pathologie




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SOMMAIRE

Les états limites de l'enfance.

Les mécanismes de défense.

La pathologie et les
mécanismes de défense.

Les psychotropes chez l'enfant.

La schizophrénie.

Points forts de
T.Berry Brazelton.

Tout sur l'allaitement.

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La pathologie et les mécanismes de défense

Le but des mécanismes de défense demeure la réduction de la tension pulsionnelle et de l'angoisse qui en résulte.
Comment les mécanismes de défense deviennent-ils pathologiques ? Nous allons étudier cela au travers des mécanismes suivants :
le clivage (clivage du moi, clivage de l'objet), le déni, l'isolation, l'identification projective, et l'introjection.
 

Le clivage est un mécanisme très important, mécanisme constitutif de la personne en ce qu'il permet, présent dés les débuts de la vie psychique, "l'organisation des émotions, des sensations et des pensées ou encore des objets, condition préalable à tout processus d'intégration et de socialisation" .
S. Freud explique que c'est un processus par lequel le moi peut se scinder pour faire face à une réalité dangereuse . O. Manoni (1969) montre la fréquence d'une telle attitude dans l'expression "Je sais bien, mais quand même". Cette maîtrise de l'angoisse par "deux réactions simultanées et opposées, l'une cherchant la satisfaction, l'autre tenant compte de la réalité frustrante" peut échouée si ces deux réactions sont trop séparées. M. Klein (1946) explique que le sein de la mère, se cliverait pour l'enfant "en bon objet", source de gratification gardée à l'intérieur, et en "mauvais objet", source de frustration projeté au dehors. Elle appelle ce clivage, le clivage de l'objet. Lorsque d'après H. Rosenfeld (1950), la personne ne distingue plus les "bons", des "mauvais" objets, le clivage se renforce dans un but défensif. Le clivage de l'objet, vécu de façon transitoire chez le nouveau-né, devient par son ampleur un signe de schizophrénie.
Le déni (verlengnung) est avant tout pour Freud une méconnaissance de la réalité extérieure. Ce mécanisme est très présent chez les enfants pour tout ce qui concerne la sexualité (déni de l'absence de pénis chez la mère par peur de la castration) et chez leurs parents (déni des activités masturbatoires des enfants ainsi que de leurs curiosités sexuelles). De même, la plupart des gens font comme ci la mort n'existait pas. C'est "un refus de reconnaître la réalité d'une perception traumatisante mais aussi de tout autre élément rappelant au sujet sa vulnérabilité de manière inacceptable". Quand un déni de la réalité est associé à une production délirante on dit alors que le déni devient la forclusion (traduction par Lacan du terme verwerfung (rejet, forclusion) de Freud ). (Un litige est déclaré forclos quand il ne peut plus faire l'objet d'un procès et d'un jugement). La forclusion est donc une forme particulière du déni, c'est le mécanisme originaire de la psychose, comme ce qui vient du réel n'est pas vu du premier coup (du fait du déni) il ne peut être intégré et donc ne pourra pas être refoulé. Mais ce qui n'a pu être intégré revient sous forme d'hallucinations ou de délires. La pensée est évincée, Il n'y a plus de symbolisation possible. Le concept de forclusion d'après B. Penot (1989) désigne une "abolition symbolique, celle concernant le nom du père comme référant symbolique du sujet" où le "nom du père" représente l'accès à la loi du père et au symbolique, en effet la mère refuse à l'enfant l'existence de son père en tant que représentant de la loi.
L'isolation exerce son rôle d'après S. Freud (1926) dans le "processus normale de la concentration" , "Le moi a à effectuer normalement un grand travail d'isolation pour orienter le cours de sa pensée". D. Widlöcher (1972) lui aussi insiste sur le fait que "le mécanisme d'isolation est un mécanisme normal dont nous nous servons constamment, afin de nous protéger contre des connexions associatives trop fortes." Mais l'isolation, par la suppression de l'affect attaché à l'événement a pour conséquence que cet affect puisse resurgir d'une manière imprévisible. O. Fénichel (1953) le relève a propos du malade restant calme en parlant d'un événement émouvant mais montrant une émotion incompréhensible à un autre moment de son récit, sans avoir conscience que l'émotion a été déplacée . Ce qui reste le plus marquant est ceci : S. Fraiberg (1983) ont étudié plusieurs cas de parents qui ont été des enfants battus. Ils remarquent que tous ses parents maltraités dans leur enfance ne deviennent pas tous des parents maltraitants. Ces parents disent :"Je me souviens comme j'ai pleuré, comme j'avais peur ...Je ne veux pas que mon enfant traverse ce que j'ai traversé." Chez ces parents, la douleur et la souffrance n'ont pas été complètement refoulées. Et ce souvenir les met à l'abri d'une répétition de leur passé. Ce sont les parents qui ne se souviennent pas de leurs affects qui sont incapables de "protéger leurs enfants contre la répétition de leur propre passé conflictuel" et qui associent à l'isolation le mécanisme d'identification à l'agresseur.
