Algérie : chronique politique 1996 à 2000



Chronique politique

Mise à jour : 13 juillet 2002
©Pascal Holenweg, Genève, 2002






chronique politique 2001 ad libitum
Les élections législatives du 5 juin 1997
Les élections locales du 23 octobre 1997
L'appel de février 1997 pour la paix, contre la guerre civile
La politique de "concorde civile&Quot;
Le vote référendaire du 16 septembre 1999


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Chronique politique


Années 1996, 1997 et 1998
1999

(APS, El Watan 17.1) Un groupe de cadres et de militants du mouvement Ennahda, partisans de son "président dissident" Abdallah Djaballah, ont annoncé leur démission collective du mouvement et leur intention de créer un nouveau parti, le "Mouvement de la Réforme Nationale", ou "Mouvement du redressement national". 35 membres du "Madjliss Echoura" (Conseil consultatif) et des représentations des wilayas de l'est algérien. Selon "El Watan", cette annonce pourrait préfigurer celle de la candidature d'Abdallah Djaballah à la présidence de la République, candidature qui ferait de lui "le seul candidat ouvertement islamiste structuré" à briguer ce poste si Mahfoud Nahnah en était empêché par le fait qu'il n'a pas participé à la guerre de libération, contrairement à ce qu'exige pour les candidats de sa génération la constitution algérienne.

(APS, El Watan 29.4) Le groupe parlementaire de l'ancien parti présidentiel RND, réuni le 28 avril, a "retiré sa confiance" à quatre de ses membres, Mokdad Sifi et Nourredine Bahbouh, vice-présidents de l'Assemblée nationale, Bendrihem, vice-président du groupe et Aïssa Nouasri. Mokdad Sifi s'était présenté à la présidence de la République contre Abdelaziz Bouteflika, soutenu par la tendance Ouyahia du RND et Nourredine Bahbouh lui avait apporté son soutien. Selon "El Watan", une dizaine d'élus du RND, "peut-être davantage", devraient quitter les rangs du parti pour "grossir les rangs de l'opposition", réduite à l'Assemblée aux députés du FFS, du Parti des travailleurs et, pour le moment du moins, du RCD (dont cependant des rumeurs disent qu'il pourrait en juillet entrer dans un nouveau gouvernement).

(AP 28.4) Le gouvernement Hamdani, en place depuis le début de l'année, a été reconduit "pour des raisons techniques" par le président Bouteflika le 27 avril, peu après son investiture. Le gouvernement Hamdani restera en place jusqu'au sommet de l'Organisation de l'unité africaine, en juillet à Alger, et sea alors remplacé par une "équipe politique", a précisé le présidnt Bouteflika.

(APS 29.4) Le Parti des travailleurs a réitéré le 28 avril son appel à la tenue d'un "congrès national" en vue de "lancer un appel à la violence", et a demandé au président Bouteflika de "geler la politique économique en cours" et de renoncer à "toute fermeture d'entreprise et tout licenciement".

(APS 3.5, El Watan 4.5) L 'ancien Premier ministre et ex-candidat à l'élection présidentielle Mouloud Hamrouche a annoncé le 2 mai la création "très prochaine" d'une "formation politique (...) en réponse aux aspirations des Algériennes et des Algériens qui se sont reconnus dans (son) programme". Les "thèmes directeurs qui serviront de fondement" à l'action de la nouvelle formation, qui prendra le nom de "Mouvement pour la Liberté" (ML) sont "libertés pour le changement et changement par les libertés", déclare le communiqué de Mouloud Hamrouche, qui considère que "l'élection de Bouteflika n'est qu'un changement de vitrine", que "le même système est toujours en place" et que "le terrorisme a été manipulé (et ) a servi le régime".

(Le Matin 6.5) Une troisième manifestation publique du "groupe des six", prévue le 7 mai, a été interdite le 5 par les autorités algéroises, après deux manifestations précédemment prévues et déjà interdites. Cette troisième interdiction, pour une manifestation, qui aurait du se tenir à la salle Harcha, a été motivée par une instruction du ministère de l'Intérieur interdisant toute manifestation politique dans des espaces "sportifs". Le Front des Forces socialistes a dénoncé une "volonté dliébérée de réduire le champ politique et les libertés". Une nouvelle demande de marche a été déposée pour le 13 mai.

(El Watan 9.5) Le président de l'Assemblée populaire de la wilaya de Béjaïa, M. Naceri (FFS), a été agressé le 6 mai dans la rue à coup de barre de fer. Plusieurs élus du FFS de la wilaya ont fait l'objet d'intimidations et de menaces.

(Le Matin 12.5) De hauts fonctionnaires ont décidé de crééer une association des "Amis du président" Bouteflika afin, selon eux, de barrer la route aux "opportunistes" et de présenter régulièrement au nouveau président des analyses et des suggestions.

(Le Matin, APS 12.5, 15.5) Des rumeurs persistantes font état de l'entrée du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) dans le prochain gouvernement, voire même de la nomination de Saïd Sadi comme Premier ministre. Les responsables du RCD ont déclaré être prêts à rencontrer le président Bouteflika s'il en exprime le souhait, mais le vice-président du RCD Amara Benyounès a précisé que le parti tient avant de se prononcer sur sa participation ou non au gouvernement sur quelle coalition le président Bouteflika entend s'appuyer et "pour faire quoi ?". "On ne va pas aller au pouvoir pour le pouvoir" a assuré Amara Benyounès, avant cependant de préciser : "nous ne sommes pas des professionnels de l'opposition". "Il n'y a jamais eu de contact entre le RCD et le président Bouteflika", a affirmé Amara Benyounès le 14 mai. Amara Beyounès n'a cependant pas exclu une participation du RCD au prochain gouvernement, le pouvoir n'étant "ni une maladie, ni un tabou". "S'il faut y aller, nous irons", a déclaré Amara Benyounès, avant de préciser que la décision sera prise par les militants du parti "dans le cas où Bouteflika (fera) appel" au RCD, et que cette décision sera prise en fonction de la nature de la coalition et du programme du gouvertnement.

(APS 12.5) Le groupe de l'"Appel pour la paix et la réconciliation nationale" a réitéré le 11 mai son appel et a proposé une conférence nationale avec la participation de toute la classe politique, de personnalités nationales et de représentants de "toutes les catrégories du peuple algérien sans exclusive". Lors d'une rencontre publique, le groupe, représenté par Abdelaziz Belkhadem, Abdelhamid Mehri, Khaled Bensmaïn, Saïd Morsi, Boudjemaa Ayad, Ali Yahia Abdennour (président de la ligue algérienne de défense des droits de l'Homme) et Abdelkader Hachani (ancien responsable du FIS) a précisé qu'il n'était pas un nouveau parti politique et affirmé qu'il n'aspirait nullement au pouvoir.

(APS, El Watan 13.5 13.5) Le président du groupe parlementaire du FFS à l'Assemblée nationale (APN), Mustapha Bouhadef, a dénoncé le 12 mai les "entraves" et les "blocages" du processus parlementaire, donnant pour exemple la non inscription à l'ordre du jour de l'assemblée de propositions de loi déposées en janvier 1998 (sur les manifestations publiques) et février 1999 (sur le service national, le réduisant à 12 mois). Mustapha Bouhadef a également dénoncé le fait que les rapports des commissions d'enquête "sur la fraude électorale et l'immunité parlementaire" ne sont toujours pas au programme de l'assemblée, et s'est élevé contre "le refus d'appliquer les procédures en vigueur" concernant "la modification du réglement intérieur" de l'assemblée. Pour le chef du groupe socialiste, "ces entraves visent en fait à dépouiller le député de ses prérogatives constitutionnelles". En réponse aux déclarations de Moustapha Bouhadef, la présidence de l'APN l'a accusé de se livrer "à un procès d'intention" et de n'obéir qu'à des "mobiles politiciens et partisans", mais a reconnu "les pesanteurs" et "les retards dans le processus de mise en forme et d'élaboration des lois", les attribuant à la "jeunesse" de l'"expérience démocratique" algérienne, qui a "encore un long chemin à parcourir pour trouver ses repères". A ce jour, rappelait Mustapha Bouhadef, seules 21 lois ont été votées par l'APN.

(APS 16.5) Le groupe parlementaire de l'ancien "parti présidentiel" RND a limogé Mokdad Sifi et Mordine Bahbouh de leurs postes de vice-présidents de l'Assemblée nationale et de les remplacer par Zidane Echaref et Omrani Hafnaoui. Aissa Nouasri et Haider Ben Driham ont été en même temps limogés de leurs postes de vice-présidents du groupe parlementaire et remplacés par Awam Mohamed et Menasseria Lamine.

(APS 15.5) Le Parti des travailleurs a réitéré le 14 mai sa proposition d'un "Congrès national algérien" pour "rétablir la paix". Le comité central du parti a chargé sa direction de "dégager tous les moyens politiques" en vue de contribuer à la tenue de ce congrès.

(APS, El Watan 17.5) Le Conseil national du Front des Forces Socialistes a publié le 16 mai la résolution de son Conseil national, réuni les 13 et 14. La résolution affirme la volonté du parti de continuer à "oeuvrer à rassembler les énergies démocratiques et à développer une culture du compromis, nécessaire pour réhabiliter le politique" et considère que "le retour à la paix et à la stabilité passe par le respect et l'élargissement des libertés fondamentales et la construction d'un Etat de droit". Le FFS effirme sa volonté de s'associer à "toute action oppotitionnelle commune et à toute initiative émanant aussi bien d'acteurs politiques que de la société civile pour défendre et imposer la paix et la démocratie". La FFS salue enfin la signature par les six ex-candidats à l'élection présidentielle du "manifeste des libertés pour la démocratie" qui "prolonge la dynamique populaire et traduit dans les faits la capacité d'hommes politiques à surmonter leurs divergences et à s'accorder sur l'essentiel : accompagner la grande marche du peuple algérien vers la liberté, la paix et la justice sociale". Faisant le bilan de la campagne présidentielle, le FFS salue le retrait des six candidats d'opposition, décision en laquelle il voit "l'amorce d'uin processus de reconquête par les Algériennes et les Algériens de leur droit de décider de leur avenir et de s'approprier leur état, privatisé par l'oligarchie militaro-financière", et met en garde le pouvoir contre "toute vélléité d'empêcher l'exercice des libertés fondamentales et de provoquer, ainsi, une extinction de toute vie politique", en encourageant du même coup "l'extrémisme, la violence et la régression".


(Corr 13.5, AFP 18.5) Le "Mouvement algérien des officiers libres" (MAOL,qui se défend d'être islamiste et d'avoir le moindre lien avec le FIS) affirme dans un communiqué daté du 11 mai, de Madrid, qu'une centaine d'officiers "de tous rangs" de l'armée algérienne, dont le commandant Mokhtar Diyali et le capitaine Wassila Cherfaoui, responsables du service informatique du ministère de la Défense, ont été arrêtés sur ordre du général Toufik Médiène, chef de la DRS (Sécurité militaire) pour avoir révélé "les vrais résultats" de l'élection présidentielle, et appelle les militaires algériens à la désobéissance et à "ne plus exécuter les ordres des généraux responsables de la tragédie nationale". Selon le MAOL, le taux réel de participation à l'élection présidentielle a été de 23,03 % (et non de 60,25 % comme annoncé officiellement). Le MAOL proclame dans son communiqué diffusé sur internet que "la résistance s'organise à l'intérieur de la citadelle" (l'institution militaire) et que "le mur de la peur et de la méfiance commence à se fissurer". Dans une déclaration à l'agence AFP de Madrid, le porte-parole du MAOL, le "colonel B. Ali" (qui se présente comme d'origine kabyle, âgé de 41 ans, major de sa promotion à l'Académie de Cherchell en 1987, formé en URSS et déserteur en août 1998) a affirmé que le mouvement était décidé à "faire imploser le système perpétué en Algérie par des généraux mafieux", et affirme que le mouvement existte "de manière structurée" depuis l'été 1997, compte une soixante d'officiers "la plupart dans la clandestinité" à l'étranger, et "un nombre important" en Algérie. Les membres du MAOL communiqueraient par internet et le mouvement édite une lettre mensuelle, "El Wathika" (le document) qui circulerait dans les casernes algériennes. Le "colonel Ali" affirme que "de plus en plus d'officiers d'active remettent en cause ouvertement la politique des généraux" et dénonce les "généraux qui ont amassé des fortunes" et pour lesquels "on tue des innocents, des familles entières". Selon le MAOL, le conflit armé en Algérie aurait fait 173'000 morts de 1992 à 1998, dont environ 25'000 militaires et membres des forces de sécurité. "On n'a pas la culture du coup d'Etat, mais on va faire imploser le système par nos dénonciations", déclare le colonel, qui menace de révéler "prochainement" le nom du commanditaire de l'assassinat de Matoub Lounès, le 25 juin 1998.

(Reuters 20.5, 23.5) Le président Bouteflika a réaffirmé, dans une lettre au Secrétaire général du Front Polisario, le soutien "indéfectible" de l'Algérie à la "juste cause du peuple sahraoui frère dans sa lutte et son combat pour son autodétermination (...) conformément aux résolutions des Nations Unies et des accords de Houston".

(Le Matin 22.5) Malgré les démentis successifs du RCD, la rumeur d'une participation de celui-ci (et de Saïd Sadi en particulier) au prochain gouvernement continue de circuler à Alger. Le vice-président du RCD Amara Benyounès a à nouveau affirmé le 19 mai qu'il n'y avait aucun contact entre le RCD et Abdelaziz Bouteflika, qu'il n'était pas question de débattre de la participation au gouvernement avant de savoir sur quelle coalition gouvernementale celui-ci reposera et quel sera son programme, et qu'en tout état de cause le RCD n'était pas "demandeur" de présence gouvernementale, même si "la participation (au gouvernement) n'est pas un tabou". Le débat sur la question a cependant été clairement entamé au sein du parti, certains responsables et militants considérant, pour reprendre les termes de M. Azzamoum, chargé des élus du RCD, que "le RCD est un parti politique qui veut exercer le pouvoir et pas une association caritative", d'autres , comme Zahir Ghazou, considérant que la rumeur d'une entrée du RCD au gouvernement est "distillée pour discréditer le RCD", et qu'elle est "propagée par le groupe des six, à moins que ce ne soit tout simplement qu'une machination du pouvoir".

(Le Matin 23.5) Selon le quotidien arabe de Londres "Ezzamen", repris par "La Tribune" d'Alger le 22 mai, Abdelaziz Bouteflika aurait rencontré le 20 mai Abassi Madani, information ni démentie ni confirmée par la Présidence de la République ou par les responsables du FIS. Une "source généralement bien informée" citée (anonymement) par "Le Matin" n'a pas "exclu ces rencontres Bouteflika-dirigeants de l'ex-FIS".

(APS 26.5) Le président Bouteflika devrait s'adresser aux Algériens dans une allocution radio-télévisée le 29 mai -sa première en tant que président. Le communiqué officiel annonçant ce discours le qualifie d'"important", sans autre précision.

(El Watan 27.5) Mokdad Sifi, ex-candidat à la présidence de la République, est selon "El Watan" en passe d'être exclu définitivement de l'ancien "parti présidentiel" RND, ainsi que son directeur de campagne, Noureddine Bahbouh et l'ancien secrétaire général du parti Mohammed Tahar Benbaïbèche. Selon la direction actuelle du RND, l'exclusion de Sifi serait moins due à sa candidature à la présidence qu'à sa participation aux "groupe des six" (aux côtés de Hocine Aït Ahmed, Mouloud Hamrouche, Taleb Ibrahimi, Abdallah Djaballah et Youcef Khatib). Mokdad Sifi sera également limogé de son poste de vice-président de l'Assemblée nationale.

(AFP 30.5, El Watan, APS 29.5, 30.5) Dans sa première allocution radio-télévisée depuis son élection à la présidence, Abdelaziz Bouteflika a, dans un discours de près de deux heures, tendu la main aux islamistes armés qu'il a invités à réintégrer la société en application de la loi de "Rahma" (clémence), tout en affirmant que la justice doit s'appliquer dans toute sa rigueur contre "la barbarie criminelle". Rendant un hommage appuyé aux forces de sécurité et à l'armée, qui a selon lui "conjuré le péril de l'anéantissement national", Abdelaziz Bouteflika a donc laissé la porte du pardon ouverte à ceux qui "ont été pris dans la tourmente mais dont la conscience a réprouvé les voies de la violence aveugle", tout en appelant les Algériens à une "compassion active pour les victimes des actes odieux du terrorisme". Abdelaziz Bouteflika s'est en outre engagé sur le terrain politique en brocardant une opposition qu'il a accusé de connivence avec l'étranger.Le président a dressé un constat sévère de la situation sociale, politique et économique du pays, "malade des pratiques à large échelle du passe-droit, du clientélisme, des abus d'autorité, des privilèges inconsidérés et du détournement impuni des ressources collectives", de la "précarité sociale", de l'"angoisse et (du) désarroi de millions de jeunes frappés par l'échec scolaire, confrontés au chômage, à l'absence de perspectives d'intégration, exposés au spectacle quotidien de la dégradation des valeurs sociales", et a affirmé que l'Algérie devait passer de "l'économie de la rente et du bazar" à "une économie de marché véritable", créer des emplois et favoriser la production locale pour alléger les importations. Abdelaziz Bouteflika a promis que "toutes les garanties" et "facilités" seront accordées aux investissements étrangers, et a assuré que l'Algérie respectera "scrupuleusement" ses engagements, mais a dénoncé les "politiques irréfléchies" et "aventuristes" du passé et a lancé un appel à la mobilisation des capitaux des Algériens (y compris de ceux placés à l'étranger). Le président a en outre affirmé que "l'heure est venue d'engager une véritable réforme de l'école" et a annoncé une refonte des codes pénal et civil afin de les rendre conformes à l'esprit de la Constitution et d'instaurer "un Etat de droit et des lois" capable de "protéger les citoyens de l'abus". Le président a dénoncé dans la foulée "le non-respect de la présomption d'innocence, l'application évasive de la détention préventive, l'erreur judiciaire". Abdelaziz Bouteflika a enfin promis que les cas de 800'000 jeunes dont la situation militaire n'est pas réglée allaient être examinés. afin que "tous les citoyens incorporables et qui ne l'auraient pas encore été voient leur situation régularisée dans le courant de l'année 2000" Le ministère de la Défense a le 30 mai précisé que les mesures de régularisation concerneront dans un premier temps les citoyens âgée d'au moins 27 ans le 31 décembre 1999, à l'exception des insoumis et des sursitaires. Le président a conclu son discours par deux versets du Coran, le dernier proclamant : "ton Seigneur suffit, comme guide et secours" (Sourate du Discernement, 31).

(El Watan 30.5) Le Front des Forces socialistes a réagi au discours du président Bouteflika du 29 mai en le considérant comme démagogique et populiste. Samir Bouakouir, porte-parole du parti, a déploré qu'"aucune mesure allant dans le sens de l'ouverture politique, par la levée de l'état d'urgence ou de décision majeure de nature à enclencher un processus politique de sortie de crise, n'a été prise, sinon des généralités et des professions de foi d'un autre âge en retrait total avec les exigences populaires". Le FFS considère la première intervention publique du nouveau président comme "un ratage total qui renseigne sur l'incapacité d'un systzème à entreprendre des initiatives : elle est symptomatique de l'impasse politique intégrale et de l'isolement d'un pouvoir totalement illégitime". "Comment combattre la violence, la régression économique et la détresse sociale en reconduisant des schémas autoritaires ?", s'interrogent les socialistes algériens.

(APS 2.6, Le Matin 3.6) L'ancien "parti présidentiel" RND, soutenu par les partis de la coalition gouvernementale FLN, MSP et Nahda, a obtenu le 2 juin le limogeage de Mokdad Sifi et de Noureddine Bahbouh de leurs fonctions de vice-présidents de l'Assemblée nationale. Les deux "dissidents" du RND ont été remplacés à leurs postes par Zidane Charef et Hafnmaoui Amrani. Ce limogeage a été effectué dans une ambiance de chahut et de contestation. Les députés du RCD ont quitté la séance. Ceux du FFS ont bruyemment protesté contre les tentatives du président de l'Assemblée, Abdelkader Bensalah, d'empêcher leur porte-parole de d'exprimer. La motion de la majorité gouvernementale limogeant les deux "dissidents" est finalement adoptée sans vote.

(AP 3.6) La conférence ministérielle de l'Organisation de l'Unité africaine (OUA) réunie à Alger a adopté le 3 juin une convention pour la prévention et la lutte contre le terrorisme, qui sera soumise en juillet au sommet de l'OUA. Le projet comporte 27 articles et qualifie de "terroriste" tout "acte ou menace d'acte de violation des lois pénales de l'Etat partie de la présente convention susceptible de mettre en danger la vie, l'intégrité physique, les libertés d'une personne ou d'un groupe de personnes", et ce dans l'intention "d'intimider de provoquer une situation de terreur, de perturber le fonctionnement normal des services publics essentiels ou de créer une situation de crise au sein des populations", ou encore de "créer une insurrection dans un Etat membre". Relève aussi du terrorisme, selon le projet, "toute promotion, financement, contibution, ordre, aide, incitation (et) équipement de toutes personnes avec l'intention de commettre" des actes terroristes. Un texte comparable, d'inspiration algérienne, est également soumis à l'Organisation de la Conférence islamique (OCI) qui devrait l'adopter début juin.

(Le Matin 6.6) Le président Bouteflika a démis de leurs fonctions dans son cabinet le 5 juin une douzaine de hauts fonctionnaires, dont un avait rang de ministre, Amaz Zegrar, secrétaire général de la Présidence. Parmi les autres hauts fonctionnaires limogés de l'équipe présidentielle, on note le conseiller aux affaires économiques Abdemladjid Bouzidi, le directeur de l'Information Belkacem Ahcène Djaballah, le directeur de l'administration générale Omar Benabbou, le directeur du protocole Salim Benkhelil, et le responsables des relations publiques Abdelmalek Laalaoui.

(APS 4.6) Cinq membres de la direction de l'ancien "parti présidentiel" RND, Tahar Benbaïbèche, Mokdad Sifi, Saïd Bendakir, Abdelaziz Ben Mhidi et Noureddine Bahbouh, ont été exclus du parti -et donc de sa direction- le 3 juin.

La politique de "concorde civile"

(AP, AFP, El Watan, L'Authentique, Libération 7.6) Le président Bouteflika a chargé le 7 juin le gouvernement de préparer un projet de loi sur la couverture "juridique et politique" de la trêve observée depuis octobre 1997 par l'AIS, et transformée le 6 par l'"émir national" de l'AIS, Madani Mezrag, en une cessation définitive des combats. Le projet de loi sera soumis au Parlement à une date qui n'a pas été précisée. Plusueiurs responsables et anciens responsables du FIS ont approuvé à la fois la démarche de Madani Mezrag (qui "n'est pas étrangère aux qualités de l'homme, qui est un intellectuel (et) a compris la situation", selon Benazzouz Zebda, vice-président du FIS) et la réponse donnée par Abdelaziz Bouteflika : "Nous soutenons Bouteflika dans sa volonté de sortie de la crise", a déclaré Benazzouz Zebda -lequel envisage la re-création du FIS sous un autre non, mais avec le même objectif, "qui est l'Islam".

Dans sa lettre du 6 juin, adressée au "peuple algérien musulman", Madani Mezrag se défendait d'avoir, en décrétant la trêve, fait acte de "reddition et de repentir", et affirme que "nous ne reculons de l'action armée que (parce que) nous sommes persuadés d'une solution légitime et juste susceptible de ramener le bien, la sécurité et la stabilité aux citoyens", solution qui n'a été entravée que par ceux qui "ont combattu (...) ouvertement et avec tous les moyens" l'initiative de l'AIS. L'"émir national" de l'AIS déclare que son organisation "décide d'arrêter l'action armée et ses conséquences déàfinitivement et d'astreindre ses forces à la défense du peuple et au service du pays dans le cadre de ce qui a été convenu" avec la présidence "et qui se déroule entièrement sous l'égide de l'Etat".

Dans son communiqué, la présidence de la République qualifie de "grande nouvelle" et d'"aubaine de Dieu" la déclaration de dépôt des armes des combats par l'AIS. La présidence déclare "apprécier à sa juste valeur" cette décision "spontanée et volontaire" et y voir le moyen de "mettre à nu les tenants de la violence et du terrorisme". Selon "El Watan", le projet de loi que la présidence charge le gouvernement de présenter au parlement existe déjà, et élargit la loi actuelle de la "Rahma" (clémence) en la transformant en couverture juridique de la rêve. Ce projet aurait été préparé en mars 1998 sous la présidence de Liamine Zéroual, qui l'aurait refusé sous sa première mouture. Une commission l'aurait alors "revu et corrigé" pour lui donner "une charge politique plus claire", ce qui répondrait aux critiques de l'opposition, dénonçant les "conditions opaques des tractations avec l'AIS" et estimant que l'accord avec l'AIS ne "constituerait qu'un élément de la solution politique" (Ahmed Taleb Ibrahimi), voire une tentative "d'évacuer l'aspect politique de la crise" (FFS). Le RND, le FLN, le MSP, Ennahda et le PRA ont par contre salué la décision d'Abdelaziz Bouteflikal. Quant aux critiques du RCD, elles ont été modérées, ce qui pourrait être lié à une éventuelle participation du parti de Saïd Sadi au gouvernement devant être formé après le sommet de l'OUA, en juillet.

(Le Matin 10.6) Le projet de loi annoncé par le président Bouteflika en réponse à la décision de l'AIS de pérénniser sa "trêve", a en fait été pour uen grande part élaboré avant l'élection de l'actuel président, par une commission d'experts composée de représentants de la présidence (alors celle de Zéroual) et de personnalités "indépendantes". Parallèlement, des contacts secrets étaient établis entre des officiels et des représentants de l'AIS et du FIS. Selon "Le Matin", le texte qui sera soumis au parlement prévoit des dispositions applicables aux éléments des "groupes armés" (sans mention particulière de l'AIS) qui ont décidé de remettre leurs armes aux autorités, et feront l'objet d'une poursuite judiciaire rapide et allégée. La loi de la "Rahma" (clémence) leur serait ensuite appliquée. Les personnes reconnues comme ayant participéà à des actes "terroristes" seraient jugées selon les dispositions de la nouvelle loi, les autres seraient libérées. Les personnes déjé jugées pour des actes "terroristes" verraient leurs peines commuées, selon les cas. Les personnes en fuite, en Algérie ou ailleurs, seraient touchées par les dispositions de la nouvelle loi. Les dirigeants et responsables de la mouvance islamiste armée ayant été jugés et étant en exil verraient leurs peines annulées et pourraient dès lors rentrer en Algérie pour se voir appliquer les nouvelles mesures. Les personnes ayant appartenus aux groupes armés et ayant été grâciées pourraient retrouver leur poste de travail, ou intégrer les forces de sécurité en tant que supplétifs.

(Le Matin 10.6) Une initiative visant à l'interpellation du gouvernement sur le dossier de l'AIS est en passe d'être lancée par le Front des Forces Socialistes, qui a tenté d'obtenir l'adhésion des partis d'opposition représentés à l'assemblée sur un texte posant quatre questions au gouvernement : y-a-t-il eu négociations avec "une organisation appelée AIS" ? (jusqu'à l'annonce par le président Bouteflika du dépôt d'un projet de loi officialisant la trêve de l'AIS, les autorités algériennes avaient toujours nié l'existence de telles négociations) Dans quel cadre constitutionnel et légal ont eu lieu ces négociations ? Qui les a menées et à la demande de qui ? Quel est le contenu de l'accord passé entre le pouvoir et l'AIS, et quels engagements ont été pris par les deux parties ?

(APS 9.6) Le président Bouteflika a accordé au journal jordanien "Al Rai" une interview dans laquelle il déclare que "la réconciliation nationale (...) m'amène (...) à éloigner dans mon approche toute exclusion et toute marginalisation", et à affirmer que "l'Algérie appartient à tous les Algériens". Cependant, le président relève, en le déplorant, que "la constitution(lui) interdit hélas de légitimer (...) une ligue dissoute", c'est-à-dire de "relégaliser" le FIS. Abdelaziz Bouteflika réaffirme toutefois qu'il "n'exclut personne pour ses opinions, si celles-ci s'inscrivent dans le respect des autres et ne visent pas à attenter aux fondements constitutionnels et juridiques de l'Etat et de la République", tout en déclarant que "l'Algérie a versé trop de sang du fait des errements politiques et de l'instrumentalisation de la religion à des fins partisanes".

(AP 11.6) Plusieurs centaines de personnes, en majorité des femmes, ont manifesté le 10 juin à Alger à l'appel des organisations de familles de victimes du terrorisme contre l'accord conclu entre les autorités et l'AIS.

(AFP, Reuters 12.6, Liberté, El Watan, Le Matin 12.6, 13.6, APS 13.6) Le fondateur du FIS, Abassi Madani, s'est prononcé le 11 juin dans une lettre adressée au président Bouteflika pour l'arrêt inconditionnel de la violence armée des groupes islamistes algériens. SD'exprimant en son nom personnel, Abassi Madani a apporté son soutien à la décision de l'AIS de déposer les armes et a invité les autres groupes armés islamistes à "se joindre à cette démarche de paix, parce qu'elle est conforme à la charia et au Coran", en s'adressant aux "frères qui portent les armes là où ils se trouvent, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur". Au président Bouteflika, Abassi Madani adresse ses "fortes expression de soutien et d'appui pour la réponse sérieuse et la grande attention" réservée à l'"initiative de l'AIS", et déclare qu'il se trouvera "avec l'aide de Dieu, à (ses) côtés" s'il continue "la marche dans cette voie appréciable". Abassi Madani s'était toujours jusqu'alors opposé à lancer un appel à l'arrêt de la violence, exigeant des garanties des autorités, voire même une médiation du Secrétaire général des Nations Unies.

A Alger, les échanges de correspondances entre le président Bouteflika, l'AIS et Abassi Madani, largement médiatisés par la radio (qui l'a martelé toutes les heures le 12 juin), la télévision et l'agence de presse oficiels, suscitent des interrogations sur la suite que le président va leur donner, Abassi Madani évoquant pour sa part "la réconciliation dans toutes ses dimensions psychologiques, morales, politiques et sociales". Une amnistie est évoquée, générale ou partielle, ainsi que la libération d'Abassi Madani (en résidence surveillée) et de Ali Benhadj (en détention), voire la "réhabilitation" (le cas échéant sous un autre nom) du FIS.

De sa prison américaine, Anouar Haddam, l'un des deux porte-paroles concurrents à l'étranger (avec Rahab Kebir, en Allemagne) du FIS, a pour sa part rendu public un communiqué dans lequel il invite implicitement le pouvoir à traiter non seulement avec le FIS et l'AIS, mais également avec la Ligue islamique pour la prédication et le djihad et son bras armé, le FIDA, et propose le désarmement parallèle des groupes armés antiislamistes (GLD, ou "patriotes") et des GIA. Selon "El Watan", citant "des sources concordantes", des tractations seraient en cours "entre le pouvoir et des factions du GIA pour les amener à suivre la voie de l'AIS".

Quant au président Bouteflika lui-même, il a rappelé le 13 juin, alors qu'il raccompagnait le président égyptien Moubarak à l'aéroport d'Alger, que "s'agissant de ceux qui ont les mains tachées de sang, c'est la justice qui tranchera", et a précisé que le FIS "en tant que parti" est "définitivement" interdit par la constitution. Surtout, le président a mis son poste dans la balance, en menaçant de s'en "remettre au peuple", c'est-à-dire d'organiser un référendum, si la loi proposée pour légitimer juridiquement l'abandon des armes par l'AIS n'était pas adoptées par le parlement. Dans cette hypothèse, si le peuple refusait la loi, "je rentrerai chez moi en souhaitant bien être, progrès et prospérité au peuple algérien", a affirmé Abdelaziz Bouteflika. Selon "Le Matin", cette menace de Bouteflika recours au peuple et de démission en cas de désaveu serait due, soit à une incertitude quant au sort que pourrait réserver le parlement à ses propositions "réconciliatrices" (le président doutant du soutien du FLN et du RND), soit à des dissensions au sein de l'armée : "la menace de démission rappelle étrangement le scénario de janvier 1994 lorsque Bouteflika, approché pour occuper le poste de président de la République, a préféré jeter l'éponge devant le refus obstiné des généraux d'adopter une franche démarche réconciliatrice avec le FIS".

Du côté des partis politiques, le RCD s'est refusé à commenter les "déclarations des responsables de factions armées" mais a réclamé que les tractations et les initiatives se fassent dans les règles de la transparence. Le Parti des travailleurs a estimé positive l'initiative d'Abassi Madani, comme toute action allant dans le sens de l'arrêt de l'éeffusion de sang, mais a réclamé la publication du contenu de l'accord établi avec l'AIS et a réitéré son appel à un congrès national regroupant toutes les forces politiques algériennes, Abassi Madani compris. Le FLN et Ennahda ont également accueilli favorablement la prise de position du fondateur du FIS. Le FLN avait cependant, au lendemain de la publication de la lettre de Madani Mezrag confirmant l'"adieu aux armes" de l'AIS affirmé être "aux côtés des familles des victimes du terrorisme", position partagée par l'ex-parti présidentiel, le RND. Le coordinateur du MDS, enfin, a qualifié d'inadmissible l'accord établi avec l'AIS et condamné le fait qu'Abassi Madani soit devenu un "interlocuteur respectable (...) au moment où les familles victimes du terrorisme exigent que justice soit faite.

(Le Matin, El Watan 15.6) Le "Comité national contre l'oubli et la trahison" (CNOT, "éradicateur", rassemblement une douzaine d'organisations, dont celles des familles des victimes du terrorisme) ) a manifesté le 14 juin à Alger contre le processus de réconciliation entamé entre le FIS et l'AIS d'une part et le pouvoir (à tout le moins la présidence de la République) d'autre part. Le CNOT a diffusé un appel pour un rassemblement le 17 juin, destiné à exprimer un refus catégorique de toute réconciliation avec l'islamisme armé, et aux "tentatives d'amnistie et de réhabilitation des égorgeurs". Dans une conférence de presse, le CNOT a exprimé son refus "dans le fond et la forme de toute recherche de compromission avec les islamistes" et a affirmé que le rassemblement du 17 juin, pour lequel une autorisation a été demandée aux autorités, se tiendra même si cette autorisation n'est pas délivrée. Pour le CNOT, contrairement au président Bouteflika qui évoquait ceux des islamistes armés "qui n'ont pas de sang sur les mains", tous les membres des groupes islamistes armés, y compris l'AIS, "qu'ils soient commanditaires ou exécutants (...) ont du sang sur les mains" et "il n'y a aucune différence entre les groupes armés, qu'ils soient GIA, AIS ou autres" -le qualificatif de "groupes armés" étant réservé aux groupes islamistes. Le CNOT dénonce enfin ce qu'il perçoit comme une tentative de réhabilitation du FIS par la présidence, et considère que le référendum envisagé par Abdelaziz Bouteflika est contraire aux conventions internationales de lutte contre le terrorisme ratifiées par l'Algérie. La présidente du Rassemblement des femmes démocrates (RAFD), Zazi Sadou, a menacer de porter l'affaire "sur la scène internationale pour ester en justice l'Etat algérien".

(AFP 17.6, Corr 18.6, Le Matin, Liberté 19.6) Plusieurs centaines de personnes (plus d'un millier selon "Le Matin"), pour la plupart représentant des familles de victimes du terrorisme, ont manifesté le 17 juin à Alger, à l'appel du "Comité national contre l'oubli et la trahison" (CNOT) pour la deuxième fois en une semaine, pour dénoncer l'accord entre les autorités et l'AIS, en brandissant des portraits de leurs proches assassinés par les groupes armés islamistes, en scandant "Abassi Madani, Mezrag, terroristes" ou "pouvoir assassin" et en brûlant des portraits de Madani Mezrag. Des représentants du RCD (Khalida Messaoudi) et du MDS (Hachemi Cherif) ont apporté leur soutien aux manifestants. Pour le CNOT, "les correspondances des chefs islamistes adressées au président de la République montrent bien que ces criminels n'ont pas renoncé à leur projet de société, celui d'instaurer un Etat islamique".

(Liberté 14.6, Le Matin, El Watan 15.6) 15 membres du "Majliss Echoura" (Conseil consultatif) du FIS ont rendu publique une déclaration commune saluant "le courage politique et les immenses efforts" du président Bouteflika "pour mettre fin à la crise, concrétiser la réconciliation nationale et arrêter l'effusion de sang", et soutenant l'accord conclu entre la présidence et l'AIS. Le représentant de l'instance exécutive du FIS à l'étranger, Rabah Kebir, a exprimé dans un communiqué le 14 juin son soutien à la décision de l'AIS et à la lettre d'Abassi Madani à Abdelaziz Bouteflika, et a appelé "tous les hommes armés" à se joindre à l'appel de l'AIS. Selon "El Watan"*, Ali Benhadj aurait été contacté à la fois par des "émissaires" du FIS et par des "émissaires" officiels pour qu'il s'associe à la décision de l'AIS et à la lettre d'Abassi Madani, mais le "numéro deux" du FIS aurait refusé d'entreprendre quoi que ce soit tant qu'il sera en prison. Selon le quotidien arabe de Londres "Al Hayat", Ali Benhadj figurerait sur une liste établie par le présidence, de dirigeants du FIS pouvant bénéficier de mesures d'éargissement.

(AFP 17.6) L'un des dirigeants du FIS, Abdelkader Boukhamkham, en liberté depuis 1995, a affirmé le 17 juin au quotidien "Sawt El-Ahrar" que "l'unanimité" s'était faite "au sein des directions historiques du FIS pour soutenir l'accord entre l'armée et Madani Mezrag" et a démenti les "rumeurs de divergences" avec Ali Benhadj, affirmant que "Si Benhadl était libre, il aurait soutenu les initiatives de Madani Mezrag et d'Abassi Madani sans réserve".

(APS 16.6) Un Comité pour la réconciliation nationale (CRN) vient d'être créé afin d'apporter un "soutien indéfectible" au président Bouteflika. Le comité est coordonné par Abdelkader Ayad et entend également "lutter contre la hogra, la marginalisation, le népotisme, le régionalisme, le clientélisme (...) moraliser la société et ses institutions" et lutter pour "la construction d'un Etat fort et démocratique". Le CRN entend élargis son action à l'ensemble du territoire.

(Agences 17.6) Les trois principaux dossiers au menu du sommet de l'OUA à Alger, du 12 au 14 juillet prochain, sont ceux de la paix et de la stabilité en Afrique (le continent est secoué par une douzaine de conflits et selon ll'Institut de recherches sur la paix de Stockholm, le SIPRI, 11 des 27 conflits majeurs qui ont eu cours dans le monde en 1998 se sont déroulés en Afrique, faisant pour cette seule année une vingtaine de milliers de morts). Le deuxième dossier est celui du développement et de l'intégration économique, avec notamment la mise en oeuvre du traité d'Abuja sur la création d'une Communauté économique africaine. Enfin, le sommet d'Alger élira cinq secrétaires généraux adjoints de l'OUA ainsi que les membres de la Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples. Le sommet, qui sera présidé par Abdelaziz Bouteflika, sera précédé les 6 et 7 juillet de la réunion des experts et des ambassadeurs, et le 8 juillet de celle du Conseil des ministres de l'organisation.

(Liberté 21.6) Quatre dirigeants du FIS (Abdelkader Hachani, Kamel Guemazi, Ali Djeddi et Omar Abdelkader) ont publié le 20 juin un communiqué dans lequel ils approuvent certes les démarches conjointes de l'AIS, d'Abassi Madani et d'Abdelaziz Bouteflika pour la "légitimation" de la trêve de l'AIS et sa transformation en un abandon de la lutte armée en échange d'une "clémence" élargie et politiquement significative, mais dans lequel ils posent également des exigences politiques au succès de cette démarche : "la libération de tous les détenus, le retour des disparus, la prise en charge de toutes les victimes et de tous les sinistrés et l'ouverture d'un dialogue avec toutes les forces politiques, et ce, sans aucune exclusive" (FIS compris, donc). Les quatre dirigeants islamistes considèrent que "de larges couches de la population ont été victimes de la violence criminelle et de la répression aveugle", invitent le président Bouteflika à "trouver une issue à cette crise", appellent à une solution politique "sans vainqueur ni vaincu" et s'étonnent du comportement du pouvoir, qui "libère" (publie) une lettre d'Abassi Madani en lui donnant une large publicité sans libérer son auteur.

(La Tribune 22.6) Après avoir tenté de déposer une motion d'uinterpellation du gouvernement au sujet de l'accord passé avec l'AIS, le Front des Forces Socialistes y a renoncé faute d'avoir pu obtenir le soutien de députés d'autres partis, notamment du Parti des Travailleurs, des "dissidents" d'Ennahda, partisans de son ancien président Abdallah Djaballah et des "dissidents" du RND, partisans de Mokdad Sifi. Ce soutien était indispensable au dépôt d'une motion, les députés FFS n'étant à eux seuls pas assez nombreux (quoique le FFS soit le principal parti d'opposition). Pour le quotidien "La Tribune", cet "impossibilité des élus FFS de récolter (...) 10 signatures sur les 360 possibles pour faire aboutir sa motion, participe fondamentalement de l'isolement du principal parti démocratique d'Algérie", qui se retrouve "neutralisé grâce à l'implication objective des relais (du pouvoir)". Pour le quotidien, ce "lâchage" du FFS par les autres partis supposée être d'opposition n'a d'autre explication "que les calculs étroits suggérés par l'avènement à la tête de l'Etat de Bouteflika" et "porte un coup sévère, extrêmement décridibilisant, à la pratique parlementaire".


(FFS 24.6, El Watan 26.6) REACTION DU FFS À L'ACCORD AVEC L'AIS

Animant un meeting le 24 juin à Constantine, Seddik Debaïli et Samir Bouakouir ont réagi au "deal" entre le pouvoir et l'AIS (et le FIS) en considérant que sous couvert de "réconciliation nationale", il ne s'agissait que de pérenniser le système actuel. "Il faut beaucoup de temps pour que le système militaroi-bureaucratique disparaisse et pour atteindre une certaine liberté démocratique", a estimé Seddik Debaïli, qui s'est dit convaincu que "c'est le dialogue politique qui permettra de réaliser la paix et la réconciliation nationale". Samir Bouakouir a pour sa part reproché au pouvoir de ne pas impliquer la société civile dans la négociation politique avec l'AIS et le FIS.

communiqué du FFS :

Le FFS n'a pas cessé depuis janvier 92 de préconiser une issue politique, pacifique, démocratique et globale à la crise que vit le pays. Il n'a eu cesse d'encourager par ailleurs, toute initiative visant à réduire le niveau de violence et préserver des vies humaines. Seulement l'entêtement du pouvoir à refuser toute solution politique n'a fait qu'aggraver la situation. Ainsi en était il de l'offre de paix des signataires du Contrat National récusée globalement et dans le détail. Une offre de paix qui s'inscrivait dans une démarche politique transparente avec un contenu démocratique réel, contrairement à la logique du pouvoir qui élude la question politique et réduit le problème de la violence à sa seule dimension sécuritaire et militaire.

Le FFS rappelle à l'opinion nationale et internationale qu'il avait affirmé, au moment du refus du Contrat National, que le pouvoir tôt ou tard, ira négocier avec les groupes armés dans les maquis.

Aujourd'hui un accord Armée /AIS, conclu en 1997 et dont on ignore à ce jour les termes, vient d'être " révélé ".

Le FFS exige que le contenu de l'accord soit rendu public.

Le FFS tout en saluant toute initiative de retour à la paix, ne saurait cautionner tout accord qui ne s'inscrit pas dans une perspective démocratique de sortie de crise. En effet, ni la société ni les forces politiques n'ont été associées, alors que cette question concerne l'ensemble des Algériennes et Algériens.

Le FFS dénonce les manouvre opaques des décideurs qui ne cessent d'instrumentaliser à leur guise les niveaux de violence pour prendre en otage la société et l'empêcher d'exercer ses droits et ses libertés.

Le FFS considère que le discours de Bouteflika qui fait l'impasse sur la démocratie et les libertés fondamentales ne fait que confirmer la tentation totalitaire d'un pouvoir sans légitimité.

Le FFS rappelle que la paix est indissociable de la démocratie et que toute démarche qui fait l'impasse sur celle-ci n'est que manipulation et ne peut qu'échouer et aggraver l'instabilité.

Le FFS considère que seul un compromis historique pour la paix et la démocratie permettra le renouveau de l'Algérie


(AP 23.6) Le projet de loi officialisant la trêve de l'AIS sera débattu par le Parlement algérien "dans les meilleurs délais, donc au cours de la présente session" qui s'achève début juillet, a annoncé le 23 juin le ministre chargé des relations avec le Parlement, Mohamed Kechoud, qui a reconnu que "le gouvernement ne possède pas toutes les données" sur la trêve conclue par l'AIS.

(ATS 26.6, APS 27.6, El Watan 26.6, 27.6) "Je ferai la paix", a martelé à trois reprises le président Bouteflika lors d'une conférence de presse donnée à Crans Montana (Suisse), dans le cadre du forum auquel il participe. Abdelaziz Bouteflika a assuré qu'il voulait faire sortir l'Algérie de sa "convalescence" et la replacer à son rang international. Une loi sur la "concorde nationale" (ou la "concorde civile", selon les sources) sera soumise au parlement en juillet, voire au référendum populaire si le parlement la rejetait. Le gouvernement devrait étudier la loi le 27 juin, puis, sous la présidence d'Abdelaziz Bouteflika, le 30 juin, puis la transmettra à l'Assemblée populaire nationale et au Conseil de la nation (sénat) au début de juillet. La loi devrait être votée avant le sommet de l'OUA qui se tiendra à Alger du 12 au 14 juillet. Le président Bouteflika a précisé qu'un référendum sera organisé sur le projet "quels que soient les résultats du vote parlementaire" et que si le résultat de ce référendum était négatif, il "rentrera chez lui", car il n'est pas devenu président pour "occuper un poste, mais pour remplir une mission". Le gouvernement a examiné le 27 juin, une première fois, le projet de loi sur la "concorde nationale" et l'a comme prévu approuvé. Le Premier ministre Smail Hamdani a rappelé que le "projet de loi relatif au rétablissement de la concorde nationale" implique que "toute personne désirant bénéficier de cette loi devra se conformer entièrement à l'autorité de l'Etat et lui prêter allégeance", que "ce désir doit être exprimé dans un délai maximum de six mois à compter de la promulgation de la loi" et que "tout auteur de crime de sang ou de viol" devra être poursuivi et jugé, "tôt ou tard". Sur cette base, le projet de loi prévoit trois cas de figure pour les "ralliés" : la dispense de toute poursuite, le report des poursuites ou le sursis, l'allégement des sanctions.

(El Watan, Le Matin, APS 27.6) Interrogé à Crans-Montana sur le sort des principaux responsables du FIS, Abassi Madani et Ali Benhadj, Abdelaziz Bouteflika a répondu que le premier était en résidence surveillée dans une résidence d'Etat pour lui "faciliter les contacts avec les différentes personnalités de son ex-parti et du pouvoir", dans des conditions "comparables à celles d'un chef d'Etat", et qu'il attendait du second, détenu dans "des conditions moins enviables", qu'il "rejoigne l'attitude de Abassi Madani", qualifiée d'"acte de patriotisme", et soutienne le processus de réconciliation nationale. Abdelaziz Bouteflika a considéré que "l'arrêt du processus électoral" en 1992 "a été une violence", mais qu'"à partir du moment où l'ex-FIS a eu recours lui aussi à la violence, il s'est complètement disqualifié de toute action politique". Enfin, le président a renvoyé dos à dos les "intégristes islamistes" et les "intégristes éradicateurs". Pour "Le Matin", Abdelaziz Bouteflika "a choisi son camp : celui de Sant'Egidio".

(AFP 21.6) La cinquième conférence des ministres de l'Intérieur des pays de la Méditerranée occidentale s'est ouverte le 21 juin à Alger. La conférence a adopté une déclaration réaffirmant le caractère "prioritaire" de la lutte contre le terrorisme. La Libye, qui participait pour la première fois à la réunion, a été admise comme membre de la conférence. Le ministre algérien de l'Intérieur, Abdelmalek Sellal, a appelé à une coopération "à même de contribuer à (l') éradication définitive (du terrorisme) dans le respect de la loi et des conventions internationales", et a reproché à "certains pays" d'avoir attribué "au phénomène terroriste une fausse valeur sociale, et plus grave, à le légitimer parfois dans son objectif et dans son action".

(Corr 23.6) Le ministre marocain de l'Intérieur Driss Basri a évoqué le 23 juin la prochaine réouverture des frontières entre le Maroc et l'Algérie, fermées depuis 1994, et a annoncé que les deux pays "ont décidé de réunir dans les jours qui viennent une commission (...) dans le but de rendre le flux humain (entre eux) normal et naturel", tout en préservant les impératifs de sécurité. La décision d'une réouverture des frontières sera ensuite prise, a ajouté le ministre marocain, qui s'exprimait sur les ondes de la radio publique française Radio France Internationale.

(El Watan 26.6, Le Matin 27.6) Une pétition signée par 20'000 personnes a été remise le 24 juin au Procureur général de la Cour de justice de Tizi Ouzou par Malika Matoub, soeur de Lounès, pétition demandant une véritable enquête sur l'assassinat du chanteur. A la suite de la remise de la pétition, et au terme d'une marche suivie par plusieurs dizaines de milliers de personnes depuis l'Université de Hasnaoua, des heurts ont opposé la brigade antiémeute à des centaines de manifestants, faisait quelques blessés légers. Une grève générale, à laquelle appelaient le mouvement culturel berbère et la fondation Matoub, a été largement suivie à Tizi Ouzou. A Bejaïa, la commémoration du premier anniversaire de l'assassinat de Matoub Lounès a également été marqué par des manifestations, dont l'une a rassemblé plusieurs milliers de personnes, dans le calme. Le 25, à Taourirt Moussa, village natal de Lounès Matoub, des milliers de personnes lui ont encore rendu hommage et ont exprimé la revendication amazighe.

(El Watan 27.6, AP 29.6) Composé d'une quarantaine d'articles, l'avant-projet de loi sur le "rétablissement de la concorde civile", adopté par le gouvernement le 27 juin, prévoit une amnistie pour les islamistes faisant partie des réseaux de soutien et de logistique des groupes armés, ou ayant rejoint les maquis, mais n'ayant pas eux-mêmes commis de crimes. Ce texte, une fois promulgué, sera valide pour une période de six mois, pendant laquelle les personnes concernées pourraient bénéficier des mesures de "concorde" prévues, mais au-delà de laquelle ils seront à nouveau combattus par les forces de sécurité s'ils n'ont pas fait allégeance avant. Selon la presse, notamment "El Watan", l'avant-projet répartit ses bénéficiaires potentiels (qu'il estime à 15'000 personnes, dont 7000 se sont déjà rndues, depuis 1995, et 700 membres de l'AIS en attente de se rendre) en trois catégories : la première, numériquement la plus importante, et qui bénéficiera d'une amnistie, est celle des membres des réseaux de soutien et de logistique et des personnes ayant rejoint les maquis, et qui n'ont pas commis "d'actes ayant entraîné mort mort, d'infirmité permanente, de viol ou n'ayant pas utilisé des explosifs dans des lieux publics ou fréquentés par le public", ainsi que les "personnes qui auront détenu des armes, des explosifs ou d'autres moyens matériels et les auront remis spontanément aux autorités". Le seconde catégorie est celle des islamistes armés non iompliqués dans des massacres collectifs ou ayant utilisé des explosifs dans des lieux publics, et qui auront dans les trois mois à partir de la promulgation de la loi, avisé les autorités qu'ils cessent toute activité "terroriste" et sont prêts à participer dans le cadre de l'Etat à la lutte "anti-terroriste". Ces personnes seront mises sous observation pendant trois à dix ans, période pendant laquelle les poursuites pénales seront ajournées et l'action publique suspendue, à moins que "des faits avérés non déclarés" soient révélés, en quel cas les poursuites et l'action publique reprendront. La troisième catégorie concerne les "terroristes" qui ne font partie d'aucune des deux autres catégories mais qui n'ont pas commis de massacres collectifs ou participé à des attentats à l'explosif, et se seront rendus aux autorités dans un délai de trois mois à partir de la promulgation de la loi. Ceux-là bénéficieront d'une atténuation des peines : la peine de mort ou la perpétruité seront réduites à 12 ans de réculsion, les peines de 10 à 20 ans seront réduites à 7 ans, les peines de moins de 10 ans à 3 ans, les peines de moins de 3 ans étant réduites de moitié. L'avant-projet de loi a été soumis à nouveau au Conseil des ministres le 29 juin, qui l'a adopté et le projet sera déposé à l'Assemblée le 3 juillet, puis soumis au référendum populaire entre le 15 août et le 15 septembre.

(APS 28.6, AP 29.6) Le Parti des travailleurs a répondu, par la voix de Louiza Hanoune, aux interventions d'Abdelaziz Bouteflika en saluant toute mesure à même de "faire taire le langage des armes" et en réitérant sa proposition d'un "congrès national" réunissant "les acteurs susceptibles d'influer sur le cours des événements en vue de rétablir une paix véritables". Louiza Hanoune a en outre demandé "la libération des prisonniers d'opinion, la prise en charge du dossier des disparus, des cadres emprisonnés, des victimes du terrorisme, des questions sociales". En revanche, le RCD a estimé que le projet de loi sur la "concorde civile" risquait de déboucher sur une "victoire politique du mouvement islamiste", et le MDS a jugé "inadmissible" la démarche d'Abdelaziz Bouteflika.

(APS, AFP 30.6) Présentant au Conseil des ministres du 29 juin le projet de loi sur "la concorde civile", le président Bouteflika l'a qualifié de "ferment" pour une vértitable "organisation citoyenne" autour d'une "société solidaire". Abdelaziz Bouteflika a affirmé que le devoir de l'Etat est "d'épargner la moindre de goutte de sang", et sa priorité "l'élimination de la violence". "Toute les entraves au rétablissement de la paix doivent être levées", a déclaré le président Algérien à ses ministres, en leur annonçant qu'il souhait élargir le champ du projet de loi et qu'il allait prendre ou faire prendre "d'autres mesures" -sans préciser lesquelles. Selon le quotidien du FLN "Sawt El Ahrar", il s'agirait notamment de la levée de l'état d'urgence. En outre, le président Bouteflika envisagerait l'organisation d'une "conférence sur la concorde nationale", l'élargissement d'Abassi Madani, la libération d'Ali Benhadj et la reprise du problème des "disparus".

(La Tribune, Corr 29.6) Le FFS a "pris acte" le 27 juin des déclaration du président Bouteflika à Crans-Montana (qui a d'ailleurs adressé à son retour de Suisse un message personnel et chaleureux à Hocine Aït Ahmed). Le FFS reste méfiant à l'égard de la démarche proposée par le président, mais cette méfiance s'atténue au fur et à mesure que se précise cette démarche -et, en outre, la méfiance du FFS porte moins sur Abdelaziz Bouteflika lui-même que sur "le pouvoir". Le FFS reproche d'abord à la démarche présidentielle son manque de transparence et ses hésitation quant à la réforme du système, réforme que les socialistes algériens considèrent comme indispensable à la stabilité et à la démocratie. Le FFS doute également de la capacité du président, indépendamment de sa bonne volonté et de ses propres intentions, d'imposer son programme aux décideurs réelles. Enfin, le FFS considère comme essentiel que toutes les forces politiques et associatives participent à la stratégie de sortie de crise, et craint une sorte de "coup de force en douce" du président Bouteflika, imposant sa propre stratégie par le biais d'un référendum plébiscitaire, destiné au moins autant à ratifier les propositions du président qu'à lui donner une légitimité que les présidentielles du 15 avril, aboutissant à sa candidature unique, ne lui ont pas offerte. Sur le fond cependant, on ne peut que constater que les propositions d'Abdelaziz Bouteflika, tant celles contenues dans la loi sur la "concorde civile" que celles évoquées lors du Conseil des ministres du 29 juin, correspondent en grande partie à des propositions faites depuis des années par le FFS. Si le président algérien ne reprend évidemment pas tout le programme politique de Hocine Aït Ahmed, il en reprend de plus en plus explicitement des points de plus en plus essentiels. La presse francophone anti-islamiste ne cesse d'ailleurs depuis des semaines d'assurer (pour le dénoncer) qu'Abdelaziz Bouteflika est en train de "concrétiser Sant'Egidio".

(Le Matin, Liberté AP 4.7) Les députés ont entamé le 4 juillet l'examen du projet de loi sur la "concorde civile". La loi fera l'objet d'un débat en séance plénière les 6 et 7 juillet. Son adoption de fait guère de doute, et pour le président Bouteflika, les débats parlementaires seront surtout l'occasion d'engager le débat référendaire. Du côté des partis politiques représentés à l'Assemblée nationale, le FLN, le RND, Ennahda et le MSP, majoritaires, ont d'ores et déjé exprimé leur soutien au projet. Quant aux partis d'opposition, le RCD condamne la "réhabilitation des terroristes" et le FFS "l'opacité du processus" lancé par le président Bouteflika. Le FFS reproche également au projet de loi de la pas traiter "le volet politique de la crise". Le "Comité national contre l'oubli et la trahison" (CNOT) de Tizi Ouzou a pour sa part annoncé le 3 juillet une marche, le 5, à Alger, en refusant "de s'inscrire dans la démarche du président Abdelaziz Bouteflika" et en dénonçant "le fait de traiter avec Abassi Madani qui est le terroriste en chef dans le pays et que Bouteflika qualifie de patriote". De même, les associations de familles victimes du terrorisme récusent la démarche présidentielle : l?Organisation nationale des victimes du terrorisme ONVITAD affirme dans un communiqué ne donner "procuration ni au Président de la République, ni au Parlement, ni au reste du peuple pour pardonner aux assassins", et "Djazaïrouna" dénonce "l'impunité" qu'accorderait aux "terroristes" les projets d'Abdelaziz Bouteflika.

(APS, Le Matin 30.6, 1.7) Le ministre de la Communication et de la Culture, et porte-parole du gouvernement, Abdelaziz Rahabi, a été démis de ces fonctions le 29 juin par le président Bouteflika, et nommé "ministre conseiller auprès du Chef du gouvernement". Ce départ intervient à un moment où une bonne partie de la presse indépendante, dont la plupart des quotidiens francophones, exprime son opposition aux initiatives "réconciliatrices" du président Bouteflika. Il y a quelques jours, le directeur de l'agence d'Etat chargée de répartir les ressources publicitaires entre les media, l'ANEP, avait déjà été remplacé par Abdelaziz Bouteflika. Tedjini Salaoundji, secrétaire d'Etat chargé de la Communauté nationale à l'étranger (des Algériens de l'étranger) a été "installé" le 30 juin comme ministre par interim de la Communication et de la Culture, en remplacement d'Abdelaziz Rahabi.

(Le Matin, El Watan, APS 4.7) Selon "Le Matin", le président Bouteflika aurait décidé de baptiser les aéroports algériens du nom de "personnalités marquantes, comptant parmi les symboles du mouvement national ou (...) de héros qui ont eu à conduire et à commander la Guerre de libération nationale" (l'aéroport d'Alger portant déjà le nom de Houari Boumedienne). Ainsi, l'aéroport de Tlemcen deviendrait l'aéroport Messali Hadj, ce qui équivaut quasiment à une réhabilitation officielle du fondateur du mouvement national algérien, considéré par une partie de la "famille révolutionnaire" comme un traître à la cause pour s'être opposé au FLN pendant la guerre de libération. Quant aux autres aéroports, celui de Béjaïa deviendra l'aéroport Abane Ramdane , celui de Biskra l'aéroport Mohamed Khider, celui de Hassi Messaoud l'aéroport Krim Belkacem.

(El Watan 4.7) Selon "El Watan", la composition du futur gouvernement, qui succédera à l'actuel gouvernement présidé par Smaïl Hamdani, serait connue le 18 juillet. Outre les quatre partis de la coalition actuelle (Ennahda, MSP, FLN et RND), la participation de la mouvance dite "républicaine" serait souhaitée, au travers de celle de l'ANR de Redha Malek (non représentée à l'Assemblée nationale, et qui aurait accepté) et du RCD (qui n'a encore dit ni oui, ni non). Si cette hypothèse se réalisait, l'opposition serait réduite aux seuls Front des Forces Socialistes et Parti des Travailleurs, c'est-à-dire, assez paradoxalement, aux deux partis "moteurs" de la mouvance "réconciliatrice" du camp "démocrate", alors qu'une partie des propositions de cette mouvance ont été reprises dans celles du président Bouteflika. En outre, "El Watan" annonce qu'"au cours de l'an 2000, le chef de l'Etat aurait prévu une révision de la Constitution et la dissolution des assemblées locales", puis des législatives anticipées en 2001.

(La Tribune 2.7) Selon le quotidien "La Tribune", reprenant une information parue dans le quotidien arabe de Londres "Al Qods" du 29 juin, le président Bouteflika aurait envoyé un émissaire et um message aux islamistes algériens de la tendance du "Conseil de coordination du FIS à l'étranger", fondée par Ahmed Zaoui, et réfugiés en Suisse. "Al Qods", citant une "source algérienne crédible", indiquait que le message de Bouteflika aux représentants en Suisse Conseil de coordination du FIS, Mustapha Habes et Mourad Oudina (?), les avertirait que si le CC-FIS récusait la démarche présidentielle, il se retrouverait "dans le camp des éradicateurs et des adversaires de la paix". Selon "Al Qods", les destinataires supposés du message auraient confirmé des tractations entre eux et la présidence, sans en révéler le contenu, mais considérerait que l'action d'Abdelaziz Bouteflika reste en-deçà de leurs attentes et n'est qu'une "somme de retouches sécuritaires n'ayant pas atteint le niveau du traitement politique qu'exige la question". Selon "La Tribune", le CC-FIS attendrait, pour s'y rallier, la réaction d'Ali Benhadj, laquelle pourrait prendre la forme d'une lettre à Abdelaziz Bouteflika, soutenant la démarche de "concorde civile" de ce dernier.

(Algera-Watch 5.7, AP 5.7) Le Conseil de coordination du FIS, dirigé depuis le Burkina-Faso par Ahmed Zaoui, a réagi dans un communiqué daté du 4 juillet à la démarche de "réconciliation nationale" lancée par Abdelaziz Bouteflika. Le CC-FIS "prend acte des dernières mesures d'apaisement et de détente" et considère comme autant de "mesures d'apaisement et de détente positives (...) la reconnaissance que l'arrêt du processus électoral de janvier 1992 fut une violence à l'encontre du peuple algérien; l'engagement de libérer prochainement des milliers de citoyens injustement détenus; l'annonce de 100'000 morts, ce qui est un pas vers la reconnaissance de la véritable ampleur de la tragédie algérienne". Le CC-FIS considère cependant que l'"impératif moral et religieux de la réconciliation nationale (...) ne peut en aucun cas être un substitut à (un) contenu politique (...) précis, transparent et concret", lequel doit, selon le CC-FIS, "s'articuler entre autres autour du droit du peuple à faire ses choix politiques et sociétaux et à élire ses représentants librement, son droit à contrôler ses gouvernement, du rôle de l'institution militaire, du rejet de la violence comme mode d'accès et de maintien au pouvoir, ainsi que des droits fondamentaux de la personne humaine". Le CC-FIS reproche en outre à la démarche du président Bouteflika de procéder par "l'association sélective et individuelle de personnes et de groupes, dans l'exclusion du FIS", et considère que "tous les responsables du FIS, libres et emprisonnés, à l'intérieur et à l'extérieur, sans exclusion aucune", comme "tous les acteurs politiques représentatifs de la société algérienne", doivent y être associés. S'agissant de la loi "de concorde civile", le CC-FIS lui reproche de qualifier ceux qui en sont l'objet, de "criminels" et d'exempter "pénalement, par ommission" les "instigateurs et commanditaires de la répression, ainsi que les forces régulières (ANP, gendarmerie, DRS, Sûreté) et irrégulières (milices, GIA, OSRA, OJAL et autres escadrons de la mort)" de toutes poursuites. Pour le CC-FIS, le projet de loi a donc le tort de réprimer non pas "l'acte de violence armée contre la société" mais "la volonté et l'acte de défense légitimte contre l'agression de la hiérarchie militaire usurpatrice du pouvoir". Il ne s'agirait donc que d'une loi de "Rahma-bis", d'un "outil policier et un instrument de guerre, menant plutôt à la discorde qu'à la concorde civile". Le CC-FIS exige donc notamment la levée de l'état d'urgence, la "libération de tous les sympathisants et militants du FIS, notamment Cheikhs Madani Abassi et Ali Benhadj", le droit des dirigeants du FIS de "se réunir librement et sans condition entre eux et avec les dirigeants de la résistance armée", ainsi que la mise à l'écart des "responsables du coup d'Etat de janvier 1992 et de la répression sanglante qui s'en est suivie".

(Reuters, AFP, AP, APS 5.7) "Je suis un homme de paix, pas un homme de guerre", a déclaré le 5 juillet le président Bouteflika, lors d'une cérémonie au ministpre de la Défense, en exhortant l'armée à l'aider à réaliser la concorde nationale et à rétablir la paix. Selon un communiqué de la présidence diffusé le même jour, "en accordant la grâce à des milliers de personnes (...) sous main de justice, le président de la République donne un sens profond à la mansuétude de l'Etat". "L'Etat est maintenant fort et celui qui est fort est capable de pardonner (et d') offrir une nouvelle page aux égarés qui veulent réintégrer -et cela est en projet- la collectivité nationale", avait auparavant déclaré le président aux oficiers à qui il s'adressait, et qu'il a qualifié de "pionniers de l'expérience démocratique" en Algérie, et à qui il a promis qu'il ne les "abdonner(a) pas". "Nous n'avons pas besoin de vainqueur et de vaincu, car toute goutte de sans qui coule chaque jour en Algérie de l'une ou l'autre partie, est une goutte de sang algérienne", a assuré le président algérien, qui a également appelé "chaque citoyen" à comprendre "une fois pour toute que la collectivité nationale n'incrimine pas un enfant de cinq ou dix ans dont le père a dévié du droit chemin"

(APS 5.7, 6.7) Abdelaziz Bouteflika a décoré le 5 juillet de l'ordre du mérite national, dans une promotion "Houari Boumediene", plusieurs personnalités, dont certaines à titre posthume. Les anciens chefs de l'Etat Ahmed Ben Bella (à qui Abdelaziz Bouteflika a rendu visite le 5 juillet), Houari Boumediene, Rabah Bitat et Ali Kafi ont été élevés à la dignité de "Sadr"; Ramdane Abane, Mohammed Khider (entre autres) ont été élevés, à titre posthume, à la dignidé d'"Athir".

(AP 5.7, AFP 6.7) Dans une intervention radio-télévisée le 5 juillet, Abdelaziz Bouteflika a assuré : "La solution de la crise est à notre portée, mais nous devons être modestes, compter sur nous-mêmes et pardonner là où c'est possible". Le président algérien a fait un exposé des racines historiques de la crise, s'attardant en particulier sur les résultats négatifs du "socialisme spécifique" qui eut cours jusqu'aux années '80 (et dont il fut pourtant l'un des responsables), dont les "calculs était faux" car éloignés "de la réalité économique et sociale". S'agissant de l'économie, Abdelaziz Bouteflika a déclaré que "le pétrole, dont nous ne savons pas s'il est une bénédiction ou une maléduction, nous a caché la véritable richesse, la terre". Le président s'est déclaré convaincu que l'Algérie vit "certainement les dernières manifestations" des violences qui ont fait plus de 100'000 morts depuis 1992, de son propre aveu.

(Le Matin 5.7, 7.7, El Watan 6.7) Le débat parlementaire sur la loi portant "rétablissement de la concorde civile" a commencé le 6 juillet à l'Assemblée populaire nationale. Aucun parti représenté à l'Assemblée ne s'est explicitement prononcé contre le projet, présenté le 4 juillet au Parlement par le Premier ministre Hamdani, qui a rendu un vibrant hommage aux victimes du terrorisme, a invité leurs familles à pardonner et à réitéré la volonté gouvernementale d'"éradiquer" le terrorisme. La porte-parole du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, a approuvé le projet de loi mais estimé qu'il fallait plus, c'est-à-dire une solution politique globale "impliquant toutes les parties en conflit". Du côté des partis politiques, Louisa Hanoune a également plaidé pour une prise en charge du problème des "disparus" et de celui des cadres emprisonnés, et a demandé la libération de tous les détenus politiques, Ali Benhadj compris. Le Front des forces socialistes, qui approuve également le projet de loi, demande aussi au président Bouteflika de tracer "le cadre politique nécessaire" pour "amener la paix" : "Ce projet de loi n'est pas une solution. Il faut une solution globale" qui sorte de la démarche du "tout sécuritaire" et prennent en compte les exigences de démocratie et de justice sociale, a déclaré le député du FFS Ferrad. Les deux partis islamistes légaux, le MSP et Nahda, soutiennent évidemment sans réserve le projet, ainsi que le FLN. Le RND également, mais de manière apparemment moins convaincue, et en exprimant son soutien aux "Patriotes" et aux familles victimes du terrorisme. Le RCD reproche au projet de ne pas traiter des responsabilités politiques du "terrorisme" et de risquer de transformer la défaite militaire des islamistes armés en victoire politique, mais le chef du RCD, Saïd Sadi, s'est déclaré (quoique en termes plutôt embigus) le 5 juillet à la radio publique française France-Info favorable à la démarche présidentielle, tout en avouant qu'il ne savait "strictement rien des intentions de Bouteflika quant à la manière de constituer le gouvernement", et en se prononçant en faveur de la constitution d'un "gouvernement d'union nationale réunissant tous les partis démocratiques" -dont évidemment le RCD. En ce qui concerne les partis non représentés à l'Assemblée nationale, l'ANR de Rheda Malek reste dans l'expectative, alors que le MDS est catégoriquement opposé à toute démarche réconciliatrice en direction des islamistes.


(APS 7.7) En visite le 6 juillet à Constantine, le président Bouteflika a exprimé sa "profonde conviction que la paix civile constitue le fondement de l'édification de l'Etat, de la relance de l'économie et de l'espoir pour la jeunesse", et a appelé la jeunesse algérienne à lui apporter son soutien.

(APS, Reuters 7.7, AP 8.7) Dans un entretien diffusé surRadio-France internationale le 7 juillet, Abdelaziz Bouteflika a assuré que le caractère républicain n'était pas négociable : "Je ne négocie avec personne sur l'institution républicaine", a affirmé le président, qui a exprimé sa volonté de "faire la paix quoi qu'il en coûte" et de "mettre fin à une tragédie qui a bientôt huit ans", mais dans le respect de la constitution et des "lois de la République". Abdelaziz Bouteflika a repoussé l'éventualité d'une re-légalisation du FIS, interdit depuis 1992, a justifié le maintien pour l'instant d'Abassi Madani et d'Ali Benhadj en résidence surveillée et "dans des conditions plus que confortables" pour le premier, en détention "dans des conditions moins confortables" pour le second et a rendu hommage à l'armée, "moteur de la démocratie" et à qui l'Algérie doit d'être "vivante". S'agissant des deux leaders islamistes, le président algérien, qui a considéré qu'"il y a la violence à l'état pur et il y a une violence de la plume, (...) du mot (...), de la pensée", a rappelé que "certains pensent que toute la violence algérienne a pour origine M. Abassi Madani et M. Belhadj", mais a évoqué implicitement la possibilité de libérer Ali Benhadj "aussitôt que j'aurai le sentiment qu'il rejoint la constitution et qu'il rentre dans le cadre de la République". Abdelaziz Bouteflika a également repoussé la levée de l'état d'urgence "pour le moment", mais en ajoutant qu'il prendra "la décision qu'il faut au moment où il le faut". S'agissant enfin du référendum sur le projet de loi sur la "concorde civile", Abdelaziz Bouteflika a réfuté les critiques selon lesquelles ce référendum ne servirait qu'à asseoir une légitimité contestée, après une élection douteuse : "Je ne suis pas un mal élu (...) Je ne suis pas là pour un fauteuil (...) Je n'exerce pas le pouvoir pour le pouvoir", a assuré le président algérien, qui a mis en garde contre l'illusion qu"en un tour de main, on puisse revenir dix ans en arrière". Le lendemain, toujours sur une chaîne publique française (de télévision, cette fois : France-2), Abdelaziz Bouteflika a réaffirmé que "la République ne négocie avec personne" mais que lui avait fait tout son possible "pour permettre aux uns et aux autres de rejoindre le bercail sans perdre la face". Le président, qui a confié que depuis son arrivée au pouvoir, il avait trouvé "très peu de choses" qui n'aient pas été touchées par le "fléau" de la corruption, a dénoncé, s'agissant du code de la Famille et de la situation des femmes algériennes, "la calcification de certains esprits et d'une population qui n'a pas compris que les 52 % de la population sont des femmes.

(APS 7.7) Le président Bouteflika a réaffirmé le 7 juillet au micro de Radio-France internationale le soutien "jusqu'au bout" de l'Algérie au principe de l'"autodétermination" du Sahara occidental, et a demandé "l'application immédiate et rapide du référendum d'autodétermination".

(AP, "El Watan" 7.7, APS, El Watan 8.7) Retransmis en direct les 6 et 7 juillet par la télévision et les radios publiques, le débat parlementaire autour du projet de loi sur la "concorde civile" a semblé peu passionner l'opinion publique, malgré les efforts du président -et, en sens inverse, des familles de victimes du terrorisme. Ã l'Assemblée nationale, aucun parti ne s'est opposé au projet, pas même ceux des deux courants de l'opposition, "dialoguistes" du FFS et du PT et "éradicateurs" du RCD, mais ces partis ont tout de même exprimé des critiques, sans que ces critiques n'entraînent un vote négatif.

Les députés du FFS ont dénoncé l'opacité de la démarche présidentielle et critiqué la politique du "tout sécuritaire" menée pendant huit ans, et qui a selon eux "coûté au pays 100'000 morts et quatre milliards de dollars chaque année depuis 1991". "La démarche du président n'est pas la nôtre", a rappelé à "El Watan" le président du groupe socialiste, Mustapha Bouhadef, pour qui "la solution doit (...) respecter (...) le non-recours à la violence, le principe de l'alternance et surtout le respect des droits de l'homme". Le responsable du FFS a également réclamé la levée de l'état d'urgence (qui "n'implique pas l'arrêt de la lutte antiterroriste", la libération des détenus politiques et "la réunion de toutes les forces politiques afin de dégager une solution politique". Or "on assiste actuellement à une amnistie mutuelle sur le dos des véritables victimes" des "éventreurs" islamistes et des responsables des "dépassements de la part des forces de sécurité". Moustapha Bouhadef annonce que, lors du référendum annoncé par le président, "dans le cas où le président demande au peuple s'il est d'accord ou non pour la paix qui s'inscrit dans le cadre d'une solution globale", le FFS appelera à voter oui. Moustapha Bouhadef considère d'ailleurs que le recours au référendum signifie que le Parlement n'est pas représentatif et "n'est pas du tout l'image politique de la société", et se déclare "tout à fait pour sa dissolution". Au Parlement, le député Malek Saadani, voyant dans le projet de loi un diagnostic de la crise et de ses causes, a également affirmé que la retour à la paix implique la démocratisation de la vie politique, la mise en place de mécanismes démocratiques et la libre participation du peuple. Arab Kaci a répété que "l'accord entre ceux qui portent les armes a été conclu dans l'opacité absolue".

Le Parti des Travailleurs a pour sa part considéré que le projet de loi appelait d'autres mesures supplémentaires : la libération des prisonniers d'opinion, celle des cadres incarcérés, l'ouverture du dossier des "disparus", la prise en charge par l'Etat des familles des victimes du terrorisme et la tenue d'une conférence nationale. Louisa Hanoune, tout en considérant que le projet "ouvrait la discussion, m'eme s'il est insuffisant, et même s'il ne s'agit que de confirmer la trêve avec l'AIS", a demandé d'"autres mesures, et regretté que le projet n'ait pu être modifié : "cette assemblée est une chambre d'enregistrement", a constaté la porte-parole du PT, tout en rappelant que les "députés qui, hier encore, nous menaçaient lorsqu'on parlait de paix et d'ouverture du champ politique, aujourd'hui sont pour la paix". "Il n'est pas question de nous parler de solution alors qu'il y a évacuation de la question des disparus et celle des cadres emprisonnés" et qu'une bonne partie de ceux qui ont été ou vont être libérés étaient en prison injustement : "les procès étaient tous préfabriqués, je sais qu'un frère a payé pour son frère, qu'un père a payé pour son fils, qu'une femme a payé pour son mari".

