1er roman - Jean Reverzy, LE PASSAGE Le passage 
 
Jean Reverzy est un passeur. Un passeur d’âme. N’est-ce pas ainsi d’ailleurs, que le médecin narrateur du Passage se qualifie ? 

LE PASSAGE n'est pas l'histoire d'un homme mais de deux. Celle de Palabaud, l'homme qui a poursuivit son rêve, qui a vécut l'Océanie, le rêve des lagons, la douceur des terres lointaines... Palabaud est le patient, le malade, celui qui sait que la maladie va l'emporter, celui qui revient dans la France de son enfance pour mourir. Il voudrait bien s'en défendre, comme tout à chacun, et en même temps, cette nonchalance acquise sous les alizés et cette mémoire qu'il porte en lui, tout aussi nonchalante, le prépare à accepter l'inacceptable : la mort. 
L'autre histoire est celle d'un médecin, d'un médecin sans nom qu'on voudrait appeler Jean Reverzy. Un homme qui n'a pas vécut ses rêves, qui n'est pas parti si loin, ou alors, que le temps de vacances, qu'avec le retour en tête. Lui aussi approche la mort, mais de l'autre côté. A lui aussi, la vie a appris la nonchalance. Mais est-ce la même ? 

« Jean Reverzy (1914-1959) médecin généraliste à Lyon connaît la gloire littéraire lors de la parution de son premier roman en 1954, LE PASSAGE, qui obtient le prix Renaudot. LE PASSAGE raconte l'histoire d'un homme, Palabaud, qui a vécu en Océanie et qui revient en France pour mourir d'une cirrhose. Il consulte un médecin à Lyon, "compagnon des voyages anciens" qui l'accompagne jusqu'à la mort, ultime destination. Jean Reverzy nous retrace l'itinéraire médical de Palimbaud à travers plusieurs portraits de médecins, dont le sien comme médecin de quartier populaire: "Fixé dans ma ville, j'étais devenu le médecin d'un quartier malheureux; j'avais accepté ce destin et un horizon de hautes maisons misérables. Des infiniment pauvres, des intouchables puis des ouvriers, des employés chétifs avaient frappé à ma porte: je les avais soignés comme, là-bas, j'eusse soigné les lépreux. Tout le jour, ils venaient s'étendre sur mon divan brûlé par leur fièvre, verni par la sueur de leur angoisses". Reverzy ne nous parle jamais de guérison: le médecin écoute, observe, examine puis doit accompagner son patient vers la mort en gardant sa dignité. Il se proclame "le compagnon des agonisants" Misère, Soufrance et mort sont les compagnons de route du médecin. "Mes scrupules et mes craintes peuvent paraître excessifs : Palabaud serait bien mort n'importe où!...Dans un hôpital, je voulais que Palimbaud évitât la salle commune et la curiosité des étudiants.". Le livre se termine sur l'autopsie de Palimbaud, demandée par le Professeur Joberton de Belleville par "intérêt scientifique grave" pour confirmer son hypothèse de "cirrhose pigmentaire". Mais le cadavre qui "n'a pas de sens" ne livera pas ses secrets: "C'est la réalisation décevante d'un souhait noble de connaissance et de pénétration qui ne sera jamais satisfait". A noter un savoureux portrait d'un garçon de salle d'autopsie qui nous rappelle des souvenirs de faculté! »  

Quand Maurice Nadeau évoque Jean Reverzy, dans ses mémoires littéraires [ GRÂCE LEUR SOIENT RENDUES, Albin Michel, 1990) il le dépeint d’abord comme un lauréat gauche, assaillit par les photographes peu après la remise des prix. A sa publication, le même raconte que Reverzy n’avait pas été particulièrement remarqué par la critique de l’époque. Mais Nadeau, alors membre du jury Renaudot est frappé par l’écriture du Passage qui donne « à la trajectoire du récit la rigueur d’un destin sereinement  
accepté ». Nadeau rencontra l’homme, dans son tombeau de la triste avenue Lacassagne, où règne, d’entre les volets clos, le portrait de Mallarmé et de Rimbaud et un sonnet de Baudelaire accroché lui aussi au mur. 
Reverzy admire Poe, Kafka, et « l’indépassable » Proust. Pourtant, c’est au NEGRE DU NARCISSE de Conrad qu’il a pensé en écrivant LE PASSAGE. A Camus bien sûr et à L'ETRANGER. Bien sûr Gerbault, Gauguin, par leur présence même sont les marqueurs d’une influence rare. 
Pour écrire LE PASSAGE, il couvre des milliers de pages pour trouver les mots qui résisteront à la mort. Son succès, comme le dira lui-même Reverzy, est une maldonne. Il a fallu que cette année là, l’une des seules, l’une des rares, un vrai romancier soit couronné.  
 

Persuadé qu’écrire c’est mentir, il n'en raconte pas moins son histoire. LE PASSAGE, de vie à trépas. LE PASSAGE, comme ces coursives, ces traboules lyonnaises, où l'on circule sans voir le jour, d'un quartier l'autre, en passant par l'intérieur des cours, comme par l'intérieur de la vie. 
 

les éléments du dossier

[ EXPERIENCES DE LITTERATURE ]
« Très tard, au décours de ma vie, à l'âge des grandes sécheresses, il m'advint de vouloir écrire. »
Un court texte de Jean Reverzy sur l'écriture, pour apprécier le style de ceux qui ne connaîtraient pas l'homme.

[ BIOGRAPHIE ]
L'océan, voilà l'image que l'on gardera de ce bonhomme frêle au visage inquiet qu'était Jean Reverzy.

[ LE CORRIDOR ]
Une expérience de littérature originale et forte.
 
 

page d'accueil