Comment le gouvernement déstabilise les grandes écoles

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Comment le gouvernement déstabilise les grandes écoles

(article paru dans le "Promotion Grandes Ecoles" de mars 2000 )


Episode n°1: Le modèle 3-5-8 du rapport Attali

Episode n°2: La tutelle ministérielle en action: la nomination du directeur de l'école Centrale

Episode n°3: La délivrance des mastaires à la libre appréciation de l'administration

Episode n°4: Le court-circuitage des classes préparatoires


Épisode n°1: Le modèle 3-5-8 du rapport Attali

Il y a moins de deux ans, un proche du gouvernement, Jacques Attali, rendait un rapport sur l'avenir de l'enseignement supérieur en France. Il proposait alors de baliser les études en France sur trois sorties obligatoires : licence à bac + 3, 3e cycle à bac + 5 et doctorat à bac + 8. Ce rapport a pour le moment été mis en attente, mais risque à tout moment de ressortir, car, contrairement à ce que certains disent, ce rapport n'est pas enterré, il est seulement moins médiatique.

Mais à quoi engage clairement cette réforme ?

L'objectif principal est de préparer l'intégration des écoles dans les universités puisque l'habilitation européenne dépendra de la bonne volonté des universités à établir des conventions et des diplômes communs avec les écoles car celles-ci n'auront pas la possibilité de négocier par elles-mêmes. Les conséquences seront à terme dramatiques: obligation pour les écoles d'avoir un concours réservé aux étudiants en fac, obligation de passer par les écoles doctorales des universités pour avaliser des diplômes de 3e cycle, intégration des professeurs d'université dans les écoles, création de pôles universitaires européens fusionnant les meilleures écoles et les meilleures universités, laissant donc à l'abandon toutes les petites écoles n'ayant pas encore acquis une notoriété suffisante.

Pire encore, il se dit que Claude Allègre, frustré de son échec au concours d'entrée de Normale Sup., souhaiterait remplacer les épreuves des concours par un simple examen, formule plus adaptée à son impératif de justice sociale mais diminuant à terme la valeur des diplômes.

Episode n°2: La tutelle ministérielle en action: la nomination du directeur de l'école Centrale

Depuis le 4 octobre dernier, l'Ecole Centrale est privée de directeur. Pourquoi ? Tout simplement parce que le nouveau directeur choisi par le conseil d'administration de l'école le 22 septembre n'a pas plu à Claude Allègre qui a empêché sa nomination. Colère d'Allègre, d'autant plus ridicule que le candidat n'était autre que l'ancien directeur, Daniel Gourisse, unanimement apprécié par ses pairs. Une tempête de protestations s'est alors élevée, allant jusqu'à la mobilisation de l'amicale des 17 000 anciens qui ont fait paraître une pétition dans Le Monde.

Cette atteinte à l'autonomie des Grandes Ecoles (dans la lignée du rapport Attali) cache en fait une double volonté : empêcher l'élection de Daniel Gourisse qui s'était opposé à Claude Allègre (alors conseiller spécial de Lionel Jospin) lorsqu'il était président de la Conférence des grandes écoles et surtout nommer un de ses proches à la direction de Centrale pour en faire un laboratoire de ses idées de fusion écoles-universités.

Moralité: Claude Allègre ne respecte ni la liberté d'enseignement ni l'autonomie des établissements. (Et si sa tutelle s'étend à toutes les écoles comme il le souhaite. . .)

Episode n°3: La délivrance des mastaires à la libre appréciation de l'administration

Partant du constat qu'il y avait trop de diplômes en France, les ministères de l'Éducation Nationale et de l'Industrie se sont mis d'accord pour créer un nouveau grade : le mastaire, attribué à Bac + 5. Bonne idée en soi puisque au contraire des écoles d'ingénieurs qui possèdent une Commission du Titre, les écoles de commerce n'avaient pas d'instance unique pour garantir une qualification professionnelle unique. Malheureusement le ministère se réserve d'attribuer le label aux écoles qui accepteront ses conditions. Il est donc fortement à craindre que de nombreuses business schools françaises, même si elles sont déjà reconnues et visées par l'Etat, ne seront pas mastairisées et ne pourront donc pas disposer de l'équivalence avec l'étranger et les universités.

Episode n°4: Le court-circuitage des classes préparatoires

S'il y a bien unanimité au ministère, c'est pour considérer que le système des prépas est intrinsèquement mauvais. Accusées de tous les maux, celles-ci enfermeraient les jeunes bacheliers dans un moule unique, empêcheraient le développement de leur personnalité, abrutiraient les étudiants de travail et surtout seraient un facteur d'inégalités sociales, le système des prépas reproduisant les inégalités de la génération précédente (cf. les théories de P. Bourdieu sur le capital culturel ressassées tant et plus en cours de culture G).

Loin de nous l'idée que les prépas sont parfaites mais elles ont l'avantage de former les étudiants à des techniques de travail qu'ils pourront réutiliser par la suite. S'il est normal de proposer des places aux concours d'entrée aux étudiants venant de la fac, il n'est pas acceptable de voir le système des classes préparatoires menacé, et ce malgré la forte mobilisation des enseignants l'an dernier (pétitions, multiples manifestations. . .)

S'il est très motivant de courir les soirées du BDE pendant sa scolarité, il devient utile de se tenir informé des projets de réforme qui concernent les grandes écoles. Car, au fond, la qualité de nos diplômes dépend de la notoriété de l'enseignement de l'école et de sa reconnaissance par les employeurs. Il ne faut pas que les aspirations colbertistes, voire régulationnistes, du gouvernement en place menacent à moyen terme la qualité des diplômes délivrés, et par conséquent notre insertion professionnelle.

 

Drapeau tricolore

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