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Faites profiter à toutes vos connaissances et à votre carnet d'adresses de cet évenement : diffusions et impressions totalement illimitées et 100% légales !!!
(
En effet cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons
)
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1 -
Le 11 septembre : déclencheur fondamental du contrôle des citoyens........................... 6
1-1-1
Une infrastructure de traces.............................................................................................................................. 8
1-1-2 La convergence, absente de tout débat
citoyen :........................................................................................ 11
3-2 Les avancées inquiétantes
de la biométrie et le faux problème de l’identifiant unique 45
3.3 La
signature électronique et la traçabilité parfaite : la fin du
« hasard »..... 47
4-1 L’égo-démocratie :
le pouvoir en apparence laissé aux citoyens ou l’hyper individualisme 80
« Que l’on croit au ciel ou que l’on n’y croit
pas, il faut défendre « la foule immense où l’homme est un
ami. » »
Paul Eluard, repris par Odon Vallet
« Derrière Winston, la voix du télécran
continuait à débiter des renseignements sur la fonte et le dépassement des
prévisions pour le neuvième plan triennal. Le télécran recevait et transmettait
simultanément. Il captait tous les sons émis par Winston au dessus d’un
chuchotement très bas. De plus, tant que Winston demeurait dans le champs de
vision de la plaque de métal, il pouvait être vu aussi bien qu’entendu.
Naturellement il n’y avait pas de moyens de savoir si, à un moment donné, on
était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan,
Georges
Orwell, 1984
L’ambition
de cet ouvrage est de faire naître chez le lecteur une certaine prise de
conscience du versant bien souvent méconnu des nouvelles technologies et
d’Internet. Les arguments et les exemples développés iront pratiquement tous
dans la même direction, celle d’un risque à terme d’une surveillance
généralisée et omniprésente. Ce parti pris nous a semblé des plus naturels en
ce sens que les médias nous confortent à longueur de journée dans la pensée
unique d’un Internet totalement libre. Ce qui était vrai à une certaine époque,
deviendra, si nous n’y prenons garde, l’antithèse des ambitions des pionniers
du réseau. Se voulant anticipatif, au risque de faire certaines erreurs de
pronostic, ce livre voudrait « réveiller » à temps ceux d’entre vous
qui croient encore en la valeur des « libertés
individuelles » afin que vous puissez agir sereinement, mais aussi
rapidement, en permettant, chacun à son échelle et suivant ces capacités, de
poser des actes et d’éviter de faire de notre monde une prison où l’esclavage numérique deviendrait la norme.
Internet est un magnifique outil. C’est peut être la seule fois où, au fil des
pages, bien que convaincu, nous l’écrirons. Libre aux hommes, et donc à vous,
de n’en tirer que le meilleur.
« L’image,
la toute puissante image, avait définitivement triomphé du mot dans la
communication de l’information, et elle ouvrait aux désinformateurs des
perspectives nouvelles et apparemment illimitées »
Vladimir Volkoff, Petite histoire de
la désinformation
C’est
la stupeur. Personne n’y croit sur l’instant. Trop irréel, trop gigantesque. Et
pourtant, sur tous les écrans de la planète, c’est la même histoire qui
s’écrit : les 2 tours jumelles du World Trade Center, symbole de la toute
puissance américaine, s’écroulent devant tous les yeux terrifiés. Le bilan est
lourd : on dénombre officiellement 2749 victimes. L’attentat est
revendiqué Al-Quaïda. La guerre au terrorisme international est alors très vite
lancée. Il n’y a pas d’autres réflexions à avoir, il faut éradiquer la
« vermine ». Georges W Bush dans une rhétorique macabre
déclarera « si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous ». Un quasi-consensus mondial émerge et tous les
moyens pour lutter contre le terrorisme seront bons, et les Etats-Unis, touchés
en plein cœur, deviendront vite le leader dans cette course poursuite effrénée.
S’il
était très difficile dans les premiers temps, au vu des événements, d’être
contre le fait d’utiliser absolument tous les moyens nécessaires pour qu’une
telle catastrophe ne se reproduise, on peut aujourd’hui, avec le recul, être
plus critique quant aux politiques menées depuis ce jour dans nos démocraties
occidentales.
L’Amérique
imposera très vite, par mesure de protection, un contrôle drastique à ses
frontières. L’administration Bush commencera à réclamer des informations (noms,
numéros de carte de crédit, numéros de téléphone…) contenues dans les passenger
name records (PNR), les fichiers de réservations des compagnies aériennes, et
ce bien sur, officiellement, pour permettre d’identifier d’éventuels
terroristes avant leur intrusion sur le continent américain.
Les
attentats de Madrid et de Londres, n’ont fait que persuader l’opinion publique
que la seul voie possible était désormais d’attendre sagement que les services
de sécurité, au niveau local et international, mettent tout en œuvre pour
combattre « tous ces ennemis extérieurs ». Et qu’on leur donne tous
les moyens nécessaires, peu importe lesquels.
Retenons
cependant ces chiffres : le 11
septembre à causé moins de 3000 victimes, et James T. Morris, directeur du
Programme alimentaire mondial (PAM) à l’ONU annonçait en Janvier 2005 que tous les jours, ce sont 18 000 enfants
qui meurent de la faim, soit un enfant toutes les 5 secondes[1] ! Ceci « s’ajoute aux 850
millions de personnes qui, déjà, souffrent de la faim dans le monde. Au niveau
global, la malnutrition est sans conteste le problème le plus meurtrier…En
2005, nous allons dépenser de 700 à 800 millions de dollars pour aider à
nourrir les populations au Soudan ». Dans le même ordre d’idée de ce
funeste et morbide décompte, Gérard
Chaliand, directeur du centre d’étude des conflits, a évalué à moins de 10.000 le nombre de décès dus au
terrorisme international depuis la fin des années 1960.
Ces
chiffres sont peut être incomparables, les morts provenant d’une part
d’idéologies fanatiques et les seconds d’un « gâteau » mondial bien
mal réparti. Pourtant, le gigantesque arsenal déployé au niveau international
contre ces intégristes, avec les budgets colossaux que l’ont connaît (rien que
les Etats-Unis consacrerait chaque année au renseignement 30 à 50 milliards de
Dollars[2] !),
mais surtout avec la panoplie de mesures juridiques et sécuritaires, parait
tout à fait disproportionné dans une lutte contre quelques groupuscules
terroristes. Imaginons simplement les bienfaits et les vies sauvées que l’on
envisager pour l’Afrique, si l’on employait les budgets pharaoniques des
agences de renseignement à ce continent qui se meure loin de nos yeux
d’occidentaux. Et pourtant apparemment nos gouvernements ont déjà fait ces
choix.
Alain
Weber, avocat et responsable de la commission Informatique et libertés de
Mais
l’argument terroriste, bien que majeur et savamment orchestré par les grands
médias pour établir une véritable psychose populaire n’est plus maintenant le
seul à cette justification de mesures liberticides. La fraude, qui est la cause
de pertes importante au niveau économiques et de tensions au niveau social
(immigration non désiré…) est en passe de renforcer l’argumentaire. Selon un
appel commun de plusieurs syndicats et associations Françaises[6] en
mai 2005, « le caractère à bien des égards incantatoire, voire purement
fallacieux, des arguments avancés pour justifier le recours à ces nouvelles
technologies, vient conforter l’impression qui se dégage du caractère purement
formel du débat initié. » Plus précisément,
en parlant du phénomène des fraudes, « le ministère de l’intérieur, de son
propre aveu, ne parait pas en état d’en évaluer précisément l’ampleur, qui
reste à établir par des études objectives. Sans avoir démontré la réalité
du problème, il propose de recourir à une solution coûteuse à la fois
financièrement et en terme de libertés publiques. »
La
thèse de ce livre est donc la suivante : les attentats (relayés ensuite
par des arguments de lutte contre toute forme de fraude, d’insécurité,
d’agressions…), combien affreux ont-ils été, avec leur lot de souffrances tant
pour ceux qui sont partis que pour ceux qui restent, pourraient être le
prétexte idéal aux puissants de ce monde pour justifier le recours à des
politiques ultra sécuritaires pour contrôler l’ensemble de la population.
Invraisemblable ? A vous de juger.
« La
vraie trahison, c’est de suivre le monde comme il va et d’employer l’esprit à
la justifier »
Jean
Gehenno
Précision nécessaire, au cours de cet
ouvrage, c’est de l’Internet au sens large dont il est question, c'est-à-dire
de tous les échanges qui passent par les « tuyaux » du réseau des réseaux (web, irc, téléphonie
(VoiP), télévision via Adsl…). D’autres, comme nous y reviendrons plus tard,
appelle cela « la convergence ».
L’Internet,
prenons le cas Français qui sera plus parlant, a, dès ses prémices, mis
l’accent dans sa communication sur toujours plus de liberté et de transparence pour l’utilisateur. Les
FAI (fournisseurs d’accès à Internet) ne s’y sont pas trompés. Toute leur
politique marketing est axée là-dessus. « Free » est l’exemple
typique de cette tendance à laisser penser qu’Internet est par-dessus tout le
royaume de la liberté. L’opérateur Alice y va aussi de sa formule :
« Avec Alice, tout est clair ».
Un véritable esthétisme des TIC (Technologies de l’Information et de
Et
pourtant…
« Un
homme avertit en vaut deux »
Sagesse
populaire
Sans
rentrer dans un débat technique qui n’est pas notre propos ici, un
éclaircissement succinct de la manière dont fonctionne le réseau semble
nécessaire.
En
effet sur Internet, chaque machine (ordinateurs, serveurs, et de plus en plus
d’appareils communicants) est identifié par un numéro appelé adresse IP
(Internet Protocole) du type 192.32.23.45 par exemple. Chaque fois qu’un
internaute se connecte à un site web, ce dernier récupère dans
ses « logs » (sorte de journal récapitulatif des connexions qui
prend la forme d’un petit fichier « texte ») l’adresse IP de
l’ordinateur de l’internaute en question, l’heure à laquelle il s’est connecté
et déconnecté du site (et donc la durée de connexion au site), et tout un tas
d’autres informations plus ou moins négligeables (version du navigateur
Internet, résolution, …). Il faut voir que ce dont il est question ici dans les « logs » est l’information
« minimale » que récupère tout site web sur les internautes. Or
il peut faire beaucoup plus. Ce qui s’appelle sympathiquement les « cookies » (on retrouve ici bien le
paradoxe du monde Internet où en
apparence, tout est sympathique),
permet par exemple à un site web (marchand le plus souvent) de
« tracer » les habitudes de l’internaute et d’en savoir plus sur son
comportement en ligne lorsqu’il visite le site en question. Logs et cookies ont
pratiquement toujours existé sur le web et sont le signe que tout internaute quel qu’il soit laisse des
traces de son passage sur la toile[7].
C’est dans la structure même d’Internet
de reconnaître un ordinateur par un identifiant (adresse IP) pour qu’il
soit accepté par le réseau.
|
Les « Cookies »
sont de petits fichiers au format texte qui sont enregistrés à la visite d’un
site web (le plus souvent marchand) sur le disque dur de l’ordinateur de
l’internaute. Ils sont utilisés très fréquemment par les gens du marketing
pour avoir un maximum de renseignements sur les comportements du consommateur
potentiel. Avec des cookies bien paramétrés on peut connaître les sites les
plus visités, les habitudes de navigation…etc., et ce totalement légalement
et sans avoir à passer par les fournisseurs d’accès. Néanmoins les cookies
restent assez inoffensifs comparé à la puissance aujourd’hui des spywares et
autres adwares (nous les aborderons plus tard) beaucoup plus intrusifs. |
Or
jusqu’à maintenant pour reconnaître, par exemple, un ordinateur d’un particulier,
son fournisseur d’accès (type Wanadoo) lui allouait
pour le temps de sa connexion une adresse (adresse IP) pour que cet
ordinateur puisse communiquer, c’est à dire émettre et recevoir des
informations avec le reste de la toile Internet. On parlait alors à ce moment
là d’adressage « dynamique ».
En effet le protocole IP dans sa version
4, ne disposant pas d’un nombre suffisant d’adresses pour attribuer à
chaque machine de la planète un numéro spécifique, recourait à ce stratagème
pour contenter les Internautes. Ainsi à
chaque connexion, l’utilisateur disposait techniquement d’une adresse IP à
chaque fois différente pour surfer sur la toile, ce qui lui garantissait au
passage un certain anonymat.
Nous sommes actuellement dans la période
de transition, largement sous médiatisée et pourtant ô combien importante pour
l’Internet de demain, faisant cohabiter
les deux versions (IPv4 et IPv6) en
parallèle et permettant une montée en charge des connexions et des débits.
Cette palette ouvre certes de nouveaux horizons en
termes de modèles métier : fort de ces nouveautés, l'ensemble des terminaux
existants (électroménager, portable, PC, appareil photo etc.) pourraient se
voir allouer des adresses IP fixes, auto configurables lors de leur mise en
ligne permettant d'exécuter à distance des services "temps réel" et
sur mesure (comme des traitements autour de la traçabilité des appareils par
exemple). Par ailleurs, d'autres types d'équipements se voient attribuer des
adresses IP, comme les consoles Sony PS2 qui sont dotées d'un équivalent de
Windows avec d'ores et déjà la possibilité d'activer IPv6 et de pouvoir gérer
l'interconnexion des jeux. Dès le départ,
En
fait, comme le souligne un consultant présent aux rencontres d’Autrans 2006 «l’internet sera tellement dilué dans notre
quotidien que nous ne le verrons plus », le réseau devenant
omniprésent dans la vie quotidienne, de la maison à l’entreprise, en passant
par l’école, le médecins, les transports en commun ou les magasins. Des
exemples sont déjà apparus dans ce sens avec la dissimulation des antennes
relais de téléphones portables dans des arbres factices, créés pour l’occasion.
Même programme avec les lampadaires (il en existe plus de 55.000 à Paris) qui
vont héberger, sans que l’on puisse les voir, des bornes WiMax qui à terme
permettront des communications haut débit avec tous les appareils nomades. Le
concept pourra aussi s'avérer très performant dans les zones rurales.
"Sous un seul lampadaire/WiMax, on peut faire surfer 300 personnes en même
temps", calcule Jean-Paul Rivière, président d'Altitude Telecom et
pionnier du Wimax. Et tout cela au nom de la lutte contre la pollution
visuelle. Du coup, Internet devient invisible.
Mais
ne nous y trompons pas : l’infrastructure
de traces du réseau est bien plus présente que jamais. Certains
spécialistes, toujours à Autrans reconnaissent que la plus grande
« réussite » de l’Internet, c’est qu’il va disparaître dans le temps.
« Quand une technologie est mature, elle devient transparente. Par ces
mots, il ne faut pas comprendre la disparition d’Internet dans le sens de sa
destruction, mais comme un élément
omniprésent qui va se fondre dans le décor et qui sera au centre de notre vie. »
Précisons à ce moment là de l’exposé qu’Internet recèle donc la possibilité, dans son
infrastructure même et depuis sa conception, de tracer n’importe qui ou
n’importe quoi, et ceci d’une manière d’autant plus paradoxale que cette
traçabilité est quasi invisible aux yeux de l’utilisateur. Et ceci de plus en
plus étroitement avec la montée en puissance du protocole IPv6 qui pourra
suivre de près tout « l’appareillage nomade » de l’homme moderne.
Possibilité qui ne deviendra un jour paranoïa que si
tout le monde (Etat, administration, services de renseignement, secteur privé
et particuliers) décident de se mêler de la vie privée de tout le monde, comme
peut le faire penser par exemple la tendance qu’annonce déjà les émissions de
télé-réalité. Nous n’en sommes heureusement pas là. Le choix est encore devant
nous. Nous ne sommes pas obligés de passer par ce « tout »
sécuritaire pour évoluer.
« The Show must go
on »
Queen
Ce
qui vient d’être exposé dans le chapitre précédent est un sujet sur lequel les
citoyens que nous sommes n’ont jamais eu à s’exprimer car on nous l’a toujours
présenté comme un débat uniquement technique, une discussion d’ingénieurs en
quelque sorte. Or c’est bien tout le contraire, puisque nos libertés
fondamentales y sont ici en jeu. L’engouement pour Internet ne doit pas faire
oublier que, préalablement, il est nécessaire de le penser, de réfléchir à une
éthique, afin qu’il ne devienne pas un outil de contrôle de l’individu.
Pourtant on se retrouve dans un débat de techniciens qui ont simplement peur
d’une pénurie d’adresses. Selon eux, la solution vient, on l’a vu, avec IPv6 en
attribuant à chaque citoyen de la planète une ou même plusieurs adresse IP
distinctes. Or c’est bien de la que pourrait venir le danger. On se retrouverait
alors dans un scénario Orwellien ou chaque citoyen, grâce à un identifiant
unique (aujourd’hui avec l’IP, demain par la biométrie) serait fiché, tenu en laisse par sa vie
privée. Dans le même ordre d’idée, au rythme où vont les volontés d’économies de
nos gouvernements, les informations personnelles concernant chaque individu,
jusqu’alors disséminé dans de multiples bases de données (Sécurité Sociale,
Trésor Public…), pourraient, par exemple, se retrouver un jour centralisées.
En
effet, et Jean Marie Messier en avait bien parlé à l’époque lorsqu’il était
sous le feu des projecteurs avec Vivendi : on assiste aujourd’hui à une « convergence » des
réseaux. Toutes les communications sont
en passe de circuler via le réseau Internet et l’IP: les conversations
(VoiP, Voix sur Wi-Fi…), le web, les images, la musique, la télé…Cela est bien
sur très excitant. Pour une somme très modique, chacun peut avoir accès
aujourd’hui à la communication avec un grand C (communication téléphonique
illimité, Internet haut débit, bouquet satellite…). Simple supposition, ce
pourrait être via ces différentes « box »
(livebox chez France Telecom, Freebox chez Free…etc), dont on ne connaît pas
exactement le contenu, qu’un début de surveillance pourrait être susceptible
d’éclore[10].
Ne préfigureraient elles pas au premier avatar technologique de ce qu’on
pourrait appeler (il faudra trouver un nom à cela) une « centrale de
renseignement » personnel, ou une « police de la pensée » chère
à Orwell. En effet, qu’est ce qui empêcherait dès lors un gouvernement
(totalitaire ou très curieux ?) de tout connaître de ces citoyens, et ce
jusqu’au fin fond de leur vie privée.
Effectivement,
contrairement à la télévision qui est une technologie que l’on nomme
« push » (l’information est comme « poussée » vers vous), Internet et son protocole IP, en sens
inverse permet que vous deveniez « émetteur » d’information :
c’est vous aussi qui envoyez de l’information au réseau. Vous n’êtes plus
uniquement récepteur. Tout le danger est bien là. Si l’on ne s’en tient qu’aux
différentes « box », elles renseigneraient par exemple sur les goûts
de tel individu en observant ses programmes TV préférés, ses sites Internet
favoris, ses conversations gratuites au téléphone…Mais tout cela n’est en fait
qu’un début : des sociétés comme Cisco (nous le verrons en détail dans le
chapitre sur « La maison de demain ») ont prévu qu’à très court
terme, la « domotique » allait rentrer dans chaque foyer, composé de
multiples appareils « intelligents » et tous reliés aux réseaux Internet.
Pour prendre un exemple, le frigo, relié au réseau local de la maison (lui même
relié au réseau Internet) pourra avertir ses habitants qu’il faudrait acheter
du jus d’orange et une molette de beurre, et qu’avec leur accord, il peut les
commander et les faire livrer au domicile en moins de 4 heures grâce à un site
Internet de commerce électronique. Ce qu’on prenait encore comme de lointaines
anticipations il y a une dizaine d’années est à nos portes aujourd’hui.
Le
délire est déjà bien amorcé quand on lit l’exemple suivant :
Au Canada, dans la foulée des arrestations de présumés terroristes à Toronto en
2006, les Conservateurs de Stephen Harper s'apprêtent à relancer un ancien
projet de loi de l'ex-gouvernement Martin, selon lequel les compagnies de
télécommunications devraient être équipées de manière à faciliter
l'interception de contenu téléphonique et virtuel[12].
On risque ainsi de voir disparaître la vie privée. Et
alors direz vous ? Qu’est ce qui pourrait bien m’arriver si quelqu’un
apprenait la marque de mes Corn Flakes préférés ? Et bien en connaissant
la vie privée de quelqu’un, on peut découvrir par la même occasion ses peurs
les plus profondes, et un régime d’apparence démocratique, mais en réalité dictatorial
pourrait tout à fait utiliser cette faille pour mettre les êtres humains en
esclavage. Oui, rendre les gens esclaves de leurs propres peurs, ce serait un
scénario tout à fait plausible. C’est bien là la dualité de « Big
Brother », ce Grand Frère qui d’un coté, sous mine d’état providence
faisant figure de protecteur, nous tient en fait en laisse car il connaît tout
de nous. En fait, la rétention d’information sur la vie privée pose et posera
toujours le problème de leur utilisation. Tant que les personnes ayant accès à
ces informations sont désintéressés, il n’y a pas de problèmes. Mais qui peut
assurer que ce soit toujours le cas. Qui n’a rien à cacher ? Personne. On
est toujours susceptible d’être le « mauvais » pour quelqu’un :
« trop intelligent », « trop riche », « trop
coloré »…Il y aura toujours quelquechose qui ne plaira pas à quelqu’un.
C’est ce qui fait tout l’intérêt de la défense pour les libertés individuelles.
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La backdoor ou
porte de derrière est utilisée à la fois par les pirates informatiques et les
grandes agences de renseignement pour pénétrer dans les ordinateurs. Présente
la plus souvent par l’intermédiaire de quelques lignes de codes dans des
programmes informatiques, la « backdoor » va autoriser ainsi un
accès clandestin à toutes les données de l’ordinateur. Il est ainsi probable
que les grandes agences de renseignement, au nom du « patriotisme
économique » font par exemple installer sur des logiciels communément
utilisés par le grand public (nous ne citerons personne…) ou par les
professionnel (notamment des logiciels de bases de données) de telles portes
qui leur permettront plus tard un accès aussi discret qu’infaillible aux
informations qu’elles souhaitent acquérir. Le
grand public a pu faire sa connaissance lors de la sortie du film
« Wargames » (de John Badham, 1983). Le concepteur du programme de
sécurité thermonucléaire aux états unis avait en effet créé une backdoor sur
son système. Il n’en fallut pas plus à un jeune lycéen pour y pénétrer par
hasard et déclencher un conflit E.U./URSS sur les écrans des services de
défense américains… |
« Il
n’est pas de vrai liberté d’expression sans liberté de s’exprimer sous couvert
d’anonymat »
No
logs Network
Les
firmes privés, agissant dans l’Internet et l’informatique, mais aussi bien
au-delà, ont commencé à comprendre (certaines depuis des années), plus ou moins
influencés par les services de sécurité étatique, tout l’intérêt d’«en savoir
beaucoup plus » sur le consommateur.
Presque
tout à commencé avec la révolution du data-mining (dont nous reparlerons un peu
plus tard), largement soutenue par les grandes surfaces dans les années 90. En
effet à l’époque les grandes enseignes avaient entre leurs mains de véritables
masses d’informations sur leur clients dont elles ne savaient jusqu’alors pas
tirer partie. Grâce au data-mining et à la mise en relation de la carte de
fidélité des clients avec tous leurs achats, les grandes surfaces ont pu tirer
des enseignements nouveaux. Ainsi, elles se sont rendues compte par exemple que
les jeunes femmes faisant leurs courses le samedi matin, achetant un pack de
lait et habitant tel quartier (c’est une des multiples informations
personnelles que détiennent les cartes de fidélité) allaient à plus de 90% se
fournir aussi en produits surgelés ! Le data-mining fait effectivement
resurgir de l’analyse des « entrepôts de données » des corrélations qu’il aurait été impossible de
voir « à l’œil nu ». L’importance de l’ordinateur, qui prête main
forte à l’homme dans tout ce processus d’investigation, est fondamental car
sans lui rien n’aurait pu être mis en relief. Le recours systématique aux
machines et à cette « intelligence artificielle » peut aussi être vu
comme tout à fait inquiétant dans les « nouveaux liens » qu’il permet
d’établir. Par exemple, le dernier né de la société Unica spécialisé dans les
logiciels d’aide au marketing, dénommé Affinium Detect, permet à ses
utilisateurs (pour l’instant essentiellement des banques, la grande
distribution et les opérateurs télécoms) de détecter tout changement dans les
habitudes de ses clients. Pour les banques, ça pourra être un dépôt sur un
compte, plus important que celui fait l’année précédente. Le moteur détecte
aussi l’absence d’évènement, comme la non-utilisation de fonction GPRS sur un
téléphone dernier cri, le tout sur plusieurs dizaines de milliers de
transactions[13].
Difficile donc dans le monde numérique qui s’annonce de paraître autre chose
qu’un mouton de panurge : tout comportement déviant est aujourd’hui
analysé. Et demain, qui sait, suspecté ?
En
savoir toujours plus (sur le consommateur), c’est l’évolution même de la
science du marketing, qui ne serait pas dangereuse, si elle ne devenait pas
systématique comme elle commence à l’être aujourd’hui en utilisant la puissance
des méga bases de données, allié à la « connectivité », qu’offrent,
en somme, les nouvelles technologies.
En
Octobre 2005, un développeur Américain, Greg Hoglund condamne dans son blog
l’éditeur de logiciels Blizzard, d’avoir, non seulement intégré à la nouvelle
version de Warcraft (un jeu très populaire sur PC et consoles) un petit
programme capable de savoir si un joueur triche ou pirate le jeu, mais
également présentant toutes les caractéristiques d’un spyware (logiciel espion) avec beaucoup plus d’incidence sur la vie
privée. Selon l’EFF (l’electronic Frontier Fondation, association américaine
très focalisée sur tous les problèmes de vie privée numérique, dont nous aurons
l’occasion de reparler à plusieurs reprises) « Blizzard appelle [ce
programme] un système « anti-tricherie ». Nous appellons cela
une invasion massive dans la vie privée…Si Hoglund est dans le vrai, Blizzard a
une conception très vague de la vie privée : nous pouvons regarder vos
informations personnelles, mais si nous ne les collectons pas, il n’y a pas
d’intrusion ? Cela ne fonctionne pas ainsi ! »[14]
Mais
les conditions d’utilisation, rappelées par les éditeurs lors de l’installation
d’un programme ne sont elles pas là pour informer les utilisateurs ? L’EFF
reconnaît que les internautes devraient lire les contrats qui se présentent à
eux, mais elle blâme aussi les société qui rendent ce type de littérature
(volontairement) très obscure, compliquée et longue à lire. « Sans contrainte
sur ce qu’une société peut cacher dans ces énormes volumes juridiques, de plus en plus de compagnies vont
comprendre qu’elles peuvent envahir notre vie privée électronique pour
n’importe quelle raison » dénonce l’EFF. « Une telle pratique, au
final, entraînera non seulement l’accès
à nos données personnelles, mais aussi à la prise de contrôle de nos ordinateurs ».
Ainsi,
et de plus en plus, les entreprises, sous couvert juridique, adoptent pour des
raisons de soit disant lutte contre le piratage, des pratiques qui s’immiscent
dans la vie personnelle des citoyens. Mais l’exemple précédent sur les
logiciels ne doit pas faire croire que seules les sociétés informatiques se
lancent dans cette nouvelle quête du Graal. Il faut voir qu’avec la
virtualisation progressive de la vie en générale, toutes les entreprises
pourront aussi bientôt s’y amuser.
|
La traduction la plus fréquente pour « spyware » et « adware » est
« mouchard ». Parfois en effet les éditeurs de logiciels freeware
(diffusés gratuitement) ou shareware, pour rémunérer leur développement,
signent des accords avec des régies publicitaires et autres agences de
marketing. En contrepartie, ils doivent installer de petits utilitaires en
plus du logiciel souhaité. Le problème est que l’utilisateur ne maîtrise
absolument pas leur action : ils sont soupçonnés de collecter et de
transmettre des données personnelles, provenant de l’analyse de la navigation
de l’internaute, des formulaires remplis lors de l’installation…etc. Certains
mouchards établissent eux-mêmes la connexion Internet pour transmettre leurs
informations ou récupérer les publicités à afficher. Enfin, ils se révèlent
très difficiles à désinstaller. Selon
Webroot, les machines du grand public seraient infectées par 25,4 spywares.
80% des ordinateurs dans le monde seraient infectés[16]. |
Début
novembre 2005, plusieurs plaintes, dont
une de l’état du Texas, ont été déposées contre la maison de disque Sony BMG,
accusée d’utiliser avec ses CD, des dispositifs de protection contre les copies
multiples, qui portent atteinte à la vie privée. Toujours selon l’EFF, Sony BMG
doit reconnaître qu’un logiciel présent sur chaque CD, appelé MediaMax pose ce
problème du respect de la vie privée car il transmet des informations sur les
habitudes des usagers via une connexion Internet, dès lors que le CD est lu sur
un ordinateur connecté. L’EFF rajoute que « les fans de musique ne
devraient pas à avoir à installer sur leur ordinateur des logiciels
potentiellement dangereux et s’immisçant dans leur vie privée, simplement parce
qu’il veulent écouter de la musique achetée légitimement ». Apparemment
les programmes espions concernaient 4,7 millions de disques, dont déjà 2,1
avaient été vendus[17].
Le
phénomène des blogs n’échappe pas à cette tendance de vouloir en savoir
toujours plus. En France, de grandes radios comme Europe2 ou Skyrock incitent
leurs auditeurs à se créer des blogs via leurs sites Internet. Rappelons que le
blog est une sorte de journal personnel ou l’internaute expose ses passions,
ces centres d’intérêts et dévoile ainsi tout ou partie de son intimité sur le
réseau. Etonnant de la part de ces
firmes de mettre en place un service gratuit qui à priori ne rapporterait
rien ? Dans la réalité, ces blogs commencent à être analysés par des
outils statistiques de data mining et link analysis (voir plus loin) et
permettent de connaître extrêmement bien le public qui les rédige. C’est en
fait une mine d’or d’informations dont les radios commencent à en percevoir
toutes les possibilités et surtout comment en tirer profits avec leurs
annonceurs.
Mais
la science du marketing, littéralement « l’action de mettre des produits
sur le marché », évolue elle-même dans ses concepts les plus fondamentaux
grâce au TIC. Ainsi on entend parler de plus en plus de l’émergence du
« géomarketing ». L’idée est simple : proposer aux entreprises
d’étudier leur zone de chalandise grâce à un outil cartographique regroupant
données sociodémographiques, géographiques et commerciales. Ainsi, en se
déplaçant sur une carte de France virtuelle (comme avec Google Earth), beaucoup
plus parlante que des tableaux de données, les « marketeurs »
pourront effectuer des analyses de zones d’activité, de potentiel de
consommation et de comportement, à l’échelle d’un département, d’une ville et
même d’un quartier. L’entreprise peut ainsi connaître la typologie des
catégories socioprofessionnelles présentes, leur niveau de revenus, la taille
totale du marché, et les comportements des habitants. Il est, alors que cette
technologie n’est que balbutiante, par exemple possible « de préciser les
trajets professionnels les plus fréquents dans une région, les fréquences de
passage à la banque ou les habitudes culturelles », détaille Jérome
Guilmont, directeur de projet chez Asterop. Et de rajouter : « Et
cela sur l’ensemble du territoire, lequel a été divisé pour l’occasion en 657
catégories consuméristes dites « zones de vie ».