Le président du groupe parlementaire du RCD Abdelhamid Lounaouci, considérant que le projet "traduit une initiative politique", a déclaré que le RCD suivait "avec intérêt, sagesse et vigilance la démarche du président de la République", mais a néanmoins critiqué l'effacement des antécédents judiciaires prévu par le projet pour ceux bénéficiant de ses mesures de clémence, ce qui, selon lui, introduit une "inégalité entre les citoyens". Le RCD reproche également au projet de ne pas comporter d'aspect préventif du terrorisme. Khalida Messaoudi a considéré que les trois principales dispositions du projet (grâce, atténuation ou réduction de peine, commuation de peines) relèvent des prérogatives du président de la République, et plusieurs intervenants ont regretté que les propositions du président n'identifient pas clairement la responsabilité de l'islamisme politique comme "matrice idéologique" du terrorisme.

Les partis de la coalition gouvernementale ont, sans surprise, approuvé le projet, (mais en exprimant parfois la crainte, notamment présente au RND, qu'il puisse être "dévié de son objectif" ou rejeté par les autres groupes armés que l'AIS). Pour le MSP, le projet contribue à mettre fin à la violence "au nom de la religion ou au nom de la laïcité", le RND a appelé à soutenir la démarche de la "concorde civile", Nahda en a fait autant et le FLN a espéré qu'il contribuera à mettre fin définitivement aux tueries et actes de destruction (tout en ajoutant que pour recouvrer la concorde civile, il fallait mener "une politique complète basée sur l'élimination de tous les aspects de la hogra, la marginalisation (et) la bureaucratie"...

Répondant aux interventions des députés, le Premier ministre Hamdani a exprimé sa "satisfaction" et considéré que le gouvernement avait atteint son objectif d'un "débat large et riche" entre toutes les sensibilités présentes à l'APN. Smaïl Hamdani a relevé que même les députés qui avaient exprimé des craintes ou des préoccupations n'avaient pas rejeté le projet de loi et a assuré que la présentation du projet s'était faite dans la "célérité", non dans la "précipitation".

(APS, Reuters, AFP 9.7, Le Matin, El Watan 10.7) L'Assemblée populaire nationale algérienne (APN) a adopté le 8 juillet au soir, sans aucun amendement et à l'unanimité des votants (288 voix) le projet de loi relatif à la concorde civile, après un débat de deux jours. Aucun des 19 députés du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) n'a pris part au vote, par refus de la réhabilitation des "assassins islamistes" et en considérant que le projet étant soumis au référendum populaire, le vote de l'assemblée n'a aucune utilité. Les seize députés présents du Front des Forces Socialistes et du Parti des Travailleurs se sont quant à eux abstenus, par refus de l'"opacité des négociations" entre le pouvoir et les islamistes, et pour exprimer leur doute sur la capacité des propositions présidentielles à produire une solution globale à la crise. Une fois adopté par l'Assemblée, le projet a été soumis au Sénat, auquel il a été présenté par le Premier ministre le 10 juillet. A l'Assemblée, aucun des 25 amendements, portant sur 15 articles, n'a été retenu. Selon "Le Matin", les chefs des groupes parlementaires de la majorité gouvernementale (RND, FLN, MSP, Nahda) "auraient été destinataires (le 7 juillet) d'une instruction verbale : le texte ne doit pas être modifié" car il "s'inscrit dans une stratégie globale". Du coup, les députés de la majorité qui avaient déposé des amendements les ont retiré "au nom de la concorde civile". Le projet de loi, qui passe le 11 juillet devant le Sénat (Conseil de la Nation) devrait être soumis au référendum populaire en septembre.

(Le Matin, El Watan 10.7) Alors que l'Assemblée nationale approuvait le projet de loi sur la "concorde civile", des représentants des familles des victimes du terrorisme manifestaient face à l'entrée de l'Assemblée, le 8 juillet, toute la journée, à l'appel du "Comité national contre l'oubli et la trahison". La manifestation n'a rassemblé que quelques dizaines de personnes, interpellant certains députés (notamment du RND) pour tenter, en vain, de les convaincre de voter contre le projet. Le CNOT a adressé au président de l'Assemblée une motion invitant députés et ministres qui croient "que la loi sur la concorde civile rétablira la sécurité" à renoncer à leurs "armes, gardes du corps, véhicules blindés, logements sécuritaires" et à "reprendre une vie normale après la relaxe des amnistiés". Le CNOT a appellé à une nouvelle manifestation le 11 juillet devant le Sénat.

(AP 9.7 Dans une nouvelle intervention sur une chaine de radio ou de télévision française (France-Inter, cette fois), la quatrième en trois jours, Abdelaziz Bouteflika a exclu le 9 juillet que le FIS puisse retrouver une activité politique, "pour une raison très simple, c'est que l'histoire ne peut pas faire marche arrière". "Le peuple algérien ne veut pas retourner aux années 90. Le FIS, c'est (...) un dérapage historique qu'il ne refera (...) plus jamais", a assuré le président, qui a cependant précisé que cela ne voulait pas dire que "les causes qui ont amené ce dérapage (aient) disparu", ni qu'il faille interrompre le dialogue avec les islamistes.

(APS 11.7) Répondant le 9 juillet aux questions des journalistes étrangers venus couvrir le sommet de l'OUA, Abdelaziz Bouteflika s'est à nouveau longtement expliqué sur sa démarche de "réconciliation nationale", ses origines et ses limites. A propos du "contrat de Rome", Abdelaziz Bouteflika a expliqué qu'étant à l'époque membre du Comité central du FLN, il n'avait pas été informé par le secrétaire général du parti, Abdelhamid Mehri, de l'intention de celui-ci de signer le texte de Sant'Egidio, mais qu'il avait ensuite dit au président Zéroual que même si les propositions de Rome relevaient d'une "manipulation étrangère", dans la mesure où elles pouvaient permettre une sortie de crise, il fallait pouvoir les examiner et ne pas les refuser a priori, mais les considérer comme une base de proposition. Abdelaziz Bouteflika a réitéré son refus de recevoir Abassi Madani "en tant que dirigeant de quelque formation politique que ce soit", le FIS ayant été dissout et la nouvelle constitution algérienne de 1996 excluant qu'il puisse être relégalisé. Cependant, le président a assuré qu'il recevra tout "Algérien qui se présenterait (à lui) pour demander une audience", ce qui vaut donc pour Abassi Madani s'il ne se présente pas "en tant que porte-parole d'un parti dissout", le président algérien qualifiant le fondateur du FIS d'"homme de foi et de conviction" dont il ne partage pas les opinions, mais avec qui il peut avoir des relations respectant le principe exprimé par Voltaire : "Je ne suis d'accord avec vous ni sur l'essentiel, ni sur l'accessoire. Par contre, je me battrai jusqu'à mon dernier souffle pour que votre voix soit entendue".

S'agissant des groupes d'auto-défense (GLD, milices anti-islamistes), Abdelaziz Bouteflika a déclaré qu'ils étaient "sous la responsabilité pleine et entière de l'armée nationale populaire" et qu'il n'y avait en Algérie que l'ANP, et "pas de milices populaires". Le président a implicité annoncé que "quant les problèmes de sécurité seront réglés", ces groupes d'auto-défense seront dissouts.

S'agissant des relations consulaires de l'Algérie avec l'étranger, le président Bouteflika a estimé "absolument aberrant que les Algériens doivent écrire à Nantes pour avoir un visa" pour la France, et "plus aberrant encore que des ambassades étrangères autres que française, qui ont pignon sur rue ici, envoie les citoyens algériens à Tunis pour obtenir un visa" (comme le fait l'ambassade de Suisse".

(AFP, Reuters, AP 8.7) Abdelaziz Bouteflika s'apprête à devenir président pour un an de l'Organisation de l'Unité Africaine, dont le congrès va s'ouvrir le 12 juillet à Alger, et va utiliser cette présidence pour replacer l'Algérie sur la scène diplomatique internationale et en refaire "un pays fort et respecté". En deux mois de présidence, Abdelaziz Bouteflika a déjà reçu à Alger le président égyptien Moubarak, le roi Abdallah de Jordanie, le président palestinien Yasser Arafat et de très nombreux émissaires étrangers, notamment arabes et africains. Le sommet de l'OUA se tiendra au Club des Pins (résidence d'Etat, enrichie d'un hôtel Sheraton équipé d'une salle de congrès de 700 places), qui abrite le Palais des Nations où s'était déjé tenu en 1968 un sommet de l'OUA (auquel Abdelaziz Bouteflika assistait en tant que ministre des Affaires étrangères du président Boumédiene). Le sommet de l'OUA aura notamment à se pencher sur les sanglants conflits intérieurs de Sierra Leone, du Congo et d'Angola, ainsi que sur la guerre entre l'Eryhtrée et l'Ethiopie. Parallèlement ou préalablement au sommet de l'OUA se tiendront (ou se tiennent déjà) à Alger trois rencontres africaines : celle des ministres des Affaires étrangères, qui a commencé le 8 juillet, un sommet syndical, qui a commencé le même jour, réunissant une soixante d'organisations sur les thèmes de la dette, de l'intégration économique, de l'emploi et des droits des salariés, et une rencontre des défenseurs africains des droits de l'Homme à l'initiative de la Ligue algérienne d'Ali Yahia Abdennour.


(Reuters 9.7, APS 10.7, AP 11.7) L'Algérie présentera la candidature de Said Djinnit, énarque et diplomate de 45 ans, au poste de secrétaire général adjoint de l'OUA, lors du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'organisation, dont les travaux s'ouvrent le 12 juillet au Palais des Nations (Club des Pins), et qui est placé sous très haute sécurité, un impressionnant dispositif ayant été mis en place dès le 10 de l'aéroport Houari Boumédiène au Club des Pins. Le leader lybien Muammar Kadhafi a été le premier à arriver à Alger le 10 juillet, et a eu un entretien avec Abdelaziz Bouteflika. L'absence du Maroc au sommet, pour cause de présence de la République sahraouie et de soutien algérien au Front Polisario, a par ailleurs été confirmée à Rabat. Le président égyptien Moubarak, qui sera présent au sommet, pourrait tenter de concilier l'Algérie et le Maroc sur ce dossier. Le président tunisien Ben Ali est arrivé également à Alger le 11 juillet. Les chefs d'Etat algérien, tunisien et lybien se retrouvant donc à Alger pourraient relancer le processus d'édification de l'Union du Maghreb Arabe (UMA) .

(Liberté 11.7, APS 9.7) S'appuyant sur "des sources très au fait du sérail", "Liberté" prévoit que le prochain gouvernement, dont la formation interviendra après le sommet de l'OUA, sera constitué de 22 à 25 ministres et qu'il s'agira, conformément à l'annonce faite par le président Bouteflika, d'un "gouvernement politique". Politiquement, cependant, si les noms des ministres suggérés par "Liberté" sont parfois ceux de personnalités nouvelles (ou faisant leur rtour aux affaires), la composition du gouvernement ne changerait guère, l'ANR de Rheda Malek y faisant toutefois son entrée. Pour le poste de Premier ministre, "Liberté" évoque le nom de l'actuel président du Conseil économique et social (CNES), M. Mentouri, ou celui du sénateur et ancien ministres des Finances, M. Benbitour. Le poste de ministre des Affaires étrangères pourrait revenir au sénateur Hocine Djilali, à Driss Jazairi, à Yazid Zerhouni, au diplomate Mohamed Sahnoun ou au représentant de l'Algérie auprès des Nations Unies à New York, Ramdane Lamamra. L'actuel ministre de la Justice, M. Mekamcha, resterait à son poste (mais le nom de l'anc ien procureur d'Alger Sayegh est également évoqué). L'ancien ministre de l'Intérieur (dans le gouvernement de Rheda Malek, en 1994) Sali Sâadi retrouverait ce ministère. Un autre dirigeant de l'ANR, Ali Haroun, pourrait également obtenir un ministère, tout comme l'ancien président du PRA, Nourredine Boukrouh. L'ancien président de l'Assemblée nationale Abdelaziz Belkhadem deviendrait ministre des Affaires religieuses. Les quatre partis composant l'actuelle coalition gouvernementale constitueraient toujours son socle, mais le MSP n'aurait plus que trois portefeuilles contre cinq au FLN et cinq au RND. Ennahda obtiendrait deux portefeuilles (et l'ANR, non représentée à l'Assemblée, également deux). "Liberté" ne fait pas état d'une possible entrée du RCD au gouvernement. Le 9 juillet, le président Bouteflika, revenant sur les vingt dernières années de la vie politique algérienne, a fixé "la réhabilitation de l'Etat" comme "l'un des devoirs les plus impérieux" du prochain gouvernement, et a ironiquement considéré que "si Marx et Lénine venaient à nous voir aujourd'hui, ils nous payeraient des royalties pour avoir trouvé la formule du dépérissement de l'Etat". Pour le président, les partis de la coalition devront "présenter au gouverrnement des gens qui sachent mettre l'intérêt national au-dessus des considérations partisanes", alors que pendant vingt ans on e confondu en Algérie "professeur d'université avec ministre", avec pour résultat de "perdre beaucoup de bons professeurs d'université pour gagner beaucoup de très mauvais ministres".

(APS 11.7) Le président de l'ANR (Alliance nationale républicaine), l'ancien Premier ministre "éradicateur" Rheda Malek, a apporté le 9 juillet son soutien total à la démarche "réconciliatrice" du président Bouteflika -lequel avait d'ailleurs fait de Rheda Malek son émissaire personnel dans plusieurs pays africains avant l'ouverture du sommet de l'OUA. Rdeha Malek a affirmé que la loi de "concorde civile" s'inscrit "sans ambiguïté aucune dans une perspective claire, dans une logique d'Etat", que l'"Algérie est en train d'émerger d'une crise qu'aucun pays, peut-être, n'a pu vivre comme le peuple algérien" et que "nour partagesons cette ligne (celle du président) qui est celle de la renaissance de la Nation et de la réhabilitation de l'Etat".

(Reuters 11.7, AP 14.7) Le Conseil de la Nation (Sénat) a approuvé le 11 juillet à l'unanimité (moyennant cinq abstentions) le projet de loi sur la "concorde civile" déjé approuvé le 8 par l'Assemblée populaire nationale. 131 Sénateurs ont voté pour la loi, cinq se sont abstenus. L'adoption du texte par les deux Chambres, puis sa promulgation par le président Bouteflika le 13 juillet, ouvre la voie au référendum populaire, lequel devrait avoir lieu avant la fin septembre. Après sa très probable adoption par le peuple, la loi devrait permettre la libération de 5000 détenus islamistes au moins.

(Le Matin 14.7) Selon le quotidien "éradicateur" Le Matin, Hocine Aït Ahmed, a rencontré à Paris le 30 juin l'ancien Secrétaire général du FLN, et signataire avec lui du "contrat" de Sant'Egidio, Abdelhamid Mehri, ainsi que "nombre de responsables français", afin de mettre sur pied une "réunion nationale sur la paix" à Alger, projet qui aurait "reçu l'aval, direct ou indirect, de l'entourage de Bouteflika" et auquel pourraient participer (ou "assister") des "personnalités membres de la coalition bouteflikienne" et des représentants du FIS. "Le Matin" s'inquiète du "vent très favorable" dont bénéficient selon lui "les partisans de Sant'Egidio" et relève qu'après en avoir dit du bien devant la presse internationale, le président Bouteflika a manifesté l'estime en laquel il tenait plusieurs de ses précurseurs ou initiateurs, comme Ahmed Ben Bella (qui selon le quotidien "aurait accepté de reprendre du service pour la "paix" et de jouer à l'émissaire auprès des différentes tendances". "Le Matin" considère enfin que "les partis de Sant'Egidio qui siègent au Parlement (FFS et PT) (ont) pris soin de ne pas gêner Bouteflika dans le débat autour de la loi sur la concorde civile". Pour autant, les deux partis n'ont pas encore fait connaître leur mot d'ordre pour le référendum sur le projet de loi. Le président du groupe parlementaire FFS, M. Bouhadef, a cependant déclaré que son parti "accorde le bénéfice du doute au Président de la République et se réclame toujours de la plate-forme du contrat national" de Sant'Egidio -laquelle demande notamment comme préalable à toute négociation politique fondamentale la libération des responsables du FIS et de tous les détenus politiques, l'ouverture du champ politique et médiatique, l'annulation de la décision de dissolution du FIS, la levée de l'état d'urgence et l'abrogation du dispositif d'exception.

(El Watan 12.7) La manifestation des associations de familles de victimes du terrorisme devant le Conseil de la Nation, le 11 juillet, contre le projet de loi sur la "concorde civile", a rassemblé quelques dizaines de personnes, en majorité des femmes, scandant "AIS, GIA, Pouvoir, assassins". D'importantes forces policières avaient été dépêchées sur les lieux et sont intervenues à coups de matraques.

(AP, Liberté 12.7) Selon le quotidien "Liberté", Ali Benhadj serait hostile à sa libération dans le cadre de la loi de "concorde civile" et aurait opposé une fin de non-recevoir à une "délégation de haut rang, dirigée par l'ancien colonel Z'Biri", venue la lui proposer à la prison militaire de Blida. "Je ne serai libéré que par l'armée islamique", aurait répondu Ali Benhadj, emprisonné depuis juin 1991.


(Reuters, AP, APS 12.7, 13.7) Le président Bouteflika a ouvert le 12 juillet le sommet de l'OUA, en considérant que les chefs de gouvernement et chefs d'Etat des 43 pays représentés apportaient par leur présence "un soutien politique et psychologique" à ses "efforts pour aboutir à un retour de la paix et de la réconciliation et rétablir la dignité du peuple algérien". Abdelaziz Bouteflika s'est en effet beaucoup investi personnellement pour que ce sommet soit un succès. Y sont ainsi présents Mouammar Kadhafi, Hosni Moubarak, Omar Bongo, Gnassingbe Eyadema, les deux présidents fraîchement élus d'Afrique du Sud Thabo Mbeki et du Nigéria Olusegun Obasanjo, Laurent-Désiré Kabila (dont la présence n'était pas certaine), le président érythréen et le Premier ministre éthiopien, dont les pays sont en guerre, la président de Sierra-Léone et son futur vice-président, pour l'heure chef de l'opposition armée, et enfin Yasser Arafat et le Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan. Deux anciens présidents-fondateurs de l'OUA, Ahmed Ben Bella et Julius Nyerere, sont invités d'honneur du sommet. Le Roi Hassan II est absent, du fait de la présence du président de la République arabe sahraouie démocratique, Mohamed Abdelaziz. Dans son discours d'ouverture (en français), Abdelaziz Bouteflika a appelé les pays africains à "intégrer la mondialisation" avec leur "force morale" et leur "force spirituelle", et à "oeuvrer pour la solidarité entre le monde arabe et l'Afrique, pour la solidarité entre l'Europe et l'Afrique et pour remplacer l'actuel monde monopolaire par un monde multipolaire". Dénonçant l'embargo "injuste, pénible et humiliant" imposé à la Libye par les Nations Unies, Abdelaziz Bouteflika a également dénoncé l'"embargo aérien de facto" frappant l'Algérie "pour des raisons sécuritaires" fallacieuses. Le président algérien a eu et aura des entretiens particuliers avec la plupart des chefs d'Etat et de gouvernement présents. Il a ainsi rencontré le 13 juillet ses homologues tunisien Zine Abidine BenAli, burkinabé Blaise Compaoré et sahraoui Mohamed Abdelaziz. Par ailleurs, le candidat algérien au poste de Secrétaire général adjoint de l'OUA, Saïd Djinnit, a été élu à cette fonction le 13 juillet par le sommet de l'organisation

(APS 14.7) Le 35ème sommet de l'OUA a été conclu le 14 juillet par un discours de clôture prononcé par le président algérien, et président en exercice de l'OUA, Abdelaziz Bouteflika, qui, qualifiant de "beau rêve furtif" les "bons moments (...) vécus ensemble au service du continent africain", s'est félicité de la réhabilitation de la Libye et a chaleureusement remercié les chefs d'Etat et de gouvernement africains d'avoir "manifesté (leur) élan ardent" de "soutien" à l'Algérie "sitôt (qu'ils ont) ressenti que l'Algérie avait besoin" d'eux. Abdelaziz Bouteflika a affirmé la volonté des Africains de démocratie ("système politique, économique et social le moins désavantageux pour les peuples"), tout en ajoutant que la culture démocratique "s'acquiert avec les générations, le temps et les épreuves" et que "nul ne doit nous dicter de suivre un modèle qui ne sont pas conforme à notre réalité objective et aux aspirations légitimes de nos peuples". Dans une conférence de presse suivant le sommet, après avoir rappelé que "la colonisation de l'Afrique a débuté par l'Algérie et (que) la décolonisation s'est faite en grande partie avec l'Algérie", Abdelaziz Bouteflika a affirmé la "destinée africaine" de l'Algérie. Il a demandé l'application "prompte et aussi rapide que possible" des résolutions des Nations Unies et des accords de Houston pour le réglement du conflit au Sahara occidental, en affirmant que "l'Algérie respectera les résultats du référendum d'autodétermination quels (qu'ils) soient". Abdelaziz Bouteflika a réaffirmé que la "démocratisation" était un processus de longue haleine, et constaté que "là où s'est engagé un processus démocratique (...) il s'en est suivi une déstabilisation", citant notamment l'exemple de la Révolution française

(APS 14.7) Le sommet de l'OUA a adopté une motion de soutien, lue lors de la séance de clôture par le président sud africain Thablo Mbeki. La motion proclame que la tenue du sommet de l'OUA à Alger est un "acte de foi" en l'Algérie et d'hommage "aux initiatives courageuses et clairvoyantes du président Bouteflika visant à rétablir la concorde civile en Algérie". La motion dénonce "le terrorisme sous toutes ses formes et ses alliés directs et indirects", les "pressions" et "mesures discriminatoires" prises à l'encontre de pays africains, dont l'Algérie, les "ingérences extérieures" et les "manipulations de nature politicienne" qui accompagnent souvent "la construction démocratique dans nos pays".


(AP, Reuters,14.7, 15.7, Le Matin 15.7) le sommet de l'OUA a adopté la « Déclaration d'Alger » (ainsi qu'une cinquantaine de résolutions, un programme en dix points relatif au conflit entre l'Ethiopie et l'Erythrée, une convention de prévention et de lutte contre le terrorisme et un texte sur la communauté économique africaine, qui devrait être réalisée pour 2025 à partir de zones régionales de libre échange).

La déclaration d'Alger, qui doit servir de plate-forme d'action aux pays africains, réaffirme le principe de l'intangibilité des frontières « héritées aux indépendances » comme «norme fondamentale applicable au traitement des différends frontaliers », comme celui opposant l'Ethiopie et l'Erythrée, et la volonté des Etats membres de l'OUA de « privilégier le recours aux moyens pacifiques pour le règlement des conflits dans le respect de l'égalité souveraine » et l'interdiction du recours à la menace ou à l'usage de la force. Pour ce faire, ajoute la déclaration, le mécanisme africain de prévention, de gestion et de règlement des conflits devra être consolidé.

S'agissant de l'achèvement du processus de décolonisation, notamment le Sahara occidental, l'OUA réitère son appui au plan de paix conduit par l'ONU en « coopération avec l'OUA ».

Sur la question des droits de l'Homme, les chefs d'Etat et de gouvernement africains estiment que des progrès sont réalisés, mais que « beaucoup reste à faire pour que la situation s'améliore dans ce domaine ». Tout en réitérant son attachement « à la protection et à la promotion des droits de l'Homme et des libertés fondamentales », l'OUA invite la communauté internationale « à les préserver de toute instrumentalisation à des fins politiques ».

Troisième volet de la déclaration, les conséquences de l'après-guerre froide, que l'OUA considère comme porteuses « de nouvelles et graves incertitudes », au nombre de six : D'abord, la mondialisation qui, selon le texte adopté, « alimente la crainte pour ce qu'elle véhicule de menaces » sur les « souverainetés » et les « spécificités culturelles et historiques et ce qu'elle suscite de graves hypothèques sur les perspectives de développement » des pays africains. Les Africains ne veulent pas faire les frais d'une mondialisation conduite et dominée exclusivement par les marchés financiers. L'OUA s'inquiète en outre de « la marginalisation croissante de l'ONU » et critique le « recours unilatéral à l'usage de la force dans les relations internationales » qui « ouvre la voie à des errements dangereux pour la paix et la sécurité internationale » (allusion au comportement de gendarme des USA dans l'ex-Yougoslavie et en Irak, notamment). L'OUA appelle à une « démocratisation des relations internationales », notamment de l'ONU et du Conseil de sécurité, auquel elle demande un siège permanent (elle est en effet le seul continent, avec l'Amérique du Sud, qui n'en dispose pas). La démocratisation est également exigée au niveau du FMI et de la Banque mondiale où l'Afrique n'a pas droit au chapitre, puisque le FMI, pour ne citer que cet organisme, est dirigé exclusivement par une poignée de pays riches qui imposent les solutions à mettre en œuvre au reste de la planète.

Enfin,la Déclaration d'Alger appelle à la conclusion sous l'égide de l'ONU d'une « convention internationale globale de prévention et de lutte contre le terrorisme » et à la tenue d'une « conférence internationale au sommet » sous les auspices des Nations unies.

En conclusion à cette déclaration, les pays africains appellent à la concrétisation d'un partenariat international « fondé sur l'équilibre des intérêts et le respect mutuel ». Cest la première fois que les Etats africains se dotent d'une plate-forme énonçant des principes ouvrant la voie à la démocratie et au développement. Reste évidemment à les traduire dans les faits. Première tentative de concrétisation : les régimes instaurés au moyen de coups d'Etats militaires seront exclus de l'OUA (au sommet de laquelle assistaient à Alger des dirigeants de Guinée-Bissau et du Niger, installés par des putschs). En revanche, le document portant création d'une cour africaine des droits de l'homme et des peuples n'a été paraphé que par deux Etats : le Burkina Faso et le Sénégal, alors qu'il en faut quinze. Sur proposition de Muammar Kadhafi, un sommet extraordinaire se tiendra en septembre à Tripoli pour proposer des changements aux structures de l'OUA.

Un commandant en chef algérien sera en outre désigné pour le comité conjoint chargé des questions militaires au Congo (Kinshasa).

Le sommet a élu pour cinq ans les secrétaires généraux adjoints de l'OUA. Il s'agit de cinq diplomates, dont l'Algérien Saïd Djinnit, qui représentera le nord de l'Afrique. Abdelaziz Bouteflika a annoncé qu'un sommet "Afrique-Union européenne- pourrait se tenir en avril 2000 en Egypte.


Sommet d'Alger de l'O.U.A. : Appel des africains libres

L'O.U.A est depuis longtemps le reflet de la décadence des régimes bureaucratiques au pouvoir dans la majorité des pays africains. Comme eux, elle est totalement asservie. Depuis la fin de la guerre froide, elle est devenue une structure marginalisée et méprisée du système des organisations internationales. Elle ne dispose d'aucun pouvoir ni moyen autonome pour influencer ou au moins étudier les choix politiques, stratégiques, économiques et sociaux qui concernent les africains. Elle ne possède aucun droit de regard même sur la commission économique pour l'Afrique et n'a jamais osé aborder les problèmes économiques et de souveraineté créés par les politiques de pillage des multinationales et de leurs relais africains.

Les chefs d'Etat qui président à ses destinées savent qu'ils n'ont dans cette enceinte aujourd'hui que la possibilité de jouer les utilités, pour faire illusion sur leurs peuples, dans les grandes messes internationales. L'O.U.A. n'a pu ainsi arbitrer positivement aucun conflit interne ou régional qui ont endeuillé notre continent ces vingt dernières années, depuis la guerre au Sahara Occidental, jusqu'à l'embrasement en cours entre l'Erythrée et l'Ethiopie, en passant par l'ensemble de l'Afrique des grands lacs, le golfe de Guinée, le delta du Congo ou la Casamance, l'O.U.A. n'a même pas été capable de produire des documents informatifs sur les réalités de ces conflits.

En dépit de cette incapacité à connaître des enjeux africains, l'O.U.A. est engagée aujourd'hui dans la division du travail entre les organisations du système des nations unies, à prendre en charge deux missions subalternes de police internationale:

C'est la direction que prend de façon exceptionnellement solennelle l'ordre du jour de l'actuelle session de l'O.U.A. à Alger en vue de renforcer la coopération pour la lutte contre les oppositions. Car depuis la dernière session, la perte de crédit du système de parti unique et l'amorce dans certains pays de processus de pluralisation du champ politique, a eu pour effet d'accentuer la contestation des régimes illégitimes ainsi que des procédures arbitraires d'accès et de maintien au pouvoir.

Les hommes et femmes libres d'Afrique et ceux qui soutiennent leur combat sur le plan international :

premiers signataires:
organisations:

M°Ali Yahya Abdenour (Algérie), président de la Ligue algérienne de
défense des droits de l'homme (LADDH)
Ahmed Djeddaï (Algérie), premier secrétaire du FFS 
(Front des Forces Socialistes)
Djimadoun Ley-Ngardigal (Tchad), secrétaire Général de l'ACTUS 
(Action Tchadienne pour l'Unité et le Socialisme)
P. Bissila (Congo), ATDECN
M° Khelili (Algérie) président du syndicat des avocats algérien

signataires individuels:

M°Tahri (Algérie), membre du syndicat des avocats algériens
Debaïli Seddik (Algérie), député à l'assemblée algérienne (FFS)
Ghazy Hidouci (Algérie), économiste
Kamal Daoud (Algérie), chirurgien
Mohammed Harbi (Algérie), historien
Fatiha Talahite (Algérie) économiste

Appel des africains libres, CEDETIM, 21 ter rue Voltaire 75011, Paris

(APS 12.7) La deuxième conférence arabe des responsables de la lutte anti-terroriste s'ouvrira le 14 juillet à Tunis, avec à son ordre du jour l'examen d'un projet de loi "arabe" (commun aux Etats arabes) relatif à la lutte anti-terroriste, visant la mise en oeuvre d'une conception juridique unifiée.

(AP, AFP 13.7) Malgré l'absence de toute délégation marocaine au sommer de l'OUA, le "dégel" des relations entre l'Algérie et le Maroc semble se confirmer par l'échange de messages entre les plus hautes autorités des deux pays, et une rencontre au sommet entre le président Bouteflika et le roi Hassan II est désormais envisagée, comme le président algérien l'a lui-même annoncer dans un entretien au quotidien égyptien "Al Ahram". Le ministre algérien de l'Intérieur, Abdelmalek Sella, va se rendre prochainement au Maroc, après que son homologue marocain ait fait le voyage d'Alger. L'Algérie a en outre décidé de soutenir la candidature du Marocain Omar Kabbaj à la présidence de la Banque africaine de développement. Le roi Hassan II a pour sa part déclaré à la presse française qu'il tenait le président Bouteflika pour "un homme intelligent, courtoir, qui sait écouter", et dont l'élection est "une excellente chose pour le Maroc" Reste la question du Sahara occidental, à propos duquel le président algérien demande "l'application des résolutions internationales" et l'organisation du référendum d'autodétermination.

(Liberté 14.7, Le Matin) Abdelaziz Bouteflika devrait entamer rapidement ("dès le début de la semaine prochaine" selon "Liberté" du 14 juillet) les consultations pour la formation du nouveau gouvernement. L'actuel Premier ministre Smaïl Hamdani ne devrait pas conserver son poste. Les noms de Benbitour, Abdelatif Benachenhou et Mentouri (président du Conseil économique et social) sont évoqués pour sa succession. Les quatre partis de l'actuelle coalition gouvernementale (RND, FLN, MSP, Nahda) devraient continuer à constituer l'ossasture du gouvernement. Deux partis non représentés à l'Assemblée nationale, l'ANR de Rheda Malek (avec deux porte-feuilles, peut-être pour Salim Sâadi et Ali Haroun) et le PRA de Nourredine Boukrouh (qui devrait entrer lui-même au gouvernement, peut-être au ministère de la Culture, après avoir démissionné de son poste de président du parti) devraient entrer au gouvernement. L'entrée du RCD au gouvernement est toujours évoquée, sans confirmation ni infirmation, mais semble peu probable explicitement, le RCD refusant officiellement de siéger dans le même gouvernement que des islamistes. Des "personnalités proches du RCD" (ou de son chef) pourraient cependant siéger dans le futur gouvernement, sans y représenter officiellement le parti.

(El Watan 17.7, 18.7) Les rumeurs continuent à aller bon train concernant la formation du futur gouvernement, succédant à l'actuel, présidé par Smaïl Hamdani, qui pourrait d'ailleurs se succéder à lui-même alors qu'on le donnait ces dernières semaines partant. Les noms de Mohamed Salah Mentouri, de Youcef Yousti et de Benbitour sont cependant toujours évoqués pour lui succéder. Selon "El Watan", le futur gouvernement comprendrait 27 à 30 ministres et secrétaires d'Etat. Le FLN, le RND et le MSP obtiendraient chacun cinq ministères, Ennahda deux, l'ANR un, le PRA peut-être un et le RCD un (celui de la Santé, selon "El Watan") et un secrétariat d'Etat. "Le parti de Saïd Sadi a tranché en faveur de l'intégration au prochain gouvernement, car séduit par le discours moderniste du président concernant l'école, la femme et la francophonie", écrit "El Watan". Si ces hypothèses se confirment, le seul parti national à ne pas siéger dans le futur gouvernement serait donc le FFS, qui serait donc l'opposition presque à lui tout seul (avec le Parti des Travailleurs, qui reste marginal). Selon des "sources sûres au sein du RCD", cependant, aucun responsable du parti ne ferait partie du gouvernement, auquel ne participeraient donc que des personnalités membres ou proches du parti sans appartenir à sa direction

(Le Matin 15.7) Le président Bouteflika a démenti le 14 juillet avoir l'intention de "créer un parti politique", et a affirmé sa volonté de "travailler le plus loyalement du monde avec les partis qui (le) soutiennent dans le cadre de la constitution". Une rumeur persistante, relayée par la presse, prêtait à Abdelaziz Bouteflika l'intention de créer un parti (son "parti du président", comme le RND fut celui de Liamine Zéroual).

(La Tribune 13.7) Les contacts se poursuivent pour l'organsation d'une "conférence nationale sur la paix" à laquelle pourraient prendre part, outre des représentants des partis et sensibilités signataires du "contrat national" de Sant'Egidio (FFS, PT, Abdelhamid Mehri), des "personnalités indépendantes militant pour la réconciliation" et des personnalités proches de la majorité gouvernementale et/ou du président Bouteflika, les initiateurs de cette conférence espérant en outre pouvoir y associer des dirigeants du FIS. Selon "La Tribune", le FFS a confirmé "officiellement" la tenue à Paris d'une réunion entre Hocine Aït Ahmed et Abdelhamid Mehri, réunion lors de laquelle les deux hommes ont notamment abordé les dernières mesures prises par Abdelaziz Bouteflika

(Liberté 18.7) Dans une interview accordée à "Liberté" (la première à un quotidien privé algérien depuis son élection), Abdelaziz Bouteflika revient sur ses précédentes déclarations et décisions, justifiant d'abord le fait d'avoir annoncé "un pays étranger" (la Suisse, au forum de Crans-Montana) "pour annoncer de grandes décisions engageant l'avenir du pays", comme le relèvent les journalistes de "Liberté", à qui le président répond qu'"il n'est pas toujours facile d'aller lustrer chez les autres l'image de votre propre pays, qui a été plus souvent ternie par les (Algériens) que par nos adversaires". S'agissant de la loi sur la "concorde civile", Abdelaziz Bouteflika la justifie, entre autres, par sa volonté de mettre fin à la logique de "punition collective" des islamistes qui prévalait depuis 1992 : "l'ère du Code de l'Indigénat qui autorisait les punitions collectives est révolue et définitivement révolue". Cela dit, le président algérien n'en considère pas moins qu'"un terroriste est toujours un terroriste. Qu'il tue par le pistolet, les mots ou la plume", mais que "la tragédie nationale doit cesser" et qu'on n'y mettra pas fin "en attendant que le nombre des victimes, d'un côté ou de l'autre, soit plus grand". Abdelaziz Bouteflika revient sur sa déclaration selon laquelle l'interrpution du processus électoral en 1992 a été une violence, et la réitère en la précisant : "en Algérie, la violence a (...) commencé le jour où la constitution a été piétinée pour créer les conditions désastreuses à des manipulations politiques de valeurs communes à tous les Algériens", l'interruption du processus électoral s'insérant "dans un engrenage de violence" et constituant "elle-même une violence". Le président algérien rappelle que le FIS est "un parti qui a participé à des élections communales et législatives, (...) qui ne s'est pas créé ex nihilo, mais conformément aux lois et à la réglementation en vigueur à l'époque", puis "a été dissous par une décision de justice" et ne peut être à nouveau autorisé puisqu'"en 1006, une Constitution nouvelle a redéfini les règles du jeu de la vie politique nationale", et que c'est dans le cadre de cette constitution que lui-même a été élu président de la République, ce qui lui impose "de l'accepter et de la respecter" -ce qui revient implicitement à dire que le FIS ne sera pas re-légalisé.

(APS 18.7) Répondant au message qui lui avaient adressé Abdelaziz Bouteflika lors de son séjour en Suisse, à l'occasion du forum de Crans-Montana, Hocine Aït Ahmed a à son tour adressé au "frère Abdelaziz Bouteflika, président de la République" un message dans lequel il lui "réaffirme" que son plus grand souhait "est de voir (...) l'Algérie vivre dans un hâvre de paix et de réconciliation nationale et de démocratie véritable" où "toutes les citoyennes et tous les citoyens (...) soient les propres artisans de leur avenir"

(Financial Times 19.7) Dans un entretien au "Financial Times" du 19 juillet, le président Bouteflika déclare envisager d'accorder au FIS la possibilité de se reconstituer sous une nouvelle forme, mais sans ses leaders historiques : "Si j'accepte qie des laïcs, ou même des athées, participent à des partis politiques, je ne vois pas pourquoi je ne l'accepterais pas pour un homme de foi, à condition qu'il respecte la constitution", déclare Abdelaziz Bouteflika, qui ajoute que Abassi Madani (en résidence surveillée depuis 1997) serait libéré immédiatement s'il promettait d'abandonner toute activité politique. Enfin, le président réitère dans cette interview son appréciation de l'annulation des élections de 1992 comme un acte de "violence".

(Le Quotidien d'Oran 24.7, Demain l'Algérie 26.7, Le Monde 8.8) Le président Bouteflika a ces dernières semaines évoqué à plusieurs reprises de manière positive la plate-forme de Sant'Egidio de l'opposition, signée en janvier 1995 à Rome, rompant ainsi avec les condamnations rituelles prononcées par tous les pouvoirs algériens depuis quatre ans et demi. Le gouvernement, le président et lârmée avaient à l'épque opposé une fin de non-recevoir catégorique aux propositions du "contrat national" de Sant'Egidio, signé notamment par le FFS, FIS, le FLN (avant sa "reprise en main") et le Parti des travailleurs, et que le FFS et le PT continuent de défendre. Selon Abdelaziz Bouteflika, qui le raconte qu "Quotidien d'Oran", le président Zéroual lui ayant demandé son avis sur les propositions de Sant'Egidio, l'actuel président algérien aurait répondu qu'il "suffisait de conjuguer (la partie du texte évoquant la libération des dirigeants du FIS) au conditionnel, et le problème aurait été réglé". Abdelaziz Bouteflika a déclaré par ailleurs à des journalistes africains, après le sommet de l'OUA et à propos de Sant'Egidio, que "toute action en faveur de la paix et bienvenue, d'où qu'elle vienne". "C'est la première fois que des millions de téléspectateurs (algériens) apprennent de la bouche même de leur président que le contrat national aurait pu constituer un début de solution du drame algérien".


(Le Matin 4.8) La formation d'un nouveau gouvernement, initialement prévue pour la fin du mois de juillet (après le sommet de l'OUA), pourrait n'avoir lieu qu'en septembre, après le référendum sur la loi de concorde nationale. Du côté des partis islamistes légaux (MSP, Nahda), des réticences ont été émises sur le programme de modernisation et d'ouverture du président, notamment à l'égard de l'arabisation (à laquelle les islamistes tiennent fermement) et les deux partis ont catégoriquement condamné la poignée de main et la courte entrevue du président algérien avec le Premier ministre algérien Ehud Barak lors des obsèques du roi du Maroc Hassan II. Le FLN a également critiqué la distance prise par le président à l'égard de l'arabisation et la possibilité d'une officialisation des contacts avec Israël.

(AP 28.7, Reuters 3.8) Les initiatives du président Bouteflika en faveur du rétablissement de la "concorde" en Algérie ont favorablement impressionné les gouvernements étrangers, les investisseurs économiques restant pour leur part plus prudents. Les commentaires officieux des diplomates et hauts fonctionnaires spécialistes de l'Algérie et de l'Afrique du nord dans les grandes capitales occidentales saluent l'"activisme" du nouveau président et saluent sa capacité d'initiative. Le réchauffement spectaculaire des relations avec la France, ainsi que la "brève rencontre" avec Ehud Barak lors des obsèques d'Hassan II, survenant après le succès du sommet de l'OUA, sont ainsi relevés par les milieux diplomatiques allemands, anglais, américains, et évidemment français. Pour la première fois, le 28 juillet, un ministre israélien (David Lévy, en charge des Affaires étrangères) a accordé un entretien à un journal algérien (La République), en y déclarant notamment que le dégel entre l'Algérie et Israël est à mettre à "l'acquis exclusif" du président Bouteflika, et que "l'Algérie est une voix qualitative, bénéficiant du respect de nos partenaires palestiniens, syriens et libanais" et qui peut "doter le processus de paix (au Moyen-Orient) d'une contribution valide et utile". Ce "dégel" algéro-israélien a cependant été condamné par trois des quatre partis gouvernementaux algériens, les deux partis islamistes (MSP et Nahda) et le FLN.

(AP 3.8) La présidence de la république a annoncé le 3 août la suppression deux deux organismes, l'Agence de coopération internationale er la Médiature de la République, en raison de l'absence de "résultats pratiques de l'action pour laquelle" ces organismes ont été mis en place, et dans le cadre d'une politique de meilleure "gestion des structures de l'Etet, lequel, manifestement, vit au-dessus de ses moyens", selon le communiqué de la présidence.

(Le Matin 5.8) La Fédération de Béjaïa du FFS (le parti détenant la majorité dans la wilaya) a retiré le 28 juillet sa confiance au président de l'assemblée de la wilaya, M. Naceri, qui continue cependant à affirmer qu'il est toujours membre du parti, malgré une lettre adressée le 1er août par le secrétaire national du FFS, Ahmed Djeddaï, aux sections locales, les informant du caractère "statutaire" de la mesure.

(AP 6.8) Le président Bouteflika a dépêché, en sa qualité de président de l'OUA, trois représentants pour suivre les efforts de paix en Sierre Leone, au Congo Kinshasa et entre l'Ethiopie et l'Erythrée. Abdelkader Bensalah, président de l'Assemblée populaire nationale, a été chargé de suivre la mise en oeuvre des accords de paix de Lomé pour la Sierre Leone, Abdelkader Messahel, ambassadeur, de suivre le processus de paix au Congo et dans les Grands Lacs et Ahmed Ouyahia, ancien Premier ministre, les efforts de paix entre l'Ethiopie et l'Erythrée.

(Le Matin 7.8) Dans une lettre adressée au président Bouteflika, dont le contenu a été rapporté par le quotidien "Al Hayat" du 6 août, mais qui n'a pas été rendue publique par les autorités contrairement à celles d'Abassi Madani et Madani Mezrag, Ali Benhadj réitère son refus de "tout dialogue, tant qu'il est derrière les barreaux".

(Corr 6.8) Abdallah Djaballah a été plebiscité le 5 août à la tête de son nouveau parti, avec 95 % des voix, le Mouvement de la réforme nationale (MRN), créé en janvier 1999 après une scission de Ennahda. Le MRN a affirmé sa "disponibilité à contribuer d'une manière responsable à toute démarche pouvant servir la réconciliation nationale". Le nouveau parti de Djaballah s'ajoute à celui créé par Ahmed Taleb Ibrahimi, exclu du FLN, le "Wafa", et à celui créé par Sid Ahmed Ghozali, le "Front démocratique". Un quatrième ex-candidat à l'élection présidentielle d'avril, Mokdad Sifi, ancien membre de la direction du RND, a annoncé son intention de créer lui aussi son propre parti. L'ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche a pour sa part annoncé en mai la création du Mouvement pour la liberté, mais cette création ne s'est pas encore effectivement faite. Si les nouveaux partis de Djaballah et de Taleb n'ont de chance de prospérer qu'en captant une partie de l'électorat islamiste, et deviennent donc concurrents des deux partis islamistes légaux (et gouvernementaux), Ennahda et le MSP, celui de Sid Ahmed Ghozali ne peut s'implanter que dans l'électorat "laïc" et "anti-dialoguiste", et entre donc en concurrence avec le RCD. Les partis (encore putatifs) de Mokdad Sifi et de Mouloud Hamrouche devraient, s'ils voient le jour, "puiser" dans les électoratd du RND et du FLN. Quant au président Bouteflika, il a affirmé ne pas vouloir créer son propre parti et n'en avoir pas besoin.

(APS 6.8) Le Premier ministre marocain Abderrahmane Youssoufi a déclaré à l'hebdomadaire "La Vie économique" que l'ouverture des frontières et la levée de l'obligation des visas entre l'Algérie et le Maroc sont "inscrits dans un proche avenir".

(AP 8.8) Le président italien Carlo Azeglio Ciampi a invité le 8 août le président Bouteflika à se rendre en visite officielle en Italie avant la fin de l'année. Les deux présidents s'étaient rencontrés en marge des obsèques du roi du Maroc Hassan II à Rabat.

(El Watan 9.8) Dans un entretien qu quotidien londonien "Asharq al Awsat", le président Bouteflika qualifie Abassi Madani de "moudjahid nationaliste" pour la "personne" duquel il a "beaucoup de respect", et déclare "regretter" que la libération de Ali Benhadj, dont il affirme qu'il est "bien traité" et reçoit sa famille tous les quinze jours, soit "impossible pour des raisons sécuritaires".

(Ribat 13.8) Le bulletin officieux du FIS "Al Ribat" suggère le 13 août au président Bouteflika, qui "a placé la paix au centre de ses préoccupations", de "créer un ministère de la paix". "Ribat" considère que "faire la paix est, sans doute, la plus noble mais aussi la plus difficile tâche que Abdelaziz Bouteflika ait à entreprendre dans un milieu politique généralement hostile parce qu'il a fait de la violence son unique stratégie et un véritable fond de commerce", et "fait tout ce qu'elle peut pour réactiver le terrorisme, qu'elle appelle de ses voeux, si elle ne l'encourage pas". "Ribat" dénonce ces "partis et journaux (qui) jubilent et expriment à la limite leur joie dès qu'un attentat meurier se produit". En outre, "Al Ribat" dénonce le "décalage entre l'officiel et le réel" à propos de la libération des prisonniers, constant qu'au lieu des 5000 à 15'000 prisonniers dont on avançait la libération, "à peine un millier ont recouvré leur liberté" alors que "le président confirme avoir signé la libération de 2500 prisonniers". Enfin, le bulletin islamiste réitère l'exigence exprimée par le FIS de sa relégalisation et regrette que "la dimension politique soit la plus absente dans la démarche suivie par la présidence" : "Ramener la paix par la démarche politique implique immanquablement (...) ouvrir la voie au retour des militants et des cadres du FIS à l'action politique ouverte et garantie par les lois", écrit "El-Ribat", pour qui la pérennisation de l'"exclusion politique arbitraire" du FIS consacrerait la décision "qui a été à l'origine du déclenchement de la crise" algérienne.

(APS 11.8) Le président Bouteflika a déclaré, dans un entretien au quotidien japonais "Asahi Shimbun" que Abassi Madani "pourrait être libéré pour autant que les esprits s'apaisent et pour autant qu'il abandonne toute vélléité de faire de la politique", dès lors que "pour la majorité des Algériens, sa responsabilité morale dans les événements qui ont meurtri le pays est réelle". Le président Bouteflika a cependant reconnu qu'Abassi Madani avait "apporté son soutien à (la) démarche de paix et aux efforts que nous fournissons les uns et les autres pour restaurer la concorde civile, la concorde nationale". S'agissant de l'islamisme politique en général, le président algérien affirme d'une part qu'"il n'y a absolument aucune incompatibilité entre l'islam et la démocratie" et d'autre part que "l'islam politique, tel qu'il est apparu au cours des années 80", ne "reflète pas nécessairement les aspirations profondes des peuples musulmans" mais est "un islam exploité politiquement par certains cercles dans le but évident de lui faire jouer le rôle du nouveau méchant dans le système international", le menace du "péril vert" remplaçant celle du "péril rouge". S'agissant des "disparus", Abdelaziz Bouteflika affirme que "la justice fera son travail en toute indépendance chaque fois que des faits avérés auront été dûment constatés", car "le problème des disparus fait partie de la tragédie nationale".

(El Watan 15.8) Selon "El Watan", le président Bouteflika aurait rencontré "il y a environ une semaine" Abassi Madani, qui l'aurait invité à se rendre à la prison militaire de Blida pour discuter directement avec Ali Benhadj afin de le convaincre de manifester son soutien à la trêve de l'AIS et d'inciter les islamistes armés encore actifs à déposer les armes. Après cette rencontre Bouteflika-Madani, "le secrétaire général de la présidence de la République, Ali Benflis, se serait rendu dans la région de Jijel pour des discussions avec le chef de l'AIS" (Madani Mezrag).

(El Watan 15.8) Le président du PRA, Noureddine Boukrouh, en "congé" de sa présidence depuis deux mois, a décidé de "reprendre en main" son parti et d'exercer "la plénitude de (ses) fonctions" jusqu'à la fin de son mandat en 2001. Avant de se retirer temporairement, le fondateur du PRA avait désigné le secrétaire général M. Menaï comme président par interim, lequel président intérimaire avant procédé dès son installation à l'exclusion de sept membres du parti, dont l'ancien secrétaire général Sofiane Djillali, pour infraction au réglement intérieur du parti et pour afaire fait de "l'agitation". Les contestataires ont répliqué le 13 août en demandant un congrès extraordinaire. Noureddine Boukrouh soutient quant à lui la purge entamée par son secrétaire général et confirme les décisions d'exclusion, en leur reprochant d'avoir "entretenu depuis plus d'un mois une campagne de presse laissant croire (qu'il a) démissionné de (ses) fonctions".

(Reuters 19.8) Un sommet entre le président Bouteflika et le roi Mohammed VI se tiendra prochainement, a annoncé le 19 août lors d'une visite inopinée à Alger le ministre marocain des Affaires étrangères, Mohamed Benaïssa, qui a été reçu par le président Bouteflika mais n'a pas donné de date pour ce sommet, qui pourrait déboucher sur la réouverture de la frontière algéro-marocaine.

(AFP 23.8, Reuters 24.8) Le président Bouteflika, participant à Rimini à un "meeting de l'amitié entre les peuples" organisé par une association catholique, a exhorté le 23 août les Algériens à ne pas laisser leur pays aller à "vau-l'eau" et à participer massivement au "rendez-vous exceptionnel, (...) moment fort du destin national" du référendum du 16 septembre. Justifiant sa démarche réconciliatrice, le président a répété que "L'Etat doit pardonner" et donner "une chance à ceux qui veulent la saisir", mais a exclu toute amnistie générale. Le président a dénoncé ceux pour qui "la tragédie que vit l'Algérie est devenue (...) un fonds de commerce très lucratif" et a affirmé que "la violence se confond dans un magma de brigandage, de mafiosi, de gens véreux". Qualifiant de "prévisible" la vague de violence des dernières semaines, Abdelaziz Bouteflika a affirmé qu'elle ne compromettrait "en aucune manière" le projet de "concorde civile" et que le référendum se déroulera dans la "transparence", et il a invité "toute la presse internationale à venir voir ce qui se passe".

(AFP, Reuters 23.8, Le Matin, Reuters 24.8) Abdelaziz Bouteflika a limogé le 22 août près de la moitié des 47 walis (préfets) dans le cadre de la lutte contre la corruption et le trafic d'influence. 16 walis évincés ont été exclus de la fonction publique (dont cewux de Batna, Béjaïa, Annaba, Boumerdès, Tipaza, Relizane), quatre (ceux de Tindouf, Tissemsilt, Aïn Defla et Constantine) ont été mis en disponibilité, deux (ceux de Guelma et Mostaganem) à la retraite, les 25 autres étant confirmés dans leurs fonction. Une femme (Yamina Nouria Zerhouni) a été nommée wali de Tipaza. A Béjaïa, "Le Matin" rapporte que la révocation du wali, Bachir Rahou, a été acceuillie par l'opinion publique "avec une satisfaction spontanément exprimée" car "pendant le règne du wali déchu, qui a duré quatre ans et demi, de nombreuses affaires de corruption ont éclaré au grand jour, impliquant directement de hauts fonctionnaires de la wilaya, lesquels sont soit en prison, soit relevés de leurs fonction". La presse algéroise présumait le 23 août que cette purge en annonçait d'autres, dans d'autres secteurs, notamment la justice et la diplomatie. Le président aurait décidé de rappeler tous les officiers supérieurs affectés à des postes diplomatiques. Evoquant à Rimini le 23 août le corruption en Algérie, le président Bouteflika a reconnu que "l'Etat algérien était bien pourri" et assuré qu'il était "prêt à mourir debout" pour qu'il "retrouve toute sa crédibilité et sa pureté".Dans les colonnes du quotidien italien "La Repubblica", Abdelaziz Bouteflika a estimé que la corruption constituait pour l'Algérie "un problème encore plus grave que le terrorisme".

(El Watan 29.8) L'association nationale de jeunes "Rassemblement Action Jeunesse" (RAJ) organise à Boumerdès, du 28 au 31 août, sa quatrième "Université d'été", sur le thème des libertés démocratiques, avec plusieurs invités politiques de marque, dont Mouloud Hamrouche, Ahmed Djeddaï et l'ambassadeur d'Afrique du sud en Algérie, abordant l'exemple sud-africain de "réconciliation nationale". L'ancien responsable du FIS Abdelkader Hachani avait également été invité, mais a finalement renoncé à intervenir publiquement.


(AFP 30.8. AP 31.8) Le président algérien a poursuivi son offensive contre la corruption à la faveur de sa campagne pour le "oui" au référendum du 16 septembre. "Nous sommes dans un Etat en léthargie" où "la corruption et les fléaux sociaux sont généralisés", a déclaré Abdelaziz Bouteflika lors d'un rassemblement tenu à Tipasa le 30 août : la "dépravation atteint tout le pays" et "nous sommes devenus l'exemple de l'immoralité", a asséné le président, qui a dénoncé la passivité des citoyens, le silence des douaniers et des gendarmes, et invité les Algériens à "dénoncer les dépassements". Le président a en outre déclaré que l'économie du pays était "devenue le monopole de dix ou quinze personnes" qu'on ne pas pas "poursuivre en justice" car elles "travaillent de manière à être conforme à la loi" qu'ils ont eux-mêmes "mis sue pied", une "loi sur mesure". Le président a poursuivi son constat accablant en faisant allusion au secteur de l'Enseignement, qui "ne fonctionne pas au mieux" alors qu'il est doté des "meilleurs enseignants du monde", et à l'agriculture, où la production a baissé de 46 % en 1999 alors que "l'Algérie était le grenier de l'Europe". D'une manière générale, "rien ne se fait pour la production, mais tout se fait en direction de l'importation, car il y a du bakchich", a dénoncé Abdelaziz Bouteflika à la radio le 26 août, en révélant que des investisseurs disposés à investir en Algérie ont été orientés vers l'Algérie et la Tunisie.
Le vote référendaire du 16 septembre 1999
(Reuters, AFP 1.8, 2.8, 3.8) Le président Bouteflika a annoncé que le référendum sur la loi de "concorde civile" se déroulera le 16 septembre. Abdelaziz Bouteflika a appelé le 2 août dans un discours radio-télévisé les Algériens à dire "oui à la paix" le 16 septembre, et a qualifié le reéférendum de "rendez-vous avec l'espoir, avec la paix et avec une Algérie forte et prospère". Le président à réitéré son appel aux islamistes armés à revenir à une "vie normale" en assurant que "la justice sera tolérante" à leur égard. Il a affirmé que "la dynamique de paix sera poursuivie jusqu'à son terme" et évoqué une "franche amélioration" de la situation sécuritaire, malgré les attentats des derniers jours, ciblant particulièrement les forces de sécuriti (armée, police, milices).

(El Watan 5.8) La question qui sera posée aux Algériens lors du référendum du 16 septembre est libellés ainsi : "Etes-vous d'accord avec la démarche du président de la République relative à la réalisation de la paix et de la concorde civile", a annoncé le ministre de l'Intérieur Abdelmalek Sellal le 4 août. Les bulletins de vote sont déjà prêts, de deux couleurs, le bleu pour le oui et le blanc pour le non. Une révision des listes électorales a commencé le 4 août et se terminera le 11.

(El Watan 4.8) Les partis politiques agendent les réunions lors desquelles seront établies leur position à l'égard de la loi soumise à référendum le 16 septembre. Le Conseil national du FFS se réunira au début du mois.

(Le Matin 8.8) Le Comité national contre l'oubli et la trahison (CNOT, "éradicateur") a décidé le 5 août de boycotter le référendum du 16 septembre sur la concorde civile, en qualifiant la question posée d'ambiguë et en déclarant que la franchise aurait exigé que la question posée soit "Etes-vous pour une paix sans justice" ou "êtes-vous pour l'oubli et la trahison".

(AFP 2.8) Les autorités ont commencé à installer dans les 48 wilayas les "comitàs de probation" chargés d'étudier les demandes des islamistes désireux de bénéficier des effets de la loi de "concorde civile". La Premier ministre Smaïl Hamdani a réuni le 1er août les procureurs généraux, qui présideront ces comités.

(Le Matin 15.8) Le "Comité national contre l'oubli et la trahison", opposant anti-islamiste à la politique de réconciliation d'Abdelaziz Bouteflika, a décidé de mener campagne pour le "non" lors du référendum du 16 septembre, en tenant des rassemblements, mettings et rencontres publics, tout en affirmant que "tout est instrumentalisé en faveur du oui et que le débat contradictoire est évacué des plateaux de la télé, des radios et des journaux gouvernementaux (...) dans la pure forme dictatoriale". Pour Zazi Sadou, "avant de faire la paix, il fait impérativement qu'il y ait une reconnaissance des actes de violence à l'instar de l'Afrique du Sud où des familles ont enregistré directement les aveux des assassins de leurs parents".

(Le Matin 15.8) Le ministre des Affaires religieuses, Bouabdallah Ghoulamallah, a été chargé par le gouvernement d'appeler les imams à entamer une action de sensibilisation en faveur du "oui" lors du référendum du 16 septembre, à travers des pr^ches dans les mosquées. Pour le quotidien (anti-islamiste) "Le Matin", la campagne des imams pour le projet de loi "s'inscrit dans l'illégalité la plus totale dans la mesure où une loi en vigueur interdit toute utilisation des mosquées à des fins politiques".

(FFS 17.8, AFP 22.8) Le Front des Forces socialistes estime, dans une déclaration de son Premier secrétaire Ahmed Djeddaï à l'AFP, que le référendum sur la loi sur la "concorde civile" est inutile et "s'annonce d'ores et déjà comme un plebiscite", dès lors que "la loi sur la concorde civile est déjà en application". Pour le FFS, ce référendum "participe, une nouvelle fois, d'une volonté de normalisation autoritaire de la société au détriment de la démocratie et du libre exercice des droits politiques et civiques". Les socialistes algériens regrettent qu'"aucun dispositif sérieux reposant sur des objectifs, des échéances et soutenu par des mesures concrètes n'est proposé au peuple pour instaurer la paix et réaliser la réconciliation nationale", et qu'"aucune mesure allant dans le sens de l'ouverture politique et médiatique n'est prise pour permettre à la société de débattre et de participer d'une manière active au règlement pacifique, politique et démocratique de la crise", et estime que l'on assiste depuis l'élection du président Bouteflika "à une extinction dangereuse de toute vie politique", ce qui "laisse la voie libre aux ultras des deux bords". Le FFS, qui s'était abstenu lors du vote de la loi par l'Assemblée nationale, se déclare "cependant attentif à toute initiative et marque son entière disponibilité à agir dans la perspective d'une issue politique, pacifique, démocratique et globale à la crise". Ahmed Djeddaï a déclaré le 22 août que le référendum sur la loi de concorde civile "servira surtout à laver l'affront du 15 avril" (élection d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence après le retrait de tous ses rivaux potentiels) et "à combler le déficit chronique de légitimité du chef de l'Etat".

(AP 18.8, L'"Express" du 19.8) Le président Bouteflika appelle, dans un entretien à l'hebdomadaire français "L'Express", les Algériens à "faire taire leurs passions" et à "s'accepter les uns les autres, avec leurs différences" et affirme que ce ne sont pas "quelques groupuscules d'égarés" qui feront "vaciller" sa démarche, celle-ci étant "portée par l'ensemble de la nation". "Le temps travaille pour la paix. L'histoire a toujours rejeté ceux qui s'obstinent à contrarier son cours", déclare Abdelaziz Bouteflika, qui affirme le pluralisme politique comme "une option irréversible" et, s'agissant des leaders du FIS, considère qu'il n'est pas encore possible de libérer Abassi Madani dont la "sécurité peut être menacée par les extrémistes", et regrette qu'Ali Benhadl n'ait "pas encore jugé utile de se prononcer pour la paix". Le président souhaite toutefois que la "qualité de combattant pour la libération" soit un jour reconnue à Abassi Madani, et affirme tendre "une main fraternelle" à Ali Benhadj.

(Ribat 20.8) Le bulletin officieux du FIS "Al Ribat" dénonce dans son édition du 20 août la responsabilité des "tenants de la poursuite de la guerre et de l'éradication, qui ne digèrent pas que Abdelaziz Bouteflika travaille à la réconciliation nationale", dans la reprise des attentats et des tueries. Pour le FIS, "ce regain de violence vise (...) à dissuader les électeurs de se rendre dans les bureaux de vote pour exprimer leur volonté de paix et de concorde nationale sur la base de la réintégration dans le champ politique de ceux qui en ont été exclus", c'est-à-dire les responsables, cadres et militants du FIS. "El Ribat" dénonce également la "publicité qui confine à la complicité" que font les médias algériens aux "criminels", et considère que "le criminel GIA" est l'"allié objectif" de "ceux qui ont perdu d'avance le référendum", c'est-à-dire "les tenants de l'éradication". "El Ribat" se demande (en suggérant la réponse) "qui se cache derrière cette dernière flambée de violence qui rappelle celles qui avaient accompagné chaque round de dialogue dans le passé". Sur le cours politique algérien et le référendum du 16 septembre, le bulletin islamiste considère que "les mesures engagées à ce jour par la présidence sont globalement encourageantes bien qu'elles nécessitent consolidation et élargissement", et demande la poursuite et l'accélération de la libération des prisonniers, que la lumière soit faite sur le sort des "disparus" et qu'il soit permis "à tous les Algériens toutes tendances confondues" d'être librement actifs "dans le domaine associatif et politique" -en d'autres termes, que le processus de réconciliation aboutisse à une réintégration du FIS dans le champ politique légal. "El Ribat" affirme enfin que Ali Benhadj "ne s'oppose pas à la loi sur la concorde civile", ce qu'avait déjà annoncé le 14 août son frère, et confirme que le leader islamiste emprisonné a adressé deux lettres, au président Bouteflika et au chef des services secrets, le général Médiène -mais le bulletin n'en révèle pas la teneur, se contentant d'affirmer qu'elles démentent les "informations mensongères" sur la position d'Ali Benhadj "vis-à-vis de la trêve et de la réconciliation nationale".

(APS 18.8, AP 19.8) Le corps électoral algérien a été évalué à environ 17 millions d'électeurs dans la perspective du référendum du 16 septembre. 150'000 nouveaux électeurs ont été inscrits, 95'000 personnes ont été radiées des listes. Le ministre de l'Intérieur a annoncé que "sous réserve des recours", il y aura 39'000 bureaux de vote et 600 centres de vote itinérants lors du référendum, qui coûters 1,5 milliard de dinars (150 mios FF, 37 mios FS). La campagne électorale débutera le 26 août. Un bulletin bleu exprimera le "oui" et un blanc le "non". Les Algériens de l'étranger voteront 5 jours avant la consultation, les "corps constitués" un à deux jours avant.

(AFP, APS, Reuters 24.8, 26.8) La campagne pour le référendum sur la loi de "concorde civile" s'est ouverte le 26 août. Des banderoles appelant à voter "oui" ont fait leur apparition à Alger. A Rimini, le président Bouteflika a donné une interprétation "large" des possibilités qu'offre la loi d'accorder la "mansuétude" de l'Etat aux "repentis". Le président à évoqué trois types de mesures : l'"exonération de poursuite", la "mise sous probation" et l'"atténuation des peines", en précisant que la probation pouvait se transformer en substitut de la peine, dispensant le bénéficiaire qui l'aurait réussi de tout jugement. Abdelaziz Bouteflika a cependant précisé qu'"aucun crime de sang ne saurait échapper au jugement des juridictions", tout en ajoutant que la peine de mort et la perpétuité sont "écartées (...) même si la peine de mort est normalement encourue", la peine maximale réellement encourue étant de 20 ans de réclusion. Dans un entretien au quotidien italien "La Repubblica", Abdelaziz Bouteflika a assuré : "je rétablirai la concorde nationale quel qu'en soit le prix personnel". Le président Bouteflika a lancé le 26 août à Jijel, fief de l'AIS, la campagne référendaire sur la "concorde civile"

(Ribat 27.8) Le bulletin officieux du FIS "Al-Ribat", qui mène depuis plusieurs semaines une double campagne en faveur de la politique "réconciliatrice" du président Bouteflika (tout en en dénonçant les limites) et contre les groupes armés non ralliés à la trêve, dénonce dans son édition du 27 août la "violence criminelle (...) ciblant comme toujours les plus faibles, les citoyens sans armes", mais considère que "l'implication de groupes armés criminels, GIA ou autres, ne doit pas cacher l'existence de commanditaires plus ou moins occules" désireux de "prolonger leur mainmise sur les circuits d'importation et de distribution sous couverture de la lutte contre le terrorisme et la subversion". Al Ribat dénonce "le fanatisme, la sauvagerie et l'infiltration" de ces groupes armés, qui "servent de diversion à l'entreprise de pillage du pays (...) que des milieux bien influents s'emploient à perpétuer", et condamne également les "milieux connus pour leur opposition à la réconciliation", et "des formations politiques qui ont durant des années prôné la réconciliation nationale comme moyen de juguler la crise" (allusion au FFS) et qui aujourd'hui "refusent la démarche de concorde en encourageant l'embrasement", et se retrouvent "dans le même camp (que celui) des ultra.éradicateurs", alors que même si "la politique suivie par Bouteflika comporte des faiblesse et des lacunes (...) on ne peut refuser la main tendue pour arrêter l'effusion de sang", et "appeler pendant des années à la réconciliation pour en devenir l'opposant".

(Le Matin, El Watan 28.8) Le Conseil national du FFS, réuni le 26 août en session extraordinaire, a qualifié la démarche d'Abdelaziz Bouteflika de "mascarade" destinée à "duper les citoyens en leur donnant de faux espoirs", et a affirmé son refus de la cautionner. Le FFS condamne "la volonté des décideurs de pérenniser le système" et qualifie de "référendum-plébiscite" la consultation du 16 septembre, en répétant qu'il ne s'agit que de "combler le déficit de légitimité d'Abdelaziz Bouteflika" en cautionnant un processus dont "nul ne saisit ni les tenants ni les aboutissements", alors que les media lourds, "notamment la télévision, restent hermétiquement fermés au débat contradictoire". Le FFS exprime son refus de s'inscrire dans un "faux débat porté par une fausse démarche", constate une recrudescence de la violence malgré l'accord "passé entre le commandement de l'ANP et l'AIS", dénonce l'absence de "mesures concrètes" pour répondre aux attentes des familles "victimes de la violence et du terrorisme" et répondre à la question des "milliers de disparus", et se déclare convaincu que les Algériens sauront "trouver eux-mêmes leurs exigences d'une véritable démarche de paix et de réconciliation nationale", démarche à laquelle ne correspond pas celle d'Abdelaziz Bouteflika, mais "pour laquelle se bat le FFS". Ahmed Djeddaï, Premier secrétaire du FFS, a annoncé que le parti sera présent durant la campagne, pour sensibiliser la population à sa propre démarche, et considère que les résultats du référendum sont déjà connnus et qu'il faut s'attendre à un taux important d'abstention. Ahmed Djeddaï a enfin révélé que la présidence de la République envisageait de mettre en place deux cellules de réflexion, l'une sur les réformes institutionnelles (dissolution du Conseil de la Nation, création d'un poste de vice-président, suppression du poste de Premier ministre, réduction des prérogatives parlementaires, introduction du septennat présidentiel), l'autre sur la transformation des comités de soutien à la politique de Bouteflika en un mouvement associatif destiné, selon Ahmed Djeddaï, à "monter la société civile contre les partis politiques".

(El Watan 29.8) La centrale syndicale UGTA appuiera, comme prévisible, le projet de concorde civile du président Bouteflika, et officialisera cet appui le 30 août lors de la réunion de son secrétariat national.

(Reuters 30.8) Le président Bouteflika a confirmé à Reuters ses déclarations précédentes selon lesquelles ni la peine de mort, ni la prison à perpétuité ne seront appliquées à ceux qui, ayant commis des crimes de sang ou des viols, ne pourront bénéficier des mesures de clémence prévues par la loi de "concorde civile". Abdelaziz Bouteflika a également confirmé qu'il ne procédera pas à une amnistie générale mais appliquera la loi dans toute sa rigueur (sous réserve du renoncement aux deux peines capitales) "contre les éléments extrémistes qui s'obstinent dans leurs agissements criminels". S'agissant du dossier des "disparus", le président a révélé qu'un membre de sa propre famille était au nombre des "disparus".

(APS 30.8) Selon un sondage auprès de 1906 personnes, publié le 30 août par "El Khabar", 86 % des électeurs auraient l'intention de participer au référendum du 16 septembre, et 87,7 % d'entre eux y voteront "oui", contre 5,6 % de "non" (6,7 % n'ont pas annoncé leur intention). L'abstention ne serait que de 19,5 % pour le centre du pays, 2,5 % pour l'est et 2,7 % pour l'ouest, la différence entre ces taux tenant probablement au fait que la Kabylie, fief du FFS et du RCD, est englobée dans le centre. 8,5 % des sondés ont annoncé leur intention de boycotter le référendum et 5,3 % ont refusé de répondre. Selon ce même sondage, la situation sécuritaire constitue la principale préoccupation de 56,6 % des personnes interrogées, le logement, l'emploi, l'éducation et la culture, les visas et le service nationale venant ensuite. 71,8 % des sondés sont optimistes quant à l'avenir de l'Algérie, 14,1 % sont incertains et 8 % sont pessimistes.

(Ribat 3.9) Le bulletin officieux du FIS "El Ribat", daté du 3 septembre, s'en prend avec virulence au Front des forces socialistes et à sa position à l'égard de la démarche d'Abdelaziz Bouteflika. Le bulletin islamiste reproche au FFS de "privilégier les considérations tactiques sur la vision stratégique", de ne se préoccuper "que de la place à laquelle il croit avoir droit sur la scène politique", de n'avoir pas cessé de "discréditer aux yeux de l'opinion nationale et internationale" la "décision de l'Armée islamique du Salut de décréter la trêve", de "tourner une nouvelle fois le dos au "Contrat national", et finalement de donner "l'impression, peut-être fausse, de se satisfaire de la recrudescence de la violence qu'il cherche à exploiter à des fins politiques et pour des raisons strictement partisanes". Pour "El Ribat", "il n'est pas compréhensivle ni loyal que le FFS veuille faire accroire que l'accord ANP-AIS est inopérant sur le terrain (...) (et que) l'AIS n'a aucune influence sur les groupes armés criminels qu'elle ne contrôle pas". Reprochant au FFS de se prononcer "contre la concorde civile", le bulletin islamiste lui demande d'"en assumer toute la responsabilité devant l'histoire" et de quitter "l'Assemblée nationales, les Mairies qu'il préside, les Conseils municipaux dans lesquels ils figure et le "Sénat" où ses représentants occupent des sièges", au lieu que de "jouer les Ponce-Pilate".

(Le Matin, Corr 4.9) Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) a finalement décidé de soutenir la démarche de "concorde civile" du président Bouteflika, et n'exclut pas de siéger dans le prochain gouvernement : telles sont les décisions du Conseil national du parti, tenu le 2 septembre. Les députés du RCD n'avaient pas pris part au vote sur le projet de Bouteflika à l'Assemblée nationale, mais le leader du part, Saïd Sadi, explique désormais que le référendum du 16 septembre permet d'instaurer "un espace républicain" et préserve "la pérennité et la crédibilité de l'Etat". Alors qu'une partie de la presse francophone, habituellement proche des positions du RCD, avait dénoncé la proximité de la démarche du président Bouteflika et de la plate-forme de Rome (le "Contrat national"), Saïd Sadi a expliqué que le texte sur la concorde civile est l'"exact contraire de la plate-forme de Rome, qui mettait l'Etat en situation d'abdication" (le président Bouteflika tenant d'ailleurs lui-même un autre discours sur le sujet). Finalement, on se retrouve dont dans la situation assez paradoxale de voir des partis "éradicateurs" comme le RCD ou l'ANR soutenir une démarche dont l'auteur (Bouteflika) admet qu'elle n'est pas contradictoire de celle de Sant'Egidio, démarche que ces mêmes partis avaient violemment dénoncée, alors que le FFS et le PT, parties prenantes (voire, pour le premier, initiateur) du "Contrat de Rome", s'opposent à la démarche présidentielle -sans toutefois donner un mot d'ordre négatif pour le référendum. Autre paradoxe : le RCD, farouchement "anti-islamiste", se retrouve soutenir le projet de Bouteflika que soutiennent également les partis islamistes légaux (MSP, Nahda) et même le FIS. Saïd Sadi appelle certes à "une convergence républicaine consensuelle", mais, comme le relève le quotidien "Le Matin", cela équivaut à ce que "Bouteflika (ait) réalisé son rêve : réunir autour de lui Nahda et le RCD", c'est-à-dire les islamistes et les anti-islamistes, le FFS et le PT restant à peu près seuls dans l'opposition.


(APS 8.9) Le Parti des Travailleurs a décidé le 8 septembre de ne donner, comme le FFS, aucune consigne de vote pour le référendum du 16 septembre et de laisser "le libre choix aux citoyens pour se prononcer en leur âme et conscience". Louisa Hanoune a expliqué que son parti n'appelait pas à voter "non" du fait qu'il a "toujours milité pour la paix". Acceuillant avec "satisfaction les intentions du président de la République" d'instaurer la "concorde civile" dans le pays, Louisa Hanoune a toutefois déclaré que pour le PT, "la véritable concorde civile passe par une solution politique globale à la crise", impliquant "la libération des détenus d'opinion (et) la prise en charge des questions sociales et des libertés démocratiques". Le PT a donc pris une position comparable à celle du FFS (pas de consigne de vote), et pour les mêmes raisons, mais en lui donnant une tonalité moins négative. Aucun parti n'appelle donc explicitement à voter "non" le 16 septembre, et la quasi-totalité des partis (y compris le FIS) appelle à voter "oui".

(Ribat 10.9) Le bulletin officieux du FIS "El Ribat" du 10 décembre, tout en réaffirmant sa ligne déjà exprimée de soutien à la "détermination" du président Bouteflika "à réaliser la paix et une forme de réconciliation", lui reproche de persister à vouloir "exclure" de FIS de l'"action politique légale sous des prétextes fallacieux et contraires à l'esprit de réconciliation". Le bulletin islamiste accuse le président algérien de "fermer la porte, de manière peu conforme à la lettre et à l'esprit de la constitution, aux mouvements politiques issue du peuple et militant pour le changement démocratique et constitutionnel" et de commettre ainsi un "outrage à l'encontre du peuple algérien". "El Ribat" accuse en outre le "premier magistrat du pays" de "violer les textes fondateurs" de l'Algérie "pour des raisons politiciennes", en oubliant que "le peuple algérien est un peuple musulman", que la constitution algérienne stipule que "l'islam est la religion de l'Etat" et que la déclaration du 1er novembre 1954 place l'Etat algérien dans le "cadre des principes islamiques". Enfin, le bulletin islamiste dénonce "la marginalisation et les accusations non fondées" portées par le président Bouteflika, qualifié cependant d'"homme de la réconciliation et de la concorde", contre le FIS, que le président rend responsable de la crise algérienne. Pour "El Ribat", il s'agit d'un "déni de justice" et d'une "falsification de l'histoire", et "il n'y a pas d'alternative à l'Etat algérien fondé exclusivement sur les principes du 1er novembre 1954, texte fondateur de l'Algérie musulmane".

(La Dépêche du Midi, 10.9) "Je réaliserai la paix quoi qu'il m'en coûte", a affirmé le président Bouteflika dans un entretien au quotidien français "La Dépêche du Midi". Pour Abdelaziz Bouteflika, la "première priorité" pour le redressement de l'Algérie "est le rétablissement de la concorde civile à l'intérieur et (de) la juste place de l'Algérie sur la scène du monde". La loi sur la concorde civile ayant "suscité un grand intérêt, de la part de cadres dirigeants de l'ex-FIS ainsi que de la majorité des partis politiques et des organisations de la société civile", les jours du "terrorisme, qui s'est d'ailleurs mué en banditisme, sont comptés", assure le président algérien.

