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SOMMAIRE
Les états limites de l'enfance.
Les mécanismes de défense.
La pathologie et les
mécanismes de défense.
La schizophrénie.
Points forts de T.Berry Brazelton.
Tout sur l'allaitement.
Quelques liens.
Femiweb.
Webmaster :
emmanuelle.dupasmahe@lapsote.net
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Ne bourrez pas les enfants de psychotropes !
Article paru dans Le Monde du samedi 27 mai 2000 de Claude Bursztejn (professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent
à l'université Louis-Pasteur de Strasbourg), Jean-Claude Chanseau (pédopsychiatre et président de la Société française de psychiatrie
de l'enfant et de l'adolescent), Claudine Geissmann-Chambon (pédopsychiatre-psychanalyste et présidente de la Fédération française
de psychothérapie psychanalytique de l'enfant et de l'adolescent), Bernard Golse (professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent
à l'université René-Descartes-Paris-V, Didier Houzel (professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'université de Caen).
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....(suite à un article de Sylvie Kauffman sur la prescription
de Ritaline (produit de type amphétaminique) à des enfants de plus en plus jeunes, prescription motivée par ce que la classification américaine
(DSM IV) appelle un "trouble déficitaire de l'attention".
Ces pratiques de la médecine nord-américaine semble susciter (enfin!) des inquiétudes et des interrogations aux
États-Unis même. Initialement indiquée dans un très petit nombre de cas, cette prescription a vu son champ s'élargir de manière extensive,
inconsidérée et irresponsable depuis quelques années, amenant aujourd'hui à une situation intolérable sur le plan de la responsabilité
des familles, manipulées par des pressions de toutes sortes. Aux États-Unis, certains enfants ne seraient admis en classe
qu'à condition d'avoir absorbé leur Ritaline quotidienne.
Une récente enquête américaine sur la prescription des psychotropes aux enfants donne la mesure de cette dérive.
Elle révèle que le nombre de ces prescriptions a triplé entre 1991 et 1995 : dans l'un des États du Midwest étudiés,
plus d'un écolier sur quinze dans la tranche d'âge cinq-neuf ans reçoit de la Ritaline, chiffre déjà considérable
et auquel il faut ajouter ceux qui sont traités par d'autres psychotropes, et notamment par des antidépresseurs. De plus,
cette enquête révèle que ces produits sont déjà prescrits à près de 1% des enfants de deux et quatre ans.
Fort heureusement, nous n'en sommes pas là en France (encore qu'une enquête ait montré que 12% des enfants de six ans avaient déjà
reçu un traitement psychotrope). Mais l'influence du modèle médical américain s'étend et, malgré des contraintes réglementaires
assez strictes, les prescriptions de Ritaline et plus encore d'autres psychotropes sont en augmentation dans notre pays.
Ces prescriptions seraient d'ailleurs souvent le fait de pédiatres ou des médecins généralistes (mais des données
précises nous manquent encore à ce sujet).
Il nous arrive aussi de plus en plus souvent de recevoir des parents perplexes munis d'une copie du dernier
article de magazine sur le "trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité" que leur a donné l'institutrice avec le conseil
de faire traiter au plus vite leur enfant inattentif et turbulent par de tels médicaments.
De nombreux pédopsychiatres français considèrent qu'il est urgent d'attirer l'attention
sur cette question dont les enjeux sont multiples et graves, et notamment sur le plan éthique. Il est indéniable
que la découverte des psychotropes a révolutionné la pratique de la psychiatrie de l'adulte en permettant
le contact avec des patients jusque-là inaccessibles. Mais il faut reconnaître que ces succès de la psychopharmacologie
ont eu pour contrepartie le tendance croissante à délaisser l'approche psychopathologique au profit d'une réponse univoque,
purement médicamenteuse, privant les patients d'une réflexion thérapeutique sur le signification et le sens profond
de leur mal-être.
Dans cette évolution plus que fâcheuse et dont les effets sont perceptibles un peu partout dans le monde, le poids
des intérêts de l'industrie pharmaceutique joue un rôle majeur. Les informations qu'elle diffuse par différents canaux (ses
propres réseaux de délégués, la publicité et les documents qu'elle distribue aux médecins, les réunions de formation continue qu'elle
contribue à animer, les symposiums qu'elle organise dans le cadre des congrès nationaux et internationaux qui ne pourraient continuer
à se tenir sans elle) viennent, avec la participation d'un certain nombre de psychiatres, renforcer une vision qui réduit le
fonctionnement psychique et ses troubles aux seules perturbations de neurones et de molécules chimiques.