On
voit bien dans cet exemple les dérives sémantiques possibles : alors qu’il
ne s’agit au départ que d’un projet purement « économique » pour
aider les entreprises à mieux connaître leur marché et vendre plus
efficacement, on pressent qu’il ne faudrait pas grand-chose pour qu’une
cartographie aussi évoluée, et en liaison avec d’autres bases de données sur
nos vies personnelles, dérive en un véritable outil totalitaire. Autant il est
difficile de croire qu’une surveillance puisse être établie sur la seule
analyse des adresses IP brutes (c'est-à-dire une suite de nombres sans liaison
avec un individu donné) qui demanderaient un
travail de Romains aux analystes plongés dans une infinité de lignes de
chiffres, autant on peut penser que des outils beaucoup plus visuels, comme
celui décrit ici, pourrait réellement représenter un big brother en puissance.
Dans
le même ordre d’idée, des solutions de géolocalisation des internautes arrivent
sur le marché. Plus lié à la notion de « déplacement » que le
géomarketing (mais avec les avancées technologiques peut être que ces
disciplines en viendront elles à fusionner ?), il s’identifie
littérallement comme un procédé qui permet de déterminer la position d’un
internaute à partir de son adresse internet IP. D’après Marie Alexander, PDG de
Quova, société leader dans ce domaine qui développe depuis six ans la plus
grande base de données de géolocalisation au monde (les concurrents s’appellent
MaxMind ou DigitalEnvoy), « à partir de l'adresse IP, nous pouvons
déterminer avec un taux de fiabilité de 99,9% le pays d'origine de
l'internaute, mais aussi sa ville, avec un taux qui varie entre 85%
(pour un pays en voie de développement) à 97% (pour un pays développé). Au
delà, il est nécessaire de demander plus d'informations sur sa position
géographique (code postal, adresse...) ou bien d'utiliser d'autres techniques
de triangulation, basées par exemple sur des points d'accès d'un réseau Wi-Fi
ou les antennes d'un réseau cellulaire (les informations GPS venant des
téléphones mobiles Internet constituent une autre technique sur laquelle
planchent les experts, ndlr). »[18]
D’après la manager, il existerait 4 raisons purement économiques au
développement pour les entreprises de la géolocalisation. En premier lieu,
fournir du contenu ciblé et dans leur langue aux Internautes. Deuxièmement,
respecter les droits de rediffusions strictement, comme pour
Ces arguments, à priori économiquement
respectables, sont en fait, généralisés à l’ensemble du Web, des bombes à
retardement concernant nos libertés individuelles. Est-on prêt à sacrifier, pour des raisons de
personnalisation poussée et d’une juridiction n’admettant plus que le
« Zéro faute », une telle intrusion dans nos vies privées ?
« Au
nom des tunes,
Au
nom du Fils,
Au
nom du Nasdaq,
Au
nom du bénéfice »
Zebda
Comme
nous l’avions évoqué dans le chapitre précédent, la puissance de méga bases de
données, couplée aux capacités actuelles de connexion mondiale créent un
univers parallèle à notre réalité primaire, celle avant l’invention des TIC.
L’un des véritables problèmes se situe dans les « portes d’entrée » à
cette univers. En effet, pour pouvoir y pénétrer vous devez passer le plus
souvent, à moins de connaître directement le lieu ou vous désirez vous rendre,
par des moteurs qui font des recherches pour vous et vous rapatrie
l’information ainsi demandée. Or tous les algorithmes, c'est-à-dire les
programmations mathématiques, qui permettent de remonter une information
pertinente à l’écran ne se valent pas tous, loin de là. C’est là-dessus, il y a
quelques années, que Google a fait la différence. En 2003, et ce sont les
derniers chiffres données par cette entreprise qui entretient le secret autour
d’elle, près de 250 millions de requêtes (de questions) étaient posées
quotidiennement au moteur de recherche, toute langue confondu.. Aucune autre
entreprise au monde ne peut se dire autant sollicitée !
Et
toute la force de Google et de son business (et de quelques autres outsiders
comme Yahoo ou Microsoft, avec Msn) se situe là : TOUT SAVOIR, en collectant toutes les informations mondiales et en
les organisant grâce à son réseau secret d’ordinateurs (on parle de plus de
175000 machines !) qui les rend accessibles à tous les internautes. C’est
d’autant plus d’actualité que le moteur affiche 80% de part de marché sur le
territoire Français. « Silicon.fr »[19]
pose d’ailleurs la question : «cette domination serait elle aussi
écrasante si les internautes avaient conscience que Google conserve autant de
données sur eux » ? Selon un sondage mené par le Ponemon Institute,
il faut savoir que 77% des internautes interrogés ne savent pas que Google
enregistre et stocke des informations à leur sujet quand ils font des
recherches.
Tout
savoir, à la limite dans les grandes généralités des connaissances humaines,
après tout ne serait qu’une ambition d’encyclopédiste. Le véritable ennui avec
Google (et les autres prétendants), c’est que son cœur de business, par un
marketing complètement mégalo, car élaboré à une échelle mondiale et
systématisé par les bases de données, est d’établir le profil de chaque
internaute de la planète en liaison avec toutes ses activités sur la toile.
« Le business de Google, c’est vous »
résume Xavier Dalloz, un consultant spécialisé en technologie de l’information.
Kevin Bankston, avocat de l’EFF aux E.U. confirme : « Son modèle
commercial est fondée sur l’observation des internautes. C’est
dangereux. »
Tous
les grands « moteurs » se battent pour un seul Graal : la
connaissance des produits que les gens achètent, des musiques qu’ils écoutent,
des amis qu’ils fréquentent. Bref de leur vie. Les données personnelles valent
de l’or. Et en effet nos requêtes sur la toile sont très révélatrices de nos
personnalités. Ca devient très inquiétant lorsqu’on sait que Google peut aller
beaucoup plus loin et propose déjà une offre (GMail) de messagerie avec une
capacité de 2,5 Go pour chaque Internaute (et avoir ainsi toutes les
possibilité d’analyser tous nos mails, que l’on efface plus car on a la place),
une messagerie instantanée (Google Talk), le logiciel Picasa qui permet de
scanner toutes ses photos sur son disque dur et des les organiser et les
partager, un service de SMS…et bien d’autres[20]
comme Google Earth (la terre numérisée jusqu'à votre propre habitation) ou
Google Print (qui envisage la numérisation de tous les ouvrages de la planète).
Google ne cache pas non plus qu’il installe sur chaque ordinateur qui le
consulte, un « cookie » qui expire
en…2038. Le groupe californien a annoncé que ses nouveaux services garderaient
en mémoire les requêtes, les historiques ou
encore les habitudes d’achat en ligne. Bien sur, il explique que tout ceci
n’est utilisé uniquement pour « améliorer la qualité des services et pour
mieux comprendre comment les utilisateurs interagissent ». En fait, avec
l’ensemble de ces prestations, Google peut faire du « profiling »
ultra précis de tous les internautes, avec pour ambition, pour l’instant, de
les utiliser pour permettre aux annonceurs de cibler très précisément leurs
acheteurs potentiels. « Il y a deux fantasmes sur Google, analyse Franck
Poisson, ancien patron de Google France. L’un est vrai, l’autre est faux. Celui
qui est vrai c’est Google Big Brother. Oui, ils ont votre adresse IP ;
oui, ils connaissent votre historique de recherche et lisent vos mails. Tout
cela est vrai. En revanche ils ne peuvent pas tout faire en même temps. Par
exemple, leur alliance avec Sun pour promouvoir un système d’exploitation
concurrent de Windows, je n’y crois pas beaucoup. »
La
quête est planétaire : dans des notes destinés aux analystes financiers
début mars 2006 et qui n’aurait jamais du tomber dans les mains du public[21],
la firme avoue ses objectifs : « Chez Google, (…) l’approche que nous
retenons consiste à élaborer des produits et des services à l’échelle du monde,(…) à considérer l’utilisation de la
technologie comme une opportunité à saisir pour résoudre tous les problèmes qui
n’ont jamais été résolus auparavant, tous les problèmes qui n’ont jamais eu
besoin de l’être jusqu’à présent… Chez Google, nous avons conscience de
n’être qu’au début de la réalisation de notre mission qui consiste à organiser
l’information mondiale et faire en sorte qu’elle soit universellement
accessible et utilisable…Pour l’internaute, Google doit devenir une habitude au
même titre que se brosser les dents. »
Et
quand les projets deviennent trop gigantesques pour quelques cerveaux humains,
certains déraillent : « Faites nous confiance. Nous savons ce que
nous faisons. Si vous vous y opposez, c’est que vous n’avez rien
compris », déclarait Adam Smith, le directeur de projet de Google Print.
Un entrepreneur de
Gage
d’immortalité ou de mégalomanie, le mot « google » est rentré dans le
dictionnaire Oxford : « Utiliser un moteur de recherche,
particulièrement google.com. » ![22]
« Je n'ai aucune
raison de croire que celui qui m'enlèverait mes libertés, ne m'enlèverait pas,
une fois en son pouvoir, tout le reste. »
John Locke
Le Gixel, Groupement des
industries de l’interconnexion des composants et des sous-ensembles
électroniques qui emporta le prix Orwell Novlang aux Big Brother Awards
On y lisait ainsi que pour
« placer l’Europe au top niveau mondial en sécurité des personnes, des
biens, sécurité de l’État et des frontières, protection contre le
terrorisme », et parce que « la sécurité est très souvent vécue dans
nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles, il faut donc faire accepter par la
population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la
vidéosurveillance et les contrôles.
Plusieurs méthodes devront être développées par
les pouvoirs publics et les industriels pour faire accepter les techniques de
biométrie. Elles devront être accompagnées d’un effort de convivialité par une
reconnaissance de la personne et par l’apport
de fonctionnalités attrayantes :
- Éducation dès l’école maternelle, les enfants
utilisent cette technologie pour rentrer dans l’école, en sortir, déjeuner à la
cantine, et les parents ou leurs représentants s’identifieront pour aller
chercher les enfants.
- Introduction dans des biens de consommation,
de confort ou des jeux : téléphone portable, ordinateur, voiture, domotique,
jeux vidéo
- Développer les services « cardless » (sans à
dire sans l’utilisation d’une carte, à la banque, au supermarché, dans les
transports, pour l’accès Internet, ... ), mais par un recours direct à la
biométrie. »
« La même approche ne
peut pas être prise pour faire accepter
les technologies de surveillance et de contrôle, il faudra probablement recourir à la persuasion et à la
réglementation en démontrant l’apport de ces technologies à la sérénité des
populations et en minimisant la gène occasionnée. Là encore, l’électronique et
l’informatique peuvent contribuer largement à cette tâche".[23] »
Voilà une manière pour le
moins sans ambiguïté de présenter les choses !
« On a soif d’idéal,
Attirée
par les étoiles, les voiles
Que
des choses pas commerciales"
Foule
sentimentale, Alain Souchon
L’actualité,
relayée par les grands médias de masse, et en particulier télévisuels nous
offre quotidiennement des spectacles tragiques. Affaires de meurtre, de
disparition, de pédophilie, et dans un autre ordre de vols, de contrefaçons, de
trafics…Le discours, qu’on a du mal à réfuter, tant certains comportements
relatés paraissent contraire à nos idéaux démocratiques, incite les citoyens à
se faire à l’idée qu’il faut « lutter
contre » toutes ces plaies et que tous les moyens sont bons pour y
parvenir.
Prenons
l’exemple des imprimantes laser, qui ont fait coulé
beaucoup d’encre ;-) fin 2005. Pour soit disant « lutter
contre la contrefaçon de devises et de documents officiels », confie t’on
chez Xerox France, on apprend que depuis 10 ans les imprimantes laser couleur
sont dotés d’un système de marquage invisible. HP France indique que ce sont
« le département américain de
Les
grands médias s’enthousiasment régulièrement de cette lutte des tenants du bien
contre les tenants du mal (par exemple le fameux « axe du mal » du
Président G.W.Bush), et tendent à orienter de cette manière les opinions. Et c’est comme cela qu’une technologie,
comme celle décrite dans l’exemple des imprimantes, se fait facilement adopter par la population, alors qu’au fond il
faut souvent y voir une véritable atteinte à la vie privée. L’EFF qui milite
pour « la défense des libertés individuelles dans le monde
numérique » reconnaît qu’au delà du fait que le procédé ait été caché
pendant des années est un problème en soi, le traçage de documents, par exemple
de pamphlets politiques[25],
est une véritable atteinte à la liberté d’expression. « Sans votre accord,
un acte que vous croyiez privé peut devenir public », explique l’EFF.
Un
autre bel exemple de « toujours plus de contrôle », la lutte contre toute forme de violence. Les organisateurs du Mondial de Football (9 juin
– 9 juillet 2006) ont ainsi mis en place un système de billets équipés d’une
puce contenant beaucoup d’informations personnelles sur le détenteur du sésame.
La puce RFID (pour Radio Frequency Identification, nous y reviendront largement
plus tard), doit empêcher soit disant le
marché noir et l’accès à des billets
aux hooligans répertoriés par la police. Le comité d’organisation du
Mondial (WMOK) a été honoré notamment pour « sa batterie de questions
d’inquisiteurs lors de la commande de billets » par les Big Brothers Award
2005.
Les
aveugles et déficients visuels ont permis à
Peu
Enfin,
le dernier exemple, sûrement le plus touchant car il concerne des bébés, se
déroule en France, au Havre. Dès la fin 2007 la maternité de l’hôpital sera dotée
d’un système de sécurité qui permettra, en équipant chaque enfant d’un bracelet
électronique, d’éviter les rapts de
bébé. Bien sur les arguments, toujours les mêmes car émotionnellement très
percutants, sont pratiquement inopposables : « c’est à chaque fois un
traumatisme pour les parents, mais aussi pour tout le personnel hospitalier
lorsqu’un tel drame arrive » explique Joël Martinez, directeur de
l’hôpital du Havre. « Il s’agit en fait de mettre un bracelet équipé d’une puce électronique à chaque bébé qui vient de
naître, un bracelet qui permettra de localiser l’enfant dès qu’il quittera la
chambre de sa mère ou la pouponnière. Et si l’enfant franchit une porte de
sortie, une alarme sera immédiatement déclenchée » ajoute t’il[26].
Nos chers bambins vont donc faire l’expérience de commencer le tout début de
leur vie dans un monde aux tendances plutôt sécuritaires. Ou comment habituer
une génération à être contrôlée en permanence.
Ainsi,
la population, très nettement depuis les attentats du 11 septembre, est comme
« menée par le bout du nez », car on sait très précisément
comment la blesser, la choquer, l’émouvoir et lui faire prendre conscience que
les mesures ainsi prises par les états et certaines sphères économiques privées
pour « lutter contre » tel
ou tel fléau sont justifiées et doivent être encouragées. Vladimir Volkoff[27] qui a beaucoup travaillé sur la notion de
« désinformation » avoue que « quoi qu’on en pense l’objectivité
n’existe pas en matière d’information, mais toute prétention à l’objectivité
doit être traitée avec soupçon. ». Concernant l’opinion publique,
« les divers critères d’objectivité que nous proposent les médias –
« Untel le dit et il est honnête », « Voyez vous-même l’image
télévisée », «C’est l’avis de la majorité » - ne sont pas faits pour
nous rassurer. »
Cependant
la population, avec le temps et le développement d’un certain esprit critique
vis-à-vis des pouvoirs, se fait de moins en moins aveugler. Selon l’étude
« The State of News Media 2004[28] »,
seulement 59% des personnes interrogées font confiance aux informations
publiées dans les journaux, contre 80% vingt ans plus tôt. Selon une étude de
TNS Sofres de Janvier 2005 en France, 45% des interviewés ne pensent pas que
les choses se passent réellement comme elles sont montrées à la télé, contre
35% en 1988. D’autant plus que le mouvement des médias est toujours vers
davantage de concentration (citons le groupe Socpress qui édite en France
quelques 70 titres, dont le Figaro, l’Express, L’Expansion…) et menacent donc
très concrètement le pluralisme. « L’influence des grands groupes de
communication propriétaires des principaux médias, souvent en connivence avec
le pouvoir politique, conduit à un manque d’objectivité, parfois même à des
mensonges, à des manipulations ou à passer sous silence des informations
capitales, comme on l’a vu dans le cas des véritables raisons de la guerre en
Irak ou de certains scandales politiques et financiers récents. L’entretien
permanent de la peur de la rareté et la mise en scène de la terreur quotidienne
par les grands médias contribue à maintenir « dans le rang » des
foules de plus en plus difficilement « contrôlables » par les pouvoirs en
place. »[29] Le phénomène « blogs » est donc
peut être aujourd’hui, pour qui désire s’informer, une vraie alternative à
certains journaux que beaucoup qualifieront d’ « orientés ».
L’information dispensée ne passe en général que par un seul intermédiaire, le
blogger, ce qui en fait toute sa force.
« Alors,
cessez de tout absorber comme une éponge ou un buvard,
Et
redevenez le maître exigeant de tout ce qui cherchera à entrer».
Anonyme
Il
y a une sorte de consensus à l’heure actuelle sur l’utilisation d’Internet.
Hormis les quelques dangers réels, notamment pour les plus jeunes
(pornographie, pédophilie…), la révolution Internet est ressentie comme un
progrès indiscutable pour nos sociétés, et ce à tous les niveaux, social,
politique et surtout économique. Il est vrai que jusqu’à aujourd’hui, hormis
dans certains pays comme
742 experts de tous domaines ont été interrogés pour une étude en 2006 de
l'institut Pew et d'Elon University[31] à
propos de ce que pourrait être l’Internet de 2020. Une majorité de spécialistes
(56%) pense que l'Internet saura se diffuser partout, mais 49% (contre 46%)
estime que le bilan de cette transparence
sur la vie des citoyens sera globalement négatif, à cause notamment de la
pénétration de leurs données privées.
En
fait nous entrons dans l’ère de l’Atawad : « Anytime, Anywhere, Any
Device » (N’importe quand, n’importe où, et quel que soit l’outil). Tout
devient apparemment possible, et des pouvoirs de toute puissance (par exemple
le don d’ubiquité), toujours rêvés par l’être humain sur son environnement sont
maintenant quasiment à sa portée, au niveau matériel.
Certains
ressentent le monde technologique et les possibilités quasi infinies qui
s’ouvrent à nous comme très excitant et épanouissant pour l’homme. Le Communisme
au début du siècle dernier était, faut il le rappeler, parti aussi sur une
utopie où l’homme devait pleinement se réaliser. Qui pourrait aujourd’hui
s’élever contre la construction d’une société technologique idéale ? A
l’heure des économies, qui pourrait contester les gains procurés par les TIC,
au niveau personnel comme au niveau des entreprises et des
administrations ? Qui pourrait contester le « pratique » d’un
téléphone portable ou d’une connexion Internet ? Qui en un mot peut
refuser la modernité ?
« Rien
n’appartient à rien, tout appartient à tous »
Alfred
de Mussey
Au
fur et à mesure de leur développement, les TIC sont de plus en plus abordables.
Au départ réservé à une certaine élite (on se souvient il y a une dizaine
d’années des premiers téléphones portables et de leurs utilisateurs aux
terrasses de cafés sur qui l’on ironisait volontiers), leur progression, dans
presque toutes les couches et les âges de la société en dix ans est proprement
effarante. En décembre 2005, on comptait en France quelques 27,2 millions
d’Internautes[32],
ce qui la place au 7ème rang mondial. Et plus de 45 millions
d’abonnés de téléphone portable au 2ème trimestre 2005[33].
On dénombrait début 2006 694 millions d’Internautes dans le monde selon une
étude de Comscore Networks, largement entraîné par les Etats-Unis (152
millions), suivi par la chine (72 millions) et le Japon (52 millions). D’après
Le
monde Occidental et les pays riches prennent la grosse part du gâteau, mais les
pays en développement, souvent parce qu’elles n’avaient pas d’infrastructures
préalables, peuvent passer sans difficultés aux dernières nouveautés
technologiques, et ce à moindre coût. La mondialisation technologique est en
marche. Annoncée pour la première fois par Nicholas Negroponte, président de
l’OLPC, au Forum économique Mondial de Davos, en janvier 2005, l’association
« One Laptop per child »[34]
propose de fournir bientôt aux écoles via de grandes initiatives
gouvernementales des ordinateurs portables à moins de 100$. Ces portables sont
faits sur mesure pour des enfants dans le besoin : machines suffisamment
solides pour résister à la chaleur, au froid, à l’humidité, aux tempêtes de
sable, et qui permettra aux enfants de pouvoir la recharger manuellement grâce
à une manivelle et de se connecter au réseau en Wi-fi.
Pour permettre toujours au
plus grand nombre d’ « accéder » à l’information, le supplément
technologique du journal anglais « The Guardian » a lancé outre
manche la campagne « Free our data »[35]
(libérez nos données). Leur argument est simple : étant donné que des
ministères et des agences gouvernementales (comme l’Ordnance Survey,
l’équivalent de l’IGN en France) collectent de nombreuses données utilisant les
fonds publics, il n’est pas normal qu’on refasse payer les utilisateurs et les
entreprises pour y avoir accès. D’autant plus que des multinationales du web,
comme Google avec par exemple son Google Earth rend paradoxalement plus de
services gratuitement aux internautes. Pour les partisans du système, il n’est
pas acceptable de limiter les accès puisque beaucoup, et les entreprises en
particulier, pourraient tirer profit de cette libéralisation. Mais est ce là,
derrière cet argument libertaire, un véritable progrès qui se dessine. Sommes
nous réellement aptes à supporter la « liberté » de tout savoir
sur tout et sur tout le monde ?
Par
ailleurs, qui ne s’enthousiasme pas aussi aujourd’hui de la « téléphonie
illimitée » que propose la plupart des FAI ? Pour un prix
relativement dérisoire vu le service proposé, et qui devrait tendre au fur et à
mesure des évolutions vers 0, vous pouvez téléphoner depuis un fixe
gratuitement et « en toute liberté ». Même son de cloche avec les
téléphones portables : 9 Telecom à lancé en Avril 2006 une offre de
téléphonie portable illimité (Neuf Talk Mobile) vers les fixes et 30 pays
étrangers, qui marche tant que l’utilisateur se situe sur une zone couverte par
des bornes Neuf Wifi (il existe plus de 32.000 hot spots compatibles
aujourd’hui).
Outre l’overdose publicitaire et le coté « pratique », l’actualité,
dans un sens, nous pousse aussi à utiliser de plus en plus ces nouveaux moyens
de télécommunications. Simple hasard ? Rappelons nous, les attentats
terroristes avaient semé la conviction chez certains que prendre des moyens de
locomotion pour rencontrer un interlocuteur était dangereux, la conséquence
étant que les rencontres devenaient de plus en plus virtuelle et que les
relations à venir passeraient de plus en plus par les nouvelles autoroutes de
l’information. Or, sans tomber dans la parano, il faut voir qu’à terme avec la
« convergence » probablement toutes les communications quel qu’elles
soient passeront par le réseau Internet. Et, alors qu’il était difficile par
exemple en France d’intercepter la voix du temps de l’opérateur national
(France telecom),
Pour
soutenir cette croissance des TIC, l’argument d’avoir du « gratuit »
(musique, jeux vidéo, films téléchargés illégalement) commence aussi à produire
ces effets. Ouvrons ici une parenthèse : le « fond » de
l’affaire est pourtant une piste intéressante à étudier, s’il n’y avait
malheureusement pas ce système de traçage propre aux TIC, pour l’établissement
d’un nouveau paradigme (que nous aborderons en conclusion). En effet, les
jeunes notamment ne trouvent pas amoral le fait de s’échanger par
l’intermédiaire du réseau des fichiers en tout genre. Ceci rentre évidemment
frontalement en contradiction avec la logique purement capitaliste. Ce qui
semble être une nouvelle « ère » de l’abondance permet d’ouvrir un
formidable espace à la gratuité dans tout ce qui concerne la création humaine.
Désormais on peut donner une information sans pour autant la perdre. Par
exemple faire entendre de la musique, partager et créer des logiciels, des
livres sans en perdre la propriété. On peut donc avoir le plaisir de donner
sans avoir le déplaisir de perdre ce que l’on donne. Par conséquent, à
l’inverse de l’économie de l’énergie où la valeur dépend de la rareté, dans
celle de l’information la valeur résulte de l’abondance qui permet d’entretenir
une spirale évolutive où l’on donne et l’on reçoit plus.
Plus il y a de gens branchés sur un réseau, plus chacun peut y trouver de
l’intérêt, et plus le réseau à de la valeur. Les forums de discussions très
actifs sur Internet participent bien de cette idée. Chacun à intérêt à ce que
l’autre possède ce qu’il a. Il en sera fini ou presque des réseaux pyramidaux
ou chacun lutte contre l’autre pour accéder à un niveau
« supérieur », mais on pourra fonctionner en réseau, en intelligence
collective avec d’autres. On fera
« avec » plutôt que « contre ». C’est un peu comme dans
l’art martial japonais de l’aïkido on l’on se sert de la force de l’adversaire
pour le mettre à terre. En fait, ceci se fera non pas dans le sens d’une
résistance à ce qui est là, mais plutôt dans le sens d’une satisfaction de nos
besoins réels
Des
solutions alternatives apparaîtront probablement pour permettre aux artistes de
créer et de vivre en même temps de leur travail sans passer obligatoirement par
le business des « majors » qui essaient par tous les moyens de
colmater le barrage.
Dans
le même esprit, on entend de plus en plus parler des « logiciels
libres » (et du célèbre système d’exploitation Linux) qui sont librement
accessibles, copiables, modifiables et diffusables. L’utilisation de tels
logiciels n’engendre pas de discrimination par l’argent dans la mesure où tout
le monde peut se les procurer. Il faut voir qu’actuellement pour les artistes,
avec la façon dont les droits d’auteurs sont utilisés, leur champs d’action est
limité : l’artiste en effet n’a pas le droit d’utiliser la voie montrée
par un autre artiste. Il est interdit de réutiliser des éléments appartenant au
patrimoine artistique pour chercher à composer une nouvelle œuvre. Or en
réalité, il est évident qu’une œuvre d’art est le résultat d’influences,
d’idées, de culture, mélangées et aménagées par l’artiste. L’œuvre d’art n’est
pas l’expression unique et originale d’un artiste. Le monde du
« libre » (ou copyleft) est une manière de reconnaître cette réalité
(notamment sous l’angle de la modification et de l’adaptation de l’œuvre
initiale), de reconnaître qu’il existe une certaine généalogie entre les
œuvres. Dans un monde où tous les contenus seraient libres, vous pourriez alors
posséder plusieurs œuvres, soit achetées, soit copiées chez vos amis. Vous
pourriez remercier les auteurs soit en leur envoyant une donation sans passer
par les intermédiaires, soit en leur achetant une de leurs œuvres. Vous
pourriez également apporter vos modifications aux œuvres pour adapter le contenu
à votre vision, et la partager avec d’autres.
Les
grandes multinationales du Web (Google, Yahoo, Skype…) ont bien compris cette
tendance au « tout gratuit » et ont, paradoxalement pourrait on
croire, construit leur modèle économique dessus. Et apparemment ce modèle
devrait fonctionner puisque leur capitalisation boursière dépasse bien souvent
celles des grandes multinationales du Dow Jones. D’après ces firmes, il vaut
mieux facturer un service à 10 centimes à des millions de personnes et sans
renfort de publicité (puisque le bouche à oreille fonctionne dans ces cas là à
plein lorsqu’un internaute connaît un « bon plan » à partager) plutôt
que de « ramer » avec des budgets pub gigantesques pour trouver
10.000 clients acceptant de payer 100 Euros pour le service. Il faut cependant
être conscient que ces firmes n’ont jamais eu des buts philanthropiques. En
effet, elles proposent du gratuit pour attirer et capturer des usagers et les
vendre ensuite à des annonceurs ou les valoriser en bourse. L’émergence du
marché de la vie privée, que l’on détaillera dans un chapitre suivant, est le
scénario logique à ce « néo-capitalisme ».
Il
est évident que ces nouvelles donnes sur la gratuité d’accès à certaines
données qu’offre le réseau paraissent (presque trop) idylliques, qu’il faut
peut être faire preuve de discernement, et que les scénarios tout tracés
d’avance sont toujours à envisager avec prudence. Il serait donc judicieux de
suivre l’actualité pour vérifier que toutes ces bonnes intentions, à l’heure du
renversement des symboles, nous conduisent bien vers un épanouissement de
l’être humain et non vers le contraire.
|
Logiciels libres : L'expression « logiciels libres », donnée
par Richard M.
Stallman, fait référence à la liberté pour tous (simples utilisateurs ou développeurs) d'exécuter, de copier, de distribuer, d'étudier,
de modifier et d'améliorer le logiciel. Plus précisément, elle fait référence à quatre
libertés pour un individu ayant
acquis une version du logiciel, définies par la licence de ce logiciel :
Un logiciel ne respectant pas totalement
une de ces libertés est appelé logiciel propriétaire par les partisans du
logiciel libre. C’en est ainsi par exemple des logiciels Microsoft.
(Source : wikipedia) Les logiciels libres ont deux
caractéristiques principales qui font penser qu’ils sont aujourd’hui une alternative, au moins pour un temps, aux produits dit
propriétaires : ·
ils permettent
une utilisation de l’informatique en toute légalité. Qui en effet, n’utilise
pas sur son micro personnel des copies de logiciels propriétaires comme
Microsoft Office ou bien d’autres. L’alternative « libre » permet
donc de ne pas franchir la ligne jaune.
|
« Let’s disconnect all
communications »
Kubb
La
miniaturisation est effectivement en marche dans le secteur des TIC. Tout y
passe : téléphone portable, ordinateurs portable, mémoire de masse,
lecteurs multimédia…etc.
On
peut sans trop se tromper penser qu’à l’avenir, ces concentrés de technologie
seront regroupés, après miniaturisation à l’extrême, dans un appareil unique.
En quelque sorte le couteau Suisse du 21ème
siècle. Déjà les derniers téléphones portables, notamment vendus au japon
ont une mémoire interne, un système GPS, font office de lecteur multimédia et
servent à l’occasion de carte bancaire.
