir la candidature de Benflis, qui a déclaré : "je sais que les élections ne seront pas transparentes, mais je serai à toutes les étapes pour dévoiler la fraude et les fraudeurs et montrer au peuple algérien que l'espoir existe".
Les candidatures à la présidentielle doivent être déposées, avec les signatures des citoyens (75'000) ou des élus (600) les appuyant, d'ici le 23 février. La majorité des candidats sont encore loin d'avoir réuni les signatures nécessaires et "La Tribune" constate "la réticence des citoyens à accorder leur signature aux postulants". La parmanence du général à la retraite Rachid Benyellès admet avoir des difficultés pour collecter les signatures, mais en rend responsable l'administration. "La Tribune" prévoit qu'au final, on ne retrouvera que les noms du président Bouteflika, d'Ali Benflis, d'Abdallah Djaballah (Islah, islamiste), peut-être de Saïd Sadi, et, si elle et il décident de se porter candidats, de Louisa Hanoune (Parti des Travailleurs) et Ahmed Taleb Ibrahimi (Wafa). D'une certaine manière, ces candidatures virtuelles représentent les principaux courants de l'éventail politique algérien, mais plusieurs se font objectivement concurrence (celles d'Ali Benflis et de Saïd Sadi d'une part, d'Abdallah Djaballah et de Taleb Ibrahimi d'autre part). La candidature de Saïd Sadi (qui semble avoir quelque peine à réunir ses signatures, même en Kabylie, et qui a dénoncé les obstacles mis par l'administration à cette récolte dans l'émigration en France) serait en outre fragilisée par un boycott électoral (auquel appellent, pour des raisons et sous des formes différentes, le FFS et les aârchs) en Kabylie. La configuration actuelle laisse donc au président Bouteflika un maximum de chances de l'emporter au premier tour, et si tel ne devait pas être la cas, laisse planer l'incertitude sur l'identité de celui ou celle qui lui ferait concurrence au second tour. "Le Quotidien d'Oran" note d'ailleurs pertinemment que Bouteflika n'a aucun intérêt à n'avoir aucun concurrent sérieux, et qu'il lui est indispensable d'être candidat dans une élection ouverte "pour donner un maximum de crédibilité" à sa propre réelection : "La présence de deux candidats, Ali Benflis et Taleb Ibrahimi, lui est donc vitale" et ce sont "les deux principaux rivaux théoriques de Bouteflika encors en course, Benflis et Taleb, qui peuvent aujourd'hui le faire élire correctement ou lui enlever tout crédit" en se retirant de la course. La plupart des observateurs s'accordaient à il y a quelques mois pour penser que le principal concurrent de l'actuel président serait son ancien Premier ministre Ali Benflis, mais la crise interne au FLN ajoutée à la ponction électorale que représenterait, dans l'électorat potentiel de Benflis, une candidature de Saïd Sadi, fragilisent la candidature du secrétaire général du FLN, et rend envisageable un second tour opposant Bouteflika à un candidat islamiste, s'il ne devait y avoir qu'un seul candidat islamiste (Djaballah ou Taleb, le second apparaissant comme plus rassembleur que le premier). Enfin, si l'élection devait réellement être "libre, honnête et transparente" comme l'annonce le gouvernement, une candidature comme celle de Louisa Hanoune pourrait obtenir un résultat surprenant, compte tenu de la popularité dont jouit la porte-parole du Parti des Travailleurs, et de la constance de son discours.
Au sein du "groupe des dix", dont la majorité des membres seraient partisans d'un retrait collectif des candidatures pour "délégitimer" l'élection, au moins deux des candidats potentiels, Saïd Sadi et Ali Benflis, tiennent en revanche à maintenir leur candidature pour ne pas laisser le champ libre à Bouteflika. Trois autres "candidats à la candidature" (Benyellès, Benbitour et Taleb Ibrahimi) déclarent n'écarter aucune éventualité. Mais ceux qui seront effectivement candidats contre Bouteflika courent le risque de légitimer une élection dont par ailleurs ils annoncent déjà qu'elle est "jouée d'avance".
Ali Benflis a confirmé sa candidature lors d'une conférence de presse à Paris, Saïd Sadi lors d'une rencontre de presse à Tizi Ouzou. Pour Saïd Sadi, il ne sert à rien de laisser Bouteflika se faire élire sans concurrence pour ensuite dénoncer son élection. Le candidat du RCD a dénoncé les entraves mises par l'administration à la récolte des signatures à l'appui de sa candidature, et en a accusé l'administration. Il a également dénoncé le rejet de l'élection décidé par l'interwilayas des aârchs : "Bouteflika souhaite justement que la Kabylie ne vote pas. Il cherche donc à l'empêcher de s'exprimer par tous les moyens", y compris en la poussant à l'abstention. Le "Groupe des dix" n'a par ailleurs reçu aucune réponse des "décideurs" au memorandum qu'il leur a adressé. Le ministre de l'Intérieur s'est contenté de réfuter les accusations portées contre le gouvernement et le président.
Le président Bouteflika, qui n'a toujours pas officiellement annoncé sa candidature mais que tout le monde donne partant, bénéficie déjà du soutien du parti du Premier ministre Ahmed Ouyahia, le RND, du parti islamiste gouvernemental MSP et du "mouvement de redressement" du FLN. Une rencontre entre les trois formations devait avoir lieu le 16 février, au terme de laquelle une plate-forme politique devrait être adoptée, transformant la coalition gouvernementale en alliance électorale. Cependant, la position prise par le MSP, de soutenir la candidature du président, semble contestée au sein même du parti, et selon "L'Expression", des cadres de l'est, du centre et de l'ouest du pays, emmenés par l'ancien ministre Boulil, contestent cette décision et sa légitimité, et envisageraient de rejoindre le parti d'Abdallah Djaballah, Islah.
Outre les trois formations gouvernementales, et quelques petites formations comme le Mouvement pour la jeunesse et la démocratie (MJD) le président Bouteflika peut compter sur le soutien affichés des zaouias (confréries musulmanes), adversaires de l'islamisme politique qui les accuse de véhiculer un islam dénaturé et quasi païen. Des zaouias ont été attaquées par les groupes armés islamistes, qui ont détruit des membres des confréries et des étudiants (talebs), saccagé des tombeaux de saints et interdit les pélerinages à ces tombeaux.
Bouteflika devrait en outre, selon "El Watan", bénéficier du soutien de la centrale syndicale UGTA, malgré le voeu exprimé par de nombreux cadres et militants d'éloigner les syndicats des enjeux politiciens, et malgré la présence, dans les instances syndicales, d'une minorité de partisans d'Ali Benflis. Depuis l'indépendance, jamais l'UGTA n'a soutenu une candidature d'opposition.
(AP 16.2 / AP, AFP, Le Monde, APS, Dépêche de Kabylie, AAI, El Watan 18.2 / FIS, Le Matin, Le Jeune Indépendant, L'Expression, La Nouvelle République, La Tribune, Liberté, Le Quotidien d'Oran 19.2) A quelques jours de la date limite du dépôt des dossiers de candidature, le 23 février, la liste des candidats à l'élection présidentielle du 8 avril se dessine, au gré des retraits de candidats, des annonces de maintien de candidature et des informations (voire des rumeurs) sur les difficultés que certains des candidats rencontreraient dans la récolte des signatures (75'000 citoyens ou 600 élus) à l'appui de leur candidature. Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a lui-même annoncé le 17 février que "bon nombre de candidats à la candidature formant (le groupe des 10) ont été incapables de collecter les signatures exigées par la loi".
Sur une quarantaine de "candidats à la candidature", il ne devrait finalement n'en rester plus qu'une demie-douzaine en course le 8 avril. Outre le président Bouteflika lui-même, les deux candidatures pratiquement assurées sont celles de son ancien Premier ministre, et secrétaire général du FLN, Ali Benflis, et celle du chef du parti islamiste légal Islah, Abdallah Djaballah. Les porte-paroles des deux candidats ont annoncé qu'ils avaient largement obtenu le nombre de signatures requises pour déposer les candidatures. Deux autres candidatures sont probables, mais non encore assurées de passer le cap de la récolte des signatures : celle de la porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, et celle du chef du Rassemblement pour la culture et la démocratie, Saïd Sadi, la première étant en meilleure situation que le second puisque le PT dispose d'élus locaux, régionaux et nationaux. La sixième candidature possible est celle du chef du parti islamiste modéré, mais non officiellement agréé, Wafa, Ahmed Taleb Ibrahimi, qui n'est pas non plus certain de récolter et de pouvoir faire valider à temps les 75'000 signatures de citoyens nécessaires. Cette configuration électorale rend pour le moins probable la réélection du président Bouteflika, et donnerait en outre à l'élection une légitimité démocratique, cependant contestée par les opposants au président, mais dont il ne pourrait bénéficier si ses concurrents potentiels se retiraient purement et simplement de la course, comme ils le firent en 1999. Les observateurs de la scène politique algérienne s'accordent à penser que les plus sérieux concurrents du candidat-président sont Ali Benflis d'une part, Abdallah Djaballah et Taleb Ibrahimi d'autre part, mais qu'un premier tour avec les six candidats potentiels (Bouteflika, Benflis, Sadi, Hanoune, Djaballah et Taleb) donnerait un maximum de chances à Bouteflika de l'emporter sans qu'un deuxième tour soit nécessaire, plusieurs de ses rivaux devant se "partager" le même électorat (Benflis et Sadi, Djaballah et Taleb). Selon "Le Quotidien d'Oran", l'équipe de campagne de Bouteflika, déjé constituée, parierait sur une élection au premier tour, et si elle devait tout de même se faire au deuxième tour, sur un duel avec Abdallah Djaballah.
Le président Bouteflika a fait savoir le 18 février qu'il annoncerait officiellement sa candidature le 22 février -plus personne ne doutait qu'il allait être candidat à sa propre succession, et depuis des moins une campagne acharnée était d'ailleurs menée contre lui par une partie de la presse et certaines formations et personnalités politiques.
Plusieurs candidats à la candidature ont annoncé qu'ils se retiraient de la course : l'ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche, le général Rachid Benyellès, le dissident FFS Abdesslam Ali Rachedi. Plusieurs autres devraient faire de même, dont les anciens Premiers ministres Mokdad Sidi, Ahmed Benbitour, et Redha Malek.
En revanche, l'ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali a confirmé le 16 février sa candidature, tout en déclarant que "*les élections sont bien cadenassées" et que "les jeux sont déjà faits"; d'autre part, l'ancien "numéro deux" du Front islamique du Salut, Ali Benhadj, s'est offert le 17 février plaisir de se rendre au ministère de l'Intérieur pour y retirer un formulaire de candidature à l'élection présidentielle, alors qu'il a été rendu inéligible par les autorités après avoir purgé douze années de prison. AQli Benhadj a été expulsé du ministère puis, dans l'après-midi, appréhendé par la police, conduit au commissariat central d'Alger et finalement libéré plusieurs heures plus tard. Le leader islamiste a expliqué que, ne reconnaissant pas la légitimité des interdits d'activité politique le frappant, il entendant revendiquer l'intégralité de ses droits de citoyens. Il a annoncé qu'il voulait soumettre aux Algériens un projet de sortie de crise.
Le général (à la retraitre) Rachid Benyellès a annoncé le 18 février le retrait de sa candidature, en expliquant qu'il s'y résolvait pour "devancer ceux qui voulaient (le) disqualifier" et pour "ne pas laisser au Conseil constitutionnel le soin de constater une disqualification programmée d'avance". Le général a notamment évoqué les difficultés rencontrées pour récolter les signatures de soutien à sa candidature : sur plus de 118'000 formulaires remplis et signés en sa faveur dans 40 wilayas, seuls un peu plus de 35'000 auraient été légalisés, a-t-il précisé. Rachid Benyellès estime que "la neutralité de l'armée n'est pas suivie par celle de l'administration et des autres institutions", et que le désengagement politique de l'armée a "laissé le champ libre au cercle présidentiel"; Benyellès affirme qu'il continuera sa lutte "par tous les moyens, jusqu'au bout, que ce soit seul ou à l'intérieur du groupe des dix" (le groupe, de plus en plus contradictoire, des dix personnalités opposées, sur des lignes et pour des raisons fort différentes, au président Bouteflika), et appelle à voter au second tour (s'il y a un second tour, ce dont il doute) pour n'importe quel candidat opposé à Bouteflika.
Abdesslam Ali Rachedi, dissident FFS, s'est également retiré de la course électorale, tout en affirmant avoir réussi à collecter 46'000 signatures dans 18 wilayas et plus de 40'000 non légalisées dans 14 autres wilayas. Abdesslam Ali Rachedi a dénoncé "les entraves bureaucratiques, les pressions, les intimidations et les méthodes policières pour dissuader les citoyens de parrainer des candidats indsépendants". Il a également dénoncé la vente (évidemment illégale) de signatures.
Le Secrétaire général du FLN, et ancien Premier ministre lui aussi, Ali Benflis, ainsi que le chef du RCD, Saïd Sadi, et, sous réserve de confirmation par le comité central de son parti, la porte-parole du parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, ont annoncé qu'ils maintenaient leur candidature -mais des informations font état de difficultés rencontrées par Saïd Sadi pour récolter les signatures nécessaires au dépôt formel de sa candidature. Son porte-parole a cependant affirmé que l'opération de récolte de signatures était "théoriquement clôturée", mais Saïd Sadi a déclaré qu'il se réservait la possibilité de se retirer à tout moment, pour répondre aux pressions qu'il dit subir. "Le Jeune Indépendant" signale que le RCD rencontre "d'énormes difficultés à collecter les signatures" en Kabylie, à l'appui de la candidature de son chef. Les aârchs de Tizi Ouzou ont annoncé le lancement dès le 20 février de leur campagne pour le rejet de l'élection présidentielle. Les représentants des aârchs ont assuré que cette campagne serait "résolument pacifique". Elle commencera par deux meetings à Ouaguenoune et Souamaâ. L'aile "antidialoguiste" des aârchs s'est cependant, et assez paradoxalement, manifestée pour critiquer le rejet de l'élection présidentielle, alors qu'elle avait été en pointe dans celui des élections locales d'octobre 2002. Les porte-paroles des "antidialoguistes de Tizi Ouzou, qui ont donné une conférence de presse le 18 février, estiment le rejet des élections fait "le jeu de Bouteflika", mais démentent être dans ce rejet instrumentalisés par le RCD, dont la leader, Saïd Sadi, entend précisément se présenter contre Bouteflika. A Bouira, la coordination des aârchs est divisée en quatre tendances : les "dialoguistes" favorables au rejet des élections et les "dialoguistes" opposés à ce rejet, les "antidialoguistes" favorables aux élections et les "antidialoguistes favorables à leur rejet.
La candidature du chef du parti (non agréé) Wafa, Ahmed Taleb Ibrahimi, était également sujette à incertitude, quant à sa capacité à obtenir les signatures de citoyens nécessaires (puisque le parti n'a pas d'élus). "Le Jeune Indépendant" estime que Taleb a perdu ses soutiens traditionnels, dont ceux des ulémas.
En revanche, les candidatures du chef du parti islamiste légal Islah, Abdallah Djaballah, et de la porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, ne devraient pas rencontrer de difficultés dans la récolte des signatures de soutien, leurs partis étant présents dans nombre de municipalités, d'assemblées de wilayas (conseils généraux) et au parlement. Le Parti des travailleurs a d'ailleurs annoncé qu'il avait passé la barre des 80'000 signatures recueillies dans 48 wilayas, dont plus de 1500 signatures dans 30 wilayas.
La candidature d'Abdelaziz Bouteflika est désormais appuyée par une alliance conclue entre le Rassemblement national démocratique (RND) du Premier ministre Ahmed Ouyahia, le Mouvement de la société pour la paix (MSP, parti islamiste gouvernemental) et les "redresseurs" du FLN (opposants au Secrétaire général du parti, Ali Benflis), conduits par le ministre des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem. Les trois forces "s'engagent à transformer la coalition gouvernementale en alliance présidentielle" et déclarent que leur "pacte vise à renforcer la pratique démocratique". L'accord passé entre les trois formations se donne pour objectifs "la poursuite de la lutte contre le terrorise, la défense du pluralisme politique, des libertés démocratiques et de la liberté d'expression et de la presse", la préservation des "valeurs et de la morale islamiques", la mise en oeuvre de la loi relative à la "généralisation de l'usage de la langue arabe et la promotion de la langue berbère". Le FLN a condamné le 18 février "l'usurpation de la qualité et du sigle" du parti par une "partie politiquement non-identifiée" (les "redresseurs") de l'alliance conclue pour soutenir le président Bouteflika. Le FLN dénonce les "chargés de mission" du "président-candidat qui va jusquà (les) inciter (à) commettre des délits d'usurpation de qualité et de faux et usage de faux".
Abdelaziz Bouteflika en a outre reçu le soutien de l'Organisation nationale des moudjahidines (ONM, anciens combattants de la guerre d'indépendance), et pourrait également recevoir celui de la centrale syndicale UGTA.
L'armée a quant à elle fait savoir qu'elle entendait rester neutre dans la compétition présidentielle, ce qui a inquiété plutôt que réjoui les adversaires de Bouteflika, qui craignent que l'armée soit la seule institution de l'Etat à rester neutre, et que cette "neutralité" ne se résolve en passivité face à l'engagement de l'administration derrière le "président-candidat". Le porte-parole du FLN, Abdesselem Medjahed, a ainsi exprimé sa crainte que "la neutralité négative de l'armée lors du prochain scrutin" puisse être "fatale pour la République".
Le ministre de l'Intérieur Nourredine Yazid Zerhouni a annoncé que le mandat actuel du président Bouteflika prendrait fin le 28 avril et le Conseiller du président Bouteflika, Larbi Belkheir, a invité les partis et les candidats engagés dans l'élection à désigner leurs représentants à la commission politique de surveillance de celle-ci. Le président Bouteflika a en outre invité des observateurs internationaux à surveiller le scrutin.
La constitution algérienne actuelle limite à deux le nombre des quinquennats présidentiels exerçables par la même personne. La loi électorale impose aux candidats à la présidence de recueillir 75'000 signatures d'électeurs (ou 600 signatures d'élus) dans au moins 25 des 48 wilayas. Le candidat doit être âgé de plus de 40 ans, être musulman, de nationalité algérienne d'origine et d'avoir, s'il était en âge de le faire, participé à la guierre d'indépendance.
[-] Je soussigné, Abdelaziz Bouteflika, Président de la République, demeurant au 135, rue Cheikh El Bachir El Ibrahimi, El Biar, Alger, candidat à l’élection à la Présidence de la République, prévue le 8 avril 2004.
En application de l’article 157 de l’ordonnance 97-07, du 6 mars 1997, modifiée et complétée, portant la loi organique relative au régime électoral, déclare être propriétaire des biens ci-après :
1. Une maison individuelle sise Sidi Fredj (commune de Staouéli), suivant acte enregistré sous le n°226 du 11.11.1987.
2. Une maison individuelle sise rue de la Rochelle, Alger, suivant acte enregistré sous le n° 44-56 du 18.12.1991.
3. Un appartement sis au 135, rue Cheikh El Bachir El Ibrahimi, El Biar, Alger, suivant acte enregistré sous le n°10-69 du 30.05.1988.
- Deux (02) véhicules particuliers.
(Corr, Quotidien d'Oran 21.2 / AP, APS, Liberté, El Moudjahid, Le Matin 22.2 / El Khabar, El Watan, La Tribune, Le Quotidien d'Oran 23.2) A la veille de l'expiration du délai de dépôt des dossiers de candidature à l'élection présidentielle, la liste des candidats potentiels s'est clarifiée au gré de la confirmation de candidatures attendues (celles du président Bouteflika, de son ancien Premier ministre Ali Benflis, de la porte-parole du Parti des Travailleurs Louisa Hanoune), de retraits non moins attendus (celui de l'ancien Premier ministre Ahmed Benbitour), mais également de l'annonce d'une candidature qu'on n'attendait pas (celle du chef du Front national algérien, Moussa Touati) et de celles de candidatures sur lesquelles des doutes planaient -et continuent de planer (celles des chefs des partis non agréés Wafa, Ahmed Taleb Ibrahimi, et Front démocratique, Sid Ahmed Ghozali, ainsi que celle de l'ancien Premier ministre Mokdad Sifi et du chef du RCD Saïd Sadi).
Le président Bouteflika a annoncé le 22 février sa candidature à l'élection présidentielle du 8 avril, en s'engageant "à amener la paix civile et à promouvoir la réconciliation nationale, à remettre l'Algérie au travail et à ratblir la place du pays dans le concert des nations". Le président-candidat a assuré, devant plus de 2000 personnes réunies à l'hôtel Aurassi d'Alger, que les élections seront libres, justes et transparentes, que "le peuple choisira en toute liberté" et que son choix sera respecté. S'agissant de la "réconciliation nationale", le président a déclaré que "les rebelles qui veulent revenir vivre parmi nous sont les bienvenus (mais que) ceux qui décident de continuer à se battre se heurterons à nous". Abdelaziz Bouteflika bénéficie du soutien du parti de son Premier ministre, Ahmed Ouyahia, le Rassemblement nationbal démocratique (RND), du parti islamiste gouvernemental MSP (Mouvement de la société pour la paix), des "redresseurs" du FLN (la tendance du FLN opposés à son actuel secrétaire général, Ali Benflis), de l'UDR du dissident RCD Amara Benyounès, du PRA, du PNSD et de plusieurs anciennes organisations sociales de l'ancien système de parti unique, dont, exprimé le 21 février, celui de l'Union nationale des paysans algériens (UNPA), et auparavant celui de l'Organisation nationale des moudjahidines (ONM, anciens combattants). Le soutien de l'UNPA à Bouteflika n'a cependant pas été acquis sans mal, puisque le bureau national de l'organisation a dû préalablement retirer sa confiance au secrétaire général, M. Alioui. Abdelaziz Bouteflika a également reçu le soutien des zaouias (confréries religieuses) et de l'organisation nationale des victimes du terrorisme. Il devrait également, si l'on en juge par la présence du secrétaire général de la centrale syndicale, Abdelmadjid Sidi Saïd, et son accolate avec le président-candidat lors de l'annonce de la candidature de celui-ci, recevoir le soutien de l'UGTA.Ce soutien n'a cependant pas encore été formellement décidé par la centrale syndicale -qui avait déjà soutenu Bouteflika en 1999.
Abelaziz Bouteflika est le premier président algérien élu à avoir rempli son mandat jusqu'au bout. S'il était réélu, ce que tous les observateurs s'accordent à juger hautement probable, il est également hautement probable qu'il dissoudrait le parlement, puisque la principale formation politique de l'actuel parlement est celle de son principal concurrent, Ali Benflis.
Ali Benflis a déposé le 22 février, alors que le président Bouteflika annonçait sa candidature, le dossier de la sienne à la présidentielle. Il a exprimé sa "confiance et sa détermination", et affirmé avoir "un projet ambitieux et effectif à même de répondre aux aspirations des citoyens" et de "réhabiliter les fondements de la vie politique et du pluralisme". Il a dénoncé "les tentatives et les manipulations visant à domestiquer la volonté populaire. Ali Benflis bénéficie du soutien de son propre parti, le FLN. En France, l'association Forum Démocratique a également exprimé son soutien à Benflis, en dénonçant "la trahison, l'intrigue et les complots" dont "le président candidat et son clan" usent, "comptant sur la cupidité de certains hommes politiques largement discrédités".
Le 20 février, la dirigeante du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, a annoncé sa candidature, en affirmant avoir largement réuni les signatures nécessaires. Dans un entretien au "Quotidien d'Oran", Louisa Hanoune explique que sa candidature exprime une volonté de "combattre la décomposition sociale", et qu'elle veut être "le grain de sable qui stoppera (l')engrenage" de la déstabilisation et de la "mise sous tutelle étrangère" de l'Algérie. Louisa Hanoune a dénoncé la signature entre les aârchs de Kabylie et le gouvernement d'un accord (rompu depuis) "tendant à isoler les élus s'exprimant en tamazight" de ceux s'exprimant en arabe, et donc à "déchirer le corps de l'Algérie" en suscitant des "problèmes ethniques". Pour la porte-parole du Parti des travailleurs, l'échéance électorale d'avril est "une bataille pour la survie de la nation algérienne".
Le 22 février, Ahmed Taleb Ibrahimi, chef du parti non agréé Wafa, a également annoncé sa candidature, "muni de deux armes essentielles, la foi en Dieu et la confiance dans le peuple". Ahmed Taleb Ibrahimi a accusé le président Bouteflika de "fouler aux pieds la volonté populaire" et d'"éteindre la lueur d'espoir animant des millions d'Algériens". On ignore cependant si la candidature du chef de Wafa a recueilli le nombre suffisant de signatures de citoyens pour être validée.
Enfin, toujours le 22 février, le président du Front national algérien (FNA), Moussa Touati, a annoncé sa candidature, et affirmé disposer de 81'000 signatures. Cette candidature, et si elle se confirme, sa validation, sont une relative surprise, le FNA étant un parti à l'implantation récente ( 6 députés, 553 élus locaux)
Le chef du RCD, Saïd Sadi, celui d'Islah, Abdallah Djaballah, celui du Front démocratique (parti non agréé), Sid Ahmed Ghozali et l'ancien Premier ministre Mokdad Sifi ont également annoncé leur candidature, mais sur celles de Saïd Sadi, de Sid Ahmed Ghozali et de Mokdad Sifi planent encore des doutes quant au nombre de signatures recueillies pour leur validation. En revanche, celle d'Abdallah Djaballah paraît assurée de franchir ce cap.
L'ancien Premier ministre Ahmed Benbitour s'est retiré de la course en estimant que l'élection présidentielle consacrera "une rupture, encore une, entre le pouvoir et le peuple". Ahmed Benbitour a qualifié l'élection de "piraterie" dont l'issue est "programmée et donc attendue". Il a dénoncé "la confiscation des medias audiovisuels", mais a prédit "l'effondrement inéuctable du régime", proclamé que "la rupture est impérative" et annoncé son intention de créer un parti politique. Il s'est refusé à soutenir quelque candidat que ce soit pour le premier tour, et s'est contenté d'appeler les Algériens à voter, au second tour (si second tour il y a) "pour un candidat de la nouvelle génération" née après la seconde guerre mondiale. Avant Ahmed Benbitour, un autre ancien Premier ministre, Mouloud Hamrouche, un ancien général, Rachid Benyellès, et un dissident du Front des forces socialistes, Abdeslam Ali Rachedi, s'était également retirés de l'élection présidentielle.
En Kabylie, la Coordination des sârchs de Bejaïa (la CICB) a annoncé le lancement des ses actions de "sensibilisation autour du rejet pacifique et massif de la prochaine mascarade électorale", et pour la "disqualification du pouvoir maffieux et assassin" qui l'organise. La coordination invite "l'ensemble de la société civile, des partis et des hommes politiques, des personnalités historiques, des syndicats, des universitaires, des chômeurs et autres franges de la société s'inscrivant (...) dans la lutte du mouvement citoyen à participer activement à l'action de rejet et de discrédit de (cette) énième mascarade électorale". Des meetings, conférences-débat, marches et grèves sont annoncés avant et pendant le vote. Dans la wilaya de Bouira, la coordination locale, la CCWB, divisée sur la question du rejet des élections, n'en a pas moins organisé un meeting pour exprimer ce rejet et appeler la population à le faire sien.
