Mauvaises nouvelles des étoiles >uZine >1er octobre 1996




M a u v a i s e s   n o u v e l l e s   d e s   é t o i l e s

ou
Pourquoi je suis partie sur une île du Pacific
ou
Les tribulations d'une non-cybernaute, non-cyberculturée,
dans le paysage numérique mondial






moi,

j'aime

le chaos

Moi, j'aime le chaos. Je m'y sens à l'aise, il faut se reconfigurer sans cesse pour s'adapter, comprendre et utiliser. Je n'aime pas la linéarité. Je suis donc comme un poisson dans l'eau dans cette époque de désordre, de chaos.

Au moment de l'effondrement des grandes utopies politiques, mon réseau de neurones n'était pas encore assez puissant pour que je réalise l'importance pour les personnes de s'accrocher à une utopie. J'étais heureuse, la crise des grandes machines à conditionner (famille, église, armée) et l'échec de certains pays totalitaires pratiquant à une grande échelle l'endoctrinement de masse me laissaient apercevoir une société idéale où chaque membre posséderait une autonomie intellectuelle illimitée.

La désillusion a été sévère.

observer

contrôler

réprimer
Sous un apparent appaisement, le contrôle social me paraît renforcé. Les nouvelles méthodes de conditionnement me paraissent seulement plus subtiles, donc plus insidieuses et plus efficaces. L' «information age» permet d'utiliser des technologies plus puissantes pour observer, contrôler et réprimer les déviances.

Nos sociétés sont de plus en plus connectées avec des idées, des concepts et des réseaux dont la logique est le fonctionnement à l'échelle universelle.

UNIVERSEL, c'est un mot qui en soulève, des utopies, des attentes et qui déchaine des passions. C'est rassurant de savoir que quelque chose plait à tout l'univers, car ainsi l'opposition ou le désaccord disparaîssent. Cela paraît égalitaire, puisque cela s'applique à tout l'existant. Attention, je ne critique pas la globalisation qui est un fait, mais l'idéologie associée, ou plutôt le prêt-à-porter idéologique qui se cache derrière.

Je l'avoue, j'ai peur.

penser

autrement

devient

interdit

Quand je regarde dans le passé (par une distorsion de l'espace-temps) je m'apercois que toutes (à ma connaissance) les institutions ayant des visées universalistes tendent, pour assurer leur pouvoir, à défendre une pensée unique. Au début elles émergent du chaos puis les personnes ayant été le plus impliquées s'érigent en une sorte d'aristocratie qui éradique toutes les tendances divergentes. Ensuite l'unité doctrinale est réalisée par élimination radicale de toute pensée jugée hérétique. Penser autrement devient interdit.

Je fume trop de moquette ? Peut-être, mais observez donc la religion catholique romaine. Ou plus proche de vous (vous avez le nez dedans puisque vous êtes connectés en ce moment précis) le réseau Internet.

Internet est passé d'un statut d'outil de communication à celui d'une institution. Le Net possède ses codes moraux (la «Nétiquette» à laquelle il faut adhérer sous peine de s'exclure soi-même du mouvement), sa pensée unique (vision libertaire de la communauté cybernétique) et ses gouroux (qui essaieront à terme de prendre le pouvoir).

Allez, c'est décidé je vais vivre sur une île du Pacific, seule et nue (i.e. sans ordinateur).




DANAE

OUI, j'aime bien comment c'est écrit, alors VITE, donnez-moi encore tout plein d'autres articles géniaux !