Ces représentations réductrices s'adaptent parfaitement aux descriptions et à la terminologie des classifications américaines,
des troubles mentaux (les fameux DSM III et IV) dont celle de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'est largement inspirée.
Ces classifications tendent à appliquer fallacieusement aux enfants et aux adultes les mêmes conceptions de la pathologie, en
particulier dans le cas de la dépression. Il n'est pas anodin de constater que l'administration tend de plus en plus à imposer
l'usage de ses classifications dans notre pays.
Cette conception simplificatrice au champ de la psychiatrie et de la santé mentale, rabattue sur un modèle exclusivement
médical, prenant peu en compte les facteurs intrapsychiques de même que les aspects sociologiques ou culturels, tend à s'imposer
dans l'enseignements des futurs médecins où la part réservée à la psychiatrie, à la psychologie et à la psychopathologie
demeure anormalement réduite (surtout si on tient compte de leur importance dans la pratique médicale de terrain).
Comme le montre l'évolution aux États-Unis, ces mêmes facteurs risquent d'avoir des effets identiques dans le champ de
la psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, jusqu'ici relativement épargnée dans notre pays.
La pédopsychiatrie française bénéficie d'une riche tradition de recherche psychopathologique. Ce courant de pensée est
pourtant considéré comme archaïque par les tenants d'une neurobiologie triomphante, complaisamment relayés par certains médias
qui, pour faire du scoop et du spectacle, présentent comme le dernier cri de la modernité les "découvertes" ou pseudo-découvertes
aux noms pittoresques (TOC pour troubles obsessivo-compulsifs, syndrome de Gilles de la Tourette...)de la psychiatrie nord-américaine.
La Ritaline retient actuellement l'attention mais on voit déjà se mettre à l'oeuvre des stratégies d'influence
pour soutenir la prescription de plus en plus large et de plus en plus précoce d'antidépresseurs et de neuroleptiques alors
même que l'efficacité (manifestement différente de ce que l'on observe à l'âge adulte) et l'innocuité de ces produits
sur un système en cours de développement ne sont pas suffisamment établies.
Le "principe de précaution" auquel il est souvent fait appel dans divers domaine de la sécurité alimentaire
ou sanitaire ne devrait-il pas s'appliquer ici en priorité?
Rappelons aussi que la question du risque ultérieur de toxicomanie reste un sujet de débat. On ne peut manquer en tout cas de
s'interroger sur les rapports possibles dans les représentations collectives et les pratiques de notre société, entre le recours
de plus en plus fréquent et précoce aux psychotropes légaux et l'utilisation ultérieure de modificateurs chimiques du comportement
et des perceptions.
A partir de ces constatations alarmantes, nous souhaitons affirmer les positions suivantes, assurés d'exprimer ici
les idées de la majorité des psychiatres d'enfants et d'adolescents de notre pays :
- les enfants méritent mieux qu'une approche seulement médicamenteuse de leur troubles et de leurs difficultés psychiques;
- une évolution dans ce sens de la pratique pédopsychiatrique ne saurait constituer en soi un critère de modernité.
Le réductionnisme opératoire ne peut en rien être comptabilisé comme un progrès de la pensée, ni de la qualité des soins offerts aux patients
et nous inscrivons en faux contre l'idée que toute référence à la complexité de l'être humain et de sa souffrance
serait à mettre au rang des accessoires démodés;
- les développements de la psychiatrie du bébé et de la psychiatrie périnatale nous incitent à une particulière
vigilance quant à l'utilisation des chimiothérapies à ces âges;
- les enfants et leurs familles ont droit à une approche pluridimensionnelle des troubles psychopathologiques
et psychiatriques. La prescription de psychotropes peut y trouver sa place, mais une place non exclusive, prudente, modérée
et qui soit clairement inscrite au sein d'un projet thérapeutique globale et cohérent. Faute de quoi, c'est la population
entière qui se verra spoliée des multiples acquis en matière de troubles mentaux de l'enfance et de l'adolescence, acquis
issus des approches phénoménologiques, psychanalytiques, sociologiques, transculturelles...
Le caractère quelque peu abrupt de ces lignes se trouve justifié, à nos yeux, par les dangers qui s'accumulent aujourd'hui
quant à l'avenir de la pédopsychiatrie, c'est-à-dire quant à l'avenir de la croissance psychique des enfants auxquels
nous devons assistance et soin dans le respect de leur dignité.
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