(AP 12.9) Intervenant lors de l'émission "Le Grand Jury", diffusés par les stations françaises RTL et LCI, et cop-produite par le quotidien "Le Monde", le président Bouteflika a promis d'utiliser tous les moyens légaux à sa disposition pour "éradiquer la violence" : "A partir du référendum il n'y a pas un moyen qui soit à la disposition de l'Etat qui ne sera utilisé" par celui-ci pour frapper "de toute la force de la loi". Pour le président algérien, "il est tout à fait clair qu'Abassi Madani soutient complètement et sans réserve la concorde civile", mais qu'"il y a encore quelques nuances (...) au niveau d'Ali Benhadj". Abdelaziz Bouteflika considère que la "mouvance islamique (...) a le droit de s'esprimer, sous réserve qu'elle ne s'exprime pas par la violence". Dans une autre émission de radio, sur France-Culture cette fois, Abdelaziz Bouteflika a déclaré comprendre que l'on ait pu "prendre le maquis" aujourd'hui en Algérie, et a même confié que s'il avait été plus jeune, il aurait pu lui-même songer à le faire, car "il y a eu de tels dépassements, de tels abus, que les désespoir des uns ou des autres pouvait mener à n'importe quelle folie". Enfin, le président a déclaré ne pas envisager la tenue d'élections législatives anticipées, et considère que "la normalisation de la vie politique en Algérie se fera une fois que la paix et la sécurité seront définitivement revenues". Pour cela, le président algérien entend élargir son gouvernement "à tous les partis qui sont pour la concorde civile et l'instauration de la paix".

(Corr 10.9, AFP 12.9) Dans un entretien au quotidien "Aeshaq al-Awsat", Rabah Kebir, dirigeant de l'instance exécutive du FIS à l'étranger, a déclaré que "la question du FIS en tant que parti est terminée sous son appellation actuelle", même si "l'interdiction du FIS et l'emprisonnement de ses dirigeants est injuste". "Nous ne devons pas ressasser le passé. Il y a maintenant une nouvelle Constitution. Nous sommes prêts à la respecter", assure le dirigeant islamiste, qui ajoute néanmoins que "les militants du FIS et ses sympathisants devraient avoir le droit de s'organiser politiquement dans le respect de la Constitution et des lois en vigueur", c'est-à-dire créer un nouveau parti. "Pour sortir de la crise et mettre un terme définitivement au cycle de violence, il n'y a pas d'autre voie que celle choisie par le président Bouteflika", ajoute Rabah Kébir, qui joint ainsi sa voix à celle des cadres et des dirigeants du FIS (comme Abassi Madani, Abdelkader Hachani, Abdelkader Boukhamkham) qui ont appelé, explicitement ou non, à soutenir le président de la République et à voter "oui" au référendum du 16 septembre. Une partie du FIS a cependant refusé ou s'est abstenue d'appeler au soutien de la démarche présidentielle : c'est le cas, notamment, d'Ali Benhadj et d'Ahmed Zaoui.

(El Watan 11.9) Le Mouvement Culturel Berbère-Commissions nationales appelle, dans une déclaration rendue publique le 9 septembre, au boycott du référendum du 16 novembre "considérant que la revendication du MCB (de rendre tamazigh langue nationale) est une fois de plus insatisfaite" et que le référendum tend à masquer et faire oublier une "mascarade électorale" (l'élection prisidentielle) "en sommant les citoyens de se prêter encore à une autre mascarade".

(AP 12.9) L'ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali a qualifié, dans une tribune libre publiée le 12 septembre, notamment par "Le Matin" et "Liberté", le référendum du 16 septembre d'opération de "réelection forcée" d'Abdelaziz Bouteflika. Pour l'ancien Premier ministre, fondateur récemment d'un nouveau parti politique, le "Front démocratique", "l'objet réel du référendum n'est pas de connaître la réponse des Algériens", puisque le texte soumis au vote est déjà en application, mais "une réelection présidentielle forcée qui ne veut pas dire son nom".

(El Watan 12.9) Le Premier secrétaire du Front des Forces Socialistes, Ahmed Djeddaï, a reprécisé dans un entretien à "El Watan" que le FFS ne donnait pas de consigne de vote pour la référendum du 16 novembre, et qu'il ne s'opposait pas à la loi sur la concorde civile mais à la démarche politique manifestée par ce texte, qui "vient couvrir juridiquement un accord AIS-commandement ANP, mené dans l'opacité en octobre 1997". En outre, la loi est déjà en application. Enfin, "tous les Algériens apirent à la paix, sauf bien sûr les apprentis sorciers et ceux qui s'enrichissent à l'ombre de la violence". Pour Ahmed Djeddaï, "la raison essentielle de ce référendum-plebiscite est d'assurer une légitimité à M. Bouteflika et d'effacer l'affront du 15 avril". Le FFS, qui "a toujours fait de la paix et de la réconciliation nationale son cheval de bataille", considère "qu'elles ne se décrètent pas et qu'elles ne peuvent se construire qu'avec l'implication de tous". Le parti prône donc une "démarche différente pour arriver à la paix", et propose "l'ouverture du dialogue entre le pouvoir et tous les partis politiques représentatifs, ainsi que l'établissement d'un consensus le plus large possible". "Il faut réhabiliter le politique pour mieux réduire les extrémismes violents", considère le Premier secrétaire du FFS, qui se réfère au contrat de Rome, lequel "assurait la mise en place d'un dispositif concret pour arriver à la paix", alors que la loi sur la concorde civile "ne constitue qu'une mesure de détente" parmi toutes celles proposées par le contrat de Rome. Ahmed Djeddaï relève l'"ineptie" que constitue le fait que "ces mêmes partis politiques et médias, qui ont voué aux gémonies le contrat de Rome" et lancé "une campagne de haine (contre ses) initiateurs", parce que ceux-ci proposaient le dialogue entre formations politiques, y compris le FIS, appuient la loi sur la concorde civile, "basée sur un accord conclu entre l'AIS et le commandement de l'armée", c'est-à-dire entre les islamistes armés et le pouvoir. Pour l'après-référendum, le dirigeant socialiste dit craindre "une nouvelle ère de glaciation autoritaire", d'autant que "l'état d'urgence reste en vigueur", que les partis politiques n'ont "toujours pas le droit d'agir librement" et que "le verrouillage médiatique est toujours de mise". "Les partis fabriqués par le pouvoir regagnent naturellement leur giron", constate Djeddaï (allusion au RCD, notamment)

(Reuters, AFP 15.9) Le président Bouteflika a dénoncé le 15 septembre, lors de son dernier meeting de la campagne référendaire, "la drogue, le marché noir, la collusion de la police des frontières, la corruption, les enfants qui mendient et l'immoralité" : "tout va mal dans ce pays" et "partout les Algériens craignent la police et le terrorisme", a affirmé le président, qui terminait une campagne marathon de trois semaines, sillonnant le pays.

(Ribat 17.9) Le bulletin officieux du FIS "Al Ribat" place, dans son édition du 17 septembre, le processus de "réconciliation nationale" pris en charge par Abdelaziz Bouteflika, dans la continuité de celui du "Contrat national" de Rome en janvier 1995. "Al Ribat" rappelle également qu'"en vue de concrétiser" les dispositions du Contrat national, l'instance exécutive du FIS à l'étranger (dirigée d'Allemagne par Rabah Kébir, qui a appelé non seulement les islamistes à voter "oui" le 16 septembre, mais les a également invité à tourner la page du FIS en tant que tel et à envisager la création d'un nouveau parti islamiste, légal) avait publié une "stratégie de sortie de crise" en mai 1997. "Al Ribat" attribue implicitement à ce projet le mérite d'avoir incité l'AIS à négocier avec l'ANP la trêve proclamée le 1er octobre 1997. Le bulletin islamiste, qui constate que "des éradicateurs à la famille révolutionnaire en passant par les opportunistes anciens et nouveaux, on se bouscule pour prendre part dans le train de la réconciliation", et invite désormais le président Bouteflika à "davantage se soucier de la sortie de crise politique", après le référendum, en s'inspirant des propositions du Contrat national, de l'Appel pour la paix lancé à partir de Bruxelles en 1997 et des propositons de "sortie de crise" diffusées en mai 1997. "Al Ribat" évoque notamment, au nombre "des initiatives qui s'imposent", la libération des prisonniers politiques, la remise en liberté des leaders du FIS, la "lumière totale sur les milliers de disparus ou retenus par les services de l'Etat".

(Libération 16.9) Le "numéro 3" du Front Islamique du Salut, Abdelkader Hachani craint, dans un entretien au quotidien français "Libération", que le référendum sur la concorde civile ne serve d'"alibi" au président Bouteflika "pour déclencher une action répressive plus forte encore que celle qui a eu lieu jusqu'à présent", et considère que la démarche présidentielle "a pour caractère prépondérant l'ambiguïté. "Comment expliquer qu'une loi prétendant être là pour ramener la paix soit limitée dans le temps et ne s'applique que jusqu'au 13 janvier 2000 ?", s'interroge Abdelkader Hachani, qui relève également que "chaque jour, nous entendons des menaces plus fortes de M. Bouteflika, disant que passée cette date, les moyens employés seront terribles". Déplorant le fait que le FIS soit toujours interdit en Algérie, le dirigeant islamiste accuse le pouvoir d'avoir "essayé de diviser" ce mouvement et demande la levée des "restrictions sur les libertés et notamment l'état d'urgence". Abdelkader Hachani confirme que la création d'un nouveau parti politique "est à l'étude", mais il souligne que le FIS "souhaite un retour sur la scène politique" et rejette toute responsabilité du FIS dans les violences, "à partir du moment où il a été interdit. (...) Son interdiction (en mars 1992) est une des causes de la violence (...) Aujourd'hui, il apparaît clairement que la violence n'a profité qu'au pouvoir", indique-t-il enfin.

(APS 16.9) Interrogé par la presse à sa sortie du bureau de vote le 16 septembre, le président Bouteflika a déclaré que Abassi Madani "sera autorité à exercer une activité civique, mais pas politique", et expliqué qu'il s'agissait là d'"une condition exigée par la société civile et les victimes du terrorisme".

(Le Matin 12.9) Le vote des Algériens à l'étranger pour le référendum sur la loi de concorde civile s'est ouvert le 11 septembre. 798'680 électeurs y sont inscrits, dont 34'692 nouvellement portés sur les listes électorales. 87 % des électeurs algériens de l'étranger sont domicilés en France. 256 bureaux de vote sont réparttis dans le monde pour les accueillir. Selon les autorités algériennes, le taux de participation le 11 septembre atteignait le double de celui enregistré lors du vote à l'étranger pour les dernières élections présidentielles.


(APS, 11.9AP 13.9) Les opérations de vote en Algérie même, pour le référendum du 16 septembre, ont débuté le 13 septembre pour les "corps constituée" (armée, police, gendarmerie) et les populations nomades. A l'étranger, le vote a commencé le 11 septembre.

(CC-FIS 13.9) Le Conseil de coordination du FIS, dirigé par Ahmed Zaoui (en exil à Ouagadougou), estime dans un communiqué daté du 13 septembre que le référendum sur la concorde civile est "biaisé" par la nature même de la question posée, "la paix ou la guerre", question à laquelle tout "être humain normalement constitué" ne peut répondre que par le choix de la paix, par le fait que la loi soumise au référendum est "déjà mise en application" après avoir été approuvée par les "institutions du régime", et par la "reddition sans condition des individus et des organisations", ce qui aboutit à ce que "tout parti porteur d'un projet islamique se (voie) interdit" et que les "chefs du FIS et ses cadres" soient empêchés de toute activité politique. Le CC-FIS dénonce une "mobilisation à outrance des moyens lourds de communication", l'"amalgame entre le pays et ses dirigeants" et le "recyclage des personnels politiques des trente années (...) du parti unique". Pour le CC-FIS, les origines de la crise (qualifiée de "guerre au peuple") algérienne "sont soigneusement escamotées" ainsi que ses responsabilités, alors que sont "admises et cautionnées les très graves atteintes aux droits de l'homme" et la reprise "contre les Algériens (des) vieilles et détestables méthodes coloniales françaises de torture abjecte, de disparitions, de massacres de populations civiles et d'exécutions extrajudiciaires", et qu'enfin "les corrupteurs corrpomus" sont épargnés. Pour le CC-FIS les conditions d'une "solution globale" à la crise passent par la libération sans condition d'Abassi Madani et d'Ali Benhadj, "ainsi que (de) tous les cadres du FIS emprisonnés (et) tous les prisonniers politiques", par la réhabilitation du FIS et, notamment, par la création de "commissions indépendantes du pouvoir militaire" pour enquêter sur les massacres.


(Le Matin 14.9) En ordre dispersé, l'opposition au référendum du 16 septembre tente de faire entendre sa voix, ou plutôt ses voix, discordantes. Le Mouvement démocratique et social (MDS, ex-Ettahadi) s'est prononcé le 13 septembre pour le "non" au référendum. Le même jour, les tendances "coordination nationale" et "rassemblement national" du Mouvement culturel berbère ont appelé au boycott. La veille, le Comité national contre l'oubli et la trahison (CNOIT) avait appelé au "non". Enfin, selon "Le Matin", des représentants du FFS invitent les citoyens à ne pas aller voter, alors que le parti ne donne aucune consigne et n'appelle pas formellement au boycott. Le coordinateut du MDS, El Hachemi Cherif, justifie l'appel à voter "non" lancé par son parti par son refus de "s'aligner sur les responsables du génocide du peuple algérien (...) et les réconciliateurs partisans du contrat de Rome", et dénonce la stratégie de compromis avec l'islamisme suivie par le pouvoir pour "assurer sa propre survie", quitte à "spolier le peuple algérien d'une victoire sur le terrorisme intégriste" et à attribuer "le retour à la sécurité au bon vouloir des terroristes, de leurs maîtres à penser et des réconciliateurs de tout bord". Quant au Mouvement culturel berbère , il rejette le référendum par refus de "cautionner une démarche dite de concorde civile qui (exclut les Berbères) de la citoyenneté".

(AP, Le Matin, El Watan 14.9) Ahmed Djeddaï, Premier secrétaire du FFS, a pronostiqué lors d'un meeting tenu à Bejaïa, "85 % de oui" au référendum du 16 septembre, annoncé d'ores et déjà qu'en Kabylie, "les canaux officiels proclameront un taux de participation entre 40 et 50 %" et dénoncé l'instauration d'un "régime dictatorial" dont Abdelaziz Bouteflika ne serait qu'un "exécutant qui applique les décisions des généraux". Le Premier secrétaire du FFS a une fois de plus rappelé que son parti avait été le premier, dès 1992, a appeler au dialogue avec tous les acteurs politiques, dont le FIS, et qu'il avait pour cela été désigné comme "un mercenaire et un traître". Lors du même meeting, le député Djamel Zenati a fustigé le ralliement du RCD à Abdelaziz Bouteflika "après des coups de téléphone venus d'en haut". Dans un entretien au "Matin", Ahmed Djeddaï confie que lui-même n'ira pas voter, "comme beaucoup de (ses) amis à l'intérieur et à l'extérieur du parti", mais qu'il s'agit là d'une position "personnelle". Dans un communiqué du 12 septembre, la FFS dénonce par ailleurs la transformation de la télévision publique en "machine de propagande de la Présidence", l'interdiction de plusieurs conférences publiques en Kabylie, la location gratuite aux partisans du "oui", mais payante aux autres, des salles publiques, et "des pressions et des intimidations (...) sur les militants et responsables" du FFS.

(El Watan 14.9) Le Comité national contre l'oubli et la trahison (CNOT, anti-islamiste) a tenté de manifester dans la rue, place du Premier Mai à Alger le 13 septembre, contre le référendum du 16 septembre. Les manifestants ont rapidement été interpellés par la police, non sans avoir été interpellés par des passants, leur reprochant de vouloir la poursuite de la violence et de nouveaux morts. La porte-parole du KNOT, Zinou Keltoum, considère que le président Bouteflika "construit une fausse paix".


Les résultats du référendum

Résultats officiels définitifs :
Nombre d'électeurs inscrits : 17'512'726
suffrages exprimés : 14'890'895, 
soit un taux de participation de 85,03 %

OUI : 14'583'075, 
soit 97,93 % des suffrages exprimés

NON : 202'496, 
soit 2,17 % des suffrages exprimés

(AP, AFP, Reuters, APS 16.9, 17.9, 18.9, 19.9) 97,93 % des votants lors du référendum du 16 septembre ont approuvé le projet de "concorde civile" soumis au vote, avec un taux de participation de 85,03 %, selon les premiers résultats officiels communiqués dans la nuit du 16 au 17 septembre.

Le ministre de l'Intérieur, Abdelmalek Sellal, a déclaré que le référendum s'était déroulé "dans des conditions mormales dans tous les bureaux de vote". Il a en outre précisé que tout électeur avait la possibilité de contester la régularité des opérations de vote en faisant mentionner sa réclamation sur le procès-verbal disponible au bureau de vote, le Conseil constitutionnal étant informé "immédiatement" de cette réclamation.

Selon ces résultats, le taux de participation dépasserait largement celui de l'élection présidentielle d'avril (85,03 % contre 61 %), lors de laquelle, candidat quasiment unique, Abdelaziz Bouteflika avait obtenu 74 % des suffrages. La Kabylie se distingue une fois de plus très nettement du reste du pays, avec un taux de participation à peine supérieur à 30 % à 18 heures (deux heures avant la fermeture des bureaux de vote), alors qu'à la même heure, le taux de participation était de près de 75 % en moyenne nationale, de plus de 92 % dans la wilaya de Tissemsilt et suéprieur à 80 % dans 24 wilayas. Selon les résultats définitifs, le taux de "OUI" dépasse les 99 %. dans 31 wilayas, mais n'atteint de 40,56 % dans la wilaya de Béjaïa et 38,07 % dans celle de Tizi Ouzou. Les proportions de NON étaient de 5,93 % à Tizi Ouzou et de 6,01 % à Béjaïa, soit en gros le triple de la moyenne nationale. L'AFP a constaté une "forte mobilisation" dans les quartiers populaires d'Alger et dans l'intérieur du pays.

Les observateurs estiment que le résultat kabyle tient, d'une part au refus du FFS (principal parti de la région) d'appeler ou soutien du projet soumis au référendum, et d'autre part à l'appel au boycott lancé par le Mouvement culturel berbère, toutes tendances réunies, à la suite des déclarations d'Abdelaziz Bouteflika sur la "question linguistique", le président promettant de "dégonfler le ballon de baudruche de tamazight", repoussant le demande de l'officialisation de la langue berbère et menaçant de soumettre son accession au statut de langue nationale à un référendum national. Même le RCD, qui appelait pourtant à voter OUI au référendum, avait regretté cette prise de position présidentielle, que Saïd Sadi avait qualifié de "première et sérieuse erreur" du président. En tout état de cause, le résultat des deux wilayas de Kabylie constitue un revers pour le RCD et, sinon une victoire (faute de mot d'ordre explicite), du moins un succès pour le FFS.

Les taux de participation à Alger (66,19 %) et dans l'émigration (61,58 %), tout en restant de loi supérieurs à ceux des précédentes consultations, sont également sensiblement inférieurs à la moyenne nationale. Le taux de participation en France a été de 53,58 % (avec 98,54 % de "OUI"). Il dépasse les 70 % à Paris, mais se situe autour des 40 % à Bordeaux et Grenoble.


Globalement, le résultat, attendu, du référendum met désormais le président Bouteflika "en première ligne" pour répondre, comme il l'a promis, aux attentes des Algériens, non seulement en ce qui concerne la fin de la violence, mais également en ce qui concerne l'amélioration des conditions d'existence, la démocratisation à la fois des institutions et de la société (avec, notamment, les questions du statut de la femme et du statut de la langue berbère), la relance et l'ouverture économique, les relations ("privilégiées" de fait, sinon de droit) avec la France, mais également avec le Maroc.
(APS 16.9, AP 17.9, AFP 18.9) Interrogé par la presse algérienne et internationale à sa sortie du bureau de vote, le 16 septembre, le président Bouteflika a déclaré ne pas croire que "le 17 septembre enregistrera la fin de tous les problèmes de l'Algérie", mais attendre "une amélioration et une prise de conscience croissante". Au lendemain du vote, le président a salué dans un discours radio-télévisé "la victoire du peuple algérien sur lui-même" et affirmé que la "Maison Algérie" exigeait "qu'il n'y ait plus d'intégrisme du tout" (sous-entendu : ni intégrisme religieux, ni intégrisme laïc). Pcoalamant que "le désespoir est vaincu", Abdelaziz Bouteflika a réitéré son appel, mais aussi ses menaces,aux islamistes armés : "les portes sont ouvertes mais la société ne saurait les attendre indéfiniment (...) Ceux qui temporisent, ceux qui laissent passer la chance qui leur est offerte (...), ceux qui restent sourds à l'appel généreux de leur peuple, ceux-là se seront mis définitivement hors-la-loi", et "l'Etat et le peuple seront alors en droit et auront même le devoir de mettre en oeuvre tous les moyens pour les empêcher de nuire davantage".
(Reuters 17.9, El Watan, Le Matin 18.9) Réagissant au résultat du référendum, le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, a constaté que le peuple algérien avait à nouveau exprimé son "espoir d'aller vers la paix", mais également affirmé que "Bouteflika ne (pourra) rien changer tant qu'il n'y (aura) pas un transfert de pouvoir de l'armée vers les civils". Pour Ahmed Djeddaï, qui les avait d'ailleurs annoncés avant le vote, les résultats du référendum "étaient connus d'avance" et ont été "*fabriqués dans les laboratoires des services de sécurité". Le FFS estime le taux réel de participation à environ 45 %, au lieu des 85 % officiellement annoncés. Ahmed Djeddaï a exprimé ses "craintes réelles" d'assister à "l'extinction de la vie politique par l'exclusion des partis". Quant au Parti des travailleurs, son Comité central considère que le vote du 16 septembre traduit "l'aspiration profonde du peuple à la paix" mais considère qu'il faut désormais "réunir les conditions nécessaires à l'expression de la souveraîneté populaire", ce qui passe selon le PT par la tenue d'un "congrès national algérien".

(Reuters 17.9, Le Matin 18.9) Les islamistes accueillent avec prudence les résultats du référendum et insistent sur la nécessité d'attendre la réaction de l'armée. Abdelkader Hachani, ancien dirigeant du FIS, espère (sans en être tout à fait convaincu) que "le pouvoir militaire soutiendra l'option choisie par la majorité", de mettre toutes les "potentialités (...) au service de l'arrêt des effusions de sang et de la cicatrisation des plaies, d'une manière digne et non discriminatoire". Le MSP de Mahfoud Nahnah a pour sa part déclaré dans un communiqué que le référendum était le "signal officiel" de l'entrée de l'Algérie dans l'"ère de l'après-terrorisme".

(Reuters 21.9) Dans un communiqué diffusé le 21 septembre, le chef de l'Instance exécutive du FIS en exil, Rabah Kebir, rappelle que l'instance a approuvé la démarche de "concorde civile" du président Bouteflika, et presse celui-ci d'aller plus loin, notamment en faisant libérer Abassi Madani et Ali Benhadj, en garantissant "les droits constitutionnels intégraux" des dirigeants et des militants du FIS "sans aucune exception", et en les autorisant donc à mener une "action politique et médiatique", en traitant le problème des disparus, et en réintégrant dans leurs fonctions et en indemnisant les salariés révoqués pour des raisons politiques L'Instance félicite "le peuple algérien pour son epression forte et franche" lors du référendum, et considère que son succès "fournit au président de la République un mandat fort, franc et clair pour mener la véritable réconciliation à son objectif souhaité", ce qui exclut une "réconciliation trompeuse" construite sur l'attribution au FIS de la responsabilité de la crise.

(AP 17.9) Le président du RCD, Saïd Sadi, estime dans un entretien au quotidien français "Le Parisien" qu'il va falloir "aller vite et fort" après le référendum, dont le résultat selon lui "projette l'Algérie dans son temps". S'agissant d'une éventuelle participation du RCD au futur gouvernement algérien, dont le bruit court depuis des mois en Algérie, et qu'une partie de l'opposition accuse le RCD d'avoir échangé contre son appel à voter "OUI" au référendum, Saïd Sadi se contente de déclarer que "le gouvernement n'est ni une maladie, ni un tabou".

(AP, APS 17.9) Les réactions françaises à la victoire écrasante du OUI au référendum du 16 septembre sont presque unanimement positives : Jacques Chirac a téléphoné le 17 septembre à Abdelaziz Bouteflika pour le féliciter d'un "succès pour l'Algérie et d'un succès sur le voie de la paix". Le Premier ministre Lionel Jospin a adressé un message au président Bouteflika, le félicitant d'avoir "entendu faire face aux difficultés (de l'Algérie) par une démarche volontaire et républicaine" (celle du référendum) et rendant hommage é sa "détermination". Le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine a estimé que le vote traduisait "une immense attente du peuple algérien" et confortait "l'autorité" d'Abdelaziz Bouteflika, lequel lui semble "animé par l'importance de la mission qui est la sienne" et de la volonté "de rattraper le temps perdu" et de "se saisir de tous les problèmes de l'Algérie". Pour Hubert Védrine, le peuple algérien attent une véritable réforme politique, économique et sociale, et la France est tout à fait "disponible" à "être proche de l'Algérie dans ce nouveau chapitre". Le président de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, Jack Lang, a assuré que "le peuple algérien peut compter sur le peuple français pour le soutenir dans ses efforts de réconciliation".

(AFP 17.9) Approuvée par référendum, la loi sur la concorde civile, déjà en vigueur depuis le 13 juillet, donnt un délai au 13 janvier aux islamistes armés pour se soumettre à l'autorité de l'Etat, en échange de dispositions correspondant de fait à une amnistie totale ou partielle, et prévoyant une peine maximum de prison de 20 ans pour les auteurs de crimes de sang, de viols ou d'attentats, ce qui équivaut à un moratoire de fait sur la peine de mort. Au-delà du 13 janvier, avait averti Abdelaziz Bouteflika, "la punition sera impitoyable" pour ceux qui ne se seraient pas soumis.

(Ribat 23.9) Le bulletin officieux du FIS "Al Ribat" (proche de l'Instance exécutive de Rabah Kebir) revient le 23 septembre sur le "oui massif du peuple pour la réalisation de la paix", en exprimant des craintes quant à la suite que le président Bouteflika entend donner à son succès, que "Ribat" interprète comme une "défaite éclatante de l'éradication" et de tous ceux qui "à l'intérieur et à l'extérieur du pays (...) n'ont pas cessé de fustiger toute initiative allant dans le sens de la réconciliation nationale". L'inquiétude du bulletin islamiste est nourrie des déclarations contradictoires du président Bouteflika, et des soutiens paradoxaux reçus lors de la campagne référendaire. "Al Ribat" rappelle d'abord qu'Abdelaziz Bouteflika a "longuement insisté" dans ses discours sur "les fondements islamiques" de l'Algérie, et a "rappelé avec beaucoup de solennité que l'Islam est et demeure la religion de l'Etat". Le bulletin souligne en outre (approbativement) que le président algérien a dit non à la laïcité, à la révision du Code de la famille, à la reconnaissance de tamazight comme langue officielle et "à d'autres exigences et revendications qui ne viennent pas du peuple". Mais le bulletin rappelle éàgalement que "les éradicateurs qui sont responsables, encore plus que n'importe qui, de l'effusion de sang dans notre pays", ont apporté au président leur soutien lors du dernier référendum. Et "Al Riba" de se demander ce "que signifie ce ralliement de dernière minute" du RCD et de l'ANR ? Le bulletin avertit Abdelaziz Bouteflika qu'en "accordant des portefeuilles ministériels" aux "éradicateurs", il ne redrait pas "justice à ceux qui ont été privés de leur victoire électorale (et qui) ont subi les affres de la violence du pouvoir". Or, selon "Al Ribat", lors de son dernier meeting à Alger, le président a "repris à son compte toutes les thèses et fantasmes des éradicateurs". "Que cache donc ce soudain engouement du président pour les thèses éradicatrices rejetées en bloc et dans le détail par la majorité des Algériens", s'interroge le bulletin islamiste, qui rappelle que le président Boudiaf avait fait de même avant d'être assassiné... Et "Al Ribat" de conclure que "la réconciliation éradicatrice, les Algériens n'en veulent pas" car "elle ne peut mener qu'à davantage de confrontation. Nul ne prête une telle intention au Président de la République. Pour le moment".


(El Watan 2.9) Les élus FFS de l'Assemblée de wilaya (Conseil général) de Tizi Ouzou ont adressé un message à Abdelaziz Bouteflika, avant sa visite le 3 septembre dans la région, l'invitant à "casser un autre tabou en institutionnalisant tamazight langue nationale officielle, au même titre que la langue arabe", (de réactiver) la radio locale et une chaîne de télévision en tamazight". Le FFS de Tizi Ouzou exhorte également le président de la République à faire "appliquerrigoureusement les lois de la République" contre la "mafia de la débauche qui exploite la détresse et la misère d'une partie de la population".

(AFP 3.9) L'Algérie présentera le 22 septembre à Vienne le candidature de son ministre du Pétrole, Youssef Yousfi, au poste de Secrétaire général de l'OPEP, à la succession du Nigérien Rilwani Lukman. L'Iran et l'Arabie Saoudite proposent également chacun un candidat, de sorte que le choix pourrait être reporté, l'unanimité étant exigée pour l'élection.

(El Watan 4.9) Selon "El Watan", après la purge dans le corps préfectoral, la présidence s'apprêterait à opérer une "grande lessive" au sein de la justice, et "une série de lomogeages de magistrats de haut rang" serait en passe d'être décidée, et pour laquelle "les décrets sont sur le bureau du président". Le quotidien cite, au nombre des magistrats menacés, le président de la Cour suprême et le président du Conseil d'Etat, ainsi que le président de la Cour et le Procureur général de Constantine, ainsi que le président de la Cour et le Procureur général d'Alger.

(Corr, Reuters 8.9) Le ministre marocain de l'Intérieur, Driss Basri, a affirmé dans un entretien paru le 8 septembre dans la journal arabe de Londres "Arshaq al Awsat" que le Maroc n'a jamais été et ne sera jamais une base arrière des groupes armés algériens, et a démenti que le Maroc ait hebergé ou arrêté le groupe armé coupable du massacre de Beni Ounif le 15 aooût (29 morts). Driss Basri a réaffirmé l'engagement du Maroc "à ne jamais permettre que le territoire marocain soit un point de départ ou une station de repli" pour les groupes armés algériens, et à examiner "dans un climat de compréhension, de franchise et de coopération sincère, sérieuse et sereine" les accusations algériennes, "si des choses se sont produites à l'insu des autorités marocaines". Le ministre marocain a rappelé que le Maroc avait dans le passé procédé à des extraditions vers l'Algérie. On annonce "de source autorisée marocaine", citée par Reuters, que le gouvernement marocain a décidé de censurer dans les media toute critique contre l'Algérie.

(Reuters 9.9) Les dirigeants africains ont décidé le 9 septembre lors du sommet extraordinaire de l'OUA à Syrte, en Lybie, de mettre en place avant l'an 2000 une Union Africaine, dotée d'un parlement. Selon le président Bouteflika (président en exercice de l'OUA), la décision a été prise à l'unanimité des 40 délégués présents, lesquels ont également mandaté les présidents algérien et sud-africain pour négocier l'annulation de la dette africaine. S'agissant de l'Union africaine, les dirigeants africains ont examiné plusieurs propositions, dont celle d'une union économique. Le président bukrinabé Blaise Compaoré a indiqué que la date de création d'une Communauté économique africaine, fixée à 2025 en 1991, pourrait être avancée.

(El Watan 8.9) En visite à Alger depuis le 6 septembre, le sous-secrétaire d'Etat américain chargé du Moyen-Orient et du Maghreb, Martin Indyk, a tenu une conférence de presse lors de laquelle il a déclaré que le président Clinton était "impressionné" par "le courage et la prévoyance" avec laquelle le président Bouteflika recherchait "une réconciliation nationale" en Algérie, qualifiée de "puissance régionale". Martin Indyk a affirmé que les USA étaient favorables à "aider l'Algérie à mettre en place un environnement favorable à l'épanouissement des investissements étrangers". En 1998, Martin Indyk avait clairement déclaré que les USA étaient "pressés de faire concurrence aux Français sur le marché algérien".

(Reuters, AFP 2.9) Le président Bouteflika a demandé le 1er septembre au Maroc d'agir contre les groupes armés utilisant le territoire marocain comme base arrière, et a ajouté que le massacre de trente personnes, mi-août, à Bechar, par un groupe armé qui s'est replié au Maroc, a sérieusement compromis, voire "torpillé", les chances de réouverture prochaine de la frontière entre le Maroc et l'Algérie, fermée depuis 199, et dont la réouverture semble être renvoyée aux calendes grecques, même si le président algérien a reconnu que "tôt ou tard, nous devrons procéder à la réouverture des frontières". Le Premier ministre marocain Abderrahmane El Youssoufi, qui a à plusieurs reprises réclamé une amélioration des relations avec l'Algérie, s'est refusé à commenter les déclarations du président algérien -déclarations faites à Bechar, mais le porte-parole du gouvernement marocain, en réitérant le démenti catégorique par le Maroc de "l'infiltration de quelques éléments armés que ce soit", dans le présent ou "dans le passé", et en affirmant que "les frontières marocaines sont sûres, sécurisées et gardées", a affirmé que la normalisation des rapports avec l'Algérie était pour le Maroc "un choix stratégique dont il n'est pas question de s'écarter", et s'est dit "étonné, surpris et choqué par la virulence des propos de M. Bouteflika".

(Le Progrès, 11.9) Dans un entretien au quotidien français "Le Progrès" (Lyon), le président Bouteflika est à nouveau revenu sur la situation d'Abassi Madani et d'Ali Benhadj, en protestant de son respect à leur égard mais en expliquant qu'il ne pouvait pas pour l'instant mettre fin à la résidence surveillée du premier et à l'emprisonnement du second. Abdelaziz Bouteflika a salué le "passé patriotique" d'Abassi Madani et sa "prise de position courageuse en faveur de la concorde civile", et déclare avoir "pour lui les sentiments que je partage avec tous mes compagnons d'armes contre le colonialisme". Le président algérien a qualifié Ali Benhadj d'"homme de conviction et de foi" et a assuré qu'il serait "sans doute l'homme le plus heureux du monde de pouvoir contribuer un jour à trouver une solution" entre Ali Benhadj "et la société civile qui le considère comme l'un des principaux responsables de la tragédie algérienne". Pour Abdelaziz Bouteflika, la libération des deux dirigeants du FIS "est indissociable des contextes dans lesquels la société s'efforce de penser ses blessures", et "il y a suffisamment de mansuétude en l'Etat et de générosité en le peuple algérien pour (que les deux hommes) retrouvent leur liberté". Quant à la levée de l'état d'urgence, le président considère qu'elle n'est "pas une fin en soi mais un moyen d'impulser un nouvel élan à la démocratie", et qu'elle dépend donc de la "répudiation" par les "acteurs politiques" de "toutes les méthodes déformantes du jeu politique", et de leur renonciation à la "subversion".

(APS 16.9) Le président Bouteflika a affirmé le 16 septembre que le prochain gouvernement sera "un gouvernement de majorite et non d'union nationale". "Je fais partie des gens qui croient que les pays doivent etre gouvernes par la majorite" et que "l'opposition doit avoir sa place et peut etre tres utile", a ajouté le président, qui n'a cependant pas totalement ferme la porte a la participation, dans le prochain gouvernement, d'autres formations politiques que celles constituant l'actuelle majorité gouvernementale.

(AFP 20.9) le président Bouteflika s'est adressé le 20 septembre à New-York aux dirigeants de plus de 180 pays, du haut de la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU. Très applaudi, le président algérien a proclamé que son pays "est en train de remonter la peinte" et va "retrouver sa place légitime", celle qui lui vaut "son action traditionnelle et faveur des idéaux" des Nations Unies. Dressant le constat de décès du "tiers-mondisme", dont il fut pourtant en tant que ministre des Affaires étrangères de l'Algérie dans les années soixante et septante l'un des porte-paroles les plus écoutés, et qu'il qualifie aujourd'hui d'"obsolète", Abdelaziz Bouteflika a opposé un "non" très ferme à toute intervention de l'ONU pour protéger les civils dans les conflits internes, et proclamé que "l'ingérence ne peut intervenir sans le consement de l'Etat concerné".

(APS 20.9) Le ministre algérien de l'énergie, Youcef Yousfi, a retiré sa candidature au poste de secrétaire général de l'OPEP, faute de "consensus global" au sein de l'organisation sur sa candidature. Le candidat saoudien, Souleiman El-Herbiche, pourrait dès lors succèder au Nigérian Riliwanu Lukman au secrétariat général.

(AFP 24.9, Le Matin 25.9) "Il n'y aura pas de retour du FIS sur la scène politique algérienne", a déclaré le président Bouteflika au quotidien "Azzaman" (qui n'indique pas la date à laquelle le président algérien leur a accordé un entretien). Abdelaziz Bouteflika a également réaffirmé que Abassi Madani et Ali Benhadj ne seront libérés que lorsqu'ils auront renoncé à toute activité politique.

(AP, APS 23.9) Une réunion ministérielle entre l'Algérie et la "troïka" de l'Union européenne (Finlande, Allemagne, France) aura lieu le 3 novembre à Alger, dans le cadre du dialogue politique entamé en 1997 entre l'Algérie et l'UE, qui s'est déclarée disposée à appuyer et encourager le processus de réforme en Algérie, dans le cadre de la coopération euro-médioterranéenne et des négociations d'un accord d'association, en vue de l'instauration d'une zone de libre échange. Le Maroc et la Tunisie ont déjà conclu des accords d'association avec l'UE. Le Conseil des ministres de l'UE a rendu public le 22 septembre une déclaration accueillant avec "espoir" les initiatives du président Bouteflika.

(Le Matin 25.9) Le Conseil consultatif du Parti du renouveau algérien (PRA) a décidé le 23 septembre de la démission collective de tous ses membres de toutes les instances et de toutes les "structures organiques" du parti, pour fonder un nouveau parti, le "Mouvement pour les libertés et le développement" (MLD). Le Conseil consultatif du PRA a adopté une résolution-réquisitoire contre le président du parti, Noureddine Boukrouh, accusé d'avoir instauré le "zaïmisme" comme règle de fonctionnement en "dévoyant les règles démocratiques et en confisquant de fait les efforts et le mérite des cadres et militants du parti au profit de (sa) seule ambition personnelle".

(Liberté 29.9) Evoquant l'hypothèse d'élections locales anticipées, auxquelles le FLN (Notamment) se préparerait, "Liberté" revient sur le rapport établi par une commission d'enquête sur la fraude électorale lors des précédentes élections locales, en octobre 1997, rapport qui avait été "bloqué, des mois durant, par les membres du RND" au bureau de l'Assemblée nationale, et qui "aurait mis en évidence, preuves à l'appui, l'existence d'une fraude électorale durant les élections locales du 23 octobre 1997", fraude au bénéfice, précisément, du RND, et ayant touché plus de 300 communes. Plusieurs tentatives du FLN (qui avait été l'une des victimes de la fraude) pour faire inscrire le rapport à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale avaient été contrées par le RND et le document avait été "mis aux oubliettes avant de ressurgir à la veille des élections présidentielles", où il avait, écrit "Liberté", été "utilisé comme moyen de chantage pour ramener le RND dans le giron de Bouteflika". Désormais, le rapport pourrait enfin êtr publié, et "Liberté" considère que cette publication pourrait "faire voler en éclat la coalition gouvernementale", fondée sur le RND et le FLN. Le RND risque de se retrouver en position d'accusé, tous les autres partis ayant eu à souffrir de la fraude organisée à son bénéfice en 1997, et le FLN ambitionnant de "récupérer la place du RND" (c'est-à-dire celle de "parti du président"). Le RND, en effet, avait été créé pour soutenir le président Zéroual. Or le président Bouteflika est membre depuis toujours du FLN, et n'a plus besoin du RND, celui-ci ayant joué le rôle qu'il attendait de lui lors de l'élection présidentielle et du référendum sur la "concorde civile". Enfin, il faut rappeler que les élections locales n'avaient pas seulement permis de désigner les assemblées municipales et départementales (APC et APW), mais également, indirectement, la majorité des membres du Conseil de la Nation (Sénat), ceux-ci étant précisément élus par les élus locaux. La dénonciation de la fraude lors des élections locales entraînera donc, logiquement, une remise en cause de la légitimité de la Chambre haute du parlement.

(Corr 18.9) L'annonce d'un nouveau gouvernement algérien, attendue le 28 juin, a été une nouvelle fois renvoyée, et la presse s'interroge sur ces renvois successsifs, depuis l'élection présidentielle du 15 avril. Le 26 novembre, la presse annonçait que le président Bouteflika nommerait le 27 un nouveau chef du gouvernement, et que le nouveau gouvernement serait fondé sur les quatre partis de l'actuelle coalition gouvernementale, le FLN, le RND, le MSP et Nahda, mais se composerait également de "zechnocrates". Pour "El Watan", les raisons du nouveau report du remaniement gouvernemental seraient "la préparation d'un nouveau référendum sur la révision constitutionnelle", pour la fin de l'année.

(Reuters 28.9) Le commandant de la VIème Flotte américaine (celle de la Méditerranée), l'amiral Daniel Murphy, a rencontré le 28 septembre le président Bouteflika, en présence du général Lamari, chef d'état-major algérien. En août, le président Bouteflika s'était dit"prêt à coopérer avec les Etats-Unis dans tous les domaines".

(Corr 29.9) Le Front des Forces socialiste fêtait le 29 septembre le 36ème anniversaire de sa fondation par Hocine Aït Ahmed, le 29 septembre 1963, ce qui fait de lui le plus ancien parti d'opposition algérien. En 1963, la fondation du FFS avait été suivie d'une très dure répression, et les affrontements entre l'armée et les militants du FFS en Kabylie avaient fait près de 400 morts. Les années suivantes seront marquées par des arrestations, des enlèvements, des tortures et des assassinats de militants. Hocine Aït Ahmed lui-même est arrêté en octobre 1964 et traduit devant une cour criminelle en avril 1965, mais deux mois plus tard, un accord politique intervient avec le régime d'Ahmed Ben Bella, portant sur un cessez-le-feu, la libération des détenus politiques et la reconnaissance officielle du FFS (et du pluralisme politique). Cet accord restera lettre morte du fait du coup d'Etat militaire réussi par Houari Boumediene le 19 juin 1965. L'expérience pluraliste est étouffée dans l'oeuf. Mohammed Boudiaf, qui avait fondé le Parti de la révolution socialiste (PRS) s'exile au Maroc, Hocine Aït Ahmed s'évade de sa prison et part en exil, le FFS devient un parti clandestin en Algérie, mais présent dans l'émigration algérienne à l'étranger, jusqu'au retour de son fondateur en Algérie au début des années '90, lors de la deuxième expérience pluraliste. Les élections de décembre 1991 font du FFS la troisième force politique du pays, après le FIS et le FLN, et la première force politique du camp "démocratique". L'arrêt, par l'armée, du processus électoral, conduit le FFS à boycotter l'élection présidentielle de novembre 1995 et à rejeter la révision constitutionnelle suivante, mais le parti prend part aux législatives, municipales et régionales de 1997.

(Ribat 30.9) Le dernier numéro du bulletin islamiste "El Ribat", proche de l'instance exécutive du FIS à l'étranger de Rabah Kébir, dénonce le "parti de la guerre en Algérie", formé des "opposants au processus" de réconciliation lancé par Abdelaziz Bouteflika, opposants qui "se recrutent bien évidemment parmi les résidus des éradicateurs mais aussi au sein de l'opposition et même, pour certains, dans les rangs du Front islamique du salut". "El Ribat" demande au président Bouteflika de donner "au peuple souverain l'occasion de se prononcer directement et librement sur les questions fondamentales", et de permettre à l'islamisme politique d'avoir "droit de cité (et de) proposer à la société algérienne désemparée culturellement un projet de vie d'essence islamique".

(APS 2.10) Le président Abdelaziz Bouteflika a adressé au militant marocain d'opposition Abraham Serfaty, de retour au Maroc à la faveur d'une grâce royale, un message d'hommage à sa "lutte exemplaire à travers le continent africain pour les droits de l'homme et la dignité des peuples", et le qualifiant d'"incarnation des "valeurs des hommes libres et (des) vertus de l'humanité que ne peuvent séparer ni la race, ni la religion, ni le sexe, ni la couleurt de la peau".

(Corr., Libération 6.10) Au terme d'un "procès kafkaïen", selon "Libération", le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, a été condamné pour diffamation sur plainte d'un chef de milice de Tazmalt (Kabylie), Smaïl Mira, par ailleurs maire de Tazmalt, accusé par la population d'avoir tué un adolescent, en plein jour devant la moitié du village et une unité de la gendarmerie, le 28 juin 1998, après l'assassinat de Matoub Lounès. Le père de l'adolescent assassiné avait porté plainte, mais rien ne s'était passé juqu'à ce que Ahmed Djeddaï déclare en conférence de presse que "la population de Tazmalt accuse Smaïl Mira d'avoir tué Ouali", ce à quoi Mira répond en portant plainte contre Djeddaï pour "outrage et diffamation", en se fondant sur les compte-rendus de deux quotidiens ("Le Matin" et "Liberté", omettant de préciser que Djeddaï n'avait fait que rendre compte de l'accusation portée par la population même de Tazmalt, et des témoins du meurtre. Ahmed Djeddaï a demandé en vain lors du procès l'audition des journalistes des autres quotidiens, qui avaient rapporté plus exactement ses déclarations, et dénonce un procès "politique", Quant à la juge du tribunal d'Alger, elle a déclaré que même si on lui amenait "des gens capables de dire qui a tué, je ne les écouterais pas" (version algérienne du célèbre "la question ne sera pas posée" opposé à la défense d'Emile Zola dans l'Affaire Dreyfus). La défense d'Ahmed Djeddaï a néanmoins présenté au tribunal (qui n'en a pas tenu compte) les dépositions de sept témoins oculaires recueillies par le juge d'Akbou qui avait instruit la plainte du père de l'adolescent assassiné, et avait par la suite démissionné avec un procureur, devant l'"enterrement" de l'affaire. Finalement, Ahmed Djeddaï a été condamné à verser 100'000 dinars de dommages et intérêts à Smaïl Mira et à la publication du jugement dans cinq journaux. Le Premier secrétaire du FFS a fait appel du jugement.

(Le Matin 5.10) Plusieurs centaines de personnes ont commémoré par une marche le 4 octobre à Bejaïa, à l'appel de l'Association des victimes d'octobre 1988 (AVO-88), les émeutes d'octobre 1988, lors desquelles cinq personnes avaient été tuées à Bejaïa. Les manifestants ont exigé de l'Etat qu'il institue une "journée nationale de la démocratie" à la date commémorative des émeutes de 1988.

(El Watan 7.10) Le président Bouteflika devrait prendre part, du 18 au 21 novembre à Monaco, au "Sommet mondial" organisé dans le prolongement du forum de Crans Montana, auquel il avait assisté. Abdelaziz Bouteeflika sera accompagné de membres du gouvernement, d'experts et de "décideurs" économiques.

(El Watan 9.10) Le Mouvement démocratique et social (MDS), dont la création a été annoncée le 30 avril 1998, a tenu, une année et demi après, son congrès constitutif les 7 et 8 octobre, en présence de 496 délégués. Le MDS, héritier du mouvement Ettahadi, lui-même héritier du PAGS, ex PC algérien, revendique 4000 membres. Le congrès a désigné le "coordinateur" actuel du mouvement, Hachemi Cherif, à son secrétariat général. Le MDS qualifie la loi sur la concorde civile d'"artifice destiné en réalité à ravir la victoire à la résistance héroïque des forces patriotiques et de la société civile" et récuse "l'unanimisme affiché par la classe politique".

(El Watan 9.10) "Après les walis (préfets), c'est au tour des missions diplomatiques algériennes à l'étranger d'être remaniées conformément aux directives de la Présidence de la République", annonce "El Watan", faisant état "de sources sûres" du "coup d'envoi d'un mouvement des diplomates". Plusieurs d'entre eux seraient rappelés, dont l'ambassadeur à Washington, Ramdane Amamra, qui serait remplacé par Driss Djazaïri. Plusieura attachés militaires, dont celui de l'ambassade de Paris, seraient également rappelés.

(El Watan 10.10) Il y a onze ans, le 10 octobre 1988, se produisait à Bab el Oued la plus grave tuerie des "événements" qui avaient commencé le 5 octobre. Une grande marche de protestation avait été organisée contre la répression des manifestations des jours précédents. Un coup de feu isolé tiré semble-t-il depuis la manifestation, mais sans faire de victime, a servi de prétexte aux militaires qui quadrillaient le quartier pour ouvrir le feu sur les manifestants. Bilan : 30 morts.


(Reuters 11.10) Les "généraux qui comptent dans les coulisses de la vie politique algérienne" ont refusé de laisser le président Bouteflika former un nouveau gouvernement composé d'hommes "bien à lui", écrit Reuters, se basant sur des révélations "de source gouvernementale" transmises "sous le sceau de l'anonymat", et selon lesquelles le président avait présenté aux militaires une liste de personnalités issues de son propre entourage, liste "rejetée par les généraux, qui ont insisté pour qu'il choisisse ses ministres au sein des partis politiques qui l'ont soutenu lors de la présidentielle", c'est-à-dire essentiellement le RND (ancien "parti présidentiel"), le FLN (dont Bouteflika est ou était membre jusqu'à son élection), le MSP et Nahda. La formation d'un nouveau gouvernement (l'actuel étant, à quelques remaniements près, le même que le dernier qu'avait formé l'ancien président Zeroual) a été à plusieurs reprises annoncée pour imminente, et toujours reportée à plus tard. Les sources citées par Reuters expliquent que "la pratique veut que les militaires influents cooptent les hauts responsables de l'Etat" mais que "cela est manifestement incompatible avec le caractère de Bouteflika et la conception qu'il se fait de l'exercice du pouvoir". La démission de Liamine Zéroual avait déjà été expliquée par un bras de fer, perdu par le président, avec le "pouvoir de l'ombre" de l'armée, qui aurait ensuite été cherché Bouteflika pour le "placer" littéralement à la présidence grâce au soutien des deux partis "institutionnels", le RND et le FLN, tous deux repris en main par des directions liées au "pouvoir de l'ombre".

(APS, Reuters 12.10, AFP, Le Matin, Reuters 13.10, WEl Watan 14.10) L'information diffusée par l'agence Reuters le 11 octobre selon laquelle l'armée empêcherait la formation d'un nouveau gouvernement composé de fidèles du président Bouteflika a été démentie de manière curieuse par l'agence officielle algérienne APS, quelques heures après avoir été rediffusée par cette même agence le 12 octobre. L'agence écrit : "De sources bien informées , nous sommes autorises a dire que la dépêche de l'agence "Reuters" sous le numéro 1794 datée d'Alger le lundi 11 octobre 1999, n'a été reprise par l'aps que pour permettre de démasquer les inspirateurs de cette dépêche, qui n'ont ni de près ou de loin un quelconque rapport avec la politique nationale". Le 13 octobre, le président Bouteflika lui-même a donné cette version à la radio, en expliquant avoir "donné l'ordre à l'agence APS de reprendre la dépêche Reuters dans le but de démasquer (ses) inspirateurs", puis d'avoir "ordonné à l'APS d'annoncer que les inspirateurs de cette dépêche avaient été démasqués" le 12 octobre -le président ne révélant cependant pas de qui il s'agirait. Selon "El Watan", il s'agirait d'"une personnalité très proche de Bouteflika". Le quotidien commente amèrement : "dans toute cette affaire, Reuters a eu le rôle du dindon de la farce, l'APS de la souillon de service et l'opinion celui de galerie de drôles dont a le droit de se payer la tête".

La presse algéroise a fait ses titres avec les informations contenues dans la dépêche (sans pouvoir faire état du démenti, arrivé après le bouclage des journaux), et se demande si, en faisant diffuser la dépêche de Reuters par l'agence officielle, le président ne tenterait pas de prendre à témoin l'opinion publique algérienne des blocages dressés par l'armée. Le 14 octobre, "El Watan" précise que le conflit entre Bouteflika et les généraux a surtout porté sur le poste de secrétaire d'Etat à la Défense, que le président voulait attribuer à Yazid Zerhouni (ancien haut responsable de la sécurité militaire, devenu par la suite diplomate), et sur l'intention présidentielle de créer cinq ou six "superministères dénommés secrétariats d'Etat qu'il confierait à des personnalités qui lui sont proches".

Auparavant, le président avait menacé, le 12 octobre lors de l'ouverture de la foire internationale d'Alger, de démissionner de son poste "d'ici au 13 janvier" si "les choix politiques (ne sont pas) bien structurés" (ou si "les choses (ne sont pas) ficelées", selon d'autres sources). Le délai du 13 janvier correspond à celui accordé aux islamistes armés par la loi sur la "concorde civile" pour se rendre. Devant un parterre de diplomates, de ministres et d'opérateurs économiques, le président a ajouté que "beaucoup d'Algériens font plus de mal que de bien" à l'Algérie.

Le 13 octobre, enfin, Abdelaziz Bouteflika a démenti être en conflit avec des généraux à propos de la formation du gouvernement, en réaffirmant que celle-ci est de son "ressort strict" et que "ni l'armée, ni la police n'ont un rôle à (y) jouer". "Je veux 'etre un chef d'Etat et non un quart de chef d'Etat", a déclaré le président, qui a expliqué que le retard de la formation d'un nouveau gouvernement faisant "partie de (son) jeu", que la formation de ce nouveau gouvernement n'était pas une question "urgente" et que l'actuel gouvernement faisait "bien son devoir de gérer les affaires courantes du pays".

(El Watan, Le Matin 13.10, 14.10) Les partis politiques algériens ont réagi fort différemment à l'"affaire de la dépêche Reuters" : Le Parti des Travailleurs a estimé que l'information faisant état de divergences entre un clan de l'armée et le président Bouteflika était "très grave" et intervenait dans un "climat politique des plus délétères", dont le PT propose de sortir par l'élection d'une Assemblée constituante souveraine. Le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, constate que l'information rediffusée par l'APS "intervient dans un contexte de désillusion et de la maiaise au sein de la population, sur fond de recrudescence de la violence". Le FFS met en garde contre "toute provocation ou autres dérapages dont encore, une fois de plus, le peuple algérien (paierait) seul le prix", et considère que l'épisode prouve que "le povoir ne se soucie que de ses luttes internes et de sa pérennité au détriment du bien-être de la population". Le RCD a quant à lui constaté la réapparition de la "rumeur" comme moyen d'information politique et considère que "susciter, souhaiter ou attendre de voir venir des incidents de parcours et spéculer sur leur éventuelle aggravation pour exercer des pèressions, est autant un acte d'irresponsabilité qu'un aveu de faillite".

(Reuters 11.10) L'Italie et l'Algérie se sont entendues pour permettre au général Ben Ali, alors Premier ministre, de renverser le président Bourguiba le 7 novembre 1987, pour installer à la place d'un régime jugé "instable" un régime plus fort, à la faveur d'un "coup d'Etat constitionnel" : c'est ce qu'a déclaré au journal "La Repubblica" du 11 octobre l'ancien chef de la sécurité militaire italienne, le général Fulvio Martini, qui explique que l'Otalie a collaboré avec l'Algérie pour éviter que cette dernière n'envahisse la bande de territoire tunision que devait emprunter le gazoduc évacuant vers l'Italie le gaz algérien. Le général Martini raconte qu'il a mis au point le renversement de Bourguiba avec les Algériens dès 1985, et à la demande du Premier ministre italien d'alors, Bettino Craxi (lequel est d'ailleurs actuellement "réfugié" en Tunisie et poursuivi en Italie pour corruption), à qui le président algérien d'alors, Chadli, avait fait part du projet d'occupation du territoire tunisien concerné par le projet de gazoduc. L'Italie n'aurait pas joué de rôle opérationnel dans le coup d'Etat tunisien, mais aurait aidé l'Algérie à le mettre au point, puis le président Ben Ali à asseoir son pouvoir, en échange de quoi l'Algérie aurait aidé l'Italie dans la "lutte antiterroriste".

(Reuters 12.10) Le prince Abdullah d'Arabie Saoudite aurait tenté, selon le quotidien saoudien "Asharq al-Awsat" du 12 octobre, de mettre sur pied une rencontre entre le président Bouteflika et le roi Mohammed VI du Maroc (ou peut-être son Premier ministre), "afin d'effacer tout ce qui a pu peser sur (les) relations" entre l'Algérie et le Maroc, après s'être entretenu avec les deux chefs d'Etat dans leurs deux capitales. Le président Bouteflika a rejeté le 11 octobre l'idée d'une médiation entre le Maroc et l'Algérie (le prince saoudien faisant quant à lui préciser qu'il ne tentait pas une médiation, mais souhaitait simplement rapprocher les deux pays), et a prôné un dialogue direct entre Alger et Rabat

(El Watan 12.10) Dans un entretien accordé au journal saoudien "Okadh", le président Bouteflika a estimé qu'il ne fallait pas être otpimiste s'agissant de la réouverture des frontières algéro-marocaines tant que le problème posé par le soutien accordé par certaines populations marocaines aux groupes armés algériens passant la frontière n'aura pas été traité "avec franchise et sincérité". Abdelaziz Bouteflika a également affirmé avoir des preuves tangibles que les groupes armés algériens se réfugient du côté marocain de la frontière après avoir commis des attentats ou des attaques.

(Ribat 15.10) Le bulletin islamiste "El Ribat" (proche de Rabah Kebir) dénonce le 15 octobre "le blocage enregistré depuis quelques semaines dans l'exécution des promesses faites à une population qui attend que les discours se transforment en actes, et appelle le président Bouteflika à "ouvrir, le plus rapidement possible, un véritable débat politique"


Dessin de  Dillem (Le Matin 19.10) Après la publication par l'APS de la lettre adressée au président Bouteflika par le député (et président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale) Abdelkader Hadjar, qui reprochait en termes virulents au chef de l'Etat d'user et de laisser user du français dans des discours et des communications officielles, et de vouloir réhabiliter les communautés juive et chrétienne d'Algérie, le FLN, dont Hadjar est membre, s'est distancé de son élu le 18 octobre. Quant au FFS, son Premier secrétaire, Ahmed Djeddaï, il a qualifié la lettre de Hadjar de "diversion politique destinée à éluder les problèmes fondamentaux du pays", en relevant que "la tendance à l'unicité de la pensée et de la langue s'accroche toujours à ses dogmes désuets". Dans sa lettre, Hadjar, connu pour être l'un des chefs de file du courant "islamo-nationaliste" (ou "arabo-baassiste") au sein du FLN, accusait en outre les défenseurs de la cause berbère d'être des "francophiles et des nostalgiques de la France", et considérait que "les causes de la crise actuelle sont nées d'un conflit civilisationnel entre partisans d'une Algérie arabe musulmane et partisans d'une Algérie laïque occidentalisée". Pour "Le Matin", cette "sortie" de Hadjar s'imscrit dans "le prolongement de celles des partis de Nahnah, de Adami, de Djaballah et de tous le courant islamo-conservateur, qui craint de perdre ce qu'il a semé méthodiquement et patiemment depuis trente ans".

(El Watan 18.10, 19.10) Sept députés du groupe parlementaire FFS à l'Assemblée nationale (qui compte vingt élus) ont, selon "El Watan", transmis à la direction du parti un document dans lequel ils expriment leur conviction que le FFS doit "renforcer toutes les institutions de l'Etat". Dans son idétion du 18.10, "El Watan" avait interprété cela comme une proposition de soutien au président Bouteflika, voire de participation au proichain gouvernement. Le lendemain, le quotidien a publié sur ce point un démenti des signataires du document, lesquels affirment rester "fidèles à la ligne d'opposition au régime" et à "la voie tracée par Aït Ahmed". Ces sept députés (dont Abdesselam Ali Rachedi, Mohand Arezki Ferad, Hamid Ouazar et Boualem Kolaï), critiques à l'égard du fonctionnement des structures organiques du parti, ne seraient donc pas opposés à la ligne oppositionnelle actuelle du parti, mais estiment nécessaire d'iy introduire "un débat d'idées". La divergence entre eux et la direction du FFS sera traiée par le Conseil national du parti, qui examinera notamment un mémorandum émanant des sept députés, ainsi qu'un audit demandé par Hocine Aït Ahmed en juillet "sur l'état et le fonctionnement réel des structures" du FFS. Enfin, un congrès ordinaire du parti est en principe agenda du 22 au 24 mars. Ce congrès devra notamment élire la direction du parti. SDi Hocine Aït Ahmed décide de se représenter à la présidence du FFS, ce qui n'est pas encore confirmé, c'est le poste de Premier secrétaire, occupé par Ahmed Djeddaï, qui pourrait faire l'objet d'une élection "ouverte".

(Reuters 18.10) Le général Mohammed Lamari, chef d'état-major de armée algérienne, s'est rendu le 18 octobre en Chine pour des entretiens visant à renforcer la coopération militaire entre l'Algérie et la Chine -laquelle remonte à la guerre de libération nationale. Le président chinois Jiang Zemin est par ailleurs attendu en Algérie vers la fin du mois d'octobre.

(APS 19.10) Le président du Haut Conseil Islamique algérien (HCI,.officiel), Abdelmadjid Meziane, a annoncé le 19 octobre l'organisation en mars 2000 d'un séminaire sur l'islam et la démocratie, affirmant au passage que l'ère de l'"obscurantisme" était révolue.

(AP 20.10) Bernard Stasi, président de la Fédération Mondiale des Cités Unies (et par ailleurs Médiateur de la République française) a annoncé le 19 octobre à Alger que 50 Maires européens, dont 30 français, effectueront du 12 au 16 novembre une visite en Algérie. Bernard Stasi a expliqué que l'objectif de cette visite était de relancer la coopération entre les collectivités locales européennes et algériennes. Les Maires européens se retrouveront pour une réunion à Alger avec des maires algériens, en même nombre qu'eux, et les uns et les autres se rendront dans les villes partenaires pour affiner les projets bilatéraux. Certains jumelages sont encore à monter, d'autres sont à réactiver, plusieurs sont déjà amorcés (Brest-Béjaïa, Grenoble-Constantine). La coopération entre collectivités locales a pour projet de faire travailler ensemble de part et d'autre de la Méditerranée la société civile et le mouvement associatif.

(El Watan 20.10) Le président Bouteflika devrait installer le 20 octobre, officiellement, une "commission nationale de réforme de la justice" dont il avait annoncé la création en août, après avoir dressé un constat de carence de l'appareil judiciaire algérien, de son personnel et de son fonctionnement. Abdelaziz Bouteflika avait alors préciser qu'il ne s'agissait pas seulement d'initier une simple réforme judiciaire, mais bioen une réforme totale de la justice algérienne "dans une perspective globale de réhabilitation de l'Etat".

(APS 20.10) Le président Bouteflika a affirmé le 20 octobre qu'il entendait demeurer à son poste pour tout son mandat, et démenti vouloir utiliser"la carte de la démission" pour faire passer sa politique.

(AFP 1.11) Le président Bouteflika a une nouvelle fois exclu, le 1er novembre, dans un entretien accordé à Radio France Internationale, la réintégration du FIS sur la scène politique algérienne, même sous un nouveau nom.

(FFS, 10.11) Intervenant au congrès de Paris de l'Internationale Socialiste, Hocine Aït Ahmed a réaffirmé que "la paix ne se décrète pas" mais se "construit ensemble et patiemment", et que le FFS n'est pas partisan du "tout ou rien" mais applaudit "toute initiative visant à réduire les niveaux de violence" et à promouvoir une "réconciliation (passant) par des garanties sérieuses de tous à chacun". Cela étant, le président du FFS a qualifié la politique actuelle du pouvoir de "show médiatique" et de "politique spectacle dans la laquelle la manoeuvre, la ruse et la gestion par le confusion font office de programme et masquent (...) l'immobilisme". "Il n'existe pas aujourd'hui en Algérie de processus susceptible d'aboutir à une véritable réconciliation nationale", a estimé Hocine Aït Ahmed, mais "une démarche opaque" et "une agitation de ceux qui découvrent les vertus de la paix après avoir organisé de véritables procès en sorcellerie à l'encontre de tous ceux qui osaient s'élever contre les tueries et proposer des mesures concrètes pour y mettre fin". Evoquant une "volonté de restreindre encore plus le champ des libertés" et dénonçant la "croisade qui est menée contre le pluralisme", le leader socialiste s'est demandé si les Algériens étaient "condamnés à voir défiler autant de présidents imposés que de constitutions octroyées" et s'est indigné qu'"après sept ans d'affrontements, (on) utilise à nouveau les mosquées pour mobiliser la population en faveur du "oui" au dernier référendum". Enfin, Hocine Aït Ahmed a demandé à l'IS de s'engager "dans des actions fortes de solidarité et de soutien aux causes qui privilégient les normes universelles de l'Etat de droit", que ce soit en Algérie ou ailleurs.

(Reuters, AFP 19.11) Lors d'une conférence de presse tenue en Monaco, en marge du sommet du Forum économique s'y tenant, le président Bouteflika a promis le 19 novembre de rétablir la confiance, d'attirer les investissements et d'"éradiquer" les rebelles islamistes qui ne seraient pas rendus aux autorités à l'expiration du délai qui leur a été fixé par la loi de concorde divile, au 13 janvier. "Je ne vais pas faire la chasse aux sorcières. J'ai besoin d'efficacité, j'ai besoin d'ibvestisseurs, j'ai besoin d'hommes qui parient sur l'Algérie nouvelle et je suis prêt à oublier ce qui s'est passé", a déclaré Abdelaziz Bouteflika, qui a affirmé avoir hérité d'une "Algérie défigurée, salie", marquée par "la montée de l'injustice et l'émergence non point d'une économie de marché, mais d'une économie de marché noir", et par une corruption qui a "pollué au cours de ces vingt dernières années les meilleurs cadres" du pays, si bien qu'"il ne reste pas grand'monde" pour le faire fonctionner. Le président a rendu hommage à l'armée "qui a permis de sauver ce qui reste de la crédibilité de l'Etat" et a été "le moteur de la vie démocratique de notre pays", il a promis qu'après le 13 janvier 2000, "l'Etat se donnera tous les moyens, à l'exclusion d'aucun, pour éradiquer les fauteurs de troubles", en reconnaissant que les attentats, qu'il a qualifié d'"épiphénomènes", ne seront pas "éradiqués avant le 13 janvier", et a par avance dénié aux pays étrangers le droit de "donner des leçons" à l'Algérie en matière de droit de l'hommes. Affirmant que "l'Etat algérien est à refaire de fond en comble", Abdelaziz Bouteflika a considéré que la nomination d'un nouveau gouvernement n'était pas "la priorité des priorités" et a affirmé qu'il entendait être "un chef de l'Etat qui assume tous les pouvoirs que lui donne la constitution", et non une "cerise sur un dessert".

(AFP 19.11) La première Conférence des femmes parlementaires arabes, réunis à Tunis, a clos de 20 novembre ses travaux par l'adoption d'un appel invitant les gouvernements arabes à faire de l'an 2000 une "année de la femme arabe". La conférence a en outre décidé de créer un réseau arabe d'échanges et de coopération interparlementaires féiminin, afin notamment de promouvoir une "présence effective" des femmes par les parlements arabes, où elle ne disposent que d'un taux de représentation très faible (3,5 % des sièges, pour une moyenne mondiale de 13 %).

(FFS 22.11) Le FFS a condamné "énergiquement" dans un communiqué l'assassinat de Abdelkader Hachani, qualifié par les socialistes algériens de "dirigeant islamiste modéré" et "d'homme de dialogue ayant soutenu sans ambiguïté toutes les démarches de compromis pour rétablir la paix et la réconciliation nationale". Pour le FFS, la "liquidation politique" de Hachani détruit "un pont vers la réconciliation", et ne peut que "profiter aux tenants d la stratégie de la terre brûlée et de la descente aux enfers". Le FFS demande "la mise en place d'une commission d'enquête internationale pour faire toute la lumière sur cet assassinat politique et en situer les responsabilités".

(Le Parisien 25.11) Dans un entretien au quotidien "Le Parisien", le porte-parole du FIS à l'étranger, Abdelkrim Ould Dadda, réitère le soutien de "la direction du FIS et de l'AIS" à la trêve, et condamne "les groupes fanatiques et pervers qui commettent des actions contre le peuple". Le porte-parole du FIS considère que la réconciliation nationale "demeure fragile" et que "Bouteflika n'a pas fait d'avancées réelles vers les politiques du FIS". Abdelkrim Ould Dadda demande l'ouverture d'un "dialogue direct" avec les chefs, le FIS étant "uine réalité dont on ne pas se passer aujourd'hui".

(Le Matin 26.11) 71 personnalités islamistes, algériennes (dont Abdallah Djaballah et Ahmed Taleb Ibrahimi) et étrangères (dont le Tunisien Ghanouchi), ont demandé dans un communiqué commun publié le 25 novembre aux autorités algériennes la libération de tous les détenus politiques, à commencer oar Abassi Madani et Ali Benhadj, et la relégalisation du FIS. Les 71 signataires du communiqué accusent le pouvoir algérien d'être responsable de l'assassinat d'Abdelkader Hachani, et rappellent au président Bouteflika que beaucoup d'entre eux ont soutenu sa démarche de concorde nationale. Pour eux, la cause première de la violence qui frappe l'Algérie reste l'arrêt du processus électoral en janvier 1992 et l'interdiction du FIS. Les "71" demandent au président Bouteflika d'ouvrir un dialogue sans exclusive avec tous les partis politiques rprésentatifs, FIS compris, pour trouver une solution à la crise, faute de quoi celle-ci persistera, et avec elle la violence.

(Corr 28.11) Le FFS a fait diffuser par voie d'encart publicitaire (une demi-page) l'intégralité du message adressé par Hocine Aït Ahmed aux délégués du parti réunis en Conseil national les 28 et 29 octobre dernier, afin de couper court aux interprétations données de ce message, et aux tentatives d'impliquer Hocine Aït Ahmed dans des débats internes dont il entend être l'arbitre et non l'acteur, et après que plusieurs cadres du parti en ait fait état pour revendiquer (notamment dans les colonnes du journal du parti, "Libre Algérie") plus de démocratie dans le fonctionnement du FFS.

(APS 30.11) Un nouveau parti politique a été créé le 30 novembre, l'Alliance des démocrates algériens (ADA), présidée par Seddik Menassel, qui a affirmé que son parti était déjà présent dans 21 wilayas et qu'il se composait notamment de "moudjahidines, d'enseignants, d'hommes d'affaires, de cadres nationaux". Le parti enmtend soutenir la démarche du président Bouteflika.

(Le Matin 2.12) Dans une conférence de presse tenue au lendemain du débat budgétaire à l'Assemblée nationale, le président du groupe parlementaire du FFS, M. Bouhadef, a déclaré que si son parti n'avait "jamais cessé de dire que la loi sur la concorde civile est la bienvenue", elle n'est cependant "qu'une mesure de détente" et que seule "une solution politique" pourra "arrêter d'une manière définitive la violence", en associant le FIS au débat.

(CCFIS 6.12) Le Conseil de coordination du FIS (CCFIS, aile "radicale du FIS, dirigée par Ahmed Zaoui) a désigné Mourad Dhina comme son porte-parole officiel.

(CCFIS 6.12) Dans une longue lettre adressée à Ali Benhadjar, "émir" de la Ligue islamique pour la prédication et le Djihad (LIDD), Abassi Madani, revenant sur ses précédentes positions, rend le "pouvoir" responsable de l'échec des tentatives de "réconciliation", et appelle "nos frères connus pour leur droiture" à distinguer l'"authentique message de paix que nous avons lancé comme voie de sortie de la crise qui ensanglante le pays" de la "capitulation méprisable prônée par le pouvoir". Abassi Madani accuse le président Bouteflika d'avoir "renié" la réconciliation "comme il a renié tout ce qu'il s'était engagé à entreprendre", et accuse le pouvoir de remettre en avant la "solution sécuritaire, la prônant hier sous couvert du rétablissement de l'ordre, aujourd'hui voulant l'imposer sous couvert de la concorde". Dans ces conditions, écrit le fondateur du FIS, "comment est-il concevable de capituler au bourreau d'un peuple entier après que ce même pouvoir eût plongé le pays dans une guerre totale plus longue que celle vécue lors de la guerre de libération" et eût faire subir au peuple "pires sévices que ceux subis par les mains du colonisateur français". Pour Abassi, "la véritable réconciliation ne peut se faire que dans la transparence" et avec pour perspective "une solution définitive de la crise (...) par le biais d'un dialogue équilibré sur le plan des libertés et des responsabilités assumées". Et d'affirmer : "nous nous distançons" d'une politique consistant en une "reddition indigne" entre les mains du pouvoir, "et nous demandons à ceux qui ont suivi cette voie par erreur de revenir sur leur décision et de ce distancer de cette reddition", dès lors que "le pouvoir (...) a renié tous ses engagements antérieurs" depuis 1991. Abassi Madani conclut par son refus d'être "partant" pour une négociation avec le pouvoir, "tant qu'il ne s'agit pas d'un dialogue sérieux, sur des bases de paix, qui aura pour objectif la réconciliation nationale dans le cadre d'une solution politique, en présence de toutes les parties responsables".

(CCFIS 8.12, AP 8.12) Dans un communiqué daté du 8 décembre et signé de son nouveau porte-parole, Mourad Dhina, le Conseil de Coordination du FIS (CCFIS) considère que "la publication de la lettre du Cheikh Abassi Madani par le CCFIS, relative à son rejet de la politique de concorde civile telle qu'initiée par le pouvoir, a provoqué une grande satisfaction parmi le peuple algérien", et assure que "contactà à nouveau, Cheikh Abassi Madani s'est dit satisfait de la publication de la lettre", dont le CCFIS "réaffirme l'authenticité" En outre, le CCFIS dénonce les "pressions et (les) menaces dont (Abassi Madani) fait l'objet de la part du pouvoir". Pour sa part, la presse algérienne s'interrogeait sur l'authenticité de la lettre attribuée à Abassi Madani. "El Khabar" attribuait la lettre à Ahmed Zaoui lui-même, et affirmait le 8 décembre qu'Abassi Madani avait "démenti" être l'auteur de ce message de condamnation du processus de "concorde civile". "El Watan" évoque la même hypothèse d'une lettre écrite en fait par Ahmed Zaoui. "Le Matin" accuse Ali Benhadj d'être à l'origine de ce que le journal considère comme une "manipulation", et "Liberté" a refusé de publier le document en raison des "doutes" sur son authenticité.

(AFP 10.12, Le Matin 11.12) La politique de "concorde civile" prômée par le président Bouteflika est un "échac", a déclaré le 10 décembre à l'AFP le chef du Conseil de coordination du FIS (CC-FIS), Ahmed Zaoui, interrogé à Ouagadougou. Pour Ahmed Zaoui, "la concorde civile n'a pu atteindre le but qu'elle s'est fixé", le nombre de "maquisards qui ont déposé les armes est négligeable" et "le pouvoir s'est éloigné du contexte de la concorde civile que lui-même a promis". Ahmed Zaoui a réaffirmé que la "concorde" ne pouvait sd'établir sans le FIS et la libération de ses dirigeants.

(APS 5.12) L'Algérien Hassan Djemmam a été élu le 2 décembre à Damas au poste de Secrétaire général de la Confédération internationale des syndicats arabes, dont l'UGTA est membre.

(Liberté 15.12, Le Soir 4.12) L'avocat de la veuve de Lounès Matoub, Nadia Matoub, a déposé une plainte avec coinstitution de partie civile, plainte formellement déposée contre X mais visant en réalité le "MAOL" (Mouvement algérien des officiers libres), après que celui-ci ait diffusé un document imputant l'assassinat de Lounès Matoub au "pouvoir", avec la complicité d'un chef de milice anti-islamiste de Kabylie. Selon le quotidien "Liberté" , le site internet du MAOL, hébergé par un "providert" britannique, serait administré par un lieutenant (qui se fait passer pour un colonel), déserteur de l'ANP, Ouagnoun Benhassein

(Le Monde 8.12, Le Matin 9.12) Selon "Le Monde", une délégation israélienne "de haut niveau" a effectué une visite en Algérie du 15 au 22 octobre. L'information a été démentie par "différentes sources responsables à Alger", citées par "Le Matin", qui rappelle que le quotidien arabe londonien "Echarq El Awsat" avait déjà évoqué cette visite. Selon "Le Monde", la délégation de cinq personnes se serait rendue à Sidi Bel Abbès, Maghnia, Constantine et Alger, et auraient rencontré des conseillers du président Bouteflika et du ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf. En outre, une délégation algérienne de même niveau devrait se rendre en Israël, peut-être au début de 2000, et l'hypothèse de l'ouverture de "bureaux de représentations réciproques à Alger et Tel-Aviv" a été évoquée, les Algériens ayant, selon "Le Monde" citant les Israéliens) posé comme condition préalable la conclusion d'un "accord de paix définitif entre Israéliens et Palestiniens", et demandé en outre la prééminence dans les rapports entre Israël et les pays du Maghreb. "Le Matin" rappelle que "les indices d'un rapprochement (algéro-israèlien) ne manquent pas", des discours du président Bouteflika à la présence de l'Ambassadeur d'Algérie en France au dîner annuel du Conseil représentatif des Institutions Juives de France (CRIF).