L'identification projective est le mécanisme au service de la communication (par exemple se serrer la main ou s'embrasser quand on ne se connaît pas). D. Meltzer (1984) rapporte cette scène entre un professeur de mathématiques et un élève à qui il tente de faire comprendre le principe de la série numérique, en écrivant au tableau une série de nombres mathématiques. L'élève, qui déclare à plusieurs reprises "Je ne saisis pas", semble en effet ne pas comprendre où le professeur veut en venir quand il écrit les trois premiers nombres, puis le quatrième nombre de la série. Lorsque soudain l'élève s'exclame: "Ah! Maintenant je peux continuer", il a enfin "saisi" le principe que le professeur cherchait à lui inculquer. L'élève va maintenant pouvoir continuer seul car il s'est approprié un objet qui peut accomplir en lui cette fonction : un "objet pensant". On peut faire une analogie entre la fonction pédagogique et la fonction thérapeutique. En effet cette dernière cherche à procurer au patient qui demande de l'aide, la capacité de se soigner lui-même. Ce mécanisme d'appropriation de l'objet se révèle dangereux quand il est utilisé de manière exclusive. M. Klein décrit celui-ci comme un fantasme de projection de l'enfant à l'intérieur du corps maternel pour le maîtriser, le posséder et éventuellement le détruire en voulant contrôler les mauvais objets qui s'y trouvent eux-mêmes projetés (pénis du père, excréments, autres enfants) . Pour J. Bergeret , "le rôle de la réponse maternelle serait essentiel : si sa propre capacité de rêverie lui permet d'accepter de tels fantasmes, il en résultera secondairement un besoin naturel chez l'enfant de réparation et de tendresse. Si la mère au contraire interdit ces fantasmes, on assiste à une réintrojection, chez l'enfant, d'un sein menaçant et d'un vagin cloacal avide. Le moi , au lieu de gagner en expériences d'échanges positifs, ira en s'appauvrissant vers les phénomènes de claustrophobie (peur d'être enfermé dans la mère), de dépersonnalisation (peur de perdre l'objet maternel), ou même de morcellement (psychose)" . F. Béguoin-Guignard (1991) explique que dans la psychose, le sujet va rejeter sur le personnel soignant toute l'agressivité qu'il possède et risque de la recevoir en retour. Il peut aussi projeter toutes les bonnes parties de lui-même sur le médecin, afin de les mettre à l'abri . Quand la relation médicale est interrompue après la guérison, les bonnes parties restent, pour le patient, toujours avec le médecin, et de ce fait il risque d'y avoir une rechute; le malade ne pouvant pas fonctionner sans son médecin, comme dans l'exemple rapporté par J. Gamill (1992), de ce jeune patient, étudiant en médecine, faisant une décompensation psychotique de nature mélancolique à l'âge de 21 ans. La mère du patient se révèle être une femme anxieuse qui "materne" son fils en intervenant même dans sa vie amoureuse. Au bout de six mois de traitement , le jeune se sent mieux et décide d'arrêter sa thérapie. Il termine ses études de médecine et obtient un poste en chirurgie. Mais après avoir appris que son thérapeute doit partir en France, le patient fait une rechute avec des manifestations dépressives intenses au moment où il doit prescrire des médicaments. Il demande donc à revoir son thérapeute et il lui dit : "Auparavant, j'avais un excellent jugement clinique, presque infaillible; maintenant, j'ai perdu votre jugement."
L'introjection est une défense contre les excitations, c'est un mécanisme lié à la projection puisque les stimuli qui viennent de l'extérieur sont d'abord "introjectés" (c'est à dire qu'ils sont adoptés par le moi; il les fait sien) puis après un test positif sur leur nocivité il les expulse (projection), il les garde évidemment dans le cas contraire. Ce mécanisme est très important car il "protège le moi contre le premier "traumatisme" qu'est le besoin de l'objet, puis contre la dépendance et vise à restaurer son équilibre interne, puis son autonomie." (par exemple le jeu de la bobine, le "fort-da" du petit fils de Freud qui permet à l'enfant de vivre le départ de sa mère sans manifestation d'angoisse.) Il joue un rôle "fondamental dans la délimitation dedans/dehors et dans la constitution du Moi". (J. D. Guelfi 1997) La pathologie provient de l'absence ou de l'excès de ce mécanisme. Pour P. Heimann (1980) un enfant qui aurait recours à l'introjection sans discrimination restera "une coquille pleine de rôles et d'imitation" , sans être à même de construire sa personnalité , personnalité en "faux-self" décrite par Winnicott. La carence du "holding" maternel va faire rechercher une compensation pour supprimer l'angoisse. C'est ainsi que peuvent se comprendre l'anorexie, la boulimie et toutes les conduites addictives, par un besoin de combler ce vide béant, l'incorporation remplace alors l'introjection manquée. L'introjection permet donc la séparation et si ce processus ne se fait pas, la perte d'objet est alors insupportable. C'est le cas dans la mélancolie où la douleur trop forte de la perte d'un être cher, entraîne une incorporation magique du disparu, là où l'introjection aurait enclenché un travail de deuil, et donc de séparation. Abraham et Torok le résument par "deuil ou mélancolie" .
 
L'étude de ces mécanismes illustre bien ce que pense Bergeret à savoir qu' "un sujet n'est jamais malade parce qu'il a des défenses mais parce que les défenses qu'il utilise habituellement s'avèrent comme soit inefficaces, soit trop rigides, soit mal adaptées aux réalités internes et externes, soit trop exclusivement d'un même type et que le fonctionnement mental se voit ainsi entravé dans sa souplesse, son harmonie, son adaptation." Tous les mécanismes de défense présentés au cours de cet exposé sont liés au clivage. L'introjection et l'identification projective sont liés au clivage de l'objet, le déni au clivage du moi, l'isolation au clivage entre l'affect et la représentation.
 
Bibliographie :
Ionescu S., Jacquet M.M. et Lhote C. (1997), Les mécanismes de défense théorie et clinique, Paris, Nathan.
Bergeret J. (1996), Psychologie pathologique, Paris, Masson.
Guelfi J.D. (1987), Psychiatrie, Paris, P.U.F..