






"Réduire l'attractivité de la Suisse pour les ressortissants-es de la Kosove, réfugiés-es dans les camps en Madédoine, en Albanie ou au Monténégro", voilà les termes utilisés par le Conseil fédéral pour qualifier les objectifs de sa politique et pour justifier de nouvelles mesures restrictives annoncées.
Nous ne pouvons nous taire face à un tel cynisme et à un tel déni d'humanité.
Rappelons tout d'abord que les travailleurs-euses de la Kosove, arrivés-es en Suisse déjà depuis la fin des années 60, ont obtenu un permis A de saisonniers, puis, avec les années, ont accédé au permis B annuel et enfin au permis d'établissement C. Ces travailleurs-euses, avec leur famille, représentent, 160'000 personnes. Elles/ils travaillent dans les secteurs tels que l'agriculture, l'horticulture, le bâtiment, le nettoyage, la restauration ou l'hôtellerie. Depuis des années ils/elles séjournent en Suisse et sont appréciés-es par leurs collègues de travail, leurs voisins, les habitants de leur quartier ou de leur commune.
Au début des années 90, alors que la répression s'était aggravée en Kosove et que le gouvernement de Milosevic accentuait encore sa politique d'épuration ethnique, le gouvernement helvétique a mis en place la politique des trois cercles, excluant les ressortissants de l'ex-Yougoslavie de tout accès à un permis de travail en Suisse. Les Kosovars-es, fuyant la pauvreté et la violence, n'ont eu d'autres choix que de demander l'asile, ce qui leur fut d'ailleurs massivement refusé. Leur présence a toutefois été tolérée, dès lors que le gouvernement de Belgrade refusait de les "reprendre". L'Office fédéral des réfugiés (ODR) leur délivrait des autorisations de séjour reconduites de trois mois en trois mois, au mieux de six mois en six mois. Ainsi, depuis près de 10 ans, des familles entières survivent dans cette précarité, ne pouvant formuler aucun projet quant à leur avenir , ni pour ici ni pour chez eux. Les parents ne trouvent pas d'employeur qui veulent les engager pour si peu de temps, les jeunes sont interdits d'apprentissage, sous prétexte qu'ils sont susceptibles de partir dans les mois qui suivent. Ce n'est qu'au printemps 1999, alors que les horreurs de l'épuration ethnique étaient étalées aux yeux de toutes et tous que l'ODR s'est enfin résolue à promettre à ces réfugiés-es de la Kosove une admission provisoire collective. Elle concerne aujourd'hui quelque 40'000 personnes.
L'attitude xénophobe des autorités fédérales à l'égard des ressortissants-es de la Kosove s'est nourrie de l'amalgame fait entre une petite minorité d'entre eux qui se livrent à divers trafics et la grande majorité qui travaillent et vivent paisiblement dans ce pays. Elle est à l'origine de l'accord inqualifiable passé entre le Conseil fédéral et le président yougoslave Milosevic, accord toujours en vigueur qui permet à la police serbe de venir chercher à Kloten des requérants-es d'asile déboutés-es et d'empocher encore 3000 francs par personne renvoyée. Cette politique xénophobe est aujourd'hui à l'origine des directives et des pratiques inacceptables de l'Office fédéral des réfugiés (ODR) et de l'Office fédéral des étrangers (OFE) qui pratiquent notamment la division des familles, attribuant les nouveaux réfugiés-es à des cantons éloignés du lieu où ils/elles ont des parents de peur qu'ils/elles ne "s'installent" chez nous. Cette politique fonde la volonté d'entraver l'octroi de visas aux conjoints-es et aux enfants de détenteurs de permis B et C qui voudraient quitter les camps de Macédoine ou d'Albanie, à moins qu'ils/elles ne soient gravement malades. Elle permet d'interdire tout regroupement familial et de refouler aux frontières les parents de celles et ceux qui sont chez nous comme requérants-es d'asile depuis des années. Elle conduit le Conseil fédéral à négocier aujourd'hui un accord avec les pays limitrophes de la Yougoslavie, en vue d'ouvrir d'avance un couloir de retour forcé pour les réfugiés-es. Elle a également pour conséquence que les réfugiés-es n'ont pas d'autres choix, pour se mettre à l'abri et éviter un refoulement à la frontière, que de payer des passeurs mafieux entre 6000 et 9000 francs par personne.
Dire donc que la Suisse "accueille" déjà près de 200'000 kosovars-es, comme le fait la conseillère fédérale Ruth Metzler, n'est pas conforme à la réalité. Trois quart d'entre eux sont venus-es dans notre pays pour y travailler, contribuer à sa richesse, et non dans le cadre de l'asile.
Face à l'horreur du nettoyage ethnique qui touche les familles de la Kosove, séjournant dans notre pays, il est impératif que nous reconnaissions le droit à sauver les leurs, ce qui implique un devoir particulier d'hospitalité et de protection. II est urgent de permettre aux réfugiés-es qui croupissent dans les camps en Macédoine et en Albanie, à rejoindre leurs familles et de disposer d'un statut qui leur redonne confiance et dignité. C'est la meilleure garantie pour un retour volontaire dans leur pays, dès lors que les droits de la personne y seront garantis. Promouvoir "l'aide sur place" comme prétexte pour fermer les frontières helvétiques est totalement inacceptable.

(AP 18.1) Plus de la moitié des personnes arrêtées en 1998 pour immigration illégale à la frontière suisse provenaient de Kosove. 12'714 personnes en tout ont été refoulées en 1998 (contre 5005 en 1997), et 982 "passeurs" interceptés (contre 500 en 1997). Sur les 12'714 personnes refoulées, 7521 provenaient de l'ex-Yougoslavie, dont 6687 de Kosove, et 2047 d'Albanie. 10'300 personnes ont été refoulées à la frontière tessinoise. La majorité des personnes entrées illégalemnt en Suisse (60 %) ont été refoulées vers l'Italie.
(AP 17.8) La police tessinoise a annoncé le 17 août l'arrestation de 21 Albanais de Kosove (15 réfugiés, six clandestins) actifs au sein de trois réseaux de frafiquants de drogue à Lugano et Locarno, dont les profits étaient envoyée en Kosove et en Albanie. La police a saisi de la drogue (héroïne, cocaïne), de l'argent, du matériel informatique et de laboratoire pour le conditionnement de la drogue.
Les organisations genevoises soussignées affirment leur solidarité avec le peuple albanais de Kosove et avec la communauté kosovare de Suisse, et décident de la création de SOLIDARITÉ GENÈVE-KOSOVE afin d'inciter l'opinion publique et les autorités politiques genevoises à témoigner de cette même solidarité. SOLIDARITÉ GENÈVE-KOSOVE exige :
1. La suspension de tous les renvois forcés de Kosovars vers la "République Fédérale de Yougoslavie" (RFY), aussi longtemps que :
2. L'admission provisoire pour tous les requérants d'asile kosovars en Suisse.
3. L'engagement déterminé de la Suisse pour une solution pacifique à la crise de Kosove, dans le respect des droits de la personne humaine et du droit du peuple albanais de Kosove à l'autodétermination.
(ATS 22.3, 23.3, 24.3, 25.3, 27.3, 29.3 1999) Le Département fédéral (ministère) suisse des affaires étrangères «condamne très vivement» les nouveaux actes de violences au Kosovo. Il a appelé Belgrade à respecter l'armistice conclu en octobre dernier, à accepter l'accord de paix de Rambouillet et éviter ainsi une escalade du conflit. Il déplore que la situation actuelle soit mise à profit «pour lancer des offensives contre des villages». Selon le DFAE, Belgrade, en rejetant l'accord de paix conclu à Rambouillet, prend le contre-pied de la volonté résolue de la communauté internationale de trouver une solution équitable au conflit du Kosovo. Les vols de la compagnie Swissair vers Belgrade ont été interrompus le 23 mars jusqu'à nouvel avis, décision prise pour des raisons de sécurité. Air France et Lufthansa ont également supprimé leurs vols à destination de la capitale yougoslave. Contrairement à l'Union européenne, la Suisse n'interdit pas aux avions de la compagnie yougoslave JAT d'atterrir sur son territoire. Une telle pratique étant réciproque, les avions suisses ne pourraient plus se poser à Belgrade. Or, les requérants d'asile délinquants ne peuvent être reconduits en Yougoslavie que par la voie des airs, et la Suisse n'a pas renoncé à leur expulsion. Malgré le déclenchement de la guerre entre l'OTAN et la Yougoslavie, l'ambassade de Suiisse à Belgrade reste ouverte, mais avec des effectifs réduits (dont l'ambassadeur)afin de "démontrer qu'elle est neutre et qu'elle ne prend pas parti dans le conflit entre la Yougoslavie et l'OTAN". 230 Suisses résident en Yougoslavie, dont la moitié sont des doubles nationaux, et très peu d'entre eux ont quitté la Yougoslavie. Le Département fédéral (ministère) des Affaires étrangères a exprimé ses regrets pour les "souffrances" causées à la population par les bombardements de l'OTAN, mais considère que le président Milosevic porte la responsabilité de la situation. Plusieurs centaines de Serbes ont manifesté le 27 mars à Lugano et à Berne contre l'intervention de l'OTAN.
