Altavista, doubleclick, scientologie... >uZine >15 mars 1997


Quatre illuminés en train de chanter 'Hare Krishna' en canon


Un ami qui vous veut du bien


Les plus fidèles lecteurs d'uZine (loués soient ils) savent déjà que, grâce aux webmestres obnubilés par leur compteur qui inscrivent leur site dans un réseau d'échange type "Internet Link Exchange", il est possible de suivre pas à pas leur parcours sur les pages du réseau, aussi indépendantes qu'elles puissent paraître. Dans ce nouvel article, nous laissons à leur jeux puérils ces amateurs pour passer chez les pros. Là où on ne rigole pas avec la marchandise. Et la marchandise, c'est vous et moi.

Qui ne connaît pas Altavista ? C'est objectivement un des tous meilleurs moteurs de recherche. Un des plus utilisés aussi. Une référence du Web. Le carrefour des sillages des surfeurs. Mais sous la vague se cachent les requins.

Chaque page renvoyée par Altavista est ornée de deux bandeaux publicitaires. Comme dans le cas des réseaux d'échange, ces images ne proviennent pas du serveur d'Altavista. Elles arrivent directement de chez doubleclick.net chez qui vous avez, à votre insu, ouvert une connexion. Ainsi donc, Altavista compte au nombre des sites affichant des bandeaux de doubleclick, c'est à dire au nombre des sites sur lesquels ces messieurs de doubleclick peuvent vous suivre à la trace. Mais là où on passe à la vitesse supérieure, c'est lorsque Altavista ne se contente pas de vous faire ouvrir une connexion chez doubleclick mais qu'il lui donne au passage l'intégralité du contenu de votre requête. Précieux renseignements pour le publicitaire, utiles à la fois pour choisir quel bandeau vous envoyer et pour affiner votre profil dans ses petits carnets. Essayez par exemple de lancer une requête sur "flower", "car" ou "travel" et vous verrez que les bandeaux ne doivent rien au hasard.

Rien de bien effrayant pensez-vous ? Vous êtes en fait plutôt content de ces liens qui correspondent peut-être à ce que vous étiez venu chercher ? Ma fois, tant mieux pour vous. Mais n'oubliez pas que ces informations ne sont pas oubliées lorsque vous quittez Altavista, qu'elles peuvent s'accumuler et contribuer à affiner votre profil si monsieur doubleclick en décide ainsi. Combien de recherches faites-vous sur Altavista chaque semaine ?

De plus, si on laisse tomber les fleurs, les voitures et les voyages pour se tourner vers des sujets plus sacrés, de drôles de surprises sont possibles : les requêtes "church", "religion" et "scientology" par exemple renvoient une pub pour l'église de scientologie. Apparemment ce sont eux qui étaient prêt à dépenser le plus s'approprier ces mots clefs sur Altavista. Un bon investissement probablement. On tombe donc sur un beau bandeau bien cosmique, comme il se doit, promettant une "orientation", des "réponses" et "un film d'information sur la scientologie" (en anglais bien entendu). L'image renvoie évidemment sur le serveur de cette secte. Précisons d'ailleurs que, s'ils s'en donnent la peine, les scientologues peuvent même connaître l'intégralité de votre requête sur Altavista (avec la variable HTTP_REFERER) pour deviner, par exemple, si vous êtes un client potentiel au bord du suicide ou un salaud de journaliste cherchant des arguments pour son prochain ramassis de calomnies. Parano ? Sûrement, mais quand on voit une des principales sectes s'associer avec le premier moteur de recherche et le premier publicitaire du Net, on peut se permettre quelques pensées paranoïaques, non ?

Remarquons au passage que le fait que doubleclick compte les scientologues au nombre de ses clients implique que des webmestres membres de ce réseau peuvent éventuellement un jour découvrir une publicité pour cette secte bien en évidence sur leur serveur...

Pourtant ne jetez pas tout de suite votre ordinateur, il y a peut-être une solution.


V B P

Vous avez tapé le mot clef "parano".
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