(AP 24.2 / APS, AFP 25.2 / Quotidien d'Oran, Liberté, L'Expression, La Tribune 26.2) Neuf candidats (sur les 45 qui avaient annoncé leur candidature à la candidature) ont finalement déposé leurs dossiers de candidature, le 24 février : le président Abdelaziz Bouteflika (69 ans, né à Oujda, au Maroc); le secrétaire général du FLN Ali Benflis (60 ans, né à Batna); le président du Mouvement de la renaissance nationale (MRN, Islah), Abdallah Djaballah (48 ans, né à Skikda); la porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune (56 ans, née à Chefka, Jijel); le président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Saïd Sadi (54 ans, né à Aghrib, Tizi Ouzou); le président de Wafa, Ahmed Taleb Ibrahimi (72 ans, né à Sétif); le président du Front démocratique, Sid Ahmed Ghozali (64 ans, né à Tighenif, Oran); le président du Front national algérien, Moussa Touati (50 ans, né à Tablat, Médéa); le chef de "Ahd 54", Faouzi Rebaïne (49 ans, né à Alger). Le Conseil constitutionnel s'est immédiatement attaché à la vérification de la validité des signatures déposées à l'appui de ces candidatures. Cette vérification doit être achevée le 3 mars. Les candidats ne disposent pas de droit de recours contre la décision éventuelle du Conseil de ne pas valider leur candidature. Chaque candidat a été invité à désigner des représentants pour accompagner jusqu'au lieu de la vérification (le Palais des Nations) les formulaires de signatures (plus de deux millions au total, dont plus d'un million pour Bouteflika), et le Conseil constitutionnel a invité les candidats à venir constater l'opération de contrôle elle-même.
Un doute subsiste sur la validation finale des candidatures de Sid Ahmed Ghozali, Moussa Touati et Faouzi Rebaïne, qui ont certes déposé des dossiers avec au moins les 75'000 signatures requises, mais avec des marges de sécurité modestes : Rebaïne a déposé 89'000 signatures, Touati et Ghozali 80'000. En revanche, Louisa Hanoune et Saïd Sadi ont déposé plus de 100'000 signatures, Taleb Ibrahimi près de 200'000. Les formulaires portant la signature de personnes n'ayant pas l'âge de voter, ne portant pas le nom ou le paraphe de l'électeur, n'ayant pas été légalisés ou l'ayant été par d'autres que le maire, un adjoint au maire ou un notaire, seront annulés, ainsi que les formulaires signée par un électeur en ayant déjà signé un autre pour un autre candidat.
"Liberté" annonce dans son édition du 26 février que "Bouteflika, Benflis et Hanoune, dont les dossiers ont été traités, seraient déjà qualifiés" pour l'élection.
Sept organisations patronales ont apporté leur soutien "total" en "enthousiaste" au président Bouteflika pour l'élection présidentielle d'avril, lors d'une réunion commune le 25 février à Alger : La CAP, le CEIMI, CENAF, la CGOEA, la CNPA, la SEVE (femmes chefs d'entreprise), le CEFAF (hommes d'affaires algériens en France) et l'UGEA.
L'Union nationale des étudiants algériens (UNEA) a apporté son soutien au candidat du FLN, Ali Benflis, en ajoutant qu'elle ne soutiendra "jamais" le président Bouteflika, allusion à un éventuel deuxième tour, et cela quel que soit le candidat (ou la candidate) qui se retrouverait "en finale" face à l'actuel président.
La candidate du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, a développé dans une conférence de presse le 25 février le programme politique sur lequel elle appuie sa candidature : défense de l'économie nationale, encouragement de l'investissement public, création d'emplois, SMIG à 24'000 dinars (environ 600 FS, 400 euros), recours aux réserves de change pour aider les plus démunis, lutte contre les diktats des institutions financières internationales et contre l'influence des multinationales, résiliation de l'accord d'association avec l'Union européenne, non adhésion à l'OMC. Louisa Hanoune a cependant déclaré que pour elle et son parti, le débat électoral était secondaire, et qu'il fallait accorder une priorité absolue à la défense de l'Algérie contre les dangers qui la menace. La candidate du Parti des Travailleurs a en outre dénoncé les accords conclus entre le Premier ministre Ouyahia et les aârchs, sur l'invalidation des élus locaux, accords qui "consacrent la division du pays sur une base ethnique".
Le candidat du RCD, Saïd Sadi, a quant à lui présenté le choix électoral en ces termes : "l'alternative ou le chaos", et s'est lui-même présenté comme le candidat de toute "l'opposition démocratique". Appelant à une "luttre contre la fraude", Saïd Sadi en appelle aussi à une "insurrection citoyenne pacifique", et se dit persuadé que seule "une infime minorité" du mouvement citoyen en Kabylie est partisane du boycott, et que seule "une fraude monumentale" pourrait aboutir à la réeltcion du président Bouteflika.
En Kabylie, la tendance du Mouvement culturel berbère dirigée par Mouloud Lounaouci a appelé à empêcher le président Bouteflika à visiter la région. Dans la wilaya de Tizi Ouzou, la coordination des aârchs (la CADC) devait arrêter le 27 février le programme de ses actions de campagne pour le rejet de l'élection présidentielle, campagne que la CADC veut nationale, et non pas confinée à la Kabylie. et le Front des forces socialistes, lui aussi opposé, du moins dans les circonstances actuelles, à la tenue du scrutin, réunit ses élus sur tout le territoire national. La situation du FFS est d'ailleurs assez particulière puisque opposé au scrutin du 8 avril, mais aux commandes de la plupart des municipalités de Kabylie, et à ce titre impliqué, par ses élus locaux, dans l'organisation dudit scrutin. Lors des élections législatives de mai 2002, les élus FFS avaient refusé de se prêter à l'organisation du scrutin, et avaient pour cela été poursuivis en justice.
La Ligue arabe a désigné un observateur pour l'élection présidentielle algérienne, en la personne de Samir Hosni, à l'invitation du président Bouteflika.
(AFP 27.2 / El Moudjahid, Dépêche de Kabylie, AP 29.2 / Liberté, Jeune Indépendant, L'Expression, El Watan, Le Matin, La Tribune1.3) Selon un sondage effectué par l'institut privé Abassa auprès de 3510 personnes représentatives de la population en âge de voter, dans 42 wilayas, 68 % des personnes interrogées ont déclaré avoir l'intention de voter lors de la prochaine présidentielle, 19 % ont d'ores et déjà décidé de s'abstenir.
Des informations contradictoires, mêlées de rumeurs invérifiables, relayées notamment par le RCD et par "El Watan", mais démenties par le président du Conseil constitutionnel Mohamed Bedjaoui, circulent sur la possible disqualification par le Conseil constitutionnel pour manque de signatures à l'appui de leur dossier de candidatuire de plusieurs candidats à la candidature à la présidentielle : le président du RCD, Saïd Sadi, le fondateur de Wafa, Ahmed Taleb Ibrahimi, celui du Front démocratique, Sid Ahmed Ghozali. Le RCD a annoncé dans un communiqué que "des informations persistantes, émanant de cadres proches d'un parti de la coalition gouvernementale, font été du rejet de près de 20'000 formulaires de caution au candidat Saïd Sadi", ce que le RCD considère, si cela était vérifié, comme une "opération administrative s'imposant comme le premier tour de l'élection présidentielle", éliminatoire de plusieurs candidats. Le RCD affirme que "l'ensemble des formulaires" de signatures déposés par Sadi (qui en avait déposé, selon son parti, plus de 100'000), sont valides. Contrairement au RCD, l'équipe de campagne d'Ahmed Taleb Ibrahimi a déclaré n'avoir "aucune appréhension" quant au verdict du Conseil constitutionnel. Même optimisme chez Sid Ahmed Ghozali. Le président du Conseil constitutionnel, Mohamed Bedjaoui, a démenti que quelque candidature que ce soit ait été rejetée, à ce stade de la vérification, et a annoncé que les résultats de celle-ci seront rendus publics au plus tard le 3 mars.
Si Taleb, Sadi et Ghozali étaient éliminés de la course, celle-ci pourrait se circonscrire autour de quatre candidats "finaux", le président Bouteflika, le secrétaire général du FLN Ali Benflis, le leader du MRN (islamiste) Abdallah Djaballah et la porte-parole du Parti des Travailleurs (gauche) Louisa Hanoune, le sort de deux autres "petits" candidats, Moussa Touati (Front national) et Ali Faouzi Rebaïne (AHD 54) risquant d'être aussi l'élimination. Une décision d'invalidation d'une candidature par le Conseil constitutionnel est sans recours.
Pour que leur candidature à la présidentielle soit validée, les candidats doivent déposer 75'000 signatures de citoyens répartis dans 25 wilayas.Dès avant le dépôt des dossiers de candidatures de Sadi, Ghozali et Taleb, des doutes et des craintes avaient été exprimées, dans la presse et par des observateurs, voire des acteurs de la vie politique algérienne, sur les chances de ces trois candidats de passer le cap de la récolte des signatures : Ahmed Taleb Ibrahimi et Sid Ahmed Ghozali sont en effet les chefs de partis qui n'ont pas été officiellement agréée, ce qui limite considérablement leur capacité d'action, et Saïd Sadi est le chef d'un parti actuellement absent de toutes les institutions élues, et en butte dans sa principale région d'implantation, la Kabylie, à l'appel d'une partie du mouvement citoyen au rejet de l'élection présidentielle. Quoique "Liberté", quotidien proche du RCD, estime que "la candidature de Saïd Sadi est de nature à gêner considérablement celle de Bouteflika", fort peu nombreux sont les observateurs qui lui accordent la moindre chance de passer le premier tour de l'élection. Il en va d'ailleurs de même de Sid Ahmed Ghozali, pourtant ancien Premier ministre. En revanche, la candidature d'Ahmed Taleb Ibrahimi reposerait vraisemblablement sur une base électorale plus solide, celle de l'islamisme, même si elle est également convoitée par le candidat du Mouvement de la renaissance nationale (Islah), Abdallah Djaballah -dont par ailleurs le dossier de candidature serait déjà reconnu comme valide, comme ceux d'Abdelaziz Bouteflika et d'Ali Benflis, ainsi que celui de Louisa Hanoune. Abdallah Djaballah est en effet le chef du principal parti d'opposition parlementaire, et ambitionne de devenir, après l'élimination du FIS de la scène politique légale, la marginalisation de l'autre parti islamiste légal, le MSP, et le non agrément du Wafa de Taleb Ibrahimi, le leader unique de la composante islamiste du champ politique algérien. Dans une déclaration commune rendue publique le 29 février, six responsables du Front islamique du Salut (Abdelkader Boukhamkham, Omar Abdelkader, Ali Djeddi, Merah Kebir, Kamel Guemmazi et Mourad Dhina) ont en revanche estimé que l'élection présidentielle se tenait sans "qu'aucune mesure politique ne soit prise pour faire sortir le pays de la crise", sans qu'aucune réponse ne soit donnée au plan de paix proposé par Abassi Madani (le président du FIS) et sans que Ali Benhadj (numéro deux du FIS) ne puisse être candidat à l'élection. Selon "El Watan", ce sont pourtant "d'anciens militants (du FIS) qui ont collecté une partie des signatures" pour la candidature d'Ahmed Taleb Ibrahimi, alors que d'autres, notamment les "anciens" de l'Armée islamique du Salut (AIS) soutiendraient le président Bouteflika.
A Bruxelles, l'ancien Premier ministre, secrétaire général et candidat du FLN à la présidentielle, Ali Benflis, a déclaré qu'une "grande suspicion de fraude et de manipulation place sur (l')échéance électorale du fait des agissements contraires à l'éthique et à la loyauté de la compétition politique du candidat-président", qui use "des pouvoirs et des moyens que lui confère sa fonction pour conditionner l'électorat, instrumentaliser l'administration et les moyens publics d'information (...) à des fins propagandistes". A Londres, le candidat d'Islah, Abdallah Djaballah, a en revanche exprimé l'avis que les élections seront régulières. Abdallah Djaballah a annoncé qu'Îslah allait coordonner la surveillance des bureaux de vote avec le FLN d'Ali Benflis et l'équipe de campagne d'Ahmed Taleb Ibrahimi.
A Alger, "L'Expression" annonce que l'UGTA donnera sa position sur la présidentielle le 2 mars, et que la "tendance lourde" au sein de la centrale syndicale est acquise au soutien au président-candidat Abdelaziz Bouteflika, considéré, pour le moins, comme le "moins mauvais candidat".
En Kabylie, où les porte-paroles des coordinations des aârchs ont appelé au rejet de l'élection, ainsi d'ailleurs que le Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie (MAK), les premières actions manifestant ce rejet commencent à avoir lieu, mais sur fonds de divergences, paradoxales, entre une aile "dialoguiste" qui rejette les élections, et se retrouve dans le même camp que le Front des forces socialistes auquel elle s'opposait il y a un an, et une aile "radicale" qui appelle explicitement à voter contre le président Bouteflika, et se retrouve dans le même camp que le RCD qui il y a un an boycottait les élections locales et régionales. Ces "antidialoguistes" ont commencé à rencontrer les candidats à l'élection présidentielle, le premier rencontré étant Sid Ahmed Ghozali, pour leur demander quelles places ils réservent à la Kabylie et à la crise qu'elle traverse depuis trois ans.
Quant aux partisans du rejet des élections, les aârchs ont organisé le 29 février une conférence-débat à Bouzareah (Alger) pour expliquer que tant que la plate-forme d'El-Kseur n'aura pas été totalement satisfaite, ils demeureront opposés à toutes les initiatives du "pouvoir mafieux et assassin". Le Front des forces socialistes a lancé sa campagne anti-vote le 26 février à Amizour, où le porte-parole du parti, Karim Tabou, a expliqué que l'échéance électorale était "piégée et théâtrale.
Le paysage politique s'est en outre encore un peu plus compliqué avec le soutien apporté par une nouveau parti créé par des dissidents du RCD, derrière Amara Benyounès, l'Union pour la démocratie et la République (UDR), qui a appelé à voter pour le président Bouteflika.
S'agissant de la surveillance des élections, "El Watan" annonce que l'ONU aurait décidé de ne pas accepter la demande du président Bouteflika d'envoyer des observateurs, mais d'envoyer un représentant spécial du Secrétaire général, chargé de suivre l'élection et de faire un rapport.
(AFP 1.3 / Le Monde, La Dépêche de Kabylie, AAI 3.3 / Jeune Indépendant, El Khabar, El Watan, L'Expression, La Tribune, Liberté, Quotidien d'Oran 4.3) Six candidatures ont été retenues pour l'élection présidentielle du 8 avril par le Conseil constitutionnel, a annoncé le 1er mars à la télévision son président, Mohamedf Bedjaoui : le président actuel, Abdelaziz Bouteflika, son ancien Premier ministre et secrétaire général du FLN, Ali Benflis, le chef d'Islah, Abdallah Djaballah, la porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, le président du Rassemblement pour la culture et la démocratie, Saïd Sadi, et le fondateur de "Ahd 54", Ali Fawzi Rebaïne. Les candidatures d'Ahmed Taleb Ibrahimi, fondateur de Wafa, de Sid Ahmed Ghozali, fondateur du Forum démocratique, et de Moussa Touati, président du Front national, ont été invalidées. Les candidats retenus se préparent à entrer en campagne officielle dès le 18 mars. Abdelaziz Bouteflika a désigné le tout récent démissionnaire ministre des Transports, Abdelmalek Sellal, comme directeur de campagne, fonction à laquelle Abdallah Djaballah a désigné le président du groupe parlementaire d'Islah, Abdelghafour Saâdi, Saïd Sadi le vice-président du RCD, Djamel Ferdjallah, Ali Benflis l'ancien ministre de la réforme pénitentiaire Abdelkader Sellal et Louisa Hanoune le président du groupe parlementaire du PT, Djelloul Djoudi.
Si la validation des candidatures d'Abdelaziz Bouteflika, d'Ali Benflis et d'Abdallah Djaballah était pour le moins prévisible, celle de Louisa Hanoune est une relative surprise, et en tous cas une nouveauté, et celle de Saïd Sadi suscitait également quelques doutes (d'autant que le RCD avait, l'avant-veille, dans un communiqué qualifié d'"erratique" par "Le Quotidien d'Oran", clamé que "le pouvoir" s'apprêtait à invalider son candidat). La validation de la candidature d'Ali Fawzi Rebaïne laisse enfin les observateurs assez perplexes, "El Watan" suggérant "qu'il aurait bénéficié d'un coup de pouce mystérieux" et qu'il pourrait être "préparé et programmé pour un rôle après le 8 avril".
L'invalidation des autres candidatures n'est pas franchement suprenante : des doutes planaient dès le dépôt de leurs dossiers sur la validité des candidatures d'Ahmed Taleb Ibrahimi, de Sid Ahmed Ghozali et de Moussa Touati : les deux premiers sont certes des figures très connues de la politique algérienne, mais ils ne disposent ni l'un ni l'autre de structures partisanes efficaces (leurs deux partis n'ont pas obtenu l'agrément des autorités pour fonctionner librement). Quant à Moussa Touati, s'il dispose d'un parti (le Front national algérien), celui ci est très récent, et sans réelle implantation nationale.
L'invalidation de la candidature d'Ahmed Taleb Ibrahimi fait d'Abdallah Djaballah l'unique candidat islamiste, ce qui renforce ses chances pour le second tour; quant à l'invalidation de la candidature de Sid Ahmed Ghozali (qui ne donne pas de consigne de vote, mais appelle à ne pas s'abstenir), elle pourrait renforcer la base électorale de Saïd Sadi et conforter la tentative de celui-ci de se présenter comme le candidat unique de la mouvance "démocrate-républicaine", mais cette candidature, qui se heurte par ailleurs à l'appel des aârchs de Kabylie au boycott du scrutin présidentiel, affaiblit par contre-coup celle d'Ali Benflis, ce qui suggère à certains observateurs l'hypothèse d'une décision délibérée du "clan présidentiel", par calcul politique et électoral, de laisser Saïd Sadi, qui ne représente aucune menace électorale pour le président Bouteflika, concourir à l'élection en "mordant" sur l'électorat potentiel d'Ali Benflis -qui, lui, était une menace potentielle. Ali Benflis est au surplus fragilisé par le gel, confirmé le 3 mars, des activités et des ressources du FLN.
Quant à Louisa Hanoune, elle est non seulement la seule femme présente dans l'élection, mais aussi la seule candidature "de gauche", en l'absence du FFS, qui récuse l'élection.
Compte tenu du nombre relativement réduit de candidats à l'élection, la probabilité d'un second tour se renforce, ainsi que celle d'un second tour opposant finalement le président sortant au seul candidat islamiste encore en lice.
Dans une déclaration au "Monde", Taleb Ibrahimi condamne une "décision politique" (celle, dont il se dit "pas vraiment étonné", d'invalider sa candidature) qui traduit "l'entêtement du pouvoir à persévérer dans la voie de l'exclusion pour empêcher le peuple de choisir son candidat à la présidence de la République.". Ahmed Taleb Ibrahimi dénonce également l'attitude d'un candidat-président qui "s'arroge le droit de choisir lui-même ses adversaires à l'élection présidentielle, sans aucun égard pour les sentiments du peuple".
Le ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, a pour sa part démenti toute intention d'"exclusion politique" des candidats invalidés, et a expliqué que Taleb Ibrahimi n'avait pu réunir les 75'000 signatures requises (Selon "La Tribune, Taleb n'aurait réuni que 73'000 signatures dans 22 wilayas, au lieu de 75'000 exigés, dans 25 wilayas). Sid Ahmed Ghozali n'aurait réuni que 67'000 signatures dans 20 wilayas, et Moussa Touati, qui a qualifié le verdict du Conseil constitutionnel d'"arbitraire", un peu plus de 73'500 signatures. Pour le candidat du FLN "officiel", Ali Benflis, l'élimination de Taleb est due aux "multiples entraves qui ont empêché le bon déroulement de l'opération de recueil des siggnatures".
"La Dépêche de Kabylie" constate enfin qu'aucune solidarité ne s'est manifestée au sein du "groupe des dix" entre les candidats validés et les candidats invalidés, les premiers (Saïd Sadi et Ali Benflis) se félicitant du verdict du Conseil constitutionnel en ce qui les concerne (Saïd Sadi considérant même que "la justice a triomphé") en oubliant le verdict concernant les seconds (Ahmed Taleb Ibrahimi, Sid Ahmed Ghozali), sans parler des retraits, avant la fin du délai de récolte des signatures, des candidatures de Mokdad Sifi et Rachid Benyellès, et de la décision de Mouloud Hamrouche et Ahmed Benbitour de ne pas même être candidats.
Le directeur de la campagne électorale d'Abdallah Djaballah, Abdelghafoud Sadi, a annoncé que les candidats à la présidentielle contre le président sortant envisagaient de coordonner la surveillance du vote et de conclure pour ce faire une "plate-forme".
Les candidats à la présidentielle étant connus, les "fronts politiques" commencent à se dessiner. Comme attendu, la direction (Commission exécutive nationale, CEN) de la centrale syndicale UGTA a apporté son soutien au président Bouteflika. Plusieurs syndicats UGTA avaient cependant appelé leur centrale, le 9 février, à s'abstenir de s'engager dans la campagne électorale aux côtés d'un candidat, et à demeurer "une organisation syndicale nationale indépendante, au service des seuls intérêts matériels et moraux des travailleurs algériens". Lors de la réunion de la CEN ayant abouti au soutien de Bouteflika, plusieurs syndicats et organisations (la Fédération des retraités, les douanes, notamment) se sont exprimés contre ce soutien. Le secrétaire général du syndicat des douanes, Ahmed Badaoui, s'est demandé si l'UGTA n'était pas "otage d'un courant politique". Le secrétaire général de l'UGTA, Abdelmadjid Sidi Saïd, a quant à lui assuré que, quelque soit le mot d'ordre de son organisation, celle-ci restait "autonome et indépendante", ce qui ne devait pas l'empêcher de "faire la part des choses" : l'augmentation du SMIG, des salaires, des indemnités et des pensions de retraite, le gel des privatisations et de la loi sur les hydrocarbures, l'assainissement des entreprises ont notamment évoqués par Sidi Saïd pour justifier le soutien de l'UGTA au président-candidat, "dans le sens de la défense des intérêts du monde du travail".
En Kabylie, la tendance du Mouvement culturel berbère dirigée par Mouloud LKounaouci, proche du RCD, a, sans surprise, annoncé son soutien au candidat du RCD.
Le Front des forces socialistes a pour sa part réitéré son opposition à la tenue d'un scrutin présidentiel dans les conditions actuelles. Dans un communiqué, le FFS dénonce "l'aveuglement et l'entêtement des clans du pouvoir" à maitenir un scrutin dont la seule issue prévisible sera "l'élargissement du fossé qui sépare la société de ses dirigeants aventuriers". "Dans les conditions actuelles, caractérisées par la confusion sciemment entretenue et devant l'absence d'un minimum de règles démocratiques, nous ne pouvons accepter de participer à une énième mascarade électorale (et) être complices d'un énième assaut contre la République", a ajouté le porte-parole du parti, Karim Tabbou.
En Kabylie, la coordination des aârchs de Bejaïa (CICB) a programmé pour le premier jour de la campagne électorale, le 18 mars, des manifestations dans tous les chefs-lieux de daïras (sous-préfectures), et, pour le dernier jour de la campagne, une manifestation à Bejaïa et une grève générale dans toute la wilaya. La CICB a mis en garde les six candidats, qualifiés en bloc de "serviteurs d'un système corrompu et corrupteur", contre toute tentative de "casser le consensus établi entre les citoyens" sur le "rejet de cette (nouvelle) mascarade électorale". Le porte-parole de la coordination de Tizi Ouzou, Belaïd Abrika, a de son côté déclaré que "l'action du rejet de la mascarade électorale du 8 avril prochain demeure la seule voie pour faire barrage aux tenants du système rentier, corrompu et corrupteur".
(AP 5.3 / AFP 5.3 / Le Matin, Dépêche de Kabylie, Liberté, El Watan 7.3 / La Tribune, Liberté, El Watan, Le Quotidien d'Oran, Le Matin 8.3) Le Front des forces socialistes a appelé le 5 mars à un "boycott massif et actif du scrutin du 8 avril 2004, pour faire échec à la politique d'asservissement du peuple algérien". "Le pouvoir s'entête à organiser une énième mascarade électorale dans un climat de confusion et de terreur", dénonce le FFS, qui dénonce également "l'exclusion de l'opposition réelle, la mise au pas de l'administration, le monopole exercé sur toutes les institutions de l'Etat, la dilapidation des biens publics, le harcèlement exercé sur la presse privée, la fermeture du champ politique et le maintien de l'état d'urgence", toutes pratiques qui excluent que l'élection présidentielle puisse être un moment de débat démocratique.
Pour le porte-parole de la coordination des aârchs de Tizi Ouzou (CADC), Belaïd Abrika, la position du FFS, qui rejoint celle des "dialoguistes" des aârchs, est celle d'un "parti politique autonome qui a choisi de boycotter les élections" comme d'autres ont choisi, à l'inverse d'y participer.
En Kabylie, les aârchs s'apprêtent à lancer une deuxième série d'actions dans le cadre de leur campagne "antivote". Des réunions et des meetings sont annoncés dans les Aurès.
Le Mouvement démocratique et social (MDS) a appelé lui aussi, le 7 mars, au boycott de l'élection présidentielle, et à "bloquer le processus électoral" afin d'engager le pays "dans une nouvelle transition démocratique", tout en précisant que de cette transition "démocratique", l'islamisme devrait être préalablement exclu. Le secrétaire général du MDS, El Hachemi Cherif, a renvoyé dos à dos le président Bouteflika et son ancien Premier ministre, et concurrent à l'élection présidentielle, Ali Benflis, et a accusé le premier d'avoir délibérément décidé d'éliminer Taleb Ibrahimi "pour booster Djaballah", afin de se retrouver au second tour, si second tour il y a, dans un face à face avec un candidat islamiste.
Du côté du "groupe des dix" (opposants à Bouteflika), on assure que le front constitué par le groupe contre la fraude est viable, malgré les divergences d'attitude entre ses membres (les uns étant candidats à la présidentielle, les autres ayant retiré leur candidature, d'autres encore ayant vu leur candidature annulée par le Conseil constitutionnel, d'autres enfin n'ayant jamais eu l'intention d'être candidats). Pour l'initiateur du groupe, le général Rachid Benyellès, qui fut candidat à la candidature, le groupe est "décidé à rester le plus longtemps possible, en tous cas aussi longtemps que Bouteflika sera au pouvoir". Le président Bouteflika, pendant ce temps, recevait des mains du président du Comité international olypique (CIO), Jacques Rogge, la médaille de l'Ordre du mérite olympique...
Le fondateur de Wafa, Ahmed Taleb Ibrahimi, dont la candidature a été rejetée par le Conseil constitutionnel, a dénoncé dans une conférence de presse tenue à sa permanence, après l'interdiction qui lui a été signifiée par le wali d'Alger de la tenir au Centre international de presse, les motivations politiques de son éviction de l'élection : "cette exclusion arbitraire a un caractère politique", a affirmé Taleb, selon qui son dossier de candidature contenait, lorsqu'il a été remis, 93'416 signatures, dont 79'000 avaient été légalisées. Au final, le Conseil constitutionnel n'en avait retenu que 74'000, et il ne manquait à Taleb que 1000 signatures dans une seule wilaya. Selon la chaîne de télévision KTV, et selon la presse qui affirme avoir entendu le président de l'Assemblée nationale, Karim Younès, le confirmer (Karim Younès a cependant démenti, et n'a admis qu'une évocation au conditionnel d'un éventuel incident de ce genre), 20'000 formulaires de signatures en faveur de sa candidature auraient été volés dans un bureau du Conseil constitutionnel dans la nuit du 23 et 24 février, ce qui aurait fait "tomber" le nombre de signatures recueillies par le candidat en dessous du minimum exigé de 75'000. Le Président du Conseil constitutionnel, Mohamed Bedjaoui, aurait été alerté du vol dans les premières heures qui l'ont suivi, mais aurait décidé de ne pas ébruiter l'incident pour ne pas ternir l'élection. En outre, le candidat de Wafa évoque plusieurs incidents survenus lors de sa pré-campagne : des formulaires de signatures qui brûlent dans des émeutes à Ouargla, des sacs de signatures qui disparaissent dans l'ouest, 1600 signatures volées dans l'est... Ahmed Taleb Ibrahimi dénonce une volonté délibérée du pouvoir de l'éliminer de la course à la présidence, et en voit la confirmation dans le fait que son éviction a été pratiquement annoncée par le ministre de l'Intérieur avant que le Conseil constitutionnel se soit publiquement prononcé sur la validité de son dossier de candidature. Il demande aux membres du Conseil constitutionnel "soit de porter témoignage devant le peuple pour libérer les consciences, soit de présenter leur démission collective pour préserver la crédibilité de cette institution". Il demande également la constitution d'une "commission neutre, constituée de personnalités nationales intègres et indépendantes, non candidates aux prochaines élections présidentielles", pour faire toute la lumière sur cette "scandaleuse affaire". Enfin, Ahmed Taleb Ibrahimi a annoncé qu'une consigne de vote pour tel ou tel autre candidat à la présidence ne sera, éventuellement, donnée qu'après consultation des militants de Wafa et de son équipe de campagne.
