>uZine >2 avril 97

des fourmis etc.
En réaction aux articles sur, notamment, la récupération des adresses eMail par Javascript, un lecteur nous fait parvenir son point de vue. Trois petites précisions : l'article sur les scientologues et Altavista est de VBP («rendons au César des paranos ce qui lui revient...») ; nous publions ce courrier avec l'accord de son auteur, sans autres commentaires et modifications que ces quelques précisions, car il enrichit très certainement le débat (ce n'est pas un nouvel appel «à la cyber-vindicte populassière») ; pour finir, un commentaire sur le trait d'humour au sujet du contrôle du clavier à la fin de ce courrier : l'un des membres d'uZine (Guillermito) dispose de nombreux mots de passe d'étudiants de sa fac grâce à un petit programme qui stoquait tout ce qui avait été saisi au clavier sur l'ordinateur dans la journée, il ne lui restait plus le soir qu'à faire sa récolte pour récupérer, notamment, les mots de passe et les logins de ses victimes.Cher Arno,
Ta vaillante croisade contre les vilains piqueurs d'adresses et autres vils représentants de la caste des affreux fomenteurs de turpidudes cyber-liberticides est en train, je le dis amicalement, de tourner vinaigre.
Premièrement, et sur ce point précis Vidal a parfaitement raison, personne n'a attendu l'Internet et ses netiquettes politiquement très correctes pour jouer les barbouzes ; rien de nouveau sous le soleil et, pour dire les choses plus précisément, les renseignements qu'un bidouilleur amateur ou une armée d'informaticiens au service des marchands peuvent me soutirer lorsque j'emprunte les périlleuses voies de ma ligne téléphonique ne valent pas un pet. De plus, la somme de ces renseignements inutiles est telle qu'elle est probablement inutilisable (comme le sont la plupart des fichiers secrets que les Etats, ici ou ailleurs, continuent de constituer et d'engraisser).
Sincèrement, je me tamponne le coquillard de savoir que GrossouNet ou Cyber-Plein-les-Poches S.A. a enfin réussi, en mettant en oeuvre de prodigieuses prouesses techniques, à capturer sournoisement mon adresse e-mail ou la liste des derniers sites que j'ai visité. Qu'est-ce que tu veux qu'ils en fassent ? Je ne fais pas dans le cyber-angélisme et je sais bien, comme la plupart des utilisateurs de l'internet, que je navigue en eaux troubles. Mais pas plus troubles, ni moins d'ailleurs, que celles de ma vie non «branchée».
Il y a ensuite une série de confusions qui naît de cette féroce volonté de traquer les traqueurs. L'exemple le plus récent est l'amalgame que tu fais entre la possible influence, présente ou future, d'une secte comme celle dite de scientologie sur un Altavista (question intéressante en soi, mais qui, encore une fois, n'est pas propre à l'Internet - voir, pour exemple, la récente décision de l'administration fiscale américaine...) et le fait que la recherche effectuée sur certains mots retourne automatiquement telle ou telle bannière publicitaire (ce qui est d'une importance à peu près nulle - la pub, automatisée ou non, restant de la pub). Après tout, si je cherche «Eglise» ou «association religieuse» dans de bonnes vieilles pages jaunes en papier, j'ai toutes les chances de tomber sur une ou des pubs de ces rigolos - sans l'intervention d'aucune autre merveille technologique que l'ordre alphabétique... Bref, la belle affaire !
Mais, et c'est surtout ce dernier point qui me chagrine un peu, le sommet de monomanie est atteint lorsque tu t'en prends à un brave gars qui fait son petit commerce de meubles en utilisant une petite page de rien du tout sur laquelle, ô horreur !, tu as découvert, le scoop, un script vicieux, une véritable machine de guerre, que dis-je, une arme qui met la civilisation internettienne en marche en péril de mort. A défaut de pouvoir vraiment s'en prendre aux gros, rien de plus simple et de plus satisfaisant pour l'ego que de désigner, violemment (au motif apparent qu'il naurait pas été bien poli et tout dans sa réponse) le responsable de ce site à la cyber-vindicte populassière. Haro sur le vil ! J'en ai trouvé un ! J'en appelle à la foi des foules cliquetantes. Et la sentence tombe, incontournable, vibrante d'éthique (c'est tellement correct et branché, l'éthique) :
«On a compris, un pur et dur du ruban bleu : "je fais mes saloperies dans mon coin, et les cochons seront bien gardés"...»
Ho l'ami ! Du calme. Tu ne penses pas que tu pousses un peu facilement le bouchon là ?
Et qu'il serait temps de réfléchir un peu à tout cela, calmement. Histoire de se demander si le second degré suggéré par l'emploi du diminutif «parano» de cette rubrique uzinienne n'est pas en train de se rapprocher dangereusement d'un véritable délire paranoïaque, et de la plus belle eau qui plus est.
A ce propos, et au simple titre de la réflexion, je me permets de proposer, malicieusement, quelques éléments de définition du délire paranoïaque (J. Bergeret, Psychologie pathologique, éd. Masson, 1982, pp. 176-177), non sans préciser qu'il s'agit, in casu, d'un simple jeu de l'esprit et non d'une caractérisation à caractère scientifique :
«[l'organisation dite paranoïaque de la personnalité est caractérisée par] la surestimation de soi-même et le mépris des autres (...) faute de continuer à tout posséder [le paranoïaque] ne peut finalement fonctionner qu'à la condition expresse de se sentir possesseur de tout ce qui est bon... cette dernière précision rend inutile de préciser... le côté déréel (au sens de délirant) de ces personnalités apparemment fort assurées, de leur incommensurable et pathologique orgueil, de leur mépris des autres qu'ils observent avec une curiosité méfiante, et dont ils ne peuvent s'approcher qu'avec les plus extrêmes réserves et pour en détecter les éventuelles turpitudes (...) il utilise... la voie désaffectivée de la justice qu'il ira chercher dans d'interminables procès...» (etc.)
Intéressant, non ?
Bon, cest pas le tout ça, il se fait tard et la vie est, heureusement, un tantinet plus large et plus riche que celle que mon écran me dessine. De plus, j'ai peur maintenant qu'ils aient inventé un machin qui s'installe dans les claviers et me force à écrire ce que je ne voudrais pas écrire.
Cordiales salutations de Lisbonne,
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- Si je clique là, y s'passe quoi ? - Rien. |