>uZine >15 janvier 1996
>en réaction à l'article «La rumeur, virus informationnel»
L'anti-virus de la rumeur, un étiquetage de l'information ?
L'informatique est pour nous tout particulièrement un moyen de gestion de l'information (truisme), dans le sens où la Toile est une mine d'informations, dans laquelle il faut fouiller et trier. Pour ce faire, nous évaluons toujours l'information selon plusieurs critères : sa validité dans les faits (le monde vient de disparaître à cause d'une explosion nucléaire - je vous rassure, c'est pas vrai), son obsolescence, c'est-à-dire sa validité dans le temps («Pompidou est président», ça a été vrai, mais ça ne l'est plus), sa pertinence (si des Croates ont tapé sur des Serbes, c'est pas obligatoirement parce que les Croates sont méchants et les Serbes gentils, ça peut être un peu plus compliqué que ça), son adéquation avec notre désir d'information (si je cherche la couleur du cheval d'Henri IV, j'en ai rienè faire de celle de François 1er ou de Louis XIV)...
Une rumeur est une information fausse (validité dans les faits) et/ou obsolète
(validité dans le temps) et/ou mal interprétée (pertinence). L'évaluation de la qualité d'une source d'information demande de la culture dans le domaine, c'est-à-dire un peu d'expérience : en chimie (j'en fais, alors je connais deux-trois sites), si il se trouvait un truc vraiment important, j'irais voir le serveur EurekAlert, ou celui de Nature, par exemple. Cet exemple n'est pas aussi innocent qu'il y parait, parce que, dans le domaine scientifique (ou même «savant» en général, en ancien français c'est pareil), dès que tu affirmes quelquechose, il faut s'attendre à ce qu'on te demande avec un air méfiant la référence, où tu as pêché ton info. Sans référence, pas de salut ! (Parenthèse : les articles scientifiques péchés sur le ouebe, s'ils ne sont pas estampillés «parus-dans-une-revue-serieuse», sont considérés avec la plus grande suspicion, à cause de ce problème de source. Des associations de chercheurs ont récemment mis au point une «référenciation» des oueberies, le PII, avec l'aide de quelques éditeurs). Le grand intérêt du lien hypertexte par rapport à la référence à un journal, c'est aussi qu'en un quart d'heure et deux ou trois liens, tu peux te faire une sorte d'avis sur la question, alors qu'il est bien rare que tu aie le journal sous la main. Evaluer la bonne foi d'une source peut aussi vouloir dire : faire une recherche active. Exemple : un étudiant chinois envoie des messages d'alerte sur le réseau : «mon camarade de chambre vient de se faire emprisonner» (merci ARNO* ;-). Un internaute averti devrait pouvoir vérifier si l'info vient d'une adresse en Chine, et vient bien d'une université. Précaution insuffisante, soit, mais précaution minimale (on sait bien que toute image diffusée sur le réseau est virtuellement maquillée, et que les sites les plus officiels et les mieux protégés sont hackés, il n'y a donc pas trop d'informations archi-sûres sur la Toile). Contre l'obsolescence de l'information, ne serait-il pas possible d'accompagner l'information de sa date d'émission. J'ai trouvé très étonnante à cet égard l'anecdote suivante, pendant la fameuse vague de froid d'il y a quelques jours : dimanche soir, veille de rentrée, interview sur la 3 du préfet de région, qui dit «Dans la Vienne, la rentrée n'est pas annulée, mais il n'y aura pas de transports scolaires, mais dans certains établissements il y en aura quand même...». Une demi-heure plus tard aux infos nationales, le présentateur : «...rentrée repoussée d'un jour dans la Vienne...». Question 1 : l'info est fausse, ou bien la précédente est-elle obsolète ? Question 2 : comment être sûr de la réponse ? Réponse aux deux questions : on ne peut pas savoir. Il n'est pas technologiquement délirant d'imaginer qu'une info située sur le site «mon école» renvoie directement à celle émise par le serveur de la préfecture, par exemple, pour que chaque mise à jour ne se fasse que d'un seul endroit : le site fiable, quitte à laisser la possibilité d'avoir accès à une information obsolète pour celui qui veut savoir quelle était l'information à un instant t : des archives. Le renvoi direct se fait avec les images, quand dans une page web on fait afficher une image qui est sur un autre serveur (je l'ai vu faire sur le Scarabée , par exemple, avec des photos de Belles de Jour). C'est d'ailleurs assez respectueux vis-à-vis du «propriétaire» de l'image : «je vous montre une image, mais, je précise, elle n'est pas ma création, elle vient de tel site». L'évaluation de la pertinence de l'information a beau être la plus subjective, parmi ce que nous avons examiné, nous avons aussi dans ce domaine des sources d'expertises qu'on considère comme étant fiables, et d'autres qui le sont moins. On peut aussi imaginer que des liens vers des jugements de valeurs soient ajoutés à l'information, l'opinion des gens «qui y croient», qui disent «oui mais», qui disent «non mais ça va pas la tête», etc. Le but de la manuvre n'étant évidemment pas d'imposer un avis, mais de simplifier l'accès à un avis ou à un autre. Le ouebe et les polémiques qui tournent autour le montrent, des moyens puissants ne font pas de jugement de valeurs, ils permettent juste de faire plus efficacement des choses moralement horribles ou épatantes. Il semble évident que l'expertise de l'information va devenir une technique utilisée par tous dans le cadre de leur travail ou de leur activité de citoyen, vu que les techniques de recherche de l'information, elles, peuvent être pour une bonne part automatisées. Une mise au point d'un standard de diffusion d'information comprenant liens vers les sources, date et liens vers les avis sur la question est-elle imaginable, ou est-ce juste le rêve de l'internaute très ignorant que je suis ? L'enjeu me semble quand même de pas mal d'intérêt, si on imagine l'aspect économique gigantesque de la maîtrise de la rumeur. On connaît des entreprises qui ont coulé pour ça, et comme la devise de la sagesse populaire : «Ce que le commerce veut, l'Internet le veut» (Beuarkk). |
| Heureusement, dans uZine, tout est vrai (attention, cette dernière affirmation est une rumeur). |