A Bejaïa, plusieurs structures de l'UGTA se sont démarquées du soutien apporté par la centrale syndicale à la candidature du président Bouteflika à sa propre succession : l'Union locale UGTA d'Amizour considère que la position de la centrale est "fâcheuse", et que le mandat de Bouteflika qui s'achève a été marqué par une politique "antisociale"; le syndicat UGTA de l'éducation (SETE) déclare de son côté que le libre choix doit être laissé aux travailleurs de voter "selon leurs convictions".
L'"Alliance présidentielle", constituée par le RND, le MSP et les "redresseurs" du FLN, a appelé le 6 mars les Algériennes et les Algériens "à voter massivement pour le candidat Bouteflika afin de concrétiser la stabilité". Abdelaziz Bouteflika a en outre reçu, après le soutien de la centrale syndicale UGTA, celui du syndicat patronal "Forum des chefs d'entreprise", qui appuie se soutien sur les "bonnes performances économiques" du pays, le "retour à une croissance forte grâce notamment aux effets du programme d'appui à la relance économique mis en oeuvre en avril 2001", la consolidation des "équilibres macro-économiques (...) malgré l'accroissement des dépenses publiques et l'augmentation des salaires et de certains revenus". Une forte minorité des membres du forum (22 contre 34) s'est cependant prononcée pour la neutralité de celui-ci.
La ministre de la Communication et de la culture, Khalida Toumi, a annoncé que 600 journalistes étrangers étaient accrédités pour suivre l'élection présidentielle.algérienne.
Les concurrents d'Abdelaziz Bouteflika à l'élection présidentielle ont dénoncé le traitement "discriminatoire" dont ils faisaient l'objet dans les media publics algériens, qu'ils accusent de "rouler" pour le président. Mais les chaînes satellitaires étrangères, assez largement reçues en Algérie, sont largement utilisées par ces candidats : Abdallah Djaballah (Islah) et Ali Benflis sont passés plusieurs fois sur Al Jazira et Al Arabiya, Saïd Sadi sur Berbère télévision et Beur-TV, et la chaîne de Moumène Khalifa, K-TV, "roule" indistinctement pour tous les candidats de l'opposition et dénonce les "agissements du clan présidentiel". La ministre de la Communication, Khalida Toumi, a expliqué que les temps de passage des candidats à la télévision et à la radio seront répartis selon les mêmes règles que celles qui prévalaient pour les élections législatives et locales de 2002, et a ajouté que le cahier des charges des media publics algériens était le même "copié mot à mot", que celui des media publics français. La ministre a cependant noté que le cahier des charges français fait référence au Conseil supérieur de l'audiovisuel, qui n'a pas d'équivalent en Algérie. Dès le 8 mars, les six candidats disposeront après le journal télévisé de 20 heures, de six fois une heure et demie d'antenne. Ali Fawzi Rebaïne ouvrira les feux le 8 mars, Abdelaziz Bouteflika les fermera le 15 mars, ce qui a suscité une protestation du directeur de campagne de Saïd Sadi, qui y voit du favoritisme et un moyen pour le président de répondre à tous les autres candidats. Rebaïne et Sadi, qui passera le 9 mars, seront suivis le 10 mars de Louisa Hanoune, le 13 d'Abdallah Djaballah, et le 14 d'Ali Benflis.
Aucune instance internationale, mise à part la Ligue Arabe, n'a répondu favorablement à la demande du président Bouteflika d'envoyer des observateurs du scrutin, et selon des sources diplomatiques évoquées par "Le Matin", tant l'ONU que l'Union européenne auraient décliné l'offre. Le Secrétaire général de l'ONU aurait cependant accepté d'envoyer en Algérie des émissaires chargés de lui rédiger un rapport, interne, sur les élections.
Selon le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni, le corps électoral pour la présidentielle sera composé de 17,5 millions d'électrices et d'électeurs, soit un peu plus de 800'000 de plus qu'en octobre 2002, lors des élections locales et régionales."El Watan" note qu'alors que si l'on compare les statistiques de la population et celles du corps élkectoral, un million de femmes ne sont pas inscrites sur les listes électorales (composées, en octobre 2002, de 53,34 % d'hommes, alors que la parité de genre est presque parfaite dans la population). Pour ce qui est des tranches d'âges, il apparaît également que les jeunes sont sous-représentés (les moins de 30 ans ne représentent que 26,5 % du corps électoral). L'électeur algérien type serait donc un homme quadragénaire habitant entre Oran et Constantine.
(AP 9.3 / APS, El Moudjahid 10.3 / La Tribune, La Nouvelle République, Le Quotidien d'Oran, Le Matin, Liberté, El Watan 11.3) Le chef d'état-major de l'armée, le général Mohamed Lamari, a réaffirmé dans un entretien à "El Djeich" (la revue de l'armée) que l'ANP est "en dehors des compétitions électorales", qu'elle "n'a pas de candidat", et "qu'il est temps que la société algérienne assume ses options à la faveur d'élections mettant en compétition des candidats que l'armée n'oeuvre ni à gêner ni à favoriser". Le général a cependant ajouté que "l'impartialité de l'ANP" dans la compétition électorale n'aurait "aucun sens si elle ne se généralisait pas à toutes les autres institutions de la République", notamment à l'administration et la justice, qui n'ont "absolument pas vocation, ni individuellement, ni collectivement, à se mettre d'une quelconque manière en situation de partie prenante face au choix des électeurs". Le ministre des Collectivités locales, M. Ould Kablia, a ajouté le lendemain que l'administration ne sera que "spectatrice" des élections et que l'accusation portée contre elle de partialité relevait d'un "mauvais procès".
Le général Lamari semble ainsi faire écho aux adversaires d'Abdelaziz Bouteflika lors de l'élection présidentielle, qui accusent régulièrement le président-candidat d'instrumentaliser à son profit la justice, l'administration et les media publics. Certains de ces adversaires de Bouteflika avaient explicitement appelé l'armée à "faire barrage" à un deuxième mandat du président, et s'accomodent assez mal de la neutralité affichée par les chefs de l'ANP, qu'ils comparent avec ce qu'ils estiment être l'engagement de toutes les autres institutions de l'Etat derrière Bouteflika. Si les porte-paroles d'Ali benflis et de Saïd Sadi se félicitent des déclarations du général Lamari, tout en appelant les autres institutions de l'Etat à faire preuve de la même neutralité que celle affichée par l'armée, Redha Malek (ANR) estime que les déclations du général Lamari sont "un coup de semonce un peu tardif"; Mohamed Saïd (Wafa) qu'elles n'auraient de sens "que si elles se traduisaient sur le terrain par le démantèlement du dispositif de fraude déjà en place"; Abdelhak Bererhi (CCDR) et Abdesselem Ali Rachedi (dissident FFS) en appellent à "la société civile" pour faire barrage à la fraude; El Hachemi Cherif (MDS) trouve le message du général Lamari "ambivalent" et "tardif", puisque "l'administration, les syndicats, le patronat sont totalement sous la coupe de Bouteflika". Dans son commentaire, le quotidien "Le Matin", s'il fait mine de se "réljouir" de la volonté de l'armée de ne plus se mêler de politique, n'en déduit pas "que l'armée, comme les autres institutions, doivent s'enfermer dans un rôle d'observateurs jusqu'au chaos", et somme les militaires, qui "sous leurs uniformes sont des citoyens algériens comme les autres", de choisir "entre le camp des patriotes et celui des courtisans". Le porte-parole du Front des forces socialistes, Djoudi Mammeri, estime pour sa part que les déclarations du général Lamari ne servent qu'à "crédibiliser un scrutin" dépourvu de crédibilité, et qui "ne représente pas une solution à la crise que vit le pays".
Trois candidats (Ali Benflis, Saïd Sadi et Abdallah Djaballah) ont décidé de refuser de participer à une émission de télévision de la chaîne publique (ENTV), "Baramidj", en dehors de la campagne électorale officielle. La direction de l'ENTV regrette une décision "politisée" et laisse "l'opinion publique (tirer elle-même ses) conclusions sur les commentaires politiques parus dans le communiqué des trois candidats", qui lui reprochent de vouloir "faire croire à l'opinion nationale et internationale à l'ouverture de la télévision aux candidats opposants" -lesquels ont tout de même droit, et n'y ont pas renoncé, aux passages programmés dans le cadre de la campagne électorale officielle, à la radio et à la télévision.
Le Conseil constitutionnel a rendu publiques le 10 mars ses décisions du 1er mars, d'acceptation ou de rejet des candidatures à l'élection présidentielle, et les motifs des décisions de rejet des candidatures de Moussa Touati, Ahmed Taleb Ibrahimi et Sid Ahmed Ghozali.
La candidature de Moussa Touati (Front national algérien) a été rejetée car elle n'était soutenue que par 73'567 signatures valables d'électeurs au lieu des 75'000 requises, et par 441 élus au lieu des 600 requis.
La candidature de Sid Ahmed Ghozali (Front démocratique) a été rejetée car elle n'était soutenue que par 68'658 signatures valables d'électeurs, et que dans 20 wilayas elle n'a pas obtenu le nombre minimal de 1500 signatures valables.
La candidature d'Ahmed Taleb Ibrahimi (Wafa) a été rejetée car elle n'était soutenue que par 73'942 signatures valables d'électeurs, et que dans 19 wilayas elle n'a pas obtenu le nombre minimal de 1500 signatures.
Les trois candidats rejetés ont contesté, et continuent de contester, la décision du Conseil constitutionnel. Le "groupe des 10", qui rassemble une partie de l'opposition (mais auquel n'appartient pas Abdallah Djaballah) considère, dans un communiqué publié le 10 mars, que le Conseil constitutionnel s'est "disqualifié et est incapable de veiller sur la régularité du vote", après avoir rejeté dans des "circonstances opaques" certaines candidatures, tout en cautionnant les "conditions illégales" dans lesquelles ont été collectées les signatures en faveur du président Bouteflika.
L'Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA( a apporté le 9 mars son soutien au président Bouteflika pour un deuxième mandat, et appelé ses membres et ses structures locales à rejoindre les comités de soutien au président-candidat.
"Le Matin" annonce que d'anciens chefs de l'Armée islamique du Salut (AIS) s'apprêtent à apporter leur soutien au président Bouteflikla, par la voix de l'ancien "émir national" de l'AIS, Madani Mezrag, souteni dans sa démarche par Mustapha Kébir, Mustapha Kertali, Mohammed Bouzad et Ahmed Benaïcha. L'information reste cependant à prendre avec quelque précaution.
En Kabylie, les aârchs "dialoguistes" développent leurs actions d'incitation au boycott de l'élection présidentielle. Dans la wilaya de Bouira, une marche populaire était annoncée le 11 mars à Esnam et à Bechloul, un meeting à Tarboust, et une caravane "antivote" dans toute la wilaya. A Bouzeguène (w. Tizi Ouzou), le porte-parole des aârchs, belaïd Abrika, a déclaré que ces élections sont une "arnaque historique, car les jeux sont déjà faits" et que "le système de gouvernance se poursuit de la même manière pour retrouver les mêmes hommes au pouvoir".
A Bejaïa, les élus FFS ont boycotté la visite officielle du ministre de la Formation et de l'enseignement professionnels, et annoncé qu'ils agiront de même "avec tous les ministres qui viendront en visite dans la région, jusqu'au-delà de l'échéance électorale".
(L'Expression 13.3 / Le Matin, El Watan 14.3 / El Watan, La Tribune 15.3 / Corr.) Le Front des forces socialistes a reitéré, dans une conférence donnée par son porte-parole Karim Tabbou le 10 mars, son appel au boycott de l'élection présidentielle, considérée par le FFS comme une "étape déterminante d'une oeuvre machiavélique pour se donner un maquillage démocratique sur la scène internationale", et "une élection de plus avec moins de démocratie". Karim Tabbou décèle une théâtralisation de la scène politique, réduisant le pouvoir à Bouteflika, faisant de Benflis un opposant et considérant l'armée comme neutre. Les déclarations du général Lamari sur la neutralité de l'armée, et la satisfaction affichée par la classe politique après ces déclarations, suscitent d'ailleurs la critique du FFS : "Voilà l'armée qui fixe les libertés démocratiques, le multipartisme et le caractère républicain de l'Etat comme principes inviolables, alors que la plate-forme de la Soummam donne la primauté au civil sur le militaire", constate Karim Tabbou, qui ironise sur les candidats "qui boycottent la télévision qui est sous la coupe de Hamraoui Chawki mais pas une élection qui est sous la coupe des généraux". Les trois candidats Saïd Sadi, Abdallah Djaballah et Ali Benflis, qui avaient annoncé boycotter une émission télévisée hors de la campagne officielle, ont annocé en outre qu'ils s'étaient entendus sur la mise en place d'un dispositif technique commun de contrôle des élections, chargé notamment de scruter le fichier électoral pour repérer d'éventuelles anomalies.
En Kabylie, la coordination des aârchs de Tizi Ouzou (CADC) a lancé un appel à la grève générale pour le 18 mars, jour du début de la campagne électorale, et annoncé un meeting au centre-ville de Tizi pour dénoncer l'"arnaque électorale qui ne fera que pérenniser le système en place". Pour la clôture de la campagne, le 5 avril, grève générale, marches populaires et meetings sont également prévus. Le 11 mars, un meeting du RCD a été "empêché" à Timizart (w. Tizi Ouzou). De leur côté, les "antidialoguistes" des aârchs, proches du RCD, appellent à un vote "massif" contre Bouteflika et le RCD lui-même accuse les aârchs de se rendre complices du pouvoir.
En France, le collectif de soutien à la candidature d'Ali Benflis dénonce l'engagement des services consulaires aux côtés du candidat Bouteflika, les "méthodes clandestines" qui entourent la préparation du scrutin et les pressions exercées sur les agents consulaires par l'ambassade et les autorités algériennes.
A Alger, l'ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali, candidat à la candidature "recalé" par le Conseil constitutionnel, a contesté les chiffres donnés par celui-ci en ce qui concerne le nombre de signatures valides déposées à l'appui de sa candidature. Selon le Conseil, Ghozali n'aurait fourni que 68'658 signatures au lieu des 75'000 exigées, et le seuil des 1500 signatures n'aurait été atteint que dans 21 wilayas au lieu de 25. Ghozali affirme pour sa part avoir déposé 78'749 signatures légalisées, avec au moins 1500 signatures dans 27 wilayas, et dénonce l'ostracisme et l'exclusion dont il serait victime depuis des années.
(AP 16.3 / AP, Le Matin 17.3 / El Watan, Infosoir, El Khabar, Liberté, Quotidien d'Oran 18.3) La campagne électorale pour l'élection présidentielle début officiellement le 18 mars. Le Premier ministre Ouyahia a assuré le 16 mars que l'ensemble des préparatifs matériels pour un bon déroulement du scrutin seraient achevés dans les délais. 3000 meetings électoraux pourraient être tenus par les six candidats. Le Premier ministre a assuré qu'"aucune restriction n'est placée" à la couverture de l'élection par la presse nationale et internationale, et que les observateurs internationaux invités par le président Bouteflika, et désignés par l'ONU, la Ligue arabe, l'Union africaine, le Parlement européen et l'OSCE, seraient présents. L'ONU a cependant fait savoir qu'elle n'enverrait pas d'"observateurs", mais seulement un expert désigné par le Secrétaire général de l'organisation, Kofi Anna, devant rendre un rapport à celui-ci. Le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem, a par contre annoncé l'envoi d'une délégation de l'OSCE, d'une cinquantaine d'observateurs africains et d'une soixantaine d'observateurs de la Ligue arabe.
Le fondateur de Wafa, Ahmed Taleb Ibrahimi, s'apprêterait, après l'invalidation de sa propre candidature à la présidentielle, à soutenir celle du Secrétaire général du FLN, Ali Benflis. Le 17 mars, les cadres de Wafa ont posé à ce soutien plusieurs conditions, dont la reconnaissance légale de leur parti. Le soutien de Wafa, considéré comme un parti islamiste, au candidat du FLN pourrait priver le seul candidat islamiste en lice, Abdallah Djaballah, d'une partie de l'électorat sur lequel il compte, mais Wafa n'ayant jamais pu réellement se structurer, faute de l'"agrément" officiel, le parti ne contrôle réellement aucun électorat stable, et sa surface électorale reste sujette à toutes les hypothèses. Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a cependant constamment justifié son refus d'accorder l'agrément officiel à Wafa par la présence supposée de cadres du FIS dans les rangs de la formation de Taleb Ibrahimi.
Près de 75 associations "apolitiques", culturelles, sociales, économiques, caritatioves ou sportives, de la région de Constantine, appellent également à voter pour Ali Benflis, dont elles soulignent les encouragements à une "implication directe, démocratique et pleinement citoyenne de tout un chacun dans la gestion interactive des affaires de sa région, de sa cité et de son quartier". A batna, c'est le Mouvement culturel amazigh (MCA) des Aurès qui appelle à voter pour Ali Benflis, alors que le mouvement citoyen de T'kout appelle, lui, au boycott de l'élection.
Au sein de la centrale syndicale UGTA, qui a appelé à voter pour Abdelaziz Bouteflika, la fédération nationale des retraités s'est dite "non concernée" par cet appel, et a réservé sa position en soumettant son appui à tel ou tel candidat(e) à quatre condition, dont le soutien au relèvement du minimum des pensions jusqu'à atteindre le salaire minimum, la réduction à 5 ans (au lieu de 15) de la durée minimale de cotisation donnant droit à la retraite et la diminution du taux d'imposition pour les retraités.
Dans une conférence de presse, le plus "petit" des candidats à la présidentiuelle, Ali Fawzi Rebaïne, s'est prononcé pour l'interdiction de toute "fonction supérieure" aux harkis et à leurs enfants, pour l'abolition de la détention politique, de la peine de mort et de l'état d'urgence, pour l'ouverture du champ médiatique, le pluralisme syndical et l'officialisation, sans référendum, de tamazigh.
En Kabylie, le premier jour de la campagne électorale, le 18 mars, devrait être marqué par une grève générale à l'appel de la coordination des aârchs (CADC), dans le cadre de sa campagne pour le rejet des élections, mais l'aile "antidialoguiste" de ces mêmes aârchs, proche du RCD, et l'association des commerçants, appellent à ne pas suivre ce mot d'ordre et menacent de perturber le meeting "antivote" de la coordination des aârchs, d'autant que le RCD a annoncé une assemblée générale à deux pas du meeting de la CADC. A Boudjima, c'est le Front des forces socialistes, également opposé à la tenue des élections, qui organise une conférence débat.
La Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH) a fait, dans un communiqué le 17 mars, un bilan très négatif du premier quinquennat d'Abdelaziz Bouteflika, qualifié de quinquennat "porteur d'échec et de tous les gâchis". Pour la Ligue d'Ali Yahia Abdennour, l'Algérie est "une dictature caractérisée par la concentration du pouvoir, l'irrégularité de sa décolution et l'anomalie de son exercice". La corruption "sévit à tous les niveaux et dans tous les domaines", le pouvoir bafoue "les règles les plus élémentaires de la démocratie", sa politique ne consiste pas à "résoudre les problèmes mais à éliminer ceux qui les posent" et il ne tente de résooudre les contradictions qu'"en éliminant les contradicteurs". La LADDH dénonce l'invalidation "abusive" des candidatures de Sid Ahmed Ghozali et d'Ahmed Taleb Ibrahimi, le "coup de force" contre le FLN et son camouflage en acte judiciaire, la soumission de la justice au pouvoir politique, les menaces et les pressions exercées sur l'UGTA et le patronat pour qu'ils soutiennent la candidature du président sortant à sa propre succession. La ligue se félicite certes que l'armée, qui avait soutenu Bouteflika en 1999, n'ait "pas de candidat" en 2004, mais estime que "les pratiques qui faussent le scrutin et le libre choix des électeurs" sont restées. La LAADH ne soutient aucun candidat contre Bouteflika, ni même n'appelle à voter : "le boycott actif, l'abstention ou le bulletin blanc, qui expriment le scepticisme quant aux vertus du bulletin de vote, relèvent du libre arbitre de chaque électeur".
8, rue des Frères Berrazouane -Alger. Tel/Fax : + (213) 21 643521
Les Algériens dans leur majorité jugent négatif le quinquennat qui s’achève, porteur de nombreux échecs et de tous les gâchis, et la double question qui vaille la peine d’être posée, et à laquelle les électeurs doivent répondre pour entrer dans le vif du sujet est la suivante :
Sur quels critères se baser pour dire que l’Algérie est une démocratie, alors que dans tous les cas de figure, elle est une dictature caractérisée par la concentration du pouvoir, l’irrégularité de sa dévolution, et l’anomalie de son exercice. Sachant que le pouvoir se gagne par la force et la loyauté par la corruption qui sévit à tous les niveaux et dans tous les domaines, et les privilèges, le pouvoir n’a ménagé ni l’une, ni l’autre.
Le droit du peuple algérien à disposer de lui-même, est devenu le droit de l’état à disposer de son peuple. A ceux qui veulent ignorer les atteintes graves aux droits de l’Homme, commises en connaissance de cause, couvertes et souvent ordonnées par les plus hautes autorités de l’état avec un machiavélisme hors du commun, il faut simplement rappeler qu’ils ne sont que des complices.
Il n’y a en Algérie ni Etat de droit qui s’oppose au droit de l’Etat, ni respect des droits de l’Homme, mais seulement un pouvoir qui a besoin pour durer de bafouer les règles les plus élémentaires de la démocratie, et d’exercer une politique qui a tendance non pas à résoudre les problèmes mais à éliminer ceux qui les posent, à supprimer les contradictions en éliminant les contradicteurs.
Que sont devenus les disparus, des morts sans sépultures ? des vivants sans existences ? On ne peut ignorer sauf cécité politique, une déchirure du tissu social qui risque de porter atteinte à l’unité nationale.
Le conseil constitutionnel qui a invalidé de manière abusive les candidatures d’Ahmed Taleb Ibrahimi et de Sid Abhmed Ghozali de la compétition électorale pour raison politique, s’est disqualifié et a perdu toute autorité morale.
L’hérésie juridique du conseil d’état a camouflé en acte judiciaire, le coup de force contre le FLN ordonné par le pouvoir politique. Quand la justice est soumise au pouvoir politique, il n’y a pas Etat de droit, mais seulement la loi du talion.
Des pressions, des intimidations des menaces, ont été exercées à l’encontre de l’UGTA et du patronat, qui sont en danger permanent de manipulation et de récupération par le pouvoir , pour obtenir leur allégeance et les transformer en comité de soutien au président candidat, alors que leurs statuts leur font allégation de ne donner aucune consigne de vote.
L’UGTA qui n’a pas évité les dérives opportunistes a perdu en route son identité sociale. La dépendance vis-à-vis du pouvoir a dévoyé le syndicalisme, lui a fait perdre sa crédibilité qui conduira à la remise en cause du paysage syndical.
Faut il considérer que les jeux sont faits, que le statu quo sera maintenu, et la fraude électorale massive et généralisée ? . Les échéances électorales se suivent et se ressemblent, et les pratiques qui faussent le scrutin et le libre choix des électeurs sont permanentes. La fraude est la cause de la désertion des urnes, par un électorat déçu.
Le boycott actif, l’abstention ou le bulletin blanc, qui expriment le scepticisme quant aux vertus du bulletin de vote, relèvent du libre arbitre de chaque électeur.
L’élection présidentielle de 8 avril 2004 sera-t-elle différente de celle du 15 avril 1999 ?. La différence réside dans le fait que l’armée qui a intronisé Abdelaziz Bouteflika en 1999 ne cautionne plus sa candidature, et n’a pas de candidat. D’autre part le chef d’état major vient de déclarer à la revue El Djeich « que l’armée veillera à ce que l’administration assure la conduite et le contrôle des opérations de vote dans la transparence, afin d’instaurer une démocratie qui ne soit ni virtuelle ni façade, mais réelle ».
L’impasse politique sera dépassée par le retour à la souveraineté populaire dans la clarté et en toute liberté, par le choix du peuple, de ses représentants au niveau de toutes les institutions élues de l’Etat et la reconnaissance de la citoyenneté qui est la volonté clairement exprimée de participer à la vie commune, par le biais d’élections libres.
Alger le 17-03-2004 Maître Ali Yahia Abdennour Président de la LADDH.
(AP 18.3 / AP 19.3 / El Khabar, Liberté 21.3 / Infosoir 22.3) 120 observateurs étrangers seront présents et prendront part au processus de contrôle et de surveillance de l'élection présidentielle du 8 avril, a annoncé le 18 mars le ministre des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem. La ligue arabe envoie 60 observateurs, l'Union africaine 55 et le Parlement européen 5. Un membre du Congrès américain aégalement été officiellement invité, sans être un observateur officiel. L'ONU a décliné la demande, mais un conseiller du Secrétaire général Kofi Annan devrait lui faire rapport. Le candidat du FLN Ali Benflis estime que "les observateurs seront une cantion pour la fraude" et a invité les électeurs à assuster au décompte des suffrages. 40'000 bureaux de vote sont répartis dans tout le pays.
En Kabylie, le début de la campagne présidentielle, le 19 mars, a été marqué par des incidents. Les sièges du RCD à Sidi Aïch, Fréha, El Kseur et Amizour ont été saccagés par de jeunes manifestants et un meeting du parti, qui présente son chef Saïd Sadi à l'élection, a été perturbé à Tizi Ouzou, où la police anti-émeute a du être déployée pour empêcher des affrontements. Saïd Sadi a accusé des "commandos de Bouteflika" d'être à l'origine de ces attaques contre son parti, alors que la section locale du RCD à Sidi Aïch en a accusé des délégués de la coordination des aârchs de Bejaïa (CICB), qualifiés de "recrues du sinistre Zerhouni" (ministre de l'Intérieur), alors que laquelle coordination a condamné les violences. Les trois hommes incriminés par le RCD local, et contre lesquels une plainte a été déposée, seraient d'ailleurs d'anciens membres du parti, exclus (selon le RCD) pour "trahison avérée, détournement de fonds et compromission avec le pouvoir".
L'ancien Premier ministre, et ex candidat à la candidature, "recalé" par le Conseil constitutionnel, Sid Ahmed Ghozali, a appelé à voter pour n'importe quel candidat autre que Bouteflika. Un autre ancien Premier ministre, qui a renoncé à être candidat, Mokdad Sifi, a appelé à voter pour Ali Benflis (ancien Premier ministre lui aussi) pour "donner au peuple l'occasion de changer le système". Ali Benflis avait auparavant reçu le soutien de deux autres candidats à la candidature "recalés" par le Conseil constitutionnel, Ahmed Taleb Ibrahimi, ancien ministre des Affaires étrangères, et Moussa Touati, chef du Front national algérien.
