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Interpellations
du gouvernement
Assemblée nationale
COMPTE RENDU
ANALYTIQUE OFFICIEL
Session ordinaire de 1997-1998 - 114ème
jour de séance, 256ème séance
2ème
SÉANCE DU MARDI 23 JUIN 1998
PRÉSIDENCE DE M. Laurent FABIUS
M. Hervé de Charette - Je
m'apprêtais à interroger M. Allègre ou Mme Aubry, mais ni l'un ni l'autre ne sont
là. J'espère donc que M. le Premier ministre trouvera quelqu'un pour répondre à
ma question qui concerne la MNEF.
La Mutuelle nationale des étudiants de
France est à la fois, pour les étudiants, une caisse primaire d'assurance maladie, leur
sécurité sociale en somme, et une caisse complémentaire qui leur assure la protection
sociale dont ils ont besoin. Mais derrière cette façade vertueuse se dissimule,
semble-t-il, un beau scandale. On nous annonce en effet -je reprends les mots du Premier
ministre à propos de la Corse- de graves irrégularités financières et de sévères
détournements de fonds sociaux.
Le directeur général, mis en cause par
le président de la Mutualité française, démissionne en catastrophe et un député
socialiste, M. Jean-Marie Le Guen, "crache le morceau" en déclarant à un
journal du matin : "La MNEF est une pouponnière du parti socialiste, un abri
pour payer les députés battus". (Protestations sur les bancs du groupe
socialiste)
Il faut donc mettre de l'ordre à la
MNEF, qui ne peut rester ainsi appropriée par un parti. Mais comment se fait-il, Monsieur
le Premier ministre, que l'on ait mis si longtemps à s'apercevoir des dérives ?
Qu'allez-vous faire pour y mettre fin ? Vous comprendrez, d'autre part, s'il est vrai
que la MNEF a été une sorte d'antichambre du PS, qu'il soit difficile de faire confiance
aux seuls dirigeants de ce parti pour la remise en ordre attendue. Le contrôle de
l'ensemble de la représentation parlementaire est indispensable ! (Applaudissements
sur les bancs du groupe UDF et du groupe du RPR)
M. Bernard Kouchner, secrétaire
d'Etat à la santé - Je comprends votre impatience d'une solution à ce
grave problème. Comme vous, j'ai appris par les journaux (Exclamations sur les bancs
du groupe du RPR et du groupe UDF) que la MNEF connaissait certains troubles, son
directeur ayant annoncé son départ, mais contrairement à vous, je ne fais aucun procès
d'intention. Le Gouvernement attendra simplement que la commission de contrôle des
institutions de prévoyance des mutuelles et la Cour des comptes, toutes deux saisies,
rendent leurs conclusions, ce qui ne saurait tarder. Au vu de celles-ci, la justice sera
ou non saisie. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste)
Assemblée nationale
COMPTE RENDU
ANALYTIQUE OFFICIEL
Session ordinaire de 1997-1998 - 115ème
jour de séance, 258ème séance
1ère
SÉANCE DU MERCREDI 24 JUIN 1998
PRÉSIDENCE DE M. Laurent FABIUS
M. André Angot - Monsieur le
Premier ministre, je vous ai interrogé le 29 avril dernier sur les suites que vous
comptiez donner aux malversations signalées dans la gestion de la Mutuelle nationale des
étudiants de France. Selon la presse en effet, une partie des cotisations versées chaque
année par plus de 800 000 étudiants aurait été dilapidée au profit de
responsables du syndicat étudiant de gauche UNEF-ID, de dirigeants d'associations et de
personnalités de votre majorité plurielle.
M. Valls, votre conseiller en
communication, accuse MM. Cambadelis et Le Guen. Ce dernier a déclaré que la MNEF
était un gros pourvoyeur d'emplois fictifs pour le PS. ("Oh !" sur les
bancs du groupe RPR) En outre, cette mutuelle aurait financé les campagnes
électorales de certains candidats socialistes.
Il est scandaleux que les cotisations
versées par les étudiants aient été utilisées de la sorte. Les étudiants et les
familles souhaitent savoir comment a été dépensé leur argent.
Le 29 avril, sur un ton très agressif,
Mme le ministre de l'emploi et de la solidarité m'a répondu que les rapports de
l'Inspection générale des affaires sociales, de la Cour des comptes et de la commission
de contrôle des mutuelles allaient être publiés "dans quelques jours ou dans
quelques semaines". Deux mois plus tard, on attend toujours. Qu'avez-vous à
cacher ?
Le président de la Mutualité française
réclame la publication de ces rapports, et le directeur général de la MNEF a
démissionné.
Monsieur le Premier ministre, je
comprends que ma question vous dérange.
M. Lionel Jospin, Premier
ministre - Pas du tout.
M. André Angot - Comptez-vous
étouffer cette affaire, ou accepterez-vous de faire la lumière ? (Applaudissements
sur les bancs du groupe du RPR, du groupe UDF et du groupe DL)
Mme Martine Aubry, ministre de
l'emploi et de la solidarité - Selon les textes en vigueur, les mutuelles
sont soumises à deux types de contrôles. Au titre de l'assurance des étudiants au
régime général, la MNEF est contrôlée par l'IGAS et par la Cour des comptes. Dans son
dernier rapport, qui date de 1994, l'IGAS ne relève aucun fait délictueux. Vous étiez
alors au pouvoir. Quant à la Cour des comptes, elle est en train d'examiner la situation
de la MNEF.
Au titre de l'assurance complémentaire,
sont compétentes la commission de contrôle des institutions de prévoyance et des
mutuelles ainsi que la Cour des comptes. Ce contrôle ne relève donc pas du Gouvernement,
mais principalement d'une autorité administrative indépendante composée de hauts
magistrats et dont le secrétaire général est le président de l'IGAS.
Cette instance, tout comme la Cour des
comptes ne peut contrôler les filiales des mutuelles, sauf si celles-ci ont elles-mêmes
le statut de mutuelle. C'est ainsi que la commission de contrôle a décidé de compléter
l'examen de la MNEF par celui de la Mutuelle professionnelle de France, de la Mutuelle
Inter-jeunes, de la Mutuelle universitaire du logement et de l'Union technique des
mutuelles professionnelles... (Interruptions sur les bancs du groupe du RPR, du groupe
UDF et du groupe DL)
En outre, l'article L 131-1-5 du
code de la mutualité l'autorise à contrôler "toute personne morale liée
directement ou indirectement, par une convention, à une mutuelle" et pouvant
"altérer son autonomie de fonctionnement ou de décision". Dans ce cas, la
commission de contrôle aurait le devoir d'intervenir. Mais je vous rappelle qu'il s'agit
d'un organisme indépendant. Le seul représentant de mon ministère a reçu il y a six
mois des consignes très strictes : faire son devoir et poursuivre s'il y a lieu.
La commission de contrôle et la Cour des
comptes publieront leur rapport dans le délai qui leur conviendra. Je comprends votre
impatience, mais je préfère la réalité aux incantations et le contrôle rigoureux aux
provocations ! (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et du groupe
RCV ; protestations sur les bancs du groupe du RPR, du groupe UDF et du groupe DL) |