(Liberté 12,12) Le président Bouteflika et le leader du RCD, Saïd Sadi, se sont entretenus le 11 décembre dans le cadre des consultations engagées pour la formation d'un nouveau gouvernement. C'est la première rencontre officielle entre Bouteflika et Sadi depuis le 15 avril. Le président a déjéà reçu (et recevra encore) dans le cadre de ces consultations les dirigeants, outre du RCD, du RND, du MSP, du FLN et de Ennahda.

(Liberté 12.12) Le Conseil de la Nation (Sénat) a rejeté le 11 décembre le projet de loi organique présenté par le gouvernement, relatif au statut de la magistrature, projet qui avait été accepté par l'Assemblée nationale. Cinq dispositions de la loi (sur les 120 qu'elle contient) n'ont pas obtenu l'aval du Sénat : celles portant sur le serment que doivent prêter les magistrats (dont le texte a été considéré par certains sénateurs comme d'inspiration islamiste) et celle concernant les conditions de leur recrutement (qui met pratiquement sur pied d'égalité une licence en droit et une licence en théologie), ainsi que trois autres dispositions d'ordre plus technique. Le texte de loi est donc renvoyé à la commission paritaire Sénat-Assemblée chargée de résoudre la divergence entre les deux Chambres.

(AFP 18.12) Ahmed Taleb Ibrahimi a été désigné le 17 décembre à la tête du nouveau parti islamiste qu'il a fondé, le "Wafa".

(AFP 23.12, Le Monde 25.12, 26.12) Ahmed Benbitour, Sénateur, ancien ministre des Finances, a été nommé le 23 décembre à la tête du gouvernement algérien en remplacement de Smaïl Hamdani, qui avait présenté sa démission après la signature par le président Bouteflika du budget 2000. Il aura fallu attendre huit mois après l'annonce par le président Bouteflika de son intention de changer le gouvernement, pour que ce changement se fasse. Le président a eu toutes les peines du monde à concilier les exigences contradictoires des quatre partis constitutifs de la majorité gouvernementale, le FLN, le RND, le MSP et Ennahda. Cette coalition s'est au surplus élargie à deux partis anti-islamiste, le RCD de Saïd Sadi et l'ANR de Redha Malek. Le 24 décembre, Ahmed Benbitour a formé un gouvernement au sein duquel les proches du président Bouteflika détiennent les postes-clés, après avoir été choisis par le président lui-même (Abdelatif Benachenhou aux Finances, Chakib Khellil à l'Energie, Hamid Temmar à la Participation et aux réformes). Le ministère de l'Intérieur échoit à Yazid Zerhouni, ancien chef du contre-espionnage sous Boumedienne. L'ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia devient ministre de la Justice. Le poste de ministre de la Défense n'a quant à lui pas été attribué. De fait, il sera donc détenu par le chef de l'état-major, le général Mohammed Lamari, ce qui correspondrait à un projet du président Bouteflika de transfert des pouvoirs du ministre de la Défense vers le chef d'état-major, avec, à terme, la possible nomination d'un civil à ce poste.

(Le Monde 25.12) La "concorde nationale" est en train d'échouer "par la faute du chef de l'Etat", estime le bulletin officieux du FIS (tendance Rabah Kebir) "El Ribat".

(FFS 26.12) Dans une déclaration prenant acte du "départ du gouvernement de Smaïl Hamdani sans que soit présenté de bilan devant l'Assemblée Nationale", ce qui "démontre le mépris du pouvoir à l'égard des Algériens et de ses propres institutions" et "vient illusrtrer et banaliser l'absence totale de l'Etat de droit", le Front des Forces Socialistes relève que ce changement de gouvernement se fait alors que l'Algérie vit "une nouvelle escalade de massacres collectifs, d'assassinats ciblés, de violence, de répression et de pauvreté". Le FFS dénonce "l'échec de la loi portant concorde civile" et stigmatise "l'institution laborieuse et scandaleusement tardive du gouvernement de M. Bouteflika", où il relève l'absence totale des femmes et la nomination d'un "personnage aussi contesté" qu'Ahmed Ouyahia au portefeuille de la Justice. Les socialistes algériens considèrent que "les slogans électoraux et les engagements affichés ne sont là que pour masquer un nouveau dispositif d'éradication" et "faire passer les options économiques ultra-libérales" en renforçant "le système autoritaire en vue de fermer davantage les espaces et les moyens de libre expression et de libre association". Le FFS appelle "toutes les forces de changement et de modernité" à une "convergence" et à un "sursaut" pour "imposer une voie politique globale et pacifique" et une "transition démocratique" menant à "la paix et à la réconciliation".

(Liberté 30.12) La création d'un nouveau parti islamiste (légal), le Wafa, par Ahmed Taleb Ibrahimi, a suscité de la part d'un autre parti islamiste légal, Ennahda, une réaction virulente. Le secrétaire général d'Ennahda, Lahbib Adami, a accusé Taleb Ibrahimi d'avoir "toujours été dans le système" et d'être responsable de ce que des militants islamistes ont "connu la prison, la persécution et le châtiment" -à quoi Taleb Ibrahimi a répondu que "le recours sempiternel sur fonds de commerce de l'incarcération comme preuve de sa virginité politique ou de son mulitantisme n'est plus de mise", et que Adami lui-même ne s'est retrouvé en prison qu'en "service commandé" et comme "chargé de mission" par le pouvoir. Dans le même temps, un troisième parti islamiste, le MSP de Mahfoud Nahnah, menace de quitter le gouvernement, où il se sent sous-représenté (avec trois portefeuilles). Ennahda et le MSP se sentent visiblement menecés de marginalisation au sein de l'électorat islamiste (l'ancien électorat du FIS) par la création du Wafa, d'autant que celle-ci survient après la création, sur scission de Ennahda, du "Mouvement pour le renouveau national" de l'ancien président de Nahda, Abdallah Djaballah. Par ailleurs, le Secrétaire général du syndicat UGTA, Abdelmadjid Sidi Saïd, a réagi avec virulence à la nomination d'un islamiste, Bouguerra Soltani, comme ministre du Travail.

(Liberté 30.12) Maâmar Benguerba a été nommé le 29 décembre Directeur de Cabinet du Premier ministre Ahmed Benbitour.

(El Ribat 31.12) Le bulletin du FIS (tendance Kebir) "El Ribat" considère, dans son édition du 31 décembre, que le nouveau gouvernement algérien est "le plus hétéroclite que le pays ait connu", et qu'il a été constitué "par le fonds monétaire international et des puissances étrangères dont l'objectif est le bradage de l'économie algérienne". "Nous attendions un gouvernement, nous avons un syndic" de faillite, écrit "El Ribat", qui prédit que "le Premier ministre Benbitour et son ministre des Finances Benhachenou, connus également pour des des monétaristes, vont devoir dans les prochaines semaines annoncer la décision du gouvernmement de procéder à un troisième ré-échelonnement de la dette algérienne".

2000

(Libre Algérie 3.1) Selon "Libre Algérie", une "tentative d'approche d'Ali Benhadj a été menée il y a quelques mois par un groupe de personnalités", que le dirigeant du FIS a cependant refusé de rencontrer. Le journal affirme que Ali Benflis et Rachid Aïssa, pour la présidence, ont fait prendre contact avec Ali Benhadj par Ahmed Ben Bella et Hadj Ben Alla, qui avaient accepté de se "rendre utile".

(CCFIS 11.1) L'aile "radicale" du FIS (représentée par le Conseil de coordination du FIS, dirigé par Ahmed Zaoui) a pris ses distances avec l'AIS, que celle-ci se dissolve ou non, en affirmant que sa dissolution "n'incomberait qu'aux responsables de cette organisation et ne concernerait ni n'engagerait en rien le FIS", avec lequel l'AIS n'a "aucun lieu organique" et dont elle n'est pas la "branche armée, même si le FIS comprend et respecte toute résistance légitime contre l'oppression et l'injustice, que ce soit sous la bannière de cette organisation ou (d'une) autre". Le CCFIS, dans un communiqué du 11 janvier, se démarque également "des prises de positions politiques naïves et sordides exprimées par certains de ses membres à l'intérieur et l'extérieur de l'Algérie, et qui ont failli diluer ses revendications légitimes et compromettre les moudjahidines sincères et les mettant au service de la junte". Sans les nommer, le CCFIS affirme que "ces membres ne représentent ni la voie, ni les positions du FIS", et "exhorte les membres sincères de l'AIS et de l'instance exécutive du FIS" à rompre avec eux.

(El Watan, Le Matin 13.1, Ribat 13.1, APS 14.1, El Watan 17.1) A l'exception du MDS, qui condamne "l'abdication d'un pouvoir assujetti à la rente et attelé aux monstrueuses montures de l'intégrisme islamiste", les partis politiques qui avaient réagi le 12 janvier à la "grâce amnistiante" accordée par le président Bouteflika aux membres de l'AIS, et à l'autodissolution de celle-ci, l'ont fait plutôt positivement, y compris le Parti des Travailleurs (opposition), qui considère que cela confirme que "dès lors qu'il y a volonté politique de chercher les solutions par le dialogue, il est possible de dégager l'issue positive à la crise". Le PT demande cependant que le pouvoir aille plus loin et libère les détenus d'opinion (dont Ali Benhadj et Abassi Madani). l'ANR de Rheda Malek a exprimé le 16 janvier son soutien "total" à la démarche de "grâce amnistiante" d'Abdelaziz Bouteflika, dont l'ANR considère qu'elle "consacre l'échec d'un pan important du terrorisme" et qu'elle accélérera "les mouvements de repentirs". Côté islamiste, Ennahda et le MRN d'Abdallah Djaballah ont salué la décision d'Abdelaziz Bouteflika, le MSP demandant pour sa part que les dispositions de l'accord entre le pouvoir et l'AIS soient rendues publiques. Le RND parle d'un "succès qui se complétera par la volonté de l'Etat (de) combattre les criminels qui ont raté une occasion historique". Le FLN adhère à "toute initiative qui concourt au rétablissement de la paix et à la sortie de crise". Les anciennes organisations-liges de l'ancien parti unique ont abondé dans son sens : l'UGTA s'est félicitée "de la réalisation concrète et irréversible" des engagements du président Bouteflika et les organisations d'anciens combattants et d'enfants d'anciens combattants ont expèrimé le même soutien. Le RCD et le FFS n'avaient pas encore réagi le 12 janvier. Du côté du FIS, le bulletin "El Ribat" (tendance Kebir) a salué la décision de l'AIS, "conformément aux engagements donnés" de procéder à sa propre dissolution, en "poussant sa logique de désescalade, de réconciliation et de paix à l'extrême", et a également salué la "grâce ayant valeur d'amnistie complète et totale au profit de tous les membres de l'AIS" décrétée par le président Bouteflika, mais a déclaré qu'il s'agissait là du "seul acte concret relevant de l'accord AIS-ANP de 1997 à inscrire au palmarès du pouvoir", les autres "volets" de l'accord concernant, selon "El Ribat", "les prisonniers, les disparus et les victimes de la tragédie nationale", et étant "soit à finir, soit à commencer". "El Ribat" exige "la reconnaissance effective par le pouvoir algérien des droits légitimes et constitutionnels des sympathisants, des militants et des cadres du FIS à l'action politique". Dans un communiqué signé de Rabah Kebir, l'Instance exécutive du FIS à l'étranger salue l'"initiative courageuse et méritoire" du président Bouteflika, et lui demande la libération d'Abassi Madani et d'Ali Benhadj, ainsi que celle de "tous les prisonniers" politiques, de "faire la lumière sur les disparus", d'"élargir l'effet de l'amnistie" en n'excluant que "ceux qui (...) choisissent de continuer l'action armée", de lever l'état d'urgence et de "traiter le volet politique de la crise (...) par l'ouverture de l'espace politique" aux "larges couches représentées par le FIS". Pour sa part, le Comité national contre l'oubli et la trahison (CNOT) a dénoncé l'amnistie accordée aux islamistes armés et refusé "une paix basée sur l'oubli" et négociée "avec les assassins".

(Le Temps 13.1) Le porte parole du CCFIS, Mourad Dhina, s'est dit (au quotidien "Le Temps" de Genève) "soulagé" de l'auto-dissolution de l'AIS, "infiltrée par les services secrets" et dont "le pouvoir se sert pour brouiller les cartes". Mourad Dhina accuse également l'instance exécutive du FIS (tendance Kebir) de s'être fait manipuler par le pouvoir, ce qu'évidemment l'instance réfute. Soin porte-parole, Abdelkrim Ould Adda, affirme que parmi les clauses "secrètes" de l'accord entre l'ANP et l'AIS, l'une prévoit la "réhabilitation du FIS".

(Le Soir 12.1) Le Secrétariat national de l'UGTA se réunira le 16 janvier dans une ambiance de conflits internes au sein du syndicat et de sa direction nationale, conflits portant sur l'appréciation de la composition du nouveau gouvernement, mais aussi sur celle du rôle du syndicat dans le conflit d'Alfasid-Sider. La nomination d'un islamiste à la tête du ministère du Travail pose notamment problème, d'autant que le Secrétaire général du syndicat, Abdelmadjid Sidi Saïd, "aurait pris personnellement la décision" d'exprimer au président Bouteflika le soutien de la direction de l'UGTA alors que le Secrétariat national du syndicat avait décidé de demander audience au président pour lui demander des explocations sur la nomination de ministres islamistes du Travail et de l'Industrie. De plus, des sources évoquées par "Le Soir" suggèrent qu'"un clan au sein de la direction nationale de l'UGTA aurait exercé des pressions sur le Secrétaire génétal pour que celui-ci demande aux syndicalistes d'Alfasid de suspendre leur mouvement de guerre" -et le quotidien de conclure : "à quelques mois de la tenue du 10ème congrès, l'UGTA est véritablement au bord de l'explosion".

(Liberté 16.1) Le Conseil des ministres du 13 janvier a adopté un programme gouvernemental proposant des réformes dans tous les domaines, et formant un véritable "plan quinquennal" selon "Liberté", ou un "nouveau contrat social" selon le gouvernement. Ce programme comprend notamment les intentions suivantes : professionnalisation de l'armée et réduction de ses effectifs (diminution du temps de service), accélération des privatisations, développement du partenariat avec des entreprises étrangères, affectation des recettes tirées des privatisation au remboursement de la dette publique, réforme du système bancaire (accélération de l'ouverture de banques et établissements financiers privés capables de financer l'activité productive et l'investissement), réforme de la fiscalité (allégement de la fiscalité et des charges sociales pour les entreprises, appui aux petites et moyennes entreprises), réforme de la justice (garantie de la présomption d'innocence et des droits de la défense, développement de la liberté provisoire, impartialité du juge), réforme du système éducatif (mise en place de filières d'excellence, développement de la formation professionnelle intégrés au monde du travail), développement de l'autonomie de l'administration locale (révision du code communal, du code de wilaya et du régime des finances locales, réexamen du découpage territorial).

(El Watan 19.1) Le programme gouvernemental présenté à l'Assemblée nationale par le Premier ministre Benbitour n'a suscité que l'opposition des députés du Front des Forces Socialistes (FFS) et du Parti des Travailleurs (PT), les interventions de représentants de ces deux partis dénonçant le caractère "ultralibéral" du plan d'action gouvernemental, alors que les représentants du RND, du FLN, du MSP, de Ennahda et du RCD ont, plus ou moins inconditionnelement, soutenu le plan gouvernemental, le RND affirmant y avoir la volonté de "continuer le redressement national". Pour le PT, Louisa Hanoune a dénoncé la volonté du gouvernement de libéraliser les secteurs des mines, de l'énergie, des télécommunications et des transports, ce qui selon elle va à l'encontre de la constitution. Louisa Hanoune a dénoncé l'absence, dans le programme de l'exécutif, de politique de l'emploi, de cheminement vers un Etat de droit et de mesures pour le retour de la paix. Pour le FFS, Abdesselam Ali-Rachedi a dénoncé une "déaviation par rapport à l'esprit et à la lettre de la constitution" dans le fait que les députés soient priés de débattre d'une "somme d'intentions qui ne sont pas toutes louables", et non d'un "plan d'action" ou d'un programme gouvernemental. Pour lui, "les véritables décideurs ne siègent pas au gouvernement. Les ministres ne sont que des fonctionnaires. (...) Tout le monde sait que le pouvoir réel est entre les mains des militaires ou de ce que M'hammed Yazid a appelé sans humour le cabinet noir". Ali Rachedi a en outre souligné le fait que le groupe parlementaire du FFS restait le seul groupe de l'opposition (le PT n'a pas assez d'élus pour former un groupe propre), "puisque les laïcs ont fini par se réconcilier avec les islamistes en les rejoignant au gouvernement" (ce qui eut pour effet de pousser le ministre (RCD) des transports, Hamid Lounaouci, à quitter l'hémicycle. Le président du groupe parlementaire FFS, Mustapha Bouhadef, estime que le plan gouvernemental évacue chiffres et échéances afin d'empêcher le contrôle parlementaire. Du côté de la nouvelle majorité gouvernementale, quelques critiques ont tout de même été émise, un député MSP regrettant que "l'absence de chiffres nous empêche de savoir ce qui a été réalisé et ce qui reste à faire", et la nouvelle présidente du groupe parlementaire RCD, Khalida Messaoudi, qualifiant (mais dans une conversation avec des journalistes, et non à la tribune parlementaire) le décret présidentiel de "grâce amnistiante" des membres de l'AIS d'"objet juidique non identifié". Hocine Nia, du RCD, a par ailleurs regretté l'absence de femmes dans le gouvernement, et un parlementaire du FLN a estimé que "consacrer le droit à l'emploi" devrait passer "avant l'internet et autres impératifs de la globalisation".

(Liberté 19.1) Selon "Liberté", huit députés du Front des forces socialistes (FFS), "suspendus" (mais non exclus) du parti pour avoir il y a quelques mois rendu public un document critiquant le fonctionnement et certaines orientations stratégiques du FFS, et dont le cas a été examiné le 13 janvier par la commission de discipline du parti, pourraient voir leur "suspension" levée, la commission ayant considéré que le problème ne relevait pas d'un cadre disciplinaire mais d'un débat politique.

(Le Matin 19.1) "Le Matin" signale que le nouveau parti islamiste créé par Ahmed Taleb Ibrahimi, le Wafa, "tarde à avoir son agrément", et se demande s'il s'agit d'un "simple retard" ou d'une "volonté délibérée de freiner un parti qui compte dans ses rangs d'anciens membres fondateurs du FIS", comme Boukhamkham, Djeddi et Abdelkader Omar, le président Bouteflika ayant à plusieurs reprises déclaré que le retour à l'action politique légale d'anciens du FIS ne serait pas toléré. Plus d'un mois après la tenue de son congrès constitutif, et trois semaines après le dépôt de sa demande de légalisation, le 26 décembre, le Wafa est toujours dans une inconfortable "zone grise" entre la légalité et l'illégalité. Le délai de réponse imposé par la loi au ministère de l'Intérieur à une demande d'agrément à la constitution d'un nouveau parti politique est cependant de soixante jours après la date de son dépôt, après quoi une non-réponse vaudrait acceptation de la demande.

(Le Matin 20.1) Le parti Wafa d'Ahmed Taleb Ibrahimi, qui attend toujours de savoir s'il sera ou non légalisé, a démenti dans un communiqué que des membres fondateurs de l'ex-FIS figurent dans la liste de ses propres quarante membres fondateurs, ni dans celle des quatre-vingt membres de sa direction nationale, comme cela avait été annoncé par la presse algéroise.

(El Ribat 20.1) "L'option chilienne semble prévaloir en Algérie", écrit le bulletin du FIS (tendance Kebir) "El Ribat", pour qui "il n'y a pas à désespérer de voir le courant politique interdit" (c'est-à-dire le FIS) "reprendre légalement ses activités politiques dans le cadre des lois du pays". Le bulletin islamiste considère que "le règlement de la crise politique est en train de se concrétiser étape par étape", et s'en félicite, tout en demandant que les étapes suivantes soient "dans les meilleurs délais" la levée de l'état d'urgence, la libération "des prisonniers politiques" et "l'ouverture du champ médiatique à l'opposition qui en est exclue" ("El Ribat" dénonçant par ailleurs l'"acharnement médiatique sans précédent de la presse algérienne" contre le FIS et l'AIS, et "la frénésie qui s'est emparée de la presse éradicatrice", que "El Ribat" attribue à "une manipulation de certains clans du pouvoir rattrapés par les exigences de la paix et de la réconciliation"). Le bulletin de Rabah Kébir rend hommage à "l'engagement du président de la République lui-même comme principal acteur du dénouement de la dernière crise", et considère que depuis la "grâce amnistiante" accordée aux membres de l'AIS, "le dossier du FIS a pris une autre dimension politique"

(APS 20.1) La décision du président Bouteflika d'accorder aux membres de l'AIS une "grâce amnistiante" est un "événement remarquable et un acte humanitaire louable", a déclaré le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan à un quotidien saoudien. Kofi Annan salue les efforts d'Abdelaziz Bouteflika pour que l'Algérie sorte de la crise et oeuvre à "se reconstruction à la lumière du pluralisme, de la démocratie et du respect des droits de l'homme", et considère que la décision de grâce "atteste que le terrorisme a échoué et que les sacrifices du peuple algérien (n'ont pas été) vains".

(Liberté 22.1) Un colloque international sur Messali Hadj aura lieu à Tlemcen les 29 et 30 mars, sous le haut patronage du président Bouteflika, et avec la participation annoncée d'Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed (notamment).

(El Watan 25.1) Le programme du gouvernement Benbitour a été accepté le 24 janvier par l'Assemblée nationale populaire, avec les 300 voix du RND, du FLN, du MSP, de Ennahda et du RCD (pour qui la démarche gouvernementale est "porteuse de modernité"). Seuls 29 députés votant contre (les vingt élus FFS, les trois élus du Parti des Travailleurs, trois élus du MRN d'Abdallah Djaballah et trois dissidents du RCD).Un dissident du MSP, Abderrazak Mokri, a boycotté le vote. Louisa Hanoune (PT) a accusé le gouvernement d'"évacuer des préoccupation importantes, notamment celles se rapportant à la paix, à la dette extérieure, à la libéralisation", Mustapha Benmohammed (PT) a dénoncé la privatisation "forcenée" Boualem Kolaï a dénoncé le "discours apolitique" du Premier ministre et Abdesselam Ali Rachedi (FFS) la "centralisation de tous les pouvoirs au niveau du président de la République", "l'effacement des partis politiques, l'inexistence d'un projet de société" et le "retour à l'unanimisme". Les députés FFS ont en outre dénoncé l'absence de chiffres et d'échéances dans le programme.

(Libre Algérie 17.1, La Tribune 23., APS 25.1) Les représentants de plusieurs syndicats autonomes (c'est-à-dire non-affiliés à l'UGTA) se sont réunis le 23 janvier en vue de créer une nouvelle centrale syndicale en Algérie, la "Confédération algérienne des syndicats autonomes" (CASA). Le Secrétaire général de l'UGTA, Abdelmadjid Sidi Saïd, s'est déclaré quant à lui hostile, au nom de l'unité des travailleurs, à l'existence de plusieurs syndicats en Algérie. Le 24 janvier, à Tizi Ouzou, Abdelmadjid Sidi Saïd a affirmé le soutien de l'UGTA au président Bouteflika, et a déclaré que l'UGTA allait essayer de "gérer (...) les conséquences de la mondialisation (...) dans le cadre d'un travail de cohésion et de solidarité de tous". La direction et la ligne de l'UGTA sont cependant de plus en plus critiquées, au sein même de la centrale syndicale. "L'ouverture grandiloquente et maladroite d'un front factice de la lutte contre la "réaction islamiste" dans le monde du travail" par Abdelmadjid Sidi Saïd "n'a trompé personne", écrit "Libre Algérie", qui évoque la possibilité d'un "chaboulement des rapports de force dans la centrale syndicale en faveur des courants combatifs et indépendants".

(Liberté 25.1) D'importants changements de hauts responsables de l'administration publique et de ja justice sont "attendus pour le week-end", écrit "Liberté", qui évoque notamment un "vaste mouvement dans le corps des procureurs généraux et présidents de cours", outre "les entreprises de presse du secteur public", la douane, le Trésor, les impôts, la protection civil, la Cour des comptes, la Banque d'Algérie (dont le Gouverneur changerait), l'Office national des statistiques, la radio publique. Deux femmes figureraient parmi les nouveaux promus, selon le quotidien algérois.

(La Tribune 26.1, Le Matin 29.1) Selon la presse arabe de Londres", un congrès du FIS se tiendrait à l'étranger prochainement, en coordination avec les différentes instances du Front à l'étranger. Cette information a été démentie le 15 janvier par Abdelkader Boukhamkham, membre de la direction du FIS, qui a totalement écarté cette possibilité . Selon les informations données par la presse arabe londonienne, une commission de préparation aurait été mise sur pied pour la tenue d'un "congrès du renouveau", dont l'initiative reviendrait à Abdelkader Hachani avant son assassinat, commission dont ferait partie Ahmed Zaoui (Conseil de coordination du FIS à l'étranger) mais non Rabah Kébir (instance exécutive du FIS à l'étranger). Selon "Le Quotidien d'Oran", Rabah Kébir aurait "négocié en solo, en contrepartie de la dissolution de l'AIS, un retour sur la scène politique du FIS dissous sous un autre sigle", sans poser comme condition la libération d'Abassi Madani et Ali Benhadj.

(Liberté 27.1, 29.1, El Watan 29.1) Le Conseil national du FFS s'est réuni le 27 janvier, avec à son ordre du jour la préparation du troisième congrès du parti et la situation politique du pays. Les huit députés "critiques" à l'égard de la direction du parti, dont Abdesselam Ali Rachedi, ont appelé quant à eux à une "conférence des cadres" du FFS afin, notamment, de permettre "le rassemblement de toutes les énergies militantes", de "moderniser" le parti et de "dépasser les fausses querelles" pour faire du FFS le "grand parti démocratique de gauche que les militants demandent, que le pays attend et que le pouvoir redoute". Le Conseil national n'a pas suivi cette proposition et a décidé, par 90 voix sans opposition et 9 abstentions, de lever la "couverture politique" des huit députés, à qui il reproche de persister dans "une démarche antistatutaire", de se livrere à des "attaques publiques" contre les "fondements et la ligne politique du parti" et des "manoeuvres visant à démoraliser et diviser la base militante" et de s'ériger en "instance parallèle aux instances légitimes et souveraines" du parti. Dans une lettre adressée au Conseil national, Hocine Aït Ahmed a considéré que, sur le fond, la divergence entre les huit et la direction du parti avait déjà été tranchée par les instances du FFS, et dénonce une volonté (extérieure au parti) de "se débarrasser du FFS", et "les campagnes médiatiques et les manoeuvres souterraines qui visent actuellement à casser ou à récupérer le troisième congrès", reporté aux 24-26 mai, qui "gêne la République des apparences et les clans qui en profitent". Avant le congrès, une conférence nationale se tiendra pour un audit "démocratique et transparent" du fonctionnement du parti, chargé de prolonger le travail de la commission chargée de l'audit. Par ailleurs, sur proposition de Hocine Aït Ahmed, le Conseil national a désigné Mustapha Bouhadef au poste de Premier secrétaire du parti, en remplacement d'Ahmed Djeddaï, nommé à la responsabilité des relations internationales. Ali Kerboua a été désigné comme secrétaire chargé des parlementaires (le groupe parlementaire du FFS comptant, outre les huit "dissidents", douze autres députés).

(APS 29.1, AP 30.1, Le Matin 31.1) A l'issue de la 17ème Conférence des ministres arabes de l'Intérieur, les 20 délégations présentes à Alger ont adopté le 30 janvier une déclaration citant l'Algérie et la politique de "concorde civile" du président Bouteflika en exemple. La conférence a souligné la nécessité de renforcer et d'appliquer le plan de coopération antiterroriste adopté en 1998 (pour cinq ans) par les Etats arabes, et a adopté une "déclaration d'Alger" affirmant que le processus algérien de restauration de la concorde civile doit être pris en exemple par les autres Etats arabes. L'Algérie n'a cependant pas réussi à faire adopter sa proposition de création d'un bureau de coordination arabe de lutte contre le terrorisme (dont elle voyait le siège à Alger), la Syrie et la Lybie ayant fait valoir qu'un bureau de coordination arabe des polices judiciaires existait déjà (avec siège à Damas). Le ministre algérien de l'Intérieur Yazid Zerhouni a reconnu que sa proposition "demandera encore du temps pour (...) se concrétiser". Dans son allocution d'ouverture de la conférence, le 29 janvier, le président Bouteflika a affirmé que "le déchainement de violence qui a accablé et meurtri l'Algérie n'est pas une fatalité particulière. Il est du aux erreurs des hommes et de politiques qui, dans un contexte difficile, ont fragilisé la société en ignorant ses réalités fondamentales et ses besoins primordiaux". "Ce qui est arrivé ici peut arriver ailleurs", a averti le président algérien, qui a également mis en garde contre la "manipulation" et le "détournement" des aspirations populaires "vers les chemins de l'intolérance abrupte et (de) la violence aveugle", d'autant que "des forces (...) qui ne s'accomodent pas de l'indépendance de nos peuples (...) ouvrent dans l'ombre à exacerber les facteurs de tension et d'instabilité" dans le monde arabe. Abdelaziz Bouteflika a enfin exprimé son regret que pendant la pire période de violence en Algérie, "certains, dans le monde arabe et dans le monde musulman, ont été inconscients de la vraie nature de la crise et de ses enjeux" et ont même "contribué activement ou tacitement à sa perpétuation".

(APS 26.1) Le président Fidel Castro a invité le président Bouteflika à participer à la Conférence au sommet du Sud qui se tiendra à La Havane du 10 au 14 avril, à l'initiative du "G77" (pays en développement) et de la Chine. Fidel Castro a exprimé dans son message à Abdelazit Bouteflika son espoir que la conférence constitue "un espace privilégié pour l'examen des problèmes auxquels nos pays sont confrontés aujourd'hui, à partir d'approches tiers-mondistes". La conférence traitera de la globalisation de l'économie, de la coopération nord-sud, du savoir et de la technologie, et devrait adopter une position commune aux 77 en prévision du "sommet du millénaire" tenu dans le cadre de la 55ème assemblée générale de l'ONU, en 2000.

(El Watan 29.1) L'ancien animateur du Mouvement culturel berbère Ferhat M'henni, qui a été membre fondateur du RCD, a déclaré dans une conférence à Azazga, le 27 janvier, vouloir tenter de "réunifier les rangs du mouvement amazigh dans la diversité de ses courants" et d'organiser un congrès pour "se donner des objectifs réactualisés et des moyens adaptés à la situation", élaborer une charte de solidarité amazighe et mettre en place une coordination transnationale. Ferhat M'henni n'a pas explicitement évoqué l'hypothèse de la création d'un parti, mais cette hypothèse est évoquée par "El Watan".

(Liberté 30.1, FFS 27.1, El Watan 22.2) Le Secrétariat national du FFS a annoncé que la commission nationale de discipline du FFS s'était déssaisie, le 29 janvier, du dossier des huit députés "dissidents", dont à son avis et à celui du secrétariat national du FFS, le cas "ne peut âtre traité que par les instances du parti", conformément aux statuts. De leur côté, les huit députés ont qualifié d'"illégale" et d'"antistatutaire" la décision du Conseil national du FFS de lever leur "couverture politique, et affirment qu'elle n'a été adoptée que par 48 membres sur les 120 que comprend l'instance. Les huit députés, qui affirment que la commission de discipline ne s'est pas déssaisie du dossier et a rendu une sorte de "non lieu" en leur faveur, se considèrent toujours comme membres du FFS, et partisans de ses options, s'ils sont opposés à son fonctionnement.

(FFS 27.1) Dans son message au Conseil national du FFS, Hocine Aït Ahmed, invitant les Algérien(ne)s à "se remobiliser pour reposer les fondations et reconstruire la charpente" de leur pays, et considérant que "c'est cela l'objet du redéploiement politique du FFS dans la société pour rassembler les individualités, associations et partis dont la crédibilité patriotique se mesure à leur volonté de s'impliquer pour la paix, la démocratie, la justice et l'équité sociale, propose plusieurs échéances et changements internes à son parti : l'"assainissement (des) fichiers organiques" des membres du parti, l'instauration de "quotas de délégués pour les jeunes, les femmes et les syndicats autonomes" (mais le président du FFS repousse la proposition de création d'une "atructure autonome au sein du parti" pour les "anciens militants"), la tenue d'une "conférence pour au audit démocratique et transparent" du parti, conférence à laquelle "devront participer, aux côtés des membres du Conseil national, surtout les secrétaires de section" ainsi que les "associations et personnalités proches du parti" (la conférence, qui n'aura pas de pouvoir de décision mais pourra faire des propositions, pourrait avoir lieu au début avrul), et par conséquent le report du troisième congrès à fin mai. Hocine Aït Ahmed propose également une "conférence nationale périodique d'évaluation, d'orientation et de règlement des problèmes" des élus.

S'agissant de la situation politique, le président du FFS ironise : "après huit mois de non-gouvernement, on a fabriqué, enfin, un gouvernement introuvable, alliance de tous les contraires, avec un programme désespérant de platitudes et de généralités, mais dont le but est de dissimuler les options anti-nationales et anti-démocratiques" -gouvernement auquel Hocine Aït Ahmed ne trouve qu'une "petite vertu, celle de confirmer le rôle de certains acteurs politiques durant ces dernières années". Dans ce contexte, le fondateur du FFS accuse le pouvoir de vouloir "faire le ménage" et se "débarrassant du FFS, dont le délit est de jouir d'une confiance populaire de plus en plus importante, et dont le crime est de casser le simulacre (et) d'avoir réussi à résister aux coups d'Etat en chaîne qui, dans de nombreux cas, ont su provoquer ou manipuler des congrès de partis afin de porter à leur tête des chefs normalisés ou normalisables".

(APS 31.1, Le Matin 2.2) A un journaliste malien, le président Bouteflika a affirmé que l'Algérie venait "d^écrire une page qui fera date dans l'histoire de l'humanité" avec sa démarche de "concorde nationale et de réconciliation nationale", en allant plus loin dans cette démarche qu'aucun "pays démocratique". Abdelaziz Bouteflika a en outre mis en cause "des interventions étrangères" et "certaines capitales" étrangères (qu'il n'a pas nommées) dans l'origine de la crise algérienne, Dans un entretien accordé à la chaîne de télévision privée française LCI, le président Bouteflika s'est interrogé sur ce qu'il aurait fait s'il s'était trouvé dans la même situation que les jeunes algériens passés dans les rangs de l'islamisme armé, et dont il considère qu'ils "se battent pour des considérations politiques et idéologiques" : "Je ne sais pas si à leur âge les mêmes causes n'auraient pas engendré les mêmes conséquences sur moi". Satisfait du nombre de redditions d'islamistes armés (qu'il évalue à environ 5000 à 6000 personnes personnes, membres de l'AIS compris), Abdelaziz Bouteflika considère que "le problème du GIA est réglé à 80 %", affirme que les repentis bénéficieront du "statut de citoyen à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs" et renvoie à plus tard, "lorsque les douleurs se seront apaisées", le règlement de la question du FIS. "J'avais carte blanche pour trouver une solution aux gens armés, mais je n'avais pas carte blanche pour régler (...) le problème de ceux qui ont été à l'origine de la violence", ajoute le président, qui considère que la situation de crise "s'est créée depuis la mort de Boumediène". S'agissant des institutions, le président de la République déclare : "je crois que je suis le vrai Chef du gouvernement, mais pas au sens constitutionnel", la constitution contenant selon lui "ce qu'il y a de plus mauvais dans le régime parlementaire et dans le régime présidentiel". Le président de la République est en outre ministre de la Défense.

(APS 1.2) Le ministre égyptien de l'Intérieur, Habit Ibrahim El-adli, a déclaré que l'Egypte était disposée à créer une force de sécurité commune avec l'Algérie, et a rendu hommage à la loi algérienne sur la concorde civile, "outil réel pour mettre fin à l'effusion de sang".

(AP 2.2, Liberté 3.2, APS 4.2) En visite pour quelques heures à Alger, le sous-secrétaire d'Etat américain chargé du Moyen-Orient, Edward Walker, a eu un entretien le 2 février avec le président Bouteflika, à qui il a "renouvelé l'intérêt que nourrir Bill Clinton aux relations avec l'Algérie", et l'appréciation "hautement" positive portée par les USA aux "efforts du président Bouteflika pour assurer la réconciliation nationale et renforcer les efforts économiques entrepris". Le président Bouteflika a d'ailleurs reçu le 1er février un message de Bill Clinton saluant sa "décision courageuse" de "pardonner à ceux parmi les Algériens qui veulent mettre un terme à l'usage de la violenc", et l'assurant de son soutien dans ces efforts "visant à combattre le terrorisme dans le respect de l'Etat de droit". Bill Clinton exprimait également le souhait d'une coopération bilatérale accrue entre l'Algérie et les USA face à ceux "qui veulent nuire à nos citoyens et s'attaquer de manière violente à nos systèmes politiques". Recevant à la Maison Blanche le nouvel ambassadeur d'Algérie aux USA, Driss Djazairi, le président Clinton a réitéré le 3 février le soutien des USA à Abdelaziz Bouteflika, qui a, selon le président américain, "fait des déclarations admirables et courageuses pour encourager tous les Algériens à appuyer son plan de réconciliation nationale". Le président Clinton a également exprimé le souhait de son administration "d'encourager les investissements américains dans les divers secteurs de l'économie" algérienne, mais aussi celui "d'établir un dialogue politique sincère sur une série de questions délicates". L'ambassadeur algérien a pour sa part évoqué la possibilité d'établir "un partenariat stratégique" entre les USA et l'AlgériePour "Liberté", les Américains engagent avec les Français "une course contre la montre pour faire accélérer le partenariat algéro-américain dans le domaine économique"

(Liberté 5.2) Selon le quotidien "Al Hayat", des manoeuvres navales conjointes américano-algériennes pourraient avoir lieu dans la deuxième moitié de 2000, et le commandant de la Vième Flotte américaine, l'amiral Murphy, aurait rencontré "ces derniers jours des responsables militaires algériens pour discuter de la coopération militaire entre les Etats-Unis et l'Algérie", discussions lors desquelles le principe des premières manoeuvres navales entre flottes américaine et algérienne aurait été retenus.

(Ribat 3.2) Le congrès que l'aile radicale du FIS entend tenir à l'étranger est considéré par le bulletin islamiste "El Ribat"(proche de Rabah Kébir), dans son édition du 3 février, comme un "non sens" participant "non seulement d'une volonté de diviser encore davantage les rangs" islamistes, mais surtout "d'une manipulation orchestrée à la fois par le clan de l'éradication dans le pouvoir et des partis de l'opposition, qui ont manifestement perdu, grâce au désengagement de l'AIS, de la LIDD et d'autres groupes armés, un fond de commerce politique". Le congrès projeté notamment par le Conseil de coordination du FIS à l'étranger (CC-FIS, animé par Ahmed Zaoui), et auquel s'oppose la délégation exécutive du FIS à l'étranger (animée par Rabah Kébir) -laquelle reproche au premier de ne représenter qu'"une tendance infiniment minoritaire" du FIS, serait un "non-sens" parce que les dirigeants du FIS qui pourraient y participer seraient "rares", que "95 % des militants du parti ne seront pas représentés faute de pouvoir choisir librement leurs délégués", et que "personne à l'extérieur du pays, ne peut se substituer au président du parti ou au Conseil consultatif (Madjlis Ech-Choura) dont beaucoup de membres ont démissionné ou ont trouvé (...) la mort". La délégation exécutive dénie donc par avance toute légitimité au congrès projeté par le Conseil de coordination, et considère que toute nomination décidée par ce "congrès fantoche" serait "nulle et non avenue". Pour l'aile Kébir du FIS, le congrès envisagé par l'aile Zaoui n'aurait "d'autre objectif que de tenter de déstabiliser ceux qui travaillent sur le terrain (...), de semer la zizanie au sein du parti et de discréditer l'action positive (...) que l'AIS a entreprise". "Il y en a marre des nuisances verbales à partir de l'étranger", s'exclame le bulletin islamiste (édité à partir de l'étranger...), qui accuse "les mêmes personnes qui polluent l'environnement politique par des irresponsables" de ne cesser "depuis le début du conflit de donner des avantages à l'adversaires, à croire que c'est lui qui les inspire", et qui traite la tendance "radicale" du FIS d'être animée par des "professionnels de la surenchère qui, bien que n'ayant aucune relation avec les moudjahidines de l'AIS, n'hésitent pas à se poser en défenseurs du djihad en Algérie pour couvrir leurs agissements criminels".

(El Watan 5.2, Liberté 6.2) Il n'y a pas eu d'accord écrit entre l'AIS et l'ANP, a déclaré le président Bouteflika à une télévision libanaise (LBC), mais seulement "un accord verbal". Le président algérien a écarté la réhabilitation du FIS "jusqu'à ce que l'Algérie sorte définitivement de la crise", mais ne l'a pas exclue, et tout en rendant Abassi Madani et Ali Benhadj responsables (mais pas seuls responsables) des années de violence, s'est montré plus conciliant avec d'autres responsables du FIS, notamment Rabah Kebir, qui a selon lui contribué à éteindre les "feux de la fitna" et n'a donc pas à craindre la justice algérienne, des circonstances atténuantes pouvant lui être reconnues. Selon "Essahafa", le dossier judiciaire de Rabah Kébir sera d'ailleurs bientôt rouvert et un nouveau procès aura lieu, Rabah Kébir pouvant rentrer en Algérie pour y être rejugé. Il avait été condamné à mort par contumace pour atteinte à la sûreté de l'Etat et incitation à la violence.

(El Watan, Le Matin 6.2) Le Conseil national du FFS se réunira en session extraordinaire le 10 février, pour se pencher notamment sur le cas des huit députés contestant le fonctionnement du parti, dont le précédent Conseil national avait dans une résolution à la Commission de discipline demandé la sanction -la commission considérant quant à elle que les griefs faits aux huit députés ne sont pas de sa compétence mais de celle d'un organe politique, et prononçant donc une sorte de "non-lieu". La divergence entre le "groupe des huit" et la direction du parti est d'ailleurs explicitement politique : Samir Bouakouir, Secrétaire national du parti, considère que les "dissidents" veulent l'abandon de la stratégie d'opposition adoptée par le parti, alors que "la raison d'être du FFS est la sécularisation du politique, c'est-à-dire (sa) séparation à la fois du militaire et du religieux" -et donc l'opposition à un pouvoir qui confond toujours politique, militaire et religieux. La question est posée de savoir si la direction du parti ira jusqu'à exclure les huit députés, à qui elle a déjà retiré toute "couverture politique", c'est-à-dire tout droit de s'exprimer au nom du parti. Une éventuelle exclusion de huit députés poserait cependant le problème du maintien d'un groupe parlementaire FFS : le FFS est actuellement le seul parti d'opposition à disposer d'un groupe parlementaire, depuis le ralliement du RCD au gouvernement (les autres partis d'opposition ne disposent pas du nombre requis d'élus, soit quinze, pour former un groupe). Or l'exclusion de huit députés ferait tomber le nombre des élus du FFS reconnus comme tels par le parti en dessous du nombre minimum exigible pour former un groupe parlementaire.

(Le Matin 7.2, 9.2) Selon le chef de la Ligue islamique pour la daâwa et le djihad (LIDD, autodissoute et amnistiée), Ali Benhadjar, s'exprimant dans un entretien accordé à "El Hayat", le président Bouteflika aurait promis de libérer Abassi Madani lorsque les derniers éléments de l'AIS auront quitté les maquis.Le 2 février, cette libération avait cependant été exclue par Abdelaziz Bouteflika, lors d'un entretien accordé à une télévision libanaise et le 7 février, Abdelaziz Bouteflika a démenti au micro de France-Culture toute promesse de libération d'Abassi Madani et d'Ali Benhadj.

(El Watan, Le Matin 9.2) Dans un long et passionné entretien accordé le 2 février à la radio publique française France-Culture, et diffusé le 7 février, le président Bouteflika a déclaré vouloir réviser la constitution algérienne, sans entrer dans les détails de cette révision ni préciser son calendrier. On évoque à Alger comme thèmes d'une possible révision le statut, voire même l'existence, du Conseil de la Nation (Sénat), dont Abdelaziz Bouteflika n'a jamais caché qu'il ne voyait pas l'utilité. Le président algérien s'est fait dans son intervention radiophonique l'avocat d'un véritable régime présidentiel, alors que la constitution actuelle instaure un régime ambigu, ni parlementaire, ni présidentiel. Sur le terrain plus restrictivement politique, Abdelaziz Bouteflika a catégoriquement exclu tout retour du FIS sur la scène politique, sous une forme ou une autre, tant que l'Algérie n'aura pas "retrouvé sa stabilité politique, économique et sociale", et en exprimé son souhait, dès la sécurité revenue, de nommer un civil à la tête du ministère de la Défense. Abdelaziz Bouteflika s'est également exprimé sur la gestion de la dette extérieure algérienne, dont il a demandé l'effacement pur et simple. Le président algérien revendique à ce sujet une politique commune et concertée pour l'ensemble des "pays à niveau intermédiaire" (ni sous-développés, ni développés autant que les pays de l'OCDE, par exemple), dont, à défaut de pouvoir être annulée comme elle peut l'être pour les pays les moins avancés, un "réaménagement" est concevable, par exemple sous forme d'une reconversion totale ou partielle en prises de participation, ou sous forme d'une annulation des intérêts (c'est en effet moins la dette principale que son service qui pèse sur les économies endettées).

(El Watan 9.2) Le chanteur kabyle Ferhat Mhenni, revenu en Algérie après plusieurs années d'exil, n'a pas démenti à "El Watan" l'intention que lui prête la rumeur de lancer une "plate-forme" pour la création d'un nouveau parti politique, même s'il ne l'a pas explicitement confirmée. Ferhat Mhenni évoque la perspective de "l'aboutissement total de la revendication amazighe", c'est-à-dire l'institutionnalisation de la langue berbère "dans la constitution elgérienne avec un statut honorable", mais déplore que l'amazighité soit actuellement "l'otage de partis politiques" (sous-entendu : le FFS et le RCD, concuremment), et souhaite que l'on surmonte ces divergences partisanes, l'appui donné par des partis à la revendication amazighe ne pouvant être "un plus" que si ces partis "cessent de s'agresser mutuellement (...) en se disant (chacun) plus amazigh que l'autre". Pour cela, estime le militant amazigh, ce serait aller "très vite en besogne" que chercher maintenant à créer une "force politique" nouvelle", mais Ferhat Mehenni se donne néanmoins pour "mission" de tenter d'"unir toutes les tendances du MCB" (mouvement culturel berbère), et annonce "ces jours ci, une rencontre qui va déterminer les nouveaux objectifs et les nouvelles perspectives" et proposer une "charte de non agression" entre ces tendances. Enfin, évoquant la déclaration que le président Bouteflika avait faite à Tizi Ouzou, selon laquelle tamazight ne pourrait devenir lan gue officielle que par voie référendaire, Ferhat Mehenni déclare que "cette langue est millénaire sur cette terre, et il est hors de question qu'on soumettre son existence à référendum".

(FFS 10.2, El Watan, Liberté 14.2) Le Conseil national du FFS a adopté "à une large majorité" un nouvel article des statuts du parti, permettant au Secrétariat national d'adresser une "mise en demeure" à des parlementaires mis en cause dans le cadre de procédures disciplinaires internes, et au Conseil national du parti, sur proposition du Secrétariat national, de prononcer la "levée de la couverture politique de l'élu" en cas de persistance du compirtement ayant motivé la mise en demeure. Le Secrétariat national est ensuite chargé de procéder à la radiation du parti des personnes mises en cause. Les huit députés actuellement visés par cette disposition ont dénoncé, dans un communiqué, le caractère "illégal avéré" de la décision du Conseil national, et la "mise en liberté surveillée" des élus du parti par la direction. Les "huit" réaffirment en outre leur "attachement indéfectible aux valeurs originelles du FFS faites de liberté, de démocratie et de justice".

(Le Jeune Indépendant 10.2, FFS 6.2) Le FFS-Immigration a organisé du 4 au 6 février un séminaire portant sur "les questions de stratégie politique, d'organisation et de l'émigration", et a mis en place une Commission de préparation du congrès national du parti, prévu en mai 2000. Le FFS-Immigration appelle les Algériens de l'étranger à se "mobiliser" afin de "lever le voile sur la réalité d'un système qui refuse toute véritable ouverture démocratique", et à "sensibiliser" l'opinion publique internationale sur les risques "d'aggravation de la situation" algérienne si la communauté internationale cautionnait le "statu quo politico-militaire" qui s'est instauré en Algérie. Le FFS-Immigration dénonce une "normalisation autoritaire (...) mise en oeuvre par des laboratoires spécialisés dans l'infiltration et la prise en charge, consciente ou inconsciente, de cadres responsables d'organisations", et "une campagne de déstabilisation contre le FFS", orchestrée "dans les coulisses de la présidence" et s'appuyant sur "des problèmes organico-politiques naturels au sein de toute organisation démocratique".Le FFS-Immigration appelle la communauté internationale à "inciter" le pouvoir à s'engager dans un dialogue "franc et transparent entre toutes les forces politiques et les personnalités représentatives" pour dégager un "contrat" politique et social acceptable par tous. Le FFS-Immigration appelle également au soutien aux associations de familles de diparus et aux familles de victimes des violence et du terrorisme, le premiers des droits pour lesquels ces familles luttent étant "le droit à la vérité sur les tenants et les aboutissants du drame qui les a foudroyés".

(Liberté 10.2) Dans une déclaration transmise à une conférence-débat organisée par le RCD à Tizi Ouzou, le 9 février, Saïd Sadi qualifie la présence de son parti au gouvernement de "consecration" et de "bouleversement", et considère qu'avec ce gouvernement (où le RCD siège aux côtés de formations islamistes), l'Algérie "dispose d'un exécutif mobilisateur d'un pacte républicain".

(El Watan 14.1) Un nouveau découpage administratif de l'Algérie devrait être prochainement mis à l'ordre du jour du Conseil des ministres, abrogeant le statut de "gouvernorat" pour Alger, portant à 75 le nombre des wilayas (actuellement 48) et supprimant les daïras. Des douze wilayas qui composent le gouvernorat du Grand Alger, trois subsisteraient : Alger, Rouiba et Zéralda. La plupart des 27 nouvelles wilayas créées se situeraient dans le sud : Bordj Badji Mokhtar (Illizi), Djanet (Adrar), Aïn Sefra, El Golea, Djemaâ (Ouargla), Bousaâda (M'sila), notamment. Au nord du pays, Berrouaghia (Mediea) obtiendrait un statut de wilaya, ainsi que Boumefdaâ (Aïn Defla), Barika (Batna), Aïn M'lila (Oum el Bouaghi). Trois wilayas seraient crées à Sétif. Le nouveau découpage prévoierait également la création de régions (de "super-wilayas", avec leurs "super walis" à l'est, au centre, à l'ouest et au sud. Selon les experts, ce nouveau découpage aurait notamment pour but de faire ressortir la vocation économique particulière de chaque wilaya (l'industrie à Bougaâ, le tourisme à Djanet, par exemple).

(AP 17.2) A l'occasion du onzième anniversaire de la création de l'Union du Maghreb Arabe (UMA), les chefs d'Etat algérien, marocain et tunisien se sont engagés réciproquement à promouvoir l'union qui les regroupe, avec la Mauritanie et la Libye. Dans un message chaleureux adressé le 16 février au roi du Maroc Mohammed VI, le présidnt Bouteflika a réaffirmé "la ferme volonté de l'Algérie de consacrer les relations de fraternité et de bons voisinage" entre leurs deux pays, à quoi le roi du Maroc a répondu en se disant "convaincu que la redynamisation de l'(UMA) constitue une fatalité historique et une nécessité géostratégique".

(Liberté 17.1) Sur proposition de la France, l'OTAN a décidé le 16 janvier d'inviter l'Algérie a participer au "dialogue méditerranéen", programme de coopération politique auquel participent déjà le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie (mais également l'Egypte, la Jordanie... et Israël), et dont le but est de "développer une relation de confiance" entre l'OTAN et les Etats du pourtour méditerranéen (à l'exclusion de la Libye et de la Yougoslavie).

(El Watan 17.1) Le FFS a organisé du 12 au 16 février à Zeralda un séminaire national pour ses élus locaux, en collaboration avec la Fondation Jean Jaurès. Le stage, auquel ont participé une centaine d'élus locaux, dont de nombreux présidents d'assemblées communales et d'assemblées de wilayas, a porté notamment sur les problèmes de communication entre élus, entre élus et base et entre élus du FFS et d'autres partis, et sur la gestion politique des collectivités locales, le nouveau Premier secrétaire du FFS, Mustapha Bouhadef, considérant que "la population jugera le FFS à travers sa gestion locale".

)APS 18.2) Le Mouvement pour les libertés et le développement de Soufiane Djilali a annoncé son adhésion au Front Démocratique de Sid Ahmed Ghozali. Le FD, qui annonce ce ralliement, considère qu'il manifeste le "rassemblement entre démocrates soucieux d'inscrire leur action dans le développement du sens civique et la promotion deslibertés pour l'accomplissement d'un projet unitaire, politique et social ambitieux".

(Le Matin 19.1) Dans une conférence de presse tenue le 16 février à Abu Dhabi, le président Bouteflika à exclu à nouveau toute réhabilitation ou relégalisation du FIS, en expliquant que s'il avait "les prérogatives pour traiter le dossier AIS", il ne les avait pas "pour décider du sort des chefs politiques" du FIS, Ali Benhadj, encore détenu, et Abassi Madani, en résidence surveillée.

(Algeria Interface, 18.2) Une équipe d'experts de l'Institut national d'études de stratégie globale (INESG) travaille sur le dossier de la professionalisation de l'armée algérienne, dont le gouvernement a fait l'un des points de son programme. Ces experts doivent établir un rapport de synthèse sur la base des expériences américaine et française de professionalisation des armées. Ce rapport sera ensuite proposé au ministère de la Défense. L'armée algérienne, qui s'est lonmgtemps appuyée sur une forte coopération militaire avec l'Union Soviétique (matériel, formation de cadres etc...) fonctionne encore selon les observateurs selon un modèle proche de celui de l'ex armée soviétique, et est encore composée à 90 % de conscrits.

(Ribat 23.2, Corr, Liberté 23.2) Alors que le mouvement "Wafa" d'Ahmed Taleb Ibrahimi attend toujours son agrément officiel, "La refondation du FIS est d'ores et déjà à l'oeuvre", affirme le bulletin islamiste "El R9bat" (proche de Rabah Kébir) dans son édition du 23 février. "El Ribat" ajoute qu"il n'y a d'ailleurs aucune raison juridique valable pour que notre parti continue d'être frappé d'ostracisme dès lors que des mouvements politiques franchements islamistes comme MSP-Hamas et Nahda siègent au gouvernement et figurent à l'Assemblée nationale". Quant aux partis d'opposition, ils sont accusés en bloc par "El Ribat" de servir "à l'étranger de caution et de façade démocratique au pouvoir, rien de plus", seul le FIS ayant "la dimension d'une opposition crédible et forte". Et le bulletin islamiste d'en déduire que "son retour sur la scène politique est souhaité, mieux : attendu" et qu'il faut "aujourd'hui travailler (...) à la refondation d'un grand parti populaire", objectif vers lequel "le président de la République a fait faire (...) un pas de géant" en rétablissant "les combattants de l'Armée islamique du salut dans leurs droits légitimes". "Liberté" fait état de l'intention des anciens "émirs" de l'AIS ayant bénéficié de la "grâce amnistiante" du président Bouteflika, de renouer avec l'activité politique en créant un nouveau parti islamiste, remplaçant le FIS. Telle serait notamment l'intention de Mustapha Kébir, lequel, dans des déclarations faites au journal "En Nasr", aurait exclu que les dirigeants historiques du FIS, Ali Benhadj et Abassi Madani, soient associés à ce projet, lequel serait porté par les anciens responsables de l'AIS, "des hommes de terrain plus aptes à contrôler les éléments nouvellement insérés dans la société". Selon "Liberté", Mustapha Kébir, "qui jouit de la confiance de l'ex-émir national Madani Mezrag, serait bien placé pour être plebiscité comme porte-parole de cette formation", dont les oignes directrices seraient déjà contenues dans un memorandum "élaboré au maquis".

(Pour 21.2, La Tribune 23.2) Le ralliement de l'ancien numéro 2 du PRA de Nourredine Boukrouh (entré, lui, au gouvernmement), Sofiane Djilalli, au parti créé par l'ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali, le Front Démocratique, est, selon Djilalli lui-même, à interpréter comme une nouvelle tentative de construire un "pôle démocratique" anti-islamiste, distinct du RCD et de l'ANR (ralliés au gouvernement) et du MDS, après les échecs successifs des tentatives de coalition du "quatuor RCD-MDS,ANR-PRA", dont Sofiane Djilalli considère qu'il ne s'agissait que d'"alliance conjoncturelles à l'occasion d'élections". Pour sa part, l'ancien candidat à l'élection présidentielle Youssef El Khatib, également issu de la mouvance "républicaine", se préparerait à lancer un nouveau parti.

(Le Matin 24.2, El Watan, Le Matin 27.2, 28.2, 29.2) Le parti d'Ahmed Taleb Ibrahimi, le Wafa (Fidélité), attendait toujours, quelques heures avant l'expiration du délai de 60 jours prévu par la loi pour que les autorités donnent réponse à la demande d'agrément d'un parti, que cette réponse lui soit donnée Selon "Le Matin", citant "des sources parlementaires proches du sérail", une "tendance lourde au niveau des centres de décision serait favorable à un rejet de la demande d'agrément du parti de Taleb Ibrahimi", au motif que celui-ci aurait bénéficié durant sa campagne électorale pour les présidentielles d'avril 1999 du soutien de militants, de sympathisants et de cadres du FIS et de "repentis" de l'AIS (alors non amnistée). L'agrément officiel n'a finalement pas été donné, ni aucune autre réponse, à l'expiration du délai imparti par la loi, le 26 février. La question se pose donc de savoir si l'absence de réponse équivaut à une approbation tacite, l'article 22 de la loi sur les partis politiques stipulant que l'absence de réponse au-delà d'un délai de soixante jours équivaut à l'acceptation du dossier. Le Secrétaire général du Wafa, Mohamed Saïd, a précisé que le ministère de l'Intérieur avait été saisi à quatre reprises en jan vier et février par son parti de sa demande d'une réponse, mais sans l'obtenir. Le Wafa assure également avoir pris contact, sans plus de succès, avec la présidence de la République, le 6 février. Mohammed Saïd, qui a ssuré que 74 % des militants du Wafa étaient sans antécédents politiques (autrement dit qu'ils n'avaient jamais appartenu à un autre parti, comme le FIS, auquel seuls 2 % des membres du Wafa auraient appartenu), attribue le mutisme des autorités à la peur de l'émergence d'une opposition "islamo-nationaliste" véritable, représentative d'un courant "bien ancré dans la société". Du coup, le Wafa annonce son intention de mener son activité politique publique ouvertement, en se considérant comme "agréé de fait", en tenant prochainement une réunion de son comité central avec à l'ordre du jour la revendication d'élections locales et législatives, et en organisant plusieurs manifestations publiques en mars. Du côté des autorités, on se refuse à tout commentaire et à toute information, promettant un "communiqué incessamment". Plusieurs partis politiques ont réagi à l'absence de réponse officielle à le demande de légalisation du Wafa : le FFS s'est déclaré "solidaire" du Wafa dans sa "démarche pour obtenir l'agrément". Le MSP s'est demandé pourquoi l'on interdirait à un parti d'être actif "tandis qu'on le permet à d'autres". Le MRN d'Abdallah Djaballah considère comme"anormal" le refus inavoué du pouvoir de légaliser le Wafa.

(La Tribune 24.2) Le président de la "Fédération nationale des fils de Chahid" (FNFC, l'une des organisations dite de la "famille révolutionnaire", c'est-à-dire des rentiers de situation (ou de leurs héritiers) de la lutte de libération, Rabah Benchikhoune, s'est lancé le 23 février, dans un meeting à Tizi Ouzou, dans une violente attaque contre le FFS, au motif de défendre le président (RCD) de l'assemblée communale de Tazmalt, Smaïl Mira, accusé par le FFS sur la base de témoignages d'avoir tué un jeune homme lors des émeutes qui ont suivi l'assassinat de Matoub Lounès. Benchikhoune (qui fut brièvement sympathisant du FFS, pour rejoindre ensuite le RND, puis soutenir ensuite la candidature de Mould Hamrouche aux élections présidentielles, pour finir par se rallier au président Bouteflika, a qualifié le FFS de parti de "traîtres et de fils de traîtres", dirigé par des "traîtres".

La réaction du FFS

(Le Soir 25.2) Le prochain 10ème congrès de l'UGTA, dont la date n'a pas encore été fixée, commence de rythmer le débat interne à la centrale syndicale, notamment dans la perspective de l'élection du secrétaire général (poste actuellement détenu, mais ad interim, par Abdelmadjid Sidi Saïd, depuis l'assassinat d'Abdelhak Benhamouda). Avant le congrès national doivent se tenir les congrès des fédérations régionales (wilayas). Les fédérations de branches professionnelles constituent également un enjeu pour les prétendants au secrétariat général. Abdelmadjid Sidi Saïd part évidemment favori pour se succéder à lui-même, mais des noms d'"outsiders" commencent à être cités, ntamment ceux d'Abdelkader Malki ("sudiste", député RND) , d'Amar Mehdi (originaire de Kabylie, sénateur). Le syndicat est actuellement traversé par un courant de contestation de sa ligne de soutien plus ou moins critique au gouvernement et aux réformes économiques. Les pratiques bureaucratiques de l'appareil syndical sont également dénoncées. Des syndicatx autonomes se créent régulièrement, plus seulement dans le secteur public. Leur organisation faîtière, le SNAPAP, implanté essentiellement dans les secteurs de la santé, de l'université et des administrations locales et régionales) entend se tranformer en une véritable féfération syndicale, présente dans tous les secteurs sous le nom de SNATA (Syndicat national autonome des travailleurs algériens). Cette hypothèse est évidemment violemment combattue par la direction de l'UGTA,. Ce serait en effet la première fois depuis la fin des années '80, lorsque le FIS avait créé un syndicat islamiste (le SIT, syndicat islamique des travailleurs, dissous), que le monopole syndical de l'UGTA sera battu en brêche au plan national. L'une des conséquences de la fin de ce monopole serait matérielle : elle impliquerait la fin du monopole de la gestion des oeuvres sociales par l'UGTA au nom des travailleurs.

(Reuters, AFP, APS 24.2, 25.2, Hijra 26.2) Le présidnt Bouteflika a annoncé le 24 février une série de changements au sein de la hiérarchie de l'armée, appelée désormais à mener une lutte "impitoyable" aux islamistes armés irrédentistes. Le président a limogé, en sa double qualité de "commandant suprême des forces armées et ministre de la Défense nationale", 14 généraux et deux colonels. Ces changements n'ont cependant pas touché les membres les plus importants de la hiérarchie militaire : le chef d'état-major, le général Mohamed Lamari, le chef des services spéciaux, le général Mohamed "Tewfik" Médiene et le chef du contre-espionnage, le général Smaïl Lamari, restent à leur poste. Ces changements, qui étaient pressentis depuis l'automne 1999, interviennent alors que l'armée algérienne envisage sa professionalisation. Le "Mouvement algérien des officiers libres" (MAOL) a réagi aux limogeages et nominations décidées par le président Bouteflika en estimant qu'ils étaient "la preuve que Bouteflika est loin du centre réel du pouvoir" mais qu'il est "complice de cette mascarade qui vise à la destruction de la plus importante institution de la république". Le MAOL dénonce "le maintien des premiers responsables du drame algérien, en l'occurrence les généraux Mohamed Lamari, Mohamed Lamine Mediene et Smain Lamari à leurs postes et la promotion de leurs sbires", et considère que "cette consécration vient officialiser le partage du butin de guerre et l'octroi d'une immunité contre toute poursuite judiciaire future".

Le communiqué officiel

Alger, 24/02/2000 (aps)- le président de la république a rendu public ce jeudi le communique suivant:

Monsieur le président de la république, chef suprême des forces armées, ministre de la défense nationale, a procede aux désignations suivantes dans les fonctions supérieures de l'armée nationale populaire.


(Liberté 29.2) La porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, a lancé un réquisitoire contre les privatisations, lors d'une conférence de presse tenue à son retour d'un voyage aux Etats-Unis, où elle a participé à une "conférence mondiale ouvrière" rassemblant des organisations trotskystes de divers pays. Louisa Hanoune a dénoncé notamment le "bradage" des secteurs stratégiques de l'économie algérienne (la Sonatrach, les chemins de fer, les télécommunications), sans pour autant se montrer systématiquement opposée à la participation d'opérateurs privés à certaines entreprisesb publiques, à la condition que les droits des travailleurs soient respectés. Louisa Hanoune a également réitéré la demande du PT d'annulation de la dette algérienne.

(Quotidien d'Oran 26.2, El Watan 27.2, corr. 28.2) Le président Bouteflika a exprimé dans un entretien accordé à une télévision d'Abu Dhabi, le 16 février, son opposition à la création d'un poste de vice-président de la République, après que des rumeurs aient fait état de l'intention de certains "décideurs" de nommer un vice-président en la personne d'Ahmed Ouyahia, ancien Premier ministre et actuel ministre d'Etat chargé de la Justice. Lors de cet entretien, le président Bouteflika a en outre accusé le ministre-gouverneur d'Alger, Cherif Rahmani, d'avoir "dilapidé les deniers publics" (à raison, selon certaines sources, de plus d'un milliard de dinars -100 millions FF, 50 mios FS) pour organiser des fêtes du "millénaire" d'Alger au lieu de les consacrer à l'éradication des bidonvilles qui ceinture la capitale. Le président s'est attaqué au statut même du gouvernorat d'Alger, "Etat dans l'Etat", dont les milieux "bien informés" d'Alger annoncent le processus de dissolution comme imminent

(La Tribune 27.2) "La Tribune" rend compte de l'"impasse" dans laquelle se trouvent les associations de la "famille révolutionnaire" (les anciennes organisations sociales ou "de masse" du système de parti unique), comme l'Organisation nationale des moudjahidines (ONM, anciens combattants de la guerre d'indépendance), qui s'étaient illustrées par un soutien sans faille à tous les présidents successifs de l'Algérie, Bouteflika compris, et à tous les "partis présidentiels" depuis la fin du système de parti unique. Le lien entre le RND (dernier "parti présidentiel" en date) et l'ONM est remis en cause par l'ambition du FLN de "récupérer" des organisations qui lui étaient liées, et par la lutte de succession au sommet de l'ONM après la démission de son président, Cherif Abbas, nommé ministre

(El Watan 29.2) Dans une virulente déclaration, la Fondation Matoub Lounès a pris à partie (sans le citer) le RCD qui, le 20 février, avait évoqué le "risque de dérive (...) contre le combat et la mémoire de Lounès", après que la Fondation ait appelé à un rassemblement devant le tribunal de Tizi Ouzou devant juger de jeunes manifestants arrêtés en juin 1999, lors du premier anniversaire de l'assassinat du chanteur. La Fondation dénonce dans le communiqué du RCD une "déclaration truffée d'allégations et d'allusions malsaines" et une tentative de "semer le trouble dans les esprits". La Fondation accuse en outre le RCD de vouloir donner "un gage de fidélité au système qu'il a décidé de servir au grand jour" depuis son entrée au gouvernement, et d'être devenu un "serviteur zélé et intéressé" du pouvoir, en veillant "à saborder par l'intrigue et l'intox toutes les actions qui échappent à son embrigadement (et qui) pertuirbent le climat d'allégeance et de servilité qu'il croit pouvoir assurer au système dans la région, en échange de strapontins et de quelques privilèges".

(Algerie Confidentiel 29.2) Les dirigeants du FIS ralliés au pouvoir, comme Ahmed Merani, Mohammed Kerrar et Abdelkader Boukhamkham tenteraient de prendre la tête d'un nouveau parti islamiste destiné à occuper le terrain laissé vacant par le FIS. "Algérie Confidentiel" affirme que "le coup de force a été organisé par les Services spéciaux" du général Toufik Médiène, et que ses auteurs auraient pris contact avec le Conseil de coordination du FIS (CCFIS), dont le porte-parole, Mourad Dhina, aurait exigé comme préalable à tout accord une amnistie pour tous les islamistes non encore amnistiés, y compris Hassan Hattab. Le CCFIS aurait par ailleurs tenu une sorte de "congrès de ses cadres" le 29 janvier à Bruxelles, avec notamment à son ordre du jour la création d'une nouvelle formation politique islamiste

(Reuters, Le Quotidien d'Oran, Le Soir 2.3, Le Monde 4.3) S'appuyant sur un avis du Conseil constitutionnel rendu le 27 février et estimant que le statut du gouvernorat d'Alger n'est pas conforme à la constitution, le président Bouteflika a édicté le 1er mars une ordonnance présidentielle, examinée par le Conseil des ministres une ordonnance faisant d'Alger une wilaya comme les autres, divisant l'ex-gouvernorat en trois wilayas et abolissant du même coup le poste de Cherif Rahmani, "chargé du gouvernorat du Grand Alger". C'est la première fois depuis son élection que le président Bouteflika faisait usage de sa prérogative de légiférer par ordonnance. Le limogeage de Cherif Rahmani était prévisible depuis les accusations de gaspillage des deniers publics portées par le pèrésident Bouteflika contre le ministre-gouverneur, et la dénonciation présidentielle d'un statut faisant d'Alger depuis 1997 "un Etat dans l'Etat", et de son gouverneur un potentat n'ayant "de compte à rendre à personne sauf à Dieu". Elu de l'ancien parti présidentiel RND, Cherif Rahmani était qualifié par ses détracteurs de "nouveau Dey d'Alger". "Le Soir" écrit qu'il avait "fait du gouvernorat une entité hors normes mais surtout hors contrôle", bénéficiant jusqu'à l'ultime minute de son mandat d'une "bonne presse" et tissant un réseau de relations personnelles "basé sur l'allégeance"

(Le Matin, El Watan 7.3) Dans un entretien accordé à l'agence AICA, l'ancien président du Parlement soudanais, et guide islamiste des islamistes soudanais Hassan Tourabi, conseille au président Bouteflika de "dialoguer avec les islamistes radicaux et ceux qui ont pris les armes", de procéder à une amnistie générale et de "tourner définitivement la page", invite étant par ailleurs faite aux partis islamistes d'adapter leurs stratégies à l'arrivée de Bouteflika au pouvoir. Pour Tourabi, le recours à la violence en Algérie était "une légitime défense", et l'Algérie reste "le pays musulman de la région qui présente le plus d'atouts et d'aptitudes pour être le second Etat islamique après l'Iran". Pour le leader islamiste soudanais, les francophones, les Berbères (qu'il compare aux Soudanais du Sud, en rebellion contre le pouvoir de Khartoum) et la nature antidémocratique du pouvoir sont les principaux obstacles à l'islamisation de l'Algérie -une islamisation qu'il ne considère pas comme incompatible avec la démocratie, à condition que le pays applique à la lettre la charia. Hassan Tourabi avait participé à Khartoum à plusieurs réunions (voire les a organisées lui-même) aux côtés d'islamistes algériens (légaux, comme Mahfoud Nahnah, ou non, comme Rabah Kébir), notamment en 1991 et 1993.

(Le Monde, corr. 7.3) La normalisation des relations israélo-israéliennes, que plusieurs initiatives spectaculaires du président Bouteflika avaient semblé mettre à l'ordre du jour, est stoppée. A peine élu, pourtant, Abdelaziz Bouteflika avait surpris en rendant un hommage appuyé à l'ancienne communauté juive de Constantine (un tiers des habitants de la ville, avant l'indépendance), puis, lors des obsèques du roi du Maroc Hassan II, en ayant un bref entretien avec le Premier ministre israélien Ehud Barak. Les relations avec Israël étaient jusqu'alors un tabou officiel en Algérie (et le sont d'ailleurs restées si l'on en juge par le discours tenu par les "islamo-conservateurs" opposés à la venue d'Enrico Macias en Algérie, et prêts à combattre (jusqu'au dernier Palestinien) l'"ennemi sioniste"). Les Israéliens, "demandeurs" d'une normalisation des relations avec l'Algérie, allaient tenter de mettre à profit les "ouvertures" publiques de Bouteflika. Les relations n'avaient jamais été totalement rompues entre Israël et l'Algérie, mais elles étaient soit totalement clandestines, soit limitées aux contacts entretenus par des partis politiques israéliens avec des partis d'opposition algériens (notamment le FFS, membre de l'Internationale Socialiste comme le parti travailliste israélien. Israël proposa donc à l'Algérie d'entreprendre la normalisation de leurs relations et d'ébaucher une collaboration régulière, d'abord dans des domaines techniques, et d'établir des liaisons postales et téléphoniques directes. Les responsables algériens choisirent, eux, une approche différente, en s'appuyant sur les membres de l'ancienne communauté juive algérienne, et en faisant prendre contact par les consulats algériens à l'étranger avec des représentants de cette communauté (dont la majorité des membres et des descendants habitent désormais en France et en Israël). Pour Israël, cette démarche était trop lente et sans portée pratique : les contacts établis par les autorités algériennes avec les juifs d'origine algérienne n'ont certes pas été rompus (le projet de tournée d'Enrico Macias en Algérie est, en partie, une conséquence de ces contacts), mais les autorités israéliennes ont décidé de suspendre leurs efforts de normalisation, faute d'un "répondant" concret du côté algérien. Au sein de l'opinion publique algérienne, cependant, l'évolution semble considérable dans l'attitude à l'égard, non pas tant d'Israël en tant qu'Etat que des juifs d'Algérie en tant que communauté constitutive de l'Algérie, celle d'avant l'indépendance, mais aussi celle d'avant même la colonisation.Cette évolution, plus sentimentale que politique, de l'opinion publique est parallèle à celle manifestée à l'égard des pieds-noirs en général. Les deux évolutions sont favorisées par le temps (la génération des combattants de la Guerre d'Indépendance laisse la place), les contacts personnels et collectifs (le million d'Algériens et de franco-algériens résidant en France y cotoie un million de pieds-noirs et leurs descendants) et l'accès massif des "Algériens d'Algérie" aux télévisions françaises.

(AP 9.3, Reuters 11.3, APS) Les ministres algérien, nigérien, malien et mauritanien de l'Intérieur se sont rencontrés du 9 au 11 mars à Alger pour tenter de trouver des réponses communes "à la criminalité organisée et à l'immigration clandestine", ainsi qu'au "terrorisme". Le ministre algérien Nourredine Zerouni a prôné des "solutions audacieuses" au niveau régional. Les quatre pays se sont mis d'accord pour renforcer leur coopération dans la lutte contre les trafics frontaliers d'armes, de drogue et de main d'oeuvre clandestine. Les modalités d'application de cet accord n'ont pas été précisées

(Quotidien d'Oran 14.3) Une "fronde" semble s'organiser au sein du FLN. Un texte circule, demandant la tenue d'un congrès extraordinaire, proposition soutenue par l'ancien président de l'Assemblée nationale, Belkhadem (par ailleurs l'un des leaders du courant "islamo-conservateur". En outre, plusieurs députés contestent la désignation du président du groupe parlementaire. Un troisième thème de contestation porte sur le fameux rapport sur la fraude électorale, dressé par une commission parlementaire présidée par le FLN, et jamais rendu. Paradoxalement, la contestation au sein du FLN semble portée par son aile la plus conservatrice, celle-là même (Belkhadem, Hadjar, Belayat) qui avait organisé le putsch interne évinçant l'ancien secrétaire général Mehri, pour installer Benhamouda à sa place.

(Liberté 15.3) L'Algérie a accepté de participer au "dialogue méditerranéen" de l'OTAN, programme de coopération auquel participent déjà, outre les pays méditerranéens de l'OTAN, l'Egypte, Israël, la Jordanie, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie, a annoncé le 14 mars l'Alliance Atlantique dont le secrétaire général, George Robertson, a adressé une invitation en ce sens à l'Algérie, qui a accepté cette invitation à un programme qui n'est pas de coopération militaire, mais de "bonnes relations" reflètant le point de vue de l'OTAN selon lequel la sécurité en Europe est "étroitement liée à la sécurité et à la stabilité en Méditerranée" (dixit le communiqué de l'OTAN).