(FIS 22.3 / AFP, FIS 23.3 / Liberté 24.4 / La Nouvelle République, Le Quotidien d'Oran, El Watan, Infosoir, Le Jeune Indépendant 25.3) Deux instances du FIS (ou se réclamant du FIS) ont lancé le 22 mars deux appels contradictoires pour l'élection présidentielle. L'"Instance exécutive à l'étranger", dirigée par Rabah Kébir, appelle à voter pour le président Bouteflika, au nom de la "réconciliation nationale" (le 23 décembre, pourtant, Rabah Kébir avait signé avec d'autres dirigeants du FIS, dont Mourad Dhina, un texte déclarant que "les élections, avec leur cortège de fraude et de fraudeurs, se suivent sans jamais apporter la solution politique à même d'en finir avec la crise"); en revanche, le "Bureau exécutif" dont le porte-parole est Mourad Dhina ,appelle au boycott de l'élection, compte tenu de son absence de crédibilité.
Rabah Kébir appelle "les fils du Front islamique du Salut et le peuple algérien à voter massivement en faveur du président candidat Abdelaziz Bouteflika", car, bien que "plusieurs aspects de la politique du président" ne soient pas satisfaisants, "l'évaluation objective de son mandat et la comparaison de la situation de l'Algérie avant et après son accession (au pouvoir) nous incitent à la conclusion que cette politique est d'une manière générale favorable à l'Algérie". Il faut "donner une chance à l'homme de la concorde afin qu'il puisse terminer son projet de promouvoir la concorde civile en réconciliation nationale", explique Rabah Kébir, qui estime que "la politique de réconciliation nationale globale, à commencer par la trêve suivie par la concorde civile (a) contribué à restaurer (...) la sécurité et le sourire dans la plupart des régions" de l'Algérie, et qui appelle à "continuer sérieusement sur la voie de la réconciliation nationale globale jusqu'à ce qu'elle atteigne ses nobles objectifs par le dépassement de la crise, le dénouement de ses noeuds et la résolution de ses conséquences". C'est parce que, selon l'IE/FIS, "ce qui a été réalisé durant le premier mandat du Président Abdelaziz Bouteflika (...) a contribué sans aucun doute au retour, dans une large mesure, de la sécurité et de la stabilité", et à l'amélioration de "l'image de l'Algérie aux yeux des nations", que l'instance de Rabah Kébir appelle à voter "massivement" en faveur de président-candidat.
A l'inverse, Mourad Dhina, au non du Bureau exécutif du FIS, appelle à abstention et au boycott d'un scrutin décrédibilisé pour cinq raisons principales, même si Dhina observe que l'Algérie "sur le plan poilitique est (devenue) un pays atypique dans le monde arabe", puisque le "Raïs en exercice ne peut pas imposer son fils pour lui succéder, ni même organiser des élections à 'candidat unique' ou encore prétendre remporter 99 % des voix". Cependant, pour le FIS, l'élection présidentielle algérienne reste "dans le fond un rituel pour faire durer le système de domination militaire", et est décrédibilisée par le poids de l'armée (dont l'affirmation de neutralité relève de "la fourberie", et qui est toujours dominée par le courant "éradicateur"), la présence continuelle des "putschistes faiseurs de roi (qui) considèrent toujours l'Etat comme leur propriété privée", l'incapacité des "prétendants à la magistrature suprême (de) s'affranchir de leurs tuteurs galonnés", le fait que les préoccupations centrales des Algériennes et des Algériens "ne sont pas au centre" de l'élection présidentielle, et enfin la certitude que "ces élections ne seront pas et ne pourront pas être impartiales", d'autant que des candidats "capables de centrer le débat national sur les causes réelles de la crise" en ont été exclus (Dhina ne cite pas Ahmed Taleb Ibrahimi, mais Ali Benhadj). Dhina observe que "des personnalités du sérail, dont pas moins de six ex-chefs de gouvernement de la période 1992-2003, ont ainsi critiqué avec virulence la partie du pouvoir qu'incarne M. Bouteflika, mais sans jamais oser s'attaquer à la 'muette'". Et de conclure que, pour ces "cinq bonnes de raisons", et puisqu"on ne peut pas punir dans l'immédiat un régiment incompétent et injuste en le mettant dehors par la voie des urnes, il ne faut tout au moins pas légitimer ses mascarades électorales".
En Kabylie, un meeting du RCD à Sidi Aïch, le 23 mars, à tourné à l'émeute et à l'affrontement entre partisans du boycott de l'élection et forces de police protégeant la salle où devait se tenir le meeting.
Les candidats et la candidate à la présidentielle continuent leurs campagnes respectives, parfois perturbées par des actes de vandalisme. Des permanences électorales locales de plusieurs candidats (y compris du président Bouteflika) et des sièges de commissions électorales ont été saccagés à Sidi Aïch, Amizour, Souk Oufella(w. Bejaïa), Aïn Bessem (w. Bouira).
Du côté des candidats, Saïd Sadi (RCD) a soutenu l'abrogation du Code de la famille et son directeur de campagne, Mouloud Lounaouci, a déclaré qu'en cas de fraude, il existait en Algérie une solution "semblable à celle de la Géorgie" (ou le vainqueur des élections présidentielle a été chassé du pouvoir par l'opposition au terme de plusieurs semaines de manifestations de masse). Le candidat du FLN, Ali Benflis, avait lui aussi évoqué "l'hypothèse géorgienne" - Bechar, en lançant : "Touchez aux urnes et vous aurez affaire au peuple !". A Mascara, Louisa Hanoune a dénoncé ces candidats qui, s'attendant à échouer devant les électeurs, appellent "les gens à sortir dans les rues" pour compenser leur échec : "l'Algérie n'est pas la Côte d'Ivboire ni la Géorgie", et l'élection présidentielle "doit être une grande fête pour les Algériens", et non le prétexte à des nouveaux affrontements, a déclaré la candidate du Parti des Travailleurs, qui s'est présentée, à Ouargla, comme la candidate du travail et de la paix.A Chlef, le candidat islamiste, Abdallah Djaballah, a déclaré qu'en votant pour lui, on choisira "le président réunissant (les) conditions énoncées par les préceptes de l'Islam" et à leurs critères "de moralité, de compétence et de bonne gouvernance". A Khemis Miliana, Abdallah Djaballah s'est prononcé pour une révision de la Constitution "dans le souci de conforter les principes de citoyenneté".
"Le Quotidien d'Oran" fait état, sans en donner le contenu, de "sondages d'opinion top secret" sur les intentions de vote pour la présidentielle. Ces sondages non publiés signaleraient la belle progression (de 12 points depuis le début de la campagne) d'un(e) candidat(e) dans les intentions de vote, mais quant à l'identité de ce(tte) candidat(e) : "la plupart des états-majors de campagne (...), certains directeurs de journaux (...), les officinent" la connaisssent, mais pas le grand public ("Le Quotidien d'Oran" laisse supposer que cela pourrait être Louiza Hanoune, mais se garde bien de le dire). Pour le directeur de l'institut de sondage Abassa, "des directeurs de journaux (ont abandonné leurs rôles de vecteurs de l'information. Si les résultats d'un sondage ne leur conviennent pas politiquement, ils les cachent à leurs lecteurs". Compte tenu de l'hostilité de la plupart des grands quotidiens privés algériens au président Bouteflika, cela laisserait supposer que les sonsages "top secret" lui seraient favorables. Mohammed Abassa assure avoir mis "gracieusement" les résultats de ses sondages à la disposition des candidats sans les rendre publics.
(AP 28.3 / Le Matin, La Tribune, Le Quotidien d'Oran, El Watan 29.3) A une dizaine de jours du scrutin présidentiel, la campagne électorale se durcit quelque peu, avec à la clefc saccages de permanences de candidats, de sièges du parti, agressions de militants, perturbations de meetings. Le 18 mars, une permanence du président Bouteflika a été attaquée à Bechar. Le 26, le siège du RCD a été incendié à Freha (w. Tizi Ouzou). A Relizane, le 27 mars, c'est Ali Benflis et son entourage qui a été violemment pris à partie par des jeunes, partisans de Bouteflika, avant un meeting, qui a dû être écourté. A Tala Hamza, le même jour, une permanence du FLN a été saccagée. Le 28, les permanences d'Abdallah Djaballah et d'Ali Benflis ont été saccagées à Tlemcen. A Sidi Bel Abbès, des militants du FLN collant des affiches pour Ali Benflis ont été interpellés par la police, et ont été gardés au commissariat central toute la nuit.
Les dérapages verbaux, visant généralement le président Bouteflika, ont également été légion : l'ancien ministre du Tourisme Lakhdar Dorbani, partisan d'Ali Benflis, a qualifié Bouteflika de "moitié de mégot", l'ancien député Mohamed Bendrihem lui a reproché de ne pas avoir d'enfants, le commandant Azzedine l'a acusé d'être un "déserteur de l'ALN", Ali Benflis même a estimé que la "date de péremption" du président-candidat avait "expiré dans les années '70" et Sid Ahmed Ghozali que Bouteflika s'est montré "indigne de la fonction" présidentielle.
En Kabylie, la coordination des aârchs de Tizi Ouzou (la CADC) a maintenu pour le 5 avril, dernier jour de la campagne électorale un appel à la grève générale et à des marches populaires contre les élections. Dans la wilaya de Bouira, cependant, l'un des principaux animateurs de la campagne "antivote" des aârchs, Belaïd Abrika, s'est retrouvé face à une foule hostile à Raffour.
Après Moussa Touati et Ahmed Taleb Ibrahimi, un troisième ancien candidat à la candidature "recalé" par le Conseil constitutionnel a appelé à voter pour Ali Benflis : Sid Ahmed Ghozali a confirmé le 28 mars qu'il appelait ses partisans à "voter massivement et utile dès le premier tour", pour Ali Benflis, afin de "déllivrer le pays des caprices d'un homme imposé par la logique du moins mauvais candidat". "Nous n'avons pas d'autre choix", a estimé l'ancien Premier ministre, tout en ajoutant que "les signes qui annoncent une nouvelle confiscation de la volonté publique sont là" et que la crédibilité du vote n'est pas garantie.
(FIS 30.3 / AP, Le Matin, Quotidien d'Oran, Liberté, El Khabar 31.3 / El Watan, Le Matin, Liberté 1.4) La campagne électorale pour les présidentielles du 8 avril se poursuit dans une ambiance de plus en plus tendue. De violents affrontements ont éclaté le 31 mars à Tizi Ouzou à l'occasion d'un meeting du président Bouteflika. Les aârchs avaient appelé à une opération "ville morte" et à une grève générale, qui semble avoir été largement suivie. Les affrontements entre la police anti-émeute et les manifestants ont fait une vingtaine de blessés (une cinquantaine selon "El Watan"), dont au moins deux policiers. Des dizaines de manifestants ont été interpellés, puis relâchés. Pour "Le Matin" (antibouteflikiste et partisan du boycott de l'élection), "Bouteflika a sans doute perdu (à Tizi Ouzou) l'élection présidentielle" en subissant une "immense humiliation" et "en se faisant quasiment chasser de la ville". Et le quotidien félicite "la Kabylie d'avoir offert au pays (...) cette image de la bravoure et de la dignité". A l'inverse, "Liberté" (tout aussi antibouteflikiste mais qui "roule" pour Saïd Sadi) suggère que les émeutes de Tizi Ouzou sont le fait d'une provocation délibérée du candidat-président, qui se serait rendu en Kabylie pour "booster la campagne dite 'antivote' (et) pourvoir en carburant les partisans du boycott dfu scrutin du 8 avril".
A Sidi Ali (w. Mostaganem), un meeting de soutien à Saïd Sadi a été empêché par des partisans du président Bouteflika le 30 mars. A Tebessa, un meeting de Louisa Hanoune a failli être également empêché par des partisans de Bouteflika. Il en a été de même d'un meeting d'Ali Benflis à Djelfa, le 31 mars. Côté dérapages verbaux, l'ancien ministre de l'Enseignement supérieur Abdelhak Brerhi, partisan d'Ali Benflis, a qualifié le président Bouteflika de "malade mental" atteint de "psychose maniaco-dépressive".
Les permanences des autres candidats, les sièges de partis et les militants continuent par ailleurs d'être la cible d'acte de violence et de répression. Les permanences d'Ali Benflis ont été attaquées à Al Nechemia (w. Guelma) et à Chlef. Des militants du FFS ont été arrêtés à Bordj Bou Arreridj et El Biar alors qu'ils collaient des affiches appelant au boycott de l'élection. La Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH) dénonce le comportement "de personnes mobilisées par l'administration pour semer le trouble" dans les meetings des concurrents de Bouteflika.
«Encore une fois, le gouvernement, à travers ses appareils policiers, a fait la démonstration de ce qu'il fait de ses discours solennels et de ses engagements publics. Il les ignore et les bafoue.
En effet, contrairement à la déclaration officielle du caméléon Ouyahia, 4 militants du FFS à Bordj Bou Arréridj et 2 militants FFS d'El Biar (Alger) ont été arrêtés comme de vulgaires délinquants, alors qu'ils collaient des affiches du FFS appelant le peuple au boycott de la mascarade électorale du 8 avril 2004. Ces militants n'ont été libérés qu'après de longues et pénibles heures de garde à vue et à l'issue d'interrogatoires des plus humiliants et menaçants.
Le FFS dénonce cette atteinte aux libertés d'opinion et l'empêchement des activités d'un parti légal. Le FFS n'est pas victime d'un seul clan, il est la cible de tous les clans et des mafias locales et des nébuleuses mafieuses à cause de son refus de se laisser normaliser et de changer sa stratégie politique fondée sur les luttes pacifiques.
Durant la nuit du mardi 30 au mercredi 31 mars 2004, son siège de la section de Guenzet, wilaya de Sétif, a été saccagé et incendié par des hordes qui refusent le débat contradictoire et le combat démocratique. Le FFS interpelle les pouvoirs publics à l'effet d'assumer leurs responsabilités en garantissant la sécurité des biens et des personnes.»
Dans une "Lettre ouverte au peuple algérien en général et aux candidats aux élections présidentielles en particuliuer", six dirigeants du FIS*, dont son président Abassi Madani, qui revendiquent en outre le soutien d'Ali Benhadj, constatent que "certains frères" ont pris "des positions et (annoncé) des avis ne représentant que leur propre opinion et n'exprimant en aucun cas la position officielle du FIS" (allusion au soutien apporté notamment par Rabah Kébir à la candidature du président Bouteflika à sa propre succession, Mourad Dhina appelant au contraire au boycott de l'élection). Les six dirigeants du FIS affirment ne pas vouloir "être une entrave à tout espoir, même minime, qui pourrait aider le peuple algérien à sortir de la crise multidimensionnelle qui le ronge", et n'avoir par conséquent pas encore pris de "position définitive" (ce qui, dans le cas au moins de Mourad Dhina, exprime, sinon un revirement, du moins un "gel" de son appel au boycott). "Avant de prendre notre position définitive, nous nous adressons à tous les candidats aux présidentielles leur demander de préciser leur position et d'afficher clairement devant le peuple algérien leur engagement et promesse" concernant plusieurs points (qui, ensemble, correspondent à l'essentiel du programme de "sortie de crise" du FIS) : la préservation et la promotion des "constantes" et des "éléments constitutifs existentiels" de la nation algérienne (l'islam, les langues arabe et amazigh, l'unité nationale); les "mesures pratiques, juridiques et institutionnelles pour garantir la jouissance par tous les Algériens de leurs libertés fondamentales dans les domaine politique, social, médiatique, caritatif et de prédication, ainsi que de leurs droits de citoyenneté et des droits de l'homme"; la levée de l'état d'urgence, l'"arrêt de l'effusion de sang", la vérité sur les enlèvements et les disparitions forcées, la libération des prisonniers politiques, la réintégration professionnelle des personnes licenciées "à cause de leur appartenance politique", la "prise en charge des victimes de la tragédie nationale sans discrimination ni exception", la levée des interdits, des poursuites, des restrictions et des privations de droits civiques à l'égard des cadres et dirigeants du FIS, le "retour des exilés"; la préservation et le développement des ressources nationales; la "réconciliation nationale", la "tenue d'un congrès national de la réconciliation regroupant tous les partis représentatifs, y compris le FIS"; les réformes constitutionnelles.
Dans un discours (tenu essentiellement en français) à Tizi Ouzou, Bouteflika a déclaré que "la Kabylie est le coeur palpitant" de l'Algérie : "sans elle, l'Algérie n'est rien, mais sans l'Algérie, la Kabylie n'est rien non plus". Dans un second meeting, à El Eulma, le président s'en est pris à la presse française, qu'il a accusé de cultiver "un pessimisme délibéré à l'égard de l'Algérie" et de recevoir "le venin de certains titres qui se réclament de la presse indépendante (mais) est formée de mercenaires au service des ambassades et des services spéciaux étrangers".
A Tlemcen, la candidate du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, a accusé les Américains d'avoir l'Algérie en "ligne de mire" et de vouloir "s'accaparer" les richesses de l'Algérie pour "jeter ensuite" les Algériens. Louisa Hanoune a également dénoncé "des forces occultes se réclamant de la défense des citoyens" de s'être rendues "en Amérique et en Europe pour demander l'indépendance de la Kabylie". La candidate du PT a plaidé pour l'officialisation de tamazigh sans passer par la voie référendaire et a dénoncé la loi sur les hydrocarbures, la privatisation de l'école, la précarisation du statut des fonctionnaires. Elle a appelé à la tenue d'un "sommet national pour la paix", réunissant tous les partis politiques et mouvements sociaux, pour adopter une plate-forme de promotion de la paix et de la sécurité.
Du côté syndical, le syndicat UGTA de la formation professionnelle, de la jeunesse et des sports a apporté son soutien à Abdelaziz Bouteflika.
En l'absence de sondages d'opinion publiés et vérifiables, des rumeurs font régulièrement état de sondages aux résultats potentiellement surprenants. Selon "Liberté", avec une projection de 60 % de participation, aucun des six candidats en lice n'obteindrait la majorité absolue au premier tour, pas même le président Bouteflika, et un second tour devrait opposer Bouteflika à son ancien Premier ministre Ali Benflis. Le candidat islamiste, Abdallah Djaballah, a déclaré ne pas croire lui non plus à une élection au premier tour, et a ajouté que son parti (Islah) n'acceptera pas un tel cas de figure. Le directeur de campagne d'Ali Benflis a même annoncé que son candidat sera en tête, voire même élu, au premier tour. Le directeur de campagne de Saïd Sadi s'est contenté d'estimer qu'il n'y avait "pas de candidat hégémonique", et le directeur de campagne de Louisa Hanoune de rappeler que c'était "au peuple de trancher". En revanche, le Premier ministre Ahmed Ouyahia estime que l'hypothèse d'un second tour est "absolument à écarter" et que Bouteflika sera élu au premier tour. Cependant, tout en annonçant par avance une élection à deux tours, les équipes de campagne d'Abdallah Djaballah et Saïd Sadi expriment en aparté leur crainte de voir Bouteflika réaliser un "hold up électoral" dès le premier tour, surtout si le mot d'ordre de boycott lancé (séparément) par les aârchs et le FFS devait s'imposer en Kabylie. Pour le sociologue Djabi Abdenasser, le critère du poids politique (le leur et celui de leurs soutiens) devrait logiquement mettre en position favorable Abdelaziz Bouteflika et Ali Benflis, puis Abdallah Djaballah, mais "la particularité de l'élection présidentielle réside dans le fait que le parti ne joue pas un rôle de premier plan", d'autant que les partis, en général, sont en crise. Quant aux sondages faisant l'objet de rumeurs, comme on ne sait ni par qui ils ont été commandés, ni qui les a financés, ni sur quel échantillon ils se basent, leur crédibilité est très faible.
(Jeune Indépendant 1.4 / AP 2.4 / L'Expression, AFP, AP, Le Quotidien d'Oran, Le Matin, La Nouvelle République, El Watan 4.4 / El Watan 5.4) La campagne présidentielle s'achèvera officiellement le 5 avril, dans un climat tendu : insultes, meetings annulés sous la pression de manifestations, affiches arrachées, permanences électorales saccagées, militants interpellés, et accusations de fraude ont marqué les derniers jours de la campagne. Le ton n'a également cessé de monter entre une partie de la presse privée (notamment les six quotidiens* qui ont porté plainte contre le président Bouteflika, accusé d'une "campagne haineuse" contre la presse "indépendante") et le candidat-président. Accusé de toutes les vilénies, le président a répondu en accusant la presse de faire autant de mal à l'Algérie que "les terroristes", et les journalistes de verser "de l'huile par la plume assassine".Pour le directeur du "Jour d'Algérie" (qui soutient la candidature de Bouteflika, tout en qualifiant de "bêtises innomables" ses attaques contre la presse), Abderrahmane Mahmoudi, il faut faire "la différence entre les emportements coléreux de Bouteflika et son comportement de chef d'Etat. Il a des réflexes de conservateur étroit mais il est libéral dans sa pratique", et il "ne fermera jamais un journal".
Les observateurs envoyés pour surveiller les élections par la Ligue arabe (64 personnes, conduites par Saïd Kamal) et de l'Union africaine (une cinquantaine de personnes, conduites par Abdoulay Bathyly, vice-président de l'Assemblée nationale sénégalaise) sont arrivés, ou en passe d'arriver, en Algérie. 125 observateurs internationaux sont attendus, représentant la Ligue arabe, l'Union africaine, l'Organisation de la sécurité et de la coopération européenne, le Parlement européen, ainsi qu'une représentante du Congrès américain et une représentante du Secrétaire général de l'ONU. 200 journalistes ont également obtenu leurs visas pour couvrir les élections. Poure le FFS, s'exprimant par la voix d'Ahmed Djeddaï, les observateurs internationaux sont en nombre insuffisant, et n'auront ni le temps ni la liberté de mouvement nécessaires, pour contrôler efficacement le scrutin. Le FFS exprime également des doutes sur la compétences des observateurs de la Ligue Arabe (qui rassemble des Etats dont la démocratie n'est pas le dénominateur commun) en matière de surveillance d'élections démocratiques.
Le nombre de candidats, la surface électorale "a priori" de deux des rivaux du président Bouteflika (Ali Benflis et Abdallah Djaballah), l'excellente image de la candidate du Parti des Travailleurs Louisa Hanoune (en sus du fait que les femmes représentent 532 % de l'électorat algérien, et qu'elle est à la fois la première et la seule femme candidate à la présidence algérienne), et l'activisme du candidat du RCD Saïd Sadi rendent possible que l'élection présidentielle, pour la première fois, se joue en deux tours -autrement dit, que le président Bouteflika n'obtiennne pas la majorité au premier tour. Aucun sondage crédible ne permet cependant d'appuyer cette hypothèse. "L'Expression" fait cependant état de plusieurs sondages commandés par des ambassades européennes à Alger, sondages qui donneraient Bouteflika gagnant au premier tour déjà, "dans le cas d'un scrutin transparent" et sans fraude. Aucun de ces sondages n'a été publié, ni ne devrait jamais l'être, et le quotidien qui en signale l'existence ne donne aucun détail sur leurs résultats.
Du côté des partisans du boycott de l'élection, le Front des forces socialistes a lancé une campagne d'affichage, avec des affiches sur lesquelles le président du parti, Hocine Aït Ahmed, invite les citoyens à ignorer les urnes. A Bouira, le 1er avril, Ahmed Djeddaï, membre de la direction du FFS, a tenu un meeting lors duquel il a décrit la compétion électorale en ces termes : "les trois premiers candidats font partie du gouvernement et les trois autres sont des lièvres". A Tizi Ouzou, le 4 avril, ce devait être le tour de Djamel Zenati d'animer un meeting du FFS. Six militants du FFS ont été interpellés fin mars à Bordj Bou Arreridj et El Biar par la police pour avoir collé des affiches appelant au boycott de l'élection. Le siège local du parti à Guenzet (w. Sétif) a en outre été attaqué et incendié dans la nuit du 30 au 31 mars. Le FFS estime être "la cible de tous les clans, des mafias locales et des nébuleuses mafieuses, à cause de (son) refus de se laisser normaliser et de changer (sa) stratégie politique fondée sur les luttes pacifiques".
En Kabylie, partisans et adversaires du boycott manifestent et contre-manifestent régulièrement. Le 31 mars, un meeting du président Bouteflika a provoqué des affrontements à Tizi Ouzou. Le surlendemain, le candidat du RCD Saïd Sadi a cependant pu tenir sans incident un meeting devant plusieurs milliers de personnes, et le 4 avril, c'était au tour du FFS de tenir meeting à Tizi Ouzou, mais également à Akbou, pour appeler à l'abstention. A Azazga, le 3 avril, un meeting "antivote" suivi d'une marche populaire a été organisé par la coordination des aârchs de Tizi Ouzou (CADC), dont le porte-parole, Belaïd Abrika, a lancé un appel aux Algériennes et aux Algériens, leur assurant qu'"en refusant de (se) rendre aux bureaux de vote", ils contribueront à "ébranler les assises du régime maffieux et assassin" et a rendre possible "l'édification d'une réelle République démocratique et sociale". Pour Belaïd Abrika, l'élection présidentielle donne lieu "à une extraordinaire association pour la fraude et le détournement (des) voix, entre le Pouvoir grâce à son adminbistration et les candidats eux-mêmes, dans une sorte de deal inédit dans les annales de l'histoire politique", et qui pourrait se résumer dans le mot d'ordre "Fraudons ensemble pour que vive encore l'Algérie des rentiers !". Enfin, le Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie a lui aussi appelé au boycott du scrutin.
Le président Bouteflika a reçu le soutien officiel de l'Organisation nationale des enfants de chouhada (martyrs de la lutte de libération), mais ce soutien est contesté au sein même de l'organisation par les partisans d'Ali Benflis, qui ont voté le "retrait de confience" au secrétaire général de l'ONEC, Tayeb El Houari, qui a réagi en affirmant que ce soutien et ce retrait de confiance n'engagaient "que leurs auteurs", lesquels "n'ont aucun lien avec la majorité des membres" de la direction de l'organisation. Abdelaziz Bouteflika a également reçu lée soutien de l'ancien président Ahmed Ben Bella, alors qu'Ali Benflis recevait celui d'Ali Kafi, ancien président de la présidence collégiale (Haut Comité d'Etat) erntre 1992 et 1994. Quant à l'ancien président Zeroual, il n'a apporté son soutien à aucun candidat, mais a reçu Ali benflis chez lui à Batna.
Ali Benflis a reçu le soutien du RPR d'Abdelkader Merbah. L'équipe de campagne d'Ali Benflis a dénoncé l'utilisation des zaouïas (confréries religieuses) et des mosquées pour la propagande en faveur du président Bouteflika. Selon le directeur de campagne du candidat FLN, des imams ont fait des prêches, notamment à Bab El Oued et El Bayadh, pour dissuader les fidèles de soutenir Ali Benflis, présenté comme le "candidat de la fitna" (discorde). La permanence de campagne du FLN à Aïn Defla a en outre été en partie incendiée. A Jijel, les représentants des candidats Benflis, Djaballah et Sadi ont dénoncé l'utilisation des moyens de l'administration (voitures, locaux publics, personnel) pour la campagne de Bouteflika. A Djelfa, un meeting de la candidate du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, a été perturbé par des partisans de Bouteflika le 4 avril.
