LES SEIGNEURIES

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LE CHATEAU DE CREVECOEUR

   

ET LE BAILLAGE ROYAL DE SAINT MARTIN

  Le chateau de Crèvecoeur est situé à quelques centaines de mètres de St Martin,  sur la rive gauche de la Maronne. Château de Crèvecoeur   Crèvecoeur,  dont le nom apparaît pour la première fois en 1269,  dans une lettre d'Alphonse de Poitiers,  sous le nom de Castrum Crépicordis,  n'a point été un château seigneurial,  mais un château appartenant au domaine du Roi.

  Pour comprendre sa raison d'être,  son utilité,  il est bon de rappeler quelques notions historiques touchant l'Auvergne au Xllmème siècle.

   On sait que cette province fut confisquée,  en 1213,  par le roi Philippe-Auguste,  à son vassal rebelle Guy ll,  comte d'Auvergne,  et annexée au domaine de la couronne; puisque,  par testament du mois de Juin 1225,  le roi Louis Vlll donna en apanage le comté de Poitou et sa terre d'Auvergne à son quatrième fils Alphonse, connu dans l'histoire sous le nom d'Alphonse de Poitiers.

  Mais aprés la mort de ce prince sans enfant,  évènement survenu en1271,  la terre d'Auvergne dont il avait été apanagé fit retour à la couronne,  par suite de reversion. Philippe lll le Hardi en redevint donc le maître.

   Sur cette terre,  déjà depuis le commancement du siècle,  le roi avait établi plusieurs baillis pour la surveillance de ces possessions.

  La Haute Auvergne fut placée sous le contôle d'un seul fonctionnaire,  connu sous le nom de Bailli des Hautes Montagnes d'Auvergne.

  Le siège du baillage était fixé à Aurillac.  Il y était encore en 1274.  Mais à cette date,  l'Abbé d'Aurillac,  qui était seigneur de cette ville,  jaloux de la position du bailli dans ses terres,  intrigua et obtint que le siège du bailliage fut déplacé à St Martin.

  "En 1287,  le château de Crèvecoeur n'est pas encore debout; les assises du bailliage royal se tiennent dans une maison de St Martin Valmeroux louée à cet effet.

  En 1294 et 1295 les constructions sont assez avancées pour servir de prison aux malfaiteurs et de demeure aux sergents qui les gardent.

  De 1295 à 1299,  tout en poursuivant les travaux accessoires,  on enferma de nombreux malfaiteurs dans le château.  (Marcellin Boudet ouvrage sur Eustache de Beaumarchais) 

  Il résulte de ce qui précède qu'à partir du moment où l'Abbé d'Aurillac obtint le déplacement du siège du bailliage des Hautes Montagnes d'Auvergne,  ce siège fut établi à St Martin Valmeroux,  localité déjà importante pour l'époque - l'existence de son beau clocher roman est encore là pour l'attester.  Le bailli tenait ses audiences dans la salle d'une maison louée à cet effet.  Mais comme une des principales fonctions de l'homme d'épée qui occupait le siége de bailli consistait non seulement à rendre la justice,  mais aussi à assurer l'ordre et la sécurité dans ces régions montagneuses,  si dépourvues,  à cette époque,  tant de voies de communication que de police rurale et pourtant si exposées au brigandage,  il était de toute nécessité qu'à côté du lieu même où le bailli tenait ses assises,  il y eut un bâtiment aménagé ad hoc pour recevoir les malfaiteurs qui seraient condamnés par arrêt de justice à l'emprisonnement ou à la pendaison.

   C'est sans doute dans ce but que fut entreprise vers la fin du Xllléme siècle,  la construction du château de Crèvecoeur.

  Le bailli était chargé par le roi de purger les hautes montagnes d'Auvergne de tous les malfaiteurs qui les infestaient,  rançonnant les laboureurs,  pillant les troupeaux,  semant la terreur parmi les populations sans défense.

   Parmi les baillis qui se succédèrent dans le poste,  un des plus célèbres dont nous connaissons l'histoire,  est cet Eustache Beaumarchais dont Mr Marcellin Boudet nous a décrit les exploits dans un ouvrage plein d'une captivante érudition.

Ses successeurs Geoffroy de Montirel,  Pierre de Villemignon,  Jacques Le Moine,  Guillaume des Achilloux,  Etienne de Nerestaing continuèrent sa tâche.

Lorsque dans leur chevauchée à travers les montagnes ils avaient capturé quelques bandits,  c'est au château de crèvecoeur qu'ils les emprisonnaient,  en attendant de les juger à st martin.  Une condanation à mort était-elle prononcée contr l'un d'eux ? C'était sur un rocher prés de Crèvecoeur qu'elle était éxécutée par la voie de la pendaison. Les gens de St Martin connaissent encore,  prés de l'ancien château, le rocher qui porte le nom de "roc des pendus".

  De là aussi peut-être le nom de Crèvec&Oelig;ur donné à ce lieu,  dans lequel nombre de criminels vinrent trés douloureusement expier leurs fofaits,  soit dans la geôle,  soit sur le gibet.

  Trois fois par an,  à la Chandeleur,  à l'Ascension et à la Toussaint,  les baillis devaient rendre compte au trésor royal de leur gestion financière.  Voici à titre d'exemple les comptes rendus par le bailli Mr Jean de Trie au terme de la Toussaint 1293:

dessin de L.Jalenques

    - pour deux sergents qui gardent les voleurs à CrèvŒur : 8 deniers
    - travaux pour le château de Crèvecœur : 30 livres,  16 sous,  9 deniers
    - reçu par le bailli pour la vente du cuir d'un bŒuf mort au château 15 deniers
    - de même pour la vente d'un bœuf qui avait été acheté pour travailler à la construction du château,  qui a été vendu quand le dit château a été terminé : 60 sous.

  Parmi ceux qui y furent incarcérés d'abord,  pendus ensuite,  on peut citer : Bernard de St Mamet,  banni du roi,  Seguret de Maleyre,  Falconnet de Valle.

  Dans les comptes du bailli Jean de Brie,  au terme de l'ascension 1287,  on retrouve cette note : " dépense de la somme de 77 sols,  6 deniers pour réparation de la maison dans laquelle se tiennent les assises à St Martin."

   C'est à st Martin Valmeroux en effet que,  le mardi de chaque semaine,  se sont tenues les audiences du bailli des montagnes jusqu'à 1564,  date à laquelle le siège du bailliage fut transféré à St Martin,  à la suite d'une longue lutte (depuis 1504) entreprise par les habitants de cette ville,  pour obtenir chez eux la fixation de ce siège.

   EN 1516,  le capitaine gouverneur de Crèvecœur,  N de Rauquemaurel n'y fit que des réparations sommaires.  Cependant,  bien qu'en ruines,  Crèvecœur eut,  jusquà la fin de l' ancien régime un gouverneur nommé par le roi.  SI mince que fut le traitement,  il était accompagné du titre ronflant de capitaine gouverneur du château de Crèvecœur,  et à la nomination du roi,  le poste ne cessa d'être recherché jusqu'à la révolution,  par les membres de la haute noblesse du pays.

   Voici une liste des personnages qui remplirent cette fonction :

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