(Liberté, La Tribune 18.3, Le Matin 21.3) Le premier dialogue officiel entre l'Algérie et l'OTAN s'ouvre le 21 mars à Bruxelles, au siège de l'Alliance, où l'ambassadeur d'Algérie en Belgique, Mohamed Lamari, rencontrera le secrétaire général de l'OTAN, Lord Robertson. Selon des "indiscrétions" évoquées par "Le Matin", ce serait la France qui aurait proposé à l'OTAN de proposer à l'Algérie de s'intégrer dans le "dialogue méditerranéen" mené par l'Alliance, avec déjà tous les autres pays d'Afrique du nord à l'exception de la Libye, et des manoeuvres franco-algériennes puis américano-algériennes seraient projetées. Il est à noter que le "dialogue méditerranéen" auquel l'Algérie participerait implique également Israël. La participation commune de l'Algérie et d'Israël à un forum régional serait aussi une première. Le 15 mars, le quotidien israélien "Yediot Aharonot" avait annoncé que le président Bouteflika avait sollicité le conseiller politique du Premier ministre Ehud Barak, Dany Yatom, pour obtenir qu'Îsraël entraîne et équipe une unité algérienne de garde rapprochée des personnalités, et fournisse à l'Algérie du matériel de communication. Aucune confirmation ni démenti israélien ou algérien n'ont été donné de cette information

(El Watan, corr. 15.3) Les huits parlementaires dissidents du FFS ont reçu le 13 mars la notification de la décision du Conseil national du parti de les exclure des rangs du parti. De ce fait, précise la lettre du secrétariat national du FFS aux dissidents, ceux-ci ne font plus partie du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale. La veille, un projet de modification du réglement intérieur de l'Assemblée proposait de faire passer de quinze à dix le nombre minimum d'élus nécessaire à la constitution d'un groupe parlementaire. Si ce projet est accepté, le FFS pourrait continuer à avoir un groupe parlementaire à l'APN (le seul groupe parlementaire d'opposition). Si ce projet n'était pas accepté, le FFS n'aurait plus cette possibilité, sauf à former un groupe commun avec une autre formation.

(Liberté 15.3) Des responsables de trois formations politiques d'opposition (le FFS, Wafa et Islah) se sont rencontrés le 13 mars, selon "Liberté", afin de "réfléchir sur les voies et moyens de faire face à une tentative de plus en plus croissante de fermeture du champ politique et médiatique". Une déclaration commune devrait sanctionner cette rencontre.

(Pour 15.3) Le président de l'APC (Conseil municipal) de Draâ el Mizane a été arrêté le 12 mars pour "tentative de corruption" et mis sous mandat de dépôt le 13 mars, après avoir été "piégé" par un habitant de la commune proposant à Sid-Ali Saïd (FFS) d'intervenir en sa faveur dans un conflit avec l'APC, en échange de 50'000 dinars, que le "corrupteur" en question aurait soin de photocopier avant de les remettre au "corrompu", puis d'alerter les services de sécurité, lesquels auraient retrouvé l'argent dans le bureau du président de l'APC. On ne sait donc pas s'il s'agit réellement d'un cas de corruption ou d'une tentative de "piégeage" du responsable politique local.

(APS 19.3, Liberté 17.3, La Tribune 18.3) Une violente polémique oppose dans la presse, depuis plusieurs jours, le général (à la retraite) Khaled Nezzar, ancien ministre de la Défense, et Ali Kafi, ancien président du "Haut Comité d'Etat" (exécutif provisoire mis en place après la démission de Chadli Bendjedid. Le 19 mars, le général Nezzar a annoncé qu'il portait plainte pour diffamation contre le successeur de Mohammed Boudiaf, qui l'avait accusé de faire partie d'une "cinquième colonne française" infiltrés dans l'armée algérienne après l'indépendance. La polémique entre les deux hommes a également un tour politique : Nezzar accusant Kafi d'être "un baâthiste et un intégriste" (c'est-à-dire un islamo-conservateur) s'étant adonné "à la politique politicienne" dans les premiers temps de la violence politique, après l'assassinat de Mohammed Boudiaf. Pour "La Tribune", cette polémique est l'indice des "frémissements claniques (qui) agiteraient les hautes sphères du pouvoir" et opposeraient "les éradicateurs et les réconciliateurs-conservateurs", avec Khaled Nezzar comme porte-parole des premiers et Ali Kafi comme porte-parole des seconds.

(Le Matin, El Watan, Liberté 21.3) Ouvrant la rencontre internationale organisée par le Haut Conseil islamique (HCI, officiel) algérien sur "l'Islam et la démocratie", le président Bouteflika, qui a lancé aux participants (dont Roger Garaudy) : "Je m'inspire de votre sagesse et érudition pour réconcilier le peuple algérien", a dénoncé le silence, voire la complicité, de nombres d'imams et théologiens réputés "au moment où un peuple se faisait massacrer" et où "l'Algérie était en feu" : "certains se sont confinés dans un silence terrifiant et d'autres ont ravivé les flammes de la fitna", a accusé le président algérien, qui a invité les participants à la rencontre, en leur lançant par trois fois un "Aidez-moi" vibrant, à "contribuer" à la "réconciliation entre les enfants d'un même pays", et à "déculpabiliser" l'islam des dérives de ses extrémistes.

(El Watan, Liberté 21.3) L'Assemblée nationale a aprouvé le 20 mars l'ordonnance présidentielle abrogeant le statut de gouvernorat du Grand Alger. Troisd'abstentions et trois votes négatifs ont tout de même été exprimés, venant du RND, de dissidents du RCD et d'Ennahda. Les élus du FFS et du Parti des travailleurs ont boycotté la séance, dénonçant la "dérision" du motif (de conformité constitutionnelle) invoqué pour soumettre l'ordonnance à l'Assemblée (alors que l'avis du Conseil constitutionnel suffisait) "quand on sait que des textes autrement plus graves ont été concoctés dans l'illégalité, notamment le décret portant grâce amnistiante" et, selon les députés du PT, le Code de la famille. Les députés du FFS et du PT ont en outre considéré que la méthode présidentielle consistant à légiférer par ordonnance trois jours avant l'ouverture de la session parlementaire "discrédite le parlement". Le nouveau wali d'Alger, Abdelmalek Nourani, devrait être installé dans ses fonctions le 21 mars par le ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni. La wilaya d'Alger gardera les limites géographiques de l'ex-gouvernorat du Grand Alger, jusqu'à l'adoption du projet de réaménagement territorial.

(Ribat 22.3) Dans son édition du 22 mars, le bulletin du FIS (tendance Kébir) "El Ribat" dément formellement toute implication du FIS dans le "Mouvement algérien des officiers libres" (MAOL) qui, depuis Londres, s'exprime au nom d'une partie de l'armée algérienne, opposés au pouvoir en place et à ses propres chefs. "Aucun responsable du FIS à l'étranger et aucune personnalité s'exprimant en son nom ou exprimant ses positions (...) ne peuvent être impliquées dans l'affaire du MAOL", écrit "El Ribat", qui accuse la Sécurité Militaire (DRS) de se livrer à une "manipulation caractérisée (...) en laissant accroire que ceux qui se cachent derrière (le MAOL) non seulement ne sont pas des militaires, mais (sont) des défenseurs des thèses islamistes", ce qui signifierait quil n'y a "pas de dissidence au sein de l'Armée nationale populaire". "El Ribat" rappelle en outre que le MAOL "attaque le FIS et la démarche de l'AIS (et leur) stratégie de sortie de crise", et considère que l'implication fausse de membres ou de proches du FIS dans le MAOL et par "des marionnettes" du "clan de l'éradication" ne peut que faire peser sur eux "une menace d'assassinat".

(Algeria Interface, www.algeria-interface.com, 24.3) Les propositions de révision constitutionnelle faites par Abdelaziz Bouteflika au début de l'année n'ont toujours pas suscité de réponse claire du pouvoir militaire, qui les examine depuis près de deux mois. Une équipe réduite, autour du juriste Missoum Sbih, conseiller de Bouteflika, a formalisé les propositions présidentielle : rétablissement de la primauté du Chef de l'Etat, nomination d'un Premier ministre nommé par lui (comme les autres ministres), suppression de la possibilité du Parlement de censurer le gouvernement, refonte complète du rôle et de la composition du Conseil de la Nation (Sénat), qui sera totalement désigné par le Président, création d'un poste de vice-président.

(Jeune Indépendant 28.3, Le Matin 29.3) Un "avant-avant-projet" de nouvelle constitution a été remis au président Bouteflika par le groupe mis en place pour le concocter, selon des "sources généralement bien informées" évoquées par "Le Jeune Indépendant". Le texte proposerait un renforcement des pouvoirs présidentiels, l'introduction, en remplacement du quinquennat actuel, d'un septennat renouvelable normalement une fois et exceptionnellement (par référendum) une fois supplémentaire. Le poste de chef du Gouvernement serait remplacé par un ministère d'Etat (ou, selon "Le Matin", un poste de Premier ministre) chargé de la coordination de l'exécutif, le gouvernement serait dirigé par le président de la République, qui présenterait directement un programme de gouvernement à l'Assemblée nationale, dont les compétences seraient réduites à l'enregistrement de textes ne pouvant être proposés que par le gouvernement. Le Conseil de la nation (Sénat) serait supprimé. Par contre, selon "Le Matin", l'idée de créer une vice-présidence serait abandonnée, le président lui-même s'y étant opposé dans un entretien à une chaîne de télévision d'Abu Dhabi, et un "Conseil des Sages" serait créé à la place du Conseil de la Nation. La nouvelle constitution pourrait être débattue dès le mois de juin à l'Assemblée nationale, puis soumise à référendum dans les 50 jours suivant son adoption par l'Assemblée. Pour "Le Matin", cependant, la révision de la Constitution "ne serait plus à l'ordre du jour" et ne ferait plus, dans le sens que veut lui donner le président, consensus.

(AP 25.3) Trois dirigeants du FIS, Ali Djeddi, Omar Abdelkader et Kamel Guemazi, ont lancé le 25 mars un appel de soutien à Abassi Madani et Ali Benhadj, et aux disparus "jusqu'à ce qu'ils soient retrouvés et que la vérité éclate sur ceux qui les ont séquestrés", Dans un communiqué à la presse algériennes, les trois dirigeants islamistes appellent les théologiens, les intellectuels, la classe politique et les défenseurs des droits de l'homme à soutenir les disparus et leurs familles, afin qu'ils puissent se retrouver ou que la lumière soit faite sur les circonstanceset les raisons de leur disparition. Par ailleurs, ils demandent la libération d'Abassi Madani et d'Ali Benhadj, et dénoncent l'"injustice" que représente leur maintien en résidence surveillée pour le premier, en prison pour le second, et déplorent l'absence de geste du pouvoir envers les "prisonniers politiques", les disparus et les démunis à l'occasion de l'Aït El Kebir, le 16 mars.

(Corr 29.3) Le troisième congrès du FFS se tiendradu 24 au 26 mai. Il sera précédé d'une conférence nationale des élus et d'une conférence sur l'audit général du parti. Le Premier secrétaire du FFS, Mustapha Bouhadef, a dénoncé le 28 mars, lors du point de presse annonçant les échéances du parti, la confiscation des libertés et des media publics, la "création d'une opposition factice et la remise en cause de tous les pluralismes". Quant à la politique de "concorde civile" du président Bouteflika, Mustapha Bouhadef a considéré qu'elle était un "échec", comme prévisible, et ne pouvait "aboutir à une paix véritable" -laquelle implique "la vérité sur les assassinats et les disparus". Aux plans économique et social, le responsable socialiste a déclaré qu'il n'y avait plus en Algérie de "classe moyenne" et que "la paupérisation a atteint une vitesse incoryable"

(Ribat 29.3, Le Matin 3.4) Le bulletin islamiste "El Ribat" (FIS-Kébir) se fait dans son édition du 29 mars l'écho de la rumeur "persistante" selon laquelle "un dossier médical est en train d'être bouclé pour justifier le limogeage du chef de l'Etat" par les "généraux", avant la fin de l'année 2000. "El Ribat" estime que l'ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali "aurait les faveurs des généraux pour succéder à Abdelaziz Bouteflika, qu'il attaque d'ailleurs sans ménagement", et qui a créé son propre parti. Dans une conférence de presse, le secrétaire général du MDS (ex-Ettahadi), El Hachemi Cherif, a lui aussi évoqué l'organisation d'une nouvelle élection présidentielle "dans les plus brefs délais (...) afin d'éviter la destruction totale de l'Etat".

(Corr 30.3) Une offensive politique présidentielle se manifeste clairement en Kabylie, avec la création dans la région d'associations "citoyennes" qui pourraient être le point de départ d'un nouveau parti présidentiel, appelé en Kabylie à contester la domination régionale du FFS et du RCD. L'envoyé présidentiel dans la région, Rachid Aïssat, a tenu plusieurs réunions, à Béjaïa et Tizi Ouzou, pour regrouper les réseaux de soutien au président, et essayer de capitaliser les effets en Kabylie du ralliement du RCD au gouvernement. Ce ralliement, cependant, pourrait tout aussi bien avoir pour conséquence d'affaiblir le RCD dans une région traditionnellement opposée à tout gouvernement central quel qu'il soit.

(AP 30.3, El Watan 3.4) Les subventions accordées par l'Etat aux associations et "organisations de masse" seront soumises à de nouvelles règles, a décidé le gouvernement algérien. Désormais, les décisions d'octroi de ces subventions seront prises en Conseil des ministres, chaque ministre présentant les demandes de subventions pour les organisations actives dans son secteur. Les ministres de l'Intérieur et des Finances ont écé chargés par le président Bouteflika d'élaborer une circulaire interministérielle sur le gel des subventions aux 55'000 associations du pays, puis sur la définition des nouvelles règles de subventionnement, qui prévoient un contrôle financier annuel sur le budget des organisations nationales, dont les responsables devront pouvoir justifier les dépenses engagées durant l'année d'exercice passé. En outre, les subventions ne devraient être accordées sur sur présentation d'un programme. Ces mesures toucheront l'ensemble des organisations, et donc les grandes organisations de l'ancien système de parti unique, dites aussi organisations de la "famille révolutionnaire" (anciens combattants, familles de martyrs de la guerre d'indépendance), mais aussi l'UGTA. Durant les dernières années, plus d'un demi-milliard de dinars (environ 500 mios FF, 125 mios FS) ont été octroyés sous forme de subventions, sans grand contrôle, aux organisations nationales et associations, sans parler des avantages matériels (logements et véhicules, notamment) : "Selon que l'on soit proche ou pas du wali, d'un responsable ministériel, d'un chef de parti politique ou du chef de l'APC, des facilités étaient accordées", écrit "El Watan. Par ailleurs, le ministre de l'Intérieur devrait présenter lors de la session de printemps du Parlement un projet de loi réorganisant le "tissu associatif".

(Liberté 4.4) L'UGTA est en train de restructurer ses fédérations, en ramenant leur nombre de 22 à 13, pour "réduire les frais et les dépenses (...) et créer des fédérations aptes à faire face aux pressions que subit le monde du travail", selon le secrétaire national à l'organisation de la centrale syndicale, M. Mehdi. Ainsi, la fédération des Mines, qualifiée par le syndicaliste de "syndicat d'entreprise", sera remplacée par une fédération des MInes, du Gaz et du Pétrole. L'enseignement supérieur, l'information et la culture seront regroupés en une seule fédération, comme le commerce, l'agroalimentaire et le tourisme.

(AFP 1.4, Corr, 3.4) Le colloque consacré, à Tlemcen et sous la patronage du président Bouteflika, à Messali Hadj, fondateur du mouvement national algérien moderne, a entamé ce qui ressemble fort à une réhabilitation d'un "symbole de la résistance populaire" à qui Abdelaziz Bouteflika invitait à "rendre justice". Fondateur de l'Etoile Nord-africaine, premier mouvement algérien moderne à prôner l'indépendance, trente ans avant le déclenchement de la lutte de libération, chef du Mouvement national algérien (MNA), "terreau" du FLN avant d'être éliminé par celui-ci au terme d'une véritable entreprise de liquidation politique du parti et physique de ses cadres et de ses membres, Messali Hadj, mort dans l'indifférence générale en 1974, en France, à l'âge de 76 ans, avait été rejeté de l'histoire officielle algérienne. Abdelaziz Bouteflika avait appelé lors de son arrivée à la présidence à "dépoussiérer" la mémoire historique algérienne (alors qu'il avait lui-même été pendant vingt ans l'un des principaux acteurs du régime "ANP-FLN"). L'ancienne "Pravda" algérienne, "El Moudjahid", s'est mis dans le ton présidentiel en affirmant dans un éditorial qu'il fallait "arriver le plus tôt possible à une écriture de l'histoire nationale à la fois complète, totale, non tronquée et assez cohérente, délivrée de la manipulation et des égoïsmes" (autant dire qu'on ne pourra pas utiliser les archives du "Moudjahid" pour cette écriture). Quant à "La Tribune", qui persiste à considérer que Messali s'est "malgré lui" retrouvé "dans la contre-révolution" pendant la période de la lutte armée, elle invite "les vrais moudjahidines et les vrais témoins (à) se mettre de la partie pour lever le voile sur les événements douloureux (auxquels) aucune révolution -il est vrai- ne peut échapper", faisant allusion à la liquidation du MNA par le FLN pendant la guerre d'indépendance.

(AP 1.4, Le Matin 4.4) Le président Bouteflika et le roi du Maroc Mohammed VI se sont rencontrés le 3 avril au Caire, à la faveur du sommet euro-africain. Le souverain marocain a été invité au sommet "sur invitation du président égyptien Hosni Moubarak", ont précisé les autorités marocaines, et Abdelaziz Bouteflika préside actuellement l'Organisation de l'Unité africaine. Selon l'APS, les deux chefs d'Etat ont également rencontré leurs homogues lybien, Muhammar El Kadhafi, et tunisien, Ben Ali, mais selon l'AFP, c'est le président égyptien Moubarak et non le président tunisien qui participait à la rencontre.

(Le Matin 3.4) A quelques jours du premier anniversaire de l'accession d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence, les représentants des six autres ex-candidats à l'élection présidentielle (Hocine Aït Ahmed, Mokdad Sifi, Abdallah Djaballah, Youcef Khatib, Taleb Ibrahimi et Mouloud Hamrouche) ont pris contact pour "matquer l'événement d'une manière forte", dresser le bilan d'une année de présidence Bouteflika et réaffirmer les exigences politiques contenue déjà dans le "Contrat national" de Sant Egidio.

(El Watan, Le Matin 3.4) Le Mouvement démocratique et social (MDS, ex-Ettahadi) a adopté lors de son Conseil national des 30 et 31 mars un texte qualifié de "résolution d'alerte", et dans lequel le mouvement dénonce la démarche politique de "concorde nationale" d'Abdelaziz Bouteflika, qu'il accuse de mener à la "réhabilitation du parti des assassins", et critique la participation des "partis démocratiques" (c'est-à-dire du PRA et du RCD) au gouvernement, ces partis semblant par cette participation "avoir abdiqué leur identité politique". Le MDS appelle à "bloquer la dérive islamo-conservatrice" et à "instaurer un pouvoir de combat républicain". Dans la même mouvance politique que celle dont participe le MDS, le "Comité des citoyens pour la défense de la République" (CCDR) et Sid Ahmed Ghozali ont également dressé un bilan négatif de la politique présidentielle, contestée pour les mêmes raisons (anti-islamistes) par le général Nezzar dans sa polémique avec l'ancien chef de l'exécutif Ali Kafi.

(CCFIS 4.4, Ribat 5.4) Dans un communiqué daté du 4 avril et signé de son président, Ahmed Zaoui, le Conseil de Coordination du FIS dénonce "les pratiques infâmes du régime à l'encontre du président et du vice-président du FIS", Abassi Madani et Ali Benhadj, le premier faisant "l'objet de pressions physiques et morales continues" et le second, "dont la santé s'est considérablement détériorée, (se) voit toujours privé de ses droits fondamentaux garantis par toutes les conventions internationales", et est soumis depuis des années "à un régime d'isolement total qui le prive même des visites de sa proche famille". Cela étant, le CC-FIS "réitère son attachement et son appui à toute solution politique juste qui ramènerait la justice et la paix à la Nation", et "sa détermination à refuser toute manoeuvre visant à marginaliser (la) direction historique (du FIS)". Le CC-FIS appelle les ONG de défense des droits humains récemment invitées par le gouvernement algérien à se rendre en Algérie à rendre visite à Abassi Madani et Ali Benhadj. Le bulletin islamisme "El Ribat", proche de la tendance Kébir du FIS, fait la même demande aux ONG, ajoutant que si le pouvoir est sincère dans sa démarche de réconciliation", il doit élargir Ali Benhadj pour le mettre en résidence surveilklée, ou "au moins" lui accorder "un régime carcéral normal".

(La Tribune 5.4) Selon "La Tribune", l'ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche serait en train de se "démarquer" du "groupe des six" anciens candidats à la présidence de la République, à qui il reprocherait de se contenter d'options "partielles" au lieu de proposer une discussion globale sur la sortie de crise.

(La Tribune 5.4) Le rapport sur la réforme de la justice algérienne, préparé par la Commission nationale de réforme de la justice (CNRJ), est prêt et devrait être remis au président Bouteflika fin avril ou début mai, a déclaré à "La Tribune" le présidente de la commission, le professeur Mohand Issad.

(AP 6.4, Corr 8.4) Le président Bouteflika a assisté le 8 avril aux obsèques de l'ancioen président tunisien Habib Bourguiba, décédé le 6 avril, et un deuil national de trois jours a été décrété en Algérie à partir du 6 avril en hommage à l'artisan de l'indépendance tunisienne. Le président français Jacques Chirac s'est également rendu aux obsèques de Habib Bourguiba.

(Corr 8.4, Le Quotidien d'Oran, La Tribune 8.4, Le Matin 9.4) A travers une conférence nationale organisée les 7 et 8 avril à Tipaza autour de l'audit du parti, conférence qui a réuni, selon les sources, de 450 à 600 militants et cadres du parti,. le FFS a dressé, selon son Premier secrétaire Mustapha Bouhadef, un diagnostic "sérieux et complet" de sa situation. Invités à la conférence, Mohamed Saïd, secrétaire général du parti Wafa d'Ahmed Taleb Ibrahimi, et Djamil Benrabah, président du Comité pour la vérité et la justice, font également des constats très négatifs du contexte politique algérien. Etaient également invités à la conférence, outre des représentants de Mouloud Hamrouche et de Youcef Khatib, Ferhat M'henni, représentant de l'une des tendances du Mouvement culturel berbère, et transfuge du RCD, et les avocats Me Khelili et Bouchachi. Dans son message aux participants à la conférence, le président du FFS, Hocine Aït Ahmed, explique que "l'audit n'est pas destiné à régler des comptes" mais "un outil de première importance pour identifier les problèmes" et faire le tri entre les vrais et les faux problèmes et "les insuffisances réelles et celles qui sont prétexte à tirer à boulets rouges contre le FFS".


(Le Matin 10.4) Dans un discours prononcé le 7 avril devant les participants du congrès national arabe, le président Bouteflika a annoncé que les "portes de la clémence" restaient "ouvertes" aux islamistes armés, la loi de concorde civile étant selon lui "flexible, clémente et humaine", et les délais qu'elle imposait pouvant donc être prolongés de fait pour "ceux qui, hésitant encore et manquant de confiance en eux-mêmes, continuent, avec quelque timidité et à pas mesurés, d'opter pour la paix et la réconciliation". Proposant une sorte de "paix des braves" aux islamistes armés qui ne se sont pas encore rendus, Abdelaziz Bouteflika a déclaré que la loi de concorde civile visait à "asseoir la concorde entre les citoyens" et a affirmé "la détermination de l'Etat à traiter ses enfants valeureux sur un pied d'égalité" (les anciens "terroristes aux mains tachées de sang", pour reprendre une expression de Bouteflika lui-même, étant implicitement compris au nombre des "enfants valeureux" de l'Algérie). Le quotidien "Le Matin" dénonce "une des plus grandes supercheries politiques depuis l'indépendance" et l'exploitation "à de vulgaires fins politiciennes" de la "volonté populaire et (de) la voix des familles des victimes du terrorisme". Le quotidien a appelle à la formation d'un "front anti-intégriste", et signale les prises de positions de deux partis membres de la coalition gouvernementale, l'ANR, dont le président, Redha Malek, estime qu'il faut "continuer à agir sur le terrain", et le RCD, dont le porte-parole, M. Brahimi, relève la prise de conscienmce de "ceux qui découvrent aujourd'hui le danger et se mobilisent". Quant à l'ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali, il évoque l'hypothèse d'un complot contre l'armée, qui pour lui a sauvé l'Algérie de l'intégrisme en janvier 1992 en arrêtant le procvessus électoral, manière sans doute d'en appeler à une réaction du même ordre (et reposant probablement sur les mêmes forces, soutenues par les mêmes acteurs). La porte-parole du Rassemblement algérien des femmes démocrates (RAFD), Zazi Sadou, appelle "toute la société" à réagir "pour que les assassins soient jugés et pour abroger le décret portant grâce amnistiante des terroristes", et le secrétaire général du Comité des citoyens pour la défense de la République (CCDR) appelle à dire "non à la résurgence de l'intégrisme" et à "faire front contre l'intégrisme".
(Liberté 11.4) L'un des derniers chefs historiques de la révolution algérienne, Rabah Bitat, est mort le 10 avril à Paris, à l'âge de 75 ans, d'une crise cardiaque. Né dans le Constantinois, d'une famille pauvre, il avait très jeune adhéré au PPA de Messali Hadj, et avait rejoint la structure paramilitaire clandestine du MTLD (qui avait pris la suitte du PPA), l'Organisation spéciale (OS), dirigée d'abord par Mohamed Belouizdad, puis par Hocine Aït Ahmed.Rejoignant ensuite le CRUA (Comité révolutionnaire pour l'unité et l'action), il sera au nombre de ceux (neuf) qui décideront le déclenchement de la lutte armée. Premier responsable du FLN pour la wilaya IV (Algérois), arrêté en 1955 et condamné à perpétuité, il est libéré après les accord d'Evian en 1962. D'abord proche de Ben Bella, et nommé vice-président, il rejoint Mohamed Khider et l'opposition algérienne à Paris, et ne reviendra en Algérie qu'après le coup d'Etat de Boumediene en 1965. Ministre d'Etat, ministre des Transports, il sera président de l'Assemblée populaire nationale dès mars 1977, et chef d'Etat par intérim à la mort de Boumediene, en 1978. Il démissionnera de la présidence de l'APN en 1990. Le président Bouteflika a déclaré que la disparition de Rabah Bitat était une "grande perte pour l'Algérie" et l'Assemblée nationale a décidé le 10 avril de suspendre ses travaux en hommage à son ancien président.

(FFS 31.3) Au terme de leur Conférence nationales des 30 et 31 mars à Melbou (Béjaïa), les élus du FFS ont adopté une résolution dénonçant les entraves mises à "la réhabilitation de la citoyenneté et la reconstruction de la cité" par les "désordres financiers", les "traditions mafieuses", la "tutelle administrative écrasante héritée du système colonial" et un "corpus de textes législatifs et réglementaires très contraignants et en totale opposition avec les aspirations démocratiques des Algériennes et des Algériens".

(FFS 7.4) Dans son message à l'"audit national des militants et responsables" du FFS, audit tenu les 6 et 7 avril à Tipasa et qu'il qualifie d'"outil de première importance pour identifier les problèmes qui se posent à tous les niveaux" du parti, Hocine Aït Ahmed reconnaît l'existence au sein du FFS d'"attentes légitimes qui sont parfois déçues", mais met en garde contre des "espoir démesurés compte tenu des moyens du parti et de la situation dramatique du parti". Le président du FFS dénonce également, comme cause de certtains des problèmes qui se posent au sein du FFS, les "tactiques de groupe au service d'ambitions personnelles", entrant "publiquement et à reculons dans des positions politiques qui sont contraires aux options stratégiques du parti" mais ne s'expriment pas comme telle et s'abritent derrière des constats de "dysfonctionnements".

(Corr 11.4) Dans une déclaration commune, les huit députés suspendus du FFS (Abdesslem Ali-Rachedi, Nadjia Boumendjel, Mohamed Arezki Ferrad, Boualem Koliaï, Zoubir Lainceur, Saïd Madjour, Nacer Mezar et Hamid Ouazar) réagissent à la rencontre des cadres et des élus et à la conférence de l'"audit" organisées par le FFS en appelant à une "rencontre nationale" réunissant "les véritables cadres" du parti "afin de faire une évaluation plus objective de la situation du parti et surtout formuler les propositions les plus à même de rendre crédible l'alternative démocratique de gauche que les Algériens attendent". De la situation générale, les "huit" ne font pas une analyse différente de celle du FFS, s'ils considèrent que celui-ci "est la parfaite illustration de l'incapacité des partis à se hisser en véritable alternative au régime". Les "huit" rendent en effet le régime, "incapable d'évoluer et de s'amender, et qui continue de refuser toute démocratisation réelle", responsable de la crise et de la violence, l'avènement de Bouteflika à la tête de l'Etat s'accompagnant d'"un retour en force du populisme et de l'autortarisme avec la volonté manifeste de mettre au pas la classe politique". Comme le FFS, les "huit" considèrent que "sans une véritable démocratisation, il n'y aura ni retour à la paix, ni retour à la croissance", et demandent "la transition vers un régime civil et la professionnalisation de l'armée, la levée de l'état d'urgence, la restauration des libertés fondamentales et le respect de la souveraineté populaire". Comme le FFS (et le PT), ils dénoncent "les ravages causés par le libéralisme sauvage et l'économie de bazar, défendus avec acharnement par ceux-là même qui étaient les chantres de l'économie bureaucratique d'Etat". Mais les "huit", s'ils défendent, sur le fond, les même position que le parti avec lequel ils sont en situation de rupture, considèrent que "s'il se distingue des autres formations par un discours radical", il s'agit d'un "radicalisme circonstanciel " destiné à "masquer ses échecs, ou plus précisément l'échec de sa direction". En réponse aux conclusions de l'"audit" du parti organisé par cette direction, les "huit" affirment que "prétendre que le FFS ne souffre que de dysfonctionnements organiques (...) et occulter tout le volet politique, c'est chercher délibérément à abuser l'opinion publique". Le "volet politique", c'est, pour les "huit", "la survivance du populisme avec comme conséquence la collusion avec l'islamisme radical et l'abandon des idéaux du FFS originel, à savoir la construction de la démocratie fondée sur la modernité politique". Et de dénoncer, dans la foulée, "l'instrumentalisation de la question de Tamazight par la direction qui continue de confondre le FFS avec le MCB".

(Quotidien d'Oran 10.4) Selon des "sources concordantes" évoquées par "Le Quotidien d'Oran", le président Bouteflika aurait l'intention de dissoudre prochainement cinq institutions importantes : l'Observatoire national des droits de l'homme, le Conseil supérieur de la jeunesse, la Cour des comptes, l'Observatoire national pour la prévention de la corruption et le Haut Commissariat à a'amazighité, pour les remplacer par des structures rattachées directement à la présidence.

(AP 12.4, 13.4, Liberté, Le Matin 13.4, 15.4) La manifestation convoquée par le "Comité de coordination pour la vérité et la justice" de Djamil Benrabah (CCVJ) le 13 avril à Alger et dans les autres grandes villes du pays, a été un échec, du notamment à Alger à la forte présence policière, les manifestants rejoignant par petits groupes le lieu du rassemblement se dispersant rapidement au vu du dispositif de sécurité massif mis en place. En outre, les organisateurs accusent les autorités d'avoir empêché des bus transportant des manifestants à Tizi Ouzou et Boumerdès. La manifestation, qui n'a finalement réuni que 100 ou 200 personnes à Alger était cependant soutenue par un front politique inhabituellement large, puisqu'aux côtés du Front démocratique (FD) de Sid Ahmed Ghozali, du Mouvement démocratique et social (MDS) de Hachemi Cherif, du Comité national contre l'oubli et la trahison (CNOT) et du Rassemblement algérien des femmes démocrates (RAFD), mais en l'absence de soutien du RCD et de l'ANR, pourtant liés, avant leur entrée au gouvernement, au mouvement des familles victimes du terrorisme, le Front des forces socialistes avait soutenu la manifestation (mais non la prise de position du CCVJ en faveur du départ de Bouteflika) -ce qui était une première, et correspondait aussi à une évolution de la position du CCVJ vers une double dénonciation du terrorisme islamiste et du pouvoir : "Nous réclamons la vérité et la justice pour tous les actes de violence terroriste", a déclaré Djamil Benrabah, pour qui il ne peut être question "de dénoncer les crimes des groupes islam istes armés et taire les exactions commises par les forces de sécurité" Le CCVJ accusait dans son appel à la manifestation les pouvoirs publics d'être davantage préoccupés par "la réinsertion sociale et la réhabilitation des criminels de l'AIS et du GIA amnistiés (que par le sort des) familles de ceux qui ont fait don de leur vie et de leurs biens pour sauver l'Algérie". Le mouvement des familles de victimes du terrorisme reste traversé de division qui, écrit "Liberté", caractérise aussi bien le mouvement lui-même "que les sphères (politiques) qui s'y sont greffées". La présidente de l'Organisation des familles victimes du terrorisme, Zohra Flici, avait sommé ses membres de s'abstenir de participer à la manifestation du 13 avril. Le Secrétaire national à la communication du FFS, Hakim Bouagache, a expliqué le soutien inédit du FFS à la manifestatioon en déclarant que "décréter l'amnésie, pire, occulter les déterminants qui ont conduit le pays à la barbarie et à la catastrophe, c'est le condamner à la destruction". Hakim Bouagache a précisé que le FFS inscrivait ce soutien dans son combat pour "une paix durable et une démocratie durable", dont la condition est "le rétablissement de la vérité et de la justice" sur ce qui s'est passé en Algérie pendant dix ans.

(El Watan, La Tribune 17.4) En participant au rassemblement de protestation contre la grâce amnistiante organisé le 13 avril par le Comité de Coordination pour la vérité et la justice (CCVJ), le FFS avait, écrit "El Watan", "créé l'évènement", en s'alliant pour un jour à quelques uns de ses adversaires politiques. Seddik Debaïli, député du FFS, qui a participé à la manifestation, a expliqué que le parti soutenait "toute initiative qui revendique la vérité sur tout ce qui s'est passé depuis l'arrêt du processus électoral", ce qui ne l'empêche pas de continuer à demander "le dialogue sans exclusive et la vérité à travers (des) commissions d'enquête sur tous les assassinats et massacres". La participation du FFS, principal parti d'opposition mais parti "dialoguiste", à une manifestation soutenue, du moins au départ, par des partis et des organisations réputées "éradicatrices" (mais non par le RCD ou l'ANR, désormais partis gouvernementaux), a poussé l'une de ces organisations, le Rassemblement des femmes démocrates (RAFD) de Zazi Sadou, à finalement renoncer à participer au rassemblement, à déclarer que le rassemblement lui-même résultait d'"une initiative unilatérale du président du CNVJ" (Djamil Berrabah) et à s'interroger sur la signification de la présence du FFS et sur le "type de convergence politique" dont elle pourrait être "porteuse" entre le parti de Hocine Aït Ahmed et des forces qui n'ont jamais admis ni le "contrat de Rome", ni la légitimité de la question "qui tue qui ?".

(IEE-FIS 12.4) Dans un communiqué daté du 12 avril, l'instance exécutive du FIS à l'étranger (Rabah Kébir), s'appuyant sur "des informations crédibles faisant état du mauvais traitement infligé au cheikh Ali Benhadj dans sa prison", dénonce les conditions de détention du leader islamiste et la privation "de ses droits fondamentaux et les plus normaux" : droit de visite, sortie de l'isolement, accès aux moyens d'information, alimentation convenable, soins médicaux. L'IEE-FIS demande au président Bouteflika "d'intervenir en toute urgence pour (...) permettre au cheikh Ali Benhadj de recevoir les soins médicaux adéquats et lui garantir" ses droits fondamentaux précités, l'appelle à "procéder à l'accélération de la cadence du processus de réconciliation nationale et à l'ouverture d'un dialogue politique, global et véritable, avec la Direction du Front islamique du Salut, en vue de résoudre la crise" et l'invite à "prendre l'initiative de libérer les chouyoukhs Abassi Madani et Ali Benhadj".

(AP 13.4) Le chef d'état-major de l'armée algérienne, le général Mohamed Lamari, a été reçu le 13 avril par le président tunisien Ben Ali, auquel il a apporté un message du président Bouteflika, l'agence tunisienne TAP ne donnant pas d'autre précision sur le contenu du message que d'en dire qu'il porte "sur les voies et moyens à même d'impulser davantage la coopération bilatérale, au service des intérêts des deux peuples", l'agence algérienne APS disant la même chose avec d'autres mots, mais précisant que le général Lamari a informé le général-président Ben Ali de "l'évolution de la situation en Algérie et des progrès réalisés sur la voie du redressement national", et a eu avec le ministre tunisien de la Défense national, Mohamed Jefgham, des entretiens portant sur "le renforcement de la coopération" entre les armées algérienne et tunisienne.

(La Tribune 11.4, Le Matin, El Watan 15.4) Les partis politiques algériens affichent des bilans fortement contrastés, voire totalement contradictoires, de la première année de présidence Bouteflika. Les bilans les plus négatifs sont tirés, contradictoirement, par le FFS et le PT d'une part, et le MDS d'autre part.

Le FFS dénonce une "stratégie rationnelle de restructuration de la dictature" par un régime qui s'est doté d'un président "coopté" par les clans, et mène une politique visant "à jeter le voile sur les crimes, les assassinats et les disparitions forcées". Le FFS dénonce également le repli de la société civile, le verrouillage du champ médiatique, le black out sur la corruption et la dégradation du niveau de vie et la perpétuation du système de distribution de la rente pétrolière. Le PT considère également comme totalement négatif le bilan d'ue année de présidence Bouteflika, qui n'a réussi ni à restaurer la paix, ni à traiter les dossiers politiques en attente (disparus, victimes du terrorisme, cadres emprisonnés, détenus d'opinion), ni à mener une politique de relance économique.

Pour sa part, le MDS dénonce notamment la valorisation des "protagonistes du terrorisme" et l'amnistie des "égorgeurs de bébés", condamne "le compromis entre les islamistes et les tenants du système rentier corrompu", la régression de la citoyenneté et des droits des femmes et l'"oxygénation" de l'islamisme, des conservateurs et des réconciliateurs.

Du côté islamiste, le Mouvement du renouveau national d'Abdallah Djaballah considère que "les constantes et les valeurs nationales (religion, langue et histoire) (sont) piétinées et diluées", que le pouvoir refuse de se soumettre à la volonté populaire et manifeste une tentative de retour au monopartisme. Par contre, le MSP de Mahfoud Nahnah (partie prenante du gouvernement) est satisfait de la politique de concorde et de la rupture de l'isolement international de l'Algérie, et considère que la base du pouvoir s'est élargie.

Le RND d'Ahmed Ouyahia appuie inconditionnellement Bouteflika, à qui Ouyahia (qui lors du Conseil national du parti l'a qualifié de "force politique la plus importante du pays) a prêté serment de "fidélité et (de) soutien transparents et clairs". Pour Ahmed Ouyahia, le terrorisme a été "vaincu par la lutte, la clémence et le dialogue" et la concorde civile est une "réussite".

Pour sa part, le RCD de Saïd Sadi, tout en relevant des erreurs et des maladresses (la "marche arrière" de Bouteflika à l'égard d'Israël, le report de l'invitation faite à Enrico Macias, le refus de l'officialisation de tamazight) et en admettant la lenteur des changements politiques et sociaux, exprime également son soutien au président de la République, et évoque le récupération de 4500 armes et l'évacuation de régions entières par les "terroristes".

Enfin, "La Tribune" évoque la "gestation" à Oran d'un "nouveau parti politique" se réclamant du président de la République, dont les cadres potentiels seraient des cadres, des entrepreneurs, d'anciens officiers de l'armée, d'anciens cadres du RND, mais dont "les véritables membres fondateurs" seraient des "personnalités nationales connues", dont des officiers supérieurs de l'armée à la retraite, ainsi que le propre frère du président Bouteflika.

(El Watan, Liberté 17.4) Un sondage commandé par "El Watan" pour fournir une idée de la manière dont l'opinion publique algérienne évalue la première année de présidence Bouteflika (sur la base d'un échantillon représentatif de 1563 personnes) donne le chiffre de 79,3 % des personnes interrogées ressentant un retour progressif de la sécurité (mais cette majorité est d'autant plus importante que le niveau d'instruction est faible)mais de 65 % des personnes interrogées redoutant une explosion sociale. 65 % des "sondés" déclarent faire encore confiance au président Bouteflika et 58,4 % estiment que l'opposition politique n'a pas joué son rôle. 63,8 % des interviewés sont favorables à une révision de la constitution (12,2 % sont contre), les opinions étant d'autant plus favorables que le niveau d'instruction est élevé.

(El Watan 13.4) Selon "El Watan", citant "une source proche du ministère de l'Intérieur", près de la moitié (46 sur 94) des membre des instances dirigeantes du parti d'Ahmed Taleb Ibrahimi, le Wafa, ont été des militants actifs du FIS. Les mêmes sources affirment que 17 des 40 membres fondateurs du Wafa étaient également des membres actifs du FIS, que 23 des membres du Comité central et 16 de ses membres suppléents du Wafa ont milité au sein du FIS. Le porte-parole du Wafa, Mohammed Saïd, a réfuté ces accusations, dénonçant "une campagne d'intox qui cache une incapacité des pouvoirs publics à composer avec un mouvement ancré dans la société".

(Le Matin 15.4) La célébration du 20ème anniversaire du "Printemps berbère" se fait sur fond de division entre les différentes composantes du mouvement berbère, division accentuée par l'opposition des stratégies des deux partis qui le soutiennent, le RCD participant au gouvernement central et le FFS restant campé dans l'opposition. Le Mouvement culturel berbère lui-même est divisé en trois tendances, la Coordination nationale (proche du RCD, présidée par Ould Ali El Hadi), les Commissions nationales (proches du FFS, présidées par Djamel Zenati) et le Rassemblement national (présidé par Ferhat Imazighen Imoula), à quoi il faut ajouter la Fondation Matoub Lounès. Les Commissions nationales, le Rassemblement national et la Fondation reprochent à la Coordination nationale de s'apprêter à célébrer le printemps berbère sans trop bousculer le pouvoir en place. En outre, une figure emblématique de la chanson kabyle, Aït Menguellet, se serait rallié à Bouteflika, à moins qu'il ait été instrumentalisé, en acceptant de président l'"Association citoyenne" de Tizi Ouzou créée par la présidence pour la soutenir. Ferhat M'henni (Rassemblement national) dénonce les ralliements à Bouteflika en les qualifiant de "nouveaux Kabyles de service". Finalement, deux marches et deux galas différents célébreront le vingtième anniversaire du soulèvement de la Kabylie.

(Le Matin 16.4, El Watan 17.4) Le chef du RND (principal parti de la coalition gouvernementale), ancien Premier ministre et actuel ministre de la Justice, Ahmed Ouyahia, a exprimé le 13 avril son rejet de toute amnistie des "terroristes" qui ne se sont pas rendus dans les délais accordés par la loi sur la concorde civile, délais échus le 13 janvier. "Ceux qui pensent que la loi sur la concorde civile peut s'éterniser se trompent de lieu et de temps", a déclaré celui que Hocine Aït Ahmed avait qualifié d'"homme des sales boulots", et qui répond ainsi au général Mohammed Attaïlia, ancien inspecteur général de l'armée et autre soutien du président Bouteflika, mais qui avait préconisé, dans un entretien au journal londonien "El Hayat", une amnistie générale de tous les islamistes armés. Le général Khaled Nezzar, ancien patron de l'armée, avait d'ailleurs également condamné les propos du général Attaïlia.

(Le Soir 17.4) Dans un entretien accordé au "Soir d'Algérie", un ancien secrétaire général du FFS, Hachemi Naït-Djoudi, en désaccord dès 1991 avec la direction du parti, mais se revendiquant toujours du FFS et entendant bien participer au troisième congrès du parti, fin mai prochain, congrès dont il espère qu'il sera "de rassemblement, de renouveau et d'ouverture", et que le FFS sera préservé "de toute nouvelle dérive opportuniste", considère que l'"audit (...) était une très bonne décision", mais regrette que l'investigation des dysfonctionnements du parti n'ait pas été élargie à la participation des "militants contestataires" (les "huit" et leurs partisans). Hachemi Naït Djoudi se prononce contre le projet d'organisation par les "huit" d'une conférence des cadres du parti, ce qui, à quelques semaines du congrès, "se situerait forcément dans un esprit de rupture" alors qu'il faut "s'inscrire avec force dans la perspective de réconciliation et de rassemblement de toute la famille FFS". Et de suggérer aux "huit" une "contribution significative tant au plan politique qu'organique et programmatique, comme apport positif aux débats du congrès".

(Ribat 19.4) Le bulletin de l'Instance exécutive du FIS, "El Ribat", analysant la première année de la présidence Bouteflika, écrit quà son terme, "Abdelaziz Bouteflika n'a réalisé aucun des objectifs qu'il s'est assigné le soit du 15 avril 1999", mais a néanmoins "réussi à lancer plus d'un chantier". Le bulletin islamiste relève cependant, comme "une énigme", le "blocage actuel", dont il attribue la responsabilité aux "chefs de l'armée". Par ailleurs, "l Ribat" s'en prend au Front des Forces Socialistes (FFS), dont les dirigeants "dénoncent la politique de détente" du pouvoir, alors que "le contrat de Rome, dont le FFS n'est pas le seul dépositaire" mais qu'il a soutenu jusqu'à présent encourage précisément une telle politique. Le bulletin islamiste accuse le FFS d'être "dévoyé par sa politique participative" aux institutions (parlement, municipalités) et de "hurler avec les loups" en critiquant la grâce amnistiante accordée par le président Bouteflika aux islamistes armés. Pour le FIS, "le FFS s'abandonne à l'amateurisme politique et à l'ambition de louveteaux aux dents longues".

(La Tribune 18.4, Le Matin 19.4) Le Secrétaire général de l'UGTA, Madjid Sidi Saïd, et le Premier ministre Ahmed Benbitour se sont rencontrés "récemment", annonce "Le Matin", et sont convenus d'une reprise du "dialogue social". La discussion entre les deux hommes a notamment porté sur l'intention du gouvernement de privatiser partiellement la Sonatrach, intention annoncée sans consultation préalable de l'UGTA, ce qui a mis son secrétaire général en difficulté au sein même de son organisation, face à une contestation de la base et d'une partie des cadres lui reprochant son manque de fermeté. Quant à la privatisation partielle de la Sonatrach, l'intention gouvernementale de l'opérer a été implicitement confirmée à la tribune de l'Assemblée nationale par le ministre de l'Energie, Chakib Khellil, le 17 avril. Le ministre a certes affirmé que lui-même n'avait "jamais évoqué" cette privatisation, mais qu'elle était partisan d'une Sonatrach "forte et efficace sur le plan international dans le cadre d'une économie libre et compétitive", et que l'Etat a le droit de "céder une partie des actions de ses entreprises nationales en restant l'actionnaire majoritaire et par conséquent le principal décideur dans la société", la vente d'actions d'une entreprise nationale permettant à l'Etat de réaliser des recettes supplémentaire et de faire des économies.


(Liberté, Le Matin, La Tribune 19.4, El Watan, Le Matin 20.4, Libération 21.4) La Kabylie a fêté le 20 avril, assez massivement, dans le calme mais aussi dans la divison, le vingième anniversaire du Printemps Berbère de 1980. A Tizi Ouzou, deux manifestations, à une heure d'intervalle, ont réuni ensemble plus de 100'000 personnes : la première manifestation, à l'appel du MCB-Commissions nationales et de la Fondation Matoub Lounès, a réuni environ 80'000 personnes. A l'issue de la manifestation, Malika Matoub, Djamel Zenati et Ferhat Mehenni ont rencontré le Wali pour exiger que "la vérité sur l'assassinat de Matoub soit faite avant le 25 juin", faute de quoi les organisateurs de la manifestation réclameront une enquête internationale sur l'assassinat du Rebelle. La seconde manifestation, une heure plus tard, a réuni environ 30'000 personnes à l'appel du MCB-Coordination nationale. La veille, à Bejaïa, une marche organisée par le MCB-Commissions nationales avait réuni environ 500 personnes, conduites par Djamel Zenati et Ferhat M'henni. Le lendemain, toujours à Bejaïa, le MCB "unifié" réunissait plusieurs milliers de personnes pour une autre marche, à laquelle, selon "El Watan", participaient des membres de l'association locale de soutien au président Bouteflika et des membres de l'ancien "parti présidentiel", le RND. Le 18 avril, à Ighzer-Amokrane, dans la région de Bejaïa, des incidents se sont produits dans un lycée où des jeunes de deux autres établissements scolaires étaient venus inciter leurs camarades à manifester, et ont saccagé l'établissement, après quoi une "foule nombreuse de manifestants" selon "Le Matin" a silloné la ville en scandant des slogans hostiles au pouvoir et en exigeant la reconnaissance de tamazigh. Au-delà de cette division, la revendication berbère a tout de même réussi, en Kabylie, a être soutenue par des forces, des organisations et des courants politiques partout ailleurs en Algérie divisés, sur à peu près toutes les question. Même une organisation de la "famille révolutionnaire" comme la "Fédération des fils de Chahid" (FFC) a exprimé son soutien à "la langue, la culture et la civilisation amazighes", regrettant au passage la division du MCB. De même, l'UGTA de Tizi Ouzou. Les deux partis politiques dominant la région, le FFS et le RCD, ont évidemment reaffirmé leur soutien à la cause berbère, mais le MDS, pourtant "jacobin", en a fait autant, précisant cependant qu'"il est illusoire et mortel de croire que la constitutionnalité de l'identité a mazigue et de tamazight peut se suffire dans un Etat hybride, rentier et prédateur, attelé à l'islamisme". Affirmant pour sa part la vocation "unitaire" de la Fondation portant le nom de son frère, Malika Matoub a affirmé à Tizi Ouzou le 19 avril que "les militants du FFS, du RCD et du MDS sont les bienvenus dans notre fondation, à condition qu'ils laissent leurs casquettes politiques à l'extérieur". Malika Matoub a rappelé que son frère se battait "contre un monstre à deux têtes" -l'islamisme et le pouvoir. Quant à Djamel Zenati, animateur du MCB-Commissions nationales, et député FFS, pour qui "la véritable unité se forge sur le terrain" et non en décidant "par décret" la création d'un MCB "unifié" impliquant la "disparition de tous les autres", il a appelé "ceux qui appellent aujourd'hui à la réunification", c'est-à-dire la france "unitaire" du MCB-Coordination nationale, qui tente pèrécisément de lancer un MCB "unifié", à se "détacher du pouvoir", condition pour lui indispensable à l'unité avec eux. Enfin, dans une "lettre ouverte aux miens" pubiée dans "La Treibune", Lounis Aït Menguellet, accusé d'avoir rallié le camp du pouvoir en participant à un meeting d'Abdelaziz Bouteflika à Tizi Ouzou et d'avoir accepté de présider l'association locale de soutien au président, a précisé qu'il n'avait accepté que d'être membre d'honneur, et non adhérent actif, encore moins président, de ladite association, et qu'il n'entendait être "inféodé à aucune entité quelle qu'elle soit ni à aucun personnage, puisse-t-il êtreprésident d'une association, d'un parti ou même de la République".

(Le Soir 22.4) Selon "Le Soir d'Algérie", les imams de la région de Constantine qui avaient signé une pétition contre la venur projetée d'Enrico Macias ont reçu une sanction administrative et se sont vu imposer des retenues de salaires de la part du censeur des Affaires religieuses, le 22 mars dernier. Le 1er mars, à la mosquée El-Istiklal, une réunion à laquelle ces imams participaient s'était conclue par une déclaration que le ministère juge "subversive et contraire aux réglements", mais également aux "préceptes du Livre Saint", cela dans une phase "cruciale où le pays a besoin du rassemblement de toutes les forces vives de la nation et non de désunion". De leur côté, les imams signataires revendiquent le droit à la liberté d'expression et dénoncent la manipulation qui a entouré la pétition, que certtains décrivent non comme une pétition contre Macias mais comme une pétition de soutien à un imam suspendu de son travail.

(Le Matin 23.4) Dans un entretien au "Matin", l'ancien Premier ministre, et ex-candidat à l'élection présidentielle, Mouloud Hamrouche, qui avait annoncé son intention de créer un parti politique, considère désormais que cette création est "inopportune", puisque "tous les partis politiques, y compris ceux de la coalition (gouvernementale) sont en crise" et que "l'activité politique est presque réduite à néant" : "Il ne sert à rien de créer un parti politique (...) tant que les libertés démocratiques sont inexistantes", déclare Mouloud Hamrouche, qui condamne également la démarche de "concorde civile" du président Bouteflika : "L'amnistie partielle ou totale des tueurs de citoyens est aburde" et "créera plus de problèmes qu'elle n'en résoudra".

(FFS 30.4) Dans un message adressé aux participants à la Rencontre nationale des Jeunes militants du FFS, les 13 et 14 avril, le président du parti, Hocine Aït Ahmed, les a appelé à aider le FFS "à rénover et à rassembler les forces démocratiques" algériennes, ce qui a pour condition la préservation de l'"unité du FFS", non comme "principe mythique" ou comme "considération purement sentimentale et nostalgique", mais comme garantie du fonctionnement du parti, et surtout de "la dynamique d'un débat d'idées en permanence".

(El Watan 25.4) Le président du Mouvement de la réforme nationale (MRN, islamiste), Abdallah Djaballah, a réclamé une amnistie générale des islamistes armé, dans un discours tenu à M'sila le 21 avril devant l'Assemblée générale "structurante" de son mouvement.

(AP 24.4, Jeune Indépendant 26.4) Le "numéro Deux" du commandement de l'OTAN en Europe, l'amiral américain Charles Stevenson Abbot, est arrivé le 24 avril à Alger pour une visite à l'invitation du chef d'état-major de l'armée algérienne, le général Mohammed Lamari, et a été reçu par le président Bouteflika, avec qui il a abordé des sujets relatifs à la sécurité régionale et à la coopération algéro-américaine. En septembre 1999, le commandant en chef de la VIe flotte américaine, le vice-amiral Murphy, avait effectué u ne rapide visite en Algérie. En août 1998, c'est le commandant en chef des forces navales américaines en Europe, l'amiral Lopez, qui s'était rendu en Algérie. L'amiral Murphy avait déclaré que sa visite était "une conséquence directe des changements positifs se produisant en Algérie", et voulait "faire la démonstration du soutien américain à l'Algérie dans son processus de démocratisation". Les USA sont en outre devenus un important fournisseur d'équipements militaires pour l'Algérie, qui renouvelle son vieux matériel d'origine soviétique et a acheté pour 600 millions de dollars de matériel militaire américain en 1999.

(El Watan, corr 24.4, Le Matin 25.4) Le Secrétaire général du FLN, Boualem Benhamouda, a demandé au nom de son parti lors d'une conférence de presse, le 23 avril, l'examen par l'Assemblée nationale du rapport de la commission d'enquête parlementaire sur la fraude électorale, ainsi que la révision des code communal et de wilaya et celle de loi électorale. Le Secrétaire général du FLN a également exprimé le bilan positif fait par l'ancien parti unique de la loi sur la concorde civile, qui a été "une solution au problème de la trève", mais s'est opposé à un élargissement ou à une prolongation de l'amnistie ou de la loi. Partisan "mesuré" des privatisations, sauf dans les secteurs stratégiques (comme les hydrocarbures, et donc de la Sonatrach), le FLN de 2000 se prononce pour la privatisation des terres agricoles dont le FLN-parti unique avait promu la socialisation ou la collectivisation) et l'"amélioration du contenu" du code de la Famille (promu par le FLN-parti unique), mais "sans revenir sur l'orientation globale du texte". Le 24 avril, recevant une délégation du "Comité des citoyens pour la défense de la République" (CCDR, opposé à la "concorde civile" façon Bouteflika, Boualem Benhamouda a précisé que son soutien à la politique présidentielle n'était pas "irréversible", et que le FLN refusait toute prolongation des effets de la loi sur la concorde civile. Le FLN se serait également prononcé, selon "Le Matin", contre la réhabilitation de Messali Hadj (dont le FLN "révolutionnaire" avait politiquement et physiquement éliminé les partisans, en Algérie et dans l'émigration algérienne de France.

(Jeune Indépendant 26.4) Le Secrétaire général de l'UGTA, Sidi Saïd, a affirmé le 25 avril devant la Commission exécutive nationale de la centrale syndicale, qui a ratifié cette position, que celle-ci était opposée à "l'amnistie générale" des islamistes armés, hypothèse qualifiée de "concession de plus" aux terroristes. Pour Sidi Saïd, "la concorde civile s'est arrêtée le 13 janvier". S'agissant de la politique économique et sociale, le Secrétaire général de l'ancien syndicat unique a affirme que celui "ne pleurnichera pas" pour détendre les "intérêts des travailleurs algériens", et donne au contraire "carte blanche à toutes les fédérations pour qu'elles agissent contre ceux qui veulent nuire aux travailleurs". Et de lancer "un avertissement aux pouvoirs publics contre une éventuelle et dangereuse explosion sociale", d'exprimer son opposition à "toutes les opérations, les approches et les décisions qui visent à privatiser les entreprises publiques".

(Ribat 26.4) Le bulletin islamiste "El Ribat" (FIS-Kébir) accuse le ministre RCD des transports, Hamid Louanouci, de "népotisme" pour avoir "à peine nommé (...) désigné un de ses proches, Areski Hamami, tenancier de débit de boisson, au poste de chargé de la communication de la compagnie Air Algérie à Paris", pour le soulager de ses "difficultés financières" en lui accordant un poste "budgétisé à plus de 25'000 francs" français par mois. Areski Hamami "est le nouveau représentant du RCD en France", ajoute "El Ribat".


(AFP, AP 27.4) Le président Bouteflika multiplie les initiatives en politique étrangère sur le terrain africain avant de céder la présidence de l'OUA à son homologue togolais, en juillet prochain.

D'une part, des pourparlers indirects entre l'Ethiopie et l'Erythrée devraient s'ouvrir le 29 avril à Alger, à l'invitation du président Bouteflika. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays sont attendus, sans réunion commune prévue, des diplomates algériens faisant la navette entre les deux délégations, le tout sous la conduite du représentant personnel d'Abdelaziz Bouteflika, Ahmed Ouyahia (actuel ministre de la Justice, ancien Premier ministre).

(Reuters 30.4) Les pourparlers indirects, sous médiation algérienne, entre l'Ethiopie et l'Erythrée ont débuté le 30 avril, à huis-clos. Ils impliquent dans des "entretiens de proximité" avec le médiateur algérien, Ahmed Ouyahia, qui fait la navette entre eux, les ministres éthiopien et érythréen des Affaires étrangères, Seyoum Mesfin et Haïle Wolensae, qui refusent de s'asseoir à la même table. L'OUA, actuellement sous présidence algérienne, a proposé un plan de paix prévoyant une trêve, un retrait des zones occupées et le stationnement d'une force de paix le long des 1000 km de frontière commune, mais également la restauration d'une administration civile dans les zones disputées entre les deux pays, ce à quoi l'Ethiopie s'oppose, comme elle s'oppose à ce que l'aide humanitaire aux Ethiopiens et Erythréens affectés par la famine transite par les ports érythréens de la mer rouge.

D'autre part, un sommet est organisé le 30 avril à Alger pour tenter de faire appliquer un cessez-le-feu au Congo (Kinshasa). Il réunira autour d'Abdelaziz Bouteflika, en tant que président de l'OUA, les présidents congolais, Laurent-Désiré Kabila, zambien, Frederick Chiluba, mozambicain, Joachir Chissano, malien, Alpha Oumar Konaré, sud-africain, Thabo Mbeki, et nigérien, Olusegun Obasanjo. Par contre, aucun des trois mouvements rebelles congolais, ni les chefs d'Etat du Rwanda et de l'Ouganda, ou leurs représentants, qui soutiennent les rebelles, n'ont été invités, mais l'émissaire du président Bouteflika dans la région, Abdelkader Mesahel, a assuré que "la rebellion congolaise et la Rwanda seront informés des résultats de cette réunion". L'opposition congolaise dénie toute portée à ce sommet, à moins qu'il ne s'agisse de créer une force d'interposition entre le pouvoir de Kinshasa et la rebellion, dont les différentes forces contrôle la moitié du territoire congolais. A Alger, on présente le sommet comme une rencontre d'"évaluation" des possibilités d'application de l'accord de cessez-le-feu de Lusaka, entré en vigueur le 31 août mais jamais respecté depuis.

(AP, Reuters 30.4) Le sommet d'Alger sur le rétablissement de la paix au Congo-Kinshasa s'est ouvert le 30 avril à Alger à huis-clos, en présence de six chefs d'Etat africains, dont le président congolais Laurent-Désiré Kabila, mais en l'absemce des rebelles congolais et de leurs alliés, le Rwanda et l'Ouganda, qui seront néanmoins, a assuré l'émissaire d'Abdelaziz Bouteflika dans la région, Abdelkader Mesahel, "informés des résultats de cette réunion". Les présidents sud-africain, malien et mozambicain, ainsi que Laurent-Désiré Kabila, ont exprimé leur soutien à la démarche du président algérien, président de l'OUA, pour faire se concrétiser les dispositions des accords de paix conclus à Lusaka en juillet-août 1999, accords considérés par les participants au sommet d'Alger comme "le cadre irremplaçable de la résolution du conflit". Les dirigeants africains présents au sommet d'Alger ont invité l'ONU à accélérer l'envoi des 5500 Casques bleus que le Conseil de Sécurité a décidé d'envoyer au Congo. Deux des Etats représentés à Alger, le Nigéria et l'Afrique du Sud, ont accepté de contribuer à cette force de l'ONU

(Le Matin 27.4) Le MSP (ex-Hamas) de Mahfoud Nahnah appelle, par le biais de la conférence nationale de son mouvement associatif tenue le 26 avril à Alger, à une mobilisation de la société civile (islamiste) pour faire un "vrai barrage" à la révision de la constitution à partir d'idées "importées" et défendues par des courants démocratiques que Mahfoud Nahnah estime "minoritaires".

(APS, Jeune Indépendant, 30.4) Le ministre marocain de l'Intérieur, Ahmed El Midaoui, a affectué le 29 avril, à l'invitation de son homologue algérien Nourredine Yazid Zerhouni, une visite "de travail" en Algérie, lors de laquelle "les moyens susceptibles de promouvoir la coopération bilatérale dans tous les domaines", dont le "domaine sécuritaire", ont été discutés, "dans une atmosphère empreinte de franchise et de responsabilité". Cette visite intervient après que de présumés islamistes armés algériens aient pénétré en territoire marocain et rançonné les habitants de villages marocains frontaliers.

(APS 29.4, Jeune Indépendant) Le Congrès du FFS aura lieu comme prévu ("coûte que coûte", a insisté le Premier secrétaire du parti, Mustapha Bouhadef, dans la conférence de presse suivant la réunion du Conseil national du FFS, le 27 avril) du 24 au 26 mai prochain, en présence du président du parti, Hocine Aït Ahmed. Un "pré-congrès" sera organisé les 11 et 12 mai pour adopter les propositions et recommandations qui seront ensuite soumises pour discussion et, le cas échéant, approbation au congrès.

(Jeune Indépendant 29.4) Des habitants d'Annaba se considérant comme victimes (ou parentes de victimes) du coup d'Etat militaire du 19 juin 1965 (renversement de Ben Bella par Boumedienne) ont, selon "Le Jeune Indépendant", constitué 35 ans plus tard un "Comité des victimes du coup d'Etat 65", qui compterait 17 membres et se serait donné comme premier objectif le recensement des victimes du coup d'Etat. Parmi les membres de ce comité, le quotidien signale des personnes "qui portent encore des traces de blessures ou de tortures" subies alors, et proches de personnes abattues ou portées disparues alors. Le quotidien ajoute que plusieurs de ces personnes "accusent ouvertement le général en retraite Attaïlia (d'avoir été) leur principal bourreau". Attaïlia, alors capitaine, était en 1965 à la tête de la garnison du Caroubier et avait personnellement participé à la répression brutale d'une manifestation populaire en faveur de Ben Bella. Le général Attaïlia a récemment pris position en faveur de l'élargissement de l'amnistie aux membres des GIA. La création de ce comité pourrait être une réponse indirecte à cette proposition, qu'aucune force ni aucun acteur politiques algériens (du moins légaux) n'a soutenue.

(El Watan, Liberté 2.5) Le RCD et le Parti radical de gauche (PRG) français ont scellé le 1er mai l'accord, signé en novembre 1999, d'échange et d'assistance mutuelle entre leurs élus. Une délégation du PRG a effectué du 28 avril au 1er mai une visite dans une vingtaine de communes gérées par le RCD. Le président de la fédération du Nord du PRG, Jacques Mutez, a précisé que la coopération entre les deux partis ne se traduira pas par une aide financière du parti français au parti algérien, mais notamment par "une formation des élus du RCD dans la gestion des ressources financières des communes et des relations de travail avec l'opposition dans l'Assemblée". Pour le PRG, le partenariat avec le RCD "n'est pas une action philanthropique, mais politique", dont l'enjeu serait de séduire une partie de la communauté algérienne française dans la perspective des élections municipales de 2001. La coopération entre le RCD et le PRG s'est déjàé traduite par plusieurs jumelages de communes gérées par les deux partis.

(El Watan 2.5) Le Maire (FFS) de Draâ el Mizan, accusé de "corruption" a été condamné à trois mois de prison le 30 avril (le procureur avait demandé 3 ans de prison), après avoir été "piégé" par un restaurateur de la commune lui ayant remis une enveloppe contenant 50'000 dinars (5000 FF, 1250 FS) en échange, selon le restaurateur, de "certains services" -ce que nie le Maire , qui dénonce un "règlement de comptes" politique et un "traquenard" destiné à faire tomber "un élu de l'opposition".

(Ribat 3.5) Qualifiant de "curieux" le débat agitant le "microcosme politico-médiatique algérien" sur le thème de l'amnistie générale, c'est-à-dire de l'élargissement de l'amnistie déjé décrétée aux "groupes criminels qui refusent le dialogue depuis des années (et) ne sont nullement intéressés par le retour à la normale" et ne demandent eux-même "aucune forme d'amnistie", le bulletin du FIS-Kébir, "El Ribat", estime que "l'urgence" est à la "redynamisation de la politique de réconciliation, qui fait du surplace depuis quelques semaines", c'est-à-dire "à la libération des prisonniers politiques, à la réintégration des travailleurs révoqués pour raisons politiques, au traitement rapide du dossier des disparus, à la prise en charge effective des victimes de la tragédie nationale et à l'ouverture du champ politique et médiatique". Le bulletin islamiste se prononce pour "un acte politique solennel" de la part du président de la République, sous la forme d'une amnistie (ce qui suppose que l'on reconnaisse "qu'il n'y a ni vainqueur, ni vaincu") ou d'un "simple élargissement des dispositions de la loi sur la concorde civile". Pour "El Ribat", la classe politique algérienne est en ce moment d'une "extrême volatilité", et le bulletin s'en prend notamment, dans la suite de sa récente polémique contre le FFS, aux "partis politique longtemps répertoriés comme réconciliateurs" et qui se retrouveraient "par simple combinaison politicienne dans le camp des éradicateurs", camp en revanche déserté par des "éradicateurs (à qui l'on prête) des intentions louables d'engagement en faveur d'une solution politique sans exclusive". "El Ribat" rappelle que la "grâce amnistiante fut appliquée à maintes reprises dans des pays comme la France, qui ont connu de très nombreuses guerres civiles", et donne comme exemple l'amnistie des Communards sous la IIIème République

(APS 6.5) Dans un message à l'ambassadeur d'Algérie aux USA, le sous-secrétaire adjoint américain pour le Proche-Orient déclare que "le président Bouteflika est vraiment préoccupé par le fait de donner tout son sens à l'Etat de droit et de respecter les droits de l'Homme", et prend "particulièrement note de sa détermination à renforcer les mécanismes qui garantissent les droits des individus en détention et en détention préventive". Le haut-fonctionnaire américain écrit à l'ambassadeur que les USA soutiennent et encouragent "fortement les actions menées par le président Bouteflika dans le sens de la réforme globale de la justice et du système pénal en Algérie", et louent "ses efforts (pour) aborder la situation des droits de l'homme en Algérie, dans leur globalité".

(AP 9.5) La fermeture de la frontière algéro-marocaine est une situation qui "ne peut pas perdurer", a déclaré le 9 mai la Premier ministre marocain Abderrahmane Youssoufi, après un entretien avec le président du Conseil algérien de la Nation (Sénat), Bachir Boumaza, en visite au Maroc. Bachir Boumaza a été reçu par le Roi Mohammed VI et des délégations marocaine et algérienne doivent participer le 14 mai à une réunion organisée par l'ONU à Londres sur la question du Sahara occidental.

(AP 10.5) Dans une longue lettre ouverte (non authentifiée, cependant) adressée à Amnesty International, Human Rights Watch, la Fédération internationale des droits de l'Homme et Reporters sans frontières, toutes quatre invitées en Algérie par le président Bouteflika, trois membres fondateurs du FIS, Ali Djeddi, Abdelkader Omar et Kamel Guemazi dénoncent "la politique d'exclusion pratiquée par le pouvoir qui n'a eu de cesse d'étouffer toute vélléité de liberté et d'opprimer ceux qui ont pris à leur charge de défendre la justice", et demandent aux ONG de rendre visite à Abassi Madani et à Ali Benhadj, visites qu'ils qualifient de "priorité impérieuse". Les trois responsables islamistes dénoncent également l'état d'urgence, qui a facilité "l'étouffement de la vie politique", et l'interdiction du FIS, qu'ils qualifient d'"opposition véritable, seule capable de représenter le peuple".

(El Ribat, 10.5) Le bulletin islamiste "El Ribat" (FIS-Kébir) revient le 10 mai sur la polémique engagée contre le FFS en avril, en accusant le journal "Libre Algérie" (repabtisé pour l'occasion par le bulletin islamiste "organe central du Front des forces socialistes") de "monter au créneau pour dénoncer l'amnistie" en étant "inspiré par le clan éradicateur de l'armée". "El Ribat" accuse les "décideurs du FFS" de "passer leur temps à dénigrer la trêve et l'accord conclu entre l'AIS et l'ANP", et le FFS lui-même de se rapprocher du "clan de l'éradication" au moment où le RCD, qui en faisait partie, a "beaucoup concédé, acceptant l'amnistie et la concorde civile" qu'il refusait auparavant.

(Liberté 10.5, Le Soir 11.5, CCFIS) La porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, s'est récemment livrée à un échange de correspondance avec le président Bouteflika au sujet des conditions de détention de Ali Benhadj, et a rendu publique cette correspondance le 10 mai. Dans une lettre au président, le 18 avril, Louisa Hanoune s'inquiétait de la "dangereuse dégradation de (la) santé" du leader islamiste, après une grève de la faim suivie pour obtenir un droit de visite. Pour Louisa Hanoune, "le problème de Benhadj est indissociable de la crise algérienne". La porte-parole du PT demande au président Bouteflika de transférer Ali benhadj "dans un hôpital pour être soigné", et de lui accorder un statut de "détenu politique". Louisa Hanoune demande de pouvoir rencontrer elle-même Ali Benhadj, qui doit avoir la possibilité de prendre "ses responsabilités dans la clarté, pour aider à l'arrêt de l'effusion de sang". Le président Bouteflika, répondant le jour même à la députée, explique d'abord que la réconciliation telle qu'il la conçoit "ne peut se faire dans la précipitation" si l'on ne veut pas risquer de "voir se rompre les équilibres fragiles, si patiemment établis", et "laisser libre cours au déchaînement des passions". Puis, affirmant ne pas être "insensible aux aspects humains" du cas Benhadj, le président Bouteflika "promets" à Louisa Hanoune de "renouveler (ses) instructions" afin d'assurer à Ali Benhadj "les conditions matérielles propres à lui permettre de conserver sa dignité et de recevoir ses proches", sans autres entraves que celles des lois. Louisa Hanoune s'est dite satisfaite de la réponse présidentielle, et indique que Ali Benhadj a désormais l'autorisation de recevoir la visite de sa famille toutes les trois semaines, qu'il reçoit le courrier qui lui est adressé et qu'un médecin lui a été dépêché.

De son côté, le Conseil de Coordination du FIS a rendu publique une des deux lettres adressées en 1999 par Ali Benhadj au président Bouteflika, lettre dans laquelle le responsable islamiste assure que s'il se trouvait hors de prison, il aurait apporté sa "pleine contribution pour le bénéfice du pays et de notre peuple sans aucune contrainte ou pression d'aucune sorte".

(Le Matin, Liberté 11.5) Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a déclaré le 10 mai qu'il refusait d'accorder l'"agrément" officiel à la constitution du parti "Wafa" d'Ahmed Taleb Ibrahimi. "Je ne serai pas celui qui signera la reconstitution du parti dissous", c'est-à-dire du FIS, dont le Wafa est accusé d'abriter de nombreux responsables, a lancé le ministre. Selon "El Watan", plus de 60 % des membres du Comité central de Wafa viennent du FIS. Cependant, si Wafa n'a pas reçu d'agrément, le parti islamiste n'a pas reçu non plus de refus explicite d'agrément, alors que la loi stipule qu'une réponse doit être donnée dans les soixante jours à une demande d'agrément, faute de quoi celle-ci est réputée avoir été donnée de facto. Le parti ayant fait sa demande et n'ayant pas reçu de réponse dans le délai légal, il a réuni en mars son Bureau national, et a annoncé, après la déclaration du ministre de l'Intérieur, une seconde réunion de cette instance.

(Le Matin 14.5) Ahmed Taleb Ibrahimi, leader du mouvement "Wafa", a annoncé que celui-ci allait passer outre la déclaration faite par le ministre de l'Intérieur le 10 mai sur son refus de signer l'agrément du mouvement. Le porte-parole de Wafa qualifie d'"avis personnel" la déclaration du ministre.

(Algeria Interface 12.5) Le président Bouteflika effectue du 14 au 18 mai sa première visite d'Etat au Canada, qui coïncide avec la tenue de la Conférence de Montréal sur l'Afrique et le Moyen-Orient et accueillera, outre le président algérien, le président nigérian Olesegun Obasanjo et le prince Hassan de Jordanie. La Conférence de Montréal est un forum économique. L'Algérie est le premier partenaire économique africain et moyen-oriental du Canada, avec un volume d'échange en 1999 de 730 millions de dollars US. Plusieurs grosses entreprises canadiennes et nord-américaines espèrent pouvoir conclure des contrats avec l'Algérie : Bell (téléphonie), Alcan (aluminium), Bombardier (aéronautique). L'Algérie serait de son côté intéressée par un engagement de Petro-Canada dans le secteur des hydrocarbures. Le président Bouteflika sera reçu par le Premier ministre canadien, Jean Chrétien, les présidents des deux Chambres du parlement canadien et des dirigeants économiques canadiens.

(Le Matin 14.5) Le Madjlis Echoura (Conseil consultatif) du mouvement Nahda, membre de la coalition gouvernementale, a appelé le 12 mai à une "amnistie générale touchant toutes les parties impliquées dans la crise", cette amnistie générale étant selon le mouvement islamiste une condition de la "réconciliation nationale". Par ailleurs, Nahda a réitéré son opposition à toute révision du Code de la Famille qui ne serait pas inspirée "de la charia", et dénoncé le campagne menée contre le code "par le courant occidentalisé connu pour son hostilité à tout ce qui est patrimoine de la (nation)". De même, Nahda s'oppose à toute remise en cause de l'arabisation.

(Politique Internationale Mai 2000, APS 14.5, Liberté 15.5) Dans un entretien à la revue française "Politique internationale", le président Bouteflika déclare que "les efforts immenses déployés par l'Etat (...) pour convaincre les égarés de rejoindre le giron de la société", c'est-à-dire les islamistes armés irréductibles de déposer les armes, même après le délai du 13 janvier, "ne doivent en aucun cas être interprétés comme répondant à des objectifs de politique politicienne". Le président algérien précise que les amnistiés, "une fois passée leur période de probation (...) n'auront pas de casier judiciaire qui pourrait les empêcher" d'avoir un accès normal à des fonctions publiques, y compris dans l'armée. Répondant à une question sur le "Mouvement algérien des officiers libres" (MAOL), Abdelaziz Bouteflika le qualifie de "groupuscule (qui) cherche laborieusement à relancer le fameux "qui tue qui ?", et assure que "cette nébuleuse" ne l'"empêche pas de dosmir" ni "n'empêche l'ANP de vaquer à ses missions".

(Corr 16.5, APS 16.5, 17.5) En visite officielle au Canada, le président Bouteflika a invité le Premier ministre canadien Jean Chrétien à se rendre en Algérie. Jean Chrétien a accepté l'invitation.Le président algérien a profité de cette visite pour assurer que l'Algérie et le Maroc arriveront progressivement à bout de leurs problèmes.

