colloque





PédiaPsy

Ce site n'a qu'un but informatif. Pour toute question d'ordre médical, nous vous conseillons d'en parler à votre médecin : aucune réponse de cet ordre ne peut-être apportée sur Internet.

SOMMAIRE

Les états limites de l'enfance.

Les mécanismes de défense.

La pathologie et les
mécanismes de défense.

Les psychotropes chez l'enfant.

La schizophrénie.

Points forts de
T.Berry Brazelton.

Tout sur l'allaitement.

Quelques liens.

Femiweb.

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Journée de formation du 12 janvier 1998 :

Les états limites de l'enfance

Sous la direction du Professeur Roger Misès

Organisée par le Professeur Philippe Gutton et le Docteur Yves Rousselot

La journée a commencé par un cas clinique présenté par Myriam Boubli.
Il s'agit d'un petit garçon de 4 ans et demi, Thomas, adressé par une orthophoniste. Il vient accompagné de sa maman.
Ce petit garçon présente une intolérance à toute frustration, une énurésie, un reflux gastrique qui se révèle être un mérycisme.
Il joue toujours à aligner ses voitures. Sa maman raconte que 5 jours avant sa naissance par césarienne, sa propre mère décède euthanasiée sur les conseils de son père, dont elle découvre à ce moment qu'il menait une double vie.
Au cours des séances, Thomas montre son appréhension face aux bruits extérieurs, son besoin de s'auto-calmer par des gestes des mains stéréotypés : la thérapeute lui permet d'être moins affolé par les bruits en les filtrant (explications de ce que sont ces bruits) ("il est comme un bébé qui ne possède pas de pare-excitations") mais il reste toujours incapable d'accepter les frustrations. Les séances vont permettre à cet enfant l'élaboration d'un lien solide avec la thérapeute. Une séance où un jouet manque (jouets représentants des personnages : le jouet mamie a disparu) met l'enfant en colère "Je veux la mamie ! Je la veux tout de suite!" la thérapeute montre à l'enfant comment penser face à un problème qui nous dépasse, en effet devant le désarroi de l'enfant elle lui propose de représenter le jouet manquant par un dessin, lui donnant ainsi accès à la symbolisation. Cet incident va permettre d'aborder l'époque où Thomas était dans le ventre de sa maman et où celle-ci désirait tant la présence de sa propre mère. Lors de la dernière séance, (Thomas est alors agé de 6 ans et demi, il est scolarisé en C.P., il est bien intégré et est apprécié de ses camarades), l'enfant raconte ses vacances chez sa mamie paternelle : sa mamie s'est occupée de lui et de son grand frère alors que son propre mari était à l'hôpital (elle allait le voir régulièrement). "Tu vois malgré la maladie de ton papie, ta mamie a réussi à s'occuper de tout le monde". Thomas dessine alors un cadran de téléphone en représentant des cercles dans un grand cercle et le donne à sa thérapeute en lui expliquant qu'ainsi elle pourra toujours le joindre...

Le Professeur Misès intervient sur le cas présenté : ce cas est exemplaire de ce que la pathologie limite est avant tout une pathologie du lien, le lien existe mais il est défaillant. Il faut donc faire un travail de reconstruction (il y a eu, à un certain moment, entre l'enfant et sa mère une rupture du lien et il faut essayer de refaire ce lien ; de plus, très souvent, ce moment de rupture est oublié par la mère, ce qui demande aussi une reconstruction même de l'histoire de ces enfants). La différenciation "soi" ,"non-soi" (Donald, W. Winnicott) est en place, l'enfant sait que sa mère est une personne différente de lui (contrairement aux enfants psychotiques). La coïncidence mort-naissance est aussi assez caractéristique : la mère se trouve ici en plein désarroi, elle est dépressive du fait de la perte de sa mère et, en quelque sorte de son père aussi (connaissance de sa double vie); il lui est donc impossible d'investir ce bébé qui, ne correspondant pas du tout à ce qu'elle attendait, provoque une blessure narcissique. Pour ces enfants, l'étayage est capital. Ces enfants sont dans l'impossibilité de réparer leur mère mais essaieront toute leur vie de le faire, cet échec va entraîner une terrible dépréciation de soi.

Il insiste sur la difficulté d'entreprendre une cure avec ces enfants (contre-transfert négatif très fort et aucune continuité dans la cure). Il est donc très important pour un rétablissement de l'étayage d'utiliser une approche multidimensionnelle par la multidisciplinarité. Il ne faut surtout pas s'enfermer dans une relation duelle ! Ces enfants étant scolarisés, il est essentiel de prévenir les enseignants qui deviendront des partenaires actifs et qui seront reconnaissants de pouvoir comprendre et ne pas être seuls face à leurs contre-transferts négatifs. Les enfants arrivent en consultation souvent assez tard, car les motifs des premières consultations sont d'ordre scolaire : difficulté d'apprentissage de la lecture (assembler et désassembler des syllabes !) après l'entrée au C.P.. Ce ne sont pas les parents qui sont généralement demandeurs, ils sont envoyés par les orthophonistes ou par les pédiatres. Ces enfants vont présenter des troubles du sommeil, des problèmes d'alimentation (mérycisme), des manifestations organiques qui frappent par leur répétition, une dysharmonie du développement. Ils sont instables, hyperactifs ou au contraire ils ont une tendance au repli, au retrait (souffrance dépressive qui doit alerter le clinicien). Il peut y avoir des obsessions, des phénomènes de conversions et surtout des phobies (peur de la perte d'objet). Mais ces premiers symptômes sont souvent minimalisés, il y a un déni de la souffrance de l'enfant par les parents. Les enfants sont donc amenés assez tard. Mais chez l'enfant rien n'est fixé ! En ce qui concerne leur devenir: seulement 2 des enfants sur les 45 hospitalisés, sont restés en milieu hospitalier. Mais les sujets non traités ne peuvent vivre les remaniements consécutifs à l'adolescence : il y a affirmation et fixation des troubles.

Le Professeur Gutton parle alors de cette pathologie au moment de l'adolescence. Pour les enfants qui avaient des troubles ou pour ceux qui étaient sans signe de morbidité, l'adolescence est un traumatisme : "L'adolescence, pour les pathologies limites n'existe pas". On parle de la puberté. Le corps génital devient le mauvais objet à détruire. L'enfant est obligé de négocier avec ce corps sexué et il veut s'en débarrasser (boulimie, anorexie, automutilation, toxicomanie, tentatives de suicides...). L'enfant dira "Je suis vidé(e) par mon corps" il faut donc faire le vide de ce corps envahissant, vider sa pensée de ses activités fantasmatiques (morosité, absence d'idéaux, apragmatisme actif): le "soi blanc". La période de la puberté peut être révélatrice d'une pathologie limite de l'enfance : ainsi ses enfants bons élèves, très sages (répondant parfaitement à l'extrême adaptation demandé par l'entourage) "sans histoires" ("Il vaut toujours mieux avoir une histoire" dit le Professeur Misès), étaient en fait, quand on reprend leur histoire, très inquiétants pour leur entourage non familial. Ce sont des personnalités en "faux self" (Donald, W. Winnicott). Il va y avoir un remaniement psychique, objet d'un déni, et les projections vont converger sur le corps pubère. Les agir vont être constants et une approche multifocale est essentielle pour cette pathologie au moment de la puberté. Il faut en effet, pour qu'une prise en charge psychanalytique soit possible, que quelqu'un prenne en charge, en dehors de la cure, les excès corporels. La cure devient alors un lieu délimité des actes, la parole peut advenir ...