Par
exemple, grâce au MPS (le GPS adapté au monde des téléphones portables, pour
Mobile Positionning System) on peut localiser, encore plus précisément qu’avec
le système des relais actuels (appelé aussi BTS ou station de base),
l’utilisateur d’un téléphone portable. Au départ réservé au cadre exclusif
d’enquêtes judiciaires (comme après l’assassinat du préfet de Corse Claude
Erignac), ces pratiques sont déjà passées dans le secteur privé. Le site
« Ootay »[36]
permet ainsi à n’importe quel Français de visualiser où l’un de ses proches se
trouve en offrant un service de géolocalisation relativement précis, c’est à
dire en zone urbaine entre 100 et
Mais
l’eldorado marketing qui s’offre au monde de la « portabilité » n’en
est qu’à ses prémices. Ainsi, une salle de cinéma qui se retrouverait pour la
projection d’un film avec des places invendues pourrait cibler les promeneurs
alentours et leur proposer une offre promotionnelle pour venir voir le film.
Cette offre, ainsi qu’un plan du quartier s’afficheront directement sur l’écran
du portable. Bien sur la localisation se fait à l’insu de la personne
visée : dès que celle-ci pénètre dans une « cellule » de la zone
de couverture par les antennes réceptrices, un signal imperceptible rebondit
sur l’appareil et retourne ensuite vers l’antenne. Le temps écoulé indique au
cinéma la distance qui la sépare de l’antenne et permet de savoir, à quelques
mètres près, où se trouve exactement le client.
Au
Royaume Uni, les usagers du service Zagme ayant au préalable indiqué leurs
centres d’intérêts sont automatiquement et personnellement alertés, via leur
téléphone, au moment où ils passent devant un magasin lorsqu’une offre publicitaire
est supposée les concerner…Fini le temps de la flânerie et du hasard : la machine s’occupe de votre temps libre.
Elle décide à votre place en vous alléchant sur le prix et en vous adressant un
discours promotionnel adapté à vos goûts personnels[38].
En
fait la question est de savoir si la personne a donné son accord pour être
localisée et dans le cas contraire si elle peut réellement s’y opposer. Or la
réponse n’est pas tout à fait claire, ni du coté des opérateurs, ni des forces
de l’ordre qui ont tout intérêt à pouvoir pister les gens à leur insu. Ainsi on
sait que lors des manifestations anti-mondialisation (Prague, Milan, Nice…), la
police a utilisé un système comparable pour localiser les leaders de la
manifestation et tenter de limiter leurs champs d’action.
La
portabilité est aussi au cœur des stratégies du groupe Suédois Ericsson qui
associe vidéo et géolocalisation. Ainsi l’automobiliste peut à l’aide de son
portable et des caméras de surveillance du réseau autoroutier le plus proche,
en fonction de l’intensité du trafic, choisir l’itinéraire le moins encombré.
A
terme, même les plus modestes acteurs économiques tels que les petits
commerçants prennent la voie ainsi tracée par les plus grands. Les clients
d’une épicerie de quartier pourront bientôt payer leurs achats en passant leur
téléphone cellulaire devant un capteur, rendant obsolètes porte-monnaie, carte
de fidélité et même les caissières en chair et en os. Déjà l’épicerie familiale
Chevy Chase vieille de 50 ans est l’un des premiers commerces de la région de
Washington aux Etats-Unis à vouloir implémenter ce type de paiement, et
proposer aux clients des coupons de réductions électroniques, des bonis et des
informations sur le magasin par le biais de messages textes[39] …
Le
temps se rapproche où cet outil nomade pourrait devenir la prothèse principale des individus, sorte d’organe artificiel aux
multiples fonctions.
« Le
seul ordinateur réellement sécurisé est un ordinateur éteint…Et encore…je ne
suis pas sûr. »
La
tendance de fond, que beaucoup auront repéré, est aujourd’hui la « mise en réseau » systématique
par les TIC des produits et des individus. Tout à commencé avec les réseaux des
téléphones portables et Internet. Et cela s’affirme de manière exponentielle.
Le vrai problème arrive, et ça n’avait jamais été le cas dans
l’histoire jusqu’à aujourd’hui, lorsque 2 paramètres sont mis en
relation : la connexion (donc
des flux sortants et flux entrants
d’informations) d’une part et les donnés
personnelles d’autre part.
Sans
probablement vous en rendre compte, la première fois que vous avez joué ce
scénario fut au moment où vous avez rentré sur votre téléphone portable et/ou
sa carte Sim les noms, prénoms et numéros de téléphones de tous vos
« contacts ». Alors qu’avant, avec le carnet de téléphone papier, il
y avait une sorte d’ « étanchéité » entre votre vie privée (vos
amis, familles) et l’extérieur, aujourd’hui le sas est ouvert. Bien sur on nous
conforte chaque jours dans l’idée que des « filets » de sécurité sont
là pour tout protéger (ex : le code Pin pour un portable). Mais si des
hackers et des agences de renseignements sont déjà capables aujourd’hui
d’accéder via le réseau à notre vie privée, demain les ouvertures seront encore
plus béantes.
La
2nd fois, et l’exemple est peut être plus évident, ou vous avez mis
les 2 paramètres (connexion et données personnelles) en relation, est lors du
branchement de votre PC au réseau Internet. Sur votre PC se trouvent peut être
vos comptes, des photos de familles, vos passions…etc. Bien sur aujourd’hui, et
malgré les spywares et autres animaux de compagnie ;-), les intrusions
menaçant votre vie privée sont probablement limitées : répétons le, la paranoïa n’est pas du tout de mise
aujourd’hui, et vous pouvez encore consulter tranquillement votre
ordinateur ! Néanmoins, au rythme où s’accélèrent les choses, c’est le
futur proche qui s’avère plus menaçant. On apprend par exemple que Microsoft
avait déclaré qu’à partir de mi-2006, les utilisateurs de son système
d’exploitation étaient obligés de le mettre à jour, en ligne, au fil des
« updates » (mises à jour) disponibles. Une manière un peu cavalière
de ne pas laisser l’utilisateur maître de son PC, et qui sait, de le surveiller
d’un peu plus près. D’autant plus lorsqu’on connaît les rachats par le géant de
Redmont de sociétés privées spécialisés dans le renseignement. Récemment, des
utilisateurs du système d’exploitation se sont aperçus[41]
que la nouvelle version du système anti-piratage WGA (Windows Genuine
Advantage, qui permet d’authentifier à distance sa copie du logiciel) de
Microsoft envoie des données à l’éditeur à chaque démarrage de l’ordinateur et
non uniquement lors de la première installation. Microsoft, de son côté, assure
que WGA lui transmet des informations quotidiennes uniquement à des fins de
maintenance…Selon le blog de Lauren Weinstein, activiste renommé, l’éditeur
reçoit au moins quotidiennement lors de chaque connexion l’adresse IP et
l’heure de connexion de chaque utilisateur dans le monde.
Dans
le même ordre d’idée, il est aussi intéressant d’observer, lors d’une connexion
Internet, comment fonctionne son modem (haut ou bas débit). Au fur et à mesure
du surf de l’internaute, le modem permet de « télécharger » les pages
pour les afficher. On appelle aussi cela le « download », et on
comprend bien pourquoi sa mesure (en octets) grimpe au fur et à mesure de la
connexion : ceci est du au « rapatriement » des pages et des
images (qui pèsent un certain « poids », mesuré en octets) du web sur
l’ordinateur. Mais il est tout à fait remarquable de noter aussi que
l’ « upload », c'est-à-dire les données qui partent de votre
ordinateur pour aller sur le réseau, le contraire du « download »,
est souvent aussi, en terme de mesure, très significatif. Et l’ennui c’est
qu’en fait l’on ne sait pas très bien où vont ces données : ce qui est sur
c’est qu’elles vont bien quelque part. Bien sur l’upload peut être volontaire,
et c’est souvent le cas par exemple lorsqu’on partage des fichiers avec des
logiciels de peer-to-peer, lorsque d’autres internautes viennent se
« servir » sur votre ordinateur. Mais l’upload « non
consenti » est bien réel, malgré toutes les protections en firewall que
vous pourrez instaurez, et peut être faudra t’il commencer à s’en inquiéter.
Actuellement, chez tous les fournisseurs d’accès, le débit théorique en upload
est toujours beaucoup plus faible qu’en download. Très souvent par exemple, un
débit en téléchargement de 20 Mégabits/secondes correspond à un débit en upload
entre 5 et 6 Mbits/s. On peut seulement se demander, sauf cas particulier
(PeerToPeer, upload de sites web entiers…) à quelles fins un tel débit peut
bien servir. C’est peut être la première
étape, d’une connexion permanente au réseau où se croiseront flux de
données entrants et sortants et où il deviendra très difficile de se protéger.
A moins que, comme nous le verrons plus tard[42], la tendance s’affirme à la délocalisation
du disque dur de son ordinateur vers des espaces de stockage mutualisés
accessibles via le réseau, proposés d’ores et déjà par des multinationales du
web. Paradoxalement, il faudra donc se connecter à d’autres ordinateurs (les
serveurs de ces grandes firmes) pour accéder à ses données personnelles ! Ou comment privé et public en viennent à
s’inverser.
Progressivement,
ce qu’on appelle les appareils « nomades » vont eux aussi se
connecter au réseau sans avoir à passer par un ordinateur. Ils vont devenir
« autonome », grâce à (ou à cause de) la généralisation du Wi-fi sur
la planète (la ville de San Francisco, grâce notamment au lobbying de Google, a
annoncé fin 2005 qu’elle allait devenir un gigantesque lieu (Hot Spot) Wi-fi
quasi gratuit. Bien d’autres villes devraient aussi suivre le mouvement). Bien
sur on connaît les PDA et autres téléphones portables. Plus insolites, les
premiers appareils photos Wi-fi commencent à apparaître. Le système est
simple : vous prenez des photos lorsque par exemple vous êtes en voyage à
l’autre bout de la planète, et l’envie vous prend de partager immédiatement ce
moment unique avec la terre entière. En quelques clics, sans fil et par
Internet vous pouvez les envoyer à quiconque dispose d’une adresse e-mail. En
publiant ainsi sur le web, malgré les discours sur les sécurités du réseau, qui
sont souvent un leurre, vous offrirez votre intimité à l’apparente bienveillance
du réseau. A terme on pourra tout à fait à partir de ce simple cliché trouver
des relations entre le propriétaire
de l’appareil (IPv6) et les personnes auxquelles l’image à été envoyée
(adresses emails) qui seront probablement pour partie ceux qui sont sur la
photo.
On
voit tout l’avantage d’un tel système pour des pays aux libertés surveillées
(comme
Sans
parler du Wi-fi, il est un fait que les photos circulent aujourd’hui énormément
sur le réseau, de la simple pièce jointe envoyée à un ami, aux sites de
développement de clichés papier qui téléchargent vos photos numériques par
dizaines, en passant par les sites d’albums photos on-line qui permettent le
partage entre amis et proches de clichés personnels. Le rachat récent, par
Google et son activité de gestion de
photos (Picasa), de Neven Vision, une société spécialisée dans les logiciels de
reconnaissance photo peut faire froid dans le dos. Même si la firme de Montain
View n’a pas indiqué ce qu’elle comptait exactement en faire, Adrian Graham,
responsable de Picasa indique dans son blog qu’il « pourrait simplement
servir à repérer s’il y a une personne sur une photo mais qu’il pourrait aussi
permettre un jour de reconnaître les individus, les lieux, et les objets »[44].
Etendu au monde Internet, on peut déjà en imaginer toutes les implications…
Dans le même esprit, une société suédoise[45],
dénommée Polar Rose entend permettre de rechercher des visages à partir de
photos en se servant d’une technique alliant les mathématiques et
l’intelligence des utilisateurs. Leur logiciel construit un modèle 3D des
visages de sorte que les Internautes puissent facilement identifier des
personnes. En fournissant une partie du « code » du logiciel, la
société espère inciter d’autres entreprises à créer des applications
semblables !
|
Le Wi-fi
est une technologie de réseau informatique sans fil. Mis en place aux départs pour relier et faire
communiquer les ordinateurs (les mettre en réseau) entre eux sur un même lieu
(par exemple dans une entreprise), le wifi est en train de s’imposer comme
moyen principal d’accès à l’Internet haut débit. On peut conjecturer que dans
un futur proche, l’on pourra, dans de nombreuses villes, se connecter via son
ordinateur (portable) depuis n’importe quel endroit, sans fil et
gratuitement. Derrière
toutes ces dénominations techniciennes un peu barbare on retrouve le problème
de la convergence : à terme
les technologies permettront une interopérabilité automatique et sans couture
de tous les réseaux apparemment hétérogènes (VoIP, Voix sur Wi-Fi, VoIP sur
UMTS ou GPRS, voire Voix sur WiMax depuis tous les types de terminaux
(mobiles) et système d’exploitation (comme Windows Mobile)[46]
. Ainsi dans moins de 5 ans, la majorité des appels dans le monde
transiteront par Internet. Un
nouvel espace de liberté ? En apparence tout du moins. |
« De
grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités »
Spiderman[48]
Les
exemples commencent en effet à affluer concernant les TIC sur un discours du
« toujours plus » de gratuité, de portabilité et de connexion. Vous
en trouverez probablement de plus en plus dans l’actualité.
Le
cas suivant est celui qui nous à semblé le plus révélateur : depuis fin
2005 et ce pendant 6 mois dans un test grandeur nature mené par France Telecom,
200 habitants de Caen ont été équipés de téléphones portables dotés d’une puce
NFC[49]
(pour Near Field Communication), une norme initiée par Sony et Philips et qui
augure de ce futur couteau suisse technologique dont nous avons parlé dans les
précédents chapitres. Le concept est assez simple : faire du téléphone
mobile un appareil capable de remplacer les cartes de paiement et de recevoir
des informations – audio, vidéo, texte – en étant placé devant des bornes ou
des étiquettes de type RFID[50]
par exemple. Le tout grâce à une puce intégrée capable de recevoir et d’émettre
des ondes de courte portée (moins de
Pour
cette première mondiale, particulièrement sous médiatisée, les clients ont pu
ainsi payer directement avec leur portable en passant le dos du téléphone
devant un lecteur estampillé du logo « Fly Card », ouvrir des
barrières de parkings, le débit se faisant directement sur le compte bancaire,
ou aussi recevoir de l’information en le passant devant une étiquette particulière.
Dans un abribus, ils ont pu ainsi obtenir un message audio leur indiquant
l’heure du prochain transport. Devant un cinéma ou une affiche, ils ont pu
visionné la bande annonce du film. Même chose devant un monument historique où
un court texte de présentation leur a été fourni[51].
Et bien d’autres projets avec les Universités et les municipalités qui pourront
s’en servir comme carte de fidélité, contrôle d’accès, accès aux transports en
commun…
Revenons quelques instants au mode de paiement. Le porte monnaie électronique
Monéo à peine à séduire les Français. Or cette version sans contacts, adaptée
aux petits paiements de moins de 20 euros qui ne nécessite aucune autorisation,
a été un vrai succès sur le plan de cette expérimentation sur Caen. Cette décision
de passer au paiement sans contact n’est pas une affaire française. Il s’agit
d’une tendance internationale venue des grands émetteurs de carte
bancaire : Américan Express (ExpressWay), MasterCard (PayPass), et Visa
(Visa Walver). Bruno Carpreau, vice-président de MasterCard Europe
explique : « Nous voulons rendre les paiements par carte plus
conviviaux et plus rapides pour s’attaquer à des circonstances où le paiement
en espèce reste privilégié : restauration rapide, péages, cinéma, parking,
stade, épiceries. » Les paiements
en espèces, qui pourtant symbolisaient jusqu’à maintenant un acte d’achat
anonyme, sont, on le voit, en train d’être progressivement supprimés, ce
qui est grave pour la démocratie.
Les
banques du groupe Crédit Mutuel ont annoncé le lancement en partenariat avec
NRJ Mobile, d’un service permettant de payer ses achats avec son téléphone
portable. Une version pilote du projet à été lancé dès la fin novembre 2006
dans la ville de Strasbourg auprès de 50 commerçant durant 6 mois. La carte
bancaire est directement intégrée dans la carte SIM du téléphone, et le
paiement se fait « sans contact ». Bien sur des chaînes tels que les
cinémas UGC sont très intéressés par l’expérience. "Notre solution
transmet le paiement en quelques dixième de secondes, ce qui permet de réduire
considérablement les files d'attente traditionnellement longues dans les
cinémas de l'enseigne", déclare Nicolas Guilbert, directeur Marketing chez
NRJ Mobile. En arrivera t’on comme au Japon où, comme l’explique ce dernier,
"J'ai vu il y a un an, lors d'un voyage d'étude, des gens payer une salade
dans une superette avec leur téléphone portable."[52]
Les
paiements électroniques devraient en effet avoir doublé en 2009 par rapport à
2004[54].
L’étau se resserre autour des consommateurs. Guido Mangiogalli, de Visa Europe,
confirme : « Nous sommes en train de travailler sur une offre
commerciale adéquate pour que les commerçants préfèrent les achats sans contact
à la manipulation de monnaie et pour que les banquiers aient un intérêt
financier à le proposer à leurs clients. » La généralisation du système devrait
être pour…fin 2007[55].
Autre
exemple de ce « toujours plus », le développement du numérique
hertzien. On peut imaginer, dans un avenir pas si éloigné que ça, comme
possible la liberté de connexion à tous les systèmes de vidéosurveillance en
circuit fermé d’une ville. Il serait alors possible de se brancher sur la
système vidéo de sa banque ou celui d’un musée ou d’un cinéma pour estimer
l’importance de la file d’attente. Par une simple touche, on pourrait ainsi se
retrouver en quelques instants aux quatre coins de la ville, et assouvir un
pouvoir jusqu’alors réservé au divin, une pulsion scopique de vision à
distance.
L’étiquette
RFID (ou tag) vient de l’anglais Radio Frequency Identification pour identification
par radio-fréquence. Cette technologie devraient
rapidement remplacer les codes barres dans leur marquage des marchandises
et produits de consommation du fait de leurs nombreux avantages : lecture sans contact,
omnidirectionnelle, au travers des emballages, à grande distance et avec une
capacité à mettre à jour l’information
embarquée dans l’étiquette. Elle se compose d’une puce d’une taille
minimale d’un millimètre carré, et d’une antenne, toutes deux placées sur un
support de quelques dizaines à plusieurs centaines de millimètres carrés. La
majorité des étiquettes, dites « passives » ne sont pas alimentées en
énergie. Cette dernière leur est fournie par le lecteur au moment de
l’interrogation, grâce à une induction électromagnétique. Les étiquettes sont
ainsi des matériels extrêmement robustes, dotés d’une durée de vie très longue.
Bien que cette technologie date de plusieurs dizaines d’année (le principe de
la radio fréquence à été utilisé pour la première fois en 1950 pour identifier
les appareils de
Les
étiquettes « intelligentes » RFID, on le voit, on de grandes chances
de rentrer sous peu dans notre intimité.
D’autant plus qu’elles vont pénétrer dans l’ère de l’infiniment petit. Déjà,
Hitachi a déclaré récemment avoir mis au point la plus petite puce électronique
sans contact du monde. Ce composant de
Plus
généralement, les promoteurs des RFID envisagent en fait de multiples
implantations sur de nombreux supports :
-
Dans la gestion de la
chaîne logistique, tous les niveaux d’emballages étant concernés :
containers, palettes, cartons et articles eux-mêmes.
-
Les billets de banques,
cartes de crédit, téléphones portables pourront utiliser des puces pour un
paiement sans contact.
-
Tous types de petits appareils
pourront communiquer via ces puces
Mais
le plus angoissants c’est qu’ils prévoient aussi d’en équiper :
-
Les animaux domestiques
-
Les êtres humains qui
pourront porter une étiquette par exemple dans le cadre de leur suivi
hospitalier ou pour accéder à des locaux sensibles. Fin 2006, Hitachi à
présenté une balise RFID à fonctionnalité Wi-fi pour pouvoir parfaitement
localiser les personnes dans un bâtiment et savoir quand elles y entrent et en
sortent[58].
Quitte à en équiper les vêtements.
En
fait énormément de métiers sont concernés par cette technologie. On pourrait
citer :
-
Les compagnies
aériennes pour la gestion des bagages.
-
Les transporteurs pour
le marquage des colis
-
Les bibliothèques pour
l’étiquetage des livres
-
Les constructeurs
automobiles ou de matériel électronique pour l’étiquetage et le suivi de pièces
entrant dans la chaîne de production
-
Les laboratoires
pharmaceutiques pour la traçabilité des médicaments.
De nombreuses
applications ont déjà débuté : en France par exemple, le duo d’entreprises
Tagsys-Ident a remporté un appel d'offre émis par le Sénat pour protéger et
identifier les 450 000 volumes de sa vaste bibliothèque en ayant recours à des
technologies RFID[59].
Et en déployant un véritable arsenal, avec plusieurs centaines de milliers d'étiquettes
à puce, de stations de lecture, de portiques antivol, d'automates de prêt et
des lecteurs RFID portables Wi-Fi. En quelques mois, Tagsys et Ident ont
remporté plus de 20 projets RFID pour des bibliothèques publiques (communauté
d'aglomération d'Aurillac, villes de
Toujours autour des livres, c’est la plus grande chaîne de librairies
hollandaises, BGN (avec 42 magasins et jusqu’à
Aux
Etats-Unis, les grands détaillants, dont Wal-Mart (Chaîne américaine de grands
magasins), s’intéressent fortement à ces avancés. Un demi millier de magasin de
la chaîne s’est doté de cette technologie fin 2005[61].
Grâce à l’identification par radio fréquence, il est entre autre possible
d’installer des caisses libre service ou
de faire l’inventaire en un tour de main.
Cette solution de traçabilité a vocation à optimiser la gestion des flux, des stocks
et la mise à disposition des produits en magasins. La chaîne Britannique Marks
& Spencer (M&S) équipera ainsi par exemple d’ici le printemps 2007, 122
boutiques pour améliorer la gestion des stocks de vêtements (confection
masculine et féminine) et bénéficier d’un suivi précis en temps réel des achats[62].
Les
besoins mis en avant par les entreprises sont la donc réduction des erreurs
d’inventaires, la limitation des contrefaçons, ainsi que l’optimisation de la
sécurité des biens et des produits. Par exemple, les pertes financières liées à
des inventaires mal organisés et aux vols sont estimées à plus de 40 milliards
de dollars par an[63].
Bref, toujours ce même argument
économique pour nous faire avaler la pilule !
En
fait, comme ce qui a pu se passer avec l’informatique qui au départ n’équipait
que quelques secteurs (banques, recherche…) et qui s’est ensuite répandu, les
« tags » pourraient se généraliser à bien d’autres domaines que ceux
cités ici. Par exemple, les Etats-Unis, depuis 2005 imposent des passeports
RFID, soutenus par le département d’Etat américain avec sa loi sur la sécurité
aux frontières de 2002. Pour les ressortissants, ils ont du tous adopter cette
technologie avant la fin octobre 2006.
Autre
exemple, l’administration américaine à récemment imposé à l’industrie
pharmaceutique, pour les médicaments les plus chers qui sont très souvent
copiés, le recours aux possibilités de traçabilité de
Plus
anecdotique mais tout aussi inquiétant, ce sont désormais les 95.000 arbres
d’alignement (c'est-à-dire plantés sur des trottoirs) de Paris qui se sont vu
implantés des puces RFID à 2cm de profondeur dans leur tronc. «Chaque arbre des
rues parisiennes dispose de sa "carte d'identité informatique"»
désormais, explique Oracle. Les agents municipaux sont équipés d’un terminal
nomade permettant de lire les puces : ils mettent ainsi à jour des
informations sur chaque arbre concernant sa date de plantation, ses arrosages,
les maladies éventuellement diagnostiqués et les événements particuliers tels
qu’un choc avec un voiture. On retrouve bien là certaines des conclusions déjà
formulées (à Autrans) comme quoi l’Internet et la réduction nanométrique des
capteurs sont en train de créer un environnement quotidien fortement
technologique et surtout totalement invisible pour le citoyen.
Pour
parler des peurs liées aux technologies RFID, elles peuvent être classées en 3
catégories :
-
risques liés au traçage des objets que nous utilisons
o
Les RFID
permettent d’envisager par exemple des achats sans présentation des articles à
la caisse grâce à des sas de comptage automatisés. Bien sur cette
fonctionnalité permet de fluidifier l’acte d’achat en supprimant les queues aux
caisses. Mais reste toute la question du traçage des marchandises dans le
panier du consommateur. En effet, les marqueurs permettent le profiling des
consommateurs à leur insu. On peut imaginer de corréler leurs achats avec une
fiche d’identité, comme par exemple une carte de fidélité, pour établir des
profils de consommateurs.
-
risques liés à notre traçage individuel
o
Les marqueurs
RFID peuvent permettre le suivi des patients souffrant de la maladie d’Alzheimer
ou des personnes âgées. Un projet américain va même beaucoup plus loin en
proposant d’injecter un identifiant de dossier médical à tous les citoyens
américains. Son soit disant objectif : ne pas donner des traitements
contre indiqués ou incompatibles aux accidentés de la route inconscients. Cette
mesure extrêmement intrusive semble intéresser les producteurs de RFID qui
développent une offre d’étiquettes « implantables ». Effrayant… Le traçage individuel n’est plus un
concept vidé de sens puisque, au départ, les pays Occidentaux, tiré par les
Etats-Unis imposent déjà passeports ou cartes d’identité biométrique. Ainsi
comme on l’a vu, la puce, lisible par onde radio et donc sans contact, permet
un contrôle d’identité en tout milieu et au travers de tout support (autre que
métallique) à l’insu de son titulaire. Alors qu’actuellement les contrôles
d’identité ne peuvent être effectués que moyennant le respect de certaines
conditions, on aboutit avec la puce RFID à une banalisation complète de ce
genre de contrôle ! Par ailleurs, puisqu’il y a émission d’ondes radio, il
existe des risques de lecture indue et d’interception des données, au détriment
du droit au respect de la vie privée et à la protection des données à caractère
personnel.
-
risques liés aux échanges invisibles entre machines
o
On se rappelle
les « Terminator » joués par Arnold Schwarzenegger où les machines
prennent le contrôle de la planète et sont sur le point d’anéantir la race
humaine. Dans la réalité, le champ de bataille des militaires du 21ème
siècle, avec satellites électromagnétiques ou autres de renseignement et de
télécommunication, est quasiment déjà numérisé. Les militaires sont et seront
de plus en plus derrière les écrans, confiant à des « robots
guerriers » le soin d’appliquer leurs décisions au point que
« l’intervention humaine » dans la décision de faire feu sera peut
être considérée comme une perte de temps[65]…
Voici
un lien Internet sur « You Tube » (la vidéo est appelé « The
Catalogue ») ,à voir absolument pour se donner une idée de ces
« anticipations » qui n’en sont déjà presque plus :
http://www.youtube.com/watch?v=zLztxjz4cWk
Autre
exemple typique de cet ère du « tout technologique », Nike et
Machintosh ont récemment sorti le Nike+iPod Sport Kit qui consiste en un
capteur sans fil s’installant dans les chaussures de course Nike et d’un petit
récepteur qui se connecte à un iPod Nano. Ce systême permet de suivre la
vitesse, la distance et les calories brûlées. Mais ce n’est pas tout : la
puce RFID du soulier émet jusqu’à une distance de
D'une
étude effectuée par
En
Belgique, 2 universitaires de référence en matière de sécurité (dont l’un se
classe sans fausse modestie parmi les inventeurs de la carte à puce) se sont
élevés pour proposer un moratoire sur
l’utilisation de la nouvelle génération de passeports électroniques équipés
de RFID. Ils affirment eux aussi que ces passeports dotés d'une puce, au lieu
d'améliorer la protection des personnes, introduisent de nouveaux risques
sécuritaires car, bien que les données soient cryptées, le cryptage reste fixe
aux différents postes de contrôle et permet ainsi facilement de suivre à la
trace un individu, même sans avoir à déchiffrer les données de la puce[68].
Et
pour faire accepter la technologie RFID dans l’usage quotidien, il n’y a pas de
doutes sur le fait que les entreprises essaieront par tous les moyens de la
faire adopter en employant une rhétorique qu’elles sont en train de roder.
Déjà, IBM fait la démonstration d’un « Clipped Tag », étiquette RFID
pouvant être partiellement désactivé par le consommateur. Le principe : réduire
la portée des transmissions émises par la puce en ôtant une partie de
l'antenne. Le « tag » ne reste ainsi exploitable qu'à condition
d'être présenté directement devant un proche lecteur[69].
Pourtant ne nous y trompons pas : une fois le processus engagé et
« toléré » par la population, il
sera très difficile de revenir en arrière. Or, aucun argument ne devrait justifier cette technologie, qui, vous
l’avez compris, mettrait très rapidement à mal nos libertés individuelles.
«Oh
simple things, where have you gone? »
Keane,
«Somewhere only we know»
« Il y a un monde ailleurs »
Jean
Louis Aubert
Au
nom de la productivité, crise aidant, plus rien n'est laissé au hasard. Il faut
optimiser tous les processus, quel qu'ils soient. Là encore l'économie est le
fer de lance pour cette nouvelle quête. Or, les plus gros gains de productivité
se font aujourd'hui par les TIC, à la fois dans les entreprises et les
administrations.
Lancé
en 2004 par le gouvernement Raffarin en France, l'administration électronique,
dénommée « Adèle » vise à simplifier « les échanges
électroniques entre usagers et autorités administratives et entre les autorités
administratives » résume Jean François Copé, Ministre délégué au Budget et
à
Une
des idées derrière tout cela est d'alléger considérablement les effectifs,
notamment du personnel chargé de la saisie, puisque maintenant tout se fait en
ligne et que ce sont les personnes concernées elles même qui rentrent leurs
informations. Ainsi le changement d'adresse d'un particulier se fait désormais
on-line, ainsi que la demande d'acte de naissance ou les demandes de subvention
pour les associations. Là encore, bases de données et connexion généralisée
font craindre des dérives.
Mais
le ministre délégué va plus loin en proposant la création « d'un espace de
stockage personnalisé accessible en ligne » à partir duquel l'usager
pourra communiquer avec les administrations et conserver les informations et
documents nécessaires à ses démarches. Autrement dit à partir d'un identifiant
unique, on va pouvoir accéder à tous les dossiers administratifs d'une
personne, là où avant chaque information était disséminée. Cette
« innovation » est expérimentée depuis début 2006 auprès d'un panel
de 500 personnes et ce pendant un an avant que les autorités en tire un bilan.
Le
travail des services de renseignement du pays sera donc extrêmement facilité
(rappelons cependant qu’en France, contrairement au monde Anglo-Saxon, leurs
effectifs sont encore très réduits). S'ils désirent tout connaître de
quelqu'un, plus qu’ils n’en savaient déjà, rien de plus facile...et en prime, ô
comble de l'ironie, c'est la personne
ainsi suspectée qui aura fait en grande partie le travail de saisie de ses
antécédents (administratifs). Quant à autoriser un jour le particulier de
fouiner dans la vie de son voisin pour vérifier qu’il rentre bien « dans
les normes »…
Mais
si on a vu que la productivité et le coté « pratique », érigés en
fondement de nos sociétés, incitait la population à émettre des informations à
caractère personnel sur le réseau, c'était sans compter toutes les innovations
technologiques qui l'incite ainsi à se dévoiler jusque dans son intimité.