(ATS 6.4, 7.4) La Suisse a décidé d'envoyer en Albanie trois hélicoptères et 43 militaires volontaires pour le transport de l'aide humanitaire aux réfugiés kosovars. Le 7 avril, la Suisse a refusé à l'OTAN l'autoriser de survoler son territoire. Ce refus a été motivé par la neutralité de la Suisse, et par le fait que l'opération de l'OTAN contre la Yougoslavie a été engagée sans mandat de l'ONU, contrairement par exemple à celle engagée contre l'Irak.
(AP 9.4.99) La Suisse a poursuivi son aide aux réfugiés kosovars, avec un cinquième vol vers la Macédoine, chargé de tentes et d'une installation de distribution d'eau, ainsi que de vivres. Des hélicoptères militaires ont évacué vers la Suisse des réfugiés malades.
(ATS 19.4) La Suisse a entamé des discussions avec le gouvernement yougoslave à Belgrade afin d'obtenir un accès en Kosove pour y acheminer de l'aide humanitaire, avec des garanties de sécurité, d'accès aux victimes et de liberté de mouvement. Le projet d''envoi d'une aide humanitaire par la Suisse aux victimes du conflit kosovar en Kosove même, a été critiquée par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, au motif qu'elle ferait croire aux réfugiés qu'il est à nouveau possible de retourner en Kosove.
(ATS 27.5, 29.5) La Suisse n'a pas encore gelé les avoirs des proches du président Milosevic, alors que le Conseil fédéral en avait pris la décision le 19 mai, l'Union européenne n'ayant pas établi la liste des personnes concernées. D'ici à ce que cette liste soit établie et que le gel des avoirs entre en vigueur, ceux-ci pourraient bien avoir quitté la Suisse. La police fédérale a cependant confirmé avoir reçu une demande d'entraide judiciaire de la part du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPI) sollicitant un séquestre des biens appartenant à Slobodan Milosevic et quatre autres accusés par le TPI de crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
ATS 27.5, AP 28.5) L'inculpation de Slobodan Milosevic le 27 mai pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité par le Tribunal pénal international n'aura pas de conséquences sur l'aide humanitaire de la Suisse en Yougoslavie, a indiqué un porte-parole de l'aide suisse en cas de catastrophe. Quant au gouvernement, il a donné suite au mandat d'arrêt du TPI en inscrivant Slobodan Milosevic et les quatre autres accusés sur la banque de donnée de la police fédérale, le RIPOL, après avoir étudié le mandat d'arrêt et examiné sa conformité avec l'arrêté fédéral urgent relatif à la coopération avec les tribunaux internationaux chargés de poursuivre les violations graves du droit international humanitaire, qui date de 1996. Selon l'Office fédéral de la police, qui a consulté le département fédéral (ministère) des Affaires étrangères, les accusés ne sont plus protégés par l'immunité diplomatique.
(ATS 21.6) Le Conseiller fédéral Joseph Deiss, chef du département (ministre) des Affaires étrangères, a annoncé le 21 juin le soutien total de la Suisse à la réalisation du Pacte de stabilité des Balkans, à condition que la Suisse puisse participer à son développement.
(Reuters 23.6) Le gouvernement suisse a annoncé le 23 juin le gel des avoirs du président Milosevic et des quatre autres responsables serbes accusés de crimes de guerre par le TPI. En vertu de cette mesure, tous les biens en Suisse des cinq accusés doivent être annoncés et ne peuvent être transférés.
(AP 22.9) 59 boeufs et deux vaches ont quitté le 22 septembre l'aéroport de Zurich pour la Kosove à bord d'un avion affrêté par la Suisse. Cette livraison de bétail est la première d'une série qui devrait amener au total, d'ici la mi-octobre, 500 boeufs, vaches, génisses et taureaux, accompagnés de vétérinaires, en Kosove, dans le cadre d'un programme de reconstruction agricole privilégieant les familles nombreuses -à qui il sera également livré du fourrage.
(Courrier 8.1.00) "La Suisse a un rôle extrêmement important à jouer dans la reconstruction du Kosovo, en raison du nombre élevé de réfugiés que la Confédération a accueillis", a déclaré le 6 janvier Walter Fust, chef de la Direction du développement et de la coopération suisses, à l'issue d'un voyage dans la région. Plusieurs projets suisses ont permis la réhabilitation de près de 900 habitations en 1999, notamment dans le sud-ouest, à raison d'une dépense moyenne de 10'000 FS par maison. La Suisse a également envoyé environ 500 vaches et génisses en Kosove, dont 417 dans cinq villages de la région de Djakovica, où 80 % du cheptel bovin avait été décimé durant la guerre.
Le Conseil municipal demande au Conseil administratif d'intervenir auprès du Conseil d'Etat pour qu'il surseoie à l'exécution des décisions de renvoi de requérants d'asile kosovars vers la République fédérale de Yougoslavie.
L'Université Populaire Albanaise de Genève a été fondée le 30 avril 1996. La première concrétisation du projet qui est à son origine a été la création d'un poste de Conseiller- médiateur auprès de la communauté albanaise de Genève. La création d'un tel poste a été rendue nécessaire par la précarisation de cette communauté, précarisation due notamment à . L'accroissement de la population d'origine albanaise à Genève, à la suite de la guerre dans l'ex-Yougoslavie et de l'application en Suisse de la politique d'immigration dite "des trois cercles"; . Le désarroi des services sociaux concernés face à cette nouvelle population immigrée; . L'absence de relais au sein de la communauté albanaise. Née à l'initiative de Ueli Leuenberger, Conseiller-médiateur auprès de la communauté albanaise , devenu directeur de l'UPA, celle-ci répond à un double besoin : . Intégrer les membres de la communauté albanaise en général et les jeunes réfractaires et déserteurs albanais de Kosove, en particulier; . Préparer ces jeunes, ainsi que les autres membres de la communauté albanaise, à une bonne intégration en cas de retour dans leur pays d'origine en leur proposant des formations techniques et divers cours théoriques.
L'émigration vers la Suisse d'Albanais de Yougoslavie remonte à la fin des années soixante et au début des années septante, mais elle va s'amplifier à partir des années quatre-vingt pour prendre, dès la fin de cette décennie et jusqu'à aujourd'hui, l'ampleur d'une émigration de masse. Actuellement, les ressortissants albanais de l'ex-Yougoslavie ou de la Yougoslavie actuelle (Serbie + Monténégro) constituent la deuxième communauté étrangère de Suisse par ordre d'importance démographique, juste après la communauté italienne mais avant les communautés portugaise et espagnole. Cette communauté de 150'000 personnes est constituée, dans son écrasante majorité, de travailleurs et de leurs familles. Ce n'est qu'à partir de 1988 qu'un nombre toujours plus important de réfugiés sont arrivés en Suisse pour se mettre à l'abri de la répression serbe se déchaînant contre la population albanaise de Kosove. Le déclenchement de la guerre en Croatie et en Slovénie (été 1991), puis son extension en Bosnie, a accru le nombre de réfugiés kosovars de milliers de jeunes réfractaires et déserteurs albanais refusant de servir dans l'armée yougoslave, devenue l'instrument de la réalisation de la Grande Serbie par l'"épuration ethnique". L'évolution de la situation dans l'ancienne Yougoslavie, le développement de la guerre et des crises qui s'y déroulent, ont de multiples effets sur la situation des communautés issues des régions concernées -en particulier sur celle de la communauté albanaise de Kosove. Dans les pays d'immigration des Kosovars, le conflit "yougoslave" pose désormais un problème intérieur.
Dans l'histoire de l'immigration des Albanais de l'ex-Yougoslavie, la Suisse tient une place privilégiée. Dès la fin des années soixante et dans les premières années septante, les premiers groupes d'Albanais de Kosove, de Macédoine et de Serbie quittent leur pays pour chercher du travail en Suisse. On comptera bientôt par milliers les Albanais émigrant à l'étranger, notamment en Suisse. Pourquoi quittent-ils leur pays et leurs familles ? parce que la population de Kosove est à cette époque (et le reste) l'une des plus pauvres d'Europe, alors que le sous-sol de la région est riche en minéraux divers. A la pauvreté va s'ajouter dans les années quatre-vingt la crise politique, puis la guerre, dans l'ancienne Yougoslavie.