En attendant la clôture de la campagne électorale en Algérie, et l'ouverture du scrutin. les Algériens émigrés ont commencé à voter le 3 avril, notamment en France (où résident 742'000 électeurs algériens inscvrits, soit l'équivalent d'une grosse wilaya), le 3 avril. 109 bureaux de vote ont été installés en France dans les consultats ou des locaux mis à disposition par les municipalités. 30'000 nouveaux électeurs se sont inscrits en France. Si la participation des Algériens au scrutin semble bonne, du moins en Ile de France (elle semble par contre assez faible dans le nord), on ne s'attend guère à ce que les résultats du vote de l'émigration, à forte composante kabyle, soient conformes aux résultats des "Algériens d'Algérie". Les candidats du RCD et du FLN ont fait en France une forte campagne, contrastant avec la discrétion de celle du président Bouteflika et des trois autres candidats. Quelques incidents mineurs ont été constatés (propagande indue pour le président Bouteflika), urnes non transparentes, électeurs transportés par bus, parfois depuis des mosquées, affichage sauvage). Dans l'ensemble de la France, le taux de participation à la fin de la journée du 3 avril serait de 5 à 6 %, et de 8 à 9 % à la fin de la journée du 4. En Italie, où seuls 5000 des 23'000 résidents algériens sont inscrits sur les listes électorales, à la fin de la journée du 3, 10 % des inscrits dans les bureaux consulaires de Naples et Milan avaient voté. A Malte et en Bosnie, le taux de participation en fin de journée du 3 était de 7 % des inscrits. En Grande-Bretagne (un peu plus de 14'000 inscrits), la participation semble assez élevée
(Reuters, Quotidien d'Oran, AFP 5.4 / Reuters, AP 6.4 / AFP, AP, Reuters, El Khabar 7.4 / AFP, AP, Le Matin, Le Quotidien d'Oran, El Watan, La Tribune 8.4 / AFP 9.4 / Corr) Le premier tour de l'élection présidentielle algérienne, le 8 avril, s'est déroulé dans le calme, à l'exception de la Kabylie. 40'000 bureaux de vote ont été ouverts. A l'étranger, le vote a commencé le 3 avril. Plus de 90 % des électeurs résidant à l'étranger résident en France. Au total, 18 millions d'électeurs étaient appelés à choisir entre cinq candidats et une candidate.
Pour la première fois depuis l'indépendance, le résultat de l'élection n'était pas connu d'avance : lors de la précédente présidentielle, non seulement l'armée avait publiquement soutenu la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, mais les autres candidats à l'élection s'étaient retirés de la compétition pour protester contre la fraude et l'absence totale de transparence du scrutin. Cette fois, l'armée avait publiquement fait savoir qu'elle ne soutenait aucun candidat, et qu'elle accepterait le résultat de l'élection quel qu'il soit, et Bouteflika doit faire face à une concurrence sérieuse, celle de son ancien Premier ministre et chef du FLN, Ali Benflis. Cependant, plusieurs candidature ont été récusées par le Conseil constitutionnel dans des conditions assez troubles, notamment la candidature d'Ahmed Taleb Ibrahimi, qui avait déjà été le principal concurrent de Bouteflika en 1999, et le scrutin était boycotté par une partie de l'opposition /FFS, MDS) et par les aârchs de Kabylie.
Les deux enjeux de ce premier tour étaient, d'une part, le taux de participation, compte tenu des appels au boycott ou à l'abstention lancés par les aârchs de Kabylie et par le Front des forces socialistes, et d'autre part le score du président Bouteflika (majorité absolue et élection au premier tour, ou majorité relative et organisation d'un second tour).
Le taux de participation national, définitif et officiel pour le premier tour s'est établi à 57,78 %, soit 2,47 points de moins qu'en 1999. A Alger, la participation a atteint 41,92 %. Le record a été établi au plus haut dans la wilaya d'El Bayadh avec 83,64 % de participation, et au plus bas dans celle de Bejaïa avec 84,29 % d'abstention, et Tizi Ouzou, avec 82,2 % d'abstention. A Bouira, l'abstention a atteint 52,44 %. Dans l'émigration, le taux de participation s'est établi à 33,54 %.
En Kabylie, des incidents se sont produits dès avant l'ouverture du scrutin, et se sont poursuivis ensuite. A Freha, des affrontements ont opposé de jeunes manifestants partisans du boycott et la police antié-émeute. Dans cette localité, le taux de participation dépassait à peine 3 % à 14 heures. A Akbou, des émeutes ont éclaté le 7 avril, avec là aussi des affrontements entre jeunes manifestants et forces de police. A Aït M'likech, des urnes électorales ont été incendiées. A Timizart (w. Tizi Ouzou), la mairie a été mise à sac. Des locaux de vote ont été saccagés à Tigzirt, Cheraoua et Tiznagine (w. Tizi Ouzou). A Tazmalt, des manifestants ont affronté les forces de police. 612 bureaux de vote ont été saccagés ou empêchés d'ouvrir en Kabylie.
Avant même la clôture du scrutin, le 8 avril, trois des concurrents du président Bouteflika, Ali Benflis (FLN), Abdallah Djaballah (Islah) et Saïd Sadi (RCD) avaient annoncé que "la tendance générale va vers un scrutin à deux tours", sans toutefois préciser sur quoi ils s'appuyaient pour le prédire, ni quels candidats ce second tour mettrait aux prises. Les principaux dirigeants du FIS ont également fait savoir, le 5 avril, qu'ils souhaitaient une élection à deux tours. Dans un "appel au peuple algérien", Abassi Madani, Abdelkader Boukhamkham, Ali Jeddi, Kamal Guemazi, Omar Abdelkader et Mourad Dhina (ainsi que, implicitement, Ali Benhadj) s'abstiennent de donner toute consigne de vote, mais considèrent que l'abstention est "sans effet", sinon celui de faciliter une victoire au premier tour du candidat a priori le mieux placé, et que seul un second tour peut permettre de "juger de la crédibilité" de l'élection. Les signataires de l'appel l'introduisent par un constat trés négatif de la situation politique, économique et sociale, mais n'en rendent pas le président Bouteflika responsable. Ils observent que les élections se déroulent dans un climat "d'exclusion politique et sans que soient réunies les conditions nécessaires pour un vote crédible"Un autre dirigeant du FIS, Rabah Kébir, en exil en Allemagne, a cependant appelé à voter pour Bouteflika.
Dans l'hypothèse d'un second tour, pratiquement tous les observateurs s'attendaient à ce que le concurrent du président sortant soit son ancien Premier ministre, et chef du FLN, Ali Benflis, mais en l'absence de sondages crédibles, une inconnue subsistait sur le score du seul candidat islamiste, Abdallah Djaballah, et sur sa capacité à rassembler sur son nom les votes de l'électorat islamiste, quantitativement considérable, mais dont aucune force politique n'est plus légitimée à se dire seule représentante depuis la proscription du FIS.
Trois des adversaires du président Bouteflika, Ali Benflis, Abdallah Djaballah et Saïd Sadi, se sont "alliés techniquement" pour contrôler la transparence du scrutin et éviter la fraude. Ils n'en ont pas moins dénoncé avant même l'ouverture du scrutin en Algérie, "la volonté avérée du président Bouteflika d'annoncer sa victoire dès le premier tour avec un pourcentage de 53 à 55 %", et annoncé qu'ils "*ne reconnaîtront pas" un tel résultat. Les trois hommes ont implicitement appelé l'armée algérienne, qui ne s'est prononcée pour aucun candidat, à "arrêter (le) complot" dont ils accusent le président. Dans un communiqué commun, le 7 avril, Benflis, Sadi et Djaballah ont menacé de "rejeter" les résultats du scrutin et appelé "les institutions de la République, concernées par la protection de la Constitution, à veiller sur la sécurité et l'ordre général et à arrêter ce complot". Ils rendent le président-candidat "responsable des dérapages qui découleraient de tout hold up de la volonté populaire". Le 6 avril, Ali Benflis a affirmé que "le dispositif de la fraude est en place", et que cette fraude, "érigée en système par le président-candidat, se prépare depuis des mois".
Cependant, aucun signe de fraude massive n'avait été décelé avant l'ouverture des bueaux de vote en Algérie, et les quelques incidents dénoncés par les adversaires du président n'avaient rien de commun avec les manipulations qui ont entaché tous les scrutins présidentiels, et la plupart des scrutins législatifs et locaux, en Algérie depuis la fin du système de parti unique, et en particulier lors de la dernière élection présidentielle, en 1999, qui avait vu l'élection de Bouteflika au premier tour, après le retrait de tous ses adversaires pour dénoncer une "fraude massive" (Ali Benflis était alors le directeur de campagne d'Abdelaziz Bouteflika). Le coordinateur national de la commission de surveillance des élections, Saïd Bouchaïr, a reconnu quelques "dépassements" (des limites légales), et les a dénoncés, mais estimé qu'ils n'étaient pas de nature à "entraver la campagne électorale", ni à jeter le doute sur les résultats. 650 protestations avaient été enregistrées par la commission à la mi.-avril, allant de la place occupée par les observateurs des candidats dans les bureaux de vote à la présence de walis (préfets) en tenues officielles dans les meetings du président Bouteflika.
La presse privée "antibouteflikiste" a depuis des semaines évoqué le risque d'une nouvelle fraude massive, d'"affrontements de rue" ("Le Matin"), d'un "putsch" ("Liberté") ou d'un "résultat déjà arrêté" ("El Watan"). Avant l'ouverture du scrutin, les seuls incidents relevés semblent pourtant sans grande portée sur le vote lui-même, même si les candidats Benflis, Sadi et Djaballah ont dénoncé de "graves irrégularités" (qui se résument en fait au financement de transports d'électeurs par des consulats en France, à des affichages sauvages et à des perturbations de meetings). Les trois candidats ont exprimé leur refus a priori de l'élection de Bouteflika au premier tour, voire même au second tour, Benflis et Sadi menaçant même de faire descendre les Algériens dans la rue pour un "troisième tour à la géorgienne", destiné à pousser le président élu à renoncer à son élection. Cette anticipation tactique de leur défaite par les trois candidats a été vivement dénoncée par la candidate du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, non moins (voire bien plus) "oppositionnelle" que Benflis, Sadi et Djaballah. La centrale syndicale UGTA a quant à elle appelé "tous les candidats (...) à accepter, respecter le choix du peuple et agir dans le cadre de la loi" afin d'éviter "tout risque de dérapage ou de dépassement pouvant conduire le pays à une situation d'instabilité, de confusion et d'insécurité".
Le dernier jour de la campagne, le 5 avril, le président Bouteflika avait exhorté ses concitoyens à voter "en toute liberté" afin d'en finir "définitivement" avec les affrontements du passé. Le même jour, dans "Le Quotidien d'Oran", l'ancien conseiller de l'ancien président Zeroual, le général Mohamed Betchine, a apporté son soutien au président Bouteflika (alors que Zeroual, lui, semblait l'accorder à Ali Benflis). Bouteflika bénéficiait également de tendances "lourdes" de l'électorat, à commencer par celle qui pousse à soutenir celui qui est déjà au pouvoir. Il bénéficiait également de l'appui des zaouias (confréries religieuses), et du support des media publics. En revanche, la grande majorité des titres de la presse privée, dont tous les grands quotidiens, lui étaient hostiles, parfois violemment.
Inscrits : 18'097'255 Votants : 10'508'777 Participation : 58,07 % Bulletins nuls : 329'075 Suffrages exprimés : 10'179'702
Abdelaziz Bouteflika : 8'651'723 suffrages (84,99 % des suffrages) Ali Benflis : 653'951suffrages (6,42 % des suffrages) Abdallah Djaballah : 511'526 suffrages (5'02 % des suffrages) Saïd Sadi : 197'111 suffrages (1,94 % des suffrages) Louiza Hanoune : 101'630 suffrages (1,00 % des suffrages) Ali Faouzi Rebaïne : 63'761 suffrages (0,63 % des suffrages)
(AFP, AP, APS 9.4 / El Watan, Tribune de Genève, MAOL 10.4 / AFP, El Watan, El Khabar, Quotidien d'Oran, La Tribune 11.4 / El Watan, Le Matin, Liberté 12.4) Le Président Bouteflika a été réélu le 8 avril à la présidence, avec un score fleuve (digne de Kim Il Sung selon Benflis, ou de Chirac selon des commentateurs français) de 83,5 % des suffrages exprimés selon les premiers résultats officiels, ne laissant que des miettes aux autres candidats, et en particulier à celui qui était présenté comme son principal concurrent, Ali Benflis. Une fois de plus, et comme lors de toutes les élections présidentielles précédentes, qu'elles se déroulent avec un seul candidat ou plusieurs, le président algérien a été élu au premier tour. Abdelaziz Bouteflika bat même, lors de cette élection qui se présentait pourtant comme la plus disputée de toutes les présidentielles algériennes, son record de 1999 (73,79 % des suffrages au premier tour), alors que cette année-là tous les candidats qui s'opposaient à lui s'étaient retirés du scrutin pour protester contre une fraude massive. Les résultats définitifs annoncés par le ministère de l'Intérieur sont d'ailleurs plus favorables encore au président-candidat que ceux que ses propres partisans annonçaient en soirée du 8 avril (60 % dans un premier temps, plus de 70 % un peu plus tard).
La réélection triomphale de Bouteflika a été dénoncée par quatre de ses adversaires (Ali Benflis, Saïd Sadi, Abdallah Djaballah, Ali Fawzi Rebaïne) comme le résultat de la fraude, mais a été saluée positivement, et sans que des doutes soient émis sur la validité du résultat, par les gouvernements étrangers. Le président français Jacques Chirac a été l'un des premiers a féliciter "chaleureusement" son homologue algérien, et à l'âssurer, par téléphone, de la "détermination" de la France à "accompagner les réformes" en Algérie, et à renforcer la coopération franco-algérienne "dans tous les domaines". L'OTAN a qualifié de "processus démocratique" l'élection algérienne, dont l'Alliance estime qu'elle a respecté les "standards pluralistes", qu'elle a été marquée par une véritable campagne électorale et que "les résultats n'étaient pas connus d'avance". Le Département d'Etat américain estime qu'il n'y a "aucune raison de douter de la victoire du président Bouteflika" et que les irrégularités relevées ne sont pas de nature à "remettre en remettre en cause la crédibilité des résultats". Le président de la Confédération suisse, Joseph Deiss, a adressé ses "vives félicitations" à Bouteflika, qui a également reçu celles de tous les chefs d'Etat voisins.
"El Watan" note que les résultats mettent "presque à égalité plus de huit millions de personnes dans (...) deux cas de figure, ceux qui se sont exprimés en faveur d’Abdelaziz Bouteflika et ceux qui ont préféré le recours à l’abstention". Surtout, ces résultats sont désastreux pour les trois candidats les plus "en pointe" dans la campagne contre Bouteflika : Ali Benflis, Abdallah Djaballah et Saïd Sadi. Ils sont également mauvais pour la candidate du Parti des Travailleurs, Louiza Hanoune, dont on pouvait attendre un bien meilleur score compte tenu de sa notoriété et du respect qu'elle suscite dans l'opinion publique, mais égallement du fait qu'elle était la seule, et la première en Algérie, femme candidate à la présidence de la République. Louisa Hanoune s'est cependant distancée clairement des autres candidats d'opposition, en refusant de prendre part aux polémiques lancées contre Bouteflika, en refusant ensuite de dénoncer par avance un scrutin truqué et d'appeler à "descendre dans la rue" pour renverser le cas échéant le résultat officiel, et en refusant enfin d'expliquer les résultats par une "fraude massive".
Dans la soirée de l'élection, un rassemblement de protestation de quelques centaines de partisans d'Ali Benflis a été brutalement dispersé par la police sur le place du 1er Mai. Plusieurs personnes ont été blessées dans cette dispersion, dont le secrétaire général du Comité des citoyens pour la défense de la République, et des journalistes. Le président de l'Union nationale de la jeunesse algérienne, Abdelaziz Belaïd, a été interpellé et a passé la nuit au commissariat.
Plusieurs quotidiens algériens relèvent que le résultat de l'élection présidentielle, qu'il ait été acquis ou non par la fraude, confirme les appréhensions et les analyses de ceux des responsables politiques et des partis de l'opposition qui avaient appelé à l'abstention ou au boycott, tels Hocine Aït Ahmed et le FFS, le MDS, l'ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche ou l'ancien Secrétaire général du FLN Abdelhamid Mehri. Le FFS a d'ailleurs accueilli ces résultats sans surprise, en notant qu'ils confirmaient ses prévisions. Le MDS a quant à lui estimé que l'élection présidentielle était nulle et non avenue. Pour "Le Matin" (proche du MDS), quels que soient les divergences de fond qui les opposent, ces forces et ces personnalités sont "les seuls acteurs politiques à avoir douté de l'impact de cette présidentielles sur la résorption de la crise et à avoir proposé une autre démarche politique que celle d'un processus électoral douteux".
Les résultats officiels recèlent quelques curiosités : Fawzi Rebaïne n’a selon les premiers résultats officiels obtenu que 65 073 voix, soit 0,64 % des suffrages exprimés, alors qu'il avait réussi à collecter 75 000 signatures pour se présenter à l'élection. Saïd Sadi et Louiza Hanoune n'ont également réussi à obtenir qu'à peine plus d'électeurs qu'ils n'avaient obtenu de signatures pour se présenter. Dans certains bureaux de vote, Bouteflika a obtenu 100 % des voix, ce qui implique que même les représentants de candidats de l'opposition dans ces bureaux ont voté pour lui (ou se sont abstenus). Abdallah Djaballah a quant à lui noté que dans des communes où son parti a des élus, il n'a selon les résultats officiels pas obtenu une seule voix. On peut cependant noter que les résultats officiels annoncent un vote dans l'émigration tout à fait cohérent du vote en Algérie, Bouteflika sortant largement en tête, et obtenant largement la majorité absolue, dans tous les pays où l'émigration algérienne a voté, y compris en France. Seule la Kabylie se distingue par des résultats contradictoires de ceux du reste de l'Algérie, mais sur fond d'abstention massive. On note en outre, la quasi disparition des "bastions électoraux", en ce sens que la victoire de Bouteflika est écrasante presque partout (sauf en Kabylie et à Mila). Ali Benflis est battu dans sa wilaya d'origine (Batna), Djaballah dans la sienne (Skikda). Sadi arrive certes en tête dans "sa" wilaya de Tizi Ouzou, mais avec plus de 80% d'abstention, et en obtenant moins d'un tiers des suffrages.
Les résultats officiels ont en tous cas immédiatement été contestés par les trois candidats de l'opposition (Ali Benflis, Abdallah Djaballah et Saïd Sadi) qui avaient passé un "pacte anti-fraude", et qui n'avaient pas hésité à annoncer, quelques heures avant la fin du scrutin, que le "tendance générale" de celui-ci allait vers un deuxième tour. Ali Benflis a d'ailleurs réitéré au soir de l'élection sa certitude que "le peuple algérien a voté dans un sens et (que) l'administration a décrété des résultats allant dans un autre sens". «Je (...) dénie, moi comme l’écrasante majorité du peuple algérien, toute légitimité» à ce scrutin, a déclaré le 9 avril Ali Benflis, qui affirme que «le peuple algérien a voté dans un sens et l’administration a décrété des résultats allant dans un autre sens» et que « le peuple algérien a assisté à une parodie d'élection (...) digne de Kim Il Sung. De Bokassa. De Staline. Des dictatures les plus archaïques». Pour Ali Fawzi Rerbaïne, le résultat de l'élection est "digne d'une République bananière" et la fraude a été "massive et généralisée". Pour Saïd Sadi, l'Algérie a connu « une régression politique dont il est difficile de prévoir les conséquences» Saïd Sadi a lui aussi dénoncé une «fraude massive». Abdallah Djaballah a quant à lui évoqué une "fraude intelligente et sans traces". Pour le général Rachid Benyellès, par contre, la victoire de Bouteflika est moins le résultat d'une fraude que celui "d'une campagne entamée depuis juin 2003, où les moyens de l'Etat ont été utilisés à grande échelle". Le président de la Ligue des droits de l'Homme, Boudjemâa Bechir, a constaté que l'accusation de fraude avait été portée "avant, pendant et après les élections" mais sans que jamais des preuves en aient été apportées. Certes, le score de Bouteflika est "surprenant" et "inattendu", mais pour Boudjemaâ Bechir, "aucun élément ne prouve" qu'il résulte de la fraude. Le quotidien "Liberté", qui "roulait" pour le candidat du RCD, admet que même si "Bouteflika a pu s'octroyer 10 % de plus, 20 % voire 30 % de voix (par la fraude)", son avance est telle qu'il aurait de toutes façons été élu sans fraude au premier tour.
Pour le Front des Forces socialistes, qui boycottait l'élection, les résultats de celle-ci sont une défaite "tant du régime que des démocrates de salon", dont la participation au scrutin a abouti a "plébisciter la première fraude du 21ème siècle". Le FFS a accueilli ces résultats sans surprise, et considère qu'ils ne sont que "la poursuite de la descente aux enfers". Quant à la neutralité affichée de l'armée, le FFS la qualifie de "fausse neutralité".
Le Mouvement algérien des officiers libres (MAOL) a dénoncé dans un communiqué (signé de son nouveau porte-parole, le colonel Lahbib Mohamed Samraoui) la "grotesque mascarade" d'élections dont le sort était "scellé à l'avance".
Les accusations de fraude massive portées par Benflis, Djaballah, Sadi et Rebaïne ont été illustrées par quelques exemples, mais pas vraiment étayées et précisées (du moins dans l'immédiat, puisqu'elles doivent l'être pour aboutir à des recours au Conseil constitutionnel) : le taux de participation au vote aurait été, selon Benflis, grossièrement gonflé, des observateurs des candidats ont été expulsés de nombreux bureaux, dans certains bureaux «on a éteint la lumière et mis à la porte les observateurs lors des opérations de dépouillement». Benflis dénonce également des cas d’usurpations d’identité et de faux pour faire voter à leur insu des citoyens. Les encadreurs des bureaux de vote ont été, selon lui, triés sur le volet par les walis et les chefs de daïra. Toujours selon Benflis, «des milliers de citoyens n’ont pas reçu leurs cartes de vote», et les observateurs du FLN ont relevé des incohérences dans les listes électorales. Saïd Sadi a quant à lui évoqué la disparition de bulletins de vote à Guelma, Skikda et Khenchela». En Kabylie, il accuse l'administration d'avoir «fait preuve d’un laxisme patent et refusé d’acheminer des urnes ou d’ouvrir des bureaux de vote dans les zones où le RCD faisait ses meilleurs scores (pour ne sécuriser) que les régions où Bouteflika était sûr de glaner des voix. Répondant au ministre de l’Intérieur qui a reconnu, lors de sa conférence de presse, que 300 000 électeurs ont été empêchés de voter en Kabylie, le candidat du RCD a affirmé que ce sont plutôt plus de trois millions d’électeurs qui ont été empêchés de s’exprimer dans cette région du pays (même dans cette hypothèse, et même si tous ces électeurs avaient voté pour tel ou tel(le) candidat(e) de l'opposition, Bouteflika aurait cependant été élu au premier tour). Selon Sadi, «des cartes de vote cachetées et vierges ont été stockées dans de nombreux bureaux de vote pour être utilisées en fin de journée par les partisans du président-candidat aux lieu et place des électeurs abstentionnistes, et c’est ainsi qu’on a fait monter le taux de participation». Enfin, le chef du RCD s'en est pris aux partisans du boycott (les "aârchs dialoguistes d'une part, le FFS d'autre part, mais également le MDS) qu'il a accusé d' «irresponsabilité politique ». Abdallah Djaballah a estimé que trois millions d'électeurs ont voté plusieurs fois, dans dans plusieurs bureaux de vote.
En Kabylie, le vote n'a, une fois de plus, pas pu se dérouler normalement et 155 bureaux de vote (sur les 931 de la région) n'ont pas pu fonctionner ou ont été saccagés. Là où le vote a pu se dérouler, l'abstention a été massive.
Ali Benflis a annoncé des recours auprès du Conseil constitutionnel, en ajoutant qu'il se faisait pas d'illusion sur leur sort car «ce conseil est devenu un organe d’exclusion politique».
Les 124 observateurs internationaux sont quant à eux d'avis que, dans l'ensemble, le vote a été correct, et n'a en tous cas pas été entaché de la "fraude massive" dénoncée par Benflis, Djaballah et Sadi. Pour la sénatrice belge (représentant le parlement européen) Anne-Marie Lizin, qui a constaté à Bab El Oued que si le score de Bouteflika est "très lourd", il "reflète totalement (...) le dépouillement", l'élection a respecté un "standard européen"; selon le représentant de l'OSCE, Georges Bruce, qui n'a constaté aucune fraude dans les trente bureaux de vote qu'il a visité, et qui affirme n'avoir "jamais vu de (sa) vie un dépouillement aussi transpèarent", l'appréciation que l'on peut porter sur la procédure électorale est "positive", et depuis les précédentes élections, "le progrès est réel. Il y a amélioration et non détérioration de la fonction démocratique".
Les partisans de Bouteflika et le gouvernement ont évidemment réfuté toutes les accusations de fraude. «Les résultats sont en fait la confirmation de ce qui a été observé à l’occasion des meetings, des manifestations populaires et des autres consultations électorales», a estimé le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni Quant au faible niveau de participation, le ministre l'attribue à une «abstention incompressible qui ne peut être évitée», ainsi qu'à la «suppression des bureaux de vote itinérants, des bureaux spéciaux, de l’exode rural, estimé à 500 000 citoyens qui ont fui le terrorisme et qui se sont installés provisoirement dans des villes et des listes non assainies au niveau des consulats à l’étranger». Le scrutin s’est déroulé, selon lui, dans des conditions normales et pacifiques, excepté dans certaines régions du pays qu’il prend soin de nommer (Tizi Ouzou, Béjaïa et Bouira) où «des gens se sont opposés, appartenant principalement à la tendance extrémiste des archs». A Béjaïa le ministre estime que 150 000 électeurs sur les 419 000 inscrits n’ont pas pu voter. La Kabylie a enregistré une participation qui avoisine les 17%, ce qui est en hausse par rapport aux scrutins précédents mais laisse tout de même une abstention de 83 %. Yazid Zerhouni a réfuté au cours de cette conférence de presse «catégoriquement» toute fraude dans ce scrutin assurant qu'une «surveillance totale» avait été assurée par les représentants de chaque candidat et des observateurs internationaux, ajoutant au passage que «ceux qui ont des doutes n'ont qu'à faire des recours auprès du Conseil constitutionnel».
Le Premier ministre Ouyahia a répondu aux accusations de fraude en déclarant : «Tous les candidats avaient la possibilité de contrôler le déroulement du scrutin. Ceux qui déclarent qu’il y a eu fraude en faveur de M. Bouteflika n’ont qu’à le démontrer par des arguments. Dans le cas contraire, ils doivent accepter cette réalité et faire preuve de sagesse et de sérénité». Ahmed Ouyahia a ajouté que si les candidats opposés à Bouteflika « avaient gagné le match, ils auraient dit qu’il était transparent. Mais en le perdant, ils disent qu’il est trafiqué...». Quant aux manifestations de rue des opposants, le Premier ministre a rappelé qu'elles étaient, comme toute manifestation de rue à Alger, interdites par décret. Ahmed Ouyahia n'a pas manqué d'ajouter qu'Ali Benflis devait être au courant de ce décret puisque c’est lui-même qui l’avait signé alors qu'il était Premier ministre.