Intimité dès lors gérée par des firmes du privée. Par exemple, fin 2005 le
lancement de Google Base, procède ainsi de cette logique : inciter les internautes
à lui apporter du contenu et de le
gérer – comme avec Google Vidéo. Ce service est en effet conçu pour héberger et
ouvrir à la recherche « tous types de contenus on-line et off line ».
Les internautes peuvent publier leur contenu sur Google Base, gratuitement, et
charge pour eux de les classifier et de les décrire à l’aide de mots clés.
Plus
généralement, c’est le phénomène « Internet
2.0 » ou « Web 2.0 » qui est en jeu. De quoi
s’agit il ? C’est une petite révolution du monde Internet qui permet déjà à n’importe quel Internaute de facilement
publier, partager ou diffuser ce qu’il veut sur la toile, et ce sans aucune
compétence technique. Dans cet état
d’esprit, certains, comme Edward Bilodeau[71]
n’hésite pas à revisiter ce concept de web 2.0 avec une certaine ironie. En
effet, dans cette nouvelle utilisation des technologies :
« - Les utilisateurs fournissent les données (qui deviennent la
propriété du prestataire de service);
- Les utilisateurs fournissent les métadonnées (qui deviennent la propriété du
prestataire de service);
- Les utilisateurs créent la valeur ajoutée (qui devient la propriété du
prestataire de service);
- Les utilisateurs paient le prestataire de service pour avoir le droit
d’utiliser et de manipuler la valeur ajoutée qu’ils ont contribué à
créer. »
Les blogs, par exemple, participent de cette
tendance, mais aussi les wikis, les média citoyens, les services de partages de
photos…etc. Ainsi, là ou il y avait encore un jeu de pouvoir entre des
« techniciens » du web qui faisait payer leurs services pour créer un
site web pour un client lambda, il faut bien voir que demain tout
le monde sera en capacité de diffuser toutes les informations qu’il souhaite
sur le web, sans compétences particulières… Dans un billet intitulé « Esclavage 2.0 : eux, nous et moi »
[72] Karl Dubost fait part de son énervement :
« Toutes les entreprises du Web 2.0 sont là pour faire du commerce, pour
exploiter vos données personnelles afin de les faire fructifier, parfois même
en vous faisant payer. Google se sert de votre contenu pour faire des revenus
publicitaires, même si votre contenu est sous une licence d’utilisation non
commerciale, etc. Il faut arrêter de prendre les gens pour des imbéciles. Utiliser
les concepts de liberté, de créativité, de beaux sentiments, de communautés
pour mieux vous abuser, pour mieux pomper tout ce qui fait de vous un
consommateur bien identifié est une arnaque. »
En effet, les multinationales du web mettent tout en œuvre pour que les internautes partagent un maximum de contenu sur la toile.
Bien sur leurs politiques marketing masquent leurs vrais intérêts commerciaux
en déployant sans fin leurs arguments sur la soit disant « liberté totale
de communication » du web. Et ça marche : aux Etats-Unis, le web
communautaire ou web 2.0 est devenu une réalité pour la moitié des Internautes
américains, avec un trafic en hausse de 367% sur un an.
Tout
le scénario de notre époque était fait comme si, en apparence, on pouvait tout
étaler sur soi au grand jour et le partager avec les autres, en étant
totalement libre de se dévoiler. Cette tendance a pris ses galons depuis une
dizaine d'années avec les « psys » en tout genre qui nous ont
conditionné à tout leur raconter étant donné que la parole libère, ce qui est
au demeurant probablement exact. Mais bien vite les magazines people et la télé
réalité aidant, on s'est rendu compte qu'il fallait tout dire sur soi et à tout
le monde, les TIC et autres blogs prenant ensuite le relais pour « mondialiser »
son petit « soi ». La « personnalisation » en tout genre
est la suite logique de cette auto-contemplation. Et le marché des TIC en tire
son épingle du jeu. Par exemple mettre sa photo en signature dans les Mms que l’on
envoie. Et les « machines » peuvent aider à aller encore plus
loin : la société Dodgeball vous envoie automatiquement un SMS quand un
ami, un ami d’ami, ou un béguin est dans un périmètre rapproché de votre
localisation[73].
On dérive donc logiquement vers une personnalisation faite paradoxalement à
l’insu de l’individu, car presque entièrement géré par les ordinateurs.
Rien
ne serait inquiétant jusque là si ce qu'on racontait sur sa petite vie n'était
pas « enregistré » définitivement quelque part. Ce système de « traces » est bien la plus grosse faiblesse
d’Internet, ce qui pourrait un jour le faire basculer « du coté
obscur » si les défenseurs des libertés individuelles, nous, citoyens, n’y
prenons garde. Le réseau conserve en effet une mémoire quasi-parfaite (contrairement aux psy ;-)) de tout ce qui
s’y passe. Pour prendre un exemple sur le réseau Internet, et pour revenir à
Google, imaginons qu'un webmaster quelconque (une association dont vous faites
partie, dans votre entreprise...) publie sur le réseau une page web, avec quelque
part dans le document votre nom qui apparaisse. Et bien lorsque vous taperez
sous Google votre nom, vous serez sûr d'apparaître quelques jours plus tard
dans les résultats du moteur. Mais le plus ahurissant c'est que, même si vous
demandez la suppression de votre nom au webmaster en question et qu'il
s'exécute, la page pourra bien ne plus exister « physiquement » sur
le serveur, Google, dans ce qu'il appelle son « cache », en aura
gardé une trace et pourra vous la ressortir lors de n'importe quelle interrogation
du moteur !
|
Qu’est ce
que le « cache » : Ce mot à été importé de l’anglais « cache
memory ». Le mot mémoire tampon est plus approprié en français mais peu
utilisé. La mémoire cache est une mémoire intermédiaire dans laquelle se
trouvent stockées toutes les informations que le processeur central (d’un
ordinateur) est le plus susceptible de demander. Elle sert donc à accélérer
la communication entre un élément fournisseur (le disque dur par exemple)
plus lent que l’élément demandeur (ex : processeur). Pour anecdote, la
langue anglaise aurait emprunté au français canadien le mot
« cache » (féminin) qui désigne la cachette où le trappeur
entrepose des provisions ! Le
cache de Google fonctionne donc sur le même principe. La version « en
cache » des pages web proposées par Google correspond aux pages telles
qu’elles se présentaient lors de la dernière consultation effectuée par le
moteur californien. Donc même en cas de suppression de la page par un
webmaster, Google gardera une mémoire de la page lors de sa dernière visite
avant l’effacement. La
justice américaine a récemment donné raison à Google en estimant que les
copies d’œuvres réalisées par le système de cache relevaient d’un
« usage loyal » et n’enfreignait pas le copyright américain. Pour
l’instant, les grands moteurs de recherche n’offre pas la possibilité
d’effacer définitivement cette mémoire, à fortiori si elle vous concerne et
peut vous porter préjudice. En viendront ils à faire payer ce service. Ce
serait un comble : payer pour que sa vie privée ne devienne pas
public ! A
noter, pour les experts du web, il est possible d’exclure, a priori,
c'est-à-dire dès sa conception, un site du cache de Google et des autres
moteurs en utilisant des balises html appropriées. |
« Dans
les villes de l’an 2000,
La
vie sera bien plus facile,
On
aura tous un numéro dans le dos,
Et
une étoile sur la peau,
On
suivra gaiement le troupeau »
Monopolis,
Opéra Rock Starmania
Qu’est
ce donc exactement que ce concept de biométrie ?
Il s’agit en fait d’un moyen d’authentification, comme l’est par exemple votre
mot de passe lorsque vous allumer votre ordinateur, ou encore plus simplement
votre code secret pour votre carte bancaire. Mais ce n’est pas n’importe quel
moyen : il s’agit ni plus ni moins que de recourir à une partie de votre corps humain pour vous authentifier.
Sur le marché les technologies les plus répandues sont les empreintes digitales
(48% du marché), la morphologie faciale (12%), la géométrie de la main (11%),
l’iris (9%), la reconnaissance vocale (6%), de la rétine, des veines et des
oreilles ainsi que la radiographie dentaire. Et le secteur économique de la
biométrie est en pleine croissance : il pourrait atteindre les 5 milliards
de dollars d’ici 2008[74].
Personne ne s’y trompe d’ailleurs : des représentants du Département
Américain de la sécurité intérieure, du groupe IBM et de diverses agences de
sécurité se sont regroupés fin 2005 au sein de l’International Biometric
Advisory Concil (IBAC). Ils comptent intervenir en coopération avec d’autres
organisations comme le Forum Européen sur la biométrie pour établir des
standards internationaux en la matière.
L’entreprise
Japonaise Oki Electric a récemment développé une technologie baptisée FSE, pour
Face Sensing Engine (Moteur de reconnaissance du visage) pour téléphone
portable. Celle-ci peut être utilisée pour restreindre l’accès aux données
stockées sur un téléphone mobile pourvu d’un appareil photo numérique. Le
système peut identifier son propriétaire en étudiant la photo courante de son
visage, et en la comparant avec des caractéristiques déjà extraites et
présentes en mémoire. La technologie emploierait notamment la localisation
relative des yeux, des sourcils et de la bouche pour reconnaître un visage. Le
système pourrait également s’adapter automatiquement aux changements
d’éclairage et aux différentes expressions qui modifient le visage.
« La biométrie rendra le corps humain
lisible par la machine (…) et les informations biométriques pourront être
utilisées en tant qu’identificateur unique universel ». La prévision est
alarmante. Elle émane d’une quarantaine de commissaires à la protection des
données et à la vie privée, dont
C’est
ce même genre de protestations qui avaient, rappelons le, en France, aboutit à
la loi du 6 janvier 1978 dite loi « Informatique et Libertés »
lorsqu’à l’époque le gouvernement avait annoncé l’utilisation d’un numéro
unique attribué à la naissance à chaque citoyen Français afin de simplifier les
relations des services publics avec leurs administrés. Non seulement le projet
avait été abandonné, mais les défenseurs de la vie privée et des libertés
individuelles avaient en plus exigé une loi pour prévenir des risques quant à
l'utilisation de données personnelles dans les systèmes informatiques. Cette
loi avait aussi abouti à la création de
Pour
l’ancien secrétaire général de
Mais
selon Jacques Henno[78],
la technologie a même dépassée la fiction. Les
ordinateurs et les systèmes de gestion de bases de données sont désormais assez
puissants pour se passer d’un identifiant unique. Quelques paramètres (nom,
adresse, date de naissance, numéro de carte bancaire…) leur suffisent pour
s’assurer que les renseignements qu’ils ont récupéré à droite ou à gauche
concernent la même personne. Plus besoin
du numéro de sécurité sociale pour accumuler des informations sur chacun
d’entre nous. Malheureusement le sujet est très peu médiatisé, ou s’il l’est,
ne fait figure que d’un débat technique de spécialistes ou encore fait office
de véritable « progrès ».
En outre, on pourrait penser que le fait que les bases de données soient encore
aujourd’hui éparpillée au 4 coins du monde et sans encore trop de relations
entre elles nous offre une tranquillité totale. Cependant, c’était sans compter
la toute puissance des innovations informatique puisque, déjà, des data mediations systems (systèmes de
médiation de données) commencent à voir le jour : en clair, à partir d’un
seul ordinateur on pourra interroger des bases de données hétérogènes et
dispersées géographiquement, en ayant l’impression de n’en interroger qu’une
seule, le système étant totalement transparent pour l’utilisateur. C’était
pourtant ce qui garantissait jusqu’alors un quasi-anonymat à chacun.
Alain
Weber, de
Jean-René
Lecerf, Sénateur UMP du Nord et auteur du rapport de la mission d’information
sur la fraude documentaire, dans le même article, expose clairement son point
de vue « pour » face à cette technologie : En effet, « le
système actuel est une passoire » et « à l’heure actuelle, la
biométrie est la seule technologie permettant l’identification de millions de
personnes, dissuadant les velléités d’usurpation. » Et les arguments
économiques sont toujours parmi les plus présents «
Quand
l’économie devient une fin, et l’homme son moyen…
« Les hommes n’ont jamais l’air si heureux
que le jour où ils abdiquent leur liberté »
Charles
Nodier
Voici une petite anecdote qui s’est déroulé il y a
peu de temps lors d’un déjeuner au restaurant. Nous observions depuis nos
places respectives les serveurs naviguer d’une table à l’autre, et aller à la
caisse enregistreuse, dans une ronde permanente. En essayant de comprendre un
peu plus leurs faits et gestes, nous avons remarqué qu’ils disposaient chacun
d’une sorte de « clé » qu’ils utilisaient chaque fois qu’ils
faisaient une opération à la caisse. A chaque moment qu’ils encaissaient une
commande, ils inséraient leur « clé » individuelle dans un endroit
spécifique situé sur la caisse. Celle ci les reconnaissait automatiquement,
leur nom et prénom s’affichant sur le petit écran de contrôle, et ce n’est qu’à
partir de ce moment qu’ils pouvaient « rentrer » les plats commandés
par leurs clients et leur établir leur note. Cette technologie existe depuis
très longtemps chez les restaurateurs et a été assez récemment amélioré par des
carnets de commande électronique qui permettent au serveur lorsque les clients
ont choisi leurs plats d’envoyer toutes ces informations directement en
cuisine.
Bien sur cette technique
attire de plus en plus de petits commerçants (et est quasiment systématique
dans les grandes enseignes et franchises) qui veulent surveiller les
performances de leurs vendeuses : on sait tout sur elles, depuis leur
panier moyen jusqu’au chiffre journalier ou mensuel qu’elles ont généré. Ainsi
elles ne peuvent plus « tricher » ou faire bon semblant : les chiffres
sont là pour témoigner de leur résultat.
Pour étendre cette façon de
travailler qui prend irrémédiablement du galon de nos jours dans beaucoup de
secteurs économique, une start-up française, CertiMail commercialise
aujourd’hui par exemple une clé USB pour certifier les emails[80]
(et leurs pièces jointes) et pour vulgariser l’usage de la signature
électronique. Cette pièce dématérialisée peut servir de preuve recevable devant
la justice française en cas de litige.
Si l’obsession sécuritaire
continuait de se propager sur la planète (le marché français des solutions de
sécurité à crû de 17% en 2005[81]),
ce système de « clé » (qui pourra selon la tendance se faire à
distance, sans liaison physique, comme avec le Wifi ou Bluetooth) pourrait se
généraliser. Ainsi cette clé, qui pourrait bien dans un futur proche être
remplacée par la simple empreinte biométrique, permettra d’accéder à tous les
espaces de nos vies quotidiennes : ouvrir une session sur son ordinateur,
personnel et professionnel ou même d’un cyber café, prendre les transports en
commun, accéder à des locaux, payer, démarrer sa voiture…Les applications sont
en fait infinies.
Certes, les arguments
« pour » seront nombreux : les politiques pourront dire aux
citoyens aveuglés : « Puisque vous n’avez rien à vous reprocher,
servez vous librement de votre clé ou de votre empreinte digitale. Elle est
simplement là pour empêcher tout acte frauduleux ou terroriste». Le coté
« pratique » séduira aussi énormément le public : plus besoin de
clé, plus besoin de mots de passe, plus besoin de carte bancaire…c’est la
liberté totale !!!
Pourtant ne soyez pas dupe
de ce simulacre de liberté : votre parcours quotidien sera pisté au
millimètre près et de manière totalement invisible pour vous. La signature
électronique ne se bornera pas simplement aux actes importants, qui se font
aujourd’hui encore par signature manuelle. Elle interviendra dans le moindre
recoin de nos vies, nous empêchant de dire : « Non, là ce n’était pas
moi ». La preuve électronique, à
priori infalsifiable, nous empêchera tout comportement déviant,
c'est-à-dire toute originalité et toute créativité, tout ce qui fait l’homme
dans son essence.
Et même s’il était possible
de réaliser une quelconque imitation (voir plus loin l’exemple des vraies
fausses empreintes digitales imaginées par des chercheurs japonais), ceci
pourrait avoir des conséquences catastrophiques. « Une personne pourrait
se retrouver fichée par erreur et être interdite d’accès, par exemple à un
aéroport ou au réseau Internet. Et à qui incombera la charge de la preuve de
l’identité ? Celle-ci risque fort de reposer sur le citoyen
lui-même ! Or prouver qu’on est bien la personne que l’on prétend être est
une tâche difficile – voire impossible – surtout dans une société où l’identité
d’un citoyen est de plus en plus définie par des paramètres émanant du
gouvernement (permis de conduire, carte d’assurance maladie, acte de
naissance…) »[82] .
D’ailleurs, la profession de
notaire, l’autorité en France pour certifier les actes subit depuis plusieurs
mois une profonde restructuration dans sa manière de travailler : la
signature électronique constitue une étape importante pour le métier et
débouchera sur la possibilités de rédiger des actes juridiques dématérialisés.
La carte Real est déjà apparut avec, en accord avec les directives du Conseil
supérieur du Notariat, la possibilité de signature électronique entre notaires,
garantissant leurs identités respectives et l’intégrité du contenu de leurs
échanges. Tout cela pour gagner en vitesse et traiter les dossiers des clients
plus rapidement.
La tendance dans un futur
proche apparaît déjà : tous les fichiers (et la virtualisation du monde
fait que tout est en train de devenir
fichier : email, photos, vidéos, conversations téléphoniques, mouvements
bancaires…) envoyés sur le réseau par un individu seront peut être un jour
systématiquement « signés » (à terme biométriquement) par ce dernier
qui deviendra le responsable du moindre détail de sa vie quotidienne. En tous
les cas, les états commencent à ratifier entre eux des traités pouvant aboutir
à utiliser toutes ces preuves « virtuelles » au nom de la lutte
contre les délits sur le web. Fin 2006, les Etats-Unis ont été le 16ème
pays à adopter la convention internationale sur la cyber criminalité. Le texte
appelle ses membres à partager et échanger leurs données électroniques. Tous
ceux qui l'ont ratifié et définitivement adopté, dont
Toujours aux Etats-Unis et
dans le même esprit, pour se conformer à de nouvelles règles fédérales, les
entreprises américaines devront faire le suivi de tous les courriels, messages
instantanés et documents électroniques générés par leurs employés. Autrement
dit faire un archivage numérique
systématique de tous les documents et communications produits par chaque salarié ! Approuvé par
« Une société dans laquelle nous devrions tout
savoir pour être en sécurité serait une société dans laquelle tout le monde
serait potentiellement terroriste et où chacun devrait se méfier de son
voisin. » [85]
Jean Pierre Dubois, Président de la ligue des droits
de l’homme (LDH) et professeur de droit constitutionnel à l’Université Paris XI
Avec
la virtualisation de la vie quotidienne des citoyens de la planète, les délits,
il ne faut pas le nier, se passeront de plus en plus sur la
« toile ». D’après une étude
auprès de 2000 sociétés américaines, rendu publique par le FBI début
2006, la cybercriminalité coûte déjà aujourd’hui en moyenne 24.000 Dollars à
une entreprise américaine, soit 67 milliards de Dollars à l’échelle du pays.
Le
gros problème avec Internet, c’est que si l’on commence à vouloir mettre en
place des contrôles, la technique aidant, la
population suspecte de référence ne va pas être de quelques individus, mais de
la totalité des Internautes. Dans une déclaration récente, les responsables
régionaux chargés de contrôler l’utilisation des données personnelles en
Allemagne, se sont inquiétés du fait que le développement des aspects
préventifs des politiques de sécurité «conduit de plus en plus les autorités
à traiter sans raison des citoyens intègres comme des suspects »[86].
Ne l’oublions pas, l’Internet utopique (dans sa perspective de matérialiser sur
le réseau chaque individu et produits de la planète) marche aussi, comme
l’informatique, en binaire. Les technologies de surveillance, si elles sont
déployées à grande échelle sur le réseau, feront que soit on contrôle tout le
monde, soit on ne contrôle personne. Il n’y a pas de nuance. Lorsque Internet
deviendra « transparent » pour tous, c'est-à-dire en d’autres termes
que chaque citoyen sera un Internaute de fait (peut être faudra t’il alors
inventer un autre mot, car « internaute » est encore trop teinté de
« web ») puisque l’ensemble de ses appareils communicants le
traceront dans ses moindres faits et gestes, alors les enquêtes policières seront
facilités, voire même résolues de fait. En effet la convergence des systèmes
GPS, Web, et autres communications en tout genre rendront quasi-impossible tout
dépassement de la norme et du cadre légal. Faut il s’en réjouir ?
Probablement pas en ce sens où l’on dériverait rapidement vers une parodie de
la justice et vers un extrême ultra sécuritaire, où tout ce qui fait la
richesse de l’homme dans toutes ses dimensions autres que purement matériel et
physique, serait tout simplement nié.
Il
faut bien voir que se qui se profile déjà, c’est que la majorité des délits ne sera plus de faire un crime, mais d’être susceptible de commettre une
infraction. Les systèmes informatiques vont essayer de plus en plus de
prévoir, d’anticiper les méfaits. A vouloir tout quantifier, on donnera
probablement des notes de dangerosité au individus, pouvant changer au fil du
temps, suivant l’évolution de leur « vie privée ». En fait la présomption d’innocence est belle et
bien en train de disparaître, au profit de la présomption de culpabilité.
Les terroristes, puisque c’est l’argument presque toujours avancé, sont
tellement bien fondu dans la population, qu’il faut désormais à l’Etat des
moyens plus subtils de recherche et d’intervention : il est plus facile de présumer tout le monde
coupable et de faire ouvertement des recherches dans nos vies privées (et
l’outil Internet rendra cela très facile), plutôt
que d’utiliser la présomption d’innocence et s’empêcher ainsi des recherches
fructueuses. Nous sommes dans une ère de pragmatisme : tous les moyens
quels qu’ils soient sont bons pour
arriver au but.
C’est
dans cet esprit là que Norwich Union (une société d’assurance) propose à ses
clients anglais d’installer une boite noire dans leur véhicule afin de relever
leurs habitudes de conduite. En échange, ils peuvent espérer des baisses de
prix sur leur assurance auto. Ce contrat est baptisé « pay as you
drive » (payer comme vous conduisez). Le « mouchard », relié à
divers capteur de l’automobile et doté d’un module GPS, enregistre les
informations liées aux déplacements effectués (plages horaires, distance,
positionnement), ainsi que certaines données sur les comportements de conduite
(comme la vitesse). Ces données sont ensuite régulièrement transmises à
l’assureur via une communication par réseau cellulaire. Celui-ci peut alors
moduler chaque mois le montant de l’abonnement de l’assuré en fonction du
kilométrage, du type de parcours (ville, autoroute, zone statistiquement
dangereuse ou non…) ou du respect des limitations de vitesse par exemple[87].
Le business des assurances est donc en train de changer de modèle : d’un
contrat supposant la bonne conduite de l’assuré sur le long terme, on passe à
une convention le jugeant en permanence susceptible de commettre une
infraction. Ce qui pourrait apparaître au premier abord comme une
« nuance » entre les 2 modèles, est, en y regardant de plus près, un
véritable fossé puisque la notion de confiance
est en train de disparaître. D’ailleurs, même s’ils ne passent pas par
Norwich Union, les automobilistes anglais sont aussi depuis peu sous
surveillance resserrée[88].
Grâce à l’informatique, les voitures de polices dûment équipées alertent les
officiers dès qu’ils croisent un automobiliste sans permis, sans assurance ou
sans vignette. Ce qui trahit le suspect : sa plaque d’immatriculation
scannée et identifiée en quelques instants par base de données interposées
recensant 28 millions de véhicules « fichés » (dont 1,1 millions sont
susceptibles de déclencher une alerte) et grâce à une caméra embarquée dans la
voiture de Police. Lorsqu’une plaque est photographiée, l’ordinateur enregistre
également la date, l’heure, la géolocalisation (par GPS) du véhicule, ainsi
qu’une petite photo du conducteur et tout cela conservé pour une durée de 2
ans. Certes la fraude à diminué : mais quelle régression pour les libertés
individuelles !
Et
Les
Emirats arabes unis sont passés à une étape encore supérieure en mettant en
place un système de verbalisation
automatique en cas de dépassement de la vitesse autorisée. En effet, en cas
de dépassement de la limite, le conducteur est averti par un message vocal.
S’il ne ralentit pas, le boîtier transmet les informations d’identité, de
localisation et la vitesse du véhicule directement à la police. Le boîtier aura
de bonnes raisons pour se faire adopter largement : entre autre la
localisation par les services d’urgence, le calcul des contrats d’assurance
(favorable aux bons conducteurs) ou encore comme moyen d’antivol. « Bonnes
raisons » qui, au nom du progrès technique, laissent de plus en plus le
pouvoir aux machines et sont en train de dénaturer le lien de confiance entre
les hommes. D’ailleurs, le fait est que dans le monde du sport les ordinateurs
commencent déjà à décider à la place des hommes. Lors de
Dans un domaine qui touche le cœur de nos régimes politiques Occidentaux, des
experts se sont en effet exprimés pour mettre en garde contre le déclin
démocratique que pourrait représenter le déploiement prématuré de
« machines à voter ». Quelques 1200 machines équipent déjà plus de
800 bureaux de vote dans une cinquantaine de villes Françaises comme Brest ou
Le Havre, et ces chiffres doubleront probablement en 2007. La fin des fameux
dépouillements réalisés manuellement par des citoyens volontaires dans tous les
bureaux de vote du pays, pourtant ciment de nos démocraties, aboutit là aussi à
une dégénérescence des liens de confiance entre les hommes. Gain de temps
oblige, la machine prend tout pouvoir. Chantal Enguehard, maître de conférences
en informatique au LINA et auteur d'un rapport[89]
sur le sujet note qu’ «à aucun moment
l'électeur ne peut vérifier que son vote a été effectivement bien noté [...] ni
participer au dépouillement puisque l'ordinateur le réalise en toute opacité
sans qu'il soit possible de vérifier ses résultats.» La fondation néerlandaise "Nous ne
faisons pas confiance aux machines à voter" a publié aussi un rapport[90]
qui détaille comment des personnes peuvent
prendre, avant les élections, le contrôle à distance d'une machine à
voter de la société Nepad (agréée en
France) et modifier le résultat du scrutin. «Compromettre le système nécessite
seulement de remplacer un simple composant de la taille d'un timbre poste et
s'avère impossible à détecter», écrivent les auteurs[91].
Et ce type de système est en fait appelé à se
développer aussi pour les entreprises, les institutions et les syndicats.
Vivendi, Lafarge, ou France Telecom par exemple ont déjà adaptés leurs statuts
pour permettre le vote électronique[92]
de leurs salariés.
Par
ailleurs, afin de lutter contre les soit disantes menaces de « méchants
pirates » qui font courir des risques au réseau Internet et à nos
« libertés »,
Considérant
que les services d’authentification en ligne ne sont plus suffisamment
sécurisés par le couple identifiant/mot de passe classique, le consortium
international va mettre en place des standards pour le développement d’une
seconde couche de sécurisation. Celle-ci pourra être une carte à puce contenant
des données biométriques, des certificats logiciels ou matériels ou encore un
système qui passe par les téléphones mobiles. Ces 2 « couches »
s’appellent dans le jargon la « strong authenfication ». Michael
Barrett, Vice Président en charge de la sécurité chez Américan Express souligne
en effet que « l’absence de seconde authentification sur les espaces en
ligne est l’une des causes les plus significatives de vol d’identité ».
Même recommandation pour
Là
encore, sur un sujet qu’on nous fait uniquement passer pour technique, mais qui
est en réalité avant tout éthique, les citoyens ne sont jamais consultés.
Pourtant ce sont bien eux qui vont devoir prouver à 2 fois leur identité. Et
même paradoxalement prouver 2 fois leur degré de culpabilité, puisque tout le
monde sera présumé coupable et que tout devra être signé biométriquement sur le
réseau. D’où l’impossibilité de nier. On fera, puisqu’elle se basent sur des
données signées et donc réelles, une
confiance totale aux preuves que nous fournira le réseau, grâce à sa
mémoire infaillible et absolu. Et peu importe ce que l’accusé répondra :
sa mémoire, après tout, n’est qu’humaine…
Déjà,
à cause d’intrusions réalisées en
interne (qui représente quand même 44% des cas d’intrusions au total), les
directeurs informatiques aux Etats-Unis[93],
pour enrayer le phénomène que n’arrive pas à résoudre la panoplie des
outils classiques (pourtant équipés à 98,2% d’antivirus, 90,7% d’un pare-feu,
et à 75% d’une solution globale contre le code malveillant : anti-spyware,
anti-phishing…) en viennent à étudier la
solution extrême, c'est-à-dire celle de remonter à la source absolue,
l’individu lui-même. Ainsi, dans les entreprises américaines, déjà 4% des
directeurs informatiques ont opté pour la biométrie, et 7% pour des cartes
magnétiques.
« Personne
ne devra se rendre compte qu’il est surveillé par des ordinateurs »
Jeffrey
Ullman, spécialiste du Data mining
On
peut légitimement se poser la question : mais comment pourrait t’on me
contrôler puisque mes appareils communicants et moi-même laissons des traces au
milieu de millions d’autres ? Je suis noyé dans une information mondiale
et je vois bien mal comment je pourrais attirer l’attention.
Ces
remarques pouvaient dans l’informatique d’hier rester valables, car certes si
des traces sont produites sur le réseau, ce ne sont que des suites de données
brutes et de tableaux de chiffres, qui sont exploitables au cas par cas dans
des enquêtes par exemple, mais qui ne peuvent pas donner une vue d’ensemble.
C’était sans compter les
progrès fait dans le domaine du « data-mining » et qui a donné
naissance dans ces toutes dernières années au « link analysis ».
L’analyse de tableaux
croisés est aujourd’hui la principale méthode pour identifier les associations
entre des variables contenues dans une base de données. Lorsque le nombre de
modalités est très important, cette méthode est inadaptée. Il est difficile en
effet d’analyser des tableaux comportant plusieurs milliers de lignes et de
colonnes. Ces logiciels permettent donc d’extraire
de grandes bases de données des liens
de cause à effet dont on ne soupçonnait pas jusqu’alors l’existence. Au
départ, on sait ce que l’on étudie (comportement d’achat, interactions entre
médicaments, phénomène astrophysiques…) mais on ne sait pas exactement ce que
l’on recherche. C’est la machine qui va
mettre en avant les corrélations les plus intéressantes. Les enseignements
tirés sont souvent spectaculaires : comportement des personnes qui fraude
le fisc, de celles susceptibles de décéder d’un cancer de la prostate ou de
celles intéressées par des réductions sur les vacances de neige.[94]
Ainsi,
dès à présent, des outils dotés le plus
souvent d’interfaces graphiques très poussées et simplifiées sont
disponibles sur le marché pour pouvoir reconstruire par exemple les réseaux de
communication entre différentes personnes et permettre par un moyen simple et
visuel de représenter les relations entre toutes ces modalités.