Malgré la répression sévissant depuis des dizaines d'années, jusqu'en 1988 très peu d'Albanais de Kosove avaient demandé l'asile politique en Suisse. De nombreux hommes quittèrent par contre le pays dès la fin des années soixante pour des raisons économiques, mais parfois aussi pour des raisons politiques mais sans que ces raisons politiques ne les poussent à solliciter l'asile; on peut parler à leur propos de "travailleurs immigrés pour des raisons politiques", en faisant allusion aux militants d'organisations nationales ou nationalistes établis en Suisse comme travailleurs. La définition des réfugiés en tant que réfugiés "politiques" ou réfugiés "économiques" ne recouvre en effet pas une opposition réelle entre ces deux catégories. Partir d'Albanie pou la Suisse permettait donc non seulement de gagner sa vie et celle de la famille qu'on laissait en Kosove, mais aussi, souvent, d'échapper à un climat politique glacial, marqué par la répression. Jusqu'en 1987, seuls une centaine de ressortissants yougoslaves déposaient chaque année une demande d'asile en Suisse, et il s'agissait certainement, en majorité, d'Albanais de Kosove et de Macédoine, aux côtés de quelques opposants issue des autres régions de la Yougoslavie d'alors. Cette situation a radicalement changé à partir de 1988. Au fur et à mesure que les évènements se précipitaient et que la situation s'aggravait en Kosove, les réfugiés commençaient à affluer en Suisse. Chaque acte de répression commis par les autorités serbes provoque depuis lors le départ de centaines ou de milliers d'Albanais de leur patrie. Beaucoup choisissent tout naturellement la Suisse comme pays de destination, parce que des membres de leur famille ou des personnes originaires de leur village y vivent et y travaillent déjà.
Deuxième communauté étrangère de Suisse par l'importance numérique, la communauté albanaise a donc vu ses effectifs gonfler à la suite de l'éclatement de l'ancienne Yougoslavie et au fur et à mesure de l'aggravation du conflit provoqué par cet éclatement et par les forces politiques nationalistes qui l'avaient voulu. A cet accroissement numérique brutal n'étaient préparés ni les services sociaux concernés, ni les autorités politique, ni les responsables de la politique d'immigration et de la politique d'asile, ni, enfin, la communauté albanaise elle-même, ce qui explique l'extrême précarité dans laquelle vit cette population. L'absence d'interlocuteurs représentatifs et durables au sein de la communauté albanaise aggrave encore ses difficultés d'intégration et fait naître le risque de voir ses membres les plus fragiles basculer dans la délinquance faute de structures et de perspectives sociales.
On estime qu'actuellement 8000 Albanais de Kosove, mais aussi du reste de la Serbie, du Monténégro, de Macédoine et d'Albanie vivent dans le canton de Genève. L'immense majorité de cette population vient de Kosove. La communauté albanaise de Genève représente la sixième communauté étrangère par l'importance numérique. On compte dans l'ensemble de la Suisse environ 150'000 Albanais, ce qui fait de cette communauté la deuxième communauté étrangère du pays, après la communauté italienne et avant la communauté portugaise. L'accroissement important du nombre des Albanais (ce nombre a doublé en quatre ans et triplé en six ans) est principalement dû à l'aggravation dramatique de la situation en Kosove. La répression politique et les conditions socio-économiques catastrophiques ont poussé la plupart des Kosovars titulaires de permis de séjour ou de résidence en Suisse à faire venir leur famille, alors que seule une minorité d'Albanais faisait auparavant valoir ses droits au regroupement familial. : les modestes salaires versés aux Albanais travaillant en Suisse leur permettaient de soutenir toute leur famille au pays (et par famille, il faut entendre ici la famille élargie : épouses, enfants, parents, frères et soeurs, parfois oncles et tantes). Ces travailleurs espéraient qu'un changement politique rapide et positif en Kosove leur permettrait de retourner vivre et travailler chez eux. Cet espoir, on le sait, a été cruellement déçu, la situation politique n'ayant cessé de se détériorer depuis 1988. La politique de purification ethnique "à froid" menée par les autorités serbes, avec son cortège de violences et le démantèlement des structures économiques, sociales, médicales et éducatives albanaises en Kosove, a conmtraint des centaines de milliers d'Albanais à quitter ce pays. Un grand nombre d'entre eux ont gagné la Suisse, rejoignant tout naturellement un pays où étaient déjà installés, en tant que travailleurs, des membres de leur famille ou des compatriotes de la même région.
L'accroissement important, dans un laps de temps très bref, de la population albanaise a surpris les services concernés, et la communauté albanaise elle-même. En réalité, nul n'y était préparé : Suisses et Genevois connaissaient très peu cette population et sa culture et en ont découvert l'existence à travers les enfants et leurs mères dans les écoles, les Maisons de quartier, les hôpitaux et les services sociaux. Or ces mêmes écoles, services sociaux, institutions médicales et paramédicales font de plus en plus souvent part de difficultés de contact avec la population albanaise de Genève, se sent fréquemment démunis lorsqu'ils doivent donner les réponses adéquates aux problèmes qu'elle rencontre et cherchent donc des interlocuteurs autant que des solutions. Or la communauté albanaise est sous-organisée. Pour obtenir conseils et aide, les Albanais (alors essentiellement des hommes) n'ont fait appel dans un premier temps qu'aux syndicats, et très rarement aux services sociaux (en cas d'accident ou de maladie). Cette communauté d'hommes, composée presque uniquement jusqu'en 1988-1989 de travailleurs, repliée sur elle-même, ignorant les structures genevoises et dépourvue de militants associatifs expérimentés, n'a pas créé les conditions d'une bonne intégration des nouveaux arrivants -dont elle n'avait d'ailleurs pas prévu l'arrivvée et qui formaient une population où les femmes et les enfants étaient bien plus nombreux et où le nombre de réfugiés politiques (très majoritairement de jeunes réfractaires et déserteurs) allait croissant.
L'exclusion des Albanais du système officiel (serbe) de santé en Kosove, les mauvaises conditions sanitaires et le mauvais équilibre nutritionnel de la population kosovar, ont hypothéqué l'état de santé de nombreux arrivants en Suisse; le corps médical et paramédical genevois doit faire face à ces problèmes sans bien en connaître les causes sanitaires et sociales; c'est ainsi que les cas de tuberculose augmentent et que l'absence de campagnes de vaccination obligatoire en Kosove fait craindre des débuts d'épidémie se propageant dans l'émigration. Les handicapés (reconnus ou non comme tels par les assurances) sont également en nombre croissant (il s'agit souvent de victimes d'accidents du travail survenus en Suisse); des rentes d'invalidité insuffisantes, des problèmes de réinsertion, la remise en question du renouvellement de l'autorisation de séjour, etc., pèsent lourdement sur ces hommes et leurs familles, et causent passablement de problèmes aux services sociaux.
Le caractère tardif du regroupement familial des Albanais et la forte fréquence de familles nombreuses compliquent encore l'intégration de leur communauté à la société d'accueil. La longue séparation des familles (le temps de séparation des hommes albanais résidant en Suisse du reste de leur famille a été bien plus long que celui des Italiens, Espagnols et Portugais) a créé des difficultés supplémentaires, dont les effets se constatent dans de nombreux domaines tant au plan familial que social (difficultés affectives, relationnelles, éducatives, conjugales etc.). Les familles albanaises, y compris celles vivant aujourd'hui à Genève (mais qui se sont constituées initialement en Kosove) sont traditionnellement des familles nombreuses avec quatre, cinq ou six enfants (mais plusieurs ont jusqu'à huit ou neuf enfants). Le faible revenu familial et l'exiguité des appartements dont elles disposent péjorent encore leur situation, et mettent les services sociaux genevois en face de problèmes inhabituels.
La Suisse applique désormais une politique d'immigration, dite "politique des trois cercles", qui exclut les travailleurs de l'ex-Yougoslavie en général, et les Kosovars en particulier, du "marché du travail" helvétique sous le prétexte (fallacieux) que l'ex-Yougoslavie ne ferait pas partie de la "zone traditionnelle de recrutement de main d'oeuvre" étrangère (alors que la Suisse y a recruté de la main d'oeuvre dès les années soixante). L'application rigoureuse de cette politique conduit à la situation suivante : environ 18'000 saisonniers kosovars envoyaient une somme mensuelle d'environ 1000 francs suisses dans leur pays; or nombre de ces saisonniers ont perdu ou vont perdre d'ici fin 1996 leur droit de travailler et de gagner leur vie en Suisse. La perte annuelle de revenu pour les familles restées en Kosove, dont les besoins étaient couverts par l'argent que leur versaient les travailleurs kosovars en Suisse, peut atteindre 200 millions de francs. Cette perte de revenu pour la Kosove, déjà plongée dans une crise économique et sociale, dégrade encore les conditions de vie des familles concernées sur place, et ne peut que susciter à l'avenir une nouvelle émigration, laquelle se dirigera naturellement vers la Suisse, puisque c'est de là que venait le revenu qui permettait à des dizaines de milliers de Kosovars de vivre en Kosove, et que c'est en Suisse que s'étaient exilés ceux qui leur assuraient ce revenu. Par ailleurs, les travailleurs kosovars clandestins en Suisse ne peuvent plus espérer suivre le "parcours du combattant" qui, du non-statut de clandestin, leur permettait de régulariser leur situation en passant par le statut de travailleur saisonnier pour obtenir, au bout de quelques années, un permis de séjour ouvrant un droit au regroupement familial et au permis de résidence. Quant aux enfants majeurs de familles titulaires de ce permis, ils ne peuvent plus l'obtenir; placés dans l'impossibilité d'obtenir le permis dont disposaient leurs parents, la voie traditionnelle (permis de saisonnier, permis de séjour, regroupement familial) leur est à eux aussi désormais interdite.