La plupart des observateurs non engagés dans la campagne admettent certes une "certaine fraude", mais excluent qu'elle ait "fait" le résultat (elle a cependant pu jouer en accentuant encore un peu l'avance du président Bouteflika). Plusieurs explications sont avancées pour expliquer un résultat qui a finalement surpris tout le monde* : d'abord, le fait même que le candidat Bouteflika était président en exercice; ensuite, le fait qu'il est parti en campagne avant tout le monde, et a mené campagne pendant cinq mois; s'ajoutent à cela plusieurs autres facteurs : la domination du président-candidat (en tant que président, surtout) dans les media publics algériens; la division de l'opposition (le camp "démocrate-républicain" partait en ordre dispersé, les uns soutenant Benflis, les autres Sadi, d'autres encore prônant l'abstention ou le boycott, le FLN était lui-même divisé entre son candidat et une aile -les "redresseurs"- soutenant Bouteflika); les maladresses et les erreurs des candidats de l'opposition, à commencer par Benflis, qui a essentiellement fait campagne contre Bouteflika, plutôt que pour lui-même; le boycott, et donc l'abstention, en Kabylie; le fait que le principal "challenger" de Bouteflika était lui-même un homme du sérail l'absence d'unité de le la mouvance islamiste (divisée entre abstentionnistes, partisans de Bouteflika et partisans de Djaballah). Le vote islamiste semble d'ailleurs s'être massivement porté sur Bouteflika, plutôt que sur Djaballah : en témoignent les résultats obtenus par l'un et l'autre dans des régions de forte implantation des partis islamistes (comme Constantine). "El Watan" observe également que "les scores les plus importants obtenus par Bouteflika ont été enregistrés dans les wilayas les plus touchées par le terrorisme", et qui furent généralement aussi celles qui avaient apporté le plus fort soutien au FIS lors des élections municipales et législatives du début des années '90 (Bouteflika a obtenu 95,47 % des suffrages à Tissemsilt, 94,82 % à Tiaret, 93,79 % à Sidi Bel Abbès, 93,93 % à Relizane, 93,67 % à Djelfa etc...... dans la plupart de ces circonscriptions,. c'est Djaballah qui suit Bouteflika, devant Benflis). "Ces chiffres montrent que dans ces régions meurtries par le terrorisme, la population a voté 'sécurité'". La candidate du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, a d'ailleurs exprimé la même opinion après le scrutin.
Enfin, les tendances "lourdes" de la sociologie politique algérienne ont été masquées par la vivacité du débat politique (en d'autres termes, on a pris le débat politique pour la réalité politique, alors qu'il fonctionne depuis des années comme un rideau de fumée). "Liberté" rappelle à ce sujet, en considérant qu'il est toujours d'actualité, le mot de Saïd Sadi au soir des élections de 1991 : "je me suis trompé de société". De ce point de vue, le soutien des zaouias à Bouteflika a sans doute pesé beaucoup plus lourd, mais pesé beaucoup plus discrètement, que les polémiques lancées contre le candidat-président, depuis des mois, par une partie de la presse privée. "Liberté" reconnaît d'ailleurs les "excès" de la polémique (que le quotidien, qui y a pris part, qualifie de "frénésie") contre Bouteflika., et estime finalement que "Hamrouche, Mehri et Aït Ahmed avaient vu juste" en refusant de cautionner un plébiscite annoncé.
Le soutien apporté à Bouteflika par les partis gouvernementaux (MSP, RND), les "redresseurs" du FLN, la plupart des anciennes organisations "de masse" du système de parti unique, à commencer par la centrale syndicale UGTA, n'a également pas été sans effet. Pour l'avocat Mokrane Aït Larbi, les adversaires de Bouteflika ont de plus commis plusieurs erreurs, à commencer par celle consistant à appeler à un "troisième tour" dans la rue en cas de défaite (le "scénario géorgien"), suscitant la peur d'un retour de la violence ou d'une généralisation des émeutes. En outre, l'"alliance" (même "technique") entre des candidats dont le seul point commun était d'être "contre Bouteflika" (Sadi, Djaballah, Benflis) était dépourvue de crédibilité politique. Enfin, le pari fait par Sadi et Benflis d'une forte participation (en leur faveur) en Kabylie était pour le moins hasardeux.
Pour la candidate du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, le PT sort renforcé de l'élection, puisqu'il s'est révélé capable de présenter, pour la première fois en Afrique, dans les pays musulmans et en Algérie, une femme à la magistrature suprême, et qu'il a pu prendre une part active à toute la campagne sans jamais se départir de son programme. De ce point de vue, selon sa candidate, le score du PT ne reflète nullement le véritable ancrage du parti, mais plutôt la conséquence d'un vote "utile" dont tous les candidats opposés à Bouteflika font les frais.Louisa Hanoune estime que l'Algérie sort également renforcée du scrutin, ne serait-ce que parce qu'elle n'a "pas sombré dans le chaos". Elle considère que le résultat de l'élection prononce un "verdict sans appel (...) contre le régionalisme et le tribalisme (...), le spectre de la dislocation". La candidate du PT se refuse en outre à reprendre les accusations de fraude massive portées par les autres candidats d'opposition : "nous ne pouvons dire qu'il y a eu une fraude à ciel ouvert en l'absence de faits " avérés, même si le PT constate qu'il y a effectivement eu des irrégularités -mais qui n'expliquent pas les résultats. Ces résultats, et en particulier le score plébiscitaire de Bouteflika, mais également celui, qui lui semble curieusement bas, de Louisa Hanoune elle-même lui semblent cependant "étranges". Louisa Hanoune explique le résultat non par la fraude mais par un "vote utile" en faveur de celui qui paraissait le mieux à même de garantir la sécurité de la population. La candidate du PT a interpellé le président réélu en l'invitant à agir en faveur de la paix, comme il en a désormais le pouvoir, à convoquer un congrès national de sortie de crise et à reconnaître tamazight comme langue nationale. Dans une démarche qu'il qualifie lui-même d'inhabituelle, le président Bouteflika a adressé à Louisa Hanoune un message pour lui dire son "orgueil" et sa "fierté" d'avoir été candidat en même temps qu'elle, "première algérienne à postuler pour la magistrature suprême", et qui a mené "une campagne électorale propre et digne".
Réélu, le président pourrait, en toute logique, dissoudre l’Assemblée populaire nationale, où le FLN d'Ali Benflis dispose d'une représentation largement supérieure à celle que les résultats officiels de l'élection présidentielle accorde à son chef. Cette dissolution pourrait cependant ne pas se faire dans l'immédiat -le président étant maître de ce calendrier. En attendant, le sort du président de l'Assemblée nationale, Karim Younès, est incerrain, Younès étant issu du FLN de Benflis. Quant au gouvernement en place, il pourrait y rester (quitte à ce qu'y soit opéré un remaniement partiel).
Par ailleurs, le résultat de l'élection présidentielle remet à l'ordre du jour la question du FLN. La réélection triomphale de Bouteflika est évidemment une défaite pour la direction actuelle du parti, et une victoire pour les "redresseurs". En 1997 déjà, la création ex nihilo du Rassemblement national démocratique (l'actuel parti du Premier ministre Ahmed Ouyahia) pour soutenir le président Zéroual avait provoqué une véritable saignée dans les rangs du FLN. "El Watan" prévoit qu'"avec l'écrasante victoire de Bouteflika, la plupart des cadres et des militants demeurés jusque-là fidèles à Benflis vont basculer dans le camp des 'redresseurs' pour faire allégeance à celui qui est dorénavant le seul homme fort du régime". La reprise en main du FLN par les "redresseurs" (et par Bouteflika) devrais se faire lors d'un nouveau congrès du parti, et entraîner, logiquement, le départ de Benflis et de ses partisans, et l'élection d'un nouveau secrétaire général du parti, qui pourrait être le ministre des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem, porte-parole des "redresseurs".
Le FIS, par la voix de six de ses dirigeants (Abassi Madani, Abdelkader Boukhamkham, Omar Abdelkader, Ali Djeddi, Mourad Dhina et Kamel Guemmazi) a appelé le président réelu à concrétiser les engagements qu'il a pris pendant sa campagne électorale, à alléger les souffrances des victimes de la "tragédie nationale", à lever l'état d'urgence et à convoquer un congrès d'entente nationale. Le FIS n'avait pu donner de consigne de vote (ni d'abstention ou de boycott) pour l'élection, divisé qu'il était entre partisans de Bouteflika, partisans de Djaballah et partisans de l'abstention.
Sitôt acquise sa réelection, le président Bouteflika a promis, dans une allocution télévisée, qu'il sera le "président de tous les Algériens". Il a appelé à l'introduction dans les rapports sociaux d'un "esprit de tolérance et de compréhension mutuelle".
(MAOL 3.4 / Jeune Indépendant 11.4 / APS 12.4 / APS, Le Matin, Liberté 14.4 / Jeune Indépendant, Liberté, El Watan 15.4) Le Conseil Constitutionnel a annoncé le 12 avril les résultats définitifs et officiels du scrutin présidentiel du 8 avril 2004, remporté par le candidat Abdelaziz BOUTEFLIKA avec 8 .651.723 de voix, soit un taux de 84,99 % des suffrages exprimés. Le Conseil a examiné 192 recours contre ces résultats, et a déclaré que l'objet des recours n'avait "aucune incidence sur les résultats obtenus", quoi qu'il en soit de la validité ou non des recours (en d'autres termes, même si des résultats locaux devaient être annulés pour telle ou telle raison, le résultat final resterait celui annoncé par le ministère de l'Intérieur, à quelques variations près).
Les résultats définitifs accentuent encore l'avance du président Bouteflika. Les nombres des inscrits, celui des votants, celui des bulletins nuls et celui des suffrages exprimés ont été revus à la hausse. La participation définitive atteint 58,07 % des suffrages. Abdelaziz Bouteflika passe de 83,5 % des suffrages à 84,99 %. Ali Benflis perd encore du terrain et de 7,9 % initialement annoncés se retrouve à 6,42 %. En revanche, Abdallah Djaballah passe de 4,8 % à 5,02 %. Les résultats de Saïd Sadi et Ali Fawzi Rebaïne restent sensiblement les mêmes, alors que Louisa Hanoune recule de 1,15 % à 1 %.
La délégation d'observateurs du Parlement européen qui a observé (quoique n'usant pas de ce terme) les élections a rendu brièvement compte dans un communiqué, signé de sa présidente, la socialiste italienne Pasqualina Napoletano*, de sa mission, du 6 au 9 avril. Les députés européens saluent les progrès réalisés dans le déroulement du scrutin, par rapport aux scrutins précédents, et tout particulièrement la présence des représentants des différents candidats dans la plupart des grands bureaux de vote, et la non-ingérence de l'armée (du moins directement). Ils demandent au Président rééelu "que soit sérieusement reconsidéré le bien-fondé de l'état d'urgence en Algérie, dans la mesure où sa levée constitue une étape obligée sur le chemin de la démocratie".
Dans une conférence de presse tenue le 13 avril au siège du parti, le Premier secrétaire du Front des Forces Socialistes, Djoudi Mammeri, a estimé que la "reconduction" de Bouteflika à son poste de chef de l'Etat permettait à l'armée de garder le pouvoir réel ** : "Nous sommes toujours dans un régime militaire", "les vrais décideurs ont choisi la stabilité du système sur la base d'un deal" et "le bunker du pouvoir réel restera aux Tagarins", a résumé Djoudi Mammeri, pour qui c'est le chef des services spéciaux /le Département du Renseignement et de la Sécurité, DRS, ex-Sécurité Militaire), le général Mohamed Médiène ("Toufik"), qui est l'auteur de "la mascarade électorale du 8 avril", avec la complicité des candidats à la présidentielle à qui "Toufik" a "fait croire que le scrutin sera neutre et transparent", et à qui des journaux ont fait croire en la possibilité d'un deuxième tour, donnant ainsi un "cachet démocratique au scrutin présidentiel". "Le FFS dit bravo à Toufik qui a pu berner autant de candidats et d'intellectuels", a ironiquement ponctué Djoudi Mammeri. Le Premier secrétaire du FFS a ajouté que "les généraux" avaient contacté le FFS pour tenter de le pousser à s'engager lui aussi dans l'élection, en lui assurant qu'elle serait "libre, honnête et transparente" mais que "l'expérience et le parcours politique" de Hocine Aït Ahmed et du parti leur ont permis d'éviter ce piège. Pour Djoudi Mammeri, "les généraux décideurs ont décrété une fausse et trompeuse neutralité" permettant de maintenir le régime militaire en place, et de conduire la classe politique algérienne à un "stade de détérioration" voulu par un système "qui a limité et muselé tout le champ des libertés". Quant à l'élection de Bouteflika, la fraude qui l'a permise ne s'est pas produite pendant l'élection, mais bien avant, dans la mise au service du président de "l'appareil administratif" et gouvernemental, dans la perte des droits des citoyens, dans l'absence d'indépendance des fonctionnaires et dans le non-respect du pluralisme syndical: en d'autres termes, le pouvoir n'avait plus besoin de bourrer les urnes, et Bouteflika n'avait plus qu'à faire "une campagne à la Saddam" en distribuant l'argent de l'Etat et en convainquant les militants du FLN, dont c'est la tradition, de "se positionner du côté du plus fort" et de lâcher le candidat de leur parti. Par ailleurs, le Premier secrétaire du FFS a confirmé une rencontre entre Hocine Aït Ahmed et Abdelhamid Mehri, sans qu'il soit encore question d'une stratégie commune, et réitéré l'appel du FFS à un dialogue "sans exclusive" entre le pouvoir et l'ensemble des forces politiques représentatives.
Le ministère de la Défense nationale a réagi à ce qu'il qualifie d'Allégations" en démentant que des "contacts" aient été "établis par le chef du département du renseignement et de la sécurité" avec Hocine Aït Ahmed et la direction du FFS. Le ministère accuse le Secrétaire national du FFS Djoudi Mammeri, sur la base de compte-rendus de presse, d'avoir remis "explicitement en cause la neutralité de l'armée nationale populaire" dans l'élection présidentielle. Le ministère a déposé plainte auprès du tribunal de Sidi M'hamed contre Djoudi Mammeri pour "diffamation contre l'armée nationale populaire". De son côté, le FFS dément "toute rencontre, tout projet de rencontre ou tout autre deal attribué au président du parti", Hocine Aït Ahmed.
Rebondissant sur le plébiscite de Bouteflika, le mouvement Wafa d'Ahmed Taleb Ibrahimi (qui avait appelé à voter pour Ali Benflis, mais ne conteste pas le résultat du scrutin du 8 avril) a demandé à nouveau au ministère de l'Intérieur de lui accorder son agrément en tant que parti politique. Wafa invite le ministère à se "conformer à la loi" et à appliquer l'article 22 de la loi sur les partis politiques. Il dénonce "sa privation arbitraire" du droit constitutionnel à l'action politique, et se rlfère, pour réitérer sa demande d'agrément, à l'intention affichée par le président réélu d'être "le président de tous les Algériens". Créé en 1999 au lendemain de la première élection de Bouteflika, Wafa avait tenu son congrès constitutif en décembre 1999, cinq mois après avoir reçu des autorités un récépissé de déclaration constitutive. En mai 2001, alors que le dossier d'agrément du parti était déposé, le ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, avait refusé cet agrément en affirmant que la légalisation de Wafa ne serait que "le retour du parti dissous". Selon le ministre, plus de 40 % des membres fondateurs de Wafa avaient été auparavant membres du FIS.
Au sein du FLN, enfin, la "décantation" se poursuit dans la lutte qui opposait depuis des mois la tendance favorable à Ali Benflis et à la direction du parti et la tendance des "redresseurs" favorables à Abdelaziz Bouteflika. Compte tenu du résultat de l'élection présidentielle, tous les observateurs s'attendent à ce que le parti tout entier finisse par tomber dans les mains des "redresseurs", et de leur chef de file, le ministre des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem. En attendant, au plan local, les deux tendances règlent leur compte, ce qui a abouti le 14 avril à Aïn Merane (w. Chlef) à une bagarre qui a fait deux blessés, le maire (pro-Benflis) et un Conseiller municipal (pro-Belkhadem).
La seule constante de la pratique politique algérienne, depuis l’époque coloniale, est la fraude électorale. Les échéances électorales se succèdent et se ressembles, et les pratiques qui faussent le scrutin, le libre choix des électeurs, pervertissent et détournent le suffrage universel, sont permanentes.
Le président candidat a cédé à la tentation de se faire élire avec un taux de 83,49% de suffrages exprimés, en contrôlant les élections, en réduisant les votes des citoyens à des approbations unanimes qui consacrent son triomphe sans surprise et sans gloire. Cela rappelle étrangement la procédure de prédilection du colonialisme français, qui est le truquage des urnes.
Les élections d’avril 1948 pour élire 120 délégués à l’assemblée algérienne, organisées par le gouverneur général Edmond Naegelene, qui s’était rendu célèbre par ses opérations de fraude électorale, tournèrent au ridicule et à la mascarade.
Guy Mollet secrétaire général de la section française de l’internationale socialiste (SFIO) a déclaré : « si les élections avaient été débarrassées de la tutelle administrative, Messali auraient recueilli 80% des voix. Il a recueilli à peine plus de 15% ».
L’étrange coïncidence, les cinq concurrent du président candidat ont recueilli à peine plus de 15% des voix. L’histoire avance à reculons. Le pouvoir est revenu à la cécité politique des colons. Le droit du peuple algérien à disposer de lui-même, est devenu le droit de l’état à disposer de son peuple. La question de la sincérité électorale n’a jamais été résolue.
Le pouvoir se prend et se garde en Algérie, par un coup d’Etat militaire, ou par un coup d’état par les urnes.
La fraude électorale a commencé bien avant l’ouverture de la compagne électorale par l’asservissement de l’administration, l’instrumentalisation de la justice, la monopolisation des medias lourds, et l’utilisation des moyens de l’Etat.
L’implication de l’administration qui s’est octroyée le droit régalien d’être à la fois juge et partie, dans la compagne électorale, a fait surgir le spectre de la fraude.
La majorité des algériens n’a pas cru à des élections libres et transparentes supervisées par un gouvernement qui s’est transformé en comité de soutien au président candidat, et dont le chef a truqué à 100% les élections locales du 23 octobre 1997, ce qui relève du hold up électoral et du gangstérisme politique.
Le président candidat a voulu prouver que la classe politique est sans encrage dans la société.
Le boycott, l’abstention ou le bulletin blanc ont exprimé le scepticisme quand aux vertus du bulletin de vote. L’hiver politique rigoureux n’a pas laissé place au printemps démocratique.
L’attentisme, dans lequel se sont prudemment cantonnés les décideurs de l’armée, dont l’éloge maintes fois répété par le président candidat avait un avant goût d’oraison funèbre, a favorisé les partisans d’un système politique désuet qui est en phase finale, en fin de règne. Pour ce système l’homme est un sujet, les disparus des morts sans sépulture, ou des vivants sans existence.
Il y a deux catégories de dirigeants, ceux qui ont sacrifié leur carrière à l’Algérie,et ceux qui ont sacrifié l’Algérie à leur carrière, assimilant les intérêts supérieurs du pays à ceux des féodalités politiques promises sur les seuls critères de la courtisanerie et de l’affairisme.
La confusion entre la politique et les affaires, porte atteinte à l’autorité de l’état et le discrédite.
Le recours au conseil constitutionnel, frappé de discrédit pour sa partialité et le non respect de ses obligations constitutionnelles, est inutile.
La publication d’un livre noir dans les meilleurs délais avec des témoins qui parlent et agissent pour faire la lumière sur les mécanismes de la fraude est hautement souhaitable.
La LADDH interpelle les acteurs de la société politique et de la société civile pour rejoindre sa compagne pour la levée immédiate de l’état d’urgence.
Alger le 12 avril 2004 Maître Ali Yahia Abdennour. Président de la LADDH
(Le Jeune Indépendant 11.4 / Le Jeune Indépendant 15.4) La délégation d'observateurs du Parlement européen qui a observé (quoique n'usant pas de ce terme) les élections présidentielle demande, dans un communiqué, au président Bouteflika, après sa réelection triomphale, "que soit sérieusement reconsidéré le bien-fondé de l'état d'urgence en Algérie, dans la mesure où sa levée constitue une étape obligée sur le chemin de la démocratie". Le gouvernement algérien a quant à lui répondu par la négative à le proposition du parti islamiste MSP de lever l'état d'urgence. Le gouvernement réitère les arguments sécuritaires qui selon lui justifient le maintien de l'état d'urgence, et considère que les conditions ne sont pas encore réunies pour y renoncer. Il affirme que l'état d'urgence n'atteint pas les libertés et n'oppose aucun obstacle aux activités politiques.
(Le Monde 17.4 / El Watan, Le Quotidien d'Oran 18.4) Commentant le résultat de l'élection présidentielle algérienne, et les accusations de fraude portées par l'opposition, le président français Jacques Chirac, lors d'une visite éclair à Alger le 15 avril, s'est appuyé sur les déclarations des observateurs internationaux pour déclarer que le peuple algérien avait démontré lors de l'élection "sa volonté d'aller de l'avant sur le chemin (...) de la démocratie, de la justice sociale et de la modernisation économique". Jacques Chirac a ajouté qu'il ne voyait pas "comment, de bonne foi, (il pouvait) contester cette élection" dès lors qu'"en dehors des incidents normaux qui se passent en toute consultation électorale, (celle-ci paraissait aux observateurs internationaux) conforme aux règles de la démocratie".
Selon le coordinateur de la Commission nationale politique de surveillance des élections, Saïd Bouchair, 650 plaintes ont été déposéss par des candidats pour des actes commis pendant la campagne électorale.
"Le Quotidien d'Oran" révèle que, selon les règles qui définissent la participation de l'Etat aux frais de campagne électorale, l'Etat devrait rembourser 4,5 millions de dinars au président Bouteflika et 1,5 million aux cinq autres candidats. Ces règles sont les suivantes : sur la base d'un volume maximum de dépenses partiellement remboursables de 15 millions de dinars (environ 180'000 euros, 250'000 FS), tous les candidats se verront rembourser au moins 10 % de leurs frais de campagne; les candidats ayant obtenu entre 10 et 20 % des suffrages exprimés recevraient un remboursement de 20 % de leurs dépenses (mais aucun candidat n'est compris dans cette fourchette), les candidats (en l'ocurrence, seul Bouteflika est concerné) ayant obtenu plus de 20 % des suffrages ont droit à un remboursement de 30 % de leurs dépenses. "Le Quotidien d'Oran" note cependant au'aucune autorité de contrôle des dépenses engagées par les candidats n'a été instituée, et que dans ces conditions il est impossible de savoir précisément combien ont coûté les campagnes de chaque candidat. On notera également qu'une bonne partie de la campagne du candidat Bouteflika a consisté en des activités officielles du président Bouteflika, activités qui n'ont pas émargé à son budget de campagne mais au budget de l'Etat...
Le président Bouteflika devrait prêter serment (sur le Coran) pour son deuxième mandat, le 19 avril. Ahmed Ouyahia devrait ensuite présenter la démission de son gouvernement, et être chargé d'en former un nouveau (qui devrait beaucoup ressembler au précédent), lequel soumettra un programme de politique générale à l'Assemblée nationale.
(Liberté, El Watan 19.4) Le Comité central du FLN, issu du 7ème congrès (le 8ème congrès ayant été invalidé par la justice), a été convoqué en session extraordinaire le 19 avril, pour prendre acte de la remise par Ali Benflis de son mandat de secrétaire général au Comité central du parti, après sa défaite lors de la présidentielle. Tous les observateurs s'attendent à une reprise en main du FLN par les "redresseurs" (l'aile "bouteflikiste" du parti, emmenée par le ministre des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem), ce qui réinsérerait l'ancien parti unique dans la majorité gouvernementale et présidentielle, après une parenthèse oppositionnelle de quelques mois. Abdelaziz Belkhadem entend mettre en place une commission nationale de préparation d'un "congrès réunificateur", auquel il propose d'inviter des "personnalités nationales" ayant appartenu au FLN et l'ayant quitté, sans créer ensuite d'autres partis politiques. Belkhadem donne les exemples d'Abdelhamid Mehri ou de Mouloud Hamrouche. Quant à Ali Benflis, il pourrait rester membre du comité central, et à ce titre sera délégué au congrès.
Le résultat de l'élection présidentielle pourrait également "secouer" l'autre grand perdant du scrutin, le parti d'Abdallah Djaballah, El Islah, au sein duquel un mouvement de contestation semble se faire jour, se manifestant par des déclarations de députés s'en prenant à la direction du parti, et des démissions d'élus locaux (quatre d'entre eux, élus locaux d'Oran et de Mostaganem ont annoncé leur démission du parti dans une déclaration publiée le 18 avril). Le député Ouda Fellahi avait auparavant dénoncé "la politique d'exclusion" menée par la direction du parti et par Abdallah Djaballah, et estimé que la ligne "anti-Bouteflika" tenue pendant la campagne électorale a eu pour résultat la défaite électorale du courant islamiste (dont Djaballah était le seul candidat à être tant soit peu représentatif).
(Reuters, AFP 19.4 / AFP 20.4 / El Watan 22.4) Le président Bouteflika a prêté serment sur le Coran le 19 avril pour entamer officiellement son deuxième mandat quinquennal à la tête de l'Etat, alors que le même jour, son rival malheureux lors de l'éléction présidentielle, Ali Benflis, démissionnait de son poste de Secrétaire général du FLN.
Abdelaziz Bouteflika a, dans un discours prononcé après sa prestation de serment, placé son m,andat sous le signe du combat contre l'exclusion et la pauvreté, et évoqué au nombre des grands défis à relever : le chômage, l'économie souterraine, la dépendance de l'économie algérienne à l'égard des hydrocarbures. Il s'est engagé à réformer l'économie, notamment en modernisant le système bancaire et en levant les obstacles à l'investissement.
Après avoir entamé son deuxième mandat, Abdelaziz Bouteflika a reconduit Ahmed Ouyahia à la tête du gouvernement, en le priant de former une nouvelle équipe gouvernementale, plus resserrrée, chargée d'entreprendre les réformes souhaitées par le président. Ahmed Ouyahia a immédiatement entrepris les concultations pour former son nouveau gouvernement.
Quant à Ali Benflis, il a annoncé son départ lors d'une séance extraordinaire du Comité central du FLN. Le Bureau politique du parti a également démissionné en bloc. Une commission provisoire a été mise sur pied pour expédier les affaires courantes préparer un congrès du parti, qui désignera une nouvelle direction. Ce congrès correspond à l'une des principale revendications du mouvement des "redresseurs" du FLN, conduits par le ministre des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem. A Constantine, le Maire FLN (pro.Benflis) a démissionné de son mandat, après avoir été sommé de choisir entre celui-ci et son poste de directeur de l'Agence des bassins.
(El Watan 29.4) Revenant dans un entretien à "El Watan" sur l'élection présidentielle du 8 avril, la porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, refuse toujours de dénoncer une "fraude massive" : "Nous ne sommes pas en mesure de dire qu'il y a eu fraude massive à ciel ouvert comme celles vécues en 1997 et en 2002, car il n'y a pas eu utilisation d'armes, ni de violence; les urnes n'ont pas été volées, il n'y a pas eu extinction des lumières à 19 heures, il n'y a pas eu de bulletin recto-verso", constate Louisa Hanoune, qui ajoute cependant que "des choses anormales se sont produites" et que les résultats annoncés "ont soulevé des inquiétudes légitimes", du point de vue du multipartisme. En outre, le doute subsiste sur le taux de participation. Mais que Bouteflika ait bénéficié d'une "tendance majoritaire" était prévisible, et s'explique par "la peur d'une instabilité et d'un lendemain incertain". Et finalement, "le peuple algérien (...) est sorti vainqueur" de l'élection, en votant "pour l'intégrité du pays" et contre "le découpage du pays en territoires ou en régions, contre les textes de lois imposés par les institutions financières internationales". Louisa Hanoune réitère en outre l'opposition du PT à la constitutionnalisation de tamazight par référendum, mais également à la création de zones franches, aux privatisations et aux dénationalisations, et à la révocation des élus locaux et régionaux en Kabylie. Le PT se prononce également pour l'abrogation du Code de la famille, et pour la dissolution de l'Assemblée nationale.