(AP 19.5) Le président Bouteflika a achevé le 18 mai sa visite officielle au Canada, sur lequel il n'a pas tari d'éloges, le qualifiant de "meilleur pays du monde". Le président algérien a rencontré successivement le Premier ministre Jean Chrétien, les dirigeants du Parlement, les participants à la conférence de Montréal sur l'Afrique et des hommes d'affaire canadiens.

(Ribat, Le Matin 17.5, CSSI) Revenant sur le refus du ministre de l'Intérieur de signer l'agrément du parti "Wafa" de Taleb Ibrahimi, le bulletin du FIS-Kébir, "El-Ribat", se demande si Yazid Zerhouni a "reçu le feu vert du président de la République pour perturber l'opinion publique et faire douter les partisans du FIS", et assure que "la stratégie de sortie de crise du FIS est irréversible", et ne changera pas malgré le "signe donné à la frange éradicatrice de l'armée" par une déclaration qui "prépare (...) à une dissolution de tous les partis de l'opposition" (si tant est qu'il en existe encore pour le FIS, hors lui-même). "Le pouvoir veut tuer l'opposition", écrit également "Le Matin" du 17 mai, à propos des difficultés rencontrées par le Front démocratique (FD) de Sid Ahmed Ghozali et le FFS pour organiser leurs congrès respectifs (constitutif, pour le premier). "Le Matin", rejoignant paradoxalement "El Ribat" dans la dénonciation du "verouillage" politique, signale en revanche que les formations politiques "de la coalition" peuvent "non seulement mener leurs activités en recourant à satiété à l'infrastructure étatique, mais aussi compter sur le précieux concours des médias publics dont ils sont les seuls à bénéficier après Bouteflika", à l'image du RCD qui "n'a eu aucun mal à obtenir" que le regroupement régional de ses militants de Tizi Ouzou puisse se faire dans les locaux de l'Institut national de tourisme et d'hôtellerie -alors que le FFS s'est vu refuser toute salle à Alger pour tenir son congrès, et a du se replier sur une salle (sans chaises) de Tipaza...

Congrès du FFS, 24-26 mai 2000, Tipaza

Le Front démocratique (FD) de Sid Ahmed Ghozali a lui aussi été confronté à des problèmes pour la tenue de son congrès constitutif et Le Wafa de Taleb Ibrahimi n'a pas reçu son "agrément" officiel. Mustapha Bouhadef a jugé "scandaleux" le refus du ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, de signer l'agrément du Wafa, et a condamné les entraves imposées au FD pour la tenue de son congrès constitutif (le FFS et le FD, tous deux dans l'opposition, y sont cependant sur des positions opposées).

Parallèlement aux entraves mises au fonctionnement des partis de l'opposition, une réunion des présidents des partis politiques de la coalition devrait se tenir le 20 mai, a annoncé le FLN, pour qui cette réunion vise à "échanger des points de vue sur la situation actuelle à tous les niveaux et dans tous les domaines".

(Le Matin 17.5) Le dirigeant de l'instance exécutive du FIS à l'étranger, Anouar Haddam, emprisonné aux USA, serait sur le point d'y être déclaré "persona non grata" et extradé vers un autre pays, peut-être la Malaisie (ou le Burkina Faso ?), après que l'Indonésie ait refusé une requête en ce sens, déposée par la famille du dirigeant islamiste. Le 15 mai,. les services américains de l'immigration ont informé l'épouse d'Anouar Haddam que lettre lui accordant l'asile politique lui avait été envoyée "par erreur" quelques jours auparavant. Réfugié aux USA depuis 1993, Haddam avait été emprisonné en 1996. Le 15 mai, une représentante des services de l'immigration a déclaré qu'"il n'est pas acceptable" comme réfugié.

(Liberté 20.5) Le Front Démocratique de Sid Ahmed Ghozali, qui a tenu le 19 mai son congrès constitutif à Sidi Frej, avec la participation selon "Liberté" d'un millier de congressistes, a enregistré l'adhésion de trois anciens députés du RCD, Mohand Arezki Boumendil, Mohamed Setouche et Kaci Redjal. En revanche, le groupe des anciens membres du PRA de Nourredine Boukrouh, dont Sofiane Djilali, qui avaient quitté le PRA pour adhérer au FD, ont quitté celui-ci, faute de pouvoir y obtenir des responsabilités. A l'issue du congrès de son parti, Sid Ahmed Ghozali, qui a assuré que le FD allait faire de la "politique autrement", a appelé à la réconciliation "entre l'Etat le citoyen" plutôt qu'entre l'Etat et les groupes armés. "S'il faut pour cela la guerre, il faut la faire", a affirmé l'ancien Premier ministre, qui s'est prononcé en faveur des privatisations (mais pas celle de la Sonatrach, du moins pas pour commencer), contre la révision constitutionnelle (qu'il "déteste" et qui n'est pas "une priorité".

(Quotidien d'Oran 17.5) Trois exercices militaires navals algéro-américains sont programmée d'ici la fin de l'année 2000, dont le prochain dès juillet. L'amiral américain Abbot, adjoint du commandant en chef des forces américaines en Europe, s'est déclaré "très impressionné par les dispositions militaires algériennes" et a qualifié de "franc succès le premier exercice.


(La Tribune 18.5, Liberté 20.5, APS, Le Matin 21.5, CSSI) Les sept partis membres de la coalition gouvernementale (RND, FLN, ANR, RCD, MSP, PRA et Nahda) ont réitéré, au terme d'une rencontre tenue le 20 mai à Alger, leur soutien au programme du président Bouteflika et à sa démarche "visant à restaurer la sécurité et la stabilité à travers la loi de la concorde civile cautionnée par le peuple le 16 septembre 1999". Les sept partis ont insisté "sur la nécessité d'accélérer les réformes nécessaires" et se sont déclarés disposés à "coopérer pour servir le développement socio-économique global et répondre aux préoccupations légitimes des citoyens, notamment les catégories défavorisées". Ils ont enfin convenu de respecter la constitution, les lois, le régime républicain, les libertés individuelles et collectives, le pluralisme politique et la liberté de la presse, et ont décidé de tenir des rencontres périodiques. Pour autant, et au-delà de cette rhétorique plutôt convenue (le moins que l'on puisse attendre d'un parti gouvernemental est de respecter la constitution et les lois...), les divergences entre les différents "camps" représentés au gouvernement (islamistes de Nahda et du MSP, "républicains" du RCD, de l'ANR, voire du PRA, "conservateurs" du FLN et du RND) se sont également exprimées, probablement sans grand dommage politique pour le gouvernement, la présence commune des ces partis dans le même gouvernement concourrant à les annihiler respectivement. Pour le RND, Ahmed Ouyahia a appelé à un élargissement de la coalition à d'autres formations politiques. Pour le RCD, Saïd Sadi a regretté que la réunion des sept partis n'ait pas eu lieu plus tôt. Pour Ennahda, Lahbib Adami a déclaré lors d'un meeting le 18 mai, à propos de la libération d'Abassi Madani et d'Ali Benhadj, que l'on ne devait pas "conditionner l'arrêt d'effusion de sang par une quelconque revendication". Quant au MSP, lors d'une rencontre sur le thème de "la langue arabe face aux défis de l'avenir", plusieurs de ses dirigeants et élus (notamment Othmane Saâdi, Abdelkader Hadjar et Larbi Zoubeiri) ont dénoncé la Commission de réforme de l'éducation mise en place par le président Bouteflika, en lui prêtant l'intention de revenir sur l'arabisation. Le député Abderezak Mokri a accusé le président de violer la Constitution en n'utilisant pas exclusivement l'arabe, et a reproché à des ministres de s'exprimer en français au Conseil des ministres.

(AP 20.5) "Le Maroc n'est pas l'Algérie", a déclaré le 20 mai le leader islamiste marocain Abdesslam Yassine, 72 ans, qui s'exprimait en public pour la première fois après la levée le 16 mai de son assignation à résidence. Le dirigeant de l'association "Al Adl Wal Ishane" (Justice et Spiritualité) a souligné le caractère "non violent et pacifiste" de son mouvement, et a affirmé avoir été "comme tout homme, terrorisé par les carnages infernaux" commis en Algérie. Abdesslam Yacine était assigné à résidence depuis plus de dix ans pour son opposition au roi Hassan II et son utilisation des mosquées "à des fins politiques". Il a assuré que son association ne se constituerait pas en parti politique pour les élections législatives de 2002, et a remercié les ONG de défense des droits de l'homme, et tout particulièrement le quotidien français "Le Monde" qui ont appuyé sa libération.

(Le Soir 25.5) "Des sources généralement bien informées" évoquées par "Le Soir d'Algérie" envisagent un changement de Premier ministre, peut-être avant juillet, Ahmed Benbitour étant remplacé par l'actuel ministre des postes et télécommunications, Mohamed Maghlaoui (RND). Par ailleurs, le MSP perdrait le ministère du Travail et de la protection sociale, détenu par Bouguerra Soltani, dont la nomination avait fortement déplu à l'UGTA, et le ministère des Travaux publics et de l'environnement serait scindé en deux, l'actuel ministre (Ennahda), Boughazi, ne gardant que l'environnement. "Le Soir" évoque également l'arrivée de l'ancien "gouverneur" d'Alger, Cherif Rahmani, à la tête d'un ministère des villes et de l'aménagement du territoire, l'attribution du ministère de l'Intérieur à l'actuel ministre de la Communication, Abdelmadjid Tebboune, la création d'un ministère des collectivités locales qui serait attribué à un proche du président, et la nomination, soit de l'actuel ministre de la Justice, Ahmed Ouyahia, qui serait remplacé par Ali Benflis, soit du diplomate Abdelkader Messahel, à la tête du ministère des Affaires étrangères. Benflis et Messahel sont tous deux des proches de Bouteflika.

(Le Soir 31.5) Les divers députés dissidents de leurs partis respectifs (FFS, RCD et RND) siégeant à l'Assemblée nationale devraient se doter d'une coordination les regroupant tous, à l'initiative des "huit" issus du FFS. Les "dissidents" d'Ennahda devaient être inclus dans cette coordination, mais leur présence y poserait problème, d'une part parce qu'ils sont déja regroupés au sein du nouveau parti d'Abdallah Djaballah, le MRN, et d'autre part parce que les "dissidents" du FFS, du RCD et du RND ne tiennent pas à s'allier avec des élus islamistes. Du côté des dissidents du FFS, qui ont apparemment renoncé à être réadmis au sein de leur parti d'origine, on assure qu'il n'est pas question de créer un nouveau parti politique mais uniquement de se doter "d'un cadre de travail au sein de l'Assemblée", faute de pouvoir former un groupe parlementaire. Les ex-FFS se revendiquent pour leur part de la "gauche sociale".

(La Tribune, 26.5, Le Soir 1.6, Liberté 1.6, 4.6, CSSI) Les huit députés radiés du FFS assurent ne pas avoir l'intention de "créer un sous-FFS", mais étudier la possibilité de créer "un grand parti de gauche" auquel on pourra adhérer "autour des idées". Les "huit" se revendiquent cependant toujours de l'"héritage" du FFS, dont le dernier congrès signifie pour eux un "renfermement". Pour le Premier secrétaire (sortant) du FFS, Mustapha Bouhadef, les "huit" ne veulent pas "et en aucun cas régénérer le FFS (mais) le casser, rien de plus". Selon "Liberté", plusieurs parlementaires ayant quitté leur parti pour des raisons semblables à celles qu'invoquent les "huit" (critiques du fonctionnement des partis, absence de projet de société) seraient "favorables au projet" d'un nouveau parti, dont la naissance à l'Assemblée nationale d'une coordination des députés de l'opposition serait "le prélude". La coordination, réunissant une dizaine de députés autour d'Ali Rachedi, a fait appel à "toutes les sensibilités d'opposition" pour grossir ses rangs, et demande la "levée de l'état d'urgence, la restauration des libertés démocratiques, la promotion et la dléfense des droits de l'Homme (...) et la consolidation des institutions". On voit mal, cependant, comment une coordination de députés issus de partis aussi différents et contradictoire, voire opposés, que le FFS, le RCD, le RND, le FLN, voire Ennahda, pourrait donner naissance à un "grand parti de gauche"... Par ailleurs, selon "Le Soir", le Conseil constitutionnel aurait rejeté la modification du réglement intérieur de l'Assemblée nationale qui ramenait de quinze à dix le nombre minimum de députés nécessaires à la constitution d'un groupe parlementaire (ce qui assurait au FFS le maintien d'un groupe composé de ses seuls députés, hors les "huit" dissidents) mais empêchait les "indépendants" de créer un groupe. Cette proposition, selon le quotidien, aurait notamment pour but d'isoler les dissidences parlementaires, notamment celles(les groupes Benbaïbèche et Sifi) du RND.

(AFP, AP, Reuters 3.6, 4.6) Malgré la poursuite des négociations indirectes engagées à Alger entre l'Ethiopie et l'Erythrée, avec la médiation du ministre algérien de la Justice, Ahmed Ouyahia, en tant que médiateur de l'OUA, la guerre a continué sur le terrain, avec une offensive éthiopienne sur Assab, offensive que les Erythériens affirmaient le 4 juin avoir repoussée Les délégations érythérienne et éthiopienne, qui ne se rencontrent pas, ont reçu le 1er juin des propositions de l'OUA sur un réglement global du conflit, qui dure depuis mai 1998. Ces propositions ont été reformulées et remises dans leur nouvelle version par Ahmed Ouyahia aux deux délégations, et le ministre algérien a renouvelé, au nom de l'OUA, son appel "à la retenue et à la raison de chacune des deux parties". L'Eryhtrée assure qu'aucun cessez-le-feu n'est possible tant que l'Ethiopie ne se sera pas retirée des territoires qu'elle occupe actuellement. L'Ethiopie assure pour sa part qu'elle n'a aucune ambition territoriale.

(CC-FIS 23.5, Quotidien d'Oran 5.6) Dans une "lettre ouverte" adressée le 23 mai au FFS à l'occasion de son congrès de Tipaza, le Conseil de Coordination du FIS, sous la signature de son porte-parole Mourad Dhina, propose d'"approfondir une démarche constructive à travers des contacts et concertations avec la classe politique qui a su garder sa dignité et son rôle d'opposition réelle et responsable". Le CC-FIS, pour qui le "drame algérien" n'a pour origine que "la mainmise, par la force des armes, d'une dictature militaire sanglante, liberticide et corrompue, sur le peuple et son pays", s'affirme convaincu que "la fin du cauchemar est proche" et que le FIS, qui a "survécu à une guerre totale d'éradication", reste "une composante politique, sociale et culturelle essentielle de l'Algérie". S'adressant directement au FFS, le CC-FIS lui écrit que "notre dénonciation commune de la dictature militaire en Algérie ne doit faire occulter nos différences", et lui reproche son slogan, "Ni Etat policier, ni Etat intégriste" : "Il serait souhaitable, à nos yeux, que votre parti utilise des termes plus précis et mieux définis que (ceux) employés par les pseudo-intellectuels et autres politiciens de bazar". Et le CC-FIS de proposer lui-même au FFS un "slogan plus porteur, plus clair et qui aurait une chance de réunir tous les Algériens" : "Non à un Etat policier, non à un Etat théocratique, non à un Etat laïc". Explications ddu CCF-FIS : "Nous refusons l'Etat policier car il transgresse un droit fondamental du citoyen qui est celui de choisir et de destituer, au besoin, ses dirigeants. (...) Nous refusons l'Etat théocratique car il impose au peuple, de facto, des *super-hopmmes" se substituant à, ou représentant, Dieu" alors qu'en Islam "personne ne peut prétendre au monopole de la représentativité de Dieu, et, encore moins, à prendre Sa place, pour la simple raison que c'est l'être humain qui est de façon générique le khalifa (lieutenant) de Dieu sur terre. (...) Nous refusons l'Etat laïc car il considère la composante islamique de l'Algérie comme accessoire (alors qu'elle) est primordiale et fondamentale (et) fait partie de l'essence même de notre peuple". Enfin, le CC-FIS rappelle qu'il considère comme des conditions de "sortie de la crise" la libération de tous les détenus politiques, à commencer par Abassi Madani et Ali Benhadj, la résolution du cas des disparus, la constitution d'une commission "Vérité et Justice", pour "enquêter sur les crimes perpétrés contre le peuple algérien", la convocation d'une conférence nationale "incluant tous les partis et personnalités politiques sans exclusive, pour mettre sur pied un vrai processus de retour à la paix, la justice et la légitimité". Dans une autre lettre ouverte, adressée celle-là au leader islamiste marocain Abdesselam Yacine, le porte-parole du CC-FIS, Mourad Dhina, tient un discours plus "islamo-islamiste" que celui adressé au FFS, et déclare que le FIS refuse de se laisser berner par "un espoir soporifique" après qu'"on (ait) voulu faire de l'Algérie une nouvelle Andalousie" et qu'on ait tenté de "l'extirper du corps de la nation araboislamique".

(Ribat 5.6) S'exprimant à propos de la persistance de la violence, tout en affirmant sa "baisse sensible", le bulletin du FIS-Kébir "El Ribat" dénonce la "collusion objective entre les voyous qui tuent pour voler et piller et les éradicateurs qui en font une propagande politique" et qui "squattent les institutions du pays". "El-Ribat" met également en cause "tous les leaders des partis éradicateurs" qui, "après avoir été aussi pauvres que Job" se retrouvent, leur carrière politique faite, "à la tête de fortunes immenses en dinars et devises étrangères", d'"appartements de standing dans les quartiers chics de Paris, roulant en Mercedès ou en Opel blindée". Le builletin islamiste cite, sans le nommer explicitement, "un homme politique connu" proche du président Bouteflika, de Larbi Belkheir, Tewfik Médiène et Mohammed Touati et qui aurait "acheté deux véhicules blindés en Suisse, de marque Opel, pour la somme de 120'000 dollars". En contrechamp, "El Ribat" écrit que "l'Algérie poursuit le processus de décadence entamé au milieu des années 80 sous les attaques combinées de la dette extérieure et de la baisse du prix du brut" et continue d'emprunter "le chemin du déclin, de l'injustice et de la marginalisation", avec une situation sécuritaire qui "demeure inquiétante", la reconnaissance que 12 millions d'Algériens (un Algérien sur trois) vivant avec au maximum un dollar de revenu par jour et "le chômage, la précarité, le travail des mineurs d'âge, la prostitution et la drogue qui étaient il y a dix ans des fléaux marginaux (et qui) sont devenus par la volonté des décideurs le lot quotidien de millions d'Algériens".

(Libre Algérie 5.6) Désigné le 1er juin par Hocine Aït Ahmed comme Premier secrétaire du FFS, Ali Kerboua, porte-parole du 2ème congrès du parti. a suivi des études en science politique, puis en gestion et en droit maritime. Il a été directeur de l'Institut supérieur maritime de Bou Ismaïl. Militant du FFS depuis une dizaine d'années, il avait été élu au premier tour des élections avortées de 1991, comme député de Bouira. En 1997, dans la même wilaya, il a à nouveau été élu à la députation. En 1997, il a été membre de la direction de campagne de Hocine Aït Ahmed lors de la campagne électorale (avortée elle aussi) des présidentielles, a été ensuite Secrétaire national du parti pour les élus, puis chef du groupe parlementaiore. Il 47 ans, est marié et a trois enfants.

(El Watan 7.6, L'Authentique 8.6, CSSI) Dans une visite effectuée à Aïn Temouchent et à Oran, Abdelaziz Bouteflika s'en est notamment pris, sans le nommer, à Hocine Aït Ahmed et au FFS, mais aussi, explicitement, aux enseignants et aux travailleurs en les accusant de se vouloir des "supercitoyens", et à la presse privée, accusée d'être "la source de tous les malheurs de l'Algérie", et à laquelle à peu près au même moment le chef du RCD, désormais parti gouvernemental, adressait dans une "lettre ouverte" une leçon de "déontologie" ressemblant fort à une consigne d'alignement. "L'Authentique" dénonce "le caractère agressif et parfois même méprisant des discours du président à l'égard du peuple et de la presse privée".

(Pour 6.6) Selon le quotidien d'extrême-droite américain "Sahington Times", lié à la secte Moon, l'Algérie serait en mesure de fabriquer du plutonium enrichi et de se doter de l'arme nucléaire, avec l'aide des Chinois, et en utilisant les sites d'expérimentation dont la France s'était dotée dans le Sahara. Le quotidien espagnol "El Païs", un peu plus sérieux que le ^"Washington Times", avait également évoqué en août 1998, la possibilité que l'Algérie puisse se doter de l'arme nucléaire.

(Libération 9.6) A la veille de l'arrivée du président Bouteflika en France, le général Khaled Nezzar a a accordé une interview au quotidien et à la chaîne de télévision "Libération" et LCI, interview dans laquelle l'ancien homme fort de l'Algérie, et toujours membre du cercle des décideurs, exprime à nouveau son hostilité au président Bouteflika et à sa politique. Le général Nezzar, qui "assume" ses "responsabilités" prises en 1992 lors de l'arrêt du processus électoral, et accepte d'être "jugé pour avoir arrêté le processus électoral qui nous aurait menés à la catastrophe", dément que l'armée détienne les rênes du pouvoir en Algérie : "c'est tout à fait faux", mais on a "recours" à elle "car le socle de la République n'a pas été construit". "L'armée n'aspire qu'à faire son métier. Il faut que les politiques fassent le leur", lance le général, qui ne voit "pas de résultat concret sur le terrain", notamment sécuritaire, "alors que ça fait plus d'un an déjà" que Bouteflika est président et "qu'il reste moins de quatre ans de mandat présidentiel". Khaled Nezzar demande "un signal fort qui redonnerait confiance aux Algériens", sans trop préciser ce qu'il entend par là, mais en précisant qu'il ne s'exprime pas "au nom de l'armée" mais en tant que citoyen. "On ne voit rien venir", poursuit le général, qui considère que si "on a parlé beaucoup" et que "c'était une bonne chose de donner une autre image de l'Algérie à l'extérieur", "il faudrait penser (...) à régler le problème des Algériens".

(AFP 11.6) Un accord a finalement été arraché le 10 juin à Alger entre l'Erythrée et l'Ethiopie par l'OUA, et commençait apparemment à se traduire le 11 juin par une accalmie sur le terrain. Le médiateur algérien de l'OUA, le ministre de la Justice Ahmed Ouyahi, a estimé que le résultat des négociations d'Alger était "de nature à conduire à une désescalade définitive de la tension sur le terrain". Sur le front, les Erythréens affirment avoir repoussé le 10 juin une offensive éthiopienne dans la région d'Assab et fait refluer les forces éthiopiennes de la ville de Senafe.

(Jeune Indépendant, Le Monde 17.6) Le général Mohamed Attaïlia, considéré généralement comme un "poisson-pilote" du président Bouteflika, chargé de dire tout haut ce que le président penserait tout bas, invite à oeuvrer à une trêve générale en Algérie. S'attaquant à ceux qui critiquent le présidfent, notamment le général Khaled Nezzar, en rappelant que "les gens qui sont en train de parler furent un temps responsables (et) sont plutôt la cause de tout ce qui se passe (comme tragédies) en Algérie", le général Attaïlia confirme qu'il est partisan d'une amnistie générale, et rappelle que "le Président a maintes fois déclaré que les portes restent ouvertes" et "que la porte de la rahma (miséricorde) est toujours ouverts (aux groupes armés". Quant à Abdelaziz Bouteflika, il a qualifié le 15 juin, lors d'un débat organisé à Paris par la revue "Passages", de "faux problème" celui de ses relations avec l'armée -relations qu'il a qualifié d'"heureux mariage".

(Lundi 12.6) Le président Bouteflika effectuera avant la fin du mois une visite officielle en Tunisie, dans le cadre d'une tentative de relance de l'Union du Maghreb Arabe (UMA), qui regroupe le Maroc, la Mauritanie, l'Algérie, la Tunisie et la Libye, mais est "en panne" depuis 1995 malgré l'accors rhétorique unanime exprimé par tous les Etats membres sur sa nécessité. L'UMA est paralysée par le différent algéro-marocain sur le Sahara occidental, et par le reproche fait par la Libye aux autres Etats membres de s'être conformés à l'embargo décrété contre la Libye en 1992 après l'attentat de Lockerbie.


Hocine Aït Ahmed (El Moudjahid, Nouvelle République, FFS 18.6) Dans son discours devant les membres de la communauté algérienne de France réunis à Paris le 17 juin, le président Bouteflika a fait un tableau optimiste de l'évolution de la situation sécuritaire en Algérie, parlant d'un "retour de la paix dans nos villes et nos campagnes, malgré les quelques actes de violence qui continuent de se produire de temps et temps, et qui sont la manifestation d'un terrorisme en voie d'extinction". Le président algérien a ensuite dénoncé, les "acharnements nuisibles" et les "sollicitudes fielleuses" qui se manifestent à l'égard de l'Algérie, dans le pays lui-même ou à l'extérieur, et affirmé que "rien, ni la politique, ni l'idéologie, ni l'ambition, quelle que soit la sincérité des hommes, ne saurait justifier que l'on porte atteinte à l'image de l'Algérie, l'honneur de son drapeau et la dignité des ses hommes". Le président Bouteflika s'en est également pris, mais sans le nommer, au président du FFS, Hocine Aït Ahmed, que son "passé glorieux" n'autorise pas, selon Abdelaziz Bouteflika, à "consacrer le restant de ses jours à détruite l'image de marque du peuple algérien". Abdelaziz Bouteflika reconnaît certes aux Algériens le droit de "ne pas être d'accord" avec lui, mais leur demande d'exprimer ce désaccord en "famille". Le FFS a répondu aux attaques de Bouteflika par la déclaration suivante :
DECLARATION DU FRONT DES FORCES SOCIALISTES

Depuis sa visite à Aïn Témouchent, Bouteflika ne cesse de s'en prendre de manière violente au président du FFS, Hocine Aït Ahmed. Il vient de récidiver lors d'une rencontre avec notre communauté immigrée en portant des accusations tout autant graves que ridicules.

Hocine Aït Ahmed n'a jamais été un rentier de son passé ; sa conviction profonde est que la lutte de Libération nationale n'a été possible que grâce à la grandiose automobilisation des Algériennes et des Algériens. Il considère qu'il n'a fait que son devoir, et uniquement son devoir, contrairement à ceux qui ont fait de la révolution un fonds de commerce jusqu'à en pervertir le sens. Quant à l'habitude des clans qui se sont imposés par la force, de monopoliser l'histoire de notre pays, en la manipulant, elle est tout simplement pathétique. Elle est aussi, particulièrement, malvenue de la part de ceux qui ont privatisé la légitimité historique pour mieux privatiser l'Etat et les richesses du pays. Après avoir confisqué le passé et le présent, ils s'acharnent à hypothéquer l'avenir. Pendant que le peuple algérien endurait les pires souffrances, certains se glorifiaient, en se croisant les bras, de « vingt ans de traversée du désert ». Est-il besoin de rappeler que seuls les Algériens sont autorisés à juger d'une histoire qu'ils connaissent trop bien pour l'avoir écrite avec leur sang ?

En fait, la virulence des propos de Bouteflika, porté par la fraude à la tête de l'« Etat », dissimule mal l'impuissance politique à engager le pays dans la voie d'une paix réelle et d'une réconciliation véritable, indissociables d'un retour à la transition démocratique. Ce n'est pas, en tout cas, la politique-spectacle à laquelle se livre Bouteflika qui servira les intérêts du peuple algérien. C'est par la restitution aux Algériens de leur droit à l'autodétermination et le respect des droits de l'Homme que l'Etat sera réhabilité et que notre pays accédera à la respectabilité internationale.

Congrès du FFS, 24-26 mai 2000, Tipaza



Lounès Matoub (L'Authentique 15.6) La Fondation Matoub Lounès organise le 25 juin à Alger, de la place du 1er mai à la présidence de la République, une manifestation pour exiger la vérité sur l'assassinat du "Rebelle" et dire "non à l'impunité et à la justice partiale, oui à la vérité".

(Jeune Indépendant 18.6) La Fondation Matoub Lounès a lancé le 17 juin un appel à toutes les associations, partis politiques, démocrates et citoyens, afin qu'elles se mobilisent le 25 juin, d'une part pour exiger la reconnaissance de tamazight comme langue nationale et officielle, d'autre part pour l'ouverture d'une enquête sur l'assassinat du chanteur. Le 25 juin, la Fondation appelle à une grève générale en Kabylie et à une marche à Alger, de la place du 1er mai à la Présidence. La demande d'autorisation de la marche a été déposée à la wilaya d'Alger, mais n'a pas reçu de réponse, la Fondation appelant à la marche quelle que soit l'attitude des autorités.

(Liberté 19.6) Le colloque organisé à Genève les 21 et 22 juin sur les "dimensions réelles de la crise algérienne" par les Editions Hoggar est par avance considéré par plusieurs quotidiens algériens, notamment "Liberté" et "Le Matin", comme une tentative pour "sauver le contrat de Rome" (Liberté) ou un "Sant'Egidio bis" (Le Matin). Plusieurs responsables politiques algériens participent à ce colloque : Ahmed Taleb Ibrahimi (Wafa), Abdelhamid Mehri (ex-secrétaire général du FLN), Abdelhamid Brahimi (ancien Premier ministre), Louisa Hanoune (Parti des Travailleurs), ainci que le président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme, Ali Yahia Abdennour, le général Benyellès et des spécialistes et universitaires algériens et étrangers. Invité, Hocine Aït Ahmed a décliné l'invitation. Le FFS pourrait être représenté au colloque par Mustapha Bouhadef.

(Liberté 19.6) L'exécutif du parti Wafa, d'Ahmed Taleb Ibrahimi, a décidé le 16 juin d'"intensifier" les actions du parti "sur le terrain", et a dénoncé "la persistance du pouvoir à violer la Constitution et les lois de la République" en ne donnant pas officiellement son agrément au parti -lequel se considère néanmoins comme légalisé "de fait".


(AP 18.6) Au terme d'une longue négociation tenue à Alger, sous la médiation algérienne, , et après 25 mois de guerre, l'Ethiopie et l'Erythrée ont signé le 18 juin à Alger un accord de cessation des hostilités, sous les auspices de l'OUA (présidée actuellement par l'Algérie). L'Ethiopie avait accepté le 14 juin le texte de l'accord, déjà accepté le 6 par l'Erythrée. L'accord en quinze points prévoit notamment le déploiement dans une "zone de sécurité" d'une mission de paix de l'ONU, sous l'égide de l'OUA. Il implique une cessasstion immédiate des hostilités entre les deux pays, qui doivent en outre garantir la liberté de mouvement de la mission de maintien de la paix, et la sécurité de ses membres. L'Ethiopie insiste cependant sur le terme de "cessation des hostilités" et non de "cessez-le-feu", et se réserve le droit de "répliquer" à toute "provocation" de l'Erythrée. La guerre entre les deux pays, parmi les plus pauvres de la planète, a fait des dizaines de milliers de morts, directement ou par la famine qu'elle a provoquée, et a poussé des centaines de milliers de personnes à l'exode.

(AP 17.6, Soir d'Algérie, Libération 19.6) Au cinquième et dernier jour de sa visite d'Etat en France, le président Bouteflika a rencontré le 17 juin une délégation du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), dont le président, Henri Hadjenberg, a affirmé qu'Abdelaziz Bouteflika était dans la "mouvance de volonté de paix" avec Israël. Le président algérien a affirmé à la délégation du CRIF que l'"époque où l'on voulait mettre les juifs à la mer" était finie. C'était la première fois qu'un président algérien entamait un dialogue avec la communauté juive de France, dont 200'000 (entre un quart et un tiers des membres de la communauté) sont originaires d'Algérie. "Nous sommes sur le chemin de la réconciliation avec l'Algérie", a déclaré Henri Hadjenberg. Réconciliation symbolisée notamment par l'accolade donnée à Paris par le président Bouteflika au chanteur Enrico Macias, né au sein de la communauté juive de Constantine. Des responsable du parti islamiste de Mahfoud Nahnah, le MSP, ont dénoncé dans la rencontre entre le président algérien et le CRIF une "trahison" de l'esprit de la coalition gouvernementale à laquelle le parti appartient. Abdelaziz Bouteflika ne s'est cependant déclaré favorable à l'établissement de relations officielles entre l'Algérie et Israël que lorsqu'un accord de paix définitif aura été conclu avec l'Autorité palestinienne d'une part, la Syrie d'autre part.

(AP 19.6) Dans un entretien accordé à l'hebdomadaire américain "Time", publié le 19 juin à la veille de son voyage officiel aux USA, le Roi du Maroc Mohammed VI qualifie le mouvement indépendantiste sahraoui de "création de l'Algérie", et considère que le président Bouteflika a hérité de ses prédécesseurs une "situation délicate" face à laquelle le devoir du Maroc était de "lui faciliter la tâche". "M6" déclare que ses contacts avec le président Bouteflika ont été jusque là "très positifs", et que le président algérien est uin homme "très agréable" doté d'un "grand sens de l'humour". "Si problème il y a" à propos du Sahara ex-espagnol, considère cependant le souverain marocain, "il est entre l'Algérie et le Maroc et non pas avec la soi-disant (République arabe sahraouie démocratique) proclamée par le Polisario avec l'appui de l'Algérie".

(Algeria Interface) "Algeria-Interface" annonce qu'un groupe de journalistes et d'intellectuels algérien se rendra à Jerusalem le 25 juin à l'invitation du ministère des Affaires étrangères israélien, après de premiers contacts établis à Wahington en 1999 entre des officiels israéliens, des représentants de la "société civile" algérienne et des diplomates de deux pays (qui n'ont pas de relations officielles).

(El Watan 21.6) "El Watan" annonce que le Conseil constitutionnel a contesté dans un avis la validité de quatorze articles du nouveau réglement intérieur de l'Assemblée nationale, dont la disposition (art. 61, devenu article 52) interdisant aux députés "dissidents" d'un groupe parlementaire de former leur propre groupe. Le nouveau réglement avait été adopté le 25 mars, et mis en application par le président de l'Assemblée, Abdelkader Bensalah, sans attendre le verdict du Conseil constitutionnel. S'agissant de l'interdiction faite aux députés dissidents de former leur propre groupe, le Conseil constitutionnel estime que le réglement ne peut poser des conditions particulières aux élus sur la base d'une appartenance politique initiale, mais rendue caduque par leur dissidence. Le Conseil conteste également la possibilité pour l'Assemblée de mettre en place des commissions spéciales, alors que la constitution ne prévoit que des constitutions permanentes. Cela étant, les dispositions que le Conseil constitutionnel a jugées contestables n'ont pas, ou pas encore, formellement été annulées par lui.

(El Watan 21.6) L'Ambassadeur des Etats Unis à Alger, Cameron Hume, dresse un constat très prudent de l'évolution de la situation algérienne, estimant notamment que "l'émergence de la démocratie et de l'Etat de droit prendra du temps" en Algérie, où les partis sont faibles, où le parlement ne joue pas son rôle "l'armée restera la colonne vertébrale de l'Etat", mais en étant plus professionnelle, et avec un changement de génération en son sein, les officiers issue de la guerre d'indépendance laissant leur place à ceux "qui ont bâti leur carrière dans l'armée après l'indépendance". L'ambassadeur constate que le secteur des télécommunications est l'un des plus mauvais du monde arabe et qu'une "bureaucratie figée" n'a pas encore compris que l'Algérie était "en train de vivre dans un monde nouveau", où elle ne peut "résoudre ses problèmes à elle seule".

(Algeria-Interface) "Algeria-Interface" annonce que l'armée algérienne envisage de réorganiser son état-major général, actuellement dirigé par le général Mohamed Lamari, en l'"éclatant" en trois états-majors distincts (terre, air, mer) au sein d'un Secrétariat d'Etat. Par ailleurs, la même source annonce que six militaires algériens, dont deux officiers et plusieurs parachutistes, ont été tués et une dizaine blessés accidentellement le 10 mai lors de manoeuvres aériennes baptisées "Majd 2000", qui se sont déroulées en présence d'Abdelaziz Bouteflika dans la région de Djelfa.


Ali Benhadj (Liberté 21.6 Authentique 22.6, CC-FIS 22.6) Dans la seconde lettre qu'il a adressée, le 31 juillet 1999, au président Bouteflika, lettre tardivement rendue publique par la presse et par le FIS, alors que la première avait été rendue publique par les autorités algériennes elles-mêmes, le vice-président du FIS, Ali Benhadj, rend les "minoritaires" (occidentalisés) responsables de la "confiscation de la légitimité populaire" et de la répression qui s'en est suivie, et dénonce les "manipulateurs de l'ombre" ayant pris un pouvoir exorbitant et les "opportunistes" applaudissant à tous les régimes en place pour les insulter lorsqu'ils sont tombés. Ali Benhadj, tout en créditant Abdelaziz Bouteflika de la qualité d'homme de dialogue, le met en garde contre les "conseillers pervers" et les services de renseignement, et affirme au président Bouteflika que le système politique algérien, comme tout autre, "ne peut réussir que s'il s'affranchit de la tutelle des services occultes et pervers" considère que la démarche de la concorde civile est "partielle" et n'aura "aucune chance de porter des fruits à moyen et long terme, car l'origine du désastre est politique" -et sa solution, par conséquent, réside en "une solution politique équitable pour tous". étant clairement posé qu'il est "hors de question que soit oublié le résultat des urnes livré en 1991" (la victoire électorale du FIS). Ali Benhadj rend d'ailleurs hommage aux "démocrates qui ont condamné l'arrêt du processus électoral, même s'ils s'opposaient au Front Islamique du Salut dans ses idées et son projet", le FIS lui-même s'opposant à "certaines de leurs thèses, mais c'est celà, le pluralisme".

Par ailleurs, selon le Conseil de coordination du FIS, qui l'annonce dans un communiqué le 20 juin, le frère d'Ali Benhadj, Abdelhamid, a été arrêté le 18 juin à son domicile à Alger.

(La Tribune 22.6, El Watan, Le Matin 24.6, Liberté, Quotidien d'Oran 25.6) Les rumeurs et spéculations sur un remaniement gouvernemental, voire un changement de l'équipe gouvernemental avec nouveau Premier ministre à la clef, agitent à nouveau Alger. "Liberté" rappelle que le gouvernement actuel, celui de Benbitour, "est le résultat d'un compromis entre les clans au pouvoir, obtenu après neuf mois de tergiversations", aboutissant à un "patchwork issu de la confluence de trois sources : le carré des politiques, ministres proposés par les partis (...); le carré des hommes du Président; le carré d'un clan du pouvoir proche du chef de l'Etat", et qu'au terme de ce processus, "la compétence n'est pas toujours au rendez-vous", ni la "confiance", le président Bouteflika lui-même s'en reportant pour les grands dossier à ses anciens conseillers Temmar, Benachenhou, Zerhouni et Khelil et qualifiant devant la presse française ce gouvernement de (seulement) "le moins mauvais dans le contexte actuel". Du coup, l'hypothèse d'un plus ou moins profond remaniement ministériel est évoquée. "Liberté" évoque la possibilité d'un retour de l'ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, actuel ministre de la Justice. Le "Quotidien d'Oran" évoque, en sus de l'"hypothèse Ouyahia", une "hypothèse Sadi" au terme d'une "alliance entre nationalistes-conservateurs (RND mais aussi FLN) et modernistes-républicains (RCD". Le quotidien évoque notamment un "moment remarquable d'échanges de civilités entre la députée Khalida Messaoudi et le ministre (...) Ouyahia", tranchant "singulièrement avec la virulence du propos de certains députés du RCD du temps où Ouyahia présidait le gouvernement" et où le RCD était dans l'opposition. Saïd Sadi "suggère un changement du gouvernement et, discrètement, fait glisser sa candidature", écrit "Le Matin", qui cependant rapporte ce commentaire d'un proche d'Ahmed Ouyahia : "tout plaide pour un changement, mais il n'y aura pas de changement".

(Le Matin 24.6) Le MSP (ex-Hamas) de Mahfoud Nahnah a créé sa propre commission de réforme du système éducatif, au terme d'un colloque tenu le 22 juin, parallèlement à celle installée par le gouvernement (dont le MSP est membre). Mahfoud Nahnah a accusé la commission officielle d'être issue "de partis limités culturelle et géographiquement" (par allusion notamment au RCD), et l'un des responsable du MSP, Abderezak Mokri, a considéré qu'on ne pouvait pas "noyer 30 millions d'Algériens dans une commission désignée". L'ancien président du parlement, Abdelaziz Belkhadem, a accusé une "minorité de déracinés" de pratiquer un "mercenariat intellectuel" aux ordres de l'"Occident (qui) tente de coloniser les esprits".


Louisa Hanoune (Authentique, Le Matin, Hoggar 22.6) Le Parti des Travailleurs a fait état dans un communiqué de menaces répétées contre sa porte-parole, Louisa Hanoune, en relation directe avec le colloque sur "les dimensions réelles de la crise algérienne", organisé à Genève par les éditions Hoggar (proches du CC-FIS d'Ahmed Zaoui), les 21 et 22 juin, colloque auquel Louisa Hanoune a participé, aux côtés notamment d'Ali Yahia Abdennour, du porte-parole du Comité de coordination du FIS, Mourad Dhina, de Mohammed Harbi, d'Abdelhamid Brahimi et de Rachid Mesli. Plusieurs personnalités ou représentants de forces politiques algériennes, dont le FFS, invités au colloque, ont décliné l'invitation. Le Premier secrétaire du FFS s'est interrogé sur les objectifs du colloque genevois, et a déclaré que son parti n'entendait pas aider à "remettre qui que ce soit en selle". Egalement invités, l'ancien secrétaire général du FLN, Mehri, le président de Wafa, Ahmed Taleb Ibrahimi, et le général à la retraite Benyellès, auraient eux aussi décliné l'invitation.

(El Watan 24.6, 25.6, Le Matin 25.6, Hoggar) La seconde journée du colloque organisé à Genève par les Editions Hoggar et le Center for Maghreb studies de Londres, sur "les dimensions réelles de la crise algérienne", s'est terminée, le 22 juin, par l'adoption, par certains intervenants au colloque, mais pas tous (Louisa Hanoune, notamment) d'une "déclaration de Genève" (texte ci-dessous). Ali Yahia Abdennour, président de la Ligue algérien de défense des droits de l'homme, a rappelé que 50 à 1000 Algériens mouraient encore chaque semaine de la violence politique, et a appelé à la création d'une commission internationale d'ONG pour délimiter les responsabilités des tueries. Le porte-parole du CC-FIS d'Ahmed Zaoui, Mourad Dhina, a déclaré que le FIS était prêt à assumer les conclusions d'une telle commission. Par contre, Louisa Hanoune, a exprimé son refus "qu'un quelconque tribunal international vieiie juger les Algériens", et son adhésion exclusive à une "solution algéro-algérienne" à la crise. "Je refuse la solidarité internationale et les droits de l'homme comme prétextes d'imposer la dislocation de l'Algérie comme nation". Dans une interview accordée au quotidien "Le Matin" de Lausanne, Louisa Hanoune a estimé que l'arrivée de Bouteflika à la présidence avait apporté des changements positifs ("Maintenant, nous pouvons parler de paix sans recevoir des menaces et des insultes" et "Bouteflika est le premier président à avoir reconnu la plate-forme de Rome. Il a même déclaré que c'était le seul acte courageux accompli depuis la guerre"), mais que "certains gros dossiers, comme la reconnaissance de tamazigh" ou l'amendement du Code de la Famille "n'ont pas avancé". Par ailleurs, estime Louisa Hanoune, "la confusion reste grande et dangereuse. La violence se mélange avec des actes de banditisme. Des réseaux mafieux se sont constitués".

Déclaration de Genève

L'Algérie continue d'être le théâtre d'une violence qui dure depuis près de dix ans sans qu'aucun espoir ne soit en vue pour y mettre fin. Ladite concorde civile, décidée dans le secret, a échoué au vu du nombre de morts que rapporte la presse quotidienne. Cet échec était prévisible dans la mesure ou été ignoré le caractère politique du conflit dont le bilan ne cesse de s'alourdir en termes du nombre de victimes, de veuves, d'orphelins... nourrissant les désirs de vengeance faisant de la violence un instrument et une fin en soi. Il est impératif de sortir de cette situation qui hypothèque l'avenir de plusieurs générations et qui risque de durer plusieurs années encore, confortant une dynamique d'exclusion sociale et produisant une paupérisation explosive et alarmante. Cette situation qui dure depuis près d'une décennie, a non seulement provoqué une grave détérioration de l'économie mais elle est en train de faire rater à l'Algérie des échéances nationales et internationales décisives. Si elle perdure, elle risque de déboucher sur une perte irréversible de l'autonomie de décision dans tous les secteurs par rapport à l'extérieur.

Nous, universitaires, militants de droits de l'homme et personnalités politiques de divers horizons, réunis Genève les 21 et 22 juin 2000 a l'occasion du colloque << Les dimensions réelles de la crise algérienne >>, attirons l'attention sur la nécessaire prise de conscience chez chaque Algérien, lui demandant de puiser dans ses ressources patriotiques pour contribuer, de quelque manière que ce soit, à la fin de la crise violente et de mobiliser toutes les énergies pour lui trouver une solution juste et durable.

Nous appelons à l'abandon de l'unanimisme, du pluralisme de façade et de la diabolisation mutuelle de l'adversaire et de leur corollaire, la gestion clientéliste et policière du champ politique. Rétablir le dialogue entre Algériens et construire une véritable réconciliation nationale, dans la transparence, respectueuse des opinions politiques et idéologiques des uns et des autres, passe par le devoir de mémoire, de vérité et de justice. A cet effet, les institutions de l'Etat doivent être le seul vecteur de l'autorité publique incarnée par un pouvoir civil issu d'élections fiables, crédibles et internationalement reconnues, étant entendu que la souveraineté populaire est la seule source de légitimité. Depuis longtemps vidé de son contenu politico-juridique, l'Etat est aujourd'hui soumis à l'emprise de la hiérarchie militaire qui monopolise les leviers de l'autorité, ce qui empêche l'Algérie d'être un Etat de droit et ce qui entrave la transition démocratique. Le niveau d'affrontements, très élevé dans la société, est la conséquence de la privatisation des institutions et de leur détournement par rapport à leurs objectifs proclamés. Ce niveau d'affrontement traduit une revendication d'Etat de droit qui n'a pas été satisfaite après quatre décennies d'indépendance. La régulation institutionnelle des conflits exige de renoncer à la violence car l'existence d'une société viable se juge à l'aune du respect de la vie humaine et de la dignité de la personne qui doivent être au-dessus de tout projet ou ambition de pouvoir. La sortie de crise est encore possible pour peu qu'un consensus entre toutes les sensibilités politiques sans exclusion aucune se dessine autour de quatre grands principes non négociables : respect de l'alternance électorale, liberté de la presse, autonomie de la justice, égalité juridique effective des citoyens sans discrimination aucune.

Genève, le 22 juin 2000

Les signataires :
Lahouari Addi, Abdenour Ali-Yahia, Abbas Aroua, Abdelhamid Brahimi, El Hadi Chalabi, Mourad Dhina, Mohamed Harbi, Rachid Mesli, Ahmed Rouadjia, Fatiha Talahite, Hocine Zehouane.

(Hoggar 25.6) Les éditions genevoises "Hoggar", co-organisatrices du colloque de Genève sur les "dimensions réelles de la crise algériennes" les 21 et 22 juin, dénoncent dans un communiqué la "campagne aussi hystérique qu'insidieuse" menée par "plusieurs journaux algériens" (nommément cités : Le Soir, Liberté, Le Quotidien d'Oran, Al-Khabar et Le Matin ) en vue de "faire échouer ce colloque en intimidant les participants et les invités", avec l"l'intention délibérée" de nuire à Hoggar "en l'associant au GIA", en lui "imputant une relation partisane avec le FIS" et en exposant le colloque "au mépris public". Le directeur de Hoggar, Abbas Aroua, dément catégoriquement avoir été membre du FIS, et par conséquent de son conseil consultatif (Madjless Echourra). Les éditions démentent "catégoriquement l'existence de tout lien organique" entre elles et "quelque ONG ou formation politique que ce soit".



(Liberté 25.6, 26.6) Deux après l'assassinat de Matoub Lounès, le Mouvement culturel bernère et la Fondation Matoub ont rendu hommage au chanteur et réitéré la revendication de la reconnaissance de tamazight comme langue nationale, le 25 juin. Un rassemblement de recueillement a été organisé sur les lieux même de l'attentat, à Tala Bounana, le 25 juin par le MCB.A Tizi Ouzou, les commerces ont spontanément fermé leurs portes en signe de deuil, et de nombreux travailleurs des administrations et des entreprises publiques se sont abstenus de gagner leurs postes de travail. Un millier de manifestants ont tenté de défiler dans la ville. Plusieurs dizaines de manifestants (une quarantaine selon "Liberté" ont été interpellés et gardés au commissariat central pendant plusieurs heures. La Fondation Matoub a en outre manifesté à Alger, avec le soutien du FFS, pour exiger la vérité sur l'assassinat du chanteur. tenant un rassemblement faute d'autorisation pour la marche prévue vers la présidence de la République. Des heurts sporadiques se sont produits, avec un fort dispositif des forces de polices. Selon "Liberté", des manifestants ont été "tabassés, d'autres blessés". D'autres marches de protestation sont convoquées par la Fondation le 28 juin à Alger, Tizi Ouzou, Bouira et Boumerdès.

(Libération 26.6, Liberté 28.6, Le Matin 26.6, El Watan 26.6, 29.6) Le 25 juin, un millier de manifestants se sont rassemblés malgré un impressionnant dispositif policier le 25 juin à Alger, à l'appel de la fondation Matoub Lounès, et avec le soutien du FFS (représenté par plusieurs députés), du Comité national contre l'oubli et la trahison (CNOT) et du Comité pour la vérité et la justice (CCVJ), pour commémorer l'assassinat de Lounès Matoub et réclamer la vérité sur cet assassinat. Des échauffourées ont éclaté entre manifestants et forces de police, qui ont fait usage de leurs matraques (et ont blessé la députée FFS Dalila Taleb, puis la mère de Matoub Lounès, Na Na Aldjia). De nombreuses femmes, notamment des mères de "disparus", ont été violemment bousculées. Des manifestants ont été empêchés par des barrages de police de rejoindre les lieux de la manifestation. Malika Matoub a dénoncé "les Seigneurs de la guerre (...), les GIA et les escadrons de la mort du Club des Pins". A Tizi Ouzou, où une journée de grève a été massivement suivie, une centaine de personnes ont été interpellées au cours de brefs incidents près de la gare. Une manifestation de recueillement, sans heurts, a réuni plusieurs milliers de personnes à Taourirt Moussa, le village de Lounès. A Paris, environ 2000 personnes se sont également rassemblées en mémoire de Lounès. Un millier de personnes ont à nouveau manifesté, mais dans le calme, à Tizi Ouzou le 28 juin, malgré l'interdiction de la manifestation (faute, selon la wilaya, de demande d'autorisation) et l'absence de soutien du MBC dit"unifié" (proche du RCD). Le préfet a reçu une délégation des manifestants, conduite par la mère de Matoub Lounès, qui a affirmé savoir qui a tué son fils. Dans un entretien publié à Paris par "Libération", la veuve de Matoub Lounès, Nadia, exprime ses doutes sur l'enquête officielle sur l'assassinat de son mari le 25 juin 1988, et la peur permanente dans laquelle elle vit en France, où elle s'est réfugiés. Nadia Matoub raconte que sur le procès-verbal de son premier interrogatoire avait ajouté une phrase qu'elle n'avait pas prononcé ("j'attribue l'attentat au GIA"), qu'ensuite, alors qu'elle voulait "donner une conférence de presse pour que le peuple kabyle sache ce qui s'est passé (...) des membres du RCD tournaient (en) permanence autour (d'elle)" faisant pression sur elle pour qu'elle accuse le GIA, et qu'aujourd'hui, elle ne peut pas "dire qui a tué Lounès, mais (qu') il est clair qu'il y a des commanditaires". Un homme (un "patriote") qui avait tenté d'aider sa soeur à identifier les assassins est mort mystérieusement, et sa maison a été fouillés. A Paris, Nadia reçoit "beaucoup d'intimidations, des menaces de mort" et le livre qu'elle a publié en France sur Lounès Matoub ("Pour l'amour d'un rebelle", Laffont, Paris, 2000) est bloqué à la distribution en Algérie.

(AP 26.6, El Watan 28.6) Le ministre de la Culture et de la communication, Abdelmadjid Tebboune, a quitté ses fonctions pour devenir ministre délégué aux Collectivités locales, a annoncé le 26 juin la présidence de la République. L'interim au ministère de la Culture sera assuré par son secrétaire général. "El Watan" rappelle que les deux prédécesseurs de M. Tebboune à la Communications ont eux aussi été "débarqués de leur poste de façon cavalière", l'un (Abdelaziz Rahabi) en plein Conseil des ministres, l'autre (Salaouandji) l'apprenant par une dépêche d'agence.

(AP 27.6) Le président Bouteflika entame le 28 juin une visite officielle de trois jours en Tunisie, sous le signe de la relance de l'"Union du Maghreb Arabe" (UMA), fortement perturbé par la question du Sahara occidental, mais considéré comme un "objectif stratégique" par la Tunisie, le Maroc et l'Algérie (l'UMA comprenant également la Mauritanie et la Libye).

(AFP, AP 29.6, 30.6) Le président Bouteflika a achevé le 30 juin sa visite de trois jours en Tunisie, consacrée essentiellement au renforcement de la coopération bilatérale algéro-tunisienne et à la relance de l'Union du Maghreb Arabe, objectifs affirmés également par le président tunisien Ben Ali. Dans un communiqué commun publié le 30 juin, les présidences algérienne et tunisienne affirment leur volonté d'établir "un partenariat actif et équilibré" entre les deux pays, et leur "profonde satisfaction" devant l'"excellent niveau" de leurs relations bilatérales, qui "constituent un exemple de bon voisinage et de respect mutuel", selon le président Bouteflika, qui s'exprimait le même jour devant le Parlement tunisien. Les deux présidents suggèrent en outre à l'Union européenne l'instauration d'un "partenariat effectif et équilibré (...) dans le respect de la souveraineté des Etats. Le président algérien a par ailleurs assuré qu'à la différence d'"autres pays frères", qu'il s'est abstenu de citer, l'Algérie n'avait été atteinte "par aucun mal venant de (sa) frontière avec la Tunisie et la Libye"

(APS 30.6) Les ministres de l'Intérieur des pays de la Méditerranée occidentale, réunis à Lisbonne, dont l'Algérien Yazid Zerhouni et le Français Jean-Pierre Chevènement (qui se sont entretenus en marge de la conférence), ont "réitéré vigoureusement" dans une déclaration adoptée à l'issue de leurs travaux le 30 juin, leur engagement à combattre le terrorisme dans toutes ses manifestations, et à en démanteler les réseaux. Les ministres ont souligné la nécessité de prendre des mesures "appropriées" contre les activités "situées en amont" de la violence terroriste (financement, soutien logistique, connexions avec le crime organisation, utilisation des nouvelles technologies d'information). S'agissant de l'émigration/immigration, les ministres ont réaffirmé leur détermination à lutter contre l'immigration irrégulière et les filières criminelles qui s'y livrent, mais ont également affirmé que les mesures de lutte dans ce domaine "ne doivent pas constituer une entrave à la circulation régulière des personnes". Ils ont aussi souligné leur détermination à combattre le racisme, la xénophobie et toutes les formes de discrimination.

(Le Matin 1.7) Le Premier ministre Ahmed Benbitour a démenti, lors d'une rencontre avec la presse le 29 juin, avoir jamais présenté, "ni une fois, ni deux fois" sa démission au président Bouteflika, contrairement à ce que laissaient entendre des informations parues dans plusieurs journaux. Ahmed Benmbitour a également affirmé sa prééminence sur les ministres, en tant que Chef du gouvernement, notamment sur le ministre Hamid Temmar, en charge des privatisations, domaine à propos duquel il a déclaré que le décision revenait au responsable du Conseil national des participations de l'Etat, c'est-à-dire au Premier ministre lui-même.

(La Tribune 1.7, Liberté 2.7, 3.7, El Watan 3.7) Le Conseil national du FFS, issu du dernier congrès du parti, a tenu sa première réunion les 30 juin et 1er juillet, et a constitué le nouveau Secrétariat national du parti, sous la direction du Premier Secrétaire Ali Kerboua. Le sénateur Hamadache sera chargé des élus locaux, le sénateur Abid des finances, Ikhlef Bouacha de l'organisation, Hassiba Hamache des droits de l'Homme, Samir Bouakouir de la formation, Karim Bahlou de l'Information, Nacer Hamani du monde du travail, Ahmed Djeddaï des Affaires étrangères. Huit commissions permanentes, dont les membres sont élus à bulletin secrets, seront installées, dont une commission de médiation et de gestion des conflits, qui remplacera l'ancienne "commission de discipline".. Le FFS réitère sa revendication de constitution d'une "alternative démocratique" au régime actuel, et sa condamnation de la campagne lancée par le président Bouteflika et les "islamo-conservateurs" contre les journalistes et universitaires algériens s'étant rendus en voyage en Israël : "Les journalistes, à l'image du reste de la société, payent les luttes de clans entre décideurs", relève le Premier secrétaire du parti, Ali Kerboua. Samir Bouakouir, Secrétaire national, ajoute que "ceux qui ont cru déceler des vertus modernistes chez Bouteflika sont aujourd'hui édifiés quant au caractère moyenâhgeux de son pouvoir". Interrogé sur l'action du gouvernement Benbitour, six mois après son installation, Ali Kerboua a simplement répondu : "on n'évalue pas le néant. Le gouvernement est en panne. Il est paralysé par les luttes féroces au niveau de certaines sphères décisionnelles", lutte portant sur le partage de la rente, c'est-à-dire sur "qui prendra quoi ?". Le Premier secrétaire du FFS ajoute que l'on ne sait pas "qui est le chef de l'Exécutif" et s'il a "les pouvoirs nécessaires pour mener sa politique".

(El Watan 3.7) 153 membres, militants et responsables locaux de la fédération de Tamanrasset du FFS auraient présenté à la direction du parti, fin jun, leur démission collective, annoncent plusieurs journaux, dont "El Watan", qui rapproche ces démissions de l'épisode des huit députés radiés du FFS il y a quelques mois, et dont les démissionnaires seraient partisans. Lors de la conférence de presse de la direction du parti, suivant le Conseil national des 30 juin et 1er juillet, le Premier secrétaire du FFS, Ali Kerboua, a considérablement minimisé l'ampleur de ces démissions, qui se résumeraient en fait à des "départs individuels" comme il en "existe dans tous les partis", et qui ne constituent "nullement un problème pour le FFS".

(Liberté 2.7) Le Comité central du FLN a tenu une session les 30 juin et 1er juillet, procédant à la désignation d'un nouveau bureau politique, et mettant à l'écart plusieurs anciens acteurs du "coup d'Etat scientifique" fomenté par Boualem Benhamouda contre l'ancien Secrétaire général du partu, Abdelhamid Mehri, coupable d'avoir adhéré au "Contrat national" signé à Rome avec, notamment, le FFS et le FIS.

(Algeria Interface) Un haut fonctionnaire algérien, Ali Mebroukine, a été arrêté à Alger et détenu au secret fin mai après un séjour à Paris, annonce "Algeria Interface". Chargé de mission auprès du président Zéroual de 1994 à 1996, Ali Mebroukine a fait partie de l'équipe électorale d'Abdelaziz Bouteflika en 1999. Ses proches n'ont été informé de son lieu de détention, la prison militaire de Blida, qu'à la mi-juin, et ne connaissent pas les motifs de son arrestation. L'épouse d'Ali Mebroukine, employée à la présidence de la République, a également été interpellée, emmenée et interrogée, avant d'être relâchée. Ali Mebroukine a fondé en janvier 2000 la Société algérienne d'études internationales.

(Le Jeune Indépendant 3.7) Dans un entretien avec "Le Jeune Indépendant", le président Bouteflika déclare qu'après la dissolution de l'AIS, la loi de la concorde civile et la "grâce amnistiante", la dynamique engagée "ne s'inscrit pas dans une logique belliqueuse (et) ne se pose pas en termes de vainqueurs et de vaincus", et, s'agissant d'ventuelles nouvelles reditions, hors des délais légaux, "la loi n'est pas une fin en soi", que "c'est la paix qui importe" et qu'"il ne faut négliger aucun moyen pour la construire", ce qui sous-entend assez clairement la possibilité d'un élargissement de la clémence officielle à l'égard des groupes armés n'ayant pas encore déposé les armes. S'agissant de l'état d'urgence, le président déclare qu'il "sera levé lorsque les conditions s'y prêteront", mais que tel n'est pas "encore le cas". S'agissant de la proscription légaler du FIS, le président semble ne pas voir la nécessité de la lever, puisqu'il déclare que "pour ce qui est des mouvances et des courants d'opinion, l'Algérie dans toute sa diversité", islamistes compris, donc, "se trouve représentée dans toutes les institutions de la République, depuis les collectivités locales jusqu'au gouvernement en passant naturellement par le Parlement". En ce qui concerne les institutions politiques, et la constitution, le président Bouteflika réitère son "attachement à un régime présidentiel" et son opposition à "l'idée de la désignation d'un vice-président", et annonce que ce sera "au peuple algérien, détenteur de la souveraîneté (...) qu'il appartiendra, le moment venu, de trancher", par référendum, sur tout projet touchant "au devenir du pays". S'agissant enfin de la privatisation (hypothétique) de la Sonatrach, le président Bouteflika ne l'exclut pas, si elle "devait concourir à la rendre plus performante et à lui assurer un plus grand essor", mais que cette privatisation devrait alors "s'opérer dans la transparence", et que l'Etat devra conserver la majorité du capital de l'entreprise.

(Le Matin 4.7) Les employés municipaux de la ville de Tizi Ouzou se sont mis en grève illimitée le 2 juillet, à l'appel de la section UGTA , après qu'une réunion organisée avec les autorités municipales et les représentants de l'Etat pour trouver des solutions aux problèmes posés par les syndicats, n'ait pas abouti. Ces problèmes concernent notamment les coopératives immobilières, l'abattoir communal et les allocations familiales des employés municipaux.

(El Watan 4.7) Une série de nouvelles promotions est intervenue au sein de l'armée, faisant six nouveaux généraux et deux nouveaux généraux-majors. L'ANP compte désormais un général de corps d'armée (le chef d'état-major, Mohammed Lamari), une quinzaine de généraux-majors (dont les deux nouveaux, Ahmed Bousteila, commandant de la gendarmerie, et Abdelaziz Medjahed, chef d'état-major des forces terrestres) et 46 généraux (dont les six nouveaux, en particulier Mohamed Benaziza, chef d'état-major de la gendarmerie, Mohand Yâla, chef d'état-major des forces navales, Mohamed Bourghem, chef d'état-major de la 2ème région militaire). Au sein de la gendarmerie nationale, le général Bousteila a, selon "El Watan", entamé une "grande lessive", renvoyant à la retraite ou mutant pour des raisons disciplinaires 40 des 48 chefs de groupement, certains impliqués dans des affaires de corruption.

(Liberté 5.7) Le président Bouteflika a annoncé, dans un discours prononcé à l'Ecole nationale d'administration, que les conclusion des travaux de la commission nationale de réforme de l'éducation seront "le moment venu soumises à un débat national", ce qui pourrait éventuellement signifier un référendum.

(La Tribune 4.7) Dans deux communiqués distincts, les deux ligues algériennes de défense des droits de l'homme, la LADDH d'Abdennour Ali Yahia et la LADH de Boudjemâa Gachir, ont condamné le refus persistant du gouvernement de reconnaître le mouvement Wafa d'Ahmed Taleb Ibrahimi, refus que les deux organisations jugent anticonstitutionnels. La LADDH demande au ministre de l'Intérieur "d'appliquer la loi, seulement la loi, toute la loi" au lieu d'"avoir des états d'âme, de ne rien concevoir en dehors de ses propres idées, de se placer au-dessus de la loi ou de (vouloir) faire la loi", et dénonce, dans le refus du ministère d'agréer le Wafa, "une décision grave, délibérée, injuste, qui a franchi le seuil du tolérable". La LADH appelle quant à elle à l'arrêt des contraintes et du harcèlement à l'encontre du Wafa, et considère que le traitement réservé au parti de Taleb Ibrahimi est "non conforme à la loi organique sur les partis (...) (et) en porte-à-faux par rapport à la loi fondamentale et aux autres lois de la République".

(Liberté 12.7) "Liberté" fait état d'une confidence de l'ambassadeur d'Italie en Algérie, Antonio Armellini, qui aurait déclaré que l'Algérie a manifesté un "vif intérêt" à intégrer l'OTAN. L'ambassadeur accueillait un navire de guerre italien à Alger, arrivé le 10 juillet. Le quotidien rappelle qu'en moins d'une année, Alger a accueilli des navires de guerre de trois membres de l'OTAN : les USA, la France et l'Italie.

(AFP 11.7) Le Premier ministre espagnol José Maria Aznar effectuera les 17 et 18 juillet une visite officielle en Algérie, où il rencontrera notamment le président Bouteflika et le Premier ministre Benbitour, dans le cadre "du renforcement des relations traditionnelles d'amitié, de coopération et de bon voisinage" entre l'Espagne et l'Algérie.

(AP 12.7) Le cinquième "round" des négociations entre l'Algérie et l'Union européenne pour la conclusion d'un accord d'association se déroule à Alger, les discussions portant notamment sur le volet politique et sécuritaire de l'accord, ses aspects économiques et la coopération culturelle et sociale. Les deux parties ont discuté de la lutte contre le terrorisme, l'Algérie insistant pour sa part sur le fait que les aspects sécuritaires et économiques ne peuvent être dissociés. S'agissant de l'aspect économiques, l'Union européenne se dit disposée à renforcer ses inmvestissements en Algérie, et vient de débloquer 23 millions d'euros (environ 35 mios FS) pour moderniser le secteur financier algérien (Trésor public et Banque centrale, notamment). S'agissant de la circulation des biens et des personnes, l'Algérie a demandé que l'on prenne en considération sa spécificité.

(Liberté, El Watan, Le Matin 13.7) "Aucun des objectifs proclamés pour justifier la démarche de compromis et de réhabilitation des assassins et de leur commanditaire n'a été atteint", déclare le Comité national contre l'oubli et la trahison (CNOT) dans un communiqué à l'occasion du première anniversaire de l'entrée en vigueur de la loi de "concorde civile". Le CNOT proteste en outre contre le refus des autorités de lui accorder une salle (celle de l'UGTA) pour tenir une réunion publique à cette occasion. Pour sa part, "El Watan" dénonce l'opacité dans laquelle s'est déroulée la démarche de la "concorde civile" : "La teneur de l'accord passé entre l'AIS demeure à ce jour secrète. Rien n'a filtré sur les négociations. Le sort réservé à Madani Meuzrag demeure inconnu. Les comités de probation installés pour statuer sur les cas des repentis ont travaillé dans des conditions d'absence totale de transparence", et on ne connait ni leur bilan, ni si existent toujouts, ni le nombre des "terroristes qui ont bénéficié des largesses de la loi et (de) ceux qui ont été mis en prison". "El Watan" considère que le fait que l'état d'urgence soit toujours en vigueur indique bien que "la concorde civile n'a pas (eu) cette réussitequ'on lui donne".

Du côté des partis politique, ce premier anniversaire de la "concorde civile" a été salué par le RND, qui a exprimé sa "grande satisfaction quant aux résultats" obtenus, par l'ANR, pour qui le référendum du 16 septembre signifiait "son congé définitif au terrorisme et balaye les miasmes de Sant'Egidio", par le PRA et par le RCD, qui considère que la démarche présidentielle "a préservé le caractère républicain des institutions". Dans l'opposition, le FFS, considère que la "concorde civile" n'a garanti ni la sécurité, ni la stabilité, et n'est, selon les termes du Premier secrétaire du parti, Ali Kerboua, qu'un "pacte pervers entre chefs de guerre pour perpétuer l'ordre militaro-policier et mieux accélérer la privatisation sauvage"; le Parti des Travailleurs qualifie la loi de "partielle et partiale" et demande notamment la "libération des détenus politiques, le traitement du dossier des disparus et la tenue d'un congrès national (...) pour trouver entre Algériens et en Algérie une solution à la crise"; le MRN d'Abdallah Djaballah considère la loi comme un "pas positif mais insuffisant" et réclame la "réconciliation nationale sans exclusive aucune et l'amnistie générale"; le MDS a rejeté la loi en estimant que "le pouvoir veut spolier le peuple algérien d'une victoire sur le terrorisme intégriste".

(AP, Le Matin 16.7) L'Assemblée populaire nationale (APN) a adopté le 15 juillet la nouvelle loi sur les télécommunications, au terme d'un débat particulièrement rapide. Seuls le PT et le FFS se sont opposés au texte, ou ne l'ont pas voté.Le projet initial du ministre Mohammed Meghlaoui n'a subi que des changements de pure forme. L'Algérie souffre d'un retard considérable dans le domaine de la téléphonie, avec seulement cinq lignes fixes pour 1000 habitants. La nouvelle loi prévoit une autorité de régulation, théoriquement indépendante du ministère, pour régir les opérations économiques dans le secteur (notamment l'attribution d'une deuxième licence d'exploitation du réseau de téléphonie mobile GSM) et arbitrer les situations litigieuses. L'Etat gardera le monopole sur l'espace hertzien et sur le timbre postal. Le secteur des postes et celui des télécommunications seront désormais séparés. "Le Matin" commente : "les députés, qui n'ont pas, plus de trois ans après la mise en place de l'Assemblée nationale, toujours un statutadoptent, en moins de quinze jours, un projet de loi sur les télécommunications qui exigerait des mois de discussion", et porte sur un marché de 2,2 milliards de dollars.

(El Watan 16.7, Liberté 17.7, El Watan, Le Soir 17.7) Des dissidents de plusieurs partis politiques (RND, comme Haïder Ben Drihem, PT, comme Amar Zenagui, PRA, comme Soufiane Djilali, FFS, comme Arezki Ferrad et Abdeslan Ali Rachedi) se sont rencontrée le 13 juillet à Aléger pour débattre de l'éventualité de créer un nouveau "cadre politique", ou un nouveau parti, qui devrait répondre, selon le député ex-FFS Arezki Ferrad à "l'impasse" dans laquelle se trouve une "classe politique" partagée entre des partis qui ont "fait allégeance au pouvoir" et des partis qui font "de l'opposition pour l'opposition".S'il se créée, le nouveau parti se réclamerait d'une "gauche moderniste". Un "comité de suivi" a été créé. L'objectif serait de fédérer des "individualités" autour d'un projet. Le Mouvement démocratique et Social (MDS) a quant à lui dénoncé le "blocage" politique, qui arrange "la sainte-alliance islamo-conservatrice". Pour le MDS, "chercher une solution dans des formules de saupoudrge, de rééquilibrage, dans des réaménagements superficiels au sein de l'édifice institutionnel ou de la classe politique osbolète, ne permettra pas de créer la dynamique" de sortie de crise. "La coalition se découvre petit à petit pour ce qu'elle est : un arrangement pour le partage des institutions", écrit pour sa part "Le Soir d'Algérie", qui l'analyse en ces termes : "cette coalition n'existe pas puisqu'il n'y a aucune référence négociée qui ferait converger une action commune. Il y a un arrimage individuel de chacun de ses membres avec l'espoir secret de voir l'action du Président servir son objectif propre. (...) les urgences politiques des une et des autres diffèrent. Les partis islamistes règlent un problème d'homologation du courant intégriste dans un contexte réputé républicain (...). Les partis "du pouvoir", FLN et RND, entretiennent une compétition que la fraude de 1997 a rendue inévitable (...). Le RCD milite pour une efficacité tactique de la participation : perdre, s'il le faut, sur le plan des principes, pour gagner en termes d'influence sur le cours des choses. Les deux autres partis d'appoint (le PRA et l'ANR) conçoivent l'invitation comme une reconnaissance appréciable pour elle-même (...) C'est à travers ces objectifs croisés et divers qui ont motivé l'adhésion de chacun, qu'il faut lire les gesticulations politiques de ces dernières semaines. Il n'y a ni divergence -puisqu'il n'y a jamais eu convergence- ni risque d'explosion d'une coalition qui n'existe pas. Ce ne sont en fait que des protestations isoles, bien que concomittantes, pour attirer l'attention du Président. (...) Tout le monde est suspendu au bon vouloir présidentiel."

(AFP 18.7) Le Premier ministre espagnol a achevé le 18 juillet une visite de deux jours en Algérie, en apportant le "soutien de l'Espagne" aux "efforts du président Bouteflika" pour "rétablir la paix" en Algérie, en se déclarant convaincu que l'Algérie avait accompli des "progrès notables" dans le domaine des droits de l'Homme, en souhaitant le reprise de la désserte aérienne de l'Algérie par la compagnie Iberia, et en annonçant que l'Espagne allait reconvertir une partie de la dette extérieure algérienne en investissements.

(El Ribat 19.7) Le bulletin du FIS (tendance Kebir) "El Ribat" rend Abdelaziz Bouteflika "responsable politique" de la reprise de la violence en Algérie. Dans son édition du 19 juillet, le bulletin accuse le président de ne pas s'être "attaqué aux causes profondes de la crise", en n'ayant pas ouvert "immédiatement le dialigue" et rétabli "la souveraineté du peuple dans ses droits". Pour le bulletin islamiste, "le peuple algérien (...) a perdu toute confiance" dans la capacité tu président "de ramener la paix, de réaliser la concorde nationale et de relancer la machine économique", et le président lui-même "rlvèle, de plus en plus, un pendaht autoritaire, jouant même, de façon consciente, les "tyrans éclairés". "El Ribat" conclut en dénonçant "l'émergence d'un Etat fascisant" qui n0'épargne même pas "la presse qui répondait au doigt et à l'oeil aux injonctions du pouvoir".

(Jeune Indépendant 20.7) Le mouvement "Wafa" d'Ahmed Taleb Ibrahimi a menacé dans un communiqué du 19 juillet de rendre publics des "documents importants" si les explications que donnera le gouvernement aux députés de l'Assemblée nationale qui, le 16 juillet, ont demandé les raisons du non-agrément officiel du mouvement, ne sont pas données, ou acceptables. Le ministre de l'Intérieur, interrogé sur la non-officialisation de Wafa, s'était contenté de déclaré qu'il refusait d'être celui qui signera la reconstitution du FIS.

(Le Soir 21.7) Le "parlement" (Commission exécutive nationale) de l'UGTA s'est réuni le 22 juillet à Alger pour préparer le 10ème congrès de la centrale syndicale, prévu du 18 au 20 octobre, congrès lors duquel seront renouvellées les structures de direction de l'UGTA, et notamment élu (ou réélu) son secrétaire général. Des divergences de fond sont apparues depuis plusieurs mois au sein de l'UGTA, dont la direction, et en particulier le Secrétaire général, Abdelmadjid Sidi Saïd, ont été accusés de trop de proximité avec le pouvoir, et de manque de fermeté dans la défense des travailleurs. Plusieurs secrétaire nationaux proches du RND reprocheraient en outre à Sidi Saïd ses contacts avec le FLN. L'UGTA a appuyé les options économiques décidées par les gouvernements en place depuis le premier gouvernement Ouyahia, alors que ces options suscitaient la colère des travailleurs des entreprises publiques soumises à restructurations.

(El Watan 23.7) Le tribunal de Bir Mourar Raïs a rendu le 22 juillet un jugement ordonnant le retrait des librairies du livre des mémoires de l'ancien président du Haut Comité d'Etat (exécutif provisoire mis en place après la démission du président Chadli), Ali Kafi. Ce jugement a été rendu sur plainte des héritiers du dirigeant de la révolution algérienne Abbane Ramdane, qui accusaient Ali Kafi de le diffamer. Ali Kafi et son éditeur (Casbah) ont décidé de faire appel du jugement, qui doit paraître dans deux quotidiens nationaux, l'un en arabe (El Khabar) et l'autre en français (Liberté). Les mémoires d'Ali Kafi sont parues en juin 1999. Si elles reparaissent, le tribunal a ordonné que ce soit sans les pages consacrées à Abane Ramdane. Dans son livre, Ali Kafi attribuait à Abane Ramdane de "secrètes liaisons avec l'ennemi" (français), et s'appuyait notamment pour porter cette accusation sur les témoignages d'Amirouche, Krim et Bentobal.

(Liberté 23.7) Le Conseil constitutionnel a décidé de rembourser près de 4 millions et demi de dinars (env. 450'000 FF, 110'000 FS) au candidat Bouteflika sur ses frais de campagne pour l'élection présidentielle de 1999, ce qui représenterait 30 % de ses dépenses totales de campagne.