Les conséquences de l'application de la politique des "trois cercles" sont donc perverses : Pour pouvoir rester en Suisse, les saisonniers doivent entrer dans la procédure d'asile, sans aucune chance de l'obtenir; ils surchargent, faute d'alternative légales, les organes examinant les demandes d'asile et les structures d'accueil des réfugiés, avec les coûts que cela induit. La seule autre possibilité qui leur est offerte de rester en Suisse est le passage dans la clandestinité, avec pour conséquences la précarisation, l'insécurité et l'impossibilité de faire venir leurs familles. Au surplus, on sait -et on le vérifie quotidiennement- que la clandestinité favorise les "combines" et la délinquance. Enfin, ceux qui rentrent au pays deviennent des bouches supplémentaires à nourrir pour des familles déjà paupérisées. La politique des "trois cercles" contribue en effet à la paupérisation des Kosovars en Suisse, mais aussi en Kosove, renforçant d'autant la probabilité de nouveaux flux d'émigration vers la Suisse, provoqués par la situation économique et sociale de la Kosove.
Deux aspects de la politique d'asile sont à prendre en considération : l'impossibilité de renvoyer les requérants d'asile kosovars déboutés vers la Kosove et la précarisation de leur statut en Suisse. Actuellement, et probablement pour encore des années, le renvoi en Kosove (c'est-à-dire en Serbie) de l'ensemble des requérants d'asile kosovars déboutés, est exclu, du fait du refus des autorités serbes de les laisser rentrer. Une extension du conflit "yougoslave" vers la Kosove et la Maédoine, qui reste possible, pourrait amener des milliers de nouveaux Kosovars à chercher refuge en Suisse. Notre pays doit donc se donner les moyens de participer à l'accueil de cette population. Mais la Suisse doit aussi intégrer la population albanaise déjà présente sur son sol; or de nombreux requérants d'asile déboutés vivent maintenant depuis quatre ou cinq ans dans une situation d'une très grande précarité et d'une grande instabilité. Régulièrement menacés d'être renvoyés vers la Kosove, ils se retrouvent dans une situation répétitivement provisoire qui exclut toute stabilité et entrave tout lien social. La recherche d'un emploi est très impossible. Il manque donc des mesures contribuant efficacement à leur intégration, même provisoire elle aussi, en même temps qu'à leur capacité de réintégrer la Kosove dès que possible.
L'inactivité, la précarité du statut, la rupture des liens familiaux, peuvent évidemment conduire à la délinquance. A Genève, près d'un millier d'Albanais, principalement des jeunes, sont sans activité professionnelle ou scolaire, condamnés à "ne rien faire". Certains sont au surplus sans attache familiale dans la région, du fait de la politique de répartition intercantonale des requérants d'asile qui exclut en principe la résidence d'un requérant dans un canton où résident ses proches. La presque totalité des Albanais placés dans cette situation dépendent de l'assistance et n'ont de revenu que l'"argent de poche" qu'elle leur accorde, soit... Trois francs par jour ! Leur séjour en Suisse est donc des plus précaire -d'autant que le renouvellement de leur autorisation de séjour est constamment incertain. Sans ressources, sans activité et sans statut durable, ils sont particulièrement exposés au risque du glissement dans la délinquance (vols ou petits trafics), voire, parfois, la criminalité. L'existence d'un "milieu" albanais impliqué dans le trafic de drogue, le vol et le recel doit être prise au sérieux : ce "milieu" est une menace particulière pour les jeunes. Le nombre important de jeunes sans travail ni activité, placés dans une situation provisoire se prolongeant au coup par coup parfois depuis cinq ans, en fait une population à haut risque, soumise à toutes les tentations -et en particulier celle de "s'en sortir" par des activités illégales.
Contrairement aux communautés plus anciennes (italienne, espagnole, portugaise), la communauté albanaise n'a pas (ou pas encore) réussi à s'organiser et à se donner les moyens d'être l'interlocutrice des milieux sociaux, associatifs et politiques genevois. Des organisations albanaises sont présentes à Genève, mais après une période (1990-1992) lors de laquelle beaucoup d'Albanais étaient membres d'une organisation politique (principalement la Ligue Démocratique de Kosove-LDK) ou culturelle (L'Association Culturelle Albanaise-ACA), l'ensemble des organisations albanaises de Genève (la LDK, les trois autres partis politiques représentés, l'ACA, l'Association humanitaire Mère Teresa et l'Association des parents et enfants albanais, qui dispense des cours à 200 élèves albanais scolarisés à Genève) ne regroupent plus qu'une toute petite minorité de la communauté (environ 200 personnes sur 7 à 8000). Cette faiblesse de son "tissu associatif", l'absence d'une organisation qui la représente réellement et, a contrario, l'inorganisation de la grande majorité de ses membres, privent la communauté albanaise de porte-parole et la collectivité genevoise d'interlocuteurs albanais.
Absorbée par les évènements tragiques qui se produisent dans son pays d'origine, la communauté albanaise n'intervient que très peu sur les problèmes liés au contexte suisse, même lorsque ces problèmes la concernent directement. Elle est également absente des organismes paritaires et associatifs s'occupant d'intégration (Centre de contact Suisses-immégrés, Communauté de travail pour l'intégration des étrangers etc.). Sans un soutien important des organismes genevois, la communauté albanaise de Genève restera encore longtemps dans l'incapacité de prendre en charge d'une manière collective les problèmes de ses membres. Et de grandes difficultés, à tous les niveaux et dans tous les domaines, seraient alors à craindre.
(Courrier, NQ, TG 25.7) L'Office fédéral suisse des réfugiés a transmis aux cantons une note spécifiant les modalités du renvoi des Kosovars. Les cantons ont jusqu'au 22 août pour notifier à l'ODR les noms des ressortissants yougoslaves sans permis de séjour, qui devront quitter la Suisse en premier. L'accord conclu avec Belgrade, sur quoi repose le renvoi des Kosovars, prend effet le 1er septembre. 13'700 ressortissants yougoslaves vivant en Suisse sans permis de séjour sont concernés, l'écrasante majorité étant Kosovars. Ceux qui ont été condamnés durant leur séjour en Suisse ou qui ne se sont pas soumis aux "règles en vigueur" devront quitter la Suisse en premier, le retour des autres s'effectuant de manière échelonnée, l'ancienneté de la demande d'asile déterminant le moment du retour. A Genève, l'approche du moment des expulsions a conduit quatre enfants kosovars âgée de 9 à 17 ans et résidant en Suisse depuis sept ans, qui avaient annoncé leur volonté de se suicider après avoir reçu une convocation pour un refoulement, ont finalement été retrouvés par la communauté albanaise de Genève. L'Université Populaire Albanaise de Genève, le Centre de contacts Suisses-immigrés, des travailleurs sociaux et des députés ont dénoncé à cette occasion les méthodes des autorités genevoises d'immigration, qui ont notamment convoqué par lettre les enfants et leur mères pour "organiser" leur expulsion, et ont lourdement insisté par téléphone pour que la convocation soit respectée, ce qui a littéralement paniqué les enfants. La police a en outre diffusé un avis de recherche des quatre enfants indiquant que la famille était en Suisse en situation irrégulière, ce qui n'était pas le cas et a laissé entendre que leur disparition était organisée par leur propre famille, ce qui n'était pas le cas non plus. L'Université Populaire Albanaise a décidé de demander un "permis B humanitaire pour cas de rigueur" au bénéfice des enfant, scolarisés et totalement intégrés à Genève, et de leur mère (le père est décédé en Suisse), et les organisations de solidarité demandent instamment aux autorités de cesser d'"affoler les gens" et de collaborer plus correctement avec les représentants de la communauté albanaise pour préparer des départs "sans traumatisme".
(AP 28.8) De septembre 1997 à mars 1998, environ 1270 demandeurs d'asile originaires de l'ex-Yougoslavie devront être renvoyés dans leur pays. Selon L'Office fédéral des réfugiés, il s'agit essentiellement de "criminels", de délinquants, de personnes qui ont déposé plusieurs demandes d'asile dans plusieurs cantons, d'assistés sociaux, de dealers et d'anciens clandestins. L'entrée en vigueur, le 1er septembre, de l'accord de renvoi des ressortissants de l'ex-Yougoslavie va s'appliquer à environ 14'000 personnes, kosovars pour la plupart. L'ultime délai pour leur renvoi a été fixé à fin mai 1999, et les cantons se sont vu imposer un délai au 22 aoôût pour communiquer à l'ODR les noms des personnes qui doivent quitter la Suisse les premiers, soit avant mars 1997.
(ATS 22.12) Le renvoi de Suisse vers la Kosove (c'est-à-dire vers la Serbie) des requérants d'asile kosovars déboutés s'est amorcé difficilement : en novembre, l'Office fédéral suisse des réfugiés (ODR) a enregistré 25 expulsions vers la Serbie et 27 vers des Etats tiers. 37 personnes ont en outre quitté la Suisse sitôt avoir reçu leur avis d'expulsion. Au 15 décembre, l'ODR a reçu des autorités yougoslaves 934 réponses positives et 124 demandes négatives à des demandes de "rédamission". La Suisse abrite (précairement) 14627 Kosovars dont la demande d'asile a été rejetée, et a prévu d'en "rapatrier" (c'est-à-dire d'en expulser vers la Serbie) au moins 1270, l'ODR estimant ce renvoi possible malgré la tension qui prévaut en Kosove. Le nombre de nouvelles demandes d'asile déposées par des Kosovars reste cependant toujours supérieur aux expulsions.