(Le Matin 5.5) Revenant sur l'élection présidentielle dans un entretien au "Matin", Djamel Zenati, conseiller du président du Front des forces socialistes Hocine Aït Ahmed, et animateur du Mouvement culturel berbère-Commissions nationales, estime que "ce scrutin ressemble à tout sauf à une élection", et qu'il est "l'aboutissement d'une grande opération politico-idéologique élaborée et mise en oeuvre depuis des années par les décideurs et leurs sous-traitant". Ce qui est recherché est "une conquête totale et définitive du pays", et parler aujourd'hui en Algérie de "gouvernants n'a plus tellement de sens. On a l'impression d'avoir affaire à des nouveaux colons", qui ont brandi le péril islamiste pour justifier le renoncement à la démocratie, qui ont utilisé le "contreterrorisme (pour) casser les ressorts démocratiques de la société", et ont joué la "carte Bouteflika" pour maintenir en place le système qui permet aux décideurs réels (l'ensemble des "détenteurs (d')une part de pouvoir") de continuer à régner, dans le cadre d'un système où "le pouvoir n'est pas incerné dans des institutions visibles et ne fonctionne pas selon des règles déchiffrables".
(LADDH 29.1 / Quotidien d'Oran 30.1) Un peu plus d'un mois après la signature du projet d'accord d'association entre l'Algérie et l'Union européenne, une délégation européenne est empêchée de se rendre en Algérie du fait du refus de l'ambassade algérienne à Bruxelles d'accorder des visas à deux de ses membres, dont le commissaire européen Chris Patten. La mission de la délégation entrait dans le cadre de l'Initiative européenne pour la démocratie et les droits de l'homme, et elle devait se rendre en Algérie le 26 janvier pour identifier des partenaires indépendants au sein de la société civile afin de déterminer les moyens d'aider le mouvement des droits de l'homme et la démocratisation, par un programme de subventions. La Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH) considère que le refus de visas à des membres de la délégation européenne est une violation du projet d'accord d'association, dont selon son article 2 "le respect des principes démocratiques et des droits fondamentaux de l'homme (...) constitue un élément essentiel". Pour la LADDH, on a là la confirmation que "le pouvoir algérien bafoue non seulement la déclaration universelle des droits de l'Homme mais également ses engagements internationaux".
(Quotidien d'Oran 3.2) Selon une "source diplomatique" évoquée par le "Quotidien d'Oran", l'Algérie n'aurait pas refusé d'accorder des visas aux membres de la délégation européenne devant se rendre à Alger, mais aurait simplement exigé que soient respectés les "délais" que les autorités algérienne se fixent pour "traiter" les dossiers de demandeurs de visas, et que s'applique entre l'Algérie et les pays européens un "principe de réciprocité" dans le traitement des demandes de visas : "Notre ambassafe à Bruxelles n'a jamais refusé de visa à qui que ce soit" affirme la "source diplomatique" du quotidien, mais s'accorde simplement à traiter les demandes de visas de la même manière que sont traitées par les ambassades et consulats étrangers les demandes de visas de ressortissants algériens. En l'ocurrence, la délégation européenne aurait informé les services consulaires algériens que ses experts "se déplaceront pour mettre en oeuvre une résolution du Parlement européen" sur la question des droits de l'homme, à quoi les diplomates algériens auraient répondu que "jusqu'à preuve du contraire, l'Algérie n'est pas membre du parlement européen".
(Le Jeune Indépendant 4.2) La ligue algérienne de défense des droits de l'Homme organisera le 28 février un séminaire sur l'article 2 de l'accord d'association entre l'Algérie et l'Union européenne, article qui stipule que "Le respect des principes démocratiques et des droits fondamentaux de l'homme, tels qu'énoncés dans la déclaration universelle des droits de l'homme, inspire les politiques internes et internationales des parties et constitue un élément essentiel du présent accord."
(FFS, Le Matin 6.2) Le Front des Forces Socialistes a adressé le 6 février une lettre au Parlementaires européens, dans laquelle il proteste contre le refus par les autorités algériennes d'accorder des visas à une mission technique de la Commission européenne, qui devait se rendre en Algérie pour y rencontrer des représentants de la société civile. "En refusant la venue de cette mission, prévue de longue date et inscrite dans le programme EIDHR (European Initiative for Democracy and Human Rights) visant la promotion des droits de l'homme, le pouvoir viole ainsi une disposition importante de l'accord d'association", écrit le FFS, ce qui pour lui confirme l'hostilité du pouvoir "à toute mission indépendante susceptible (...) de lever le voile sur les violations des droits de l'homme", et sa "panique à le seule idée que s'établisse un diagnostic authentique de la situation des droits de l'homme et des libertés politiques, syndicales et associatives en Algérie". Le FFS craint que le refus de visas ait "pour principale raison d'empêcher que la mission de l'UE ne vienne déranger la mise en place (d'une) nouvelle tentative de répression ouverte et féroce" en Kabylie, et demande à l'Union européenne "de dessaisir" du dossier algérien "les technocrates et les personnalités qui ont engagé ce dossier dans le labyrinthe de l'obscurité et d'engager une large consultation en son sein pour envisager toutes les formes de conditionnalités politiques avant la signature définitive de l'accord d'association UE-Algérie". Pour le Premier secrétaire du parti, Ahmed Djeddaï, qui signe la lettre du FFS aux Parlementaires européens, "il est temps d'en finir avec (le) traitement spécifique et ségrégationniste du 'cas algérien', qui a encouragé des années durant les autorités à agir dans l'impunité, à imposer de fausses solutions et de fausses échéances et à refuser aux Algériennes et aux Algériens le droit d'ingérence dans leurs propres affaires. Le Droit d'avoir des droits."
(APS 10.2) L'accord d'association entre l'Algérie et l'Union européenne pourrait être signé en avril prochain, à Valence (Espagne), en marge des travaux de la conférence ministérielle euro-méditerranéenne rassemblant les ministres de Affaires étrangères des 15 Etats membres de l'UE et de doute Etats de la région méditerranéenne, dont l'Algérie. C'est ce qu'a déclaré à l'agence officielle algérienne APS le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem. L'accord serait signé par le ministre et son homologue espagnol, Josep Pique, l'Espagne assumant la présidence semestrielle de l'Union européenne.
Alger, le 29 janvier 2002
Une mission de l'Union Européenne devait se rendre en
Algérie le 26 de ce mois. L'objectif de cette mission était
d'identifier des partenaires de la société civile indépendante
pour tracer avec elle les grands axes d'aide que peut apporter
l'Union Européenne en matière de droits de l'Homme et de
démocratisation à côté des accords d'association.
Il semblerait que l'ambassade d'Algérie à Bruxelles ait refusé
la demande de visa des membres de la délégation
Européenne.
Ce refus, quarante jours après la signature du protocole
d'accord, s'il se confirmait, serait une violation de l'article 2
de l'accord d'association qui stipule : " Le respect des
principes démocratiques et des droits fondamentaux de
l'homme, tels qu'énoncés dans la déclaration universelle des
droits de l'homme, inspire les politiques internes et
internationales des parties et constitue un élément essentiel
du présent accord. " et apporterait la preuve, une fois de
plus, que le pouvoir algérien bafoue non seulement la
déclaration universelle des droits de l'Homme mais
également ses engagements internationaux.
La LADDH condamne avec la plus grande vigueur la
décision du pouvoir qui est en contradiction avec le droit
interne et le droit international et interpelle l'Union
Européenne sur la gravité de la situation des droits de
l'Homme en Algérie.
La Ligue Algérienne de défense des droits de l'Homme
Ali Yahia Abdennour
(Liberté 15.4) L'accord d'association entre l'Algérie et l'Union européenne devrait être signé à l'ouverture de la Conférence ministérielle euro-méditerranéenne de Valence, le 22 avril, annonce-t-on du côté européen. Du côté algérien, le Forum des chefs d'entreprise (qui regroupe les principales entreprises du secteur privé) réitère ses mises en garde et ses inquiétudes : les patrons algériens ne remettent pas en question le principe de l'ouverture commerciale, mais demandent que des "précautions" soient prises pour préserver des entreprises algériennes encore fragile du choc de la concurrence avec des entreprises européennes, et éviter que le marché algérien soit purement et simplement livré en pâture aux opérateurs européens.Le patronat algérien demande également au gouvernement d'assurer une meilleure information sur les enjeux, les contenus et les conditions de l'ouverture à l'Europe.
(AFP 22.4 / Quotidien d'Oran 24.4 / El Khabar 25.4) L'Union européenne ont signé le 22 avril à Valencia (Espagne) un accord d'association (qui doit encore cependant être ratifié par les parlements de chacun des Etats membres de l'UE et par le parlement algérien, ainsi que par le Parlement européen). L'accord entend promouvoir le développement des échanges commerciaux et la coopération, y compris dans la lutte contre le criminalité et le terrorisme. L'accord a été signé en présidence du président Bouteflika et du Premier ministre espagnol Jose Maria Aznar, dont le pays préside actuellement l'UE.Abdelaziz Bouteflika a exprimé l'espoir que cet accord permettra de combattre l'écart de développement entre le nord et le sud de la Méditerranée. "Le Quotidien d'Oran" note cependant que "Sharon et Le Pen (ont gâché) la fête" de la signature de cet accord, que le quotidien dénonce comme consistant à faire que "l'Algérie se présente à la porte de la zone de libre-échange un peu comme un mouton à l'abattoir", livré à la concurrence européenne. De son côté, le Parti des Travailleurs suggère que les assassinats et les attentats à la bombe en Algérie pourraient avoir pour but de "terroriser" la nation algérienne pour "empêcher toute mobilisation en défense de (ses) réalisations", menacées par l'ouverture économique à l'Europe. L'ancien président du Conseil national des privatisations, Abderahmane Mebtoul, estime que la "facture alimentaire" de l'Algérie (la balance des importations et des exportations de produits alimentaires) pourrait s'accroître de 1,7 milliard de dollars, et passer à 4,7 mias, du fait de la suspension du soutien de l'Etat au maintien du prix du blé importé à un niveau plus bas que le prix du marché.
(AAI 29.5 / Liberté 30.5) L'Accord d'association entre l'Algérie et l'Union Européenne sera examiné en juillet par le Parlement européen, a annoncé la députée européenne (française) Yasmine Boudjenah, membre d'une délégation du parlement européen en visite à Alger à l'occasion des élections législatives. Le président du forum des chefs d'entreprises (FCE, organisme patronal), Omar Ramdane, a quant à lui appelé le gouvernement algérien à "rouvrir les négociations avec l'Union européenne", notamment en ce qui concerne "certaines dispositions tarifaires". La réouverture des négociations est effectivement possible, du moins théoriquement, dans la mesure où l'accord n'a encore été ratifié par aucun des parlements européens. Le FCE affirme n'être pas opposé à l'accord lui-même, mais à certaines de ses composantes.
(AP 4.6 / AP, AFP, Le Quotidien d'Oran 5.6 / La Tribune 6.6) A l'issue d'une visite de 24 heures en Algérie, les 4 et 5 juin, une délégation de la "troïka" européenne (composée de représentants du pays présidant l'UE pour six mois, du pays l'ayant présidée auparavant et du pays la présidant ensuite), délégation conduite par le ministre espagnol des Affaires étrangères Josep Pique, et qui comprenait également le ministre danois des Affaires étrangères, Per Stig Moller, et le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, a apporté l'appui de l'UE à l'Algérie en estimant que le dialogue algéro-européen était "positif et transparent", et que même dans la question des droits de l'Homme, l'UE avait constaté "des avancées et des améliorations". Josep Pique a également salué les "efforts de l'Algérie pour atteindre une bonne gouvernance".
Amnesty International, la Fédération internationale des ligues des dorits de l'Homme (FIDH) et le Réseau euro-méditerranéen des droits de l'Homme (REMDH) sont d'un autre avis, et dénoncent l'entretien d'un dialogue en catimini entre Alger et Bruxelles. Le ministre algérien des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem a nié l'existence de tout contacts secrets sur la question des droits de l'Homme entre l'Algérie et l'Europe.
Pour Amnesty International, qui ne voit "aucun signe d'amélioration" réelle de la situation des droits de l'Homme en Algérie, "le secret dans lequel le dialogue entre l'UE et les pays tiers est mené est un sujet de préoccupation pour de nombreux citoyens en Europe, mais plus encore pour des pays comme l'Algérie, où persistent les meurtres, la torture et la détention secrète". Amnesty a adressé une lettre à Javier Solana, Josep Piqué, Per Stig Moeller et Chris Patten, pour leur demander d'interroger leurs interlocuteurs algériens sur les dossiers des droits de l'homme (répression des manifestations en Kabylie, disparitions, pressions sur les militants des droits de l'homme, refus algérien d'accueillir des observateurs internationaux), et de rendre publiques les réponses obtenues.
La FIDH et le REMDH estiment quant à eux qu'il n'est pas possible de décevoir les attentes que les engagements exprimés dans l'accord d'association Algérie-UE ont fait naître chez les Algériens, en "une période où la situation des droits de l'humain en Algérie se caractérise par des violations flagrantes, massives et systématiques des droits de l'Homme". La FIDH et le REMDH demandent que soit assuré "l'accès au territoire algérien des experts des Nations Unies" et des rapporteurs spéciaux sur les exécutions sommaires, la violence contre les femmes, la torture et les disparitions forcées.
La visite de la délégation européenne a donné l'occasion au RCD de s'adresser aux représentants européens, en usant donc de la méthode longuement éprouvée par le FFS depuis des années, et que le RCD, précisément, reprochait au FFS, qu'il accusait de favoriser les "ingérences étrangères" dans des affaires intérieures algériennes. Le président du RCD, Saïd Sadi, a adressé une lettre au ministre espagnol, dénonçant la tentative du pouvoir algérien de faire correspondre l'ouverture économique à une "fermeture politique, de retour en force de la pensée unique et (de) multiplication des pratiques d'agressions flagrantes et caractérisées des droits de l'homme".
Avant la visite de la délégation européenne, l'Algérie avait reçu le 4 juin celle du Premier ministre italien Silvio Berlusconi, qui a eu des entretiens avec le président Bouteflika. Un protocole d'accord sur la conversion en crédits d'investissements de la dette algérienne à l'égard de l'Italie a été signé, ainsi qu'un protocole d'accord de "coopération globale" portant sur des crédits dans les domaines de l'agriculture et de la restauration des monuments.
(El Watan 6.7 / Le Quotidien d'Oran 7.7) L'accord d'association entre l'Algérie et l'Union Européenne devrait être entériné par le Parlement européen (il devra ensuite encore être ratifié par chaque parlement national des Etats membres de l'UE et par le parlement algérien, ce qui pourrait prendre deux ans) lors de la session du 8 au 14 juillet.
La délégation parlementaire européenne qui a séjourné en Algérie du 27 au 31 mai 2002 estime qu'il est nécessaire de mettre en valeur les dimensions des droits humains et de la démocratie dans la débat sur l'accord d'association. Elle recommande également l'iontensification du dialogue politique pour résoudre la crise de Kabylie. La délégation avait rencontré des représentants du gouvernement et du parlement algérien, dont le Premier ministre Ali Benflis, de partis politiques (Louisa Hanoune pour le PT, Saïd Sadi pour le RCD) , des journalistes (qui lui ont fait part de leur pessimisme sur les conséquences de l'accord d'association pour l'économie algérienne), des ONG, des syndicats autonomes (qui ont demandé aux Européens "de ne pas vendre les droits fondamentaux des Algériens pour des réalités économiques") et des représentants des mouvements populaires.
(APS 11.9) La Commission des Affaires étrangères du Parlement européen a adopté le 11 septembre à Bruxelles un rapport invitant le parlement européen à ratifier l'accord d'association entre l'Algérie et l'UE, signé en avril à Valence (Espagne). Pour le rapporteur, le député espagnol Raimon Obiols I Germa, l'accord est "très positif" pour les deux parties, dont il exprime la "convergence d'intérêts". Le député s'est déclaré "très optimiste" quant à la ratification de l'accord, prévue en octobre.
(LADDH) La Commission des affaires étrangères du Parlement européen a voté, le 11 septembre, une résolution sur la conclusion de l'accord d'association avec l'Algérie. Cette résolution, en 25 points,
1. salue le projet du Conseil de conclure un accord d'association euroméditerranéen et espère qu'il sera ainsi possible de donner un élan décisif aux réformes politiques et économiques nécessaires à l'amélioration de la situation économique et sociale du pays;
2. invite le Conseil et la Commission à élaborer sans délai avec l'Algérie des plans et des mesures pour lutter contre le chômage extrêmement élevé, en particulier parmi les jeunes;
3. réaffirme que le respect des droits de l'homme et, notamment, le règlement de la question des disparus et l'abolition de toute forme d'impunité constituent des éléments essentiels du nouvel accord;
4. considère que la levée de l'Etat d'urgence contribuera au développement de l'Etat de droit et donc, au respect des conditions préalables prévues par l'art. 2 de l'accord;
5. invite les autorités algériennes à accéder aux requêtes réitérées de divers rapporteurs spéciaux des Nations Unies (sur les exécutions sommaires, la violence à l'égard des femmes, les tortures, les disparitions forcées et le logement adéquat), de la rapporteuse spéciale de la Commission des droits de l'homme sur le droit à l'éducation ainsi que des ONG internationales, lesquels souhaitent pénétrer librement sur le territoire algérien;
6. demande aux autorités algériennes de poursuivre et d'accentuer leurs efforts pour un plus grand respect des droits fondamentaux, y compris la liberté de la presse, la liberté d'association et la liberté syndicale, conformément aux accords et pactes internationaux auxquels l'Algérie est partie, et souhaite que ce pays procède au plus tôt à la concrétisation des recommandations formulées par les organismes de contrôle des instruments en question;
7. invite instamment les autorités algériennes à adopter et à mettre en oeuvre sans retard des mesures législatives de nature à promouvoir la décentralisation des processus décisionnels ainsi que la diversité linguistique et culturelle au sein de la population du pays;
8. réaffirme la nécessité du retrait des militaires du processus décisionnel ainsi que d'une démilitarisation de la société et d'un renforcement des institutions politiques;
9. invite l'Algérie à accepter l'aide et le soutien de l'Union européenne dans la lutte contre les ravages du terrorisme fondamentaliste et demande au Conseil et à la Commission de combattre l'organisation de ce terrorisme ou son soutien à partir du territoire de l'Union;
10. exprime sa solidarité avec les familles des victimes et l'ensemble du peuple algérien; condamne une nouvelle fois le terrorisme sous toutes ses formes et renouvelle son soutien à la convocation d'une conférence internationale sous l'égide des Nations unies, l'objectif étant la signature d'une convention générale sur le terrorisme, et encourage d'ici là les autorités algériennes à signer, ratifier et appliquer sans plus tarder tous les traités internationaux de lutte visant à lutter contre ce fléau et la criminalité organisée, dans le respect scrupuleux des principes démocratiques et des droits fondamentaux énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l'homme;
11. déplore que le texte de l'accord ne contienne aucune référence explicite au dialogue interparlementaire et aux relations entre lui-même et l'Assemblée populaire nationale algérienne, élue le 30 mai dernier, et espère que la mise sur pied de l'assemblée parlementaire euroméditerranéenne proposée à Valence assurera le suivi de l'accord d'association et conférera à celui-ci une légitimité démocratique sans faille;
12. soutient le rôle de la société civile et de ses associations dans la perspective de la paix et de la démocratie dans leur pays et encourage leurs relations avec la société civile et les associations européennes et internationales;
13. invite le Conseil, les États membres et la Commission à promouvoir des politiques d'immigration et d'asile respectueuses des droits humains, fondées sur la liberté de circulation des personnes et l'amélioration du droit d'asile, qui soient compatibles avec, d'une part, les dispositions du nouvel accord sur la libre circulation des personnes et, d'autre part, les droits acquis des 3,5 millions et plus d'immigrés d'origine algérienne vivant sur le territoire communautaire qui doivent bénéficier de l'égalité de traitement en matière de droits économiques, sociaux et culturels;
14. demande à la Commission et au Conseil de faire tout ce qui est possible pour que l'accord d'association permette l'amélioration de la situation économique et sociale du peuple algérien et, en particulier, de sa jeunesse;
15. exprime son inquiétude au sujet de la corruption dans différents secteurs en Algérie et demande aux autorités algériennes et à la Commission de prendre toutes les mesures possibles pour prévenir et enrayer ce phénomène, notamment dans la perspective de l'ouverture des marchés prévue par l'accord, et de mettre en place des mécanismes de contrôle;
16. demande à l'Assemblée populaire nationale d'abolir la peine de mort et d'instaurer au plus vite un cadre juridique juste et équitable dans des domaines aussi essentiels que le statut de la femme (avec notamment la révision du code de la famille qui bafoue les droits des femmes), le droit familial et la réforme de l'éducation;
17. invite les autorités algériennes à trouver une solution à la crise kabyle en entamant des poursuites judiciaires à l'encontre des responsables de la répression, et en prenant en compte les revendications citoyennes en matière de démocratie, de droits économiques et sociaux, ainsi que de reconnaissance de la langue et de la culture "amazigh";
18. invite la Commission à contribuer au développement de coopérations dans le domaine des services publics (transports, énergie, télécommunications, éducation, santé) afin de mieux répondre aux besoins de la population algérienne;
19. invite aussi les autorités algériennes à améliorer la législation pénitentiaire du pays et faire en sorte que l'indépendance réelle de la justice corresponde aux normes internationales, dans le but de consolider l'État de droit dans le pays;
20. invite la Commission à garantir la participation des associations indépendantes, sans intervention des autorités algériennes, à l'élaboration et à la mise en œuvre des programmes euro-méditerranéens, notamment les programmes MEDA-démocratie;
21. est d'avis que tous les signataires de la déclaration de Barcelone doivent s'engager à mettre en œuvre des mesures concrètes pour développer et réaliser tous les aspects du partenariat; invite instamment toutes les parties, dans ce contexte, à définir des mécanismes clairs pour mettre en œuvre l'article 2 de l'accord d'association;
22. demande au Conseil et à la Commission de mettre en place des mécanismes pour un dialogue structuré et une évaluation régulière du respect de l'article 2 par toutes les parties à l'accord, y compris lui-même, l'Assemblée populaire nationale et la société civile algérienne; ce dialogue politique se concrétisera par la création d'un groupe de travail composé de représentants des deux parties à l'accord d'association UE-Algérie et ayant pour mission d'élaborer un plan d'action afin d'oeuvrer pour le respect des droits de l'homme et la démocratisation et d'évaluer la situation à cet égard, conformément à l'article 2 de cet accord; le plan d'action comportera des objectifs spécifiques susceptibles d'être atteints progressivement par les autorités algériennes;
23. invite le Conseil et la Commission à envoyer des observateurs lors des prochaines élections locales (octobre 2002), pour contribuer à garantir la liberté et l'équité du scrutin, ce qui pourrait aider à rétablir l'autorité des administrations locales;
24. demande à la Commission de prendre tous les éléments mentionnés dans cette résolution comme point de référence à l'évaluation future du respect de la clause des droits de l'homme et demande à la Commission d'élaborer un rapport annuel sur cette question en particulier dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen;
25. charge son Président de transmettre la présente résolution à la Commission et au Conseil, ainsi qu'au gouvernement et à l'Assemblée populaire nationale d'Algérie.
(L'Actualité, El Watan, Le Quotidien d'Oran, Le Jeune Indépendant 3.10) Quatre ONG internationales de défense des droits humains (Amnesty International, la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme, Human Rights Watch et le Réseau euro-méditerranéen des droits de l'Homme) ont adressé aux parlementaires européens une lettre les invitant à soutenir (mais en la renforçant) la résolution que leur propose la commission des Affaires étrangères du parlement européen, résolution qui vise à renforcer la défense et la promotion des droits de l'Homme dans le cadre de la conclusion de l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Algérie. Les quatre ONG, pour qui "approuver l'accord sans préciser les mesures concrètes devant être prises (en matière de droits humains) risque de réduire l'article 2 à un voeu pieux", dénoncent l'absence d'invitation algérienne aux rapporteurs des Nations Unies sur les exécutions extra-judiciaires et la torture à se rendre en Algérie, alors que ces rapporteurs l'ont depuis longtemps demandé. Elles dénoncent également le manque de précision des mécanismes d'évaluation du respect des droits de l'Homme en Algérie, l'absence d'"enquêtes exhaustives, indépendantes et impartiales" sur les "disparus", et le maintien de l'état d'urgence. Elles soutiennent l'appel des parlementaires européens à mener la lutte antiterroriste en respectant les droits de l'homme, et rappellent que "de graves violations des droits de l'homme continuent d'être perpétrées dans l'impunité en Algérie". Les quatre ONG demandent aux parlementaires de renforcer la résolution qui leur est proposée en y intégrant un appel aux autorités algériennes à établir une "commission d'enquête indépendante et impartiale" sur les "milliers d'assassinats, de disparitions, de cas de torture et autres violations des droits de l'homme perpétrées depuis 1992 par les forces de sécurité, des milices gouvernementales armées et d'autres groupes armés".
L'accord d'association devrait être adopté le 9 ou le 10 octobre par le Parlement européen. Pour entrer en vigueur, il devra cependant ensuite être encore ratifié par le parlement de chacun des quinze Etats membres.
Le 30 septembre 2002 Aux Membres du Parlement européen RE: Vote du PE sur l'Accord d'association euro-méditerranéen avec l'Algérie
Madame, Monsieur,
Les 9 et 10 octobre, le Parlement européen s'apprête à voter
l'Accord d'association euro-méditerranéen avec l'Algérie. En
donnant son assentiment, le Parlement européen s'attend à
ce que le gouvernement algérien respecte son engagement,
en vertu de l'article 2 de l'Accord, à traiter les principes et
droits fondamentaux comme des éléments essentiels de
l'Accord.
Approuver l'Accord sans préciser les mesures concrètes
devant être prises risque de réduire l'article 2 à un voeu
pieu, à une période où de graves violations des droits de
l'Homme continuent d'être perpétrées dans l'impunité en
Algérie.
C'est pourquoi les organisations de défense des droits de
l'Homme signataires appellent le Parlement européen à
adopter le projet de résolution, B 5-0000/2002, approuvé par
son Comité des Affaires Etrangères et explicitant des
mesures spécifiques devant être prises par le gouvernement
algérien pour tenir ses engagements en matière de droits de
l'Homme, ainsi que des mécanismes visant à évaluer
périodiquement le respect de l'article 2. Afin d'appuyer cette
résolution sur les droits de l'Homme, nous recommandons
que celle-ci soit citée dans la résolution ratifiant l'Accord
d'association.
Les organisations signataires souhaitent souligner
l'importance des points suivants, tirés du projet de
résolution du Comité des Affaires Etrangères :
1) Préciser des mécanismes d'évaluation (Article 22 du
projet de résolution)
Nous nous félicitons que la résolution demande
l'instauration de mécanismes visant à assurer une
surveillance régulière de l'application de l'article 2. Nous
recommandons que le Parlement européen contribue à ce
processus en s'engageant à convoquer des audiences
annuelles, conjointement avec le Conseil et la Commission,
avant la réunion des Conseils d'association.
2) Soutenir les droits de l'Homme, la société civile et la
lutte contre l'impunité
Le projet de résolution insiste à juste titre sur la nécessité
pour le gouvernement algérien de poursuivre ses efforts
pour améliorer ses procédures de défense et de protection
des droits de l'Homme et permettre à la société civile de
s'épanouir. Il reconnaît également que l'impunité demeure
un obstacle majeur au rétablissement de l'Etat de droit. Nous
vous encourageons à apporter votre soutien aux articles du
projet de résolution allant dans ce sens, notamment les
articles 6, 16 et 22.
3) Permettre l'accès aux mécanismes thématiques des
Nations Unies et aux ONG internationales
Nous soutenons entièrement l'article 5 du projet de
résolution, qui demande l'accès à l'Algérie pour les
mécanismes thématiques des Nations Unies ainsi que pour
les ONG internationales de défense des droits de l'Homme.