Ainsi,
à partir du dépôt de brevets, il est possible de reconstituer les équipes
d’inventeurs. A partir de messages dans lesquels il y a un émetteur et un
récepteur (comme des e-mails), on peut représenter le graphe des
communications, etc.
C’est probablement de cette
manière là qu’on été remontées les filières terroristes de l’attentat de la
gare d’Attocha en Espagne. En effet, un téléphone portable devant déclencher
une bombe a été minutieusement analysé. On n’a pas pu savoir le nom exact de
son propriétaire[95],
mais ceux de ses contacts qu’il a ou qui l’ont appelés dans les dernières
semaines, ainsi que les contacts des contacts…et cela à l’infini.
Ce « réseau » est
représenté dans le graphe ci-dessous. Il est possible de savoir également
l’importance que les contacts ont entre eux, la liaison (le trait) entre eux
changeant de longueur suivant la « densité » des contacts. Par
exemple, la distance entre 2 modalités sera d’1cm pour plus de 10 coups de fil
par semaine, 5cm pour moins de 2…etc. Ainsi plus deux individus sont proches
sur le graphe, plus ils entretiennent de communications avec leurs portables
entre eux.
Ainsi,
par la puissance des outils aujourd’hui accessible, le travail est pré-maché par les ordinateurs. Dans l’exemple
Espagnol, là où il aurait fallu probablement des semaines d’analyses de données
brutes, le link analysis propose une solution graphique beaucoup plus adaptée à
l’intelligence humaine et directement exploitable par pratiquement n’importe
qui. Ce qui est très clair en tout cas, c’est que ces nouveaux outils logiciels
rendent possible l’analyse de grandes quantités de données, inexploitées
jusqu’à présent.
Les
applications sont bien sur multiples : on l’a vu, dans le domaine policier
et de la justice, les enquêtes sont grandement facilités. En effet, en rentrant
dans l’ordinateur des données à priori hétérogènes que sont les adresses des
différents suspects et victimes, les numéros de téléphone qu’ils ont appelés,
leurs différentes transactions financières sur un laps de temps donné, et leurs
différentes relations familiales, les logiciels de « link analysis »
en mettant en liaison toutes ces données peuvent faire apparaître des éléments
tout à fait nouveaux et cruciaux pour l’enquête, qu’une analyse classique partant
de pièces isolées n’aurait jamais pu rendre compte. Le secteur médical, en
épidémiologie et pharmacologie fait plus
que de s’y intéresser. En veille technologique également, on peut très
facilement pour des brevets identifier des équipes d’inventeurs…Les banques et
les assurances commencent aussi à s’équiper massivement dans la lutte contre la
fraude. Ne doutons pas que les services marketing des entreprises sauront
utiliser ces logiciels avec beaucoup de minutie, en rendant clairement
exploitable leurs bases de données pour en savoir toujours plus sur le
consommateur. Déjà, les trois opérateurs de téléphonie français (SFR, Bouygues
Telecom et Orange) estiment que grâce aux modèles comportementaux qu’ils ont
élaborés grâce au data-mining et au link analysis, ils peuvent repérer à
l’avance les clients susceptibles de passer à la concurrence ou ceux capables
de souscrire des forfaits plus chers.[96]
Si
ces outils sont mis en place, ce qui à l’air d’être le cas, à vaste échelle, le
contrôle systématique et dynamique (avec de multiples évolutions dans le temps)
est donc a portée de main. On comprend alors mieux l’enjeu de la conservation des logs (qu’on détaillera plus tard
dans pour le cas Français) mené par l’Europe et les
gouvernements nationaux, lors des communications Internet et
téléphoniques. En effet, la réunion des logiciels de link analysis alliée à la
sauvegarde de toutes les données de connexion (logs) pendant une durée
indéfinie vont placer le citoyen dans les mailles d’un filet extrêmement serré
où sa liberté deviendra très contrôlé et où le temps ne jouera pas pour lui.
C’est
probablement à ce type de système, que Jeffrey Ullman, ancien professeur à
Stanford et spécialiste du Data mining, pense aujourd’hui : « Il faut
financer un très important effort de recherche en informatique pour mettre à la
disposition des services de renseignements un outil qui permette de trouver ce
que ces tarés de terroristes mijotent…Il faudra peut être dix ans pour mettre
au point ce système, mais il faut le réaliser, même si cela implique d’installer des capteurs électroniques à tous les
coins de rue pour repérer les suspects, les comportements anormaux et les substances chimiques dangereuses.
C’est une question de survie pour l’Occident »[97].
En
fait le logiciel analyse les images des systèmes de surveillance, détecte les
mouvements et identifie leur origine, y compris les événements anormaux, comme
une personne profitant de l'entrée d'une voiture pour pénétrer dans un parking.
Autre atout de taille : ce système intelligent différencie, entre
plusieurs événements, ceux devant déclencher une alerte. Pour éviter de
renforcer les effectifs chargés de surveiller les écrans 24h/24 puisque de
multiples caméras rendent la somme d’informations à traiter vite ingérable pour
quelques personnes, FoxVigi propose une solution qui peut intéresser
effectivement à la fois le public comme le privé. La production d’image avec le
renforcement un peu partout de la vidéosurveillance est tellement importante
que le nombre d’applications est
malheureusement presque infini.
Et
tous ces outils sont financés par une machine qui s’emballe. Examinons
maintenant de plus près certains rouages de notre « toute puissante »
économie.
« Le
métier de TF1, c’est d’aider Coca Cola à vendre son produit.
Ce
que nous vendons à Coca Cola, c’est du
temps de cerveau humain disponible. »
Patrick
Le Lay, PDG de TF1
Adam
Smith, père de l’économie moderne croyait en une « main invisible »
(le lieu de rencontre d’égoïsmes rationnels) qui répartirait les revenus de
façon juste et équitable pourvu que tout le monde « participe » de
son mieux à la vie économique. Walras et Pareto prétendent démontrer que non
seulement le marché est la forme la plus parfaite d’exercice de la liberté en
économie, mais qu’il permet aussi la
répartition la plus efficace des ressources et la meilleure satisfaction des
consommateurs.
De
la même manière en 1625 est écrit un texte fondateur de toutes les utopies de
la liberté : le « De jure belli acpacis » de Grotius. Il
proclame que l’homme ne doit pas obéir à une quelconque Loi divine, mais
choisir les lois les mieux adaptées à son temps, organiser la comptabilité
entre libéralisme économique et liberté politique, marché et démocratie,
propriété privée et intérêt général.
Pourtant,
dans les faits aujourd’hui le
capitalisme n’a jamais autant été porteur de déséquilibre sur notre planète,
à l’échelle des nations comme des individus. C’est un truisme de le rappeler,
mais comme à aucune autre époque les pauvres ne sont devenus si pauvres, et les
plus riches encore plus riches.
Comme
lors d’une agonie, depuis quelques années maintenant, on sent que le
capitalisme se démène pour trouver d’autres leviers d’action pour arriver à
survivre.
Pour
faire un très bref rappel historique de son évolution au 20ème siècle, c’est
dans ses premières années qu’est né la véritable face du capitalisme, qui a exclut très vite l’homme du centre du débat,
avec la production à la chaîne et l’organisation scientifique du travail
échafaudé par Taylor (OST). Au départ, c’était l’offre de produit qui menait la
danse, et le reste suivait par déduction. Par exemple, avec
Les
temps immédiats d’après guerre, avec des pays entier à reconstruire, ne posait
pas non plus encore de problèmes au niveau de la demande…pratiquement tout ce
qui était fabriqué était vendu.
C’est
seulement dans les années 60 qu’on vit apparaître ce qu’on appelle le
« marketing » ou « art » de mettre sur le marché des produits.
C’est l’époque où l’on commençait à voir que produire n’était plus suffisant,
il fallait aussi savoir vendre. D’ou l’essor incroyable à cette époque de la
publicité par exemple.
On
commença alors à utiliser plusieurs leviers d’action : le 1er fut le prix.
En effet, entre 2 produits concurrents identiques, le consommateur préfèrera le
moins cher. On retrouve ici les théories économiques de Smith et Ricardo.
Cependant, le marché n’était pas encore pur et parfait comme dans la théorie.
Le 2ème levier d’action pour faire qu’un produit soit acheté plutôt que son
concurrent fut la publicité (promotion). En effet la ménagère de moins de 50
ans aura tendance à acheter en priorité le produit dont elle a entendu parler.
Le 3ème levier sera le produit lui même. Pour cela, il faudra que le produit
soit « positionné » pour plaire à une catégorie donnée de
consommateurs. D’où la naissance de discipline comme le packaging ou le
merchandising pour essayer (en vain !) de donner une âme au produit.
Le
problème est que ces leviers ont tous aujourd’hui atteint leur paroxysme. D’où
une profusion dans tous les médias, d’une publicité à outrance ventant tel
mérite ou tel prix d’un produit par rapport aux autres. Nous sommes tous
devenus, par ces effets de martèlement, de vrai « homo œconomicus », en nous coupant, s’il était encore possible
de le faire, de notre véritable être spirituel, en privilégiant uniquement
notre confort matériel.
C’était
encore sans attendre l’arrivé d’Internet
qui permit l’application de la théorie
néo-classique d’un marché pratiquement pur et parfait. En effet se sont
créés sur la toile des sites de ventes aux enchères (classiques ou inversés),
de groupement de consommateurs, de marchands plus classiques…etc., sites qui
font tendre les prix des produits à leur minimum puisque le consommateur
potentiel à d’un clic de souris accès à tous les concurrents et à leurs offres
par rapport à un produit sélectionné. Cela veut dire que pour être encore plus
attirante, la sphère capitaliste devra encore trouver d’autres
« leviers » pour faire émerger le concurrent le plus attractif avec
le prix le plus bas. Pour nous ces
leviers sont au moins au nombre de trois, que l’on commence seulement à
percevoir depuis quelques années.
Le 1er est le facteur humain. Ce n’est pas intégralement un nouveau levier car il
était utilisé déjà depuis longtemps en face des « machines ».
L’homme, complètement aliéné, était considéré seulement comme un facteur de
production. On pourrait se dire que de ce coté là les choses ont bien évolué et
c’est vrai…les ouvriers sont moins nombreux et probablement mieux traités et
avec plus de droits qu’à cette époque (entendu que nous ne parlons ici que des
pays occidentaux). Cependant ce qu’on appelle aujourd’hui les « ressources
humaines » a évolué dans une voie plus qu’incertaine. L’évidence est de
dire, si l’on considère toujours le facteur prix comme essentiel dans notre
économie aujourd’hui, que moins le personnel sera nombreux pour produire un
produit ou un service, plus le prix sera bas. Tout est donc bon pour augmenter
la productivité sans augmenter les salaires, et donc travailler à partir d’un
minimum de personnel. Cette tendance s’est bien sur accélérée avec le recours
au travail temporaire et précaire, pour fournir aux entreprises le « juste
de main d’œuvre » nécessaire, et rien de plus. Malheureusement depuis
quelques années, une autre tendance forte du monde du travail à été
révélée : le harcèlement moral. En effet, pour ne pas avoir à payer le
plus souvent des primes de licenciement, les services de ressources
(véritablement) « inhumaines », souvent grâce à la collaboration de
certains collègues « intéressés », forcent des salariés à partir
d’eux mêmes, souvent en les décourageant psychologiquement[99].
Plusieurs techniques sont bien sur utilisées : la mise au placard, les
moqueries, le refus d’obéir…Bref les procédés sont nombreux et coûtent pourtant
cher à la société et en l’occurrence à l’assurance maladie. On voit donc dans ce harcèlement moral l’un des derniers
leviers de l’économie qui tend vers une déshumanisation totale du travail.
2ème
levier, essayer de faire
croire que l’économie va donner un
sens aux choses matérielles. En effet, et c’est là aussi une tendance de
fond, il y a une progression très forte des fondations d’entreprise (qui
remplacent petit à petit les associations humanitaires, ou en tout cas qui les
financent). Il y a là une continuité dans le paradigme sauveur/victime, les
nations « riches » finançant la pauvreté du Sud. Or on comprend bien
que seul un équilibre « partagé »
pourrait solutionner durablement les choses, sans domination de pouvoir bien
souvent assise sur l’argent. Ainsi on peut s’attendre dans la période qui
s’annonce à avoir pour certains produits de véritables campagnes de pub à la
sauce « humanitaire » pour nous faire croire qu’en consommant tel
chose on va solutionner tel problème. Et en essayant par là de redonner une
certaine âme au produit ou au service, qui, le pauvre on le comprend, est à
cours de recettes pour réussir à se faire vendre. Dernier coup d’échec de l’économie qui dans
sa terrible agonie essaie de sauver sa peau ?
Le
dernier élan de générosité « mondial » provenant des dégâts humains
et matériels du tsunami en Asie a probablement ouvert la brèche. Les hommes, en
quelques jours ont réussi, par un élan du cœur, à réunir plusieurs milliards
d’Euros. On peut supposer que des néo-capitalistes vont voir là une manne
financière à exploiter extrêmement importante. A n’en pas douter, la sphère
« humanitaire » va être progressivement aussi happé par la sphère
économique. Déjà les grandes associations caritatives dans leur fonctionnement
et leur organisation ressemblent à s’y méprendre à de grands groupes
industriels, avec des services marketing extrêmement pointus et développés pour
aller toucher en profondeur l’ « âme humaine » des donateurs.
Cette fois ci le néo-capitalisme à pour
but de rentabiliser les sentiments humains, la compassion des uns envers
les autres pour toujours plus de profits.
Un
autre exemple récent est la multiplication de certaines « pétitions »
sur Internet. Le mécanisme en est simple : il faut trouver un sujet digne
d’intérêt à connotation humanitaire ou écologique (récemment une pétition est
apparu qui annonçait la déforestation annoncée de la moitié de la forêt
amazonienne par le gouvernement brésilien) puis la diffuser et surtout
expliquer à chaque signataire de la faire suivre à une dizaine de correspondant
au moins de leur carnet d’adresses électronique. Ensuite, il suffit de dire
qu’à chaque 500 signatures, un exemplaire doit être renvoyé à l’email d’origine
de la pétition pour pouvoir rassembler toutes ces « signatures », et
commencer à faire pression. Et alors, diriez vous, c’est ici agir pour la bonne
cause. Et bien non, détrompez vous. Les initiateurs n’en ont que faire de la
forêt amazonienne. Ce procédé permet à des sociétés de récolter en un temps
record des milliers d’adresses e-mail qu’ils pourront revendre au prix fort
pour faire la plupart du temps du spam, ou en tous les cas de la publicité non
désirée. Ainsi, sous couvert de cause légitime, on peut comprendre comment
« l’économique » prend le dessus sur tout. Ce type de « charity business » affiche des
promesses de développements exponentiels. Les plus innocents d’entre nous, pour
ne pas dire naïfs, s’y feront prendre, à coup sur.
Dernier
exemple avec Microsoft en France qui essaie de gagner des parts de marché par
l’intermédiaire de sa fondation. Celle ci crée dans des villes françaises des
associations dénommées « Clique sur ta ville » pour soit disant
« lutter contre l’exclusion
numérique ». Ce qui est intéressant, c’est qu’apparemment Microsoft entend
par ce biais faire parler de lui le moins possible en passant par des personnes
morales associatives. Les villes n’ont qu’à dire « oui » et auront
droit à plusieurs postes informatiques gratuits, à des licences logicielles à
ne pas savoir qu’en faire, à des scanners, imprimantes, appareils photos
numériques…, et à des formations Microsoft pour les animateurs des associations
locales. Eric Boustouller, Président Directeur Général de Microsoft France
déclarait alors : « Il est aujourd’hui indéniable que les TIC jouent
un rôle majeur dans la lutte contre l’exclusion et pour la réinsertion. Il était tout naturel que Microsoft
France s’associe à cette démarche à travers le programme « clique sur ta
ville » ».
Toujours
dans la même entreprise, l’opération « Docteur Souris », cette fois
ci lancée au niveau national, doit contribuer à l’amélioration de la qualité
d’accueil aux enfants dans les hôpitaux, en fournissant aujourd’hui plus de
1000 ordinateurs portables wifi. Selon Microsoft, ce projet « aide les
enfants et adolescents hospitalisés à rompre leur ennui et à communiquer avec
l’extérieur grâce à l’informatique. » Rien à redire sur le papier, les
résultats sont là. Pourtant, pouvons nous vraiment croire les arguments
philanthropiques de Microsoft, qui comme toute entreprise, doit pouvoir rendre
des comptes à ses actionnaires, et nous
faire croire qu’elle compatit à la souffrance humaine ?
Deux
remarques. Premièrement, l’économie et le marketing confirment être, sous des
aspects engageants, le cheval de Troie d’un contrôle qui pourrait devenir
systématique. En seconde lieu, on pourrait avancer que les associations et les
fondations, contre qui, pratiquement, aucun argument défensif ne tient, souvent
parce que le coté « émotionnel » des choses prend vite le dessus,
sont en train de devenir insidieusement aussi un alibi légitimant toutes les
dérives de l’économie et du marketing.
Conséquence toute
logique : le contrôle systématique pourrait bien être orchestré par une
« sauce » humanitaire, contre personne, doté d’un cœur et de
compassion, ne pourrait s’insurger, à moins d’en comprendre le mécanisme caché.
Enfin, le 3ème
levier très prisé aujourd’hui pour
être toujours plus compétitif, c’est la
montée en puissance du « renseignement économique » ou encore
« intelligence économique » dans les entreprises. Qu’en est il
exactement ? Cela consiste à obtenir l’information la plus fiable et
pertinente possible sur un marché donné pour que les décideurs prennent la
bonne décision au bon moment pour la bonne marche économique de l’entreprise.
C’est le monde du renseignement
étatique appliqué à la gestion de
l’entreprise. Admettons à la limite (malgré la perversité du système) que les
objectifs de survie de nos entreprises dans un monde hyper concurrentiel en
passent par là. Ce sont les moyens pour y arriver qui peuvent paraitre moins
légitimes. En effet, ces cellules de « veilleurs » pourront, suivant
leur degré d’éthique, piocher dans l’information
blanche (l’information qui circule librement et qu’on trouve sans aucun
problème, comme sur Internet, donc autorisé), l’information grise (qui se trouve être à la limite de la légalité,
comme par exemple la fouille des poubelles d’une entreprise) ou l’information
noire (information que l’on se procure au moyen de procédés cette fois ci
complètement illégaux, comme par exemple le vol d’un ordinateur portable…). Il
apparaît donc en filigrane que pour être
toujours plus compétitif et pour afficher des tarifs toujours plus bas, il
devient nécessaire parfois de se mettre « hors la loi ».
« Notre liberté se bâtit sur ce qu'autrui ignore de nos
existences. »
Soljenitsyne
L’économie,
quelque soit la forme qu’elle prenne se veut en apparence toute puissante.
Pourtant, même en raisonnant en pure économiste, ce ne peut être à long terme
qu’une illusion. « Les arbres ne montent jamais jusqu’au ciel et l’on ne
voit pas comment les marchés boursiers pourraient continuer à croître de 10%
par an quand les taux de croissance annuels des économies occidentales sont de
l’ordre de 2 à 3% » analyse Jean Peyrelevade[100].
Les partisans de la « décroissance » montrent scientifiquement que si
tous les pays du monde vivaient sur le même élan de consommation que les pays
riches occidentaux, ils faudrait 4 planètes Terre pour satisfaire tout le
monde !
Dans
le chapitre précédent, on a vu que l’on s’achemine de plus en plus à la limite du possible dans le monde
économique et de l’entreprise, à savoir du
coté humain à la frontière entre santé mentale et maladie psychique (harcèlement
moral), puis à la confusion marketing
entre matériel et spirituel (âme et sens du produit), et du coté juridique, à la frontière entre le
légal et l’illicite (Intelligence économique).
Or
il faut voir que tous ces éléments, nourris préalablement dans la sphère
économique sont en passe de se répandre
à grande vitesse dans les cadres de vie personnelle de chacun. Et ce
désordre se propagera définitivement une fois que le marché de la vie privée
deviendra parfaitement organisé.
Les Etats-Unis
semble aussi montrer la voie[101] . Toujours pour des bonnes raisons (épouse volage,
mari infidèle…), moyennant une centaine de dollars n'importe quel individu peut
se procurer les relevés de communications téléphoniques mobiles de la personne
de son choix. De Locatecell.com à Bestpeoplesearch.com, on ne compte plus les
sociétés qui ont investi ce créneau particulièrement lucratif. En effet, des
douzaines de sociétés américaines opérant sur Internet se sont spécialisées
dans la revente de relevés de communications sur téléphone portable. Selon le
Washington Post, pour parvenir à leurs fins ces voleurs d'informations d'un
nouveau genre utilisent trois techniques. Il leur arrive de disposer d'un
« correspondant » employé par un opérateur de téléphonie mobile, qui
leur fournit de petits services. Autre solution : détenir
(frauduleusement) le numéro de sécurité sociale d'une personne (l'identifiant
comme possesseur d'une ligne mobile) et usurper son identité afin de récupérer
les informations concernant ses communications (noms des personnes appelées,
durée des appels...). Enfin, une dernière solution consiste à essayer d'accéder
en ligne et sans son consentement au compte personnel d'un abonné. Interrogé
par CBS, Noah Wieder, le responsable de l'une de ces sociétés,
Bestpeoplesearch.com, tenter de minimiser le phénomène. « Il ne s'agit pas
d'une activité illégale. Disons que le secteur s'autorégule. C'est comme
l'alcool. Si vous le laissez entre de mauvaises mains, cela peut devenir
dangereux. » !
Toujours aux
Etats-Unis, pour apurer les comptes d’une association d’utilisateurs HP
(Hewlett Packard), la justice est allé jusqu’à mettre son fichier d’adhérents
aux enchères, cédant au plus offrant un fichier contenant des informations
relatives à plus de 100.000 personnes. Il est vrai qu’une telle opportunité
avait de quoi faire saliver beaucoup de services marketing, car le fichier
répertoriait les adresses personnelles des responsables informatiques et des
informations relatives à leur équipement. Le prix de départ était fixé à 15.000
dollars. Les adhérents ont, on le comprend, grincé des dents, et craignent en
plus que le fichier soit vendu plusieurs fois et que leur email professionnel
devienne la cible de spammeurs.[102]
L’Intelligence
Economique (I.E), dernière invention de nos économies modernes pour survivre,
commence depuis quelques années à acquérir en France ses lettres de noblesse parmi
les pratiques de gestion des entreprises, et son évolution rapide est
intéressante à observer. Alain Juillet, le « Monsieur Intelligence
Economique » Français, directement rattaché au 1er ministre,
affirme que l’I.E. provient du mariage de la mondialisation d’une part, et des
nouvelles technologies d’autres part : pour que les dirigeants
d’entreprise puissent aller trouver les opportunités dans le monde pour
prospérer économiquement, les TIC permettent, parmi les milliards
d’informations qui existent, de les analyser, de les synthétiser et d’en
extraire l’essentiel. Pour lui en effet, nous sommes en train de changer de
paradigme (mais pas le même dont nous parlerons plus tard). D’une économie
dictée préalablement par la loi de l’offre et de la demande, à l’heure où tout
va de plus en plus vite, c’est « l’information » qui prend, selon
lui, désormais le relais. Disposer de l’information plus vite que ses
concurrents, pour acheter ou pour vendre et pour prendre les meilleures
décisions, est désormais crucial pour « ceux qui veulent survivre », dans un contexte ou chacun
désormais, y compris les pays en voie de développement, veut des parts du
gâteau de la « croissance » internationale. Ainsi en stratégie
d’entreprise, on considère que les sociétés peuvent prendre 2 voies pour
attaquer un marché : la stratégie de prix, ou celle de différenciation.
Or, avec le très faible coût de la main d’œuvre dans les pays émergents, les
occidentaux ont compris que la seule bataille qu’ils peuvent remporter se situe
sur le terrain de la différenciation.
L’innovation et la « matière grise » sont alors essentiels à
maîtriser, et c’est bien souvent l’I.E. qui permettra aux entreprises, grâce
aux informations fiables qu’elle amène, de développer un avantage
concurrentiel, sur ces concurrents, au moins pour un temps. Parler de
« guerre économique » aujourd’hui n’est pas un vain mot.
Et
pour arriver au bout de cette logique neo-capitaliste, chaque nation qui veut
« gagner » doit être « solidaire » à tous les niveaux.
C’est pourquoi notamment, « public » et « privée » doivent
travailler ensemble pour permettre au pays de ne pas être devancé par les
autres. Aux Etats-Unis, les liens entre la communauté du renseignement et les
entreprises privées sont devenus si étroits que l’on peut parler de complexe
« secréto-industriel », à l’image du complexe
« militaro-industriel ». Les entreprises américaines n’ont plus aucun
scrupule à collaborer avec les services de sécurité, voire à se substituer à
eux dans certaines taches de surveillance.[103]
Drôle de vision de la solidarité lorsque celle-ci s’ingénue à s’approprier
« le plus possible » au détriment des autres nations. Ainsi, au nom
de cette « fraternité économique » ou autre « patriotisme économique », peut être demandera t’on au
« public » de permettre au « privée » d’accéder à toutes
ses bases de données pour être plus efficace contre les autres pays dans la
« guerre économique » qui démarre. Richard Stallman, figure
emblématique du monde de « libre », analysait[104]
d’ailleurs le renversement de situation : « de nos jours évidemment,
alors que les états obéissent aux entreprises, il est presque impossible
d’avoir un projet de loi qui soit bon…On ne peut pas attendre une bonne loi
tant que les entreprises dominent les lois ».
Et
à l’inverse, en gage de bonne réciprocité, le privé devra peut être fournir aux
Etats leurs informations sur chaque « consommateur » pour compléter,
qui sait, leur fichage, comme ce qui à put déjà commencer aux Etats-Unis, ce
que nous verrons plus loin. Qui oserait s’insurger contre le rassemblement de
« toutes les énergies autour d’un véritable patriotisme économique »[105] ?
« Tous dans la même galère », on nous conjurera de donner au monde
économique toutes les informations pour qu’il devienne un « gagnant »
dans la compétition mondiale et pour assurer notre modèle social. Dans cet
ersatz de fraternité, toutes les dérives deviennent alors possibles.
C’est
ainsi que dans cet esprit tout un tas de techniques sont inventé pour encore
mieux espionner les entreprises…et pourquoi pas aussi son voisin. Parmi
celles-ci, le « Keylogging ».
Un petit programme, dit « keylogger » est installé sur l’ordinateur à
l’insu de son utilisateur. Ce logiciel va enregistrer toutes les frappes au
clavier. Ainsi, à petite échelle, un employeur va pouvoir surveiller avec une
grande proximité ce que font réellement les salariés. Il fut très utilisé aussi
par les pirates pour connaître le sésame des clients des banques utilisant le
web pour consulter leur compte en ligne et faire des virements. Ainsi, identifiants
et mots de passe pour se « logger » à la place du client n’avait plus
de secret pour eux. A plus grande échelle, et dans la guerre économique qui
commence à faire rage, il peut être fort intéressant (et facile avec ces
techniques) de savoir à quel type de brevet s’intéresse telle ou telle firme,
quelles innovations elles sont en train de développer…etc. Et c’est là que le
privée aura à son tour besoin des « grandes oreilles » des nations du
pôle économique pour lequel elle a entamé la partie.

Mais, bien entendu concernant le marché de la vie
privée, c’est sur la « Toile » elle-même que les plus grosses dérives
apparaissent. La société Intelius.com créé en 2003 aux USA, avec un CA autour
de 40 millions de Dollars en progression de 760% depuis le 1er
exercice s’est vu attribué la palme par l’American Business Awards de la
« meilleure nouvelle compagnie ». Ce sont chaque mois plus de 30
millions de visiteurs qui se connectent pour vérifier, par exemple, qui est
leur nouveau voisin ou les personnes que leurs enfants fréquentent.
Contrairement à
Intelius se fait fort, pour 7,95 dollars (environ
6,20 euros), de retracer la vie privée (mariage, divorce, nombre d'enfants,
déménagements) de n’importe qui au US. S'affichent aussi son revenu, la valeur
de son bien immobilier. On va connaître la surface de sa maison, le nombre de
pièces et même le mode de chauffage. La photo satellite du bien est certes un peu
floue, mais le plan du quartier est précis, et une fiche indique même le
«profil» de la population environnante : pourcentage de Blancs ou de Noirs,
niveau d'éducation et de revenus.
Ira-t-on
jusqu'à vérifier ses antécédents judiciaires ? Moyennant 49,95 dollars (environ
39,10 euros) de plus, Intelius y incite fortement pour the peace of
mind, comme ils disent (pour avoir la « tranquilité
d’esprit », cher à tout discours sécuritaire). Intelius propose de scruter
le passé «criminel» de n'importe qui, histoire de vérifier s'il a, par exemple,
été ou non condamné pour «offense sexuelle». L'idée étant d'amener
tout parent à se poser cette question : «Connaissez-vous réellement la
personne qui s'occupe de votre enfant ?» «Et, au fond, savez-vous qui est son
coach sportif ?»
Pour
se couvrir, l’entreprise rappelle à ses clients qu'ils ne doivent pas utiliser
les informations obtenues sur une personne pour la «harceler» ou la
«menacer»[106] ! Et pourtant, ce business n’alimente
que très peu les débats outre atlantique. On pourrait espérer une autre
perception si ce concept venait à débarquer dans l’union européenne.
Une fois de plus les nouvelles technologies
détériorent la confiance que pouvait se porter entre eux les êtres humains. En
voulant « tout savoir », en voulant « la vérité » sur
chacun, ne risque t’on pas de mettre à mal ce pilier fondamental du règne
humain ?
« En
nombre del progreso y de la revolucion
Quemaron
tradiciones y pisaron el honor »
Mecano
L’être
humain, par la matérialisation obtenue par ses connaissances, c'est-à-dire la
technologie, est en train de créer son œuvre ultime, à travers les ordinateurs
et le réseau Internet.
On
peut ainsi dire, et nous allons le montrer, que l’ordinateur individuel est
l’image matérielle de l’être humain, et que le réseau Internet n’est autre que
l’image matérielle de l’humanité, voire peut être même de sa conscience
collective.
Les
humains seraient ils sur le point de se prendre pour Dieu en créant un Univers,
dans la matière, qu'ils auraient l'impression de contrôler et de dominer ?
Vanité humaine et toute puissance de
Le
Web est en effet devenu un super organisme d’une nature et d’une taille encore
jamais vu sur Terre à ce jour. D’ores et déjà il comprend plus de 1 milliard de
correspondants potentiels, c'est-à-dire de machines capables d’émettre et de
recevoir des messages : PC, téléphones portables, Internet des objets.