(ATS 6.3) malgré le déclenchement du conflit armé en Kosove, les autorités fédérales suisses refusent toujours de geler les renvois de requérants d'asile kosovars déboutés au protexte que la Kosove ne connaît pas "une situation de violence généralisée", selon le porte-parole de l'Office fédéral des réfugiés (ODR), Roger Schneeberger, et qu'il y a encore de l'"espoir que le conflit ne s'étende pas à l'ensemble de la province serbe". L'ODR va cependant se pencher quotidiennement sur la crise en Kosove. Le 5 mars, l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés a demandé à la Suisse d'arrêter tout renvoi de réfugiés kosovars.
(AP 7.3) La Coordination asile suisse exige l'arrêt immédiat des renvois de réfugiés en Kosove. L'organisation craint que la politique serbe d'apartheid ne dégénère en guerre civile ouverte et proteste contre l'attitude du Conseiller fédéral Arnold Koller et de l'Office fédéral des réfugiés, qui minimisent la gravité de la situation en Kosove. La récente décision de lever l'admission provisoire en Suisse des déserteurs et des objecteurs de conscience d'ex-Yougoslavie est particulièrement réprouvée par la Coordination, pour qui la Suisse doit exercer seule et avec les autres Etats des pressions sur la Yougoslavie afin que celle-ci respecte les droits humains et l'autonomie de tous les peuples sur son territoire.
(ATS 10.3) Les autorités fédérales suisses, par la voix de la porte-parole de l'Office fédéral des Réfugiés (ODR) Vera Britsch, ont admis le 10 mars que l'aggravation de la situation en Kosove pourrait amener un exode de population, mais ne craignent pas que cet exode soit massif en Suisse : "les gens qui ont abandonné leurs villages sont surtout des femmes, des enfants et des personnes âgées, soit des catégories de population qui ne quittent pas facilement leur pays", a déclaré Vera Britsch, pour qui ce nouvel exode de Kosovars "sera plus lent que l'esti,ment certains". Pour l'ODR, la plupart des nouveaux arrivants seront en quête d'une protection temporaire et non d'un asile définitif. Les autorités suisses ont en outre réaffirmé leur décision de ne pas suspendre le renvoi des demandeurs d'asile kosovars, au motif que la Suisse ne peut pas mener une politique d'asile différente de celle pratiquée dans le reste de l'Europe, sous peine de devenir "trop attractive" pour les requérants.
(Cour 11.3) De nombreux Kosovars auraient été arrêtés en Suisse orientale en prévision d'un renvoi, selon l'Université populaire albanaise de Genève (UPA), qui redoute que ce renvoi soit exécuté de manière imminente : "tout laisse croire que les autorités suisses s'apprêtent à faire partir uin charter plein d'expulsés vers Belgrade et la Kosove", selon le directeur de l'UPA Ueli Leuenberger. Le porte-parole de l'Office fédéral des réfugiés (ODR), Roger Schneeberger, ne dément pas cette possibilité et souligne qu'il revient aux cantons d'annoncer ce type d'opérations. Deux charters de Kosovars sont déjà partis en décembre et en janvier à destination de la Serbie, et plus de 400 personnes ont ainsi déjà été renvoyées.
(Cour 13.3) Plusieurs membres du Conseil des Etats (Sénat), appuyés par l'Union Syndicale Suisse, ont exigé le 12 mars l'arrêt des renvois de requérants d'asile kosovars. Cette xigence a été repoussée par le Conseil fédéral. Environ 600 Kosovars dont la demande d'asile en Suisse avait été rejetée ont été rapatriée depuis septembre 1997, 15'000 devraient suivre jusqu'en mai 1999 et les violences en Kosove ne remettent pas en cause, pour le gouvernement, la "ligne dure" suivie jusqu'à présent. L'attitude des cantons chargés d'exécuter les renvois varie toutefois assez condisérablement. Une dizaine dêntre eux (dont les cantons de Neuchâtel, du Jura, de Bâle-ville, de Lucerne, Zoug, Tessin) ont déjà renoncé à renvoyer les Kosovars; d'autres y sont invités par leur parlement et/ou seraient disposés à surseoir aux renvois (Genève, Vaud). A Fribourg, le chef du Département de Justice & Police estime les renvois "irresponsables" actuellement; en Valais, la directrice de la Police des étrangers juge la situation trop "fluctuante" pour pouvoir exécuter des renvois sans risques. Enfin, à Zurich, où 2000 Kosovars sont en attente de renvoi, on est débordé : les rapatriés ne veulent pas être renvoyée à Belgrade mais acceptent de l'être vers Prishtina, alors que la compagnie aérienne yougoslave JAT n'accepte que 12 renvois par vol.
(ATS 16.3) Le Conseil fédéral a décidé d'envoyer 80 gardes-fortifications (soldats de métier) pour renforcer la garde de la frontière sud de la Suisse, face à ce que le gouvernement suisse considère comme un "afflux" de réfugiés clandestins (essentiellement albanais, d'Albanie et de Kosove) Ces 80 soldats rejoindront d'ici fin avril leurs 20 camarades déjà sur place. Des forces de police d'autres cantons pourraient également être mises à disposition du Tessin, et l'engagement de vigiles privés est également envisagle. Les effectifs du personnel d'accueil de l'Office fédéral des réfugiés pourraient être augmenté de 10 personnes. Le nombre de nouvelles requêtes d'asile a augmenté de 64 % en février 98 par rapport à 1997. En janvier et février, 1109 entrées illégales ont été enregistrées dans le seul Mendrisiotto (frontière entre le Tessin et l'Italie), contre 378 dans les deux premiers mois de 1997. 40 % de ces nouveaux requérants sont des AQlbanais d'Albanie, 30 % des Albanais de Kosove, 17 % des Kurdes de Turquie et d'Iran.
(Courrier 20.3) L'Union Syndicale Vaudoise, le Centre Social Protestant vaudois, SOS-Asile/Vaud, le Mouvement des travailleurs ex-Yougoslaves sans papiers, l'Oeuvre suisse d'entraide ouvrière, le Syndicat Industrie & Bâtiment et l'Association romande contre le racisme ont créé le 17 mars un comité qui a pris le nom de "Kosove-urgence" pour "élargir le soutien de la population suisse aux Albanais de Kosove, tant ici que dans leur pays". Il s'agit notamment de bloquer immédiatement les renvois de Kosovars dans leur pays et d'organiser la solidarité avec les Kosovars de Kosove.
(Courr 24.4) Le gouvernement genevois a annoncé le 23 avril au Grand Conseil (parlement) qu'il renonçait temporairement à expulser les 500 Kosovars qui devraient quitter Genève, et qui "ne feront pas l'objet de mesures de refoulement dans l'immédiat", à l'exception des délinquants "dont le comportement répréhensible menace non seulement l'ordre public mais porte aussi atteinte à l'honorabilité de toute la communauté kosovare à Genève". Les Kosovars dont Genève renonce à exécuter l'expulsion devront néanmoins "quitter la Suisse dans des délais qui seront fixés avec la circonspection commandée par les circonstances et qui devront être compatibles avec la validité de l'accord de réadmission entre la Suisse et la République fédérale de Yougoslavie". Le président du gouvernement genevois, Gérard Ramseyer, a justifié la décision de surseoir à l'exécution des renvois de Kosovars par les divergences d'appréciation entre les autorités suisses, "qui considèrent que les renvois vers la Kosove sont raisonnablement exigibles", et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, "qui plaide pour davantage de prudence et de retenue".
(ATS 4.5) Le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a demandé le 4 mai aux quinze gouvernements de l'Union européenne et à la Suisse de ne pas renvoyer les demandeurs d'asile en Kosove. Le directeur suppléant de l'Office fédéral des réfugiés (ODR), Urs Hadorn, a précisé que la Suisse ne prendrait pas de "décision isolée concernant la pratique de renvoi" et qu'un changement de politique dans ce domaine "devrait être harmonisé avec la pratique des autres pays d'accueil européens". Pour le HCR, le retour en Kosove de requérants d'asile déboutés met en danger leur sécurité et risque de contribuer à une escalade de la violence. En mars, après un premier appel du HCR, la Suisse et l'Allemagne avaient décidé de maintenir leur décision de renvoyer les Kosovars déboutés. Un millier de Kosovars ont été renvoyée en ex-Yougoslavie par la Suisse depuis l'automne 1997.
(ATS 5.6, Le Temps 6.6) La Suisse n'exclut pas un moratoire pour le renvoi de requérants d'asile kosovars déboutés si la situation en Kosove continue à se dégrader, a déclaré le directeur de l'Office fédéral des réfugiés, Jean-Daniel Gerber. La Suisse n'entend cependant pas prendre une telle décision "tant que les pays voisins n'auront pas décidé de stopper les renvois". En attendant, les renvois se poursuivent. Huit Kosovars ont été renvoyés en Serbie le 4 juin après avoir été remis aux policiers serbes sur l'aéroport de Kloten. La Suisse paie 32'00 francs par personne renvoyée pour s'assurer des services de la police serbe. Parmi les personnes renvoyées se trouvait un jeune homme originaire de la Drenice, coeur des combats des derniers jours, arrêté à Berne sans avoir été prévenu que c'était pour être renvoyé.
