L'affaire MNEF met en cause la
"génération Mitterrand"
L'instruction du dossier des emplois fictifs présenté comme le volet le plus
symbolique des dérives de la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF), est en voie d'achèvement. Elle devrait conduire,
d'ici à la fin du mois de juin, à la mise en examen de quatorze personnes, dont
celle du numéro deux du parti socialiste, Jean Christophe Cambadelis, ainsi que de quatre syndicats
ou associations, poursuivies en tant que personne morales.
Ainsi, après avoir mis en examen, le 9 mai, la fédération CFDT
de la protection sociale et du travail et la
fédération Force ouvrière (FO) des employés et cadres
pour « recel de détournement de fonds publics », les magistrats ont adressé,
jeudi 8 juin, au syndicat étudiant UNEF-ID et à
l'association SOS-Racisme des convocations évoquant
des faits similaires. Les juges semblent reprocher à ces organisations d'avoir
fait prendre en charge par la MNEF les salaires d'une
dizaine de personnes qui n'ont jamais occupé de fonctions au sein de la
mutuelle. Estimant que la décision de les faire rémunérer relevait d'un accord
passé entre la MNEF, d'une part et SOS-Racisme et l'UNEF-ID d'autre
part, les magistrats n'ont pas mis en cause les bénéficiaires à titre personnel.
Convoqués respectivement les 27 et 28 Juin, les Mandataires sociaux de l'UNEF-iD
et de SOS-Racisme devraient se voir notifier les chefs de « recel d'abus de confiance » ou
de « recel de détournement de fonds publics». Par ailleurs, l'ancien président
de la MNEF, entre 1979 et 1987, Jean-Michel Grosz, a été mis en examen, jeudi, pour « recel
d'abus de confiance et recel de détournement de fonds publics ». Il aurait
notamment été payé 600 000 francs entre 1996 et 1998 pour une activité non
démontrée à ce jour.
Rémunérations indues
Grâce aux liens privilégiés qui existaient entre
l'UNEF-ID et la MNEF, cinq
personnes paraissent avoir bénéficié de rémunérations indues entre 1988 et 1997.
La mise en examen du président de ce syndicat étudiant, de 1988 a 1991, Christophe
Borgei, ancien conseiller du ministre de
l'éducation nationale, Claude Allègre, avait précédé de quelques Jours celle de
son successeur à la teste de l'UNEF-ID, Philippe Campinchi, poursuivi, le 7 mars, pour « recel de
détournement de fonds publics». Les enquêteurs ont relevé également des éléments
de même nature visant d'autres dirigeants de ce syndicat, sans pour autant les
mettre en examen. Le successeur de M. Campinchi, Pouria Amirshahi, aurait, ainsi, été salarié, entre 1995 et 1997, en tant que
conseiller auprès de la direction de Mutuelle Interjeune (MIJ), structure satellite de la
MNEF. Cette rémunération - un montant total de 145 000
francs - lui aurait permis de poursuivre ses activités de militant syndical à la
tête de l'UNEF-ID. L'ancien délégué général de l'UNEF-ID, David Rousset,
aurait été rémunéré 350000 Francs par la MNEF pour de
prestations réalisées de 1991 à 1993, puis de 1994 à 1998 dont la réalité semble
contestée. Enfin Carole Hazé, assistante de M. Amirshahi, payée en tant que secrétaire de la
MNEF, occupait des fonctions à plein temps pour le compte
de l'UNEF-ID, «C'est dans la logique de la démarche
du juge qui avait déjà mis en examen Force ouvrière
et la CFDT», a expliqué Carine
Seller, actuelle présidente du syndicat étudiant. Cela va nous donner
l'occasion de nous expliquer sur les relations entre la MNEF et l'UNEF-ID et de montrer
qu'il y avait une contrepartie évidente pour la MNEF
a ces emplois, qui étaient, c'est vrai, a l'UNEF-ID
».
Des revenus d'élus
L'association SOS-Racisme est quant à elle,
soupçonnée de s'être entendue avec la MNEF ou
certaines de ses finales pour salarier ses principaux dirigeants. L'actuel
président, Malek Boutih, devrait être interrogé sur
le salaire qui lui a été versé par l'association Stagétudes soutenue financièrement par la
MNEF. L'ancien responsable de SOS-Racisme, Fodé Sylla, devenu
député européen communiste pourrait être questionné sur la nature de ses
indemnités en tant qu'administrateur de la Mutuelle universitaire de logement (MUL). Enfin, les enquêteurs s'interrogent sur la
prise en charge, entre 1994 et 1995, d'une permanente de SOS-Racisme, Claire
Robillard,
par la Mutuelle interprofessionnelle de France (MIF).
"Sur le fond, nous n'avons rien a nous reprocher, a affirmé M. Boutia. A cette époque, il n'y avait pas de caractère
illégal de cette situation. Il s'agissait d'un échange de services. Il n'y a eu
ni recel ni abus de confiance, mais un échange."
La MNEF parait avoir également assumé une partie des revenus
d'élus politiques. Le député (PS) de Paris Jean-Marc Le Guen mis en examen le 6 juin pour « recel de
détournement de fonds », est soupçonné d'avoir perçu, entre 1989 et 1997,
quelque 1,5 millions de francs en contrepartie de prestations étrangères à son
contrat de travail. Un autre élu (PS) de Paris, Jean-Christophe Cambadélis, numéro deux du
Parti socialiste, est convoqué le 30 juin pour se voir
notifier des faits relevant du « recel d'abus de confiance ». Il aurait
illégalement été rémunéré plus de 900 000 francs par la MIF, entre 1989 et 1995, en tant qu'administrateur et
sociologue. Ancienne collaboratrice de Lionel Jospin
et de Claude Allègre au ministère de l'éducation
nationale, Marie-France Lavarini est poursuivie,
depuis le 28 mars, pour "recel de détournement de fonds publics". Elle est
soupçonnée d'avoir bénéficié, de 1990 à 1992, de rémunérations de complaisance
de la mutuelle, alors dirigée par Olivier Spithakis,
ce qu'elle a admis devant les enquêteurs. Enfin, l'ancienne attachée
parlementaire du député (UDF) des Deux-Sèvres, Dominique Paillé, jusqu'en 1999, mise en examen, le 16
mars, pour « recel d'abus de confiance » au préjudice de la MNEF et de la MIF
aurait perçu
des rémunérations non justifiées pour un montant de 200 000 francs entre 1996 et
1998. M. Paillé a affirmé que les faits dénoncés dans
cette procédure concernent son ancienne assistante et elle seule.
Enfin, des personne présentées comme des proches d'Olivier
Spithakis, font l'objet de poursuites pour avoir
reçu, sans justifications, des salaires ou da indemnités. La MNEF aurait ainsi financé pour plus de 520 000 francs,
entre 1989 et 1993, les études des deux fils de l'ancien homme d'affaire de M.
Spithakis, M. Zenou. Le directeur général de la
Fondation santé des étudiants de France (FSEF), JeanMarc Régnier, aurait, quant à lui, perçu un complément
salarial suspect de la MNEF grâce à l'intervention de M Spithakis.
Jacques Follorou