Ceux-ci ont généré près de 50 milliards de pages. Dans 10 ans, il connectera
des milliards, voire des dizaines de milliards de terminaux de toutes sortes et
aura créé un nombre de pages et de messages pouvant atteindre le milliard de
milliard.[107]
L’intelligence
La
guerre de l’intelligence a déjà débuté sur Internet. Les moteurs de recherche
type yahoo, msn ou autres google rivalisent d’ingéniosité dans leurs
algorithmes de classification des pages pour offrir aux internautes les
classements les plus pertinents lors de leurs interrogations.
Voici
ce qu’on trouve sur le site de Google France quant à sa technologie de
classification appelée « Page Rank » :
« PageRank
permet de mesurer objectivement l'importance des pages Web. Ce classement est
effectué grâce à la résolution d'une
équation de 500 millions de variables et de plus de 8 milliards de termes. PageRank
utilise la vaste structure de liens du Web comme un outil de classement. Pour
simplifier, Google interprète un lien d'une page A vers une page B
comme un " vote " de la page A pour la page B et
évalue ensuite l'importance d'une page en fonction du nombre de votes qu'elle
reçoit. »… « . Nous avons développé une technologie de recherche
avancée qui fait appel à une série de calculs simultanés réalisés généralement en moins d'une demi seconde, sans
intervention humaine ».
L’intelligence,
derrière ces milliards de variables, dont fait preuve le réseau Internet
commence à rentrer en compétition avec celle du règne humain. La mesure, même
inconcevable par l’esprit humain, d’une infinité
de variables et d’un amour
inconditionnel est peut être le plus juste pour essayer d’approcher ce que
de nombreuses Traditions appelle
La mémoire
La
bataille pour la connaissance est aussi, on le pressent intuitivement, en
cours. Au niveau de l’ordinateur individuel, c’est le disque dur qui fait
office de « mémoire » et qui emmagasine les connaissances.
Internet,
lui, comme notre réseau de neurones dans nos cerveaux humains, est émietté dans
un réseau de « serveurs » qui distribue ainsi la connaissance
planétaire à qui la demande. Internet constitue une mémoire Eidétique, c'est à
dire une mémoire totale.
Qu’est
ce que cela signifie concrètement, pour nous. En fait, selon Denis Ettighoffer,
Président d’Eurotechnopolis Institut « le réseau, en interdisant l'oubli,
pourra retenir tous les actes d'un individu. Actes anciens librement
disponibles à tous, parfois déformés ou sujets à interprétations discutables
car traités ou saisis par des hommes faillibles. Un individu, pour sa part, ne
retient consciemment qu'une très faible partie de sa vie. Il dispose de
multiples possibilités, de multiples voies pour réussir sa vie. Mais c'est
l'oubli des parties les plus dures, les plus difficiles, l'oubli des erreurs ou des fautes passées qui permet à l'individu de
survivre et de se reprendre pour réussir, enfin, une vie parfois mal
partie. » A l’opposé, toute démarche de lecture ou d’écriture sur le
web est mémorisée quelque part, sans limite de temps. Cela signifie que se
créent à chaque fois des liens nouveaux entre données jusqu’ici non reliées. Si
je vais lire le contenu d’un site, je crée un lien entre mon adresse IP et
celle de ce contenu. Le Web devient donc une gigantesque mémoire, une immense
base de données qui, 24h sur 24, n’arrête jamais de travailler et de s’étendre,
et qui me trace par les différents objets qui mémorisent les liens, physiques
ou virtuels, que j’établis sans cesse dans ma vie sociale.
Le souci avec cette mémoire eidétique, c’est que, déjà actuellement, elle
ne possède pas « d’inconscient », c'est-à-dire d’endroit où chacun
puisse laisser aux oubliettes des actes passés, pour permettre de s’ouvrir à
autre chose et donc, d’évoluer. Le réseau n’a pas de « mémoires
mortes » qui, comme chez l’homme, cachées ou masquées par le temps,
permettent les oublis nécessaires à la vie en commun. Du coup, le réseau n’oublie pas les vieilles
rancunes, le dénigrement, les mauvais souvenirs, les erreurs passées. Ainsi, il
devient pour quiconque très facile de mettre son prochain en difficulté, en
retrouvant, par exemple, chez un collègue de travail dont on envie jalousement
sa place, des détails croustillants sur sa vie privée, sur d’éventuelles
condamnation, sur des erreurs de trajectoires, qui pourront ainsi le faire
chuter. Qui pourra dans ce cadre se montrer « parfait » ?
L’homme est un être en devenir, jamais sclérosé, toujours et à chaque instant
en perspective d’évolution. Le réseau ne nous le ferait il pas prendre pour ce
qu’il n’est pas, un amas de matière sans futur, tout juste bon à dénoncer son
prochain.
Les politiciens, précurseurs dans ce qui pourrait peut être s’étendre un jour à
l’ensemble des citoyens, commencent à faire depuis peu les frais de cette
« mémoire » qui n’oublie ni ne pardonne plus rien. Le sénateur
Démocrate John Kerry s’est attiré un feu nourri des républicains en ayant
déclaré à des étudiants américains que s’ils n’étudiaient pas avec assez
d’assiduité, ils se retrouveraient « pris en Irak ». Malgré ces
excuses, la mauvaise blague du Sénateur ne s’est pas éteinte d’une belle mort
comme cela aurait pu se passer il y a quelques année encore. Au contraire,
Internet à eu un effet démultiplicateur en relayant non seulement la nouvelle,
mais en l’amplifiant énormément. Des clips ont par exemple été publiés de la
part des 2 camps sur le site de partage de vidéo YouTube.com . «À peu près tout ce que dit toute personne de
renom est susceptible d’être publié et rendu visible de façon régulière, non ponctuelle.
La marge d’erreur est presque réduite à néant de nos jours pour les personnes
du domaine public», estime Stephen Hess, ancien rédacteur présidentiel et
enseignant dans le domaine des médias et des affaires publiques à l’Université
George Washington. Et même si des caméramans professionnels ne sont pas
présents forcément lors de toute situation pouvant concerner la vie publique,
il n’y a pas de doute qu’une webcam ou qu’une personne dotée d’un téléphone
cellulaire avec caméra relaiera l’événement et en fera partager la terre
entière en le publiant immédiatement sur son blog. La question reste toujours
la même : les hommes sauront ils faire bon usage d’une telle liberté (ou
devrions nous dire plutôt de ce « pouvoir » ) qui parait devenir sans
limite ?
Pour
donner un exemple concrêt aujourd’hui de cette mémoire eidétique, on peut
revenir quelques instant à l’exemple Google. D’après Silicon.fr[109]
« Google a imaginé, dès sa création, une architecture de stockage capable
de stocker des milliards de fichiers, pour une capacité cumulée de plusieurs Po
(1Po = 1 000 000 Go)…et pour satisfaire les requêtes
planétaires, ce type de configuration
existe en plusieurs lieux de la planète… » Ca peut laisser rêveur…
Dans
le même ordre d’idée, la très secrète NSA aux Etats-Unis enregistre chaque jour
650 millions d’évènements (conversation téléphonique, émission de télé ou
radio…). Mais l’agence ne conserve qu’une partie des écoutes (180 millions de
communications à l’heure) pour cause de capacité de stockage limité. Mais ce
n’est qu’une question de temps car très bientôt, de nouveaux serveurs lui
seront livrés et lui permettront de garder disponible pendant plusieurs années
toutes nos communications[110] !
|
Le disque
dur est un périphérique de stockage magnétique. Il a remplacé
efficacement les tambours (aujourd'hui obsolètes) et les bandes, seulement
utilisées de nos jours pour l'archivage et la sauvegarde. Inventé en 1956 par
IBM, leur capacité augmente très rapidement tandis que leur encombrement et leur prix se réduit très vite. En
informatique, la mémoire fait référence aux technologies permettant de
conserver fidèlement des données sous forme numérique. (Source : Wikipedia) |
La communication
L’homme
est par tous ses aspects un être de communication, qu’elle soit verbale ou non
verbale. L’informatique lui a simplement repris ses caractéristiques.
Dans
toute communication quelle qu’elle soit, il y a toujours deux pôles :
l’émetteur et le récepteur, qui s’échange l’un après l’autre des informations.
Pour le coté récepteur, comme l’homme par ses 5 sens, l’ordinateur possède
ainsi plusieurs caractéristiques : il peut recevoir des informations
depuis son clavier, depuis des disquettes ou maintenant de clés USB, depuis un
scanner…etc
Concernant
l’émetteur, là aussi comme l’homme doté de paroles et de gestes, l’ordinateur
transmet des informations via tout simplement l’affichage des données sur
l’écran, via l’écriture de données sur des supports de mémoire (disque dur, clé
usb…), également par le biais d’une imprimante…etc
Sur
le réseau Internet, symbole de la communication par excellence, on raisonnera
davantage en terme de flux entrant et de flux sortant. En effet, et c’est tout
à fait visible quand on utilise un firewall, chaque partie du réseau s’échange
des informations, pouvant en même temps gérer l’émission et la réception,
l’upload des données et le download.
D’après
Jean Paul Baquiast[111],
le cerveau humain n’a des capacités cognitives que parce qu’il est relié à un
corps qui le distingue de l’univers extérieur et avec lequel il interfère en
permanence grâce à des organes sensoriels et des organes moteurs. Or la
« Machine du web » fonctionne aussi de la même manière : son
corps et ses organes sont faits des innombrables utilisateurs du web, humains
ou machines qui deviennent ses organes sensoriels et moteurs. On peut imaginer
aussi que ces utilisateurs soient assimilés sur le réseau à des neurones
cérébraux, plus ou moins passifs (tout le monde n’est pas connecté en
permanence, du moins pas encore), participant au fonctionnement du web.
Là encore, comme pour la mémoire
et l’intelligence, la caricature de la communication humaine
par les technologies informatiques est quasi-parfaite, du moins du point de vue
du quantitatif. Mais l’homme, par son
libre arbitre, à le choix de ce qu’il veut divulguer ou pas aux autres, et
aussi, et ce d’une manière plus inconsciente, de ce qu’il « reçoit »
des autres. Il possède donc là un
« espace » de libre choix qui n’existe plus avec les TIC. En
effet sur un réseau Internet qui devient omniprésent, chaque communication
laisse des traces indélébiles et impérissables, qui ne permettent plus à
l’homme d’apprendre de ses erreurs et d’évoluer, mais qui le juge et peuvent le
rendre fautif.
Ainsi
on peut dire que le réseau Internet et son devenir dans l’évolution, que ce
soit par son intelligence, sa capacité de mémorisation proprement gigantesque,
sa capacité à communiquer tout aussi impressionnante (et certains prédisent
qu’avec les perfectionnements technologiques on pourra voir un jour sur le web l’apparition d’une quasi
« conscience ») peut être vu comme un parodie, extrêmement bien
réalisée d’un point de vue quantitatif, de ce que les grandes religions
révélées appellent « Dieu ». Pour être parfait en somme, il n’y
manquerait…que l’Amour.
« Quand j’aurais le don de tous les mystères et de toute la
connaissance…Si je ne n’ai pas l’amour,
je ne suis rien »
Lettre
de Saint Paul aux Corinthiens, XIII
Les éditeurs Internet se
démarquent par toujours plus d’ambition dans la quête sans fin de parts de
marché planétaire. En effet, Google et son « Google Desktop » dans
ses 2 premières versions se proposent, depuis assez longtemps même, sur un ou
plusieurs mots clés tapés au clavier, de faire des recherches sur le disque
dur de l’ordinateur personnel de
l’internaute. Non seulement, l'internaute peut
effectuer une recherche dans ses courriels via cette barre d'outils mais aussi dans
tous ses documents Word, Excel, Power Point et dans ses conversations
effectuées grâce aux messageries instantanées de type Msn. En effet
concrètement, lorsque l’application est lancé, le navigateur Internet s’ouvre
sur une page Google classique, à cela près que le bouton « Search the
web » est remplacé par un bouton « Search Desktop ». C’est la
seule différence en apparence.
Mais c’était
sans attendre la dernière évolution de Google aux Etats-Unis avec son Desktop 3ème
version lancé début février 2006. En effet jusqu’alors, la frontière était
encore séparée entre recherche de contenu sur le web et recherche sur les
disques durs personnels. Ce qu’on pouvait prendre pour de l’anticipation n’en
n’est plus : Google propose aujourd’hui un outil global qui permet, en
même temps une recherche à la fois sur
le web et sur les disques dur des particuliers ! Ce système est
baptisé « Search Across Computers » et permet à présent le partage
élargi des données, suivant en cela une philosophie inspirée des systèmes peer-to-peer.
Mais c’est beaucoup plus préoccupant car via Google, « il devient possible de chercher et de récupérer des
documents stockés sur un ordinateur distant, même si celui-ci n’est pas
connecté ou sous tension. Ce qui implique que Google maintienne à jour sur
ses serveurs, par le biais d’Internet, une
copie de la mémoire de chaque ordinateur (appartenant à des particuliers)
ayant activé la fonction Search Across Computers »[112]
Le fossé entre web (espace collectif) et donnés stockées sur le disque dur (vie
privée) s’atténue donc fortement. Le marché voulant toujours plus, Google et
(probablement d’autres plus tard) propose donc à leurs utilisateurs de lancer des requêtes non seulement
sur le web mondial, mais sur tous les disques durs des particuliers de la
planète à la fois, à la condition express, pour le moment, que ceux ci aient
donné leur accord. Techniquement c’est donc aujourd’hui réalisé. Il suffisait
que que l’opinion publique soit suffisamment assez « désinformée »
pour mettre tout cela en pratique.
Mais les choses vont encore
plus loin. Lancé en Août 2005, Writely (qui à été depuis racheté par Google)
est une application du web 2.0 qui permet à ses utilisateurs de rédiger et de
mettre en forme des documents en ligne (du type de Word). Plus besoin de logiciel, ni de disque dur,
tout est accessible à distance ![113]
Début Juin 2006, le célèbre moteur de recherche lançait aussi Google
Spreadsheet (concurrent d’Excel) et certains analystes pensent qu’il pourrait lancer une suite bureautique en ligne
complète. Internet pourrait devenir
progressivement une véritable plateforme (voir, qui sait un jour, un
gigantesque système d’exploitation mondial)
pour chacune de nos applications : il ne serait plus nécessaire de les
installer sur nos ordinateurs puisqu’elles fonctionneraient depuis l’Internet.
On peut supposer qu’il s’agit là d’une tendance forte du développement de
l’internet : les applications (type word, excel, photoshop…) seront
« prêtées » gratuitement par les grandes multinationales du web, et
en apparence sans contrepartie. Sauf que là encore, et c’est la grande force de
Google qui à compris ça avant les autres, l’ensemble des documents sur
lesquelles travaille un internaute seront stockés sur les serveurs de ces
« fournisseurs de service » qui pourront établir, puisqu’il y aura
donc beaucoup de matière pour cela, des profils quasiment
« exhaustifs » de chacun d’entre nous. Et renforcera aussi le fait que toute production humaine sera désormais
présente et accessible à tous sur le réseau.
Neuf
télécom annonçait fin 2005 le lancement d’un disque dur virtuel de 9Go (ce qui
est assez considérable), c'est-à-dire « un espace dématérialisé sur le web
qui permet de stocker des fichiers de toute sorte et de les partager avec ses
contacts » selon Patrick Asdaghu responsable marketing chez Neuf
Cegetel. « L’utilisateur pourra se connecter aux fichiers stockés
depuis n’importe quel ordinateur s’il est muni de son identifiant et de son mot
de passe ». La stratégie des poids lourd du web semble donc converger. Avec
les débits vertigineux de l’Internet à venir, l’espace de stockage des informations est peut être en voie de
disparition sur les disques durs des particuliers et des entreprises, pour
prendre place sur des serveurs de multinationales du web. Drôle de mélange
de la vie privée à la sauce Internet. Microsoft et Google ont ainsi lancé
respectivement leur projet « Live Drive » et « Gdrive ».
Véritable disques durs à distance, ces services permettent aux utilisateurs de
stocker aussi bien des films, de la musique, des vidéos conférences très haute
définition ou tout autre sorte d'information. L’un des arguments avancé pour
utiliser ces solutions est que toutes les informations ainsi enregistrées
seront protégés des virus et
consultables depuis n’importe quel ordinateur. Utopie ultime du
nomadisme ? Streamload, l’un des pionniers de ce que l’on commence à
appeler des « coffres virtuels en ligne » surfe sur la vague d’un
business de stockage de toute forme de données. Selon Steve Iverson, le PDG de
cette firme prometteuse de San Diego, les gens vont commencer à sauvegarder sur
Internet et non plus sur des disques durs privés (bande magnétiques, clés usb,
disques durs externes ou internes…), et ce pour 4 raisons : « la
facilité, la sécurité, l’accès et le
prix. »[114]
Par exemple, « lorsque vous nous confiez vos données, elles sont stockées
et répliquées sur nos serveurs étudiés pour fonctionner 24h sur 24. »
Concernant le coût : « le prix du stockage et de la bande passante
ont énormément baissé. Au point que nous pouvons offrir gratuitement 25
giga-octets à tout le monde ! »
L’administration française s’y met aussi avec le projet d’administration
électronique Adele. Il s’agissait d’expérimenter en 2006 la création
« d’un espace de stockage personnalisé accessible en ligne » à partir
duquel l’usager pourra communiquer avec les administrations et conserver les informations et documents
nécessaires à ses démarches. En 2007, les Français qui le veulent pourront
archiver leurs documents officiels sous forme électronique dans un «
coffre-fort virtuel »[115].
Sur un espace personnel situé sur un serveur appartenant à l'Etat
et accessible depuis n'importe quel ordinateur, pourront être stockés
« tous les éléments nécessaires à ses démarches » pour éviter d'avoir
à en faire régulièrement des copies, par exemple comme les bulletins de
salaires, le livret de famille ou les relevés de comptes bancaires. Bref, tous
ces documents officiels qui, peu à peu, prennent une forme électronique.
La virtualisation et la
« connaissance », comme elles se doivent, dans nos sociétés modernes,
d’être « pratiques » pour attirer à elles un nombre croissant de
personnes, doivent déboucher, puisque la
facilité d’utilisation est un point crucial, à des « synthèses graphiques »
aisément compréhensible et manipulable par tous. C’est là qu’entre en jeu
encore Google avec son Google Earth, ou plus modestement l’IGN sur le
territoire français, dans cette course à la représentation 3D virtuel du monde.
Exemple très concret, le GPS de demain est en cours de développement dans le
cadre d’un accord entre Volkswagen et Google. Bientôt, les voitures seront
équipées d’un système GPS utilisant Google Earth générant, au fur et à mesure
de l’avancée des véhicules, des images en 3 dimensions de la route à suivre. En
outre le système pourra recueillir des données sur Internet en les intégrant au
fur et à mesure. Ainsi, le conducteur pourra connaître en temps réel l’état du
trafic, du temps ou même des accidents éventuels. On est très proche de la
réalité virtuelle. Il sera par exemple alors très facile de localiser les
prochaines stations essences, leurs heures d’ouverture, de repérer des
restaurants ou des cinémas sur la carte. Il suffira d’un clic pour connaître le
menu ou les heures des projections. Les passagers pourront savoir les prix
auquels se vend un produit dans les différents magasins du quartier traversé[116].
Ils pourront également consulter des photos prises par les internautes sur la
région sélectionnée. En effet, il est désormais possible, comme avec le site www.flickr.com de
« géolocaliser » ses photos, c'est-à-dire de désigner sur un plan
(comme avec Google Maps ou Yahoo Maps) l’endroit où à été pris le cliché. Lors
de son ouverture en Aout 2006, Flickr à vu se géolocaliser 1,2 millions de
photos en 24 heures !
Ce systême GPS amélioré,
selon nous, ne se bornera pas simplement aux véhicules. Car l’une des mutations
majeures concernera l’évolution vers
l’internet des objets. Nous avons un aperçu de ce que sera cet
« Internet des objets » à travers la technologies des puces RFID,
dont nous avons déjà largement parlé, qui remplaceront progressivement les
codes barres sur les produits manufacturés, mais aussi sur les cartes
« sans contact » ou encore les passeports. Le code présent dans la
puce donnera accès via internet à des informations dynamiques réactualisées en
permanence sur l’objet en question (informations sur l’origine, le transit, la
traçabilité des denrées alimentaires, etc…). Selon Viviane Reding, commissaire
européenne à la société de l’information « la mise en relation de Galileo, du Wi-fi, du RFID et de l’intelligence
artificielle va créer une architecture intelligente. Chaque objet pourra
avoir une adresse sur Internet. On se dirige vers une fusion du monde des données
et du monde des objets ». Vinton Cerf, l’un des pères fondateurs
d’Internet devenu VRP de luxe pour Google renchérit : « Du moment où
un équipement possède un identifiant unique (l’étiquette RFID ) vous pouvez lui
définir un historique. On pourrait utiliser le système des noms de domaine, par
exemple en créant une adresse avec le numéro RFID suivi d’un .rfid. Et on
stockerait toutes les informations sur le réseau. »[117]
On pourra par exemple suivre un courrier de l’endroit du dépôt jusqu’au
destinataire en suivant toutes les étapes de son cheminement. Ainsi, depuis son
terminal mobile connecté, on pourra a peu près tout savoir quant à la
localisation et aux caractéristiques d’un produit ou service quel qu’il soit et
sur toute la planète. Ca devient terrifiant quand on pense aux applications sur
les êtres humains. On pouvait déjà géolocaliser un individu grâce à son
téléphone portable. La puissance du rendu 3D de Google Earth nous permettra
pratiquement de le voir évoluer dans son environnement. Les utilisations
paraissent ainsi infinies dans la quête du marché de la vie privée…
Dans cette course à
l’information sur-matérialisée dans les disques dur de la planète (alors qu’on
parle à l’inverse couramment aujourd’hui de la dématérialisation de
l’information), le phénomène Wikipédia, cette encyclopédie planétaire est un
véritable rouleau compresseur en action : elle existe en 50 langues,
comprend 2,5 millions d’articles et s’enrichit de 4000 articles par jour !
N’importe qui et de manière anonyme peut s’il le désire modifier à sa guise
n’importe quel entrée. Pas de cooptation, pas de contrôle, pas de validation.
C’est le summum du principe libertaire sous jacent à la communauté du logiciel
libre. Selon Luc Fayard[118],
« les wikipédiens (ceux qui se sont inscrits comme auteurs potentiels) ont
l’ambition de développer le meilleur modèle de partage de connaissance du
monde…la « connaissance » façon wiki est le rabotage systématique de
toutes les idées originales ou dérangeantes. Elle ne peut produire qu’un PPCM
(plus petit commun multiple) de l’intelligence, un consensus mou sur lequel
plus personne n’aura envie de discuter ».
Mais finalement peu importe
les points de vue conflictuels, car on en revient toujours à une dictature de
Les grandes Traditions nous
le font pourtant bien pressentir :
« Chacun à droit au
respect de sa vie privée… » Art. 9 du Code Civil
«Une belle journée commence. AIBO, votre cyberchien
vous réveille en douceur. Muni de votre télécommande domotique, vous ouvrez les
volets, réglez le chauffage et mettez la musique. La haute technologie est
omniprésente, et les robots envahissent notre quotidien, pour notre bien. Ils
aspirent, repassent, tondent la pelouse, lavent le linge et nous amusent. En
clair ils sont là pour nous faciliter la vie. Dans la maison tout devient
interactif. Le réfrigérateur se connecte à Internet pour faire les courses en
ligne. Equipé d’un capteur de puces RFID il contrôle en permanence la présence des aliments que vous jugez
essentiels. Il suggère des recettes en fonction de ce qu’il contient, et son
écran intégré diffuse votre feuilleton favori. Les machines à laver adaptent
leurs cycles de lavage au degré de salissure des vêtements ou de la vaisselle.
Quant à la télévision et à l’ordinateur, ils communiquent entre eux – sans fil
-, deviennent des éléments décoratifs de la maison, et surtout de véritables
centres multimédia, compacts et design… »
Ce document de « Cisco »
date un peu (à l’heure d’aujourd’hui, tous les fils auraient été remplacés par
des connexions Wifi), mais reste cependant très pertinent pour envisager notre
quotidien si la voie technologique est poursuivie[119].
Tous les appareils de la
maison seront en fait connectés par un réseau local, lui-même connecté au
réseau des réseaux. Toutes les informations aboutissent aux différents écrans
et haut-parleurs du foyer : dalles plasma, moniteurs d’ordinateurs,
afficheurs des téléphones portables, kits d’enceintes home cinéma, écouteurs
des baladeurs numériques....sont leur destination finale. La maison, la douce
« home sweet home » des américains, à été considéré à presque toutes
les époques comme un lieu de ressourcement, où l’on pouvait revenir à ses racines,
en famille, partager ensemble des expériences vécues en toute intimité…etc. Or
dans un futur proche celle-ci pourrait avoir tous les attributs d’un
« lieu public » puisque Internet y pénètre par toutes les ouvertures
et que la « confidentialité » n’y est plus assurée. Chaque appareil
de la maison (+ tous les appareils nomades comme les téléphones portables, les
agendas…), voire chaque produit (grâce aux puces RFID) aura sa propre
« adresse Internet », reconnaissable sur le réseau. On appelle cela
déjà « l’internet des objets ». C’est le protocole IPv6 que nous
avons déjà évoqué qui permettra cette « prouesse ». « Dans le
futur, les étiquettes RFID ne seront plus limités aux magasins, on en trouvera
aussi dans les domiciles », expliquait un représentant de la société Métro
sur son stand durant le grand salon du CeBIT à Hanovre en 2006. Par
exemple, le frigo pourra avertir son
propriétaire qu’il n’y a plus de beurre ou de yaourts après avoir détecté
l’absence d’étiquette RFID. Un four à micro ondes pourra aussi, avec ce
système, dès qu’on approche un plat surgelé, en donner le temps de cuisson.
« Dans 3, 4, ou 5 ans, les prix
des étiquettes auront suffisamment baissé pour qu’on arrive à mettre du RFID sur tous les produits »
indiquait Zygmunt Mierdorf, le directeur des systèmes d’information de Métro.[120]
Microsoft à déjà, avec des
partenaires lancé sur le marché des PC estampillés « Media Center »
destiné à devenir le « cœur » de la maison numérique et pouvant
communiquer et commander, sans recours à des câbles (ce qui devrait faciliter
son adoption), tous les autres appareils électroniques. Tel un chef d’orchestre, le PC media center
vous permet d’accéder à l’ensemble des contenus multimédias numériques depuis
un menu unique, via une simple télécommande.
Le revers de la médaille,
c’est qu’en théorie, « on » pourra savoir, à n’importe quelle heure
de la journée, ce qui s’est passé dans le giron familial et se qui est en train
de s’y dérouler en direct : la télé-réalité est en passe de rentrer maintenant
chez les particuliers !
C’est une proposition à
laquelle chacun peut désormais réfléchir et qui peut être déclinée. Là encore,
le choix, comme dans beaucoup d’autres domaines aujourd’hui, nous est offert. A
chacun de décider.
Dernière anecdote insolite
qui nous vient tout droit de Londres : la puce qui espionne dans les
poubelles. A Croydon dans le sud de la capitale, les autorités ont décidé de
fournir aux habitants de nouvelles poubelles à roulettes, équipées de puces.
Leur mission : espionner littéralement le contenu des poubelles pour
vérifier que les citoyens trient correctement leurs déchets. A défaut, ils
recevront la visite d’un conseiller qui les informera sur la conduite à tenir
pour que le recyclage se fasse mieux. Questions : a quand la brosse à dents
intelligente rendue obligatoire par les autorités sanitaires ? Le réveil
matin qui vérifie que vous ne vous êtes pas levés trop tard ce matin ? La
puce qui contrôle votre consommation d’eau et vous dénonce au voisinage si
celle-ci est trop élevée ?[121]
|
Le mot
savant pour parler de la maison intelligente est la domotique. C’est l’ensemble des technologies de pilotage de la
maison elle-même et de ses appareils électroménagers. |
Mais la maison n’est pas le seul terrain
d’expérimentation. Des projets similaires, notamment grâce à l’émergence des
« nanotechnologies » sont sur le point de voir le jour chez l’être
humain. Qui pourra s’en insurger s’il s’agit de sa santé, que l’on veut
protéger (même) à tout prix. Ainsi, grâce à des implants sur le dos de sa main
(cf photos) agencés sous forme d’écran de contrôle, l’individu pourra
s’informer de son état de santé en détail et surtout en temps réel.
« Cette technique appelée « programmable dermal display »
consiste à implanter une population de 3 milliards de robot-pixels sur une
surface de 6X5cm, et dont les photons émis par ces pixels produiraient une
image à la surface de la peau. Cet écran, qui pourrait être activé ou désactivé
par un tapotement du doigt sur la main, serait programmé pour afficher nombre
d’informations, obtenues via des capteurs, par exemple des données médicales
comme la concentration d’oxygène dans le sang, le taux de glucose, la courbe
des battements du cœur, la tension artérielle ou toute donnée physiologique
importante. » [122]
Autre « progrès technologique », la miniaturisation aidant, les puces
électroniques commencent à être utilisées pour établir des diagnostics
médicaux. La pillcam, d’ores et déjà vendue par Given Imaging renferme une mini
webcam et joue le rôle d’un endoscope. Minuscule (11 X
Ce
sera alors la grande victoire de la médecine (technicienne) allopathique, qui
pourra ainsi prescrire aux vues de ces analyses. On peut voir là une caricature
assez bien faite des médecines dites « traditionnelles »
(c'est-à-dire ce qu’on a qualifié pour beaucoup d’entre elles en Occident de
médecines dites « douces » ou « alternatives ») qui
prennent l’être humain dans sa globalité, et non en le
« saucissonnant » en petit morceaux. Ce qu’il y a d’intéressant,
c’est que ces médecines basent leur diagnostic et aussi souvent leur
intervention sur un organe qui donne à lui seul une vision d’ensemble du corps.
On pourrait prendre pour exemple l’iridiologie (avec pour base l’observation de
l’iris de l’œil), la réflexologie palmaire ou plaintaire (mains ou pieds),
l’osthéopathie (le dos)…etc. Ainsi, par exemple, cette nano-main, c'est-à-dire
nos technologies, pourraient avoir pour ambition d’ « imiter »
l’extraordinaire densité d’information que contiennent à elles seules certaines
parties de notre corps. Là aussi la
question du choix nous est encore posée. A qui allons nous faire
confiance : à la matière et ces avancées technologiques fulgurantes ou
bien en l’homme et en ce qui le transcende, par la reconnaissance de l’infini
perfection de nos corps physiques ? Ou peut être encore à une synthèse de
ces deux points de vue ?
|
Les
nanotechnologies sont l’ensemble
des techniques visant à produire, manipuler et mettre en œuvre des objets et
des matériaux à l’échelle du nanomètre, soit 10 puissance -9 mètre. Plus précisément, on considère
qu’une technique relève des nanotechnologies si elle manipule des objets dont
la taille se situe entre 1 et 100 nanomètres. Il s’agit donc de manipuler directement
des molécules voire des atomes. Richard Feynman est considéré comme le
fondateur de cette discipline et prendra pour objectif l’écriture de
l’intégralité des 24 volumes de l’Encyclopaedia Britannica sur une tête d’épingle. (Source
Wikipedia). |
« Wake me up,
Wake me up
S’il te plait réveille moi. »
Mathieu
Mendes
Dites-leur
ce qu’ils veulent entendre.