À la lumière des déclarations faites le 9 septembre par le
Ministre algérien des Affaires Etrangères Abdelaziz
Belkhadem devant le Comité des Affaires Etrangères, selon
lequel l'Algérie avait toujours répondu favorablement aux
demandes des mécanismes des droits de l'Homme des
Nations Unies et accueilli des ONG internationales en 2000,
2001 et 2002, nous souhaitons vous rappeler que :
- Les autorités algériennes ont manqué à coopérer
effectivement avec les mécanismes des droits de l'Homme
des Nations Unies. Le Groupe de travail des Nations Unies
sur les Disparitions Forcées, qui avait demandé en 2000 à
aller en Algérie, n'a toujours pas obtenu l'autorisation de s'y
rendre. De même, les demandes faites de longue date par le
Rapporteur Spécial des Nations Unies sur les exécutions
extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires et le Rapporteur
Spécial des Nations Unies sur la torture n'ont pas non plus
débouché sur des invitations à se rendre en Algérie.
- Dans les cinq dernières années, des visas n'ont été que
rarement accordés aux ONG de défense des droits de
l'Homme, notamment Amnesty International, Human Rights
Watch, la Fédération Internationale des Droits de l'Homme
(FIDH) et Reporters sans Frontières, pour leur permettre
d'effectuer des visites d'enquête officielles en Algérie. Le
gouvernement algérien devrait modifier ses règles pour
permettre aux organisations internationales un accès régulier
à l'Algérie aux fins de rassembler et échanger des
informations en matière de droits de l'Homme.
4) Aborder le problème des " Disparitions " (Article 3 du
projet de résolution)
Nous nous félicitons que le Parlement européen réaffirme
que le respect des droits de l'Homme, y compris " la
résolution du dramatique problème des disparitions et
l'élimination de toutes les formes d'impunité, est un élément
essentiel de l'accord d'association ". A cette fin, l'article 3
devrait être amendé en vue d'appeler les autorités
algériennes à établir une commission d'enquête
indépendante et impartiale pour enquêter sur les milliers
d'assassinats, de " disparitions ", de cas de torture et autres
violations des droits de l'Homme perpétrées depuis 1992 par
les forces de sécurité, des milices gouvernementales armées
et d'autres groupes armés. Le Parlement européen devrait
également appeler les autorités algériennes à rendre public
les méthodes, découvertes et conclusions de toutes les
enquêtes prétendument menées, à préciser quelles mesures
complémentaires ont été prises en conséquence, et enfin, à
traduire en justice toute personne raisonnablement suspectée
d'être responsable de violations des droits de l'Homme dans
le respect des normes internationales de procès équitable.
Encore une fois, à la lumière des déclarations faites le 9
septembre par le Ministre des Affaires Etrangères
Belkhadem devant le Comité des Affaires Etrangères,
prétendant que des cas de " disparitions " faisaient l'objet
d'un examen par le Ministère de la Justice, que l'Algérie
avait créé un bureau chargé des " disparitions ", et que les
résultats de l'enquête en cours seraient transmis au
Président, nous souhaitons vous rappeler que :
- Les autorités algériennes ont jusqu'à présent négligé
d'entreprendre les enquêtes exhaustives, indépendantes et
impartiales nécessaires afin de s'attaquer au problème. Les "
clarifications " qu'elles donnent se basent en général
seulement sur les réponses inadéquates fournies par les
forces de sécurité impliquées dans les disparitions.
- Les autorités algériennes ont également négligé de mettre
en oeuvre les recommandations clés faites en août 1998 par
le Comité des droits de l'Homme des Nations Unies,
explicitant comment l'Algérie devrait s'attaquer au problème
des " disparitions ".
- Les bureaux qui ont été établis à travers le pays pour
recevoir les plaintes de " disparitions " n'ont produit que de
faibles, voire aucun, résultats tangibles pour les familles de "
disparus ". Ces bureaux sont par leur nature même source
de problèmes, puisque sur le plan administratif, ils font
partie du Ministère de l'Intérieur, alors que les forces armées
de cette institution sont soupçonnées d'avoir enlevé nombre
des personnes signalées comme ayant " disparues ".
5) Mettre fin à l'Etat d'urgence (Article 4 du projet de
résolution)
Nous vous appelons à soutenir l'article 4 qui demande la
levée de l'Etat d'urgence. Nous encourageons le PE à presser
les autorités algériennes à réviser la législation adoptée à la
suite de la proclamation de l'Etat d'urgence, afin de la rendre
conforme aux normes internationales des droits de
l'Homme. Après que l'Etat d'urgence ait été proclamé en
1992, un décret " anti-terroriste " avait été publié en
septembre 1992 qui, entre autres choses, prolongeait la
durée limite pendant laquelle les forces de sécurité
pouvaient détenir des suspects en garde à vue avant qu'ils ne
comparaissent devant un juge, la faisant passer d'un
maximum de deux à douze jours.
La législation adoptée en 1995 a introduit dans le Code pénal
et le Code de procédure pénale un grand nombre des
dispositions inacceptables de ce décret " anti-terroriste ",
transformant ainsi un décret d'urgence en législation
permanente. Ces amendements, ainsi que d'autres par la
suite, ont eu un profond retentissement sur la situation des
droits de l'Homme en Algérie.
6) Lutter contre le " terrorisme " dans le respect des
droits de l'Homme (Article 10 du projet de résolution)
Nous nous félicitons que le Parlement insiste sur le fait que
des mesures prises pour lutter contre le " terrorisme "
doivent se conformer aux principes fondamentaux des
droits de l'Homme. Dans ce contexte, le Parlement européen
devrait demander au Conseil et à la Commission de prendre
des actions immédiates afin d'assurer que des mesures prises
dans le cadre du " contre-terrorisme " en Algérie respectent
les normes internationales de droits de l'Homme, comme le
requiert le texte de l'Accord d'association.
Le PE devrait s'engager à assurer que toute coopération de
l'Union européenne avec l'Algérie en matière de lutte contre
le " terrorisme " se fasse dans le respect des normes de
droits de l'Homme reconnues internationalement, et
demander au Conseil et à la Commission de garder la même
vigilance.
7) Aborder la crise en cours en Kabylie (Article 17 du
projet de résolution)
A la suite de la mort d'une centaine de civils non armés tués
depuis avril 2001 lors de manifestations et de troubles,
notamment en Kabylie, le Parlement européen devrait
demander explicitement aux autorités algériennes de garantir
la tenue d'enquêtes rapides, exhaustives et indépendantes sur
toutes les violations du droit à la vie, ainsi que la poursuite
en justice de tous les criminels présumés dans le respect des
normes internationales de procès équitable.
Nous nous félicitons que le Parlement européen ait
l'intention de peser d'un plus grand poids dans les relations
UE-Algérie à venir. Une résolution politique forte constitue
une première étape importante dans ce processus. Nous
pensons également que la proposition de renforcer le
langage du projet de résolution servira de base à un contrôle
parlementaire effectif de l'application de l'article 2 par le
Conseil et la Commission.
Depuis l'entrée en vigueur en 1998 du premier Accord
d'association euro-méditerranéen de l'UE, il est devenu clair
que les nobles sentiments exprimés dans l'article 2 exigent
des références explicites et des mécanismes d'évaluation,
s'ils veulent faire l'objet d'une mise en oeuvre significative.
En approuvant les mesures proposées ci-dessus, le
Parlement européen montrera son engagement à atteindre
cet objectif, non seulement par rapport à l'Algérie, mais par
rapport à tous ses partenaires méditerranéens.
Nous vous prions d'agréer, Madame la députée, Monsieur le
député, l'expression de nos salutations distinguées.
Dick Oosting
Directeur
Bureau UE d'Amnesty International
Marc Schade-Poulsen
Directeur exécutif
Réseau euro-méditerranéen des droits de l'Homme
Driss El-Yazami
Secrétaire Général
FIDH (Fédération Internationale des droits de
l'Homme)
Hanny Megally
Directeur exécutif, Bureau Moyen-Orient et Afrique du
Nord
Human Rights Watch
(El Watan 6.10) Le porte-parole du Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie (MAK), Ferhat M'henni, a adressé au Parlement européen un appel à surseoir à l'examen et au vote de l'accord d'association entre l'UE et l'Algérie, pour ne pas cantionner le "génocide" perpétré par le pouvoir en Kabylie.
(Corr) Plusieurs ONG et associations, algériennes et étrangères, ont exprimé leur soutien à la démarche d'Amnesty, de HRW, de la FIDH et du Réseau euro-méditerranéen.
(L'Actualité 13.10) Le Parlement européen a adopté à une très large majorité, le 10 octobre, la résolution que lui proposait sa Commission des Affaires étrangères, avec quelques amendements proposés par le "Parti Populaire Européen" (c'est-à-dire la démocratie-chrétienne). Le Parlement européen a également adopté l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Algérie -l'accord devant maintenant être ratifié par les parlements de chacun des 15 Etats de l'Union.
Dans la résolution adoptée par le Parlement, plusieurs passages diffèrent du texte initial proposé par la Commission : un passage dénonçant "l'inaptitude des institutions (algériennes) à satisfaire les besoins de la société algérienne" et constatant le "climat de révolte et de désobéissance (civile) qui règne en Kabylie" a été supprimé, de même qu'une référence aux "groupes terroristes", aux "milices paramilitaires" et à l'"armée" en tant que coupables de "violations des droits de l'homme". Le constat que l'état d'urgence conditionne toujours "l'exercice de toutes les libertés et droits fondamentaux", en particulier "la liberté d'association, de manifestation et de grève", soumise à la "discrétion des militaires", a également été supprimé. La mention de la préoccupation du Parlement européen à propos des "menaces qui pèsent sur la liberté de la presse depuis la réforme du code pénal adoptée en 2001" et la demande d'une "démilitarisation de la société" ont été gommées. En revanche, ont été ajoutés un texte sur la défense des droits "des 3,5 millions et plus d'immigrés d'origine algérienne vivant sur le territoire communautaire", une demande à la Commission européenne et au Conseil européen "de procéder à une évaluation régulière des conséquences économiques, sociales et environnementales de la mise en oeuvre de l'accord d'association", et une invitation aux autorités algériennes "à trouver une solution à la crise kabyle en entamant des poursuites judiciaires à l'encontre des responsables de la répression" (par contre, la référence aux "revendications citoyennes en matière de démocratie, de droits éàconomiques et sociaux, ainsi que de reconnaissance de la langue et de la culture amazighes" a été supprimée. Enfin, le Parlement a renoncé à demander la création d'un "groupe de travail composé de représentants des deux parties de l'accord d'association (...) et ayant pour mission d'élaborer un plan d'action afin d'oeuvrer pour le respect des droits de l'Homme et la démocratisation du pays et d'évaluer la situation", ainsi qu'à demander à la Commission d'élaborer un "rapport euroméditerranéen".
Accord d'association CE/Algérie
Proposition de décision du Conseil concernant la conclusion de l'accord euroméditerranéen établissant une association entre la Communauté européenne et ses Etats membres, d'une part, et la République algérienne démocratique et populaire, d'autre part.
Doc.: A5-0299/2002 Procédure : Avis conforme Vote : 10.10.2002 Proposition de résolution sur la conclusion d'un accord d'association avec l'Algérie Doc.: B5-0489/2002 Vote : 10.10.2002
Le Parlement européen a adopté la résolution législative proposée par M. Raimon OBIOLS I GERMA (PSE, E) donnant ainsi son avis conforme à la conclusion de l'accord euroméditerranéen d'association entre la CE, les Etats membres, et la République algérienne démocratique et populaire.
Parallèlement, les députés européens ont adopté (458 pour, 10 contre, 20 abstentions) une résolution sur la conclusion de cet accord d'association, et qui avait été présentée par M. Elmar BROK (PPE-DE, D) au nom de la commission des affaires étrangères. Dans ce texte, le Parlement européen explicite sa position et ses attentes vis-à-vis de l'accord d'association ainsi que de son suivi ultérieur.
Saluant le projet du Conseil de conclure un tel accord, les députés européens ont tenu à réaffirmer leur attachement au respect des droits de l'homme en Algérie, demandant aux autorités algériennes d'abolir la peine de mort, d'améliorer la législation pénitentiaire et le statut des femmes, de trouver une solution à la crise kabyle en entamant des poursuites judiciaires à l'encontre des responsables de la répression et de consolider l'Etat de droit dans le pays. Le règlement de la question des disparus et l'abolition de toute forme d'impunité constituent des éléments essentiels du nouvel accord, de même que les dispositions sur la libre circulation des personnes et les droits acquis par les immigrés légaux d'origine algérienne. Enfin, les autorités algériennes sont invitées à accéder aux requêtes des ONG internationales qui souhaitent avoir accès au territoire algérien. De manière générale, la résolution affirme la nécessité du retrait des militaires du processus décisionnel et d'un renforcement des institutions politiques.
Estimant que la levée de l'état d'urgence contribuerait au développement de l'Etat de droit, et donc au respect des conditions préalables prévues par l'article 2 de l'accord sur le respect des droits de l'homme, les parlementaires ont instamment invité tous les signataires de la déclaration de Barcelone à accélérer la mise en œuvre de cet article par la définition de mécanismes clairs, tout en préconisant l'adoption de mesures concrètes pour développer et réaliser tous les aspects du partenariat.
Le projet de résolution adopté invite la Commission à garantir la participation des associations indépendantes à la mise en œuvre des programmes euroméditerranéens, et à prendre les éléments de cette résolution comme point de référence à l'évaluation future du respect de la clause des droits de l'homme.
Les députés européens déplorent que le texte de l'accord ne fasse référence au dialogue interparlementaire, mais espèrent que la mise sur pied de l'assemblée parlementaire euroméditerranéenne proposée à Valence assurera le suivi de l'accord d'association. Ils demandent aussi à la Commission de procéder à une évaluation régulière des conséquences économiques, sociales et environnementales de la mise en oeuvre de l'accord.
EUROPARLEMENT 12 septembre 2002 RECOMMANDATION
sur la proposition de décision du Conseil concernant la conclusion de l'accord euro-méditerranéen établissant une association entre la Communauté européenne et ses Etats membres, d'une part, et la République Algérienne Démocratique et Populaire, d'autre part
(10819/2002 - COM(2002) 157 - C5-0362/2002 - 2002/0077(AVC))
Commission des affaires étrangères, des droits de l'homme, de la sécurité commune et de la politique de défense PROJET DE RÉSOLUTION LÉGISLATIVE EXPOSÉ DES MOTIFS
Par lettre du 22 juillet 2002, le Conseil a demandé l'avis conforme du Parlement, conformément à l'article 300, paragraphe 3, deuxième alinéa, en liaison avec l'article 310 du traité CE, sur la proposition de décision du Conseil concernant la conclusion de l'accord euro-méditerranéen établissant une association entre la Communauté européenne et ses Etats membres, d'une part, et la République Algérienne Démocratique et Populaire, d'autre part (10819/2002 - COM(2002) 157 - 2002/0077(AVC)).
Au cours de la séance du 2 septembre 2002, le Président du Parlement a annoncé qu'il avait renvoyé cette proposition, pour examen au fond, à la commission des affaires étrangères, des droits de l'homme, de la sécurité commune et de la politique de défense (C5-0362/2002).
Au cours de sa réunion du 29 septembre 1999, la commission des affaires étrangères, des droits de l'homme, de la sécurité commune et de la politique de défense avait nommé Raimon Obiols i Germà rapporteur.
Au cours de ses réunions du 28 mai, 10 juillet, 10 et 11 septembre 2002, la commission a examiné la proposition de décision du Conseil ainsi que le projet de recommandation. Au cours de la dernière de ces réunions, elle a adopté le projet de résolution législative à l'unanimité avec 5 abstentions.
Étaient présents au moment du vote Elmar Brok (président), Baroness Nicholson of Winterbourne (vice-présidente), Christos Zacharakis (vice-président), Raimon Obiols i Germà (rapporteur), Ole Andreasen, Alexandros Baltas, Bastiaan Belder, Véronique De Keyser, Rosa M. Díez González, Hélène Flautre (suppléant Joost Lagendijk), Pernille Frahm (suppléant André Brie), Michael Gahler, Per Gahrton, Jas Gawronski, Alfred Gomolka, Giorgos Katiforis (suppléant Glyn Ford), Efstratios Korakas, Catherine Lalumière, Pedro Marset Campos, Hugues Martin, Hans Modrow (suppléant Sami Naïr), Pasqualina Napoletano, Arie M. Oostlander, Elena Ornella Paciotti (suppléant Magdalene Hoff, conformément à l'article 153, paragraphe 2, du règlement), Doris Pack (suppléant Gunilla Carlsson), Jacques F. Poos, Jannis Sakellariou, José Ignacio Salafranca Sánchez-Neyra, Jacques Santer, Amalia Sartori, Jürgen Schröder, Ioannis Souladakis, The Earl of Stockton (suppléant John Walls Cushnahan), Ilkka Suominen, Hannes Swoboda, Charles Tannock, Bob van den Bos, Karl von Wogau et Matti Wuori.
La recommandation a été déposée le 12 septembre 2002.
Résolution législative du Parlement européen concernant la conclusion de l'accord euro-méditerranéen établissant une association entre la Communauté européenne et ses Etats membres, d'une part, et la République Algérienne Démocratique et Populaire, d'autre part (10819/2002 - COM(2002) 157 - C5-0362/2002 - 2002/0077(AVC))
Le Parlement européen,
- vu la proposition de décision du Conseil (COM(2002) 157)(1),
- vu le projet d'accord euro-méditerranéen d'association entre la Communauté européenne et ses Etats membres, d'une part, et la République Algérienne Démocratique et Populaire, d'autre part (10819/2002)(2),
- vu la demande d'avis conforme présentée par le Conseil conformément à l'article 300, paragraphe 3, deuxième alinéa, en liaison avec l'article 310 du traité CE (C5-0362/2002),
- vu l'article 86 et l'article 97, paragraphe 7, de son règlement,
- vu la recommandation de la commission des affaires étrangères, des droits de l'homme, de la sécurité commune et de la politique de défense (A5-0299/2002),
Depuis plus d'une décennie, l'Algérie se débat contre une situation particulièrement difficile.Les élections de décembre 1991, dont le taux d'abstention fut de 40 %, ont donné la victoire au premier tour aux islamistes du FIS. La démission du président Bendjedid, l'interruption du processus électoral, la dissolution et la poursuite du FIS, la montée du terrorisme intégriste sont autant de faits qui ont marqué l'avènement d'une période sanglante et noire de confrontation civile, qui a entraîné la mort de plus de plus de 100 000 personnes, avec des épisodes particulièrement odieux de terrorisme et d'assassinats. Ni les tentatives de négociation entreprises au niveau politique pour rétablir la paix, ni des initiatives comme la loi de concorde civile, ni les divers processus électoraux auxquels ont participé les groupes islamistes n'ont pu rétablir pleinement la paix ni rouvrir totalement le champ politique.
Cette crise que traverse l'Algérie n'est pas uniquement la conséquence des événements de 1991, de la persistance d'un terrorisme intermittent, ou des difficultés que présente l'ouverture du champ politique. À ces problèmes viennent s'ajouter les répercussions de la situation économique et sociale.
L'Algérie se trouve dans une phase de transition axée sur la conversion de ses structures économiques et politiques, résultat d'une économie centralisée ancrée dans un régime de parti unique, vers un régime politique fondé sur le multipartisme et une économie de marché. Il s'agit là d'un processus complexe et difficile.
Les mesures adoptées par le gouvernement algérien au cours des dernières années ont eu un effet positif sur les paramètres macroéconomiques. Mais 97 % des exportations continuent à provenir du secteur pétrolier. Les mesures nécessaires à la réduction de la dette extérieure requièrent une utilisation de 30 % de ces revenus. Il est incontestable que ce service de la dette exerce une influence négative sur les capacités d'investissement, de développement et de diversification de l'économie, sur la création d'emplois et le développement de services éducatifs et de sécurité sociale. Pour la population algérienne, il est difficile de comprendre ce manque d'investissements dans un pays aussi riche en hydrocarbures. Dans cette situation, des voix s'élèvent, au niveau politique et au niveau de la société civile, pour affirmer que le manque d'investissements au plan interne résulte davantage de la corruption et de la mauvaise gestion que d'impératifs économiques externes, et que le terrorisme persistant a encouragé et recouvert ces mauvaises pratiques. Globalement, la conduite des forces armées au cours du conflit prolongé qu'a connu l'Algérie a été sévèrement critiquée par certains secteurs de l'opinion publique algérienne et de la communauté internationale. Bien que la version officielle des faits s'attache à nier toute responsabilité des forces armées ou autres autorités, il existe des associations de familles de personnes disparues et d'autres organisations qui affirment que non loin de 7 000 personnes ont disparu, et qui détiennent les preuves d'une participation de la police et de l'armée.
L'Algérie connaît un taux de chômage extrêmement élevé (près de 30 % selon les chiffres officiels) et la majorité des chômeurs sont des jeunes. Ce mécontentement de la population donne lieu à des tensions sociales, qui ont culminé dans les événements de Kabylie du printemps 2001. Suite à la mort d'un étudiant de 18 ans, détenu dans une gendarmerie, des affrontements se sont produits qui ont provoqué plusieurs dizaines de morts et un grand nombre de blessés. Le président Bouteflika a annoncé la création d'une commission d'enquête nationale pour faire la lumière sur ces incidents. Dans son rapport, cette commission indique qu'entre le 22 et le 28 avril, cinquante personnes sont mortes sous les tirs des forces de sécurité. Le rapport est parvenu à la conclusion que la gendarmerie et d'autres forces de sécurité avaient recouru, à plusieurs reprises et de manière extensive, à des armes mortelles. L'indignation suscitée par les incidents de Kabylie s'est muée en un ample mouvement de protestation au sein duquel se sont réunies des revendications sociales et démocratiques et l'exigence d'une reconnaissance de la langue et de la culture "tamazight", les autorités se voyant accuser d'un manque d'attention, voire d'un mépris à l'égard des besoins de la population.
Ceux-ci revêtent un caractère d'urgence: durant longtemps, les investissements publics en matière de logement, d'hygiène, d'infrastructures et de transports ont cédé le pas aux importations de marchandises de base. L'accroissement des revenus des hydrocarbures contraste avec la stagnation et le manque d'investissements que l'on constate dans les secteurs public et privé. Néanmoins, paradoxalement, l'Algérie se trouve aujourd'hui dans une situation suffisamment bonne, sur le plan économique, pour procéder aux réformes structurelles et fiscales nécessaires. Les activités d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures se sont renforcées au cours de la dernière décennie, comme si elles se situaient en marge du conflit algérien, et elles ont attiré d'énormes capitaux de compagnies pétrolières internationales. La demande en gaz algérien a augmenté considérablement en Europe, faisant de celui-ci une ressource stratégique pour l'Europe et pour l'Algérie.
Mais à ce contexte macroéconomique favorable vient se superposer une réalité plus problématique au plan microéconomique. Face à un environnement social et politique marqué par l'insécurité, les investisseurs locaux et extérieurs se méfient. Porter remède à l'insuffisance des investissements locaux et étrangers directs demeure donc un grand défi, qui, pour être relevé, passe par la création de conditions stables, avec des structures autonomes et transparentes, et une véritable concurrence dans les secteurs économiques clés. C'est là la seule manière de libérer l'énorme potentiel économique du pays. Actuellement, la majorité de la population se sent privée des bénéfices de la transition économique.
Ce que veut le gouvernement algérien, et la grande majorité des forces politiques, c'est un renforcement des liens avec l'Union européenne. La négociation de l'accord d'association est considérée comme un pas majeur dans cette direction. Pour des raisons d'ordre économique, social, culturel et historique, les liens avec l'UE sont étroits. L'Europe compte plus de 3,5 millions d'immigrés d'origine algérienne. L'Union européenne a besoin de l'Algérie pour œuvrer conjointement à la création d'une zone de paix, de sécurité et de prospérité en Méditerranée, de même que l'Algérie a besoin de l'Europe pour procéder aux réformes politiques et économiques indispensables, transformer et diversifier ses activités, créer des emplois, améliorer les conditions de vie et rétablir la paix sociale.
Le Parlement européen est impliqué dans la réalité algérienne par un grand nombre d'activités et de liens, fondés sur des critères de respect, d'amitié et d'intérêts partagés. À maintes reprises, il a condamné vigoureusement les attentats terroristes et la violence en Algérie. Il a encouragé les efforts déployés en vue d'instaurer la paix et la démocratie par le biais du dialogue entre les forces démocratiques. Il a dénoncé, chaque fois que cela s'est avéré nécessaire, les violations des droits de l'homme, d'où qu'elles proviennent. Il a encouragé la vitalité croissante de la société civile algérienne et de ses forces démocratiques. Il a incité les autorités algériennes à veiller à préserver la liberté de la presse comme l'un des éléments les plus positifs du patrimoine national. Il a encouragé les responsables algériens à renégocier la dette extérieure. Il a appuyé les réformes visant à dynamiser les investissements économiques au plan intérieur et à améliorer la situation sociale. Il a insisté sur la nécessité d'une économie ouverte et transparente, d'institutions solides et autonomes, élément fondamental pour l'émergence d'une grande nation algérienne démocratique et prospère, et facteur essentiel de stabilité et de paix dans la Méditerranée et dans le processus de création d'une Union du Maghreb arabe, démocratique et sans volonté d'hégémonie.
Il nous faut être conscients que l'Algérie a besoin de l'aide de l'Europe, dans des domaines aussi essentiels que la création de structures institutionnelles autonomes, la restructuration du secteur bancaire et des institutions financières, les programmes de développement en faveur des petites et moyennes entreprises, le développement de secteurs nécessitant une main-d'œuvre abondante comme la pêche et l'agriculture, et le développement des télécommunications et des réseaux de nouvelles technologies.
Mais, chose plus importante encore, nous devons savoir que l'accord d'association, qui établit un lien étroit entre la coopération économique, d'une part, et les garanties démocratiques ainsi que les droits de l'homme, d'autre part, inaugure une nouvelle phase dans les relations avec l'Algérie, phase au cours de laquelle l'UE, sans ingérence, doit se montrer exigeante et efficace dans l'aide qu'elle apporte pour en finir avec le terrorisme et la violence et pour soutenir les aspirations du peuple algérien, qui souhaite vivre en paix au sein d'une économie et d'une démocratie stables.
(Le Matin 23.10) Le ministre du Commerce, Nourredine Boukrouh, a annoncé le 22 octobre que les négociations pour l'adhésion de l'Algérie à l'OMC allaient reprendre à Genève "dans les jours à venir". Ces négociations (leur quatrième round) pourraient commencer à Genève le 28 octobre. "Nous allons à Genève pour négocier les mesures de sauvegarde et de défense de notre économie tout en entrant dans le jeu universel des échanges", a expliqué le ministre, qui a promis que les opérateurs économiques algériens seraient associés aux démarches de son ministère, et qui a annoncé le dépôt en 2003 d'un projet de loi sur le commerce extérieur pour adapter la législation algériennes aux nouvelles données du commerce international et pour "organiser les activités des opérateurs économiques dans la transparence".
(Le Quotidien d'Oran, Le Soir 10.11) L'Algérie devrait reprendre le 11 novembre à Genève les négociations bilatérales avec l'Organisation mondiale du commerce (OMC), et à partir du 15 novembre les négociations multilatérales, dans l'optique de son adhésion à l'OMC. Une cinquantaine de responsables algériens devraient participer à ces négociations, qui dans le cadre bilatéral leur feront notamment rencontrer des représentants israéliens (avec lesquels le ministre du Commerce Nouredine Boukrouh a assuré qu'il n'y aurait que "des discussions d'ordre commercial et non politique"). La négociation multilatérale verra la participation, côté algérien, du Secrétaire général de l'UGTA, Abdelmadjid Sidi Saïd et du président du Forum des chefs d'entreprise, Omar Ramdane. L'adhésion de l'Algérie à l'OMC devrait être soutenue par les pays européens, après l'approbation de l'accord d'association entre l'Union Européenne et l'Algérie, et par les Etats-Unis.

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