>uZine >10 novembre 1996
Cyber-ghetto en construction
En tant que connecté, vous n'apprenez rien lorsque je répète que le Net est envahi par la pub. En tant que lecteur de l'uZine (grâce vous soit rendue) il n'a pas dû vous échapper que cette tendance a le don de nous agacer (ou bien pire).
Et pourtant je n'ai aucun droit de critiquer le webmestre qui place sur son site plus de bandeaux publicitaires que de contenu réel. Je ne suis en rien obligé de m'attarder chez lui si la qualité de ce qu'il offre n'est pas suffisante pour me faire accepter le désagrément d'une image animée aussi grotesque que son équivalent télévisuel.
Là où la plaisanterie dégénère c'est lorsque l'on réalise que l'invasion publicitaire n'est qu'un signe avant-coureur du véritable danger : la soumission de l'Internet à la logique du business. Ce n'est hélas déjà plus un cri d'alarme mais une simple constatation.
Voici, à ma connaissance, les deux plus graves aspects de cette mutation :
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Le morcellement du NetC'est à dire la subdivision du Réseau en plusieurs sous-réseaux fonctionnels, à la manière des réseaux IRC, sans possibilité (ou presque) de communication entre ces réseaux. Un bon moyen de mettre à l'écart ces encombrants universitaires et autres internautes indépendants, qui utilisent de la bande passante pour autre chose que consommer, qui véhiculent de l'information parfois dérangeante et qui font peur à la ménagère pendant qu'elle fait ses courses. Et ce cloisonnement logique ne nécessite même pas une duplication des structures physiques. Rien de plus aisé que de faire transiter sur le même câble des paquets appartenant à plusieurs réseaux et de régler "à la souris" la bande passante allouée à chacun, quasiment aussi facilement que vous ajustez le volume sonore des enceintes de votre ordinateur.
Une illustration parmi d'autres est cette annonce de la création d'un "Intranet mondial", appelé "Global Intranet" lors du salon Interop Paris 96 par France Telecom, Sprint et Deutsche Telecom. Le ridicule de cet oxymore n'est compensé que par sa faculté à évacuer la peur supersticieuse qui a été associée au mot "Internet" à grand coups de clichés et de contre-vérités.
Une grande victoire de la liberté d'expression se prépare : le droit de dire ce que l'on pense à condition que ce soit dans un ghetto sordide éclairé par le reflet des néons publicitaires sur les fils barbelés qui couronnent le mur nous séparant du supermarché rayonnant.
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La mise en place d'une structure dissymétriqueIl s'agit ici de répondre à la consternante lenteur du Net, permanente pour les utilisateurs de modem et valable pour tout le monde à certaines heures de la journée. De nombreuses solutions techniques sont élaborées. Quasiment toutes ont pour point commun la dissymétrie finale du réseau. C'est à dire la fin du principe fondamental du Net selon lequel les paquets (c'est à dire l'information) transitent par les mêmes canaux et à la même vitesse quel que soit leur sens de propagation.
Une condition sine qua non du caractere d'échange et de partage du Net va disparaître. Que ce soit par contrainte technique (imposible pour un particulier d'émettre vers un satellite aussi facilement qu'il reçoit) ou par choix (dans le cas des liaisons par câble), le débit en réception sera sans commune mesure avec celui en émission.
Tout cela est parfaitement logique, étant entendu que le futur du Net est de devenir un réseau de consomateurs et non de collaborateurs. Un débit minable suffit amplement à l'envoi d'un numéro de carte de crédit ou une signature électronique et c'est bien là tout ce que peut demander un internaute, n'est-ce pas ?
Le clavier n'est plus qu'une télécommande à 102 touches, la souris est équipée d'un lecteur de carte de crédit et le Net devient la télévision dont tout le monde rêve depuis vingt ans.
Ave dollar, ceux qui vont mourir ne te saluent pas.
Oui, je sais, j'exagère. Mais pas assez.
V B P
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