Lénine
Le
temps des Robespierre et des Danton est définitivement révolu. L’histoire ne
répète pas ses apparences. La guillotine et sa barbarie sur la place publique
sont de l’histoire ancienne car sa matérialisation dans l’un de nos pays
démocratiques provoquerait un tollé général. Par contre un scénario de terreur,
beaucoup plus subtil et masqué est peut être en train de subrepticement se
mettre en place sur la planète. Sous des couverts de démocratie totale, de
lutte contre l’ennemi (aujourd’hui les terroristes, demain ceux qui ne rentrent
pas dans la norme de l’homo oeconomicus moyen), la loi du marché pourrait avoir
le dernier mot.
Les apparences sont trompeuses. Qui voudrait se
révolter contre une démocratie et un état providence ? La
« sécurité » matérielle de l’individu pourra être au cœur des
arguments pour justifier le contrôle. En apparence, et grâce au vote Internet
notamment, les individus auront l’impression d’exercer leur pouvoir. Déjà, le
député UMP des Vosges, François Vannson constatait en mai 2006 que
« l'expression du scrutin et le processus de vote en France paraissent
désuets », (...) et qu'ils « n'ont pratiquement pas évolué depuis
En effet, revenons un instant sur la définition du
mot liberté. Celle ci à en fait deux sens : dans l’action il faut
distinguer le temps de la décision, et ensuite le temps de l’exécution. Or ce
temps de la décision ou « liberté intérieure » est en fait de plus en
plus compromis. Il l’est déjà, et le sera encore plus par le déferlement
médiatique et publicitaire qui nous empêche de se fier à notre propre
discernement. Mais avec l’apparition des technologies qui permettent à
l’Internaute de devenir un véritable « émetteur » sur le réseau, ce
sera probablement pire. On pourra, en connaissant ses préférences et habitudes
guider un individu là où on a envie de le mener. L’amoindrissement de cette liberté intérieure condamne à terme aussi la
liberté extérieure, c’est à dire la liberté d’exécution. En fait la liberté
d’action devient dérisoire si la liberté de décision ne nous appartient plus.
Dans un passionnant article[125]
sur les partisans et détracteurs du fameux « bracelet électronique »,
Georges Fenech, député UMP et auteur
d’un rapport parlementaire sur le sujet confie au débateur : « Le
travail que j’ai effectué avec les responsables de la chancellerie, tout ce que
nous avons entendu, à l’étranger et ici va dans le même sens : au-delà de
6 mois, 1 an, 2 ans maximum la personne ne tient plus. La nature humaine est
ainsi, on ne peut pas rester sous
surveillance en permanence, avec le risque constant d’enfreindre ses
obligations. Psychologiquement, le condamné ne peut plus se soumettre ».
Voilà qui devrait nous inspirer quant aux directions collectives à
prendre : le climat de paranoïa
réel qu’inspire déjà le bracelet électronique aux prisonniers pourrait se
propager demain, qui sait, si les tendances au tout-sécuritaire s’accéléraient,
aux porteurs de téléphones portables, de puces RFID sous cutanées…
Effectivement, aucun être humain n’est capable psychologiquement de supporter
un tel étau mental sur le moyen terme : personne n’est fait pour vivre en
esclavage. Et pourtant : le Garde des Sceaux Pascal Clément a assisté le
1er Aout 2006 à la première distribution d’un bracelet électronique d’un
nouveau type destiné aux détenus sous liberté conditionnel pour leur permettre
d’être « mobiles » et non plus assignés à domicile comme c’était le
cas auparavant. Ce qui peut sembler en apparence comme un « progrès »
est en tout cas plus certainement une fabuleuse opportunité pour tester des
technologies poussées de surveillance. Le contrôle de ce dispositif en France
est confié à une société privée. Les mouvements du sujet peuvent être suivis en
temps réel grâce à un système GPS de positionnement par satellite. En cas de
non-respect des zones d’assignation par le détenu, la société privée prévient
immédiatement l'administration pénitentiaire[126].
L’arrivée des très nombreuses innovations
technologiques que nous vivons actuellement vont elles plutôt contribuer à
m’aliéner, ou bien seront elle source de mon épanouissement en étant considéré
simplement comme un « moyen » ? On serait bien entendu
susceptible de pencher pour cette seconde proposition. Pourtant, dans une
société ou l’hyper individualisme devient la règle, on peut très facilement se
faire aveugler. En témoigne les derniers « joujous » technologiques,
qui même s’ils comportent cet dualité (ce ne sont que des « outils »
laissé à leur bonne ou mauvaise utilisation par leurs usagers), pourraient,
orientés par les pressions politiques, médiatiques, économiques et
pragmatiques, se voir utiliser pour servir les fins les plus inavouables.
Exemple de cet hyper individualisme technologique, qui n’est aujourd’hui qu’à
l’état de possibilité mais qui pourrait bien prochainement se manifester :
la clé universelle. Son ancêtre pourrait être la clé USB actuelle, et elle
pourrait rapidement prendre la forme d’une simple empreinte biométrique
(empreinte digitale par exemple). Ce serait en sorte la fusion du marketing one to one, de la technologie et de l’individu-roi.
Celui ci à le désir de toujours emmener avec lui son « environnement », c'est-à-dire tous
les objets et personnes avec qui il aime à être. Ce
projet, impossible à matérialiser dans notre monde de tous les jours, est en
passe d’être réalisé grâce au TIC sur le réseau Internet. Les exemples sont
déjà nombreux : parmi ceux-ci, l’internaute qui branche son ordinateur et
qui peut d’un clic de souris sur Msn tchater avec ses proches et personnaliser
son environnement de travail. Microsoft propose ainsi à ses membres de se créer
une page web « ultra personnalisée » très facilement qui à pour nom
« mon msn »[127]
(voir en exemple la page ci-dessous) C’est ainsi
que sur une seul page web, l’internaute, d’où qu’il se trouve (chez des amis,
d’un cybercafé…) peut avoir accès à tout son environnement : son carnet
d’adresses (et les coordonnées de tous ses proches), les informations web qu’il
préfère (en effet il peut s’abonner uniquement aux « news » qui
l’intéressent), son horoscope, les performances de toutes ses valeurs
boursières, ses sites web préférés…etc
Ainsi, chacun pourra avoir la possibilité de se
constituer son « univers », son « environnement » sur un
serveur (msn, google…) du réseau. Ce qui signifie que les données personnelles
vont être déposées, par son détenteur lui même, à la disposition de grandes
firmes privées, et qui sait ensuite, aux yeux de tous. En réalité, n’importe
qui, de n’importe où et n’importe quand peut déjà accéder à son environnement
personnel. Peut être avant que d’autres n’y parviennent également.
C’est ce que certains appellent la liberté…
C’est bien l’hyper individualisme qui pousse à cette
apparente victoire de la liberté en faisant apparaître au grand jour au monde
entier sa vie privée. L’invasion, et le succès rencontré, de la télé-réalité
sur nos petits écrans, est tout à fait symptomatique de cette tendance qui ne
fait que démarrer et susceptible d’envahir notre quotidien. Les émissions de
télé-réalités estampillées comme tel invitent le téléspectateur à
« voter » pour son candidat préféré, ou pire, à montrer du doigt ceux
qui ne doivent pas continuer l’aventure. Ce sont les premiers pas du
cyber-citoyen-justicier qui à bout d’emails et de SMS dénonce, ou en tout cas juge son alter ego. C’est la victoire
absolue de notre démocratie qui en apparence se construit par les appréciations
de ses citoyens.
Toujours pour de soit disant bonnes raisons, Microsoft UK, allié à l'organisme
gouvernemental anglais de protection de l'enfant sur Internet Child Exploitation and Online Protection à récemment dévoilé son dispositif d’alerte dans les
versions britanniques de Msn Messenger et Windows live Messenger en cas de
propositions de nature sexuelle. Il s'agit d'une icône sur la partie gauche de
l'interface. L'icône "Report abuse" permet d'alerter, en un clic
de souris, en ligne la police britannique dès que l'internaute estime être
victime de propositions indécentes. Il est à parier que d'autres initiatives de
prévention des abus en ligne devraient voir le jour à l'avenir sur ces nouveaux
outils de communication[128],
d’autant plus si elles sont cautionnées par des ONG ou autres organisme luttant contre les fléaux de la
société… peut être les premiers pas vers un réseau où l’on ne fera bientôt plus
confiance à personne.
Déjà, l’apparition des auditions du juge Burgaud retransmises en direct à la télévision en
Février 2006, dans cette malheureuse affaire de pédophilie, nous montre l’appétit de notre époque pour ce
genre de phénomène et les dérives que ce système pourrait apporter. Ces
auditions n’étaient elles pas perçues comme un artefact de procès pour le
citoyen où celui ci aurait bien aimé intervenir pour rendre lui-même
justice ? Et tourner ainsi au pugilat.
L’information et la vérité sont, on le sait, manipulable à souhait, et ce
d’autant plus lorsqu’il s’agit d’images télévisées. On peut facilement créer de
toute pièce un bouc émissaire et le faire ainsi lyncher sur la place publique.
Dans ces conditions, est ce vraiment un progrès démocratique que de vouloir
remettre à un citoyen tout puissant des pouvoirs aussi étendus ?
Dans le même esprit du « citoyen
justicier », et dans une rhétorique que nous commençons désormais à bien
connaître, les délinquants sexuels des 50 Etats américains sont maintenant
répertoriés sur un site (www.nsopr.gov) qui permet de consulter gratuitement leurs fiches en
faisant une simple recherche par nom, ville, Etat ou code postal[129].
On y trouve, pour plus de 500.000 personnes enregistrées, leur nom, les dates
et le détail de leur condamnation, et bien souvent la photo. Le plus incroyable
reste cependant que l’on puisse consulter leur adresse actuelle, et voir le
type de véhicule qu’ils conduisent. Ce site permettrait de satisfaire la
curiosité « des parents et des citoyens inquiets », a indiqué le
département de
Courant novembre 2006, au Royaume Uni,
Le plus inquiétant aujourd’hui est qu’une partie très
significative des individus, et encore plus dans la jeune génération, rêve
d’être exposée (phénomène télé-réalité, blogs…), ce qui suggère qu’une
information sur chaque personne sera peut être un jour facilement disponible
pour tous, et ce d’autant plus que chaque concerné contribuera à la « mise
à jour » de son image.
A ce titre, la télévision (et Internet, qui vont
probablement converger d’ici peu vers un média unique), peut être vu comme le
plus grand inspirateur des foules. Toute personne qui se rend dans des concerts
retransmis ou des émissions de télévision peuvent en témoigner : quitte à
écraser littéralement les autres, une part importante du public est prête à
tout pour montrer sa jolie frimousse sur les écrans aux yeux et vues de tous.
|
Marketing One to
One : Vision d’un marketing totalitaire. Propose en effet de traiter des millions, voire des
dizaines de millions de consommateurs en donnant à chacun l’impression qu’il
est traité individuellement, comme s’il était seul au monde. Les marques qui
le pratiquent peuvent ainsi à nouveau développer les valeurs de proximité et
d’intimité qu’elles pratiquaient à l’origine avec leurs clients quand ils
étaient peu nombreux. |
« On n’peut pas tomber plus bas »
Zazie,
« Rodéo »
L’opinion publique des Occidentaux dérive en effet de
plus en plus vers une demande de
renforcement de la sécurisation des systèmes d’information. Par média de masse
interposé qui forcent les opinions, la population continue donc de tisser sa
propre toile dans laquelle, peut être, elle se fera elle-même prendre au piège.
Pourtant,
des expériences de contrôle, notamment au travail, ont déjà eu lieu dans
l’histoire. En avons-nous tiré les conséquences ? Le 22 germinal an XI (12/4/1803), sous Napoléon, une loi instaurait le
livret d’ouvrier en France et selon l’arrêté du 9 frimaire an XII
(1/12/1803) puis de la loi du 14 mai 1851, tous les ouvriers de l’un et l’autre
sexe attachés aux manufactures, fabriques, usines, mines, minières, carrières,
chantiers, ateliers et autres établissements industriels ou travaillant chez
eux pour un ou plusieurs patrons devaient s’en procurer un auprès du maire. L’ouvrier ne pouvait travailler sans le
présenter, ce livret devait énoncer: le nom, prénom de l’ouvrier, son âge,
le lieu de sa naissance, son signalement et sa profession. Il constituait un
moyen de pression de la part des fabricants ; en cas de conflit avec l'ouvrier,
son livret ne lui était pas rendu, empêchant toute embauche postérieure.
L’ouvrier ne pouvait quitter un employeur qu'après que celui-ci eut signé un
quitus sur le livret, la signature devant être certifiée par une autorité, et
ne pouvait quitter une commune sans le visa du Maire ou de
Un exemple d’aujourd’hui, cette mésaventure arrivée à
une journaliste américaine travaillant en France qui devait un jour comprendre
pourquoi elle ne trouvait plus de travail aux Etats-Unis : son dossier
personnel accessible par le Net indiquait tous ses changements d'emplois,
d'adresses, son divorce, ses mésaventures avec les tribunaux ou les banques
pour des affaires vénielles.
Il faut dire qu’aux Etats-Unis, la loi
Sarbanes-Oxley, adoptée en 2002 dans le sillage du scandale d’Enron, contraint
les entreprises cotées à mettre à disposition de leurs salariés un numéro vert
ou une adresse Internet où ils peuvent dénoncer discrètement comportements
contraires à la déontologie et actes frauduleux. Une loi qui s’applique aussi
aux filliales françaises de ces groupes. D’ailleurs, déjà en 1997 une enquête
de l’Université de l’Illinois a révélé qu’un quart des cinq cents plus grands
groupes américains livraient des informations sur leurs salariés aux agences
gouvernementales.[131]
D’autres part, d’après une étude de Proofpoint[132],
plus du tiers (36,1%) des grandes entreprises américaines ont des employés
chargés de lire ou d’analyser les courriels sortants afin « de s’assurer
qu’ils ne contiennent pas de renseignements pouvant constituer une menace. »
Et que 26,5% d’entre elles avaient l’intention d’embaucher des salariés chargés
d’épier les messages. En outre, entre mi 2004 et mi 2005, 27% des firmes
interrogées auraient congédié un employé
pour violation de la politique interne relative au courrier
électronique. Une autre étude[133]
révèle que 5% des entreprises sondées utilisent le GPS pour suivre à distance
les déplacements d’un salarié via son téléphone portable. De plus, 36% des
employeurs scrutent « le contenu, les saisies claviers (cf. Keylogger) et
le temps passé sur ce dernier ». 50% enregistrent et conservent pour
examen les fichiers informatiques de leurs salariés. L a vidéo surveillance fait aussi outre atlantique de plus en plus
d’adeptes pour « suivre les performances des salariés au
travail » : 10% des sociétés réalisent des enregistrements de
certaines catégories de leur personnel, et 6% de l’ensemble de leur effectif[134].
Outre Manche,
Et
De plus, la loi autorise désormais, sous certaines
conditions les témoignages sous X. Les indics de police et de gendarmerie
touchent déjà une très officielle rémunération – comme c’est le cas depuis
belle lurette pour les « aviseurs » des douanes et du fisc. En
légalisant l’infiltration, la loi Perben du 3 mars
A Chambéry, des travailleurs sociaux ont vu rouge
quand l’association qui les emploie a signé avec le conseil général, la police
et la gendarmerie un protocole jugé infamant : en vertu de celui-ci, tout éducateur ayant « connaissance de
faits constitutifs d’une infraction ou d’une tentative d’infraction
pénale » doit avertir sa hiérarchie.
Le nouveau système autour du statut de repenti est
aussi intéressant à analyser. « Ces personnes, une fois arrêtées,
choisissent de dénoncer leurs complices de la veille pour échapper à la prison
ou pour bénéficier des réductions de peine absolument considérable que la loi
prévoit », explique Henri Leclerc[138]
de
Le rapport de l’Inserm de février 2006 sur les
troubles de comportement chez l’enfant avait, lors de sa sortie, marqué
l’actualité française. En effet, il s’agit de repérer les signes annonciateurs
de la délinquance afin de les prévenir, chez les enfants à partir de 36
mois ! Se dessine ainsi une entreprise de médicalisation de l’enfance
supposant que chaque enfant sera désormais accompagné au long de sa vie et de
son parcours scolaire d’un dossier médical contenant des informations sur ses
« conduites » et ses « comportements ». D’après l’article
du Monde[139],
« même des personnes obnubilées par le discours sécuritaire ne pourront
lire le rapport sans frémir, car il les met elles mêmes et leurs enfants sous
surveillance, dans une suspicion généralisée qui réunit futur victimes et
futurs criminels dans le même ensemble de la « population ». Le
rapport de l’Inserm raisonne très démocratiquement en supposant que tout le
monde peut être coupable. La « population » comme telle est à risque,
elle est une classe dangereuse potentielle. Et c’est pourquoi elle doit être
mise sous surveillance médicale, dans son ensemble et au plus tôt…Mais il faut
encore comprendre que les parents appelés à surveiller leurs enfants seront eux
même mis sous surveillance par les médecins, ceux-ci étant seul habilités à
repérer l’enfant dit difficile ».
Parents à qui l’on délègue également le contrôle de
leur progéniture sur Internet via le « contrôle parental » que
proposent maintenant tous les fournisseurs d’accès Internet Français. Les
parents pourront ainsi utiliser un
logiciel de filtrage avec une distinction entre les enfants et les
adolescents : pour les premiers le logiciel fonctionne avec une
« liste blanche », c'est-à-dire qu’ils ne pourront accéder qu’à
certains site limitativement. Pour les adolescents, c’est le concept de liste
noire avec des sites dont l’accès est totalement bloqué[140].
Première étape, qui parait aujourd’hui en apparence légitime, d’une formation
au contrôle numérique des citoyens entre eux ?
En tous les cas le pas a déjà été engagé pour les
enfants, à l’autre bout de la planète, à Honk kong. Pour gagner du temps lors
de l’appel et combattre l’absentéisme, une école primaire s’est dotée de
lecteurs d’empreintes digitales. Dès qu’ils auront franchi les portes de
l’établissement, les élèves glisseront le doigt dans l’un des cinq appareils
qui serviront aussi probablement pour la cantine et la bibliothèque. Au Japon,
une société de service a commercialisé en octobre 2005 une solution de
surveillance via mobiles des écoliers entre leur domicile et l’école. Les
parents et les professeurs s’informent de la position des écoliers via un site
web spécial, ce dernier servant également de feuille de présence des élèves,
ainsi qu’à envoyer des informations aux familles[141].
Mais revenons pour finir quelques instants au cas
Français. André Comte Sponville dans une interview[142]
tempère les choses en avouant que « les français sont mal à l’aise avec la
dénonciation…nous sommes des latins. Nous nous solidarisons plus volontiers
avec les fraudeurs[143]/[144] qu’avec les contrôleurs, avec les arnaqueurs qu’avec
Attardons nous maintenant sur les projets
sécuritaires menés par nos voisins d’outre atlantique, puis européens, avant
d’aborder le cas spécifiquement français.
« Nous allons connaître les restrictions les
plus fortes de notre histoire sur nos libertés »
Sandra
Day O’Connor (Juge à
C’est donc bien le 11
septembre qui « a marqué en matière de respect des droits de l’homme aux
Etats-Unis une rupture très nette. Au nom de la « juste guerre »
contre le terrorisme beaucoup de transgressions ont soudain été permises. En
témoigne l’ouragan de mesures liberticides adoptées. Dès le lendemain, une
justice d’exception s’y mettait en place. Le ministre de la justice, M.John
Ashcroft, faisait adopter une loi antiterroriste dite « loi
patriotique », le Patriot Act, qui permet aux autorités d’arrêter des
suspects pour un temps quasi indéfini, de les déporter, de les faire incarcérer
dans des cellules d’isolement, de faire surveiller leur courrier, leur
conversations téléphoniques, leur communication via Internet, et de faire
fouiller leur domicile sans autorisation
judiciaire. »[145]
C’est en effet la section 215 du Patriot Act qui est la plus critiquée :
le FBI peut obliger toute personne physique ou morale à lui remettre tous les
documents dont il estime avoir besoin dans le cadre d’une enquête de lutte
contre le terrorisme. Cela signifie que n’importe quel organisme peut être
amené à communiquer aux agents fédéraux ses fichiers informatiques. Et c’est en
décembre 2003 que le Président Georges W. Bush signa un décret autorisant le
FBI à se passer de l’avis d’un juge pour réquisitionner les fichiers des
organismes financiers[146].
Des responsables du Federal Bureau of Investigation (FBI) sont allés jusqu’à
proposer que certains accusés soient extradés vers des pays amis (Maroc,
Tunisie, Egypte, Jordanie), où la torture est couramment pratiquée, pour que la police locale puisse les
interroger…Le recours à la torture à été ouvertement réclamé dans les colonnes
de grands magazines. Sur la chaîne CNN, le commentateur républicain Tucker
Carlson a été très explicite : « La torture ce n’est pas bien.
Mais le terrorisme c’est pire. Aussi
dans certaines circonstances, la torture est un moindre mal. »[147]
Le
Patriot Act 2 parle lui aussi de lui-même. Aussi nommé Domestic Security
Enhancement Act, il propose un fichage ADN des étrangers soupçonnés de certains
délits ou d’Américains soupçonnés de terrorisme.
« Il faut aborder
différemment les libertés publiques en temps de guerre » explique le
Sénateur Américain républicain Trent Lott. Créé le 20 septembre 2001, le bureau
de défense du territoire, premier volet du plan, a pour mission de centraliser
le renseignement, de coordonner les efforts et de prendre les mesures
nécessaires à la prévention et à l’action contre le terrorisme. Il repose sur
une telle concentration des organes répressifs de l’Etat qu’il pourrait devenir
une super-agence d’espionnage donnant aux forces armées des pouvoirs de police
impressionnants. En somme la nouvelle législation représente l’une des
offensives les plus vastes contre les libertés aux Etats-Unis depuis plus d’un
demi siècle. Elle ne procurera vraisemblablement aucune sécurité supplémentaire
aux Américains. Mais elle les rendra moins libres.
A tout cela s’ajoute la
censure rampante. « Les gens doivent faire attention à ce qu’ils disent et
à ce qu’ils font ». Comme l’avait proclamé le Président G.W.Bush à la
suite des attentats, « vous êtes avec nous ou avec les terroristes. »
Mettre en question les pratiques et les politiques de l’Etat serait devenu un
acte antipatriotique. Les dissidents refusant les appels à la guerre, ou ceux
qui tentent d’examiner les causes sous-jacentes du 11 septembre, n’ont guerre
droit à la parole et sont souvent stigmatisés si d’aventure ils la prennent.
Le 5 janvier 2004 marquait
le commencement du programme US-Visit où tous les étrangers se rendant sur le
sol américain sont mis en fiches avec photos et empreintes digitales à l’appui
pour une durée officielle d’au moins…soixante quinze ans. Ainsi certaines
informations personnelles seront livrées aux douanes des Etats-Unis par la
compagnie aérienne avec laquelle ils s’apprêtent à voyager. Avant même qu’ils
entrent dans l’avion, les autorités des Etats-Unis connaîtront leur nom,
prénom, âge, adresse, numéro de passeport et de carte de crédit, état de santé,
préférences alimentaires (qui peuvent traduire leur religion), voyages
précédents, nom et âge des personnes les ayant accompagnés, organisations ayant
financé certains déplacements, etc.…Le 6 octobre 2006, un accord est reconduit
entre l’Europe et les Etats-Unis qui imposent aux compagnies aériennes qui
opèrent des vols vers les USA de
transmettre 34 types de données différentes sur chaque passager avant chaque
embarquement pour, vous l’aurez compris…des raisons de terrorisme. Ces données
seront transmises au département de
Tous ces renseignements
seront livrés à un dispositif de filtrage baptisé CAPPS (Computer Assisted
Passenger Pre-Screening ou Système assisté par ordinateur de contrôle
préventif) pour détecter au départ d’éventuels suspects. En contrôlant
l’identité de chaque voyageur et en la croisant avec les informations des
services de renseignements policiers, du département d’Etats, du ministère de
la justice et des banques, le CAPPS évaluera le degré de dangerosité du
passager.
« Le but est
d’instaurer un monde plus sur. Il faut être informé sur le risque que
représentent les personnes qui pourraient un jour entrer dans notre
pays », a affirmé M.James Lee, un responsable de ChoicePoint, l’entreprise
qui achète ces fichiers pour les revendre à l’administration des Etats-Unis.
Car la loi Américaine interdit de stocker des informations personnelles. Mais
pas de commander à une société privée de le faire pour le gouvernement. Ce
sous-projet n’est en fait qu’un aspect du très secret programme
« surveillance totale » (en américain TIA : Total Information
Awareness) dont nous allons parler un peu plus loin.
Mais tout n’en reste pas là
avec l’Europe. L’institution financière géante Belge (spécialisé dans les
échanges de données informatisées entre institutions financières
internationales) dénommée SWIFT, qui gère plus de 11 millions de transactions
par jour pour près de 8000 banques dans 200 pays, est accusée par Bruxelles
d’avoir violé la législation Européenne en transférant aux Etats-Unis des
informations aux mépris des données personnelles. Après les « données
passagers » que nous venons d’aborder, une nouvelle fois le vieux continent n’entend pas de la même
oreille que les USA la façon d’aborder la lutte contre le terrorisme, et
surtout pas au détriment du respect de la vie privée. Conjointement,
Même si les attentats du 11
septembre 2001 ont accentué la xénophobie, les étrangers ne sont pas les seuls
à faire l’objet d’une surveillance accrue. Les citoyens américains n’échappent
pas à l’actuelle paranoïa. De nouveaux contrôles, autorisés par le Patriot Act,
remettent en question la vie privée, le secret des correspondances et la
liberté d’information. L’autorisation de mise sur écoute téléphonique n’est
plus requise. Les enquêteurs peuvent accéder aux informations personnelles des
citoyens sans mandat de perquisition. Ainsi le FBI demande aux bibliothèques de
lui fournir les listes de livres et de sites Internet consultés par leurs
abonnés pour tracer un « profil intellectuel » de chaque lecteur...[150]
Et avec le projet Intellipedia,
version secrète dévoilé fin 2006 du bien connu Wikipedia (l’encyclopédie libre
que tous le monde peut mettre à jour sur Internet), les 16 agences constituant
la communauté des services de renseignements américains vont pouvoir « partager » leurs informations
entre elles. Ce sont les analystes des services de renseignement et d’autres
responsables qui ont la charge de contribuer et d’éditer du contenu sur le
réseau secret Intelink Web. Ce « wiki » un peu spécial compte déjà
28.000 pages et 3600 collaborateurs inscrits. Les responsables des services de
renseignement montrent un tel enthousiasme devant le rendement d’Intellipedia
qu’ils prévoient d’en donner l’accès à l’Angleterre, au Canada et à
l’Australie. Même
Mais le plus délirant de
tous les projets d’espionnage illégaux est celui qu’élabore le Pentagone sous
le nom de code Total Information Awareness (TIA), système de surveillance
totale des informations. Celui-ci (cf l’excellent livre de Jacques Henno,
« Tous fichés », aux Editions Télémaque) consiste ni plus ni moins à
mettre en fiche chacun des 6,5 milliards d’individus de la planète en
collectant une moyenne de 40 pages d’information et en en confiant le
traitement à un superordinateur. « En centralisant, en croisant et en
traitant toutes les données personnelles disponibles – paiement par carte,
abonnements aux médias, mouvements bancaires, appels téléphoniques,
consultations de sites web, courriers électroniques, fichiers policiers,
dossiers des assureurs, informations médicales et de la sécurité sociale – le
Pentagone compte établir la traçabilité complète de chaque individu »[152].
Mesures totalement démesurées par rapport à l’objectif. Les américains croient en la suprématie de la
technologie et pensent que c’est le moyen de lutter le plus efficacement contre
les menaces terroristes. Mais à quel prix ! Ce bouclier technologique
doit leur permettre, grâce à « l’indexation » systématique des
populations de repérer dans cette gigantesque masse d’information les
comportements déviants ou suspects dans les détails les plus intimes de nos
vies privées. Et donc de prévenir tous les risques possibles. Comme dans le
film de Steven Spielberg, Minority Report, les autorités américaines pensent
pouvoir ainsi prévenir les crimes avant qu’ils ne soient commis.
Voici ce qu’on est en train
de choisir pour nous : « Il y aura moins de vie privée, mais plus de
sécurité », estime M.John L.Petersen, président du Arlington Institute,
« nous pourrons anticiper le futur grâce à l’interconnexion de toutes les
informations vous concernant. Demain, nous saurons tout sur vous. »[153]
L’ex-amiral Poindexter, patron du projet
« surveillance totale » veut passer au peigne fin les transactions de
toute sorte. Et comme vous l’avez deviné, toujours pour les mêmes raisons, à
savoir la lutte contre le terrorisme. « Il y applique ainsi une méthode
déjà utilisée contre d’autres formes de criminalité, en particulier le
blanchiment d’argent sale : identifier les criminels grâce aux messages
qu’ils échangent et grâce à leurs transactions commerciales. Selon lui,
« ces gens émettent forcément un signal qu’il nous faut capter parmi les
autres transactions. C’est comparable à la lutte anti-sous-marine où il faut
repérer les submersibles au milieu d’un océan de bruits. » » [154]
Ainsi, selon le magazine USA Today, l’Agence pour
Officiellement,
Et
l’histoire n’est pas close puisque l’EFF (Electronic Frontier Fondation) à
entamé fin 2006 une poursuite
judiciaire contre le Département américain de Justice pour obtenir davantage de
renseignements sur une base de données secrète (dénommé IDW pour Investigative
Data Warehouse) du FBI contenant des informations personnelles sur des millions
d'individus. Cette base de données contiendrait la photo, des éléments
biographiques, la localisation physique ainsi que des détails financiers sur
des millions d'individus plus ou moins liés aux enquêtes sur le terrorisme. Le
FBI a indiqué récemment que l'Investigative Data Warehouse contient plus
de 560 millions de documents différents et qu'ils peuvent être consultés
par 12.000 de ses agents. L’EFF demande aussi à la cour de forcer le FBI à dire
si les informations collectées ne concernent que des citoyens américains ou
également des citoyens provenant de différents pays[157].