(AP 8.6) Le Conseil fédéral (gouvernement) suisse a décidé le 8 juin de poursuivre les renvois de Kosovars en Serbie, en se contentant de renoncer aux rapatriements par vols spéciaux pour ne les effectuer que par vols de ligne. Le gouvernement s'est dit "très préoccupé" par l'évolution de la situation en Kosove mais persiste à ne pas vouloir interrompre les expulsions de requérants d'asile déboutés. La Commission fédérale (officielle) contre le racisme venait pourtant d'adresser une lettre de protestation au gouvernement contre la poursuite de la politique de départs forcés des Kosovars, conformément à un accord passé avec le pouvoir de Slobodan Milosevic qui mène "une guerre raciste" en Kosove, alors que la Suisse est signataire de la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale. La commission rappelle également le "risque mortel très probable que courent dans l'immédiat" les Kosovars renvoyée en Serbie et considère que "le renvoi des Kosovars est (...) moralement incompatible avec la Convention internationale".
(ATS 12.6) La Suisse a finalement décidé de suspendre les renvois de requérants d'asile kosovars déboutés, jusqu'à la fin du mois de juillet. Le Conseil fédéral a prorogé jusqu'à cette date les délais de départ impartis aux Kosovars expulsables, à l'exception des délinquants. Pour prendre cette décision, attendue et réclamée par les oeuvres d'entraide, les mouvements de solidarité avec les réfugiés, la gauche et plusieurs cantons et communes, le Conseil fédéral s'est fondé sur une analyse de la situation en Kosove, produite par l'Office fédéral des réfugiés, qui conclut à un risque d'aggravation du conflit. Ont également poussé à un changement de la politique suisse plusieurs autres éléments, notamment la renforcement de la présence policière serbe en Kosove, les sanctions décidées contre Belgrade par l'Union européenne, les menaces d'intervention de l'OTAN et les décisions de plusieurs Länder allemands et de l'Autriche de suspendre les renvois de Kosovars. C'est sur ces décisions que s'aligne la Suisse. Le Conseil fédéral a écarté la solution d'une suspension généralisée des renvois, qui impliquerait l'interruption des procédures et l'admission provisoire collective des Kosovars. Plusieurs cantons avaient précédé la décision fédérale de suspendre les renvois, soit en décidant de renoncer à les exécuter (Vaud, Fribourg), soit à ne les exécuter que partiellement (Bâle-Ville, Bâle-campagne, Saint-Gall, Zoug, Genève). Le changement de politique du gouvernement suisse a été salué favorablement par le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR et par les représentants du mouvement national albanais de Kosove en Suisse. "Les autorités suisses ont enfin réalisé que la guerre a éclaté en Kosove", a commenté le ministre de l'information du gouvernement de Kosove, Xhafer Shatri, qui ne prévoit en outre pas d'afflux supplémentaire de réfugiés en Suisse, mais prédit que si le conflit continue, de plus en plus de requérants d'asile kosovars en Suisse retourneront en Kosove pour "aller se battre contre les Serbes".
(AP 21.7) En raison de l'intensification des combats en Kosove, les Kosovars dont la demande d'asile a été rejetée (soit 9700 personnes) pourront rester en Suisse au moins jusqu'au 30 septembre, a annoncé le 21 juillet le Conseil fédéral Arnold Koller, ministre de la Justice. Le Département fédéral de justice et police a reconnu qu'il ne fallait pas s'attendre à une amélioration sensible de la situation en Kosove à brêve échéance. Les délinquants (personnes condamnées en Suisse) ne bénéficieront pas du report de leur délai de renvoi, mais les membres de leurs familles en bénéficieront. En septembre, une nouvelle décision sera prise par le gouvernement suisse en fonction de la situation qui régnera à ce moment en Kosove.
(AFP 6.8) L'Europe centrale, l'Allemagne, l'Autriche, la Suisse et l'Italie commencent à s'inquiéter de l'important flux de réfugiés en provenance de Kosove. Le nombre de réfugiés kosovars arrivant en Hongrie a "augmenté de façon dramatique depuis mars", constatent les autorités hongroises. La Hongrie est essentiellement un pays de transit vers la Slovaquie, puis l'Autriche, la Suisse ou l'Allemagne. En Allemagne, le gouvernement bavarois a demandé que l'Union européenne réunisse une conférence extraordinaire de ses ministres de l'Intérieur sur la question, et a regretté que "la charge de l'accueil des réfugiés (kosovars) pèse unilatéralement sur l'Allemagne", où près de 10'000 Kosovars ont trouvé refuge dans les sept premiers mois de 1998 -ce qui, proportionnellement à la population résidente ou à la population kosovare déjà installée, représente un flux moins important que celui se dirigeant vers la Suisse, où plus de 6000 Kosovars sont entrée dans le même temps où 10'000 entraient en Allemagne.
(AFP 8.9) Le Conseiller fédéral (ministre) Arnold Koller, chef du département de Justice et Police, a déclaré le 8 septembre qu'il n'y avait pas de "nombre maximum" de Kosovars admissibles en Suisse, "dès lors que les Suisses savent que ces personnes sont persécutées ou en détresse". Arnold Koller, rompant avec la ligne précédente du gouvernement suisse, selon qui le conflit kosovar était "limité", a estimé qu'il s'agissait désormais d'une "guerre civile" et que ceux qui la fuie "doivent pouvoir bénéficier d'une protection temporaire". Arnold Koller a rappelé que l'afflux de réfugiés kosovars en Suisse s'expliquait par le fait que la communauté kosovare de Suisse est la deuxième d'Europe (après l'Allemagne), avec plus de 150'000 personnes et que la Suisse n'étant pas membres de l'Union européenne, les Kosovars refoulés par d'autres pays peuvent y venir tenter leur chance. Arnold Koller a cependant indiqué que la Suisse étudiait la possibilité d'adhérer de facto à l'"espace Schengen" (en demandant un statut d'observateur et en se connectant à son système d'information)
(Courrier 17.9) Les requérants d'asile kosovars déboutés pourront rester en Suisse jusqu'à fin avril 1999, ont annoncé les autorités fédérales suisses, au vu de la dégradation de la situation sur place. Ce sursis concerne 14'000 personnes, mais il n'est toujours pas question d'un arrêt général des renvois et d'une admission provisoire des Kosovars.
(AFP 20.10) La Suisse va faire appel à l'armée pour héberger dans des casernes les réfugiés en provenance de Kosove, a annoncé le Conseiller fédéral Arnold Koller, ministre de la Justice, qui fera entériner cette proposition le 21 octobre. Arnold Koller a déclaré s'attendre à environ 40'000 demandes d'asile d'ici la fin de 1998. Pour le seul mois d'octobre, environ 5500 demandes sont prévues, dont les deux tiers déposées par des Kosovars. Les autorités suisses s'attendaient au déàbut de l'année à 18'000 demandes pour 1998, chiffre revu une première fois à la hausse pour atteindre 32'000. Arnold Koller a appelé la population à faire preuve de compréhension, alors que des réactions hostiles se succèdent. Le gouvernement a renoncé à une intervention de l'armée aux frontières pour "endiguer le fluc" de requérants d'asile. Les centres d'accueils civils sont débordés, et connaissent des taux d'occupation de près de 150 %, des centaines de réfugiés étant contraints de passer la nuit dans la rue.
(AFP 20.11) Sadako Ogata, haut-commissaire de l'ONU aux réfugiés, s'est félicitée de ce qu'aucun des pays d'Europe occidentale où se sont réfugiés des Kosovars ne les renverra en Kosove, au moins avant le printemps 1999. Quelque 68'000 Kosovars ont demandé l'asile en Europe depuis février 1998, dont 40 % en Allemagne et 20 % en Suisse. Il y a en outre 180'000 Kosovars déplacés ou réfugiés en Kosove, au Monténégro, en Albanie et en Serbie.
(AFP 20.11) La Suisse, qui acceuille proportionnellement à sa population le plus grand nombre de réfugiés kosovars, a échoué le 20 novembre à obtenir que d'autres Etats européens la soulage ("burden sharing") de ce qu'une partie de la population suisse considère comme un fardeau : "l'intérêt de nos voisins n'est pas très grand", a reconnu le Directeur de l'Office fédéral des réfugiés (ODR), Jean-Daniel Gerber, qui a précisé que "les autres pays sont disposés à parler d'un équilibre d'ensemble, pas d'un équilibre partiel", a précisé Jean-Daniel Gerber. Les Etats avec lesquels la Suisse a eu des discussions à Genève les 19 et 20 novembre ont fait valoir l'effort qu'ils ont consenti en ex-Yougoslavie, par exemple en y envoyant des soldats, alors que la Suisse n'a pas pris part à cet effort. Cependant, si aucun Etat ne s'est engagé à "soulager la Suisse", aucun non plus n'a menacé de renvoyer les requérants d'asile kosovars en Kosove avant le printemps, et les participants sont convenus qu'il fallait préparer le retour des réfugiés si la paix s'instaurait en Kosove. Les délégations ont cependant estimé que le nombre de requérants d'asile kosovars n'allait pas diminuer rapidement, même si la situation se stabilisait.