(Jeune Indépendant, CC-FIS 23.7) Le ministre qatari des Affaires étrangères a confirmé le 19 juillet l'information publiée par le "Sunday Times" britannique, selon laquelle le Qatar a acheté de l'armement britannique pour le réexporter vers l'Algérie. Le contrat est modeste /7,5 millions de dollars), mais n'est pas le premier du genre. Le ministre qatari a souligné que la Grande-Bretagne ne faisait pas obstacle à ce que le matériel militaire soit livré ensuite à titre gracieux à l'Algérie, qui n'est soumise à aucun embargo sur les ventes d'armes. En l'ocurrence, le contrat porterait, selon le "Sunday Times", sur une dizaine de véhicules d'action rapides, des camionnettes et des viseurs à infrarouge, le tout étant offert, selon le quotidien qatari "El Bayan" "sans contrepartie" à l'armée algérienne. Le Conseil de coordination du FIS a exprimé dans un communiqué sa "consternation" face à ce qu'il interprète comme une rupture "de la politique jusque là neutre et éclairée que suivait le Qatar vis-à-vis de la crise algérienne", et qu'il dénonce comme "le signe d'une implication à part entière dans la guerre menée contre le peuple algérien musulman" par le pouvoir algérien.

(Le Matin 24.7) Dans un entretien accordé au "Matin", le général (à la retraite) Rachid Benyelles, ancien membre du bureau politique du FLN et ancien ministre des Transports, défend le droit pour le parti Wafa d'Ahmed Taleb Ibrahimi d'être légalisé : "Il n'est pas normal qu'on refuse l'agrément à un parti sans lui (en) notifier les raisons", estime le général, pour qui "dire que Wafa veut se substituer au FIS dissous est un argument qui ne tient pas la route", quand deux partis islamistes font partie du gouvernement. "Le problème (du pouvoir) est que Taleb Ibrahimi veut créer un véritable parti d'opposition démocratique" et que c'est pour cela qu'il "fait peur", parce qu'il pourrait "drainer des voix" dans une élection, d'autant que Taleb lui-même n'est pas un homme "insignifiant". Une source "proche du ministère de l'Intérieur", citée par "Le Matin", explique que la décision de ne pas reconnaître légalement Wafa (sans l'interdire explicitement) est une décision politique, et non juridique, motivée par le refzs d'ajouter "sur la scène politique nationale un autre parti islamiste qui brouillerait davantage les cartes".

(FFS 25.7, El Watan, La Tribune 26.7) Le Front des Forces Socialistes dresse, dans une déclaration de son Secrétariat national, un constat inquiétant de la situation politique, économique, sociale et sécuritaire de l'Algérie. Le FFS dénonce notamment "le discours mensonger du Chef de l'Etat qui prétend que la sécurité est rétablie à 90 % alors que l'état d'urgence est maintenu" et qu'après un an de politique dite de "concorde civile", politique qui pour le FFS contient "en elle-même les germes d'une relance de la terreur", le pays de connaît "ni la paix, ni la sécurité" et que les atteintes aux libertés se multiplient. Le FFS affirme sa "solidarité avec les travailleurs qui luttent pour préserver leurs droits légitime" en s'émancipant d'une centre syndicale (l'UGTA) "totalement inféodée aux sphèrtes mafieuses du pouvoir".

(APS 26.7) Le ministère algérien des Affaires étrangères a fait état dans un communiqué de son "regret" de l'échec des négociations israèlo-palestiniennes de Camp David. Le ministère réaffirme le soutien algérien aux efforts visant à "trouver une solution globale, juste et durable au conflit du Proche-Orient, et principalement à la question palestienne", exprime le soutien de l'Algérie au droit des Palestiniens à édifier un "Etat national indépendant" avec Jerusalem pour capitale, et rend un hommage appuyé au président Clinton et à la Secrétaire d'Etat Madeleine Albright "pour les efforts déployés pour faire progresser le processus de paix au Moyen-Orient".

(Le Matin 26.7) "Le Matin fait état le 26 juillet de deux rumeurs, l'une suggérant que "l'Algérie pourrait avoir un vice-président de la République avant la fin de l'année", peut-être en la personne de l'ancien Premier ministre et actuel ministre de la Justice Ahmed Ouyahia. Ce vice-président serait élu par les deux Chambres réunies du Parlement. Le Président Bouteflika s'est toujours, jusqu'à présent, opposé à l'institution d'une vice-présidence. Quant au gouvernement, la seconde rumeur suggère que celui d'Ahmed Benbitour resterait en place sans remaniement jusqu'à la fin de l'année "pour préserver les grands équilibres politiques actuels".

(Liberté 27.7) Des changements dans la magistrature devraient intervenir dans les "tous prochains jours" selon "Liberté", qui évoque l'hypothèse du départ de l'actuel Procureur général d'Alger (qui serait remplacé par celui de Blida, celui de Tizi Ouzou ou celui d'Oran), de l'actuel président de la Cour d'Alger (qui serait remplacé par son homologue d'Oran) et des présidents de la Cour suprême et du Conseil d'Etat.

(Liberté 7.8) Alors que le sort juridique du parti d'Ahmed Taleb Ibrahimi, Wafa, que le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni refuse de légaliser mais dont l'agrément légal n'a pas pour autant été refusé, est toujours aussi incertain, le parti de l'ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali, le Front Démocratique, attend toujours lui aussi de recevoir son agrément officiel, le délai réglementaire pour la réponse à la demande d'agrément (60 jours) étant passé. Juridiquement, cependant, et dans le cas de Wafa comme dans celui du FD, l'absence de réponse vaut absence de refus, et donc acceptation. Politiquement, par contre, cette absence de réponse place les partis concernés dans une situation d'incertitude difficile à gérer.

(AP 13.8) Des unités navales algériennes et l'équipage d'un bâtiment militaire américain spécialisé dans les opérations de soutien logistique, qui a accosté à Alger le 5 août, ont effectué durant quatre jours une série d'exercices conjoints à quai et en mer (des exercices de plongée et d'utilisation de sonar, et de sauvetage) a rapporté le 12 août l'agence officielle algérienne APS. Ces exercices conjoints, qui entrent dans le cadre de la coopération entre la marine algérienne et américaine se poursuivront jusqu'au 15 août. C'est la troisième fois depuis 1998 qu'une unité de la marine américaine se rend en Algérie pour coopérer avec la marine algérienne.

(AP, AFP 14.8) Le président Bouteflika a procédé le 14 août à un important mouvement dans le corps des walis (préfets). Ce mouvement consiste en des promotions, des mutations et surtout en des limogeages qui touchent sept walis délégués d'Alger sur un total de 13 et six walis sur les 48 que comptent le pays. Ces mesures visent, selon un communiqué de la présidence, ''à donner un souffle nouveau à l'administration, non seulement en renouvelant partiellement ses cadres et en valorisant leurs compétences mais aussi en modernisant ses méthodes en vue d'un meilleur service de l'intérêt public''. Les walis concernés par cette mesure étaient à la tête de wilayas (préfectures) qui connaissent des difficultés de gestion, notamment liées au foncier et à l'habitat. La majorité de ces hauts cadres ont fait l'objet, ces dernières semaines, de campagnes de presse les impliquant dans de nombreux scandales. C'est la deuxième fois en une année que le président algérien procède à un changement au sein de la haute administration locale. L'été dernier, 22 walis avaient déjà été démis de leurs fonctions. Cette fois, le président a annoncé coup sur coup plusieurs changements dans l'administration, les corps des magistrats et des recteurs d'université, et dénoncé le laxisme, le favoritisme, voire la corruption qui règnent dans des institutions qui "touchent de près la vie des Algériens". Outre les changements dans les rangs des walis, des décisions sont attendues concernant les sous-préfectures, les académies, le corps diplomatique et les médias publics. Le président Bouteflika a affirmé le 9 août devant le Conseil national de la magistrature qu'il n'y avait pas de différence entre "ceux qui dilapident les richesses du pays et sucent le sang du citoyen et ceux qui continuent à frapper le peuple avec barbarie", dans une allusion aux islamistes armés. Il a annoncé qu'il nommerait personnellement les magistrats par décret pour "garantir leur indépendance", tout en décidant de leur donner la primauté sur la police et la gendarmerie dans les enquêtes. La télévision d'Etat a présenté ces décisions comme "la concrétisation des promesses" faites par le chef de l'Etat lors de sa campagne électorale pour la présidentielle du 15 avril 1999 qu'il avait remporté avec plus de 74% des suffrages.

(AFP 16.8) Une spectaculaire embellie semble se dessiner entre Alger et Téhéran (brouillés depuis 1993) à la suite de l'annonce le 15 août, lors d'une conférence de presse d'Abdelazig Bouteflika et de son homologue vénézuélien Hugo Chavez, en visite à Alger, d'une rencontre en septembre à New-York entre les présidents algérien Abdelaziz Bouteflika et iranien Mohammad Khatami. Le président Bouteflika avait donné le ton le 14 août, en accueillant le président Chavez, en se félicitant de la participation de M. Khatami au sommet des chefs d'Etat de l'OPEP à Caracas. "L'Iran est en train de s'ouvrir" et M. Khatami "a une bonne politique", avait-il affirmé. L'Algérie avait rompu ses relations diplomatiques avec l'Iran en 1993, accusant Téhéran de soutenir ouvertement les islamistes armés algériens.

(El Watan 19.8) A l'occasion d'une conférence de presse tenue le 18 août, deux membres de la direction de la "Coordination nationale des enfants de chouhada" (martyre de la lutte pour l'indépendance), Kaci Ramdane et Alloua Hafiane, on accusé le secrétaire général de l'organisation, Ahmed Boussad, de l'avoir instrumentalisée au service du RND, sans qu'aucune procédure statutaire n'ait été respectée pendant quatorze mois : "le bureau national n'a tenu aucune réunion, les bureaux de wilayas demeurent à ce jour à l'état provisoire, les adhérents n'ont pas encore reçu leurs cartes d'adhésion. Il n'existe aucun programme d'action, de même que les statuts et le règlement intérieur ne sont pas respectés", dénoncent les deux "opposants".

(Le Matin 20.8) Le Front des Forces Socialistes accuse, par la voix de Samir Bouakouir, la présidence de la République d'accorder "un soutien financier et politique (...) par le biais du chargé des affaires kabyles, en l'occurence Rachid Aïssat", au maire (et chef de milice) de la commune de Tazmalt (wilaya de Bejaïa), Samïl Mira, avec lequel le FFS, majoritaire dans la région, est en conflit ouvert. Onze organisations locales, soutenues par les organisations d'anciens combattants et d'enfants d'anciens combattants de la guerre d'indépendance, ont tenu deux rassemblements, les 15 et 19 août devant le siège de la municipalité de Tazmalt pour exiger «la transparence et la justice dans la distribution des logements sociaux et des lots de terrain dont la liste n'a pas été affichée». Les manifestants ont également exigé la dissolution de l'assemblée communale et dénoncé la "gestion malsaine et douteuses des affaires de la commune" par son exécutif. Le FFS accuse le pouvoir au plan national d'être complice de pratiques "mafieuses qui ont ruiné l'institution communale de Tazmalt", dirigée par un "seigneur de la guerre" que le FFS accuse d'avoir assassiné un jeune homme, Ouali Hamza, lors des manifestations qui avaient suivi l'assassinat de Lounès Matoub. Le FFS accuse également les "associations de citoyens" installées par les partisans d'Abdelaziz Bouteflika en Kabylie de bénéficier des largesses matérielles du pouvoir.

(El Watan 19.8, Le Matin 23.8) Au terme de la réunion extraordinaire de son Conseil National, les 10 et 11 août, le Front des Forces Socialiste appelle dans un communiqué au rassemblement "le plus large" pour exiger la "dissolution de toutes les assemblées factices", des conseils municipaux (APC) à l'Assemblée nationale (APN). Le FFS appelle également à "rejet et l'Etat policier et la République intégriste". Le FFS a tenu le 23 août à Bejaïa une rencontre nationale de ses élus aux différentes assemblées (APC, APW et APN). Des orientations et des directives pour une meilleure gestion - notamment du foncier qui, selon certains élus, constitue un véritable casse-tête - ont été données aux participants à ce regroupement, le deuxième du genre. Les élus du FFS, qui réaffirment leur volonté de mener « une lutte sans merci à la mafia du foncier », notamment à Aokas, El Kseur et Souk El Tenine, dénoncent les "manipulations" de l'"Association citoyenne de Bejaïa" (partisans de Bouteflika), qu'ils considèrent comme étant à l'origine d'une campagne visant à les discréditer.

(Liberté 28.8) Dans une déclaration sanctionnant les travaux de la conférence nationale de ses élus à Béjaïa, le 23 août, de ce mois, le FFS a appelé ses élus à un rassemblement pour le 29 août dans l'enceinte de la wilaya de Bejaïa pour "exiger la réappropriation par l’élu de ses prérogatives pleines et entières" et pour dénoncer "les entraves de l’administration" et "les dérives autoritaires du wali, les pressions des lobbies mafieux locaux et la campagne nationale de dénigrement et de culpabilisation de l’élu".

(El Watan, 19.8, 21.8, Liberté 24.8 ) La présidence de la République a décidé de lancer une enquête générale sur le comportement des élus, à tous les niveaux. La mise en oeuvre de cette décision a été confiée au ministère de l'Intérieur, qui a diffusé une circulaire concrétisant les directives présidentielles. L'enquête devrait porter sur les élus locaux (APC et APW), mais également sur les sénateurs (partiellement élus au suffrage indirect par un collège formé précisément des élus locaux), voire sur les députés. Le ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, a confirmé le 20 août qu'une "évaluation" de l'enquête était en cours. De nombreux scanmdales ont été révélés par la presse indépendante, souvent sans qu'aucune enquête n'ait été ouverte. "El Watan" rappelle ainsi le cas d'élus de la wilaya d'El Bayadh ayant mis en vente des biens immobiliers publics, les acheteurs étant des élus (sénateurs, membres de l'APR et de l'APC) du RND et des officiers de l'armée. A Sétif, des terrains publics ont été vendus à d'anciens ministres RND et des sites archéologiques ont été déclassés pour être attribués à des "pontes du système" sur injonction de l'"ancien Wali, actuellement en poste à Tizi Ouzou", et les "gros bonnets" de ce trafic ont été "tout simplement mutée vers d'autres wilayas du pays" alors que "seuls les lampistes ont été limogés". A Alger, des élus sont en prison. A bechar, 65 élus locaux et 4 élus nationaux sont impliqués dans des affaires d'"accaparement de deniers publics et de trafic d'influence", etc... S'ajoutant à cette enquête, ou l'élargissant, le président Bouteflika aurait décidé d'en lancer une sur les fortunes des particuliers, en septembre prochain. Selon "Liberté", il s'agirait du recensement des patrimoines détenus par les particuliers. Les services fiscaux seraient ainsi appelés à identifier et recenser les biens et autres propriétés détenus par les particuliers pour permettre " le redressement fiscal avec comme objectif (celui d' amoindrir l’évasion alarmante signalée ces dernières années", selon une source (anonyme) au sein du ministère des Finances, cités par le quotidien, qui ajoute que "selon des sources crédibles, les fonctionnaires (responsables locaux ou centraux), opérateurs économiques (industriels, grossistes, importateurs et même petits commerçants) seront ciblés très prochainement par cette campagne "d’identification" des biens essentiellement immobiliers (signes révélateurs de richesses)". L'oppration risque cependant d'être rendue difficile par l'utilisation de prête-noms (" rares sont les directeurs d’exécutif, les walis, les chefs de daïra, les secrétaires généraux de wilaya, les magistrats qui, lors de leur exercice dans une région, enregistrent en leur nom ou de leur conjoint auprès des services des domaines, les villas qu’ils ont bâties en un temps record", note "Liberté") et la possession de biens à l'étranger. Et le quotidien officieux du RCD de se demander si l'Etat dispose "réellement de moyens suffisants et adéquats pour mener à terme cette opération".


(AFP 26.8, 27.8, AP 27.8, Liberté 27.8, 28.8, El Watan 27.8, Le Matin 27.8, 28.8) Le président Abdelaziz Bouteflika a consolidé son pouvoir en désignant le 26 août son plus proche collaborateur, Ali Benflis, à la tête du gouvernement. M. Benflis remplace Ahmed Benbitour qui a démissionné pour avoir été dépouillé de nombre de ses attributions par le chef de l'Etat. En présentant sa démission, M. Benbitour a clairement affirmé son refus d'être dépouillé de ses prérogatives constitutionnelles par un chef d'Etat qui veut faire de la présidence l'unique centre de décision dans le pays. Ahmed Benbitour avait été nommé fin décembre 1999 comme le premier chef du gouvernement de Abdelaaziz Bouteflika, élu à la tête de l'Etat le 16 avril 1999. Quant à Ali Benflis il a été la cheville ouvrière de la campagne électorale de M. Bouteflkila qui, dès son accession à la présidence, l'avait nommé directeur de cabinet. Il s'est également illustré dans le domaine de la justice et des droits de l'homme : Le nouveau chef du gouvernement a en effet été ministre de la Justice dans le gouvernement "réformateur" de Kasdi Merbah, mis en place immédiatement après les émeutes populaires d'octobre 1988. Il a été reconduit à ce poste par le premier ministre "réformateur" Mouloud Hamrouche démis en juin 1991. Reconduit à son poste par le successeur de M. Hamrouche, M. Sid Ahmed Ghozali, Benflis avait démisionné en signe de protestation contre les atteintes aux droits des activistes islamistes arrêtés dans le cadre de l'insurrection du FIS. En 1986, M. Benflis avait été parmi les fondateurs de la Ligue algérienne des droits de l'homme (LADH) agréée alors par l'ancien président Chadli Bendjédid, contre la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme (LADDH) de Me Abdennour Ali Yahia, alors non reconnue. En quittant son poste de ministre, M. Benflis avait repris sa robe d'avocat, défendant même des militants islamistes, jusqu'en juin 1997 date de son élection comme député du FLN.

Dans un communiqué, Ahmed Benbitour explique que "Cette démission est motivée esssentiellement par une lecture et une compréhension non partagée des dispositions constitutionnelles relatives à la fonction et aux missions du chef du gouvernement, d'une part, et, par une approche différente de la gestion des capitaux marchands de l'Etat telle que prise en charge dans le programme de relance économique proposé récemment par le chef du gouvernement". Dans sa lettre de démission publiée le 27 août par le quotidien gouvernemental El Moudjahid, M. Benbitour s'est élevé contre l'élaboration par les services de la Présidence d'un projet d'ordonnance sur la gestion des capitaux marchands de l'Etat. La constitution permet au chef de l'Etat de légiférer par ordonnances entre deux sessions parlementaires. "Cette méthode de gouverner par ordonnances initiées par les cadres de l'administration présidentielle, alors que l'intersession du Parlement ne dure qu'un mois, s'apparente à la mise en place d'un gouvernement parallèle et gêne le Parlement dans l'exercice complet de ses attributions constitutionnelles", a relevé M. Benbitour. S'adressant plus directement au président Bouteflika, M. Benbitour l'accuse d'avoir choisi lui-même tous les ministres, le privant "de facto" de "la plus importante" de ses attributions constitutionnelles. A cause de ces choix imposés par le chef de l'Etat, M. Benbitour a vu son autorité battue en brèche par plusieurs ministres, notamment Hamid Temmar, économiste comme lui, au portefeuille de la Participation et de la Coordination des Réformes, en charge du sensible dossier de la privatisation. A l'inverse de son ministre qui veut mener à pas cadencés le train des privatisations des entreprises publiques en bute à d'inextricables problèmes de trésorerie, M. Benbitour était favorable à une démarche graduée qui ne bouscule pas les lois en vigueur et n'alourdisse pas le climat social déjà pollué par l'extension du chômage et de la misère, selon certaines informations.

La démission de M. Benbitour intervient dans un climat de changements tous azimuts opérés ces dernières semaines par le président, qui a effectué récemment un large mouvement au sein de la Justice, un secteur fortement décrié par les Algériens, en raison de la corruption qui y régne, ainsi qu'à la tête des banques et universités. Le chef de l'Etat a également changé de nombreux walis (prêfets), considérés par les Algériens comme des "potentats" locaux. Les walis sont souvent mis en cause dans le détournement de logements sociaux, un dossier devenu explosif. La mauvaise distribution de ces logements a été à l'origine d'émeutes durant les dernières semaines. D'autres changements sont annoncés pour les prochaines semaines dans le corps diplomatique et l'administration.

Quelques heures seulement après sa nomination à la tête du gouvernement algérien, Ali Benflis a rendu publique la composition de son équipe : à l'exception des affaires étrangères, le nouveau chef du gouvernement a apporté très peu de changements par rapport au gouvernement d'Ahmed Benbitour auquel il succède. Trente-cinq ministres et ministres délégués siègeront dans ce nouvel exécutif contre 28 pour son prédécesseur. Il ne s'agit en fait que d'un réajustement qui ne remet pratiquement pas en cause l'équilibre de la coalition gouvernementale, composée de cinq partis, mise en place dans le cadre du premier gouvernement formé après l'élection à la présidence d'Abdelaziz Bouteflika au printemps 1999. Le nouveau gouvernement est composé de 34 membres, dont quatre sont nouveaux, à commencer par celui des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem.

Le changement le plus important touche le poste de ministre des affaires étrangères qui revient à Abdelaziz Belkhadem, qui avait été le dernier président de l'Assemblée nationale avant les premières élections législatives multipartites en 1997. Abdelaziz Belkhadem est un des piliers du Front de libération nationale (FLN, ex-parti unique). Il incarne la tendance islamiste au sein de cette formation. En désignant au poste de chef de la diplomatie algérienne une des figures du courant dit "islamo-conservateur", le chef de l'Etat algérien Abdelaziz Bouteflika pourrait vouloir attirer les pays du Golfe à investir dans son pays. Belkhadem, qui remplace Youcef Yousfi, un technicien du pétrole, est en effet crédité par la presse algérienne de relations solides auprès des monarchies du Golfe. Il est surtout connu pour ses positions "anti-occidentales" (et en particulier anti-françaises). Il est également un partisan de la réconciliation nationale n'ayant jamais caché ses préférences pour un dialogue avec le FIS. Il avait appuyé le "contrat national" signé en janvier 1995 à Rome. Il s'était également illustré par un nationalisme à la limite de la xénoéhopbie, voire de l'antisémitisme : en novembre 1999, avec d'autres personnalités, il avait lancé un appel à créer une association contre la normalisation des relations avec Israël, et a joué un rôle actif dans l'annulation de la tournée en Algérie, en mars dernier, du chanteur juif pied-noir français, Enrico Macias, en déclarant notamment : "Je m'oppose à toute action pouvant contribuer à la normalisation des relations entre l'Algérie et Israël, qu'elle s'inscrive ou pas dans le sillage de la visite de Macias".

Mahieddine Ammimour, directeur de l'Information de l'ancien président Houari Boumediène (1965-78) a hérité du portefeuille de l'Information et de la Culture. "Le Matin" l'accuse d'avoir été "un des initiateurs de la campagne contre les journalistes" s'étant rendus en visite en Israël il y a quelques mois.

Le Pr Mohamed-Larbi Abdelmoumène, fonctionnaire à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a été nommé ministre de la Santé à la place de M. Amara Benyounès, appelé aux Travaux publics.

M. Abdelkader Messahel a été nommé ministre-délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé des Affaires africaines.

Le chef de la diplomatie de M. Benbitour, Youcef Yousfi, a été rétrogradé au rang de ministre-délégué auprès du chef du gouvernement dans le nouveau cabinet.

L'ancien ministre-gouverneur d'Alger, Chérif Rahmani, sans poste depuis la dissolution du gouvernorat du Grand Alger au printemps dernier, a été nommé ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement en remplacement de M. Mohamed Ali Boughazi, devenu ministre-délégué auprès du ministre de l'Enseigment supérieur, chargé de la Recherche scientifique.

Hamid Temmar, ministre de la Participation et de la Coordination des réformes chargé du sensible dossier des privatisations et avec lequel M. Benbitour était en conflit, a été maintenu à son poste.

Par ailleurs, le ministre de la justice, Ahmed Ouyahia, n'est plus le seul ministre d'Etat du gouvernement. Avec le ministre de l'intérieur, Nourredine Yazid Zerhouni et celui des affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem, ils sont désormais trois.

À très court terme, constate "Liberté", l’équipe Benflis sera confrontée à des dossiers brûlants : le redémarrage du processus de privatisation, la restructuration du secteur public, en particulier dans l’industrie (Sider, SNVI), la relance du partenariat avec les groupes étrangers, le logement social. Tous ces dossiers font l’objet de contestations des partenaires sociaux et/ou de la population.

Les premières réactions de partis politiques au changement de gouvernement sont mitigées : Du côté des partis gouvernementaux, le MSP (islamiste) de Mahfoud Nahnah estime que la nouvelle a ébranlé l’opinion publique et l’équipe du gouvernement, et que ces changements révèlent les difficultés du pays. Le parti de Mahfoud Nahnah souligne la nécessité d’inscrire ces changements dans le cadre des prises en charge des priorités de la population et des "réalités politiques et partisanes". Ennahda (islamiste) se déclare également surpris par ce changement en lequel il voit un signe d'"instabilité politique" susceptible d’entraver les efforts de sortie de crise. Le RCD parle d'un remaniement "précipité" effectué sans les "concertations que méritent de telles initiatives". Pour le PRA, le changement survenu à la tête de l’instance exécutive était prévisible à cause notamment du retard observé dans la concrétisation des objectifs du programme du gouvernement ainsi que du manque de cohésion entre ses membres.

Dans l'opposition, le MDS considère que le changement gouvernemental correspond à un choix du président Bouteflika "en faveur des thèses néo-libérales", et à un renforcement du "courant islamo-conservateur dans le pouvoir". Le MDS dénonce "un scandale sans nom et un affront infligé à l’État national qui a résisté au rouleau compresseur intégriste, aux forces de résistance et aux sacrifices des martyrs, un véritable coup de force qui jure avec les sacrifices et les luttes du peuple algérien et qui met l’Algérie devant de nouveaux défis". Le MRN d'Abdallah Djaballah considère que si Ahmed Benbitour a échoué, c'est parce qu’on lui a imposé un programme dont il n’était pas convaincu, et qu'il «n’a jamais pu appliquer son propre programme et n’avait (...) aucun poids sur la scène politique». Pour le Parti des Travailleurs, la démission de Benbitour, qui survient à la veille de la rentrée sociale, laquelle est caractérisée par des émeutes et des manifestations à travers le territoire, illustre le fait que «l’ensemble des dossiers qui sont à l’origine de la crise qui secoue notre pays n’ont pas été réglés par le gouvernement de Benbitour, ce qui explique par là même l’échec de la politique de Bouteflika». Le Front démocratique de Ghozali s’interroge sur les raisons réelles du départ, qui lui semble du à des "luttes d’appareils maintes fois mises en relief par des déclarations contradictoires des membres du gouvernement et par le transfert des prérogatives du chef du gouvernement au profit de la Présidence de la République".

Dans la presse, "El Watan" s'interroge sur l'avenir de la coalition gouvernementale : "Un pied au pouvoir et un autre dans l'opposition. En politique cela s'appelle de l'opportunisme et rien d'autre. (...) Est-ce cela une coalition ? Dans son sens premier, celle-ci est avant tout politique en ce sens qu'elle exprime une large sinon une totale convergence d'idées. Celle qui était en charge des affaires du pays n'avait pas cette caractéristique (...) le RND, le FLN, le MSP, En Nahda, le RCD, l’ANR et le PRA (se) sont joints à des hommes sans attache partisane, se sont retrouvés autour de la même table et surtout des mêmes questions même s'ils trouvaient à redire. Ce qu'ils se sont gardés de faire, donnant l'apparence d'une solidarité gouvernementale". Quant au "Matin", il constate la situation particulièrement inconfortable des deux partis "anti-islamistes" siégeant au gouvernement : «La démarche de Bouteflika sonne le glas de l'islamisme politique », affirmaient régulièrement les responsables du RCD. (...) Idem du côté de l'ANR. Pour le parti de Rédha Malek, le référendum du 16 septembre 1999 signifiait le balayage de tous les miasmes de Sant'Egidio. Plus de huit mois après l'expiration de la loi sur la concorde civile, le 13 janvier dernier, ces deux formations découvrent que leurs ministre siègent aux côtés d'un partisan acharné du «contrat » de Rome et de toutes les initiatives des islamistes visant l'abdication de l'Etat devant les groupes armés. (...) Les discours triomphaliste de Sadi et euphorique de Rédha Malek céderont-ils leur place à un discours réaliste maintenant que tous les éléments plaident pour la fin des « dernières illusions » ?"

(Liberté 28.8) Vingt-quatre heures à peine après avoir nommé un nouveaau Premier ministre et fait procéder à un léger remaniement gouvernemental, le président Bouteflika a décidé de plusieurs changements au sein du ministère de la Défense et au sein de l'armée. Le Général Mohamed Ghenim, secrétaire général du ministère, est remplacé par le général Ahmed Sanhadji, attaché militaire à Paris. Le colonel Belkacem Boukhari, directeur de la justice militaire au ministère, est remplacé par le colonel Larbi Benacer. En tout, huit décrets présidentiels mettant fin aux fonctions d’officiers supérieurs ont été pris

(El Ribat 16.8) Dans un commentaire paru avant le dernier changement de Premier ministre et la remaniement gouvernemental, le bulletin du FIS (tendance Kébir), "El Ribat", qui avait précédemment exprimé une ligne de "soutien critique" à la politique présidentielle, accuse le président Bouteflika de "jeter de la poudre aux yeux de la population algérienne" au lieu de procéder à de "vraies réformes", et lui reproche de "contenter certaines tendances de sa coalition, comme le RCD qui est en train de squatter purement et simplement l'Etat", et dont de "nombreux sympathisants (...) ont bénéficié (de) récentes promotions". Les décisions présidentielles de changement dans la magistrature et le corps des préfets ne sont pour le bulletin islamiste que "des signes de précipitation" qui annoncent qu'il y a péril en la demeure", et qui illustrent le fait qu'"après 18 mois de pouvoir absolu, Abdelaziz Bouteflika a échoué dans sa mission de rétablir la justice pour tous et d'instaurer l'égalité de tout les Algériens devant la loi".Dans son édition du 23 août, "El Ribat" poursuit sur le même thème : "Théoriquement, Abdelaziz Bouteflika (...) fait partie de la famille de la réconciliation qu'il néglige et marginalise, pratiquement il appartient au clan de l'éradication qui a tout reçu (et) qui dirige le pays". Et de conclure : "Par rapport à ses promesses électorales, le chef de l'Etat est en situation d'échec (et) doit revoir sa légitimité".

(El Watan 29.8) Le Front des Forces Socialistes a réagi au départ du Premier ministre Benbitour en rappelant tout d'abord qu'en l'"espace d'une décennie", neuf chefs de gouvernement se sont succédés en Algérie, et en considérant que le dernier épisode de ce "défilé" n'est que la conséquence d'une crise au sommet, "au cours de laquelle les décideurs opèrent des rééquilibrages claniques dans le seul but de maintenir le système". Pour le FFS, la démission d'Ahmed Benbitour n'est qu'un "coup de force" ne faisant que "prolonger l'impasse politique intégrale", au prix d'une "restructuration interne au pouvoir, entre "faux-républicains", "islamistes de bazar", "avatars de l'ex-parti unique" et "tenants de l'islamo-baathisme".

(El Watan 29.8 AP 30.8) La présidence algérienne devrait annoncer dans les prochains jours un mouvement qui touchera bon nombre des représentations diplomatiques algériennes, selon la presse algéroise, qui annonce que des ordres de rappels ont été transmis à 42 ambassadeurs et consuls dans le monde, par le cabinet du président Bouteflika, qui s'est personnellement chargé de ce dossier. Le quotidien "El Watan" précise que les ministères des affaires étrangères des pays d'accueil ont donné leur agrément à la nomination de l'ensemble des nouveaux diplomates. La France vient en tête de liste des pays concernés par cette opération. L'ambassadeur en poste dans la capitale française ainsi que les consuls généraux de Paris, Aubervilliers, Nanterre et Vitry-sur-Seine, figurent dans la liste des partants. Seul le consul général de Marseille serait maintenu. Les ambassadeurs d'Algérie à Madrid, Bruxelles, Washington et Ryad ainsi que les consuls d'Alicante, Prague et Rabat seraient également rappelés. Pour ce qui est des nouveaux ''promus'', Ahmed Merani, ministre des affaires religieuses au milieu des années 90 et membre fondateur du Front Islamique du Salut (FIS) serait désigné en qualité d'ambassadeur d'Algérie au Soudan. Quant à l'ancien chef de la diplomatie algérienne Ahmed Attaf, il serait nommé ambassadeur à Bruxelles. Abdelkader Hadjar, député FLN (ex-parti unique), aurait la charge de rouvrir la mission diplomatique en Iran, fermée depuis sept ans. Quatre femmes feraient leur entrée dans le corps des ambassadeurs. Il s'agit de Taous Ferroukhi, une proche collaboratrice du président Bouteflika, d'Anissa Boumédiène, veuve du président Houari Boumédiène, et de deux sénateurs. Ce mouvement ne serait rendu officiellement public qu'après le retour du président Bouteflika de son voyage à New York, où il assiste au "Sommet du millénaire" au siège de l'ONU du 6 au 8 septembre.


(Liberté 30.8) Le premier conseil de gouvernement s’est tenu le 29 août sous la présidence de Ali Benflis. La réunion a été consacrée à la préparation du programme de l’Exécutif qui sera présenté aux deux chambres du parlement. Une commission ad hoc sera mise sur pied pour élaborer le document final qui sera discuté en conseil des ministres. Cette commission devrait, selon "Liberté", être composée notamment des ministres des Finances, de la Participation et de la Coordination des réformes, de l’Énergie et des Mines et de la Justice. Le document présenté en janvier dernier par le Premier ministre sortant, Ahmed Benbitour, au parlement, qui l'avait adopté, sera remanié. Le volet relatif à la privatisation, la restructuration des entreprises publiques et l’investissement devrait être totalement modifié, le changement de gouvernement correspondant sur ces thèmes à une "radicalisation" de la politique de privatisation. Le gouvernement fera sa première apparition publique le 3 septembre en assistant au grand complet à l’ouverture des travaux de la session d’automne au Sénat et à l’assemblée nationale (APN). Par ailleurs, "Liberté "croit savoir que le nouveau chef du gouvernement Ali Benflis entamera au courant de la semaine prochaine une série de consultations avec les chefs des partis qui siègent au gouvernement", mais également avec le Parti des Travailleurs et le FFS, afin "d’expliquer à ses interlocuteurs les raisons (du) changement (de Premier ministre) et sa portée politique ainsi que ses intentions.

(Liberté 30.8) L’ancien directeur de Cabinet du Président Liamine Zeroual et candidat aux élections présidentielles du 15 avril 1999, Youcef Khatib est partie prenante dans le projet de création d’un nouveau parti avec les huit ex-députés du FFS, annonce, "de sources bien informées", le quotidien "Liberté". Les assises du nouveau parti "un "grand parti de gauche", selon l'un de ses initiateurs, l'ex-FFS Abdeslam Ali Rachedi, pourraient avoir lieu au mois d’octobre. des esquisses de projets de statuts et de programme sseraient déjà prêtes. Les initiateurs de cette formation disent qu’ils ont la ferme conviction que sur "la scène politique algérienne existe une grande place pour un grand parti de gauche". Cependant, d'autres anciens membres du FFS (le "groupe de Tizi"), avec Saïd Khellil, Rachid Halet et Saïd Hamdani, qui ont quitté le FFS en 1995, ne semblent pas prêts à rejoindre le nouveau parti en gestation.

(El Watan 30.8, Liberté 30.8) Une centaine d’élus du FFS, dont le sénateur A. Amri et les députés Djamel Zenati, Dalila Taleb, Ikhlef Bouaïche, Arab Azzi, ont tenu le 29 août un rassemblement devant l’entrée principale du siège de la wilaya de Bejaïa, en réponse à l’appel de leur parti, lancé à l’issue de la conférence nationale de ses élus, pour "dénoncer la dilapidation du patrimoine foncier" et "la campagne de dénigrement contre l’élu". Une délégation des élus du FFS, conduite par les deux députés, a été reçue par le wali, qui leur a signifié son refus de laisser les élus "investir" l’enceinte de la wilaya, protégée par les forces de sécurité qui ont empêché les manifestants d'entrer. Les élus FFS se sont ensuite réunis pour décider de nouvelles actions de protestation contre les entraves qu'ils accusent les autorités de mettre à l'action des élus locaux et nationaux.

(Le Matin, El Watan 2.9, Liberté 4.9) Le Front des Forces Socialistes a une nouvelle fois, lors d'une conférence publique tenue le 31 août, accusé la municipalité de Tazmalt, dirigée par Smaïl Mira, par ailleurs chef des milices anti-islamistes locales, de pratiquer "la politique de la terre vendue" et de brader des terrains à sa clientèle. Le FFS cite notament les cas d'un capitaine de l'armée, d'un élu RCD et d'un ancien directeur de journal d'avoir bénéficié de faveurs de la municipalité. Les élus FFS accuse également une coopérative immobilière proche de la municipalité d'"usage de faux et de falsification d'actes de propriété". La Fédération de Sétif du FFS, dont les élus se sont rencontrés le29 août à Beni Ouartilane, dénonce quant à elle le "déclenchement honteux de campagnes visant à discréditer et à dévaloriser les élus", ainsi que "les entraves, les blocages et les pressions de l'administration", et réclame une "répartition équitable des ressources de la wilaya". Enfin, les députés du FFS à l'Assemblée nationale en ont boycotté, le 3 septembre, la séance d'ouverture de la session d'automne en signe de protestation contre "les dérives successives d'un pouvoir personnel qui viole la Constitution" et réduit les chambres "à de simples chambres d'enregistrement", après avoir "discrédité" les élections "par la fraude".

(Jeune Indépendant 2.9, Le Matin 2.9, 3.9, Liberté 4.9) Le Rassemblement national démocratique (RND) a répondu, lors de la réunion de son bureau national le 31 août, à l'intention exprimée par le Secrétaire général du FLN, lors de l'"université d'été" de son parti, de déterrer le rapport sur la fraude électorale, en exigeant le respect de la légitimité des institutions élues. Quant à l'idée du président Bouteflika d'enquêter sur la situation et les pratiques des élus, le RND (principal parti de la coalition gouvernemental, principal parti au parlement, et vainqueur des dernières, et contestées, élections législatives et locales) estime que de telles enquêtes, qu'il qualifie de "mesures désolantes", risque de porter atteinte à la crédibilité de l'Etat et de ses institutions, et à la "préservation des intérêts suprêmes du pays". Le RND dénonce une "campagne ciblant tous les élus". Cela étant, l'ancien "parti présidentiel" de Liamine Zeroual félicite le nouveau Premier ministre, Ali Benflis, et l'assure de son soutien indéfectible. Le RND (dont le nombre de ministres au sein du nouveau gouvernement a été réduit par rapport à l'ancien, et qui perd notamment le ministère des Affaires étrangères) précise cependant qu'il ne soutient pas tel ou tel homme politique qui travaillerait pour des intérêts autres que ceux "supérieurs du pays" et s'abstient, pour la première fois, d'exprimer explicitement son soutien au président Bouteflika; le parti d'Ahmed Ouyahia affirme sa volonté de préserver "l'option démocratique et républicaine", ce qui, selon certains commentateurs de la presse, pourrait exprimer son désaccord avec la nomination d'Abdelaziz Belkhadem aux Affaires étrangères. Pour sa part, le FLN, outre la publication du rapport sur les fraudes électorales (qui avaient bénéficié largement au RND), demande implicitement la tenue d'élections locales anticipées, sous contrôle de "commissions de contrôle neutres et indépendantes". "Liberté" laisse entendre que le secrétaire général du FLN, Boualem Benhamouda, aurait décidé de démissionner de son poste pour protester contre la nomination de Belkhadem (qu'il avait fait exclure du FLN en mars 1998) au gouvernement.

(Liberté 2.9) Le Conseil consultatif (Majlis Echoura) du mouvement islamiste Ennahda, qui s'est réuni les 31 août et 1er septembre, et dont certaines rumeurs prédisaient qu'il pourrait recommander le départ du mouvement de la coalition gouvernementale, n'en a finalement rien fait, mais a néanmoins dénoncé le dernier remaniement ministériel ("son" ministre, Mohamed Ali Boughazi, ministre des Travaux publics, de l'aménagement du territoire, de l'Environnement et de l'urbanisme dans le gouvernement Benbitour, ne se retrouve plus que ministre délégué à l'Enseignement supérieur dans le gouvernement Benflis). Ennahda dénonce une procédure de remaniement ministériel "loin de la logique de concertation", ce qui porte atteinte à "l'équilibre politique réalisé de manière laborieuse au sein du gouvernement" et "consacre le phénomène de l'instabilité politique". S'agissant du maintien ou non d'Ennahda dans la coalition gouvernementale, ce sera le Bureau national du mouvement qui prendra la décision.

(AFP 3.9) Le président iranien Mohammed Khatami devrait rencontrer, en marge du "Sommet du Millénaire" qui se tient à New York, le président Bouteflika, scellant ainsi le rapprochement entre l'Algérie et l'Iran. Le 15 août, le président Bouteflika avait rendu un hommage appuyé à son homologue iranien. Les relations diplomatiques entre l'Algérie et l'Iran ont été rompue en 1993, Alger accusant Téhéran de soutenir les islamistes armés.

(Ribat 30.8, 6.9) Commentant le remaniement ministériel et le changement de Premier ministre, le bulletin du FIS-Kébir, "El Ribat", considère dans son édition du 30.8 que "le limogeage de Benbitour (n'est) pas du au conflit qui (l') opposait à son ministre de la Participation et des privatisations" mais à la volonté d'Abdelaziz Bouteflika de "démontrer qu'il est le seul maître à nord et qu'il n'obéit à aucune force militaire ou politique". Avec la nomination d'Ali Benflis comme Premier ministre, "le Président de la République a fait un grand pas vers le régime présidentiel qu'il veut mettre en pratique", écrit "El Ribat, qui salue la nomination d'Abdelaziz Berkhadem, "connu pour être un partisan du dialogue avec le FIS", à la tête du ministère des Affaires étrangères, ce qui "est une véritable giffle donnée au RCD" (lequel perd en outre le ministère de la Santé). Cela étant, dans son édition du 6 septembre, "El Ribat" écrit que "le gouvernement Benflis n'est d'accord sur rien", que "les membres de ce gouvernement ne constituent pas une équipe" et que "chacune des composantes de la coalition aiguise ses couteaux et fomente des complots".

(Liberté 3.9, Le Matin 4.9, 5.9, 6.9) Le changement gouvernemental continue de susciter des remous dans plusieurs partis de la coalition. Si finalement le Secrétaire général du FLN, Boualem Benhamouda, qui avait évoqué la possibilité de démissionner de son poste pour protester contre la désignation d'Abdelaziz Belkhadem comme ministre des Affaires étrangères, a renoncé à ce geste,le FLN demande désormais un sommet de la coalition, et appelle les autres partis de cette coalition à "serrer les rangs" et à "multiplier les réunions de concertation". Boualem Benhamouda a rencontré le 5 septembre le président de l'ANR, Redha Malek, et devrait rencontrer ces jours les autres chefs des autres partis gouvernementaux, Mahfoud Nahnah (MSP), Saïd Sadi (RCD) et Ahmed Ouyahia (RND). Pour sa part, Ahmed Ouyahia, exige désormais la démission du FLN du nouveau Premier ministre, Ali Benflis. Selon "Le Matin", Ahmed ouyahia, ministre de la Justice, aurait même refusé de siéger dans le nouvel exécutif, du fait de la nomination de Belkadem aux Affaires étrangères, et n'aurait été convaincu de se retirer du gouvernement qu'après de nombreuses interventions et des promesses d'explication du président Bouteflika. Enfin, dans le bulletin du RCD, Saïd Saadi, pour qui la nomination de Belkhadem est "tout sauf banale", relève qu'elle a été faite "sans la moindre concertation". "Le Matin" évoque d'ailleurs la possibilité de l'éventualité du départ du ministre des Affaires étrangères, et de celui du ministre de la Communication, "pour préserver l'actuelle coalition gouvernementale jusqu'à présentation et adoption de la Loi de finances" Le Conseil national du RCD devrait se réunir avant la fin de septembre pour adopter la position du parti à l'égard du nouveau gouvernement (avec lequel, selon "Le Matin", la moitié du groupe parlementaire RCD demande que le parti rompe).

(El Watan 4.9, Jeune Indépendant 6.9) "El Watan" et "Le Jeune Indépendant" évoquent la "probable nomination" du général en retraite Larbi Belkheir au poste de directeur de cabinet du président Bouteflika, en remplacement d'Ali Benflis, ce qui correspondrait au souhait d'une "partie de la hiérarchie militaire". Larbi Benkheir avait déjà occupé ce poste auprès du président Chadli.

(El Watan 5.9) Selon "El Watan", le président Bouteflika, qui "n'a jamais caché son aversion pour le bicaméralisme", aurait l'intention de "bloquer" le Sénat (Conseil de la Nation) en ne procédant pas à la nomination du tiers des sièges réservés à des personnalités désignées par la Présidence. Le Conseil de la Nation est actuellement en grande partie composé de personnes nommées par l'équipe présidentielle de Liamine Zeroual

(La Tribune 5.9) Le Comité opposé à la normalisation des relations de l'Algérie avec Israël a rappelé, dans un communiqué, visiblement destiné au nouveau ministre des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem, l'un des membres fondateurs du comité, son opposition à cette normalisation

(MAOL 7.9) Dans un communiqué daté de Madrid, le 7 septembre, signé du "colonel Baali Ali", le "Mouvement algérien des officiers libres" (MAOL) affirme que le président Bouteflika a rencontré, à sa propre "demande inststante", lors de son passage à Madrid (passage dont le MAOL ne donne pas la date), des "représentants du MAOL à l'étranger", représentants à qui il aurait demandé le soutien du MAOL "pour sortir l'Algérie de la crise", et qui auraient posés comme "conditions fondamentales" à ce soutien des "paramètres" (que le MAOL ne précise pas) que Bouteflika auraient "acceptés" en promettant d'en tenir compte. Le communiqué du MAOL dénonce la "nomination du véreux Larbi Belkheir au poste de chef de cabinet à la présidence de la République" comme une "insulte sans commune mesure à toutes les victimes du peuple algérien", et accuse Belkheur d'avoir les mains "souillées par le sang de Boudiaf (et de) Merbah", et annonce que le MAOL "ne reconnaît plus l'autorité de Bouteflika en tant que président digne de la République Algérienne et exige solennellement sa démission du poste qu'il n'a pas su honorer".

(Authentique, Matin 6.9, El Watan 7.9) Environ 200 élus et militants du FFS se sont rassemblé le 5 septembre à Bejaïa, pour la deuxième fois en une semaine, malgré l'interdiction du wali (préfet) de leur rassemblement dans l'enceinte du siège de la wilaya, pour dénoncer les "dérapages" dans la gestion de la wilaya de Bejaïa. Avec à leur tête les députés Djamel Zenati et Dalila Taleb, et le sénateur Abdelmadjid Abid, les élus FFS ont dénoncé la "mafia du foncier". Djamel Zenati a notamment accusé le wali lui-même, dont il a demandé le départ, d'être impliqué dans une affaire d'attribution de lots de terrains à Souk El-Tenine, et a dénoncé les "pressions qui s'exercent ces temps-ci sur des journalistes qui rapportent les déclarations des élus FFS sur les affaires liées au foncier". Le FFS a annoncé d'autres révélations dans les jours prochains, révélations concernant des "affaires" sur l'ensemble du territoire national. Les élus socialistes ont ensuite entamé une marche vers la salle de conférence de l'assemblée communale (que le FFS domine). Le Secrétariat national du FFS a dénoncé dans un communiqué l'attitude des autorités, "effrayées par les initiatives pacifiques" des élus du parti lorsque ceux-xi "s'insurgent contre une gestion maffieuse du patrimoine public et du foncier". Le FFS dénonce la "campagne menée contre les élus par ceux qui, des années durant, ont participé à la dilapidation des richesses nationales". A Tizi Ouzou, les élus du FFS se sont réunis pour faire part des entraves qu'ils reprochent à l'administration d'imposer à leur activité.

(Le Matin 10.9) Le Wali (préfet) de Bejaïa, publiquement mis en cause par le FFS le 5 septembre dans une affaire d'acquitision de terrains à Souk El Tenine, a apporté un démenti officiel aux déclarations, qu'il qualifie de "diffamatoires" des représentants du FFS. Laissant entendre que le document l'impliquant dans une opération de bradage du patrimoine foncier public serait un faux, Djilali Arar a affirmé s'être désisté en 1999 de l'acquisition du lot de terrain en question, qui lui avait été cédé en 1992, mais que ce désistement a été refusé par l'agence officielle compétente (AIGRFU). Le préfet n'a pas exclu une action en justice contre ceux qui l'accusent. Il affirme également n'avoir jamais interdit les manifestations du FFS dans l'enceinte de la préfecture, "du fait qu'elles n'ont jamais fait l'objet d'une quelconque demande d'autorisation". Enfin, le chef de Daïra (sous-préfet) d'Akbou a appelé les "organisations de la société civile", dont l'UGTA, a soutenir le préfet.

(Es Sahafa 8.9, Liberté 9.9) Dans un entretien accordé à "Es Sahafa", le chef de l'instance exécutive du FIS à l'étranger, Rabah Kebir, se réjouit de l'arrivée au gouvernement d'Abdelaziz Belkhadem, dont il déclare (sans le nommer) qu'il s'agit d'une "personnalité respectable qui n'a jamais cessé de plaider pour la réconciliation nationale et la recherche d'une solution globale à la crise", et qui dispose désormais, en tant que ministre des Affaires étrangères, de "l'occasion (...) de concrétiser cet objectif".

(AFP, Le Matin 9.9) L'Algérie et l'Iran ont annoncé le 8 septembre la reprise de leurs relations diplomatiques, au terme d'un processus de normalisation enclenché depuis plusieurs mois. Les présidents Mohammad Khatami et Abdelaziz Bouteflika ont eu un entretien pour formaliser la reprise des relations entre leurs deux pays, et ont présenté les sept années de rupture comme "une parenthèse sombre et malheureuse" dans l'histoire de l'Algérie et de l'Iran. Le président Khatami a affirmé à la télévision algérienne que "la situation en Algérie est une affaire intérieure" et a exprimé ses "regrets à la suite des souffrances subies par le peuple algérien et l'Algérie ces dernières années". L'Algérie avait rompu ses relations diplomatiques avec l'Iran en 1993, l'accusant de soutenir financièrement et politiquement, et d'entraîner militairement, les islamistes armés algériens. Les dirigeants iraniens de l'époque avaient ouvertement appelé à l'établissement en Algérie d'une "République islamique" sur le modèle iranien. Selon "Le Matin", plusieurs chefs des groupes islamistes armés auraient ainsi été entraînés en Iran, dont Djamel Zitouni. L'Iran aurait versé 600 millions de dollars pour financer la campagne électorale du FIS en 1991

(Ribat 13.9) La dernières parution du bulletin "El Ribat" (FIS-Kébir) reproche à Abdelaziz Belkhadem, ministre des Affaires étrangères, dd'avoir "choisi de se taire, malgré son isolement ou sa mise au placard par le Président de la République lui-même", et qui se traduit par son absence des manifestations internationales les plus importantes de ses dernières semaines. Le ministre, "souffre douleur de la presse éradicatrice", est "un ministre des Affaires à temps partiel", écrit "El Ribat".

(Jeune Indépendant 13.9) Deux anciens généraux pourraient être nommés à des postes "à la présidence de la République", annonce le quotidien londonien "Al Hayat" le 12 septembre. L'un de ces deux généraux (l'autre n'est pas nommé, mais serait un proche du général Larbi Belkheir) serait le général à la retraite Mohamed Touati, réputé "éradicateur", voire "soutien militaire du RCD", et considéré plutôt comme un adversaire d'Abdelaziz Bouteflika -ce qui ferait de sa nomination celle d'un "surveillant militaire" du président.

(Liberté 13.9) Les Assises nationales constitutives de l'"Alternative démocratique et sociale" (ADS), nouveau parti politique créé notamment par des dissidents du FFS (autour de Abdeslam Ali Rachedi), du PRA (autour de l'ancien secrétaire général du parti, Sofiane Djilali) et du RND (autour de Heider Bendriham), devraient se tenir le 26 octobre, a annoncé l'un des fondateurs du parti, l'ex-député FFS Nacer Mezar au quotidien "Liberté". D'autres acteurs politiques, comme le "groupe de Tizi" issu du FFS et Youcef Khatib, pourraient rejoindre l'ADS.

(Jeune Indépendant 13.9, Le Matin 14.9) Le RND d'Ahmed Ouyahia a estimé, dans une déclaration au "Jeune Indépendant", que la réunion des sept partis membres de la coalition gouvernementale n'était pas opportune dans la conjoncture actuelle. Cette réunion avait été proposée par le FLN, qui selon les observateurs de la scène politique algérienne, tenterait de prendre le leadership de la coalition -ce que le RND revendique également pour lui-même.

(Jeune Indépendant 13.9) Le président Bouteflika a affirmé au quotidien londonien "Al Sharq al Awsat" n'avoir eu aucun contact avec aucun officiel israélien depuis sa fameuse rencontre avec le Premier ministre Ehud Barak, aux obsèques du roi du Maroc Hassan II en juillet 1999. Abdelaziz Bouteflika a également affirmé qu'il ne rencontrera aucun responsable israélien dans l'avenir, et n'en a rencontré aucun lors du sommet du Millénaire à New-York, "aussi longtemps que les problèmes palestinien, syrien et libanais restent posés". A plusieurs reprises, des media israéliens ont fait état de rencontres entre Bouteflika ou des officiels algériens et des officiels israéliens. Le président Bouteflika avait d'ailleurs lui-même confirmé avoir rencontré Shimon Peres, ministre israélien de la Coopération régionale (et ancien Premier ministre) aux Baléares.

(Liberté 13.9) Répondant à une question sur l'éventuel retour du FIS sur la scène politique algérienne, le président Bouteflika a affirmé au service arabe de la BBC que la question ne se posait plus, car le FIS "N'existe plus". Abdelaziz Bouteflika a également laissé entendre qu'il n'était pas prêt à accorder une grâce à Ali Benhadj

(El Watan 17.9) Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a décidé le 16 septembre de rétrograder et de muter 14 chefs de cour. Selon "El Watan", il s'agit d'une première mesure de sanctions à l'égard de ces masgistrats, qui pourraient 'etre radiés de la magistrature.

(El Watan 17.9) "El Watan" écrit qu'"une forte tendance à l'intérieur des structures" du RCD pousserait le parti au retrait de ses deux ministres de la coalition gouvernementale, après la nomination de l'"islamo-conservateur" Belkhadem aux Affaires étrangères, le rétablissement des relations diplomatiques avec l'Iran et la rétrogradation (ou ce qui est perçu comme telle) du ministre RCD Amara Benyounps de la Santé aux Travaux publics. Au surplus, écrit "El Watan", les partisans du retrait du gouvernement y voient un moyen de contrer le FFS, dont la campagne très "oppositionnelle", notamment en Kabylie, a une audience qui inquiète les cadres RCD, qui craignent que leur parti n'apparaisse finalement que comme un "faire valoir" au sein d'une coalition dominée par les islamistes et les conservateurs.

(Le Soir 16.9, El Watan 17.9) Le président Bouteflika a "rappelé à l'ordre", lors du Conseil des ministres du 14 septembre, les partis de la coalition gouvernementale, en leur rappelant que les engagements contenus dans le programme présidentiel ne sont pas "des engagements unilatéraux et personnels" du seul président, mais qu'ils constituent "un engagement collectif" des forces qui les ont soutenu, et dont la solidarité avec l'exécutif ne peut se réduire à "une adhésion seulement formelle" ou à des "positions qui n'impliquent pas pleinement un engagement déterminé de leurs auteurs".

(El Watan 18.9) Une délégation d'experts sud-africains dans la lutte anti-terroriste séjourne depuis le 16 septembre en Algérie. Elle devrait s'entretenir avec des responsables algériens des questions liées au terrorisme. L'Ambassade d'Afrique du Sud, qui n'a pas confirmé l'information (diffusée par l'AFP sur la base d'une information donnée par le "Sunday Times" britannique), rappelle que la coopération militaire algéro-sud africaine était déjà ancienne.L'Afrique du Sud a notamment vendu des armes, des munitions, des équipements et des hélicoptères de combat à l'Algérie alors que celle-ci était soumise à un embargo de fait sur ce type de fournitures. Par ailleurs, une délégation sud africaine comportant les ministres de la Sécurité et de la Justice est attendue à Alger le 22 septembre.

(AFP 20.9) Le président sud-africain Thabo Mbeki est attendu le 22 septembre à Alger pour une visite de travail de trois jours que les autorités algériennes qualifient d'"évènement exceptionnel" marquant la "très forte volonté politique" des deux pays de donner à leur relation un "cachet particulier", fondé sur une "même vision" des problèmes continentaux, et une "concertation permanente". Abdelaziz Bouteflika avait été, en 1974, alors qu'il était ministre des Affaires étrangères, à l'origine de l'exclusion de l'Afrique du Sud de l'ONU. Une haute commission bilatérale de coopération, co-présidée par les présidents Bouteflika et Mbeki, se réunira pour la première fois à l'occasion de la visite du second à Alger. Le président sud-africain sera accompagné d'une importante délégation de neuf ministres et d'une quarantaine d'entrepreneurs. Neuf groupes de travail, co-présidés chacun par un ministre algérien et un ministre sud-africain, seront mis en place pour étudier les perspectives de coopérations, et plusieurs accords devraient être signés. Actuellement, les échanges entre les deux pays ne représenteraient annuellement que 15 millions de dollars en moyenne, et leur coopération est encore essentiellement centrée sur le domaine militaire. En 1998, l'Algérie est devenue le premier client de l'industrie sud-africaine d'armement, avec un total de 15,4 millions de dollars d'achats.

(AP 23.9, Le Matin 24.9) L'Algérie et l'Afrique du Sud ont signé le 22 septembre un accord de coopération militaire et d'échange d'informations en matière de lutte contre le terrorisme et la criminalité. Le document, dont la teneur n'a pas été divulguée, a été signé par le chef d'état-major algérien, le général Mohamed Lamari, et le ministre sud-africain de la Défense, Mosiuoa Lekota. Auparavant, les présidents algérien et sud-africain Abdelaziz Bouteflika et Thabo Mbeki avaient parapgé la création de la "haute commission bilatérale" algéro-sud-africaine, destinée à relancer la coopération entre les dux pays dans les domaines de l'énergie, de l'hydraulique, des mines, de la pharmacie, des télécommunications et des finances. Des accords ont également été signés dans les domaines de la jeunesse et des sports, et des télécommunications; d'autres devaient être paraphés le 24 septembre, dans les domaines de l'énergie et des mines. Pretora et Durban devraient être jumelées, respectivement avec Alger et Oran.

(Le Matin 21.9) Selon "Le Matin", une fusion serait possible entre le Wafa d'Ahmed Taleb Ibrahimi et le Mouvement pour le renouveau national (MRN) d'Abdallah Djaballah avant les prochaines élections législatives et locales, et des "contacts assez poussés" auraient été pris entre les deux mouvements. Une telle fusion permettrait au Wafa, toujours dans l'incertitude quant à sa légalisation, de surmonter le refus du pouvoir de lui accorder l'"agrément" officiel sanctionnant cette légalisation.

(Le Matin 24.9) Le premier responsable du Mouvement démocratique et social (MDS), El Hachemi Cherif, dénonce, après l'interpellation de plusieurs militants du MDS par la police sur le marché de Aïn Benian (ces militants ont été libérés après plusieurs heures de garde à vue) le "traitement insidieux que le réserve le pouvoir au MDS", traitement destiné celui lui à "effrayer les cadres" du mouvement. Le MDS dénonce des arrestations et des interpellations systématiques, y voit une atteinte aux libertés et au multipartisme démocratique" et une pression sur toutes les forces d'opposition dénonçant l'échec de la politique de "concorde civile" et le bradage de l'économie nationale.

(La Tribune 20.9 Le Matin 24.9) Le refus du gouvernement de s'engager rapidement dans une opération de revalorisation immédiate des salaires place l'UGTA, qui a fait de cette revalorisation l'une de ses principales revendications, dans l'embarras, d'autant qu'elle s'oppose également à l'option de "privatisation totale" réaffirmée par le ministre en charge du dossier, Hamid Temmar. L'augmentation des salaires avait fait l'objet d'un accord de principe entre l'ancien Premier ministre Ahmed Benbitour et le Secrétaire général de l'UGTA, Madjid Sidi Saïd, et un group de travail devait être mis sur pieds pour concrétiser cet accord. Ahmed Benbitour s'opposait également à la privatisation totale, se prononçant pour une relance de l'investissement et un soutien (prudent) au secteur public -ce qui a sans doute hâté sa chute. Son successeur, Ali Benflis, a mis en garde contre toute surenchère dans les revendications sociales, en affirmant que "l'embellie financière" actuelle "ne doit pas faire illusion, car elle n'est pas le résultat d'une création de richesse" mais celui, simplement, de l'augmentation du prix du pétrole. Le 19 septembre, le ministre des Finances, M. Benachenhou, a annoncé que la masse salariale du secteur public, qui équivaut à 10 % du PIB, ne sera pas augmentée. Autrement dit : les salaires du secteur public ne pourront augmenter que si le nombre de salariés diminue.

(Liberté 24.9) Le Bureau de l'Assemblée nationale a donné le 23 septembre son feu vert à la constitution d'un groupe parlementaire des indépendants, formé essentiellement de dissidents du FFS, et à la reprise des activités du groupe parlementaire du FFS, "délesté" de ses dissidents.

(El Watan 23.9) Le président du RCD, Saïd Sadi, a déclaré lors de la Conférence nationale des élus de son parti (membre de la coalition gouvernementale), le 21 septembre, que le régime politique installé en Algérie depuis l'indàpendance était "finissant", en précisant que "la fin de quelque chose ne signifie pas forcément la naissance de quelque chose de meilleur". Et de menacer de quitter la coalition "reconduisait les erreurs" du passé : "le contrat peut être rompu à tout moment", et "notre mission est aussi le devoir de vigilance démocratique".

(El Watan 23.9, 24.9) Le Rassemblement national démocratique (RND, principal parti de la coalition gouvernementale) a refusé de prendre part au débat à l'Assemblée nationale sur le programme du gouvernement Benflis. Seul le président du groupe parlementaire du RND, Noureddine Terbak devait prendre la parole. Le chef du parti, le ministre d'Etat, ministre de la Justice et ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, assure que cette attitude ne manifeste pas un mécontentement du RND à l'égard du nouveau gouvernement, mais des députés du parti vont plus loin : Hitta Amara a ainsi déclaré à "El Watan" que le RND ne voulait pas "d'un pouvoir présidentiel fort", et plusieurs députés considéreraient que la direction de leur parti a adopté une attitude trop molle face au président et au gouvernement, certains ayant même souhaité qu'Ahmed Ouyahia démissionne du gouvernement en signe de protestation contre le "mépris" affiché par le président lors de la formation du nouveau gouvernement, et de la désignation d'un nouveau Premier ministre non issu du principal parti de la majorité parlementaire. La position d'Ahmed Ouyahia est d'ailleurs ambiguë, la rumeur affirmant que le chef du RND serait l'un des principaux concepteurs du programme du nouveau gouvernement et qu'il aurait affirmé en privé qu'il était partisan du Premier ministre Ali Benflis, que le RND le suive ou non. Devant le groupe parlementaire du RND, Ahmed Ouyahia a déclaré le 20 septembre : "En tant que commis de l'Etat, si j'avais à choisir entre l'Etat et le RND, je choisirais l'Etat". En fait, le RND est probablement en train de jouer sa survie politique : parti artificiel, créé pour soutenir le président Zeroual, il s'est constitué en agrégeant des forces issues d'autres partis (essentiellement du FLN) ou d'organisations de l'ancien système de parti unique. N'étant plus le "parti présidentiel" (Bouteflika n'en a jamais été membre), il ne dispose plus de l'assise qui a été la sienne, ni des moyens de fraude qui lui ont été utiles pour obtenir les positions parlementaires dont il dispose. Il est désormais soumis à la rude concurrence du FLN revenu au premier plan du paysage politique, et dont les actuels Président de la République et Premier ministre sont issus. Le FLN est en train d'ailleurs de structurer le soutien à Bouteflika, à travers une coordination nationale des associations de soutien au programme du président de la République, installée dans une vingtaine de wilayas et animée notamment par le député Ammar Saâdani. Du coup, "El Watan" se demande si Ahmed Ouyahia n'est pas "en train de se repositionner et d'opérer sa mue politique, en se préparant à lâcher le RND".

Par ailleurs, le débat sur le programme gouvernemental à l'Assemblée nationale a donné à plusieurs députés d'opposition l'occasion de critiquer parfois durement le gouvernement et le président Bouteflika : pour le député MRN Chohra, le président de la République "n'a pas le droit d'installer le chef du gouvernement comme simple secrétaire soumis à ses ordres et sans aucune prérogative". Le député indépendant Mohand Arezki Ferrad dénonce une phase de "recyclage de la dictature", le verrouillage du champ politique et médiatique, le refus d'agréer les partis Wafa et Front démocratique, et se demande à quoi vont servir les 20 milliards de dollars "qu'a gagnés l'Alkgérie" par l'augmentation du prix du pétrole. La porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, a estimé que la privatisation des mines et des télécommunications était contraire à la constitution, et a demandé l'organisation d'un référendum sur les privatisations. Du côté des partis gouvernementaux, le RCD, par la voix de Salah Brahimi, a suggéré une hausse de 20 % des salaires, le MSP, par la voix de Djillali Mehri, a demandé l'utilisation du Fonds spécial Sud, alimenté par les recettes pétrolières, pour améliorer l'infrastucture des régions méridoniales.

(Liberté 28.9) Le programme du gouvernement a été approuvé le 17 septembre par l'Assemblée nationale, par 327 voix contre 15 et 6 abstentions.

(Le Matin 25.9, 28.9) Interdit par les autorités algéroises d'organiser le meeting sur "les derniers évènments intervenus sur la scène nationale" qu'il avait prévu de tenir le 28 septembre dans la salle Atlas de Bab el Oued, salle que ses gestionnaires avaient accepté de lui louer, le mouvement Wafa de Taleb Ibrahimi menace de manifester dans la rue lors d'une marche populaire, dont la date et le parcours n'ont pas été fixée. Wafa se trouve toujours dans la même situation depuis des mois, ni interdit ni légalisé, et attend toujours son "agrément" officiel formel, après que le délai imposé par la loi aux autorités pour donner cet agrément ait été largement dépassé.

(Le Matin 25.9) Selon "Le Matin", le président Bouteflika serait en passe de constituer son propre parti, le "Mouvement pour la concorde civile" (MCC), constitution dont son frère, Saïd, aurait été chargé. Le nouveau "parti présidentiel" serait constitué à partir des comités de soutien à la candidature de Bouteflika à la présidence, en 1999, des "associations de citoyens" créées pour soutenir la politique de "concorde civile" et des sympathisants du mouvement qu'a tenté, sans succès, de créer le général Attailia.

(Le Matin 30.9) Le Rassemblement pour le culture et la démocratie (RCD, gouvernemental) a exprimé au terme de la réunion, le 28 septembre, de son Conseil national, ses inquiétudes à l'égard de ce qu'il considère comme les ambiguités politiques du président Bouteflika, et son regret que la méthode de travaille présidentielle s'impose "au détriment de la concertation, fondant tout compromis". Le RCD affirme sa volonté ne ne pas "transiger sur la lutte contre l'intégrisme et l'accomplissement de la résistance patriotique à travers un projet démocratique", et considère que la "confusion" politique actuelle, "si elle venait à durer, risque de réduire l'élan de la résurrection" et de faire obstacle à l'investissement étranger.

(Corr 30.9) Après les nominations, pratiquement acquises mais non encore officiellement sanctionnées, des généraux Belkheir et Touati, respectivement en tant que Chef de cabinet et de Conseiller aux affaires militaires de la présidence de la République, un troisième général pourrait rejoindre le "staff" présidentiel, en tant que Conseiller à la sécurité : le général Chelloufi, ancien commandant de la Gendarmerie nationale et de la Garde républicaine.

(La Tribune 30.9, L'Authentique, Liberté, El Watan 1.10) Lors de l'inauguration par le FFS du nouveau siège de sa section de Tizi Ouzou, le Premier secrétaire du parti, Ali Kerboua, a dénoncé l'échec de la loi sur la concorde civile, qui a "occulté toute chance de rétablissement de la paix", mais également le bradage de l'économie nationale algérienne. Le président du groupe parlementaire FFS à l'Assemblée nationale, Mustapha Bouhadef, a même évoqué lors d'une conférence de presse, le 30 septembre, la possibilité que l'Algérie ait déja "perdu la majorité de son droit de propriété sur les champs pétrolifères". Pour Mustapha Bouhadef, le nouveau Premier ministre (dont le FFS a refusé de voter le programme lors du débat à l'Assemblée nationale) n'est que le "super-secrétaire" d'un président de la République qui "veut un chèque en blanc pour le bradage" de la démocratie ("ils veulent substituer les associations aux partis politiques") et de l'économie nationale. Le chef du groupe parlementaire socialiste dénonce un programme gouvernemental "antisocial et antinational (...) qui vise plus d'exclusion et de chômage" : "Nous avons non seulement voté contre le programme du gouvernement, mais contre la démarche de tout le pouvoir", a déclaré Mustapha Bouhadef.

(La Tribune 30.9) Dans un communiqué rendu public le 29 septembre, le Parti des Travailleurs a justifié son refus de voter le programme gouvernemental en affirmant que ce programme viole l'article 17 de la Constitution, qui définit "les secteurs relevant de la propriété publique inaliénable", et demande "le rééexamen de toutes les décisions de dissolutions et de privatisations prises en contradictions avec ce même article". Le PT réclame un référendum national sur les privatisations.


(El Watan 3.10, Ribat 4.10, Liberté 5.10) La commémoration du douzième anniversaire des émeutes d'octobre 1988, qui ont amené la chute du système de parti unique en Algérie, a suscité des commentaires évidemment fort contradictoires dans la presse et de la part des partis politiques algériens. Le bilan même des émeutes d'octobre 1988 fait divergence : le bilan officiel fait état de 160 morts, l'Association des victimes d'Octobre (AVO 88) de plus de 400 morts, le bulletin du FIS-Kébir, "El Ribat", parle de près d'un millier de morts, de plusieurs milliers de blessés et de dizaines de milliards de dinars (de milliards de FF) de dégâts matériels, bilan dont il rend "exclusivement" responsable le pouvoir, et en particulier le général Khaled Nezzar, dont le bulletin islamiste demande le jugement, pour la répression de 1988 et pour celle, dirigée contre les islamistes, de mai 1991, en assimilant "ce qui s'est passé en Algérie en janvier 1992" à "ce qui se déroule aujourd'hui à Belgrade". A l'autre bout de l'échiquier politique, le Mouvement démocratique et social (MDS) commémorera le 5 octobre à Oran par un "Forum citoyen" auquel il a invité diverses associations, afin de débattre d'une quinzaine de thèmes, de la réforme de l'école à l'amazighité. Pour le MDS, le système discrédité par le soulèvement d'octobre 1988 est toujours en place, mais a réussi à "ingurgiter" l'islamisme. A Bejaïa, l'association des victimes d'octobre 1988 (AVO) a appelé à une marche "contre l'oubli et la trahison" et "pour la consolidation des acquis démocratiques". L'AVO revendique notamment la reconnaissance officielle du statut de martyr pour les cinq jeunes tuées il y a douze ans, dans la seule ville de Bejaïa. Sur l'interprétation m&# 234;me des événements, et de leurs causes, les divergences sont tout aussi prononcées, même entre les hommes du pouvoir de l'époque (et qui sont d'ailleurs souvent encore des hommes du pouvoir, aujourd'hui) : le général Khaled Nezzar évoque la possibilité que "des services spéciaux étrangers" aient été mêmés aux événements, mais surtout parle d'un "complot interne" au pouvoir algérien lui-même, visant "la déstabilisation des institutions"; Le général Belkheïr, lui, évoque plutot "l'expression d'un malaise général dans lequel l'Algérie baignait depuis de très nombreuses années", et récuse la thèse du complot; Abderrahmane Mahmoudi, lui, voit carrément la "main de Mitterrand" derrière les émeutes.
(Le Matin 5.10, L'Authentique 8.10) L'association RAJ (Rassemblement action jeunesse) a commémoré, comme chaque année, le 8 octobre l'anniversaire du soulèvement d'octobre 1988. RAJ considère que "la porte de l'espoir entrouverte en octobre 1988 tend à êtree refermée", et revendique l'instauration du 5 octobre comme "journée officielle de la démocratie". Cette année, RAJ a placé la commémoration sous le slogan "Evènement d'Octobre, liberté, vérité et justice, en appelant notamment à un rassemblement à la Place des Martyrs, à Alger (lors duquel l'hommage aux victimes de 1988 devait se doubler d'un hommage aux victimes palestiniennes des derniers jours). La presse algérienne a consacré une large place dans ses éditions du début octobre aux événements de 1988, faisant le tour de toutes les hypothèses émises, à l'époque et aujourd'hui, pour les expliquer, du complot international à la lutte de clans à l'intérieur du FLN. De nombreux témoignages de victimes de la féroce répression qui a suivi les émeutes ont été publiés : ainsi de celui d'Abdelkader Zaabat, ancien champion d'Algérie de lutte, torturé pendant un mois au commissariat de police; de Kabous, ancien mécanicien de Bab El Oued, lui aussi torturé, castré et laissé pour mort. "Le Matin" signale en outre que "les hommes symbolisant la situation qui prévalait lors de l'explosion d'Octobre sont de retour aux commandes" après l'élection de Bouteflika : Larbi Belkheir est chef de cabinet du président, Abdelmalek Nourani est Wali d'Alger, Mohamed Cherif Messaadia est "invité d'honneur du Président de la République dans toutes les cérémonies".

(Liberté 8.10) Les "grands électeurs" (élus locaux et régionaux) du Sénat ont été convoqués pour procéder au renouvellement partiel (la moitié de ses membres) du Conseil de la Nation, qui doit intervenir avant le 4 janvier 2001. Le Sénat algérien est composé de deux tiers d'élus au suffrage indirect, par un collège électoral formé des élus locaux et régionaux, et d'un tiers de membres désignés par le président de la République. L'opération de renouvellement partiel devrait se faire en deux temps, pour les élus : les "grands électeurs" (membres des assemblées communales et des assemblées de wilayas) tireront d'abord au sort le nom des sénateurs qui devront partir, et procéderont ensuite à l'élection de son(sa remplaçant/e. Quant au renouvellement de la moitié du "tiers présidentiel", il devrait intervenir dès fin novembre, début décembre.

(Liberté, Quotidien d'Oran , Jeune Indépendant11.10) Dans un entretien au quotidien "Horizons", le ministre de l'Intérieur, Yazid erhouni, a démenti le 10 octobre toutes les supputations relatives à l'organisations d'élections municipales anticipées, et a affirmé que "le rendez-vous électoral est maintenu à avril 2001", malgré les "quelques problèmes de blocage dans certaines APC". Des élections locales anticipées avaient notamment été réclamées par le FLN, qui se considère comme la première victime de la fraude qui avait marqué les précédentes élections, en juin 1997. Le porte-parole du parti, Ali Mimouni, a cependant fait savoir que les élections n'étaient désormais plus une "priorité" pour le FLN, en raison notamment de "la nomination d'un nouveau chef de gouvernement issu du FLN et qui, de surcroît, s'est doté d'un programme qui prend en charge nos préoccupations". Cependant, le FLN demande toujours la publication du rapport sur la fraude électorale, qui se trouve entre les mains du président Bouteflika.

