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La MNEF dans
la tourmente
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La gestion peu orthodoxe de
la Mutuelle nationale des étudiants de France de nouveau sur la sellette
Quinze ans après sa quasi faillite (200 millions de
dettes), qui donna lieu à l'apurement d'un partie de son passif par la Caisse Nationale
d'Assurance Maladie en 1988, ce n'est pas moins de quatre organismes de contrôle ou
expert qui s'intéressent à la gestion très critiquée de la Mutuelle Nationale des
Etudiants de France. Il s'agit d'abord de la Cour des comptes, qui s'apprête à remettre
son rapport, mais aussi de l'Inspection générale des affaires sociales, qui vient
d'établir un programme d'intervention. Le Comité d'entreprise a quant à lui désigné
des experts pour réaliser un audit de la MNEF. Il s'agit enfin de la Commission de
contrôle des mutuelles, qui dans une note s'alarme d'une gestion particulièrement
opaque. D'ores et déjà les premiers éléments tirés de ces enquêtes sont
particulièrement accablants et viennent entamer le crédit de la mutuelle et de ses
dirigeants.
Une diversification tous
azimuts hasardeuse
Tirant ses recettes des remises de gestion que lui verse la
Sécurité Sociale, de subventions de l'Etat et des cotisations de ses adhérents
étudiants, la MNEF n'en est pas mois devenue, au fil des ans, une véritable nébuleuse,
pas toujours très transparente, de plusieurs dizaines de filiales et de sous filiales,
résultat d'une politique de diversification tous azimuts, menée avec plus ou moins de
succès. La mutuelle étend aujourd'hui ses activités dans l'immobilier, la
communication, le tourisme, la gestion des cafétérias, les espaces universitaires,
l'informatique, la presse ou dans la création de nouvelles mutuelles aux montages
juridiques souvent complexes.
Dernièrement le représentant de l'UNI au conseil
d'administration de l'Organisation pour le Tourisme Universitaire, association regroupant
les directeurs de CROUS et les organisations étudiantes, s'était ému de la présence de
la MNEF par le biais de la holding Raspail investissement dans la société exploitante du
réseau d'agences de voyage pour les étudiants de l'OTU. S'agissant d'un service
concédé et subventionné par les oeuvres universitaires, il s'était également étonné
de l'exclusivité dont bénéficiait la MNEF dans la diffusion, hors des points de vente,
de documents promotionnels et de la présence de son logo sur ces derniers.
Un clientélisme politique et syndicale
généralisé
Mais, pour l'heure, c'est sans doute le second volet du
dossier qui suscite le plus de remous. Les liens entre la mutuelle et les milieux
politiques et syndicaux sont en effet au centre de la polémique. Pour Libération (7
avril 1998), "la MNEF est devenue un système contrôlé par une poignée de gens,
forgés par le syndicalisme étudiant, issu des rangs trotskistes (lambertistes) du Parti
communiste internationaliste (PCI)" ou encore recrutés parmi les amis de son
directeur général Olivier Spitakis. Parmi ces derniers, on compte le député socialiste
Jean-Marie Leguen, qui fut de 1981 à 1997 directeur médical de la mutuelle puis son
"conseiller orientation stratégique" à mi temps et Jean-Christophe
Cambadélis, qui fut également salarié de la mutuelle avant de devenir secrétaire
national du PS.
S'intéressant aux activités d'une filiale de la MNEF, la
Mutuelle universitaire du logement (MUL), la Commission de contrôle découvre par exemple
que "les cotisations de la mutuelle servent pour l'essentiel à financer les frais de
fonctionnement de la mutuelle" et met en lumière tout un circuit de financement
d'activités n'ayant rien à voir avec l'objet de la MUL. L'administration fiscale
constate, quant à elle, que "des rémunérations sont versées aux administrateurs
sans justification de sujétions particulièrement importantes" en infraction avec le
Code de la Mutualité.