(ATS 9.1.1999) 41'302 demandes d'asile ont été déposées en Suisse en 1998, soit 72,2 % de plus qu'en 1997. Près de la moitié des demandes (20'392) ont été déposées par des Kosovars. L'Office fédéral des réfugiés craint que le nombre des demandes d'asile soit encore à la hausse en 1999, compte tenu de la situation en Kosove.
Plus de 90 % des réfugié-e-s dans le monde se trouvent en dehors de l'Europe, une majorité d'entre eux dans les régions les plus pauvres du Tiers-Monde. Paradoxalement, ce sont les pays européens qui se sentent menacés, qui prônent une politique toujours plus rstrictive dans l'accueil des requérants d'asile. La détresse d'être humains, sujets de droits fondamentaux, est réduite au rang de problème.
La Suisse, et particulièrement la population suisse, manifeste et a manifesté par la passé, sa volonté de solidarité concrète à l'égard d'être humains contraints de fuir pour se protéger contre des atteintes à leur vie, à leur intégrité physique et psychique, à leurs droits fondamentaux. Le Parti socialiste suisse partage cette conception de la politique de l'asile, de la tradition humanitaire de la Suisse et attend donc du Conseil fédéral qu'il cesse d'opérer des calculs d'épicier entre le nombre de requêtes déposées en Suisse et le nombre déposé dans les pays voisins. Le Parti socialiste suisse attend du Conseil fédéral qu'il fasse oeuvre de pionnier en Europe et qu'il accorde l'admission provisoire collective aux réfugiées et réfugiés de la violence que sont les ressortissantes et ressortissants kosovars. Une admission provisoire collective directe permettra de simplifier les modalités de la procédure d'enregistrement et, par conséquent, conduira à un fort désengorgement des centres d'enregistrement. Le recours aux sections d'assistance et sanitaire de l'armée deviendra ainsi inutile. L'octroi de l'admission provisoire collective aura également pour effet de mettre fin au statut actuel précaire des réfugiés kosovars, soumis à la pression de délais soudains de départ résultant de décisions de refus d'entrée en matière sur leur requête d'asile et leur permettra de travailler.
Le Parti socialiste suisse refuse de se laisser entraîner dans la création d'un processus qui pourrait conduire, à court terme, à recourir systématiquement à l'armée pour encadrer les réfugiées et réfugiés et, par dérive, à assurer la présence de l'armée aux frontières et à instaurer des camps d'internement militaires.
Le Parti socialiste suisse s'engage à participer activement à la reconstruction de la société civile au Kosovo, aussi bien sur le terrain que depuis la Suisse.
(PSS 1.7) Le Parti socialiste suisse propose à la Conférence nationale sur l'asile de ce 1er juillet un programme en 5 points, qui se concentre sur la reconstruction du Kosovo et rend en même temps inutile l'interdiction pour les personnes réfugiées de travailler en Suisse, parce que le retour chez elles est, à ces conditions, rendu plus attrayant et ouvre davantage de perspectives qu'un séjour prolongé dans notre pays. La mise en oeuvre de ce programme repose sur la combinaison efficace d'aides financières au retour, de prêts avantageux à la construction et d'un transfert de savoir-faire par l'action conjointe de ressortissants du Kosovo résidant déjà en Suisse et d'entreprises suisses.
En élaborant des propositions constructives, la Conférence nationale sur l'asile permettra d'ouvrir de nouvelles perspectives dans leur patrie aux personnes expulsées qui vivent en Suisse et dans les pays voisins du Kosovo. Le programme de construction ci-après doit y contribuer.
La personne qui est arrivée en Suisse comme requérante d'asile avant le 31 juillet 1999 et qui retourne dans son pays devrait obtenir 3'000 francs, 10'000 francs au maximum étant versés par famille. Cette offre est provisoirement valable jusqu'à la fin de l'hiver. Il faut financer ces aides au retour, pour une grande part, grâce aux économies qui peuvent être réalisées en recourant à l'hébergement des personnes réfugiées par leur parenté, qui représentent environ 50 millions par année d'après les calculs du PS.
La personne qui retourne chez elle devrait obtenir des bons lui permettant d'acheter des matériaux de construction dans son pays. Le paiement de ces bons s'opère sur place, via les collaborateurs de la Direction du développement et de la coopération (DDA) ou du Corps suisse d'aide en cas de catastrophe, une fois seulement que l'achat de matériaux ou de prestations en nature est avéré.
Les personnes réfugiées qui retournent au pays devraient pouvoir obtenir des prêts pour la reconstruction de leur maison ainsi que pour l'achat de biens d'investissement (tracteurs, petites machines, machines agricoles, etc.) ou pour la création de commerces. Ces prêts remboursables, avec caution, devraient être garantis au niveau des intérêts du marché suisse. Compte tenu de l'énorme différence des niveaux d'intérêts entre les deux pays (jusqu'à 50% au Kosovo ), cela représente un investissement judicieux sans coûts supplémentaires.
En recourant aux crédits de reconstruction, on engagera des ouvriers spécialisés du bâtiment kosovars et albanais, qui travaillent depuis des années en Suisse, pour des chantiers de reconstruction au Kosovo. Ils obtiendront tout d'abord un salaire et, dans une deuxième phase, une aide à la création d'une entreprise de construction. Il y a en Suisse quelques milliers de personnes en provenance de cette région qui travaillent dans le secteur de la construction. Elles peuvent mettre à profit leurs expériences et leur savoir-faire dans la reconstruction, mais aussi dans la formation d'apprentis, et assurer ainsi un développement économique durable.
Au moyen des crédits de reconstruction en faveur du Kosovo, on fournira des incitations financières supplémentaires, au sens d'un bonus à l'investissement aux entreprises suisses qui participent sur place à la création de PME et la reconstruction des infrastructures (approvisionnement en eau et en électricité, écoles, maisons communales, ateliers de machines agricoles, etc.).
(ATS 20.11) La Suisse a lancé un appel à la solidarité internationale, lors de la conférence tenue à Genève (et à sa demande) le 20 novembre, sur les réfugiés de l'ex-Yougoslavie. Le directeur de l'Office fédéral des réfugiés, Jean-Daniel Gerber, a déclaré que la Suisse ne pourra pas continuer à recevoir un nombre toujours plus important de réfugiés de Kosove et a demandé que les pays d'accueil se concertent en vue de l'instauration d'un régime temporaire d'ici avril 199. Parallèlement, de nouvelles formules de solutions régionales et de partage de l'accueil des réfugiés kosovars devront être trouvées, a déclaré Jean-Daniel Gerber.
(AP 19.1.1999) Le gouvernement italien envisage de créer des camps de réfugiés sur territoire albanais pour stopper l'exode d'immigrants albanais (dont de très nombreux Kosovars) vers l'Italie à travers l'Adriatique. Dans les seules journées du 18 et du 19 janvier, plus de 500 immigrants en provenance d'Albanie ont été interceptés dans la seule province des Pouilles, dans le sud de l'Italie. Le Premier ministre italien Massimo d'Alema a affirmé le 18 janvier que ces immigrants étaient devenus "un des principaux problèmes" du gouvernement. L'Italie est donc en contact avec l'Albanie pour créer des camps de réfugiés sur territoire albanais, dans les montagnes du nord, à proximité de la frontière albano-kosovare. L'Italie serait garante de la sécurité de ces réfugiés.
(ATS 26.3, 27.3, 28.3) 80 réfugiés kosovars en provenance du sud de l'Italie sont arrivés à Côme le 26 mars pour tenter de gagner la Suisse, et 80 réfugiés kosovars ont été appréhendés dans le sud-est de l'Italie, en provenance d'Albanie. Les pays de l'Union européenne et la Suisse se préparent à un afflux de réfugiés de Kosove. L'Italie a proclamé l'état d'urgence en matière d'asile, et l'Allemagne a pris contact avec les autres pays européens afin de déterminer les points de passage pour les réfugiés et les possibilités de transport dans les régions voisines de la Kosove.
(AP 27.3) Les quelque 40'000 réfugiés kosovars en Suisse pourront y rester au moins jusqu'au 30 avril, a annoncé le Conseiller fédéral Arnold Koller, ministre de la Justice. Le Conseil fédéral décidera après Pâques si ce délai doit encore être prolongé ou si les réfugiés kosovars, presque exxclusivement des Albanais, bénéficieront provisoirement de l'admission collective.
(ATS 2.4) L'Entraide protestante suisse demande au Conseil fédéral de continuer temporairement à admettre des réfugiés de Kosove et que ces réfugiés puissent être accueillis par des privés ou des parents en Suisse. Dans une lettre ouverte au gouvernement, l'EPER l'exhorte à "prendre une décision courageuse en faveur des réfugiés" et à laisser entrer en Suisse les personnes actuellement logées dans des habitations provisoires près des frontières.
