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Cette page a été mise à jour le 17/03/98.

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Article paru au journal LA PRESSE à Montréal - Canada
page MONDE

TYPE: Nouvelle
LONGUEUR: Long
CENTRE D'INTÉRÊT: Immigration et émigration; Droits et libertés; Enseignants, professeurs, etc.; Enseignement universitaire
CENTRE GÉOGRAPHIQUE: Tunisie; Montréal
indication de recherche dans les archives de la Presse

 

Par Grand, Gilbert *

La Presse

Monde Jeudi 14 août 1997                                                                    B3

 

Un chercheur tunisien privé de passeport

Élargissement constant du cercle de la répression

 

      

   globul1d.gif (92 octets) Privé sans raison valable de passeport par le régime du président Ben Ali, un jeune chercheur tunisien de l'École d’optométrie de l’Université de Montréal voit sa situation personnelle et familiale menacée et son avenir professionnel compromis par cette mesure arbitraire qui frappe déjà plusieurs milliers de Tunisiens à l’étranger.

 

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Sans passeport, Habib Hamam ne pourra en effet participer à un important congrès scientifique en octobre aux États-Unis, ne pourra obtenir un nouveau permis de travail canadien en janvier et ne pourra enfin quitter le Canada pour y revenir avec le statut d'immigrant reçu.

 

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Le cas de Habib Hamam illustre bien, ainsi que le dénonçait en juin dernier Amnistie internationale, l’élargissement constant du cercle de la répression en Tunisie, où le régime a étendu son quadrillage policier, étouffant toute critique et réprimant toute opposition.

 

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Ali Saïdi du Comité de défense des droits et libertés en Tunisie rappelle que "la confiscation ou la remise arbitraire des documents de voyage" frappait jusqu'il y a peu surtout opposants et militants des droits de l'homme, qualifiés de "traîtres à la patrie" le 25 juillet dernier par le général Ben Ali lui-même. Il estime qu'au moins 3000 ressortissants tunisiens à l’étranger - exilés volontaires ou non - sont ainsi privés de passeports. Une nouvelle politique beaucoup plus répressive oblige maintenant les consulats à référer tout dossier au ministère de l’Intérieur, "qui contrôle désormais tout le monde, même des scientifiques sans aucune attache politique ni activité militante, comme Habib Hamam".

 

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Ce dernier, âgé de 29 ans, a quitté la Tunisie en 1985 pour l'Europe où il a mené de brillantes études d’ingénieur diplômé de l’université de Munich en 1992, puis de docteur en physique de l’université de Rennes en 1995. Son passeport fut renouvelé sans problèmes en 1987 et 1992 à Munich. L'an dernier, il arrivait au Canada avec en poche un permis de travail et un certificat de sélection du ministère québécois de l'Immigration (Ottawa ne lui ayant pas encore accordé le statut d'immigrant reçu). Après avoir piloté un projet commun de recherche entre l’Université Laval et l'École nationale supérieure des télécommunications de Bretagne, il mène cette année à l'UdM (NWM "L'Université de Montréal")  une recherche sur les aberrations optiques de l'œuil humain.

 

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Invité à participer à deux conférences scientifiques, l'une à Brest (20-24 juillet) et l'autre à Long Beach (12-17 octobre), M. Hamam a soumis, le 2 mai dernier, une demande de renouvellement de son passeport au consulat tunisien de Montréal, où on lui dit que son dossier devait d'abord être envoyé à Tunis.

 

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Ce n'est qu'à la fin juillet que le vice-consul Zhora Ben Hamida l'avisa par téléphone que sa demande était rejetée. Motifs : "Primo, selon la loi tunisienne, le passeport est une faveur administrative, pas un droit. Secundo, comme vous n'êtes pas retourné au pays depuis plus de cinq ans, le ministère de l’Intérieur n'a pas d'informations sur vous." Et d’évoquer la remise éventuelle d'un laissez-passer de quinze jours pour rentrer en Tunisie.

 

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Outre que cette option ne comprend aucune garantie de retour au Canada et ne règle en rien les problèmes professionnels de M. Hamam, Ali Saïdi rappelle le cas révélateur du Dr Moncef Marzouki, un chercheur renommé qui choisit de rentrer au pays. "Aujourd'hui, ce grand médecin ne peut ni enseigner, ni pratiquer, ni communiquer avec l’extérieur, ni voyager, privé de passeport et soumis à toutes sortes de tracasseries administratives."

 

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Le 7 août dernier, Habib Hamam se résignait à écrire à Amnistie internationale pour lui demander d'intervenir en sa faveur. Dans sa lettre, il souligne que la Tunisie est signataire de la convention internationale des droits de l'homme qui garantit la liberté de circulation (art. 13).

 

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Craignant que cette affaire ne prélude à la mise au pas de la diaspora tunisienne d'ici, après celle de France, Ali Saïdi demande à la communauté internationale de manifester plus de fermeté envers le général Ben Ali. "Ce dernier peut bien affirmer que les droits humains sont le fondement inaliénable des législations tunisiennes, des milliers de prisonniers politiques croupissent dans ses prisons et l'un d'eux, Ridha Khémiri, condamné en 1990 pour délit d'opinion, y est mort après une grève de la faim. Tout comme le Canada vient d'imposer des sanctions à la junte birmane, il est temps d'appliquer la politique du donnant-donnant à ce régime, pour lui rappeler que la négociation et le dialogue doivent être les maîtres mots et non la surenchère."

 

*("NWM") Gilbert Grand est un Reporter journaliste connu au Canada pour son humanisme et  ses grands reportages sur les places les plus chaudes du monde, le journalisme lui doit les analyses pertinentes sur la situation des pays arabes et le conflit Arabo-Israéliens.

DOC. #:970814LA081

 ( référence d'archive du journal La Presse de Montréal)

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