>uZine >26 janvier 1997
Réaction à l'article d'Arno*
Arnaque géniale et contributive
En tant que paranoïaque de garde ce week-end, mon devoir et de rajouter une couche à l'article d'Arno*.
Outre leur caractère parasitaire mis en relief par mon éminent confrère, les bandeaux des réseaux d'échanges de liens ont une autre caractéristique qui découle de la manière dont le système fonctionne sur le plan technique. Les bandeaux ne sont bien sur pas stockés sur le site "participant" qui les affiche mais sur un serveur central, appartenant à la société qui gère le réseau. Ainsi, lorsqu'un visiteur charge une page d'un site amateur, il ouvre sans le savoir une autre connexion, non vers le serveur qu'il croit visiter mais vers le serveur qui centralise les bandeaux de pub.
Cela peut paraître anodin, mais ne l'est pas tant quand on songe aux possibilités ainsi ouvertes au gérant du réseau d'échange. Une connexion ouverte, ça veut dire la possibilité d'enregistrer des informations relatives à cette requête. De plus, tant que beaucoup de machines (typiquement celles connectées par ppp) n'ont pas de nom DNS fixe, il peut être intéressant de glisser un cookie chez le visiteur pour aider à maintenir l'association entre lui et les informations le concernant. Cookie qui pourra être récupéré et éventuellement enrichi (ainsi que les fichiers sur le serveur central) lors de n'importe quelle autre visite sur un site adhérent.
Concrètement, cela veut dire que, outre les informations dont il disposerait de manière "classique" (Cf l'article Logs à gogo) si vous visitiez son serveur, le gérant du réseau connaît tous vos accès aux sites membres du réseau. Et ceci sans que vous vous en rendiez compte, simplement grâce aux nigauds qui inscrivent leur site dans cette arnaque. Bien sûr, les conséquences ne sont pas bien graves si vous visitez un tel site tous les six mois, mais si un réseau arrive à couvrir un pourcentage non négligeable des pages que vous visitez il peut commencer à avoir une idée assez précise de vos parcours sur le Web.
Sur cette question du traçage, tout se passe bien entendu de la même manière avec les réseaux de publicité "classiques" dans lesquelles les sites sont payés pour afficher un bandeau. Dans ce cas, les webmestres participants sont un peu moins "nigauds" (parce qu'ils sont payés) mais à coup sur plus "complices".
A ceux qui sourient devant ce déballage de paranoïa, je conseille d'aller chez nos "amis" de Morgate Partners International, la société administratrice du réseau d'échanges MAPS, et d'y lire le document intitulé "Une typologie des styles de surfers" (*) . Voici la présentation qui y est faite des objectifs du document :
« Ce document expose les raisons qui rendent nécessaire une approche typologique des audiences de l'Internet et du Web. Il compare les différentes options méthodologiques et commente les choix que nous avons effectués d'une enquête permanente débouchant sur une segmentation typologique remise à jour en permanence. »
Et, vers la fin de ce long document, l'explication du choix réalisé par cette société de la méthode de "segmentation typologique" (Cf le document complet pour savoir à quoi correspond ce nom) :
« Notre choix : une approche typologique
Nous avons choisi cette approche Typologique des " Socio-Styles " pour qualifier les audiences du Web, car elle réunit tous les critères qualifiants précédents :
- les variables socio-démographiques, professionnelles et économiques,
- les variables de centres d'intérêt et de sensibilités socio-culturelles,
- les variables de consommation dans tous les secteurs d'activité (disponibles en particulier à partir de panels d'achat),
- les variables de fréquentation de tous les médias audiovisuels et imprimés,
- et les variables psychologiques et comportementales de mode de vie privée, professionnelle, sociale et culturelle... »
Dire que certains sont malheureux parce qu'ils pensent que personne ne s'intéresse à eux !
(*) Ce document, dont l'URL était http://www.morgate.com/pub/typo.htm a apparemment été retiré de leur site. (RETOUR)
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