>uZine >06 octobre 1996

Brève histoire des Indiens d'Amérique
ou comment les premiers arrivés finissent dans des réserves...
(Suite au courrier reçu, nous préférons prévenir : ce petit papier ne parle PAS DU TOUT des indiens. D'ailleurs, qui s'en soucie aujourd'hui ? Pas Uzine, en tout cas, car Uzine ne parle QUE du Net, de ses indiens naïfs et de ses colons arrogants...)
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Il y a fort longtemps, bien avant la naissance de l'Internet, vivaient sur le noble territoire de l'Amérique du Nord de nombreuses tribus indiennes. Sioux, Mohicans, Apaches ou Comanches, leurs terres étaient vastes, les troupeaux de bisons abondants, et chacun s'était adapté à son environnement. Mieux, chacun le gérait, sachant bien qu'un sol, pas plus qu'une rivière, ne peut être indéfiniment inépuisable. Leurs croyances étaient fortes, leurs philosophies montraient un sens aigü de l'harmonie, et une très nette conscience de faire partie d'un Tout plus grand qu'eux. Si les moyens de communication de l'époque, principalement à base de fumée, nous semblent aujourd'hui rudimentaires, ils leur convenaient fort bien (on peut d'ailleurs noter une ressemblance étonnante entre ces réseaux fumigènes et l'Internet : dans les deux cas, l'information circule par paquet, et si le petit nuage ne peut être transmis par une colline, pour cause de brouillard, par exemple, il emprunte une autre voie. On doit aussi faire attention à ne pas gaspiller de bande passante, car les feux de bois ne sont pas éternels. Amusante, quoique fortuite coïncidence). Il leur arrivait parfois de prendre le chemin de la guerre, car nous n'avons jamais dit que c'étaient des saints vivant au paradis.
Au XVIIe siècle, d'intrépides marins venus de l'autre côté de l'Atlantique découvrent avec stupeur l'existence de ces populations, dont l'organisation sociale force leur admiration.
C'est un enchantement :
"- Ainsi donc, messieurs, vous n'avez pas de roi ?
- Non, pas le moindre.
- Mais si quelqu'un commet un crime, n'y a-t-il pas d'autorité capable de punir le malfaisant ?
- Il s'en produit fort peu, mais si cela arrive, nous savons très bien le punir en le chassant de nos terres. Aussi, le malheureux fait-il généralement amende honorable, car que pourrait-il faire tout seul ?
- Fort bien, je m'en vais prévenir mon roi de toutes les bonnes choses que vous m'avez apprises..."
Et les nouveaux arrivants s'en revinrent dans leur pays natal, se promettant de faire connaître à tous les grands mérites des indiens.
Quelques années plus tard, d'autres marins, un peu moins intrépides mais plus nombreux, accostent à nouveau au même endroit. Les hommes, privés de plaisir pendant cette longue traversée, et voyant que les femmes n'étaient guère farouches, montent les indiennes de façon peu cavalière, et saoûlent leurs maris de boissons alcoolisées. Le ton monte, et on en vient aux mains. Les indigènes, fâchés de cet abus manifeste de leur hospitalité et de la grossièreté des blancs, les chassent de leur territoire comme ils le faisaient habituellement à ceux qui ne respectaient pas leurs usages.
Mais les occidentaux n'aiment pas perdre la face. De plus, ce qu'ils ont vu des richesses de ce pays a aiguisé en eux d'autres appétits que celui de la connaissance. Ainsi, d'autres années plus tard, le temps de bien s'organiser, une troisième vague de marins et de brigands - cette fois peu intrépides mais très nombreux - débarque avec armes et bagages. Sous la violence conjuguée du nombre et du feu, les indiens (dont les mohicans) sont achevés jusqu'à l'avant-dernier. Une résistance se constitue, qui se replie dans les montagnes inaccessibles des Rocheuses et d'ailleurs. Mais le sort en est jeté : les premiers occupants du pays vont devoir disparaître. C'est triste, mais c'est comme ça.
Nous avons dit que les européens arrivent avec armes et bagages : après les armes, c'est au tour des bagages. De vilaines baraques de bois se montent en peu de temps. A l'intérieur, ce ne sont que bouges et sordides échoppes où les hommes soulagent leurs vices les plus bas.
La colonisation a commencé.
Pendant ce temps, en Europe, aux femmes et aux humanistes qui s'étonnent de ces massacres perpétrés sur d'innocentes populations dont on avait pourtant vanté les hautes qualités des années en arrière, on fait croire que les indiens ne sont que des brutes sanguinaires qui violent les enfants pour les jeter ensuite dans des fours crématoires.
Un farouche indien (gravure de l'époque)
Devant de telles horreurs, le peuple se range aux côtés de ses puissants, et est désormais convaincu qu'il faut exterminer les sauvages avant de pouvoir poser le pied dans ces contrées inconnues.
La suite de l'histoire est connue de tous, et l'on sait bien ce qu'est devenue la Grande Amérique du Nord, avec ses fiers cow-boys et ses fameux hamburgers aux cornichons. Pourtant, après le travail d'historiens compétents, de philosophes et de juristes, le sort des indiens rescapés connut un regain d'intérêt. A ceux qui s'étaient fourvoyés dans l'alcool et aux autres, on proposa l'attribution de réserves. De vastes réserves qu'ils auraient tout loisir d'aménager à leur entière convenance. Le choix de ces terres n'alla pas sans problèmes : il fallut trouver des régions sans pétrole et sans autre richesse souterraine, pas agricole, pas stratégique, et non convoitées par un autre groupe d'intérêt.
Enfin, après de longues luttes et de nombreux calumets de la paix, les réserves furent définies, et la situation s'arrangea au bénéfice du plus grand nombre. Et comme ils étaient bien braves et assidus au travail, le développement d'un petit artisanat fondé sur la mise en valeur de la culture indienne leur permit même d'assurer leur propre subsistance sans rien devoir à personne.
Aujourd'hui que le monde va son train et que l'on n'en construit pas les rails, il n'est peut-être pas inutile d'accorder une pensée émue à nos amis les indiens d'Amérique.
PIERRE G.,
Non, non, c'est trop triste,
webmestre du Guide du Tourisme Alternatif.
je ne veux pas finir dans une réserve,
je veux de la joie !