Parmi les heureux bénéficiaires de tels émoluments, on
trouve un autre ami de la MNEF, Fodé Sylla, le dirigeant de SOS-Racisme, qui porte le
titre de "chargé du développement de la MUL vers les jeunes en insertion".
Parmi les sociétés dans la mouvance de la MNEF, on compte
la société de conseil en communication, Policité. Installée dans les locaux de trois
filiales de la MNEF, Policité s'est adjugée en 1995 pour trois ans le juteux contrat de
communication de la mutuelle, dont les dépenses publicitaires approchent les 30 millions
de francs par an. Mais le champ d'action de cette société ne s'arrête pas là.
Policité sert aussi de régie publicitaire aux bulletins municipaux de plusieurs mairies
socialistes et a réalisé la campagne de communication de dix-sept candidats socialistes
aux dernières
législatives, dont celles de Marie-Sol Touraine, Pierre Moscovici, Jean-Marie Leguen ou
des personnalités moins connues comme Laurence Rossignol, directeur du service de la
législation sociale de la MNEF.
Une stratégie d'influence coûteuse
Soulignant également "les liens de la MNEF avec
certains responsables du Parti socialiste, issus de la mouvance trotskiste du syndicat
Unef-id du début des années 80", le journal Le Monde va plus loin et affirme, dans
son édition du 10 avril 1998, que la mutuelle était dans les années 70 "une manne
financière, le nerf de la guerre syndicale que se livrent les militants socialistes,
communistes et trotskistes de diverses obédiences" Le journal poursuit en évoquant
le partage des responsabilité instauré entre les lambertistes de l'Organisation
communiste internationaliste (OCI)" et les socialistes.
Depuis, cette tradition d'ingérence réciproque n'a jamais
vraiment cessé. La MNEF continue d'entretenir des liens forts, notamment financiers, en
particulier avec l'Unef-id. La mutuelle finance par exemple le loyer du siège du syndicat
étudiant, rémunère une grande partie de ses dirigeants. Elle leur verse des indemnités
lorsqu'ils sont au nombre de ses administrateurs ou de ceux de ses filiales. Ainsi au sein
de la MNEF, treize des dix-huit administrateurs étudiants se partagent une somme d'un
million de francs "en compensation pour le temps passé". La MNEF participe en
outre au fonctionnement général du syndicat à hauteur de 750 000 francs par an.
Cette situation n'est cependant pas prête de changer,
d'une part parce que les statuts de la mutuelle la rendent inexpugnable et peu vulnérable
à une fronde de ses quelques 200 000 participants étudiants, d'autre part parce que les
dirigeants de la MNEF ne sont pas disposés à rompre les liaisons dangereuses qu'ils
entretiennent avec l'Unef-id, qui constitue son principal bras armé dans le monde
étudiant. Force de vente d'appoint au moment des inscriptions universitaires, le syndicat
étudiant se fait en effet le fidèle écho des intérêts de celle-ci. Beaucoup voient
par exemple dans le revenu minimum étudiant, constamment revendiqué par le syndicat
étudiant, un moyen pour la MNEF de disposer d'une clientèle solvable pour rentabiliser
ses investissements dans les résidences étudiantes. La collusion entre les deux
organisations tend même à s'accentuer comme le prouve la conclusion, le lendemain des
élections aux CROUS, d'un protocole d'accord visant notamment à renforcer la présence
réciproque dans les instances dirigeantes. Voilà qui bat en brèche l'indépendance dont
se targue l'Unef-id, ainsi que le caractère démocratique du choix de ses orientations.
Alors que la transposition en droit français d'une
directive européenne pourrait menacer la spécificité du régime étudiant de sécurité
sociale, ces nouvelles révélations apportent malheureusement de l'eau au moulin des
tenants de l'intégration européenne. Pour l'heure, les étudiants sont fondés, au
moment des réinscriptions, à demander des comptes à la MNEF ou à opter pour des
mutuelles régionales dont le dynamisme et la rigueur de gestion ne sont plus à
démontrer. |