francophonie forever ! >uZine >23 septembre 1996





   
Vive la francophonie française, môssieur ! En France, le français tel qu'on le cause est une affaire française : il se décide à l'Académie Française, au bon vouloir de vieux shnocks bien français. Ainsi, la langue de la francophonie (c'est-à-dire pas seulement en France...) se décrète-t-elle à Paris, tout simplement parce que la défense de la langue est depuis longtemps une affaire d'Etat. Et justemenent, en ce qui concerne la francophonie françaises (!), le discours officiel a déjà atteint le niveau zéro de l'intelligence, avec la frilosité et le protectionnisme pour mots d'ordre.
Aujourd'hui les ricains débarquent une nouvelle fois, non avec leurs cigarettes et leurs bas-nylon ni avec leurs hamburgers et leur cinéma commercial, mais avec leur Internet et leurs sites web en angliche. La francophonie est menacée, notre culture recule partout dans le monde, c'est l'agression, c'est l'INVASION ! Sus à l'ennemi, citoyens, à vos baïonnettes, ministres, à vos décrets et à vos subventions ! Qu'un sang impure abreuve nos lignes téléphoniques.

Le Internet, c'est bien pire qu'un repaire de pédophiles, de terroristes, de néonazis et de pornographes : c'est la nouvelle tête de pont de l'odieuse invasion culturelle américaine, c'est l'impérialisme yankee qui vient égorger nos compagnes jusque dans nos campagnes, c'est l'anglais au coin de la rue, c'est le Coca-Cola numérique, c'est l'oncle Sam qui réclame notre bon argent, c'est la fin des z'haricots !

Le Mac-Do culturel ne passera pas !
Il n'y a pas 36 solutions : pour lutter contre l'anglais, il faut lutter contre l'Internet Alors notre minitre de notre langue à nous se gratte le ciboulot, quitte à se ruiner la permanente. La télé : le CSA veille au bon grain, et fait semblant de réprimander M6 pour cause de surplus américain de vieilles séries ; la radio : quotas décrétés pour sauver la production française (Eddy Barclay et Johnny vont pouvoir s'acheter des femmes neuves, on respire à Saint-Tropez) ; les Jeux Olympiques : une équipe de superviseurs de travaux finis est diligentée pour contrôler le bon parler du français à l'atlantaise. Pas de quoi être fier, mais le ridicule n'a jamais tué un ministre de la Culture.

Pour le Internet, c'est plus compliqué, surtout quand on n'y comprend rien. Chers ministres, votre seule tactique possible : ralentir le développement du réseau en France ; parce que c'est clair, avant que les français n'accèdent à le Internet, il faut que le Internet soit en français. L'idée que la création parte de la base (ce qui est quand même l'idée maîtresse du Net) ne vous a jamais effleuré, sinon vous ne seriez pas ministres. Pour bloquer le Net, donc, commencez par confier le monopole des télécoms à une boîte d'Etat, contrôlée par des énarques frileux qui ne veulent pas ruiner les bénéfices de leur Minitel. Quand la ficelle devient trop grosse, tenez bon encore deux ans en dénonçant les dangers de le Internet (terrorisme, pédophilie, tout ça...). Et finalement, lancez votre arme secrète : l'Education Nationale ! Annoncez fièrement votre intention de démocratiser le multimédia et les réseaux par le biais des écoles. La ruse est un peu tordue, mais imparable.

Pendant 2 ans, ne bougez pas, laissez mijoter : aucune instruction officielle, aucun financement, laissez les chefs d'établissement se démerder, monter des médiathèques connectées à rien avec des machines trop chères, laissez les profs tenter de se former seuls dans leur coin... Bordel total assuré ! Lorsqu'enfin les rares projets individuels prennent forme, sabotez le tout en décrétant une réflexion centralisée, menée par quelques énarques et universitaires politiquement marqués (comme ça, le comité de réflexion changera à chaque remaniement ministériel), et recrutés par copinage (le meilleur gage d'incompétence du système). Bien organisé, totalement hiérarchisé, aussi obsolète qu'un 286, votre groupe de réflexion peut tourner à vide pendant facilement 5 ans, pour déboucher sur des décisions inapplicables (pas de crédits, problèmes d'emplois du temps...).

Au total, vous avez gagné 10 ans, perdu quelques milliards, et les français sont sauvés du péril anglophone. Pendant que leur économie se mondialise, leur culture se referme comme une vieille moule.

L'Education Nationale et sa légendaire efficacité
Heureusement, les citoyens sont toujours moins cons que leurs ministres Ne vaudrait-il pas mieux qu'enfin vous vous connectiez, que vous rencontriez les internautes francophones, que vous constatiez qu'entre nous (et sans votre aide), nous vivons déjà une francophonie immédiate, amicale, vivante, que les français rencontrent les belges, les suisses, les québécois..., que partout dans le monde nous nous causons en français, simplement, directement, sans attendre le prochain échange culturel municipale entre grabataires ? Tous les jours nos boîtes à lettres débordent d'un courrier planétaire mais francophone. Loin de vos discours crispés, de vos subventions et de vos décrets, nous avons déjà fondé une francophonie que nous vivons chaque jour un peu plus.

Alors foutez nous la paix, oubliez vos réglementations, votre CSA, renvoyez les Familles de France à leurs messes en latin, installez dès maintenant des ordinateurs connectés dans les mairies, les écoles, les bibliothèques et les MJC, dans les cités et les campagnes, offrez nous des hébergements gratuits pour nos créations (au passage, merci Mygale !). Bien avant que vos réflexions existentielles sur le télétravail, la cyberculture, la télé interactive, l'éducation à distance n'aient abouti, vos jeunes se seront déjà approprié l'outil, ils communiqueront et créeront, à leur manière et, soyez-en sûr, en français.

Et l'Afrique ! Et l'Afrique ! Qu'on se rassure, il y a certainement déjà un haut fonctionnaire qui y réfléchit...

A R N O *,
webmestre du Scarabée.

OUI, je veux encore utiliser ce merveilleux outils qu'est le Internet, aussi je retourne à la page d'accueil, où je trouverai plein d'autres articles passionnants.