(Soir d'Algérie 9.10, Quotidien d'Oran, Jeune Indépendant 11.10, Ribat 11.10) Le conflit israélo-palestinien continue de susciter de multiples réactions en Algérie, la mouvance islamiste étant particulièrement virulente, mais tous les partis sans exception condamnant la répression israélienne. Le MSP (Hamas) a tenu un meeting à Alger, en présidence du président de l'Observatoire national des droits de l'Homme, Kamel Rezzag Bara, et lors duquel l'Imam Gholam Mustapha (d'autres intervenants, comme le député MSP Mokhri, le président d'Ennahda Lahbib Adami, et finalement Mahfoud Nahnah, lançant le même appel, en des termes plus ou moins vengeurs) a invité au "Djihad pour la libération de la Palestine et l'extermination de l'ennemi sioniste". De son lieu de détention à Blida, Ali Benhadj a fait parvenir à ses proches, qui en ont fait un communiqué à la presse un appel à l'engagement pour "la libération de ce lieu saint de l'Islam" (Al Qods). Le parti Wafa (toujours ni légal, ni illégal) se profile également face à ce conflit. Une "marche nationale de soutien au peuple palestinien", proposée par le président du MRN (islamiste), Abdallah Djaballah, a reçu le soutien de Wafa et du Parti des Travailleurs, mais pas celui du FFS, qui, a expliqué son Premier secrétaire, est radicalement opposé à la "logique de guerre dans laquelle certains acteurs politiques algériens et arabes veulent enfermer la problématique palestinienne", et qui soutient le processus d'Oslo, "seule démarche capable de permettre l'instauration d'un Etat palestinien fort et démocratique". La marche devait se dérouler le 12 octobre, mais a été interdite par le ministère de l'Intérieur "pour des raisons d'ordre public". Louisa Hanoune, porte-parole du Parti des Travailleurs, a dénoncé l'attitude du ministre Yazid Zerhouni en l'accusant d'être "d'accord pour permettre que se poursuivre la répression féroce contre le peuple palestinien", et a appelé à manifester tout de même, malgré l'interdiction : "Je vois mal les policiers algériens charger des manifestants pacifiques pour la Palestine", a ajouté Louisa Hanoune. Les media officiels algériens n'ont cependant pas manqué de condamner la répression israélienne et de "chauffer à blanc l'opinion publique" algérienne, comme l'écrit le Quotidien d'Oran, "malgré une attitude diplomatique attentiste et tiède, en craignant une récupération politicienne de la question palestinienne à des fins de politique intérieure" comme lors de la Guerre du Golfe de 1991. Du côté du FIS, on se demande "à quoi servent les armées arabes ?", comme s'interroge le bulletin de Rabah Kébir, El-Ribat, qui donne sa réponse : "en général, les Etats disposent de forces armées (...) sauf que dans nos pays, (ce sont) les armées qui disposent de l'Etat" et qu'"on affame les peuples pour acheter des armes qui se retournent contre eux". Le bulletin islamiste rappelle que "les pays de la Ligue arabe, ce bidule inutile (...) totalisent près de deux millions de soldats qui hélas servent uniquement à écraser leurs peuples humiliés et offensés" et "pendant que les soldats israéliens tuent, les généraux arabes ventripotents suivent à la télévision les événements un verre à la main".

(Le Matin, Quotidien d'Oran 14.10) La Marche pour la Palestine, organisée à l'initiative des partis islamistes Wafa et MRN et du Parti des Travailleurs, et qui était prévue le 13 mai, n'a pu avoir lieu, un impressionnant dispositif sécuritaire l'ayant empêché. La marche avait été interdite par le ministre de l'Intérieur pour des motifs d'ordre public. Une cinquantaine de personnes, dont les responsables des trois partis convoquant la manifestation, Ahmed Taleb Ibrahimi, Abdallah Djaballah et Louisa Hanoune, se sont brièvement rassemblées place du Premier Mai, mais ont été rapidement dispersées. Les trois partis ont condamné l'interdiction de leur manifestation, Wafa dénonçant "l'accroissement de l'influence sioniste dans certains cercles du pouvoir et de la presse nationale privée". Le FFS, qui n'appelait pas à la marche, a également condamné son interdictionDe Chine, où il est en visite d'Etat, le président Bouteflika a réitéré la position officielle de l'Algérie, conditionnant toute normalisation avec Israël à la restitution du Golan et la reconnaissance d'un Etat palestinien avec Jerusalem pour capitale, mais a également reproché à Yasser Arafat d'avoir fait trop de concessions à Israël. "A mesure que la situation s'enlise en Palestine, la classe politique algérienne semble irrémidiablement divisée", écrit "Le Quotidien d'Oran", qui oppose "la dénonciation dans le plus pur style extrémiste des uns" (le MRN, Wafa) à "une autre position plutôt pragmatique, dans la mesure où elle appelle à la raison et surtout à dépassionner le problème", et qui serait celle, par exemple, du RCD.

(Soir d'Algérie 9.10, Quotidien d'Oran 11.10) Les "pré-congrès" de l'UGTA se succèdent au niveau des régions. Après le Sud et L'ouest, 326 délégués représentant les 16 wilayas de l'est se sont réunis le 8 octobre à Constantine, et 3000 délégués des wilayas du centre e 10 octobre à Zaralda, en présence du Secrétaire général de l'UGTAbdelmadjid Sidi Saïd et de son potentiel rival, Ammar Mehdi, actuel secrétaire à l'organisation, pour préparer le congrès national et, officiellement, débattre des problèmes sociaux. "Le mécontentement est perceptible au sein des délégués" face à une attitude de l'UGTA que beaucoup d'entre eux jugent trop passive et trop complaisante à l'égard des dégats sociaux de la politique gouvernementale, écrit "Le Soir" -qui rappelle qu'en outre, seuls 4 à 5 % des travailleurs du secteur privé adhèrent au syndicat. Le congrès de l'UGTA devrait adopter de nouveaux statuts, prévoyant un contrôle plus étroit du Secrétaire général par la Commission exécutive nationale, qui pourait lui "retirer sa responsabilité (...) pour négligence ou déciation". La Commission exécutive nationale et le secrétariat national voient leur pouvoir renforcé, même si congrès reste formellement souverain, et les nouveaux statuts légitimeraient en outre l'engagement de l'UGTA sur le terrain politique, engagement constant depuis la création de la centrale syndicale, mais jamais clairement revendiqués.

(Jeune Indépendant, Quotidien d'Oran15.10) Les représentants des sections syndicales de cheminots des onze wilayas du centre (Algérois, Kabylie) ont décidé de soutenir la candidature d'Amar Mehdi au secrétariat général de l'UGTA lors du congrès du 18 octobre, contre celle de l'actuel secrétaire général, Abdelmadjid Sidi Saïd. Les syndicalistes cheminots accusent l'UGTA de passivité devant la fermeture des entreprises, la compression des effectifs, le non paiement des salaires, la paupérisation de la classe moyenne et l'érosion du pouvoir d'achat des travailleurs. Pour sa part, Sidi Saïd devrait affirmer au congrès de l'UGTA son opposition aux privatisations, mais son soutien au "partenariat", dénoncer l'"économie de bazar" et justifier les engagements politiques de l'UGTA (soutiens à Liamine Zeroual, puis à Abdelaziz Bouteflika). De source syndicales, on estime les effectifs de l'UGTA à environ 850'000 membres.

(www.algeria-interface.com 13.10) La nomination d'un nouveau commandant en chef des forces terrestres de l'armée algérienne pourrait être reportée dans le courant de 2001. Le poste, occupé depuis six ans par le général Gaïd Salah, n'a pas été touché par les récents changements opérée en février dernier au sommet de la hiérarchie militaire. Depuis la création du poste, en 1984, trois de ses cinq titulaires successifs sont devenus les patrons de l'armée (sinon plus) : Les généraux Khaled Nezzar, Mohammed Lamari et Liamine Zeroual. La succession du général Mohammed Lamari, chef d'état-major depuis 1992, est ouverte, et la nomination d'un nouveau commandant des forces terrestres pourrait donner un "signe" dans cette succession. Or le titulaire actuel de la fonction, le général Gaïd Salah, est contesté. Des sources proches de l'ANP évoquent l'intention du général Lamari de faire nommer l'un de ses proches, le général Saïd Bey, à la place du général Gaïd Salah, mais Saïd Bey, lui aussi, est contesté, et avait été limogé en automne 1997 après un bilan assez mitigé en matière de lutte antiterroriste lors de son passage à la tête de la région militaire d'Alger et du centre , et après une série de massacres de population civile (dont ceux de Raïs et de Bentalha) où la passivité des forces de sécurité avait été dénoncée. Fin 1999, Saïd Bey a été nommé à la tête de la région militaire de Constantine et de l'est. Un autre prétendant au poste de Gaïd Salah pourrait être le général Fodil Chérif Brahim, actuel commandant de la région militaire du centre, mais la persistance de la violence dans la région sous son commandement le fait également contester. L'adjoint actuel du général Gaïd Salah, le général Abdelaziz Medjahed, est également au nombre des papables. D'entre les nombreux critères qui vont déterminer le choix final, celui de l'origine régionale du titulaire est important : le poids relatif des officiers de l'est s'est réduit ces derniers temps, au profit des officiers de l'ouest (comme Larbi Belkheir et Ahmed Sanhadji). Saïd Bey, Fodil Cherif Brahimi et Mohamed Lamari, eux, sont originaires du centre.

(Jeune Indépendant, L'Authentique, Quotidien d'Oran 15.10) Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a déclaré le 14 octonre que pour le gouvernement, le parti Wafa (dont il avait refusé de signer l'agrément) "n'existe pas". A quoi Wafa a répondu, dans un communiqué, en dénonçant des pratiques "qui dénotent, à l'ère du pluralisme politique, la persistance des séquelles de l'autoritarisme dans la gestion des affaires de l'Etat". Wafa affirme être de fait "agréé en tant que parti politique" conformément aux lois en vigueur, puisque le délai légal pour refuser son agrément est expiré depuis sept mois sans que ce refus ait été notifié, la seule déclaration du ministre affirmant qu'il ne serait pas celui qui "reconstituerait le parti dissout" (le FIS) ne pouvant être considérée comme un refus motivé d'agrément. Le ministre a par contre ajouté que le dossier d'agrément du Front Démocratique, le parti de Sid Ahmed Ghozali, était "à l'examen".

(L'Authentique 15.10) Le président Bouteflika est arrivé le 14 octobre à Hanoï pour une visite d'Etat de quatre jours au Vietnam, à l'invitation de son homologue vietnamien Tran Duc Long, après avoir effectué une visite d'Etat de plusieurs jours en Chine, à l'invitation du président chinois Jiang Zemin.

(Le Matin, El Watan 16.10) Au terme de la réunion de son Conseil national, le Mouvement démocratique et social (MDS) a, par la voix de son secrétaire général, El Hachemi Cherif, invité les partis gouvernementaux (RCD, ANR et une partie du RND) exprimant des réserves à l'égard de la politique de "concorde civile" et de l'utilisation de l'islamisme par le pouvoir, à aller "jusqu'au bout de leur démarcation", c'est-à-dire à "quitter le gouvernement", car "toutes les résistances et luttes qui continuent à rester prisonnières des contours du système sont (...) vouées à l'impasse et à l'échec". El Hachemi Cherif n'a pas caché en outre le souhait du MDS de voir tous les partis islamistes interdits, et s'est prononcé en faveur du maintien de l'état d'urgence "pour limiter la capacité de nuisance des terroristes".

(Quotidien d'Oran, Ribat 18.10) Les présidents des partis RCD et ANR, Saïd Sadi et Rheda Malek, ont eu une entrevue le 17 octobre avec l'Ambassadeur de Palestine à Alger, afin de lui apporter leur soutien à la lutte du peuple palestinien et d'exprimer leur condamnation de la répression israélienne. Le "Quotidien d'Oran" ajoute qu'il s'agit également d'"une réponse (...) au courant islamiste qui tente encorte d'emprisonner la cause (palestinienne) dans le strict cadre religieux". Le bulletin islamiste (du FIS-Lébir) "El Ribat" dénonce pour sa part les "réavtions anti-musulmanes du RCD, du RND et de l'ANR", comme "autant de signes donnés à Israël pour poursuivre et intensifier la répression sauvage qui s'abat sur le peuple palestinien démuni", mais aussi comme une manifestation de la crainte, "qui inhibe les décideurs algériens", d'être "mis en accusation par l'Occident pour les massacres et les crimes qu'ils ont perpétrés tout au long de cette décennie rouge algérienne.


(AAI 17.10, Quotidien d'Oran, Liberté, El Watan, La Tribune 18.10, La Tribune, El Watan, Le Matin, Liberté 19.10) Le 10ème congrès de l'UGTA s'est ouvert le 18 octobre à Alger, dans un contexte de crise et dans une ambiance houleuse. 605 délégués et 181 membres de la Commission exécutive nationale y assistent.

Selon le "rapport moral" présenté au congrès par la Commission exécutive de l'UGTA, le nombre de chômeurs a augmenté en Algérie d'un demi-million en cinq ans, et 1500 entreprises ont été fermée. La direction de l'UGTA ajoute que 500 syndicalistes ont été assassinés par les "terroristes" islamistes.

Il y a en Algérie environ deux millions de salariés à temps plein, et déclarés à la Sécurité sociale. L'UGTA est presque absente du secteur privé. Officiellement, l'UGTA revendique 983'000 membres (voire, selon son Secrétaire général, 1,2 million), vraisemblablement en comptant les retraités. Elle en avait quatre millions au début des années '90. Depuis plusieurs années, de nouvelles forces syndicales ont émergé, hors de l'UGTA, comme le SNPCA (Aiguilleurs du ciel), le SNTNA (personnel de maintenance d'Air Algérie), le CNES et le SATEF (éducation, formation), le SNAPAP (administration), regroupant des milliers de salariés (le SATEF, qui tiendra son congrès national les 26 et 27 octobre, revendique par exemple 25'000 adhérents à l'échelle nationale, et le CNES revendique 80 % des enseignants syndiqués de l'enseignement supérieur). Ces syndicats ont émergé plusieurs années après qu'une première tentative de création d'un syndicat "alternatif" à l'UGTA, le syndicat islamiste SIT, ait été étouffée par le pouvoir en place. La direction de l'UGTA n'a d'ailleurs cessé de faire courir le bruit que les syndicats autonomes seraient en fait des résurgences du SIT, animées par des éléments de l'ancien syndicat islamiste. Le SATEF, lui, est accusé de "rouler" pour le FFS.

Le premier enjeu du congrès est la désignation du Secrétaire général de l'UGTA, et des nouvelles instances dirigeantes. Deux candidats s'opposent : l'actuel Secrétaire général, Abdelmadjid Sidi Saïd, qui n'avait à la veille du congrès pas officialisé sa candidature, mais que tous les observateurs donnaient "partant", et l'actuel Secrétaire national à l'organisation, et sénateur (RND), Amar Mehdi, candidat, lui, depuis plusieurs mois. Le premier serait, officieusement, soutenu par le FLN, le second par le RND, voire le RCD et une partie du FLN. Les syndicalistes de Constantine soutiennent quant à eux l'éventuelle candidature de Mohamed Tahar Dilmi, ancien Secrétaire national. Mais il s'agit aussi de déterminer la ligne politique du syndicat, son "positionnement" à l'égard du gouvernement, du président et des partis desquels il est proche (le FLN, le RND) et son attitude face aux conflits sociaux qui se développent de plus en plus hors de son contrôle (comme la grande grève d'Alfasid, en mai 2000, ou celle des cheminots). La Fédération nationale des travailleurs retraités (FNTR) a présenté un véritable réquisitoire contre les choix politiques de l'UGTA, l'accusant notamment de contribuer, par son soutien aux politiques gouvernementales, et son appui à tous les Chefs d'Etat successifs de l'Algérie, à la baisse du pouvoir d'achat, aux licenciements massifs, à la fermeture des entreprises publiques, au chômage et au démantèlement de la protection sociale.

Le premier jour du congrès a été marqué par de violents affrontement verbaux entre partisans de l'un ou l'autre candidat au Secrétariat général, et même par des bagarres physiques, après que le Secrétaire général de la Fédération de la mécanique, sidlrurgie et électricité-électronique, Kordjani, ait proposé un plébiscite immédiat de la candidature de Sisi Saïd. Amar Mehdi a exigé "l'application des règles démocratiques et le passage par les urnes", et accusé ceux de Sidi Saïd de vouloir "le plébiscite, comme au temps du parti unique". Le responsable syndicat des PTT, M. Othmani, accuse Sidi Saïd d'être soutenu par des hommes d'affaires qui ont "castré l'UGTA". A quoi Sidi Saïd a répondu par avance dans son discours d'ouverture en lançant : "Que Dieu brise celui qui veut briser l'UGTA". Sidi Saïd est accusé par ses adversaires de pousser à l'alignement de l'UGTA sur le gouvernement. Amar Mehdi par les partisans de Sidi Saïd de provoquer au conflit. "Liberté" constate en tous cas que l'UGTA "ne constitue pas un rempart contre les privatisations", qu'elle se contente de "diaboliser" les institutions financières internationales dont le programme gouvernemental (que l'UGTA soutient) traduit les injonctions et que "dans la réalité, l'UGTA a continué à fonctionner comme un appareil au service du pouvoir", quelles que soient les orientations de celui-ci (l'UGTA avait d'ailleurs joué un rôle déterminant dans l'arrêt du processus électoral en 1991, et son Secrétaire général assassiné, Abdelhak Benhamouda, dans la création du "parti présidentiel", l'actuel RND, dont il était vraisemblablement supposé prendre la tête. "La Tribune" parle à ce propos du "péronisme de Benhamouda"). Actuellement, six membres de la direction sortante ont "un pied dans le secrétariat national" du syndicat "et un autre dans le RND" : Amar Mehdi, Aïssa Nouasri, Mohamed Bouzidi, Abdelkader Malki, Mohamed Bouchmoukha et Lakhdar Lakhdari. Le congrès pourrait avoir à trancher de la question de la "double appartenance".

Des syndicalistes du centre ont contesté la manière de désignation des délégués au congrès, et ont lancé une pétition dénonçant le Secrétaire général de l'UGTA-Alger, qui aurait selon eux choisi "lui-même les délégués qui lui obéissent au doigt et à l'oeil". La délégation de Bechar s'est quant à elle scindée en deux groupes, l'un soutenu par la direction nationale et l'autre affirmant représenter les syndicalistes de la base. Des militants syndicaux dont les noms se sont retrouvés au bas d'une pétition de soutien à Sidi Saïd ont dénoncé une manipulation, et démenti avoir signé une telle pétition. Une centaine de syndicalistes des wilayas de Relizane, Bouira, Tiaret et Bechar ont été empêchés de rejoindre la salle du congrès, où ils avaient l'intention de dénoncer la manière dont ont été "désignés (et) nullement élus par la base" les représentants de leurs fédérations. Des journalistes ont également été empêchés de suivre les débats du congrès.

(Le Matin 22.10, El Watan 23.10) Après un congrès houleux, le Secrétaire général de l'UGTA, Abdelmadjid Sidi Saïd, a été reconduit à la tête de la centrale syndicale, sans même qu'une élection par le congrès ait été organisée. L'élection des douze membres du Secrétariat général a quant à elle été reportée à la fin du mois par la Commission exécutive nationale. Sidi Saïd a été reconduit à son poste sur décision de la Commission exécutive nationale, alors que son principal opposant, et candidat malheureux au même poste, Amar Mehdi, qui demande la convocation d'un congrès extraordinaire de la centrale, et annonce la création au sein de l'ancien syndicat unique d'un bloc d'opposition fonctionnant comme un "contre-pouvoir", affirme que le quorum nécessaire pour une telle décision (les deux tiers des membres de la CEN, où il affirme disposer de 85 partisans sur 197 membres) n'était pas atteint, et que la police est intervenue pour essayer de faire sortir ses partisans de la salle du congrès. Amar Mehdi considère l'élection de Sidi Saïd comme "illégitime", dénonce l'absence de "débat d'idées" lors du congrès, les pressions exercées sur les congressistes, et affirme que "80 % des congressistes" étaient avec lui. Il n'en affirme pas moins son intention et celle de ses partisans de continuer à "travailler avec la Commission exécutive nationale", afin de "mettre l'intérêt des personnes de côté et militer pour rendre l'UGTA aux travailleurs". La Commission exécutive nationale a ratifié la déclaration finale du congrès, qui exige de l'UGTA qu'elle prenne "ses responsabilités concernant le réglement des préoccupations des travailleurs" et "en vue de défendre l'économie nationale", et qu'elle affirme "une réelle indépendance par rapport au pouvoir et aux partis politiques". La déclaration condamne une "privatisation dénuée de toute signification", le licenciement "arbitraire de milliers de travailleurs" et la fermeture d'un "nombre inquantifiable d'entreprises". Elle exprime également de sérieux doute sur l'adhésion de l'Algérie à l'OMC, qui "n'apportera pas du bien à notre pays tant que les puissances économiques (verront) l'Algérie comme un marché pour l'écoulement de leurs marchandises". Enfin, l'UGTA réaffirme sa revendication d'augmentation des salaires.

(Quotidien d'Oran 25.10) "Sauf grande surprise, la nouvelle direction de l'UGTA sera constituée uniquement de fidèles à Sidi Saïd", écrit "Le Quotidien d'Oran, qui évoque le possible remplacement au secrétariat à l'organisation d'Amar Mahdi, candidat malheureux au secrétariat général contre Abdelmadjid Sidi Saïd, par Salah Djenouhat, actuel secrétaire de l'union syndicale d'Alger. Il aura pour tâche d'"assainir les surtctures de l'UGTA", ce qui devrait se révéler difficile. Selon une "source proche de l'UGTA", citée par le quotidien, "les premiers concernés par cette opération seront les secrétaires généraux des unions de wilayas. Les businessmen qui utilisent leurs postes pour régler leurs affaires personnelles devront quitter l'UGTA", ainsi que "les syndicalistes qui n'ont plus d'entreprises (et qui) devront céder leurs places aux véritables représentants des travailleurs".

(Le Matin 22.10, 23.10) La dégradation de la situation "sécuritaire" anime la scène politique algérienne, et les partis de la coalition gouvernementale, en particulier les partis non islamistes, tentent de convaincre de leur volonté de "riposte à la mesure de (l')escalade terroriste", écrit "Le Matin". L'idée d'une sorte de "front antiterroriste" entre les partis non islamistes de la coalition a été lancée mi-octobre par le Secrétaire général du RND, Ahmed Ouyahia, puis reprise par le FLN, qui ne semblait pourtant pas prêt à s'y rallier, un tel "front" provoquant un clivage à l'intérieur même de la coalition entre le RDN, le RCD et l'ANR d'un côté, le MN et le MSP de l'autre. En outre, le FLN semblait voir dans un "front antiterroriste" une manière d'abandonner la logique de "concorde civile" promue par Abdelaziz Bouteflika, et à laquelle le vieux parti nationaliste adhère. Finalement, le FLN a repris l'idée à son compte et appelé à constituer un front contre "le terrorisme et ses financiers". En lançant un appel à la constitution d'une sorte d'union sacrée anti-terroriste, le RND a expliqué qu'il ne cherchait pas à se démarquer d'autres partis de la coalition, mais que sa présence aux côtés des partis islamistes légaux (MSP et Nahda) au sein de cette coalition se limite à l'application du programme gouvernemental. Or ce programme repose notamment sur la poursuite de la politique de "concorde civile", politique que le FLN suspecte le RND de vouloir abandonner. Selon certaines sources, démenties par d'autres, des rencontres entre les partis de la coalition sur la situation sécuritaire pourraient avoir lieu très prochainement, voire ont déjà eu lieu (de source FLN, on annonce que des "contacts entre plusieurs membres de la coalition" ont déjà eu lieu, entre le FLN, le MSP, Nahda et le PRA. Redha Malek, pour l'ANR, s'est félicité de la proposition de constitution d'un "front antiterroriste", mais a affirmé que cette proposition n'avait pas encore été discutée.

(Le Matin, La Tribune 23.10) Quarante députés à l'Assemblée nationale ont, dans une déclaration rendue publique le 22 octobre, et déposée par le député RND Saïd Bendakir, interpellé le gouvernement à propos des "agréments" de Wafa et du Front Démocratique, agréments toujours en suspend au ministère de l'Intérieur. Selon les députés "interpelleurs", l'attitude du gouvernement face aux demandes d'agrément des formations d'Ahmed Taleb Ibrahimi et de Sid Ahmed Ghozali est contraire à l'article 42 de la Constitution (droit de former des partis politiques). C'est la seconde fois que des députés s'inquiètent du "flou" des intentions gouvernementales à l'égard des deux nouvelles formations politiques, une première interpellation ayant été déposée, et rejetée sous divers prétextes formels, le 31 juillet.

(Le Matin 24, 26.10) Le quotidien "Le Matin" a publié le 24 octobre un document rapportant un entretien, en 1991, entre le président de l'Assemblée nationale populaire d'alors, et actuel ministre des Affaires étrangères, Belkhadem, et l'ambassadeur d'Iran en Algérie, entretien lors duquel Belkadem aurait exprimé son projet de tenter en Algérie une expérience islamiste s'inspirant de l'exemple iranien, et aurait affirmé que le FLN était prêt à faire alliance avec le FIS. Le "Comité des citoyens pour la défense de la République" (CCDR) a réagi le jour même de la publication du document, et estimant qu'il venait confirmer "le complot ourdi en son temps, véritable plan de trahison, pour mener l'Algérie sur la voie rétrograde d'un régime théocratique islamiste avec le soutien actif de l'Internationale islamiste".

(AP 25.10, Liberté 26.10) Selon un sondage effectué entre le 26 septembre et le 4 octobre pour le quotidien "Liberté" auprès de 1664 personnes composant un échantillon "représentatif" de la population algérienne :

(Quotidien d'Oran 25.10, CSSI) Le Front Démocratique de Sid Ahmed Ghozali, qui, comme le Wafa d'Ahmed Taleb Ibrahimi, attend toujours d'être "agréé" en tant que parti politique légal par le ministère de l'Intérieur, considère, dans un communiqué suivant la réunion de son secrétariat et de ses secrétaires fédéraux, que "la concorde civile a été promise mais non réalisée", et qualifie d'"euphémismes inconvenants" l'utilisation des terme "épiphénomènes" et "banditisme" par le président Bouteflika, pour parler des "égorgements commis sur le territoire national", dont le FS relève que les victimes "appartiennent (toutes) soit aux couches démunies soit aux corps de défense et de sécurité". Le FD rappelle en outre que "quatre mois sont passés" depuis le dépôt de sa demande d'agrément "sans que l'autorité politique ne nous notifie ni ne publie rejet ou acceptation" de cette demande, ce qui, selon lui, relève d'une "démarche finassière et retorse" dissimulant "une volonté politique non avouée d'entraver les activités du FD".Wafa et le FD, tous deux dans l'incertitude quant à leur statut légal, ont au moins un autre point en commun : celui de représenter, pour plusieurs partis gouvernementaux, une concurrence potentiellement dangereuse, Wafa "chassant sur les terres" du MSP et de Nahda (et pouvant en outre "récupérer" une partie de l'ancien électorat du FIS), et le FD sur celles du RCD, de l'ANR et du RND.

(Le Matin 26.10) Une première rencontre bilatérale entre l'Algérie et l'OTAN, dans le cadre du "dialogue méditerranéen", devait se tenir le 26 octobre au siège de l'OTAN à Bruxelles, au niveau des ambassadeurs, mais également en présence du commandement de l'OTAN.

(FFS 25.10) Dans une déclaration de son Secrétariat national, le Front des Forces Socialistes constate que la "nouvelle recrudescence de la violence et du terrorisme" démontre que "contrairement aux discours triomphalistes", la paix et la sécurité "sont loin d'être rétablies", et affirme que "c'est l'absence de démocratie et de vie politique qui ont fait le lit de l'intégrisme". "Quand, sous prétexte d'état d'urgence, le pouvoir harcèle les forces démocratiques d'opposition, les syndicats et associations autonomes, et les prive de moyens d'expression, on conduit fatalement les exclus et les laissés pour compte à se livrer aux groupes terroristes et aux forces obscurantistes et mafieuses". Le FFS dénonce "la paupérisation qui frappe la société", la "dégradation continue et insoutenable des conditions de vie de la majorité des Algériens" et "la nouvelle loi de finances qui vient fragiliser encore davantage les couches les plus démunies". Il voit dans la coalition gouvernementale l'"expression institutionnelle d'intérêts claniques" que l'on tente de masquer par de "pseudo-divergences, relayées par les médias afin de donner l'illusion d'une vie politique". Le FFS "salue la combativité et le courage des syndicats autonomes", qu'il met en parallèle avec le "spectacle chaotique" du dernier congrès de l'UGTA, dominée par "les préoccupations carréristes" de ses responsables. Il réitère enfin sa revendication de "l'élection d'une assemblée constituante (...) unique voie qui permettra une refondation démocratique de l'Etat et de la Nation"

(La Tribune, Le Jeune Indépendant 26.10) "La Tribune" annonce un remaniement ministériel imminent, et fait état du départ des ministres de l'Education, de l'Enseignement supérieur, du Travail et de la Solidarité. Le quotidien fait également état d'une "brouille assez profonde" entre les ministres des Finances, Abdelatif Benachenhou, et des privatisations, Hamid Temmar, autour du projet de budget 2001, le premier refusant d'avaliser l'organigramme proposé par le second pour les nouvelles institutions chargées de conduire les "réformes économiques". Quant à la Commission de réforme de l'éducation, elle pourrait, selon le journal du FLN "Saout El Ahrar", voire le départ massif de ses membres "islamo-conservateurs" protestant contre une (hypothétique) tentative d'occidentalisation de l'école algérienne. Enfin, selon le "El Youm", le ministre (MSP) du Travail, Bouguerra Soltani, aurait accusé le ministre (ANR) des Ressources hydrauliques, Selim Saadi, d'avoir "alimenté le terrorisme" en constituant "des milices pour la liquidation des enfants du peuple sous le gouvernement de Reda Malek", où Selim Saadi était ministre de l'Intérieur.

(Le Matin 28.10) "L'Algérie n'exclut plus désormais son adhésion à l'OTAN", annonce "Le Matin", rendant compte de l'entretien le 27 octobre entre l'ambassadeur algérien à Bruxelles, Mohamed Lamari, et l'assistant du secrétaire général de l'OTAN pour les questions politiques, Daniel Speckhard, lors d'une rencontre bilatérale à laquelle participaient des représentants des 19 Etats membres de l'Alliance. En mars 2000, l'Algérie est entrée dans le "dialogue méditerranéen" initié par l'OTAN, et dont seule, dans la région, est exclue la Libye.

(El Watan 29.10. Tribune 30.10) A l'ouverture de la conférence nationale sur la lutte contre la pauvreté, le 28 octobre à Alger, le président Bouteflika s'est livré à un véritable réquisitoire contre le système social, politique et économique algérien, dénonçant "les détournements et dépassements graves constatés à propos des logements sociaux", constatant que "les riches sont de plus en plus riches et les pauvres le sont chaque jour davantage" et que "ce sont toujours les salariés qui payent leur impôts", s'en prenant à ceux qui confondent "économie de marché, économie de bazar, trabendo, trafic de drogue et contrebande", et affirmant "attendre au tournant" les "responsables des fonds sociaux et syndicaux". "L'Etat est déficitaire", a lancé Abdelaziz Bouteflika, qui a mis en cause la corruption, le régionalisme, et finalement le multipartisme, dont il s'est demandé ce qu'il a amené, et auquel il a explicitement préféré un bipartisme à l'anglo-saxonne, avec "des lignes stratégiques qu'aucun des deux partis ne franchit". Le président s'en est également pris à l'"immaturité" de la société civile, au pluralisme de la presse, le président sommant les journaux privés endettés de payer leurs dettes avant d'"insulter" et de "critiquer".

Quotidien d'Oran 31.10) Les fondateurs du nouveau parti en gestation, animé essentiellement par des dissidents du FFS, l'"Alternative Démocratique et Sociale", se réunissent le 1er novembre pour structurer le groupe des membres fondateurs du parti, condition posée à son agrément par la loi, qui leur impose d'être représentatifs de la majorité des wilayas. Le dossier d'agrément sera ensuite déposé au ministère de l'Intérieur (qui a reçu, de même, il y a déjé plusieurs mois, et sans y réépondre encore, les dossiers d'agrément du Wafa d'Ahmed Taleb Ibrahimi et du Front Démocratique de Sid Ahmed Ghozali).

(Le Matin 1.11) Trois ministres, Hamid Lounaouci (RCD, Transports), Bouguerra Soltani (MSP, Travail) et Ahmed Ouyahia (RND, Justice), ont eu droit, selon "Le Matin", à un "dernier avertissement" du président Bouteflika lors du Conseil des ministres du 30 octobre. Le président leur reproche de multiplier les obstacles et les blocages à la concrétisation du programme sur lequel lui-même a été élu en avril 1999, à commencer par la "concorde civile". Plus profondément, ces ministres font partie (Ouyahia présidant même la sienne) de formations politiques qui expriment désormais ouvertement leurs doutes sur les effets de la politique de "concorde civile". Lounaouci a été sommé par le président de relancer les travaux du nouvel aéroport d'Alger, en lançant au besoin un appel d'offres international; Ahmed Ouyahia est quant lui sommé de "concrétiser au plus vite certaines mesures" proposées par la Commission nationale de la réforme de la justice. Quant à Soltani, il lui est reproché de mal gérer le "filet social" et de ne pas maîtriser ses dossiers.

(Liberté 2.11) Selon "des sources sûres" évoquées par "Liberté", la nouvelle Commission exécutive nationale issue du houleux Xème congrès de l'UGTA devrait tenir sa première session le 5 novembre, pour élire les membres du secrétariat national -ce qui aurait du être fait au lendemain du congrès dàjà. Le liste des membres du secrétariat national est cependant "ficelée" et leur élection ne devrait être qu'une formalité. Cette liste est composée en fonction de critères régionaux et sectoriels, et devrait évidemment faire la part belle aux partisans du Secrétaire général Abdelmadjid Sidi Saïd, comme Boualem Bouzidi, Salah Djenouhat, Beldjillali, Mohammed Sendid. Un partisan du candidat opposé à Sidi Saïd au Secrétariat général, Mehdi Amar, devrait cependant être désigné en la personne de Merabet. On devrait également retrouver au Secrétariat national un proche du chef du RND, Ahmed Ouyahia, en la personne d'Abdelkader Malki.

(Liberté, El Watan 6.11) Les douze membres du secrétariat national de l'UGTA ont été élus le 5 novembre par la Commission exécutive nationale (197 membres) de la centrale syndicale. 9 des membres du secrétariat national sont nouveaux. Le rival malheureux d'Abdelmadjid Sidi Saïd au poste de Secrétaire général de l'UGTA, Mehdi Amar, qui était secrétaire national à l'organisation, a perdu son poste en n'obtenant que 55 voix. Aïssa Nouasri, partisans de Mehdi Amar, et comme lui sénateur RND, a également été battu, mais sans même pouvoir être candidat : en état privé de sa qualité de membre de la Commission nationale par un artifice de procédure. Commentaire d'"El Watan" : "Le vote en bloc des partisans de Sidi-Saïd a merveilleusement fonctionné. (...) Les belles voitures qui ont encombré le parking de fortune de l'hôtel Safir-Mazafran, les ventres bedonnants des syndicalistes de l'UGTA, les sonneries incessantes de leurs téléphones portables et leurs mines insouciantes abattent une sorte de malédiction sur le monde du travail".

(El Watan 5.11) Le renouvellement de la moitié des membres du Conseil de la Nation (Sénat) devrait théoriquement avoir lieu avant la fin de l'année 2000, selon la constitution, les sièges à repourvoir étant tirés au sort. En fait, écrit "El Watan", un "voile épais entoure l'avenir de cette institution", dont le président Bouteflika a hérité et dont il ne cache pas son envie de la dissoudre.

(Le Matin 4.11) Le FFS a improvisé une marche, le 2 novembre à Bejaïa, pour protester contre le refus des autorités de la wilaya d'autoriser une conférence débat d'Ali Kerboua, Premier secrétaire du FFS, sur la situation politique actuelle. Après s'être rassemblés devant la Cinémathèque, où devais se tenir la conférence, les responsables du FFS se sont rendus sur la place du 1er novembre pour protester.

(AP 8.11, Liberté, Le Matin, El Watan 9.11) Le ministre algérien de l'Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, a réitéré devant l'Assemblée nationale, le 8 novembre, et sous les applaudissements du RND et du RCD, et d'une partie du FLN, son refus de légaliser le Wafa de Taleb Ibrahimi, et sa conviction que le Wafa n'est qu'une tentative de reconstitution du FIS. "Non au parti dissous, non aux responsables de la tragédie nationale, non aux responsables du sabotage de la nation, non à ceux qui ont provoqué l'incendie des usines et des écoles !" a lancé le ministre, en réponse aux députés (FFS, PT, indépendants, MRN et quelques RND) qui lui demandaient pourquoi le Wafa n'était pas légalisé (et, en réalité, n'était pas non plus interdit, puisque le parti n'a reçu formellement aucune réponse à sa demande d'agrément officiel en tant que parti politique). Yazid Zerhouni a réaffirmé qu'"une grande partie (17 sur 42) des membres fondateurs de cette formation étaient issue du parti dissous", que certains étaient même "impliqués dans des affaires liées au terrorisme et à la subversion", que l'un d'eux a été "membre fondateur du parti dissous", et pour cela internl, un autre "poursuivi pour constitution de groupe terroriste" et que le Conseil central de Wafa est composé pour 60 % (46 membres titulaires sur 94, et 16 membres suppléants) d'anciens membres actifs du FIS, les autres en ayant été sympathisants. Pour le ministre, Wafa serait donc en contradiction avec les dispositions de l'article 6 de la loi organique relative aux partis politiques, qui impose aux partis de s'inscrire dans le strict respect de la constitution et des lois en vigueur, le FIS ayant été dissous "parce qu'il ne se conformait plus aux principes fondamentaux du pays et parce qu'il représentait une menace réelle à la sécurité et à la stabilité (des) institutions", et qu'il n'avait "pas tenu ses engagements de ne pas recourir à la violence". Le ministre ajoute que le nom même de Wafa avait été donné à un congrès du FIS (Batna, juillet 1991), et met au défi les fondateurs de Wafa de porter l'affaire devant la justice.

Le Bureau national de Wafa a été convoqué en session extraordinaire pour le 9 novembre, afin d'examiner la réponse à donner à la déclaration du ministre. La direction du mouvement a lancé un appel au calme à ses partisans et sympathisants, et son porte-parole, Mohamed Saïd, a qualifié de "contrevérités" les chiffres avancés par Zerhouni, en mettant celui-ci au défi de publier "la liste des noms mis en cause". Mohammed Saïd rappelle que la demande d'agrément du parti contenait les casiers judiciaires de ses membres fondateurs et qu'"aucun nom auquel la loi interdit d'activer politiquement n'eciste sur nos listes".

Du côté des partis politiques, les réactions à la déclaration du ministre sont évidemment contradictoires : si Nahda qualifie de "non.événement" la réitération par le ministre de l'Intérieur de son refus de légaliser Wafa, et si le MSP se contente d'"attendre des éclaircissements sur les membres de Wafa accusés de démélés avec la justice et les forces de sécurité, ainsi que sur les financements occules de ce parti", le RCD se félicite du refus de légalisation de Wafa, mais récuse "l'amalgame fait entre les différentes demandes" émanant de partis "démocrates" (ou autoproclamés comme tels) et la demande de Wafa. Le RCD considère que "toute vélléité tendant à réhabiliter de près ou de loin" un courant dont est issu "un parti qui a violé la loi et lancé un mouvement insurrectionnel armé" est "disqualifiée du point de vue moral, politique et juridique. A l'inverse, le Parti des Travailleurs considère que le rejet de l'agrément de Wafa témoigne d'un "recul continu en matière des libertés", considère que "le ministre de l'Intérieur est irresponsable" et exife "la publication (des) noms des membres de Wafa accablés de graves accusations". Pour Louisa Hanoune, "on a assisté à la résurrection sous une nouvelle forme du maccarthysme". Le Front des Forces Socialistes est sur le même ligne, et accuse le ministre de "persister à violer la constitution". Le FFS rappelle en outre que d'anciens membres du FIS ont été présentés lors des dernières élections (législatives et municipales) par "des partis comme le RND", qui applaudissent au refus d'agrément du Wafa sous prétexte que celui-ci serait un surgeon du FIS. "On parle des militants de l'ex-FIS" qui seraient membres de la direction de Wafa alors que d'autres militants de l'ex-FIS siègent "avec nous ici au Parlement", a déclaré Mohand Arezki Ferrad.

Cinq demandes agrément sont toujours en suspens devant le ministère de l'Intérieur : celle de Wafa (la déclaration du ministre devant l'APN ne valant, juridiquement, pas réponse officielle à la demande, celle-ci devant faire l'objet d'une réponse publiée dans le Journal Officiel au plus tard 60 jours après son dépôt ), celle du Front démocratique de Sid Ahmed Ghozali, à l'étude, celle d'un "Parti libéral démocrate", d'une "Alliance des démocrates algériens" et d'un "Mouvement des citoyens libres", à quoi devraient s'en ajouter encore d'autres, dont celle du nouveau parti créé notamment par des dissidents du FFS.

(Jeune Indépendant, Liberté, El Watan, Quotidien d'Oran 11.11, 12.11, 13.11) Les quarante députés (PT, MRN et dissidents RND et FFS) qui avaient interpellé le gouvernement sur l'absence de réponse à la demande d'agrément officiel de Wafa, et qui avaient obtenu en réponse la réitération par le ministre de l'Intérieur de son refus de "légaliser le parti dissous" sous un autre nom, semblent vouloir revenir à la charge. L'ancien ministre des Transports Saïd Bendakir, considérant que "les anciens militants du FIS sont redevenus des citoyens à part entière", veut obtenir du ministre de l'Intérieur des "preuves" du fait que Wafa ne serait que la résurgence du FIS, et exige que le ministre produise la liste des anciens militants du FIS membres des instances de Wafa. Les signataires de l'interpellation parlementaire entendent demander la constitution d'une commission d'enquête et l'ouverture d'un débat général. Le fondateur de Wafa, Ahmed Taleb Ibrahimi, que le bureau du mouvement a chargé de "prendre au moment opportun toute initiative que requiert la situation", entend pour sa part réagir lors d'une conférence de presse prévue pour le 15 novembre à l'interdiction de fait (mais non de droit) de son mouvement. Pour le bureau de Wafa, le parti est d'ores et déjà "agréé par la force de la loi". Le président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme (LADDH), Ali Yahia Abdennour, a quant à lui mis la non-officialisation de Wafa en parallèle avec ce qu'il considère comme une évidence, la "majorité sociologique du pays, c'est le mouvement islamiste" (toutes tendances confondues, mais au sein duquel"Taleb Ibrahimi est le mieux placé"). Quant au ministre de l'Intérieur, il "doit savoir qu'il n'est pas là pour faire la loi, mais pour appliquer la loi".

(El Ribat 8.11) "Le RCD dont la stratégie politique est le chantage, le mensonge et l'intoxication, s'apprête à quitter le gouvernement avec fracas d'autant que ses ministres ont très largement démontré leur incapacité à gérer leurs départements" et que le "minuscule parti berbériste qui ne dispose d'aucune légitimité à gouverner" doit tenter de "sauver les meubles devant le recul qu'il subit" en Kabylie, écrit le bulletin du FIS (Kébir) "El Ribat", qui constate que par ailleurs le RND "boude" le président Bouteflika "qui regarde de plus en plus du côté du FLN". Pour le bulletin islamiste, "Le gouvernement est incompétent, il doit partir", le Président doit "dissoudre l'Assemblée nationale (et) convoquer le corps électoral pour des législatives anticipées, seule manière d'assainir la scène politique", à conditions que les élections (auxquelles "El Ribat" ne pose plus comme condition la participation, sous une forme ou une autre, du FIS, ni même de Wafa) soient "non seulement tout à fait transparentes, mais contrôlées par des observateurs neutres".

(AFP 14.11, El Watan 14.11, Quotidien d'Oran 15.11, El Ribat 15.11, CSSI) Après que le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni ait réitéré devant l'Assemblée nationale son refus (ou plutôt, désormais, le refus du gouvernement) de légaliser le Wafa, au motif que celui-ci ne serait "rien d'autre qu'une reconstitution du parti dissous", la police a commencé le 12 novembre à fermer les permanences de Wafa à travers tout le pays, et à convoquer ses militants et responsables connus pour leur notifier verbalement, selon Wafa, une "interdiction d'exercer toute activité politique". La conférence de presse que devait tenir le 15 novembre Ahmed Taleb Ibrahimi au siège algérois de Wafa a été annulés, les locaux ayant été fermés par la police. Selon certaines informations, des documents auraient été confisqués. Wafa est donc interdit de fait, sans l'être de droit, la signification officielle de son non-agrément ne lui ayant toujours pas été communiquée alors qu'elle aurait du l'être, selon la loi, dans un délai de soixante jours après le dépôt du dossier de demande. Le bulletin islamiste "El Ribat" considère que ce refus d'agréer un parti qui en fait la demande "n'a aucun fondement juridique acceptable", et revient à "faire agréer ou ne pas faire agréer des partis par d'autres partis au pouvoir" (dont certains n'avaient évidemment aucun intérêt à ce que Wafa puisse "occuper le terrain politique" à leur place). Le bulletin du FIS-Kébir rappelle d'ailleurs que sous le pouvoir colonial, "lorsque le PPA de Messali Hadj a été dissout et interdit par l'administration coloniale, comme cela est le cas aujourd'hui du FIS, un autre parti, le MTLD, a été créé avec le même programme, le même statut et les mêmes hommes. Faut-il croire que la France était plus démocratique que l'Algérie des généraux ?".

(Liberté, Le Matin, El Watan 23.11) Le président de Wafa, Ahmed Taleb Ibrahimi, a annoncé le 22 novembre, dans une conférence de presse "hébergée" par le Front des Forces Socialistes à Alger, et à laquelle participaient également Abdallah Djaballah (MRN), Ani Yahia Abdennour (Ligue des droits de l'Homme), Mustapha Benmohammed (Parti des Travailleurs), le général Betchine et l'ancien président du "Haut Comité d'Etat" Ali Kafi, qu'il redevenait un "simple citoyen", en d'autres termes qu'il sabordait son mouvement, lequel a été "assassiné" par le gouvernement. et qu'il renonçait à intenter une action en justice contre la décision gouvernementale de ne pas accorder à Wafa l'agrément officiel. Ahmed Taleb Ibrahimi n'en a pas moins nié en bloc les accusations portées contre lui par le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni. Le président de Wafa s'étonne qu'après avoir passé 24 années au plus haut niveau de l'Etat, et avoir pu être candidat à l'élection présidentielle d'avril 1999, il puisse constituer aujourd'hui, subitement, "un danger pour la sécurité de l'Etat et l'unité du pays". Ahmed Taleb Ibrahimi relève que pendant toute la phase constitutive de Wafa, le ministère de l'Intérieur "n'a émis (...) aucune opposition à aucun nom" des membres fondateurs du parti (dont les noms ont d'ailleurs été publiés au "Journal Officiel"), ni "aucune critique sur le projet de programme politique (ou) le projet de statut", ni sur le nom même du parti ("Fidélité et Justice Wafa"). En fait, ça n'est que lorsqu'il est apparu que Wafa pouvait devenir un sérieux concurrent pour les partis "islamo-conservateurs" gouvernementaux (RND, FLN, MSP, Nahda) que l'on a affirmé que Wafa n'était qu'une "reconstitution du parti dissous" (le FIS), dont il aurait effectivement pu capter une partie de l'électorat. Ahmed Taleb Ibrahimi, rappelle que le gouvernement qui interdit son parti au motif qu'il reconstituerait le FIS, motif qui à lui seul prouve "l'échec de la théorie du dossier clos", a lui-même négocié avec le FIS et l'AIS, que d'anciens membres du FIS siègent au gouvernement ou au Sénat; le fondateur de Wafa a encore affirmé que le parti n'avait jamais entrepris que des activités légales, qu'aucun délégué à son congrès constitutif n'avait jamais été condamné "à une peine quelconque", ni aucun membre fondateur impliqué dans des "activités terroristes" et que "la procédure suivie par le ministère de l'Intérieur dans le traitement du dossier" est totalement illégale. "Le mouvement Wafa a été assassiné, mais pas en tant qu'idée (...). J'utiliserai tout les moyens disponibles, à l'exception de la violence et de la clandestinité, pour défendre mes positions déjà connues", a averti Taleb Ibrahimi.

(El Ribat 29.11) Le bulletin du FIS-Kébir, "El Ribat", invite dans sa dernière édition "toutes les composantes de l'opposition qui ont estimer devoir, à un certain moment, intégrer les institutions qu'elles qualifient elles-mêmes de "bidon" (Assemblée nationale, Sénat, APC, ATP) de se retirer de toutes ces assemblées en signe de protestation contre la ségrégation politique" pratiquée par le pouvoir, et qu'illustre, selon le FIS, la décision gouvernementale de ne pas agréer le parti Wafa. "El Ribat" voit dans ce retrait du FFS, du PT et du MRN des assemblées élues "l'unique moyen de redynamiser la scène politique et d'obliger le pouvoir de recourir à des élections anticipées", d'"enlever au pouvoir la caution démocratique que lui donnent" ces partis d'opposition et de fonctionner comme un "électrochoc en Europe et en Amérique" sur ceux qui "ont nourri des illusions sur la volonté du pouvoir algérien de se démocratiser et se moraliser".


(Quotidien d'Oran 9.11) "Le Quotidien d'Oran" signale, en marge de l'élection présidentielle américaine, qu'avec l'arrivée possible de Dick Cheney à la vice-présidence des USA, si Georges Bush est finalement élu, c'est l'ex-président d'une firme pétrolière implantée en Algérie, Halliburton Company, qui se retrouverait No 2 de l'exécutif américain, aux côtés d'un président dont tous les observateurs s'accordent à douter de la compétence en matière de politique étrangère. Ancien secrétaire d'Etat à la Défense dans l'administration de Georges Bush père, Dick Cheney a présidé de 1995 à 2000 le Conseil d'administration de Halliburton, entreprise de services et d'équipements pétroliers, présente dans plusieurs projets en partenariat avec Sonatrach dans le Sahara algérien. En outre, le "Quotidien d'Oran" écrit que la possible "nouvelle administration républicaine a émis plusieurs signaux en direction des militaires algériens, indiquant que les échanges militaires vont s'intensifier", mais à la possible condition que les relations entre l'Algérie et Israël soient "normalisées".

(Le Matin 14.11) "La question de la libération imminente de Ali Benhadj, le numéro deux du FIS dissous, revient avec insistance depuis peu", écrit "Le Matin", qui fait état de rumeurs en provenance de "responsables de son parti" selon lesquels Ali Benhadj pourrait être libéré pendant le Ramadan, "à quelques semaines de la réunion de la Commission des droits de l'Homme à Genève". Des responsables du FIS auraient réussi à convaincre les GIA et le GSPC de déposer les armes en échange d'une amnistie générale et de la "libération totale de Ali Benhadj et Abassi Madani". Il y a quelques mois, le président Bouteflika avait répondu à Louisa Hanoune, qui lui demandait d'envisager la libération des chefs du FIS, que cela était envisageable, mais seulement "en surmontant les rancoeurs générées par la tragédie qui a meurtri le pays dans la chair de ses enfants". Ali Benhadj n'a de son côté cessé d'écrire à Bouteflika (six lettres depuis juillet, selon "Le Matin"). Ali Benhadj a déjà purgé les trois quarts de sa peine d'emprisonnement,.

(AFP 16.11) Le Maroc et l'Algérie ont décidé le 16 novembre à Rabat, à l'issue d'une visite du minietre algérien de l'Intérieur Yazid Zerhouni, de mettre sur pied des "mécanismes" de normalisation de leurs relations, afin notamment de réouvrir la frontière. Les ministres de l'Intérieur des deux pays ont déclaré que la réouverture de la frontière devrait "couronner" la normalisation des relations bilatérales, gelées depuis six ans après un attentat contre un hôtel de Marrakech, où deux touristes espagnols avaient été tués. Le Maroc avait accusé les services secrets algériens d'être les instigateurs de cet attentat, plus tard attribué aux islamistes algériens. Les deux parties auraient convenu de "mettre entre parenthèse" la question du Sahara occidental

(AP, El Watan 19.11) La première opération de renouvellement de la moitié des membres du Conseil de la Nation (Sénat) aura lieu le 28 décembre, selon un décret présidentiel d'Abdelaziz Bouteflika, qui convoque pour cette date le collège électoral composé de "l'ensemble des membres de l'Assemblée populaire de wilaya et des membres de l'Assemblée populaire commune de la wilaya". Ces "grands électeurs" désigneront (parmi eux) 48 nouveaux sénateurs (ou rééliront les sortants), qui siègeront dès le 4 janvier. Le président désignera (ou re-désignera) pour sa part directement 24 autres sénateurs, dans le cadre du renouvellement du "tiers présidentiel". Le Conseil de la Nation, créé en 1994 par le président Zéroual, est composé de 144 sénateurs, élus pour deux tiers par les élus locaux et désignés pour un tiers par le président de la République. Les sénateurs qui arrivent actuellement au terme de leur mandat n'ont exercé qu'un mandat réduit de moitié. Ils ont été désignés comme partants par tirage au sort (leurs successeurs siègeront six ans, et le renouvellement se fera dès qu'ils auront accompli leur mandat).

Les élections sénatoriales partielles de décembre 2000

(Le Matin, El Watan, Liberté 20.11) Le Budget (loi de finance) a été adopté par l'Assemblée populaire nationale le 19 novembre, lors d'une séance houleuse qui a vu le ministre des Finances, Benachenhou, quitter l'assemblée après la présentation d'amendements à son projet de budget, amendements introduits par la commission des finances sans consultation du gouvernement. La commission a proposé notamment la création de 2000 nouveaux postes d'enseignement supérieur. L'Assemblée a également rejeté la taxe sur les carburants (3 dinars/litre) proposée par le gouvernement. Du coup, le ministre des Finances a suspendu la rencontre tripartite patronat-Etat-UGTA destinée à discuter de l'augmentation des salaires. La loi de finances finalement adoptée par le Parlement va induire une augmentation du prix des produits de base (eau potable, huile, concentré de tomate, savoi, détergents, pâtes, oeufs, volaille) du fait du réaménagement des taux de TVD (de 14 à 17 %).

(AFP 20.11) Les rapports entre l'islam et le pouvoir constituent une sérieuse préoccupation en Afrique de l'ouest, ont estimé le 20 novembre les chercheurs (saoudiens, algériens, burkinabés, canadiens, français, camerounais, gambiens, guinéens, maliens, nigériens, nigérians) réunis à Dakar pour un symposium international sur le thème : "Islam, Etat et résistances en Afrique de l'ouest". "Dans de nombreux pays, l'islam est au centre du débat sur la laïcité de l'Etat post-colonial et sur sa capacité à porter le mouvement social", a estimé l'historien Boubacar Barry. Le président sénégalais Abdoulaye Wade, président musulman d'un pays peuplé de 95 % de musulmans, a prôné la séparation entre les pouvoirs religieux et politiques, et affirmé que "le but premier de la religion n'est pas la conquête du pouvoir". Cela étant, le président Sénégalais a mis en garde contre la tentation occidentale de taxet "d'intégrisme tous ceux qui vivent leur foi", mais également contre la tentation d'"exalter le passé sans s'arrêter sur les errements inhérents à toute oeuvre humaine".

(Quotidien d'Oran, Liberté 22.11, FIS-IEE 22.11, Le Matin, El Watan 23.11) Le procès de Fouad Boulemia, auteur présumé et présumé solitaire de l'assassinat, le 21 novembre, de Abdelkader Hachani, leader du FIS, devrait s'ouvrir le 23 novembre devant le tribunal criminel d'Alger. Boulemia est accusé d'homicide volontaire, appartenance à une organisation terroriste et détention illégale d'armes à feu. Théoriquement, il risque la peine de mort. La veuve d'Abdelkader Hachani, défendue comme partie civile par Me Khelili, a exprimé sa crainte que l'assassinat de son époux ne soit nullement éclarci par un procès clôturant une instruction qui "ne s'est pas faite normalement". Me Khelili souligne que cette instruction n'a notamment pas tenu compte des déclarations faites avant son assassinat par Abdelkader Hachani lui-même, qui s'était plaint d'avoir été séquestré par des policiers et harcelé, ainsi que sa famille, par un mystérieux personnage dénommé ou surnommé "Naïm". Le dossier d'instruction n'a en outre pas été communiqué à l'avocat, pour qui l'accusé, Fouad Boulemia, fait trop figure de "parfait assassin" : membre supposé d'un GIA, assassin solitaire agissant sur un "coup de tête" en rencontrant "par coïncidence" l'ancien numéro 3 du FIS dans le cabinet d'un dentiste, et décidant sur le champ de l'assassiner en raison de son appartenance au courant "djazariste" ("algérianiste") de l'islamisme. Plusieurs anciens compagnons d'Hachani (Ali Djeddi, Omar Abdelkader, Kameé Guemazi) ont également exprimé leurs doutes sur "le scénario auquel personne ne croit et selon lequel l'assassinat était un acte isolé", et se sont élevés contre "toute tentative de classer le dossier". Dans un communiqué, l'instance exécutive du FIS à l'étranger demande au président Bouteflika de "former une commission nationale et indépendante" d'enquête sur "les circonstances de l'assassinat du Cheikh Hachani (...), dévoiler les auteurs et les commanditaires" de cet assassinat "et leur infliger la punition qu'ils méritent". L'IEE-FIS demande en outre la libération de "tous les prisonniers d'opinion, à leur tête le Cheikh Abassi Madani et le Cheikh Ali Benhadj", et le respect par l'Etat des "engagements et (des) promesses qu'il a pris à son compte pour l'Armée islamique du salut, particulièrement ceux relatifs à l'indemnisation des victimes de la tragédie, au retour à leurs emplois des travailleurs révoqués pour raison politique, à la résolution courageuse et définitive du problème des disparus".

(AP, AAI 25.11, Quotidien d'Oran, Le Matin, Liberté 26.11, 27.11) Le président Bouteflika a procédé le 25 novembre à l'installation officielle du "Comité de la réforme des structures et des missions de l'Etat" (CRSME, 70 membres, présidé par Missoum Sbih), qui devra remettre dans neuf mois au président un rapport général accompagné de propositions de réformes des administrations centrales et locales et des établissements publics. La réforme de l'Etat "est l'un des plus grands, sinon le plus grand chantier national que je me suis engagé devant le peuple à réaliser", a déclaré dans son discours le président Bouteflika, pour qui "la crise nationale (algérienne) est avant tout (...) une crise de l'Etat", d'un Etat "ébranlé dans ses fondements, déséquilibré, affaibli, menacé d'un effondrement programmé, totalement disqualifié aux yeux des citoyens et discrédité au niveau international, (devenu) incapable d'assumer ses missions les plus élémentaires". S'agissant de la réforme, le président a déclaré que l'Etat devait changer et s'adapter aux mutations de l'environnement national et international : "L'Etat, facteur de modernité, ne peut rester sans changer alors que tout change autour de lui" et que le citoyen algérien lui-même "conçoit ses rapports avec l'Etat". Abdelaziz Bouteflika a appelé à une "réforme fondamentale pour un Etat de droit au service du peuple", et fondant "démocratiquement sa légitimité sur l'adhésion consciente du citoyen". Les partis politiques sont pour le moins partagés sur l'intiative présidentielle, dans laquelle M. Bouiche (FFS) voit un "bricolage" et une "pratique malicieuse du système qui cherche à assurer sa pérennité". Le Parti des Travailleurs considère que la mise en place du comité de réforme de l'Etat n'est qu'une tentative d'"adapter l'Etat à l'environnement international", qui n'aboutira qu'à partager le pays en "zones utiles aux multinationales et en zones inutiles ravagées par la misère et la violence". Le MSP insiste pour que la réforme de l'administration soit une priorité du comité, le RND (qui accueille l'initiative présidentielle "avec beaucoup d'optimisme" pour que le comité veille à la revalorisation du service public, le FLN considère que l'installation du comité intervient "au moment opportun". Depuis son élection à la présidence, Abdelaziz Bouteflika n'a jamais caché le peu d'estime qu'il porte à la Constitution actuelle. Le Comité de réforme de l'Etat pourrait être le premier pas vers une révision constitutionnelle, dans un sens "présidentialiste" (et à l'américaine, plutôt qu'à la française). Le président a adressé aux membres du comité une lettre en 41 points pour définir leur mandat : "l'étude et l'évaluation de tous les aspects relatifs aux fondements, à l'organisation et au fonctionnement de l'Etat", la proposition des "éléments d'une réforme d'ensemble et coordonnée de l'Etat", à tous les niveaux.

(Le Soir 27.11) Ali Benhadj pourrait été libéré à l'occasion de l'Ad El-Fitr, soit avant la fin de l'année 2000, annonce "Le Soir", sur la base de "sources politiques concordantes à Alger". Le leader islamistes serait libéré pour raisons de santé, et sur décision du président Bouteflika. Le quotidien ignore si cet élargissement prendra la forme d'une remise de peine, d'une grâce ou d'une mise en liberté surveillée. Ali Benhadj, qui a purgé les trois quart de la peine de 12 ans à laquelle il a été condamn, remplit les conditions légales pour solliciter une éventuelle liberté conditionnelles, mais celle-ci doit être décidée par le ministre de la Justice, Ahmed Ouyahia, non par le président de la République. Selon "certains analystes", un accord aurait été conclu "entre les partisans du FIS originel et de très larges cercles du pouvoir" pour une libération de Benhadj en échange d'un appel de sa part aux groupes armées encore en activité (notamment le GSPC) à désposer les armes. Les mêmes "analystes" suggèrent qu'à terme, on pourrait assister à un "éventuel retour du parti dissous", dont la relégalisation, sous une forme ou sous une autre, "ne ferait qu'accentuer la dispersion actuelle de la mouvance islamiste".

(Quotidien d'Oran 13-12) Après qu'Ahmed Taleb Ibrahimi ait décidé de dissoudre de fait son parti, Wafa, celui-ci n'ayant pas été "agréé" par le gouvernement, et selon des sources évoquées par "Chark El-Awsat", des membres fondateurs de Wafa s'apprêteraient à rendre (après le Ramadan) publique une déclaration accusant Taleb d'avoir "capitulé" devant le gouvernement, et lui reprochant de n'être pas alé jusqu'au bout de la démarche judiciaire avant de prononcer unilatéralement la mort du parti, sans consulter ceux qui l'avaient créé avec lui, et cela pour préserver des intérêts personnels.

(Liberté 3.12) dans sa "lettre" mensuelle sur le site internet de son parti, le président du RCD, Saïd Sadi, tente, prudemment, de prendre ses distances avec le pouvoir auquel son parti (gouvernemental) participe, en considérant que l'on tente actuellement de "semer la démocratie dans un régime qui s'en est défié". Sadi ne s'en prend toutefois qu'à "l'ancienne classe politique" et à un "personnel globalement inchangé", dont il voit l'incarnation en des hommes comme Mouloud Hamrouche et Taleb Ibrahimi (qu'il ne cite d'ailleurs pas nommément). Le président du RCD constate qu'"aucun des dossiers empruntés au courant démocratique ne semble connaître une concrétisation substantielle sur le terrain" et en accuse "les notables".

(APS 9.12) Un "Comité d'intellectuels algériens de soutien à l'Intifada" a été créé récemment, annonce l'APS, qui citant le communiqué de ce comité, précise que celui-ci s'est donné pour tâches la poursuite "par tous les moyens possibles (des) efforts de soutien à l'intifada", de dénonciation des "ennemis de cette révolution", d'opposition à "l'hégémonie américaine sous toutes ses formes". Le comité a appelé à "combattre toute forme de normalisation avec l'entité sioniste" (Israël) et à "boycotter toutes les entreprises pro-sionistes".


(Quotidien d'Oran 10.12, Le Matin 11.12) Le député islamiste dissident (ex-Ennahda) Hassan Arribi a adressé au président Bouteflika une lettre lui demandant de libérer Abassi Madani et Ali Bendhadj qui, selon lui, "étaient déjà prêts en 1994 à monter au maquis pour arrêter la violence", Ali Benhadj étant quant à lui "disposé à se tenir auprès (des "oulémas de la Oumma dans différents pays" pour) appeler à la concorde civile et à la paix". Pour "Le Matin", cette démarche participe d'une démarche d'ensemble créditant "la thèse faisant état de l'existence" d'un accord entre l'armée et l'AIS sur le retour du FIS (sous une forme ou une autre) sur la scène politique. Cette disposition ferait partie des accords secrets passés en 1997 entre l'ANP et l'AIS. D'anciens dirigeants de l'armée islamique, dont Ahmed Benaïcha, avaient évoqué cette "réhabilitation programmée" du FIS. Sitôt sorti de prison aux USA, Anouar Haddam a également annoncé, le 7 décembre, que le FIS s'apprêtait à négocier avec les "autorités effectives" pour trouver une solution politique à la crise. Enfin, en visite en Suisse en novembre dernier, le ministre des Affaires étrangères, Belkhadem, avait donné des garanties pour les exilés du FIS s'ils acceptaient de rentrer en Algérie.

(AP 11.12, Quotidien d'Oran 13.12) Le sixième round des négociations entre l'Algérie et l'Union européenne devait s'ouvrir le 13 décembre à Bruxelles. Il portera notamment sur le dossier de la libre circulation des personnes, dossier que le partie algérienne ne veut pas voir dissocié des autres, alors que du côté européen on estime qu'il relève des prérogatives des Etats membres. Sur les dossiers des échanges commerciaux et économiques, l'Union européenne se montre disposée à apporter son aide à l'Algérie, notamment pour "accélérer les réformes économies engagées, mais demande que les contraintes douanières et administratives soient progressivement levées. L'Algérie souhaite pour sa part ne réaménager le système douanier que si sa propre production arrive à atteindre une compétitivité lui permettant de concurrencer les produits importés sur son propre marché, et d'être exportées sur le marché communautaire. En fait, et en deux ans, l'Algérie n'a bénéficié que de 480 millions d'euros d'aide communautaire (non comprises les "enveloppes" de la Banque européenne des investissements), injectés dans des projets d'hydraulique, d'hydrocarbures, de réhabilitation des structures des aéroports, d'électrification rurale. Plus de 60 % des échanges commerciaux de l'Algérie se font avec l'Union européenne.

(Al Bayane 13.12) Selon le quotidien marocain "Al Bayane", douze déserteurs sahraouis du Front Polisario qui tentaient de regagner le maroc à pied auraient été arrêtés dans la nuit du 7 au 8 décembre par une patrouille algérienne.


(FFS 13.12, Le Matin 14.12) Le député FFS Seddik Debaïli, Premier secrétaire du FFS en 1996 et 1997, fidèle de Hocine Aït Ahmed, est décédé brusquement à l'âge de 53 ans d'un accident cardiaque le 12 décembre dans l'hôpital parisien où il avait été transporté en urgence. Le président Bouteflika et le Premier ministre Ali Benflis ont adressé des messages de condoléance à la famille du défunt, Ali Benflis évoquant sa "pondération et ses qualités d'homme d'Etat".

(El Watan 17.12) Une figure historique du mouvement national algérien, Saâd Dahlab, est décédée le 16 décembre, à l'âge de 81 ans. Il avait été responsable de la propagande du FLN jusqu'en 1958, après avoir été secrétaire personnel de Messali Hadj. Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères du GPRA, alors dirigé par Krim Belkacem, il deviendra lui-même ministre en 1961, et participera à ce titre aux négociations d'Evian avec la France.

(L'Humanité 19.12, Le Monde 21.12. Libération, Corr 22.12, Jeune Indépendant 24.12, Liberté 25.12) Les récents massacres de population civile, et attentats contre les forces de sécurité, les premiers attribués aux GIA-Zouabri et les seconds au GSPC, sont le prétexte de ce qui apparaît comme une véritable "offensive contre Bouteflika", d'autant plus remarquable qu'elle émane principalement de forces politiques présentes au gouvernement (ANR, RCD, voire RND ou ayant soutenu tous les gouvernements successifs (UGTA). Pour l'ANR, par exemple, "la loi sur la concorde civile a favorisé la recrudescence du terrorisme". Des forces politiques d'opposition (le FFS, le MDS) dénoncent également la faillite de la politique de "concorde civile", mais n'y ayant jamais adhéré, quoique pour des raisons contradictoires, leur dénonciation est cohérente de leur ligne politique et stratégique. Quant à l'armée, elle n'aurait pas accepté que Bouteflika ait laissé Amnesty International demander l'audition de ses principaux chefs, et les autres ONG internationales de défense des droits humains mettre en cause les pratiques des forces de sécurité et des milices.

Du côté de l'opposition "éradicatrice", le chef du MDS, Hachémi Cherif, a accusé Bouteflika de "servir le terrorisme", et l'ancien Premier ministre (que la rumeur donne pour l'un des successeurs potentiels de Bouteflika -mais la rumeur évoque aussi l'hypothèse, plus surprenante, de Taleb Ibrahimi), Sid Ahmed Ghozali, déclare qu'"on ne peut pas réaliser la concorde en violant la loi". Plusieurs associations féminines (Djazaïrouna, Somoud, Tharwa n'Fadhma n'soumer, l'AITDF, SOS-Femmes en détresses), ainsi que le Fondation Abdelkader Alloula ont lancé un appel accusant le président Bouteflika d'avoir "absous les criminels" et de n'avoir pas su "protéger les citoyens". L'appel reproche au président un silence "complice", "criminel" et "assassin" sur les derniers massacres. Dans "L'Humanité", Zazi Sadou, responsable du RAssemblement algérien des femmes démocrates (RAFD) accuse le président Bouteflika d'avoir "servi" l'"entreprise de mise à mort de l'Algérie engagée par les islamistes".

Du côté de l'opposition "dialoguiste", le FFS a non seulement dénoncé les derniers massacres, mais s'est interrogé sur "l'étrange mutisme" des autorités devant ces massacres, dont "l'ampleur et la permanence" dissipent ""l'illusion de la paix que voulait conforter une fausse concorde" offrant une "couverture juridique à l'impunité". Le FFS réitère sa revendication d'une commission d'enquête internationale, et dénonce le "jusqu'au-boutisme des décideurs pour qui la consolidation du système totalitaire est plus urgente que la liquidation physique de milliers d'Algériennes et d'Algériens". Le FFS appelle les forces politiques et sociales à "s'organiser dans une démarche unitaire, démocratique et alternative pour exiger des négociations pour une réelle transition démocratique". Pour le FFS, en effet, la stratégie de lutte "anti-islamiste" menée depuis le "coup d'Etat du 11 janvier 1992" n'a pas d'autre finalité que de "bloquer la démocratisation du pays".

"Il (est) étrange (que l'offensive contre Bouteflika) soit, globalement, le fait de partis et d'organisations qui se sont illustrés par leur soutien actif à la concorde", constate "Le Jeune Indépendant", pour qui "les nouveaux critiques du Président appartiennent au conglomérat hybride qui a ardemment défendu la concorde contre les récriminations des familles des victimes du terrorisme et contre le scepticisme des partisans de la 'solution politique globale'". Le quotidien constate que "cette campagne contre Bouteflika profite du mutisme présidentiel devant les massacres et de son obstination à faire de la 'réhabilitation de l'image de l'Algérie à l'étranger' son unique priorité politique", mais relève que les massacres qui ont précédé ceux du Ramadan n'avaient "pas ému aussi bruyamment les détracteurs de M. Bouteflika". Pour l'auteur de l'article, Yassin Temlali, "la campagne actuelle contre M. Bouteflika apparaît (...) comme le reflet d'une dégradation subite des rapports entre le président et les militaires", les Algériens n'étant que "les vulgaires figurants d'une opération de redéfinition des règles de cohabitation entre l'armée et la présidence", le président tentant constamment d'élargir sa capacité autonome de décision, et les militaires de la restreindre. Une telle situation s'était déjà vue à la fin du mandat de Liamine Zéroual, celui-ci décidant finalement de claquer la porte plutôt que de se soumettre. Conclusion de l'article : "Ainsi, le pays est une fois encore devant le défi de son passage à un pouvoir civil, un défi qu'on continue de fuir tout en sachant qu'on devra bien le relever un jour si l'on ne veut pas passer pour un des derniers modèles d'archaïsme dans le monde. En attendant qu'on s'y décide, en attendant le miracle de la démocratisation, des dizaines d'Algériens mourront encore dans l'indifférence des officiels, et des centaines d'autres terroristes seront probablement graciés au nez et à la barbe de leurs victimes. C'est dire que l'Algérie n'est pas encore sortie de l'auberge répugnante où elle s'est engouffrée avec une déconcertante légèreté un certain 12 janvier 1992".

Par ailleurs, des rumeurs insistantes circulent sur une aggravation de la tension entre le président Bouteflika et les chefs de l'armée; des sources proches du CC-FIS font état, s'appuyant sur "des sources proches de la présidence", d'une intention récente de Boutefflika de limoger le général Toufik Médiene, chef des services secrets, intention qui serait allée jusqu'à la préparation d'un décret et d'une intervention à la télévision pour l'annoncer, et qui aurait été "bloquée" au dernier moment par les chefs de l'armée, et par "Toufik" lui-même, qui l'aurait personnellement menacé.

(Quotidien d'Oran 24.12) Le 23ème rallye "Paris-Dakar" devrait passer par le Sahara Occidental le 5 janvier. Le Front Polisario considère qu'il s'agit là d'une provocation, sous forme d'officisalisation de la "marocanité" du Sahara, alors que le référendum d'autodétermination doit précisément décider du sort de l'ancienne possession espagnole. "Le passage du rallye par le Sahara Occidental est une insulte à la volonté du peuple sahraoui, un défi aux Nations Unies, un soutien au fait accompli colonial marocain et, partant, une violation du cessez-le-feu en vigueur depuis le 6 septembre 1991", déclare le Polisario dans un communiqué. A moins que les organisateurs du rallye ne reoncent à passer par le Sahara Occidental, la trève aura donc vécu le 5 janvier, et le Polisario menace de reprendre les armes.

(AP, Liberté 26.12) Le ministre algérien de l'Intérieur Yazid Zerhouni a catégoriquement démenti que le président Bouteflika ait échappé, comme le suggére une rumeur persistante à Alger, à un attentat à l'automne dernier, et a accusé "Rabat et certains du Moyen-Orient" d'avoir propagé cette rumeur "pour déstabiliser l'Algérie qui enregistre un retour en force sur la scène internationale". La rumeur avait été reprise par la télévision du Hezbollah libanais, le 20 novembre.

(El Watan 26.12) "Les béquilles sur lesquelles s'était appuyé Bouteflika pour s'implanter politiquement en Kabylie (associations ou réseaux informels) ont fondu comme neige au soleil", écrit "El Watan, qui ajoute que les derniers soutiens du président en Kabylie "se retrouvent seuls, assumant dans une quasi-clandestinité les errements du président". Bouteflika avait mis sur pieds dans la région un réseau de comités, d'associations et de groupements composés de notables locaux, d'exclus des deux partis politiques dominants la Kabylie (le FFS et le RCD) et de citoyens, réseau dirigé par son conseiller Rachid Aïssat et soutenu ouvertement par les walis des deux wilayas kabyles. Mais cette mouvance était traversée de conflits et de contradictions telles qu'elle n'a jamais réussi à s'organiser et s'implanter réellement.

(El Watan 26.12) Dans un long texte commun, plusieurs associations* réagissent aux massacres du Ramadan, en constatant qu'"alors que la mort d'un Palestinien dans des affrontements avec l'armée israélienne soulève, à juste titre, l'indignation du monde entier et la mobilisation de dizaine de chefs d'Etat, notre peuple subit, dans l'indifférence et le silence assourdissant, non pas la mort d'un, de deux ou de trois personnes, mais de dizaine d'individus chaque jour". "La mort des enfants palestiniens fait l'objet, à juste titre, de discussions au Conseil de sécurité des Nations Unies, celle des enfants algériens n'est même pas discutée en conseil des ministres en Algérie", écrivent les associations, qui accusent la politique de "concorde" du président Bouteflika d'avoir "nourri la discorde et amplifié la désolation" alors que, selon elles, "avant le retour de Bouteflika, le terrorisme était en voie d'éradication et l'intégrisme en voie de disparition grâce à la mobilisation citoyenne, à la lutte et à la vigilance de tout un peuple, à la résistance des patriotes et (au) sacrifice des membres des services de sécurité". Les associations reprochent au président d'avoir "pardonné unilatéralement à des tueurs qui n'ont jamais demandé pardon", d'avoir "absout les criminels", de n'avoir "pas su protéger les citoyens" et d'afficher actuellement un "mutisme assourdissant" qui est "celui d'un non-concerné par ce génocide" : "aujourd'hui, le silence de Bouteflika est complice", écrivent les associations.

*Fédération internationale des associations des victimes du terrorisme, Fondation Abdelkader Alloula, Djazaïrouna, Somoud, Tharwa n'Fadhma n'Soumeur, Association défense et promotion des droits des femmes, Association indépendante pour le triomphe des droits des femmes, SOS Femmes en détresse.

(El Ribat 27.12) Le bulletin islamiste "El Ribat" (du FIS-Kébir) apelle le président Bouteflika à "prendre le taureau par les cornes" et à donner "un grand coup de pied (dans la) fourmilière", en dissolvant l'Assemblée nationale et en organisant de "nouvelles élections ouvertes, libres, transparentes".

(Le Matin 31.12) L'ancien secrétaire général du FLN Abdelhamid Mehri, en rupture avec le parti, ferait partie d'une "liste noire" d'opposants algériens, et aurait à ce titre été interpellé et retenu pendant 24 heures à Abu Dhabi les 12 et 13 décembre dernier, selon le quotidien "El Qods", citant des proches de Mehri. A Alger, on dément l'existence d'une quelconque liste noire et on affirme être intervenu pour faire libérér Mehri -qui aurait en fait pu avoir été interpellé pour son activité de président, jusqu'en avril 2000, du Congrès national arabe, peu apprécié des monarchies du Golfe qui le considèrent comme un instrument de Saddam Hussein.


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