(AP 8.4) La Suisse a décidé le 8 avril d'accorder l'admission provisoire collective aux 50'000 requérants d'asile kosovars qui se trouvent actuellement sur le territoire de la Confédération, et a également décidé d'accueillir un certain nombre de réfugiés, sans préciser ce nombre, et en réitérant que la priorité doit être donnée à l'aide sur place et au retour en Kosove, pour ne pas avaliser l'épuration éthnique. Le présidente de la Confédération, Ruth Dreifuss, s'est rendue en Macédoine à bord d'un vol du Corps suisse d'aide en cas de catastrophe (ASC), pour se rendre compte personnellement de la situation des réfugiés kosovars et de l'aide suisse sur le terrain. L'ASC aura livré les 8 et 9 avril des tentes militaires permettant d'abriter 20'000 réfugiés.
(AP 20.4) La Suisse a obtenu le feu vert de Belgrade pour fournir une aide humanitaire à la Youglslavie, y compris la Kosove et le Monténégro, aide devant se faire de manière ponctuelle. Les autorités yougoslaves n'ont cependant pas pu garantir la sécurité de l'acheminement de cette aide sur tout le territoire fédéral, et une partie de l'aide suisse pourrait devoir transiter par la route avec un appui de l'OTAN.
(AP 5.5) Outre les réfugiés kosovars, la Suisse doit s'attendre à l'arrivée de réfugiés serbes, a déclaré le 5 mai le Directeur de l'Office fédéral des réfugiés (ODR), Jean-Daniel Gerber, qui a également averti qu'il était impossible de prévoir combien de réfugiés kosovars viendront en Suisse, et reconnu que l'accueil par la Suisse de 2500 réfugiés kosovars, dont les 140 premiers sont arrivés le 5 mai à Zurich, est une "goutte d'eau dans la mer", mais a affirmé que la capacité d'accueil de la Suisse, dans des conditions acceptables, était de 5500 réfugiés par mois (l'ODR table sur 60'000 requérants d'asile au total en 1999). Si ce chiffre devait être dépassé, "nous aurions besoin du soutien de l'armée", a déclaré M. Gerber.
(AP 13.5) 2500 réfugiés kosovars des camps de Macédoine vont être évacués vers la Suisse. Les autorités fédérales déclarent vouloir veiller à ce que ces réfugiés soient accueillis dans des cantons où résident déjà des membres de leur famille.
(AFP 1.6) Le conflit du Kosovo devient en Suisse un enjeu de politique intérieure, transcendant les clivages politiques. Ainsi, les radicaux romands (centre-droit) défendent une politique d'accueil des réfugiés kosovars plus ouverte que celle que prônent les radicaux alémaniques, et la direction du Parti socialiste soutient l'engagement de l'OTAN contre la Yougoslavie, que condamne une partie de l'aile gauche du parti, tout en demandant la suspension des raids aériens. Le journaliste Pierre Hazan du "Temps" de Genève, a démissionné pour protester contre la ligne éditoriale du quotidien, qu'il jugeait trop favorable favorable au régime de Belgrade. Alors que la ministre de la Justice Ruth Metzler (démocrate-chrétienne) prône une politique de "réduction de l'attractivité de la Suisse" pour les réfugiés kosovars, les églises, y compris l'église catholique, soutiennent une politique d'asile ouverte à ces mêmes réfugiés.
(AP 8.6) Deux fourgons avec à leur bord 42 réfugiés (dont 14 femmes et 17 enfants), en majorité Kosovars, ont été interceptés le 7 juin à Genève. Un passeur allemand a été arrêté, les réfugiés ont été conduits dans un centre d'enregistrement de requérants d'asile, les chauffeurs, Kosovars, ont été laissés en liberté.
(AP 5.7) Le nombre de demandes d'asile en Suisse a battu un record en juin 1999, avec 9580 requêtes déposées (contre 5030 en mai), dont le 87,6 % par des Albanais de Kosove. Plus de 63 % des demandes déposées par les Kosovars émanent de femmes, enfants et personnes âgées. Pour l'ensemble de l'année, l'office fédéral des réfugiés s'attendent à ce que le record de 41'302 requêtes enregistré en 1998 soit dépass, avec un nombre probable de requêtes en 1999 de 60'000. Au cours des six premiers mois de l'année 1999, le nombre de demandeurs d'asile a presque doublé par rapport aux six premiers mois de l'année précédente.
(Le Temps 12.8) Le Conseil fédéral a levé le 11 août l'admission provisoire des réfugiés kosovars en Suisse et fixé au 31 mai 2000 le délai pour l'octroi d'une aide au retour, qui sera dégressive (2000 francs par adulte et 1000 francs par enfants avant le 31 décembre 1999, la moitié ensuite, plus rien après le 1er juin 2000). Les organisations de solidarité avec les réfugiés et les partis de gauche ont jugé ce délai trop court, et la ministre de la Justice et de la police, la Conseillère fédérale Ruth Metzler, s'est elle-même attendus à ce que de nombreux réfugiés renoncent à rentrer dans les temps. Ils pourraient alors être contraints de partir. 65'000 personnes sont concernées, dont moins de 17'000 sont arrivées depuis le déclenchement de la guerre en mars 1999, 34'000 Albanais de Kosove arrivés antérieurement, 2300 personnes dont la demande est pendante devant l'instance de recours, 6200 dont la demande a été définitivement refusée et 5700 clandestins. Le délégué spécial pour la Kosove, Urs Hadorn, estime à 8000 le nombre des réfugiés qui pourraient décider de repartir en 1999, et 20'000 à 30'000 celui des réfugiés qui pourraient décider de partir au printemps 2000, mais tout dépend en fait de la situation sur place.
(ATS 15.11) Le Mouvement pour une Suisse ouverte, démocratique et solidaire (MODS) critique le renvoi des Tziganes en ex-Yougoslavie, où ils sont victimes de violences quotidiennes (relativisées par l'Office fédéral des réfugiés), notamment en Serbie, en Bosnie et en Kosove, où la KFOR n'arrive pas à assurer leur protection. Depuis fin juillet, 17'000 ressortissants de l'ex-Yougoslavie ont fait l'objet de décision de renvoi en première instance. Entre janvier et octobre 1999, 475 Tziganes de Kosove ont déposé une demande d'asile en Suisse.
(ATS 30.11) L'Office fédéral suisse des réfugiés (ODR) a décidé que les requérants d'asile tziganes pourront rester momentanément en Suisse. Cette décision se réfère à un rapport présenté par le Forum contre le racisme, et qui met en évidence la situation précaire des Tziganes, les discriminations et les violences qu'ils subissent dans plusieurs pays, et en particulier en Kosove. Les renvois de Tziganes étaient prévus pour le 1er janvier 2000, mais aucun n'a été mis à exécution. Environ 500 Roms se désignant comme tels ont cherché refuge en Suisse en 1999. L'expertise présentée pour le Forum contre le racisme par le professeur Walter Kälin, de l'Université de Berne, met en évidence l'"extrême détresse" des Roms de Kosove, menacés par la majorité albanaise et en particulier par l'UCK, et de ceux de Bosnie et de Serbie, discriminés économiquement et administrativement.
(ATS 29.2.2000) La Conseillère fédérale Ruth Metzler (ministre de la Justice) et le ministre albanais de l'Intérieur Spartak Poci ont signé le 28 février à Berne un accord de réadmission des réfugiés albanais en Albanie, après leur refoulement, leur expulsion ou leur départ forcé de Suisse. L'accord stipule l'obligation pour les deux Etats de réadmettre leus propres ressortissants et contient leur engagement à une étroite coopération. Il règle en outre la question du transit d'Albanais de Kosove en Albanie. La Suisse a exprimé par ailleurs son souhait que l'Albanie adhère à l'accord de transit multilatéral devant permettre le retour sans visa de ressortissants yougoslaves tenus de quitter le territoire des Etats où ils se sont réfugiés.
(AP 25.3.2001) Plusieurs milliers d'Albanais venue de Suisse et des pays voisins ont manifesté le 24 mars à Genève pour demander à l'ONU qu'elle fasse pression sur le gouvernement macédonien afin qu'il "abandonne son discours guerrier et revienne à la table des négociations, selon un communiqué du Mouvement populaire de Kosove (fondé en Suisse en 1982 par des Kosovars partisans de Enver Hodja.
(Reuters 20.12-2001) La Suisse a gelé 9 millions de FS (6 mios E) de fonds liés à Slobodan Milosevic et à sa famille, dans le cadre de la coopération helvéto-yougoslave dans l'enquête sur des fonds présumés détournés par le clan Milosevic, mais aucun des fonds bloqués n'a été identifié comme ayant été détourné par Slobodan Milosevic lui-même, ou des membres de sa famille.
Jean-Arnault Dérens, Catherine Samary Les conflits yougoslaves de A à Z Editions de l'Atelier, Paris, 2000 Ueli Leuenberger, Alain Maillard Les damnés du troisième cercle : les Kosovars en Suisse, 1965-1999 Metropolis, Genève, 1999
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