Affaire à suivre…
Cependant les choses avancent et des artistes, notamment, critiquent
sérieusement la politique menée par Bush. En janvier 2006, le chanteur
Américain Harry Belafonte affirmait que « Bush est un terroriste, ne
valant pas mieux que Ben Laden »… « Je crois que le terrorisme
est au cœur du programme de notre gouvernement. Quand vous mentez aux
Américains, quand vous les trompez, que vous avez conduits nos fils et nos
filles sur des terres étrangères pour y être tués et que vous regardez des
dizaines de milliers de femmes et d’enfants arabes et de gens innocents tués
chaque jour, prétextant qu’il s’agit de
dommages collatéraux, je pense qu’il y a quelquechose qui ne tourne pas
rond chez nos dirigeants »… « Je pense que ces gens ont perdu toute intégrité morale. Je pense
que ce que nous faisons aux Américains et aux autres peuples dans le monde est
immoral ».
Le problème reste que ces mesures sécuritaires, on
l’a vu avec le programme US-Visit, phénomènes au départ strictement Américains,
ont débarqué aujourd’hui dans les autres Etats occidentaux sous la pression de
Washington qui commence à « déléguer » ses pouvoirs de Big Brother.
Autrement dit les étrangers sont maintenant en passe d’être contrôlés dans leur
propre pays. En effet, c’est par exemple à la demande express du Président Bush
que les FAI et les opérateurs télécoms devront, en Europe, mettre à la
disposition des services de police toutes les données de connexion.
« Notre objectif est de traiter toutes les bases
de données éparpillées dans le monde comme un seul fichier »
Amiral John Poindexter, Responsable du projet
Américain « Surveillance totale »
Alors qu’on pouvait croire
jusqu’à maintenant à un respect de plus en plus grand de l’homme et de ses
libertés dans l’Europe, ses états les plus influents (Royaume Uni, Allemagne
Espagne, France…, et bien d’autres comme nous le verrons ensuite) ont depuis
2001 renforcé très largement leurs législations répressives. Peut on croire que
la « grande Europe », fondée essentiellement au départ sur des idéaux
de paix pour ne plus avoir à revivre les tragédies du passé, se dirigerait ainsi, petit à petit, vers une
structure de plus en plus policière ?
L’espace Schengen en
Europe est l’exemple type de cette dérive : créé pour assurer la libre
circulation des personnes dans l’Union, il est devenu un redoutable instrument
de contrôle et de fichage informatique des citoyens.
Le Système d’Information
Schengen (SIS), abrité sous haute surveillance à Strasbourg dans une
construction classée « anti-terroriste », à déjà enregistré des
millions d’informations sur les criminels poursuivis, les étrangers interdits
de séjour dans l’Union, les véhicules dérobés, les armes et les suspects à
mettre sous contrôle…Il y aurait actuellement 15 millions d’enregistrements[158]
(dont 90% concernent des objets et 10% des personnes) et il est prévu d’ici
quelques années d’en gérer plus de 35 millions. Car une nouvelle version du
SIS, dit « SIS II » est en préparation pour permettre de régir toute
l’Europe élargie dès 2007/2008. Ce système dispose d’une structure de gestion
centrale (à Strasbourg), et chaque Etat membre à la charge de réglementer sa
propre connexion au SIS.
Parallèlement pour les
futurs visas européens, même son de musique puisque l’Europe à déjà préparé le
« plus grand système biométrique du monde »[159],
appelé VIS (Visa Information System). Fin 2006,
Car en fait à terme,
Ainsi, par exemple, si des
visiteurs étrangers n’ont pas quitté l’Union après la date d’expiration de
leurs visas, ceux-ci seront signalés au SIS II / VIS et marqué comme
« illégal » dans toute l’Europe. Autre cible de taille : les
militants alter mondialistes définis comme « des personnes potentiellement
dangereuses qu’il faudrait empêcher de rejoindre certains rassemblement
internationaux »[160].
Et
Bruxelles entend donner « le meilleur » des technologies à ces
systèmes d’information (et de surveillance ?) : par exemple, le SIS
II renforce le dispositif d’identification des personnes grâce au stockage de
données biométriques. Ce sont des photographies numériques (scanner facial) et
les empreintes digitales qui ont été finalement choisies[161]. Avec le SIS II vous l’aurez compris, cet outil
conçu au départ pour la lutte contre la délinquance transfrontalière se
transforme en un système d’enquête beaucoup plus poussé. Un plus grand nombre
d’autorités pourront avoir de fait accès à des fins d’information policières au
sens large, comme par exemple Europol et Eurojust.
Mais c’est avec
l’implication des services de renseignement que les objectifs du système
Schengen pourraient changer de nature : ceux-ci aimeraient en effet se
voir octroyer le droit de rechercher tous types d’informations intéressantes
dans cette base de données, ce qui est une visée en contradiction avec
l’objectif initial de ces fichiers, qui était de contrôler et d’accompagner la
liberté de mouvement des personnes dans l’espace Schengen[162].
Il est difficile de savoir si les services de renseignement de chaque état ont
accès à l’ensemble des bases de données du SIS-II ou autres VIS, même si c’est
très probable. En témoigne la présidence Espagnol de l’UE qui avait en février 2002 « invité les états
participant au SIS à s’entendre sur la simplification des procédures de mise en
alerte et renforcer leur coopération sur l’échange d’informations avec les
services de sécurité et de renseignement non militaires des Etats membres[163]. »
Si ces plans aboutissent, le
SIS sera passé d’un instrument de contrôle des frontières intérieures de
l’Union à un outil pratiquement sans limites d’investigation et de police.
De plus il faut voir qu’un
accord de coopération judiciaire a d’ores et déjà été signé entre l’Union
Européenne et les Etats-Unis, sans examen parlementaire. A cela s’ajoute les
contacts entre américains et européens sur le choix de technologies
d’interception des télécommunications, ou encore un arrangement obligeant les
compagnies aériennes à fournir aux autorités américaines les données dont elles
disposent sur les passagers sur leurs vols transatlantiques.
Un document interne du
groupe de Schengen le souligne : « l’idée d’utiliser les données du
SIS pour d’autres objectifs que ceux prévus initialement et spécialement pour
des buts d’information policière au sens large, fait maintenant l’objet d’un
consensus large qui rejoint les conclusions du conseil après les évènements du
11 septembre ». Le « consensus large » évoqué par les policiers européens
ne procède pas d’un débat public : il émerge des réunions secrètes tenues
dans les arrières salles de l’Union européenne.[164]
Autre domaine très débattu dans l’Europe, la
conservation des données de trafic enregistrées par les fournisseurs d’accès Internet
(FAI) et les opérateurs télécoms.
L'Europe envisagerait donc
de se servir de ces données pour faciliter la coopération judiciaire et
policière en matière de lutte contre le terrorisme. Le Conseil européen
demandait dès le 25 mars 2004 un texte pour juin 2005. Le projet en circulation
a été élaboré par quatre Etats membres :
La définition des données à
conserver pose aussi problème dans la mesure où elle reste assez large. Il
s'agit de données nécessaires pour remonter et identifier la source d'une
communication, incluant des « informations personnelles », des « informations
sur la mise en contact des interlocuteurs » et des « informations sur le
prestataire de service auquel a souscrit l'émetteur ». Plus tout ce qui
concerne la date, l'heure et la durée de la communication, l'outil de
communication utilisé, le lieu d'où elle part, et si ce lieu change en cours de
route. Finalement après 6 mois de débats acharnés, les députés européens ont
adopté le 15 décembre 2005 (378 voix pour, 197 contre) la directive proposée
par
Concernant la biométrie, le
Parlement européen a adopté, le 2 décembre 2004, un rapport sur l’introduction
d’identifiants biométriques dans les passeports des ressortissants des 25 pays
de l’Union européenne.
Il a planché sur une
proposition de règlement émanant de
Mais le 25 octobre, les
ministres européens de
Les Verts sont l’un des
principaux groupes politiques à monter au créneau contre le projet de
Bruxelles: «L’introduction de deux identifiants biométriques aura un impact
majeur sur les droits civils et pourrait, de façon ironique, représenter une
menace pour la sécurité, à travers les risques d’abus, de failles techniques,
de manque de transparence et de protection des
données »
«Il ne devrait pas y avoir
de base de données centrale des passeports européens (…) car cela violerait le
but et le principe de proportionnalité, et accroîtrait le risque que ces
données soient utilisées à des buts autres que ceux pour lesquels ils sont
originellement envisagés», ont indiqué les députés dans leurs amendements. De
même, ils demandent que les données biométriques servent uniquement à
«l'authenticité du document et l'identité du porteur», et que les autorités
autorisées à accéder à ce type de données soient clairement désignées dans le
règlement. Malheureusement plus personne
ne se fait d’illusion sur le sort des amendements des députés européens que lui
réserve le conseil de l’UE.
Le 16 Août 2006, d’après
Franco Frattini, Vice Président de
Plus anecdotique, le 27 avril 2006,
l’Europe a adopté un rapport qui préconise la mise en place d’ici à 2009 du
système « e-call ». Ce dispositif se présente comme un système
intégré au tableau de bord d’un véhicule automobile qui, en cas d'accident,
alertera les services de secours les plus proches par un appel mobile au 112
- le numéro d'urgence européen. Dans le même temps, il donnera la position
géographique du véhicule, via les satellites GPS. Cette solution pourrait
permettre de réduire de moitié le temps d'intervention des équipes d'urgence et
de sauver 2 500 vies chaque année, d'après le rapport Titley[167].
Un bel exemple de sécurité troqué contre la liberté de déplacement des
européens…Cependant eCall n'est encore qu'un souhait de Bruxelles et n'a pas de
caractère obligatoire pour les pays membres de l'Union…
Même en dehors des règles édictées par l’Europe, des
Etats européens font figures de modèle
dans leur utilisation intensive des TIC. Ces cas sont intéressants à étudier
car l’Europe pourrait bien s’en inspirer pour étendre ces mesures aux autres
états de l’Union.
On apprenait ainsi qu’en avril 2005, le gouvernement
hollandais à voulu faire passer une loi obligeant les bibliothécaires à
communiquer à la police la liste des livres consultés par leurs lecteurs.
Après les attentats de Londres, la ville de Berlin et
l’état régional du Brandebourg ont fait savoir qu’ils comptaient ajouter des
caméras dans les réseaux de transport public et prévoyaient de stocker plus
longtemps les enregistrements. « Après les attentats dans la capitale
britannique, nous ne voulons pas qu’on nous reproche de ne pas entreprendre
suffisamment de choses » a dit le patron de la compagnie berlinoise des
transports publics (BVG), Thomas Necker.
En Italie où un million de caméras sont déjà en
place, il a été décidé d’en installer davantage. Et pour l’achat de puces
électroniques pour téléphones portables, le gouvernement italien a décrété
l’obligation de fournir une pièce d’identité.
Même si
Mais c’est l’Estonie qui reste en la matière l’une
des toutes meilleures élèves Européennes puisque l’accès à Internet est même un
droit Constitutionnel. Elle organisa fin 2005 pour la première fois un vote en
ligne à l’échelon national à l’occasion des élections municipales, et si
l’expérience est jugée concluante, le parlement décidera d’étendre ce
dispositif aux élections législatives prévu pour Mars 2007. Pour voter de chez
soi en ligne chaque électeur dispose d’une carte d’identité électronique, d’un
lecteur à carte à puce et surtout d’un code d’accès inhérent a chaque carte et
renseigné dans le cadre d’une signature électronique. Sur 1,3 millions
d’habitants, ce sont presque 900.000 d’entre eux qui disposent d’une carte
d’identité électronique. Crypté et dépouillé anonymement, le secret du vote est
protégé. Mais à cet étape de l’exposé, on comprend bien qu’un Etat peu
scrupuleux pourrait très facilement faire de l’anonymat du vote un secret de
polichinelle.
La palme européenne revient cependant sans
aucun doute à
"La société de la surveillance est devenue réalité sans que nous n'y
prenions garde" : c’est le
constat effectué par un rapport britannique destiné à
L’Electronic Privacy Information Center et Privacy
International publient annuellement un rapport axé sur le respect de la vie
privée dans les différents pays. Ceux-ci sont notés de 1 à 5, plus haute étant
la note et meilleure étant la protection de leurs citoyens dans ce domaine sur
la base des dispositions constitutionnelles, des lois destinées à protéger la
vie de tout un chacun, des cartes d'identité, du traitement des données
biométriques, etc. Avec un score de 3,9/5, l’Allemagne est le pays qui respecte
le mieux ces données en Europe (ce qui se comprend bien entendu pour des raisons
historiques). Tout en bas de l’échelle, on trouve assez logiquement le Royaume
Uni (1,5/5) et – ce qui reste assez étonnant – les pays bas (2,3) et la suède
(2,2)[172].
« Je ne crois plus à cette
guerre de la moitié de
François
Bayrou
A la suite des attentats du 11 septembre, le
gouvernement français fait adopter des dispositions destinées à la lutte
anti-terroriste. Le 6 octobre 2001, il dépose des amendements au projet de loi pour la sécurité quotidienne
(LSQ) « afin de renforcer
l’efficacité des services d’enquêtes et combattre plus efficacement les menées
du terrorisme […] et destinés à
assurer la plus grande sécurité des Français dans une période où le risque est accru
et actuel. ». D’après le 2nd
amendement, ces dispositions sont censées être exceptionnelles et temporaires et doivent prendre fin le 31
décembre 2003. Cette mesure donne accès à l’autorité judiciaire aux logs de
connexions conservés par certains FAI et qui sont une première étape pour
enregistrer les faits et gestes de tous les citoyens français sur Internet.
Le 21 Janvier 2003, l’assemblée Nationale, après avis
favorable du Ministre de l’intérieur M. Sarkozy, adopte en une minute
l’amendement Estrosi, rendant définitive
la mesure « anti-terroriste », initialement exceptionnelle et
temporaire, ce qui fait qu’elle est au final totalement séparée de l’existence
ou non d’une menace terroriste. Cet amendement sera plus largement intégré dans
la loi pour la sécurité intérieure
(LPSI), elle-même promulguée le
18 mars 2003.
Plus tard, le 10 octobre 2005,
Si par exemple, un agent des Renseignements Généraux
ne respecte pas
Parmi les autres amusements du texte, on trouve une
mesure encore inédite en France : un dispositif de surveillance des
déplacements des personnes sur le réseau routier, à l’aide de fichiers des
numéros d’immatriculation et des photos des occupants des véhicules[174] !
En l’état,
Le Conseil constitutionnel, qui fut saisie par les
sénateurs socialistes estimant que seul un juge doit autoriser l’accès aux
données de connexion, ne les a finalement pas suivi, et par une décision du 19
janvier
Par ailleurs, Monsieur Sarkozy affiche publiquement
ses intentions : « être à l’écoute de tout, et si possible savoir
tout »[176]
n’hésitant pas à qualifier de « polémique stérile » les réactions
d’inquiétude légitime provoquées par un
projet de loi menaçant à l’évidence le droit au respect de la vie privée et le rôle
protecteur du juge indépendant et impartial. « Il fallait adapter le
dispositif juridique français pour protéger les Français », a-t-il
souligné.
Concernant les cybercafés, la loi les oblige
maintenant à conserver leurs données informatiques durant un an, tout comme les
services de téléphonie et les FAI, afin de permettre aux services de Police et
de Gendarmerie de reconstituer les réseaux. Le décret d’application est paru le
24 mars 2006. Pour l’association Imaginons un réseau Internet solidaire (IRIS),
« ce décret représente l’aboutissement
d’une stratégie de contrôle plus large de la population, dont la lutte contre
le terrorisme ne constitue qu’un alibi. La rétention des données de communication révèle l’intimité des
personnes, cartographie leurs activités et identifie les réseaux de relations
tissés entre elles »[178]
(voir à ce propos le chapitre « Exemple d’outils au service du
contrôle » pour bien comprendre comment cela se passe).
Même des instances comme
Le Président de
Jean René Lecerf, Sénateur UMP du Nord, fait un pas
de plus. Pour lui, « il faut renverser le « syndrome Big
Brother ». Montrer que liberté et sécurité ne s’excluent pas mutuellement.
Imaginons qu’un fichier central de données biométriques soit créé, qui
offrirait à chacun un libre accès, sécurisé et gratuit pour les renseignements
le concernant : on saurait quelle instance a consulté sa fiche d’identité
et dans quel cadre. Ne serait ce pas là un gain de liberté ? » Mais
connaît il vraiment toutes les facettes de l’Internet pour s’exprimer
ainsi ?
La secrétaire
générale adjointe du ministère de
Dernier
dossier, et de taille pour l’examen au Parlement et au Sénat pour fin
2006/début 2007[180] :
le projet de loi de prévention de la
délinquance définitif présenté en Conseil des Ministres en Juin 2006. Dans
un article intitulé « Bienvenue en Sarkoland », Gilles Sainati,
magistrat et membre du Syndicat de la magistrature, regrette la mise en place
de la structure d’un « nouvel Etat » [181]
qui, au regard de celui qui existait il y a seulement 5 ans en France, pourrait
être qualifié de beaucoup plus sécuritaire en ce que, par exemple :
- Il remplace l’accompagnement
social par un contrôle tous azimuts des
personnes suspectées de déviance. Le maire devient le supérieur
hiérarchique des travailleurs sociaux, un destinataire de toutes les
informations sociales, judiciaires et médicales des citoyens sur son ressort.
Il est doté de pouvoirs de sanctions civiles et financières à l’encontre des
familles, il est le nouveau délégataire de la puissance publique en terme de
sécurité. Néanmoins, dans la motion adoptée fin 2006 lors de leur congrès,
les maires expriment leur hostilité au texte du Ministre de l’Intérieur qui
concerne leur rôle de « pivot » dans la prévention de la délinquance.
Les maires refusent de « se substituer à la justice, à la police ou à
l’éducation nationale » (dixit leur communiqué). M. Sarkozy a affirmé
qu’il voulait seulement que les maires puissent « centraliser toutes les
informations » de la part de l’Inspection d’académie ou de
Quoi qu’il en soit, espérons que le débat pour les prochaines élections présidentielles,
puis législatives, de 2007 fasse une large place à la question des libertés
individuelles par rapport à l’usage des TIC. On pressent en effet que le
problème de la « sécurité » sera au cœur des débats. Il faudra beaucoup de courage aux candidats,
qui en auront compris l’enjeu, pour
s’opposer à la dérive sécuritaire actuelle. Et redonner l’essentiel : de la confiance et favoriser l’entraide
mutuelle entre les citoyens. Il faut bien comprendre que jamais des mesures
sécuritaires ne pourront restaurer une quelconque sécurité dans la société
civile.
La France pourrait devenir le fer de
lance d’une politique plus harmonieuse en mettant, contrairement à nos
voisins d’outre manche et d’outre atlantique, les libertés des citoyens au
premier rang des priorités et en abordant les aspects
« sécuritaires » avec toutes les retenues qu’il faut avoir. Les
cartes ne sont pas encore distribuées, la
paranoïa dans notre pays n’est pas
d’actualité, les prémices des mesures liberticides pouvant être encore
rééquilibrées. Pour prendre un exemple simple, notre pays ne comptera pas,
d’ici 2008, si les choses n’évoluent pas d’ici là, plus de 1000 fonctionnaires
dans les services de renseignement et de police spécialisés dans la
surveillance des réseaux et de la cybercriminalité. A titre comparatif,
Approfondissons maintenant quelques sujets d’actualité Français où politique,
économique et social sont intimement liés aux TIC :
Chaque bénéficiaire français de l’assurance maladie
va se voir très prochainement attribuer un dossier médical personnel (ou DMP)
qui sera hébergé sur Internet et comportera tout l’historique médical du
patient, c'est-à-dire toutes les données recueillies ou produites à l’occasion
des activités de prévention, de diagnostic ou de soins. Le DMP devra
fonctionner pour tous les Français de plus de 16 ans le 1er juillet
2007. Les premières expérimentations concrètes ont débuté en Février 2006.
Le montant de prise en charge financière des actes et
prestations par l’assurance maladie sera subordonné à l’accès du professionnel
de santé au dossier médical personnel. En mettant nos dossiers médicaux sur
fichiers informatiques, en rendant obligatoire l’utilisation de la carte vitale
dans sa conception actuelle,
L’ADAS (Association de défense des assurés sociaux) a
entamé un véritable combat pour informer les assurés sur le sort de leurs
données de santé, sur le danger du DMP et sur les failles du système
Sésame-Vitale. Les médecins fondateurs de l’ADAS ont d’ailleurs pris d’énormes
risques puisqu’ils ont décidé de se déconventionner pour ne pas avoir à cautionner
le fin du secret médical à travers les multiples projets d’informatisation
des données de santé. Le Docteur Martine Marchand dans une lettre au Directeur
de
Dans une dépêche APM du 13 février 2006, on apprend
que
On l’a compris, bientôt la moindre information
concernant notre santé sera en circulation sur un réseau plus ou moins
sécurisé. D’autres pays démocratiques s’y dirigent déjà[184].
Acceptera t’on de rembourser ceux qui refuseront de se plier au système
informatisé, mais qui s’engageront à détenir tout leur dossier médical et à la
présenter à chaque consultation au médecin de leur choix ?
Les Etats-Unis ont de leur coté dépassé le cap de
l’expérimentation. D’après « Information Week », un consortium
d’entreprise (Wal Mart, BP, Intel…) a lancé « Dossia », une vaste
base de données regroupant les données médicales de leurs salariés. Forcément
accessible aux hopitaux et médecins, ces informations pourront dans certains
cas être aussi accessibles aux…compagnies d’assurance ! Toujours pour des
raison de substantielles économies les salariés des compagnies seront fortement
incités à s’y inscrire, tout en sachant qu’ils ne pourront pas en être effacé,
même pour un licenciement, une démission ou…un décès ! Un représentant
d'Intel a en effet expliqué à Information Week qu'une fois les
informations rentrées dans Dossia, elles ne quitteront plus la base.[185]
Le projet Français Ines est connu sous le terme de
Identité Nationale Electronique Sécurisé (certains l’appelle aussi CNIE pour
Carte Nationale d’Identité Electronique). Mais le projet à terme pourrait aller
plus loin qu’une simple carte d’identité électronique, en regroupant par
exemple également « la carte vitale, le passeport, les permis de conduire,
la carte de séjour des étrangers…Tous ces titres seront biométriques à l’aide entre
autres d’empreintes digitales et de photos numérisées, au plus tard en
2008 »[186]
Lutte contre le terrorisme, l’immigration irrégulière et les faux papiers sont
les fers de lance les plus utilisés pour justifier le projet. En fait ce projet
pourrait viser l’établissement d’une giga base de données policière à l’échelle
du pays et de toute la population sur des « puces » lisibles sans
contact, c'est-à-dire à la méconnaissance complète de l’individu. Il s’agit de
rendre ainsi l’individu totalement transparent tant aux autorités publiques
qu’aux opérateurs commerciaux.
Beaucoup d’associations françaises[187]
oeuvrant pour les libertés individuelles ont lancé une pétition en mai 2005
contre Ines et déclarait : « qu’un tel projet met en cause une
société dans laquelle l’identité reste fondée sur un principe déclaratif, au
profit d’une conception de l’identité imprimée dans l’intimité biologique. Il nous propose l’abandon d’une présomption
de confiance mutuelle au profit d’une généralisation de la suspicion ».
« D'une prévention de la fraude documentaire, on aboutit à un fichier de
police », déplore Alain Weber de
Sous la pression, le gouvernement français à du
légèrement revoir sa copie pour offrir une 2ème vie à Ines. Philippe Sauzey, Directeur du programme Ines à
présenté en Décembre 2005 une esquisse de la nouvelle carte. Il sera prévu
qu’Ines soit payante (entre 10 et 20 € avec gratuité pour les personnes les
plus démunies), mais facultative[188].
« A l’avenir, vous pourrez adopter une pièce de nouvelle génération ou
rester aux versions actuelles » à t’il déclaré. Cela ne convainc pas Alain
Weber : « Le système papier disparaîtra au profit de la biométrie, si
des facilités lui sont associées. »[189]
Deux grandes catégorie de données
apparaîtront sur la carte : une partie régalienne et une partie
« services ». Les données traditionnelles (nom, prénom, date de
naissance, adresse du domicile…) y seront inscrites. Elles seront reprises dans
le composant électronique pour la partie régalienne et complétée par des
éléments biométriques (à priori des empreintes digitales numérisées et une
photo). La puce, basée sur la technologie RFID, fonctionne comme on le sait,
sans contact. Le citoyen pourra y être identifié par les pouvoirs publics et
les polices d’une trentaine de pays partenaires. Quant à la partie
« services en lien avec l’identité », elle devrait comprendre deux
éléments. Une certification d’authentification du détenteur de la carte et un
volet de signature électronique qui « pourrait n’apparaître qu’à la
deuxième génération de la carte d’identité numérique » selon Philippe
Sauzey »[190]
Les dates n’ont pas changé et devrait donc être mis en place en 2008.
Quelques uns de nos voisins européens sont déjà très
en avance puisque ayant déjà délivré les cartes d’identités électroniques. On
recensait début 2006 plus de 2 millions de cartes en Belgique par exemple, et
début 2007, l’ensemble de la population de plus de 12 ans soit 9 millions de
personnes seront équipés. Une eID « light » pour les moins de 12 ans
est même prévu, le gouvernement n’ayant pas encore décidé si elle serait
obligatoire[191].
Bien difficile donc de rester anonyme, même pour les plus jeune, en Belgique.
Pour l’anecdote, Bill Gates, en visite à Bruxelles, en février
Avant leur probable fusion avec Ines, le passeport
électronique (qui deviendra ensuite biométrique, mais « pas avant avril
2009 ») Français continue sa route sous la pression des Américains. Ainsi
pour se conformer aux exigences américaines,
On peut déjà imaginer que l’ensemble de ces cartes
électroniques, toujours pour des raisons « économiques et pratiques »
pourraient prendre la forme d’un seul support qui verrait alors son usage
généralisé à tous les aspects de la vie quotidienne.
Les clients franciliens de
Déjà utilisées en titres
annuels, elles doivent progressivement remplacer les bonnes vieilles
"Cartes Orange" (mensuelles ou hebdomadaires) actuellement en
service. Mais le hic, c'est que pour bénéficier d'un pass Navigo anonyme, avec
lequel aucune trace des voyages ne sera mise en mémoire, le client RATP devra
débourser cinq euros. Aux dernières nouvelles, ce pass un peu spécial devrait
voir le jour courant 2007.
«Chaque fois que l'on met en
place un système de carte à puce qui permet de tracer des déplacements, il faut
proposer aux gens une alternative, qui est l'alternative de l'anonymat. Cette
alternative doit être gratuite», affirmait sur France-Info Christophe Pallez, à
l’époque secrétaire général de
La controverse a pris
tellement d'ampleur que le Stif (Syndicat des transports d’île de France) a dû
sortir un communiqué pour remettre quelques pendules à l'heure. «Il est faux de
laisser penser qu'il sera possible de connaître les déplacements des
voyageurs», souligne-t-il. «Les informations sur les passages aux validateurs
sont uniquement utilisées par un système automatisé de détection de la fraude,
et [elles] sont automatiquement détruites au bout de 24 heures». Soit une durée
inférieure aux 48 heures préconisées par
Pour bénéficier d'un pass
Navigo, les clients devront toutefois remplir une fiche signalétique, avec nom,
prénom, adresse et téléphone. Et donc figurer dans le fichier commercial de
Le Stif garantit que ces
informations «ne sont pas inscrites sur la puce mais sur le fichier de
gestion», et qu'elles «sont traitées de façon complètement indépendante des
données de validation».
A noter cependant qu’à la mi
juillet 2006, un internaute à pu consulter, à cause d’une faille de sécurité
sur le site de
Une alternative sera
effectivement proposée, et payante, à ceux qui ne souhaitent pas figurer dans
les fichiers commerciaux. Il s'agira de la carte pour les voyageurs
occasionnels, dit «carte Navigo non personnalisée». C'est cette dernière, dotée
d'une puce, qui coûtera cinq euros, correspondant à son coût de fabrication
selon le Stif.
Le Syndicat justifie cette
démarche par «un souci de lutter contre le gaspillage». Il ne veut pas qu'un
«voyageur occasionnel puisse chaque fois qu'il en a besoin demander une
nouvelle carte sans en supporter le coût».
« Effacer les
traces » de son passage devient un service payant et cela constitue peut
être en la matière le début d’un nouveau marché qui à beaucoup d’avenir : il faudra à l’avenir probablement payer
pour son anonymat et le respect de sa vie privée. On prenait dans nos
sociétés occidentales ce droit pour acquis. On voit qu’il n’en est rien.
Fin 2005,
Vingt-trois minutes. C'est,
selon une expérimentation menée à Amiens, le temps moyen qu'il faut à une patrouille
de police pour arriver sur les lieux d'une intervention. L'objectif du
ministère de l'Intérieur est de diviser par deux ce délai, grâce à un système
de géolocalisation. « Nous allons mettre en place un système d'information
autorisant la gestion intégrée des interventions », explique Jean-Yves
Latournerie, DSI du ministère.
La première phase de
déploiement à débuté en novembre 2005 et concernait d'abord une trentaine de
centres d'information et de commandement (CIC). Ces derniers sont les lieux de
réception des appels au 17, le numéro d'urgence de police secours. Ils sont 135
au total, en comptant ceux de la police nationale, des CRS et de la police de
l'air et des frontières. L'objectif principal est d'améliorer les conditions de
gestion des appels de détresse. « Notamment en réduisant le temps d'attente à
une vingtaine de secondes, contre une cinquantaine aujourd'hui », précise
Vincent Niebel, chef du département Affaires Sécurité au sein de
Comment y arriver ? En numérisant l'ensemble de la chaîne
d'information qui suit un appel au 17. La téléphonie sera totalement
intégrée au système d'information à l'aide d'un dispositif de VoIP (voix sur
IP) et d'un serveur CTI (couplage téléphonie informatique). Mais cela ne suffit
pas. Intervenir plus vite nécessite également de disposer d'informations sur le
déploiement des effectifs.
Pour l'instant, il n'existe
pas d'outil assurant une vision précise de la localisation des voitures de
police et des effectifs qui les composent. On peut supposer que le projet de
l’IGN (Institut géographique nationale) qui à mis à la disposition de tous les
internautes mi 2006 des visions aériennes jusqu’à une précision de
Outre le gain de temps,
cette « innovation » contribuera à établir une cartographie encore
plus précise de la délinquance et de l'occupation réelle des équipages. Ce qui
améliorera la répartition et l'organisation des forces de l'ordre. En attendant
de la proposer aux autres services d'urgences que sont le Samu, les pompiers ou
les douanes. A priori, on peut donc s’attendre à ce que toute activité humaine
soit à terme fichée, numérisée, archivée et cartographiée. L’imprévu sera alors considéré comme suspect.
Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An
Mille
L'homme fera marchandise de tout
Chaque chose aura son prix
L'arbre l'eau et l'animal
Plus rien ne sera vraiment donné et tout sera vendu
Mais l'homme alors ne sera plus que poids de chair
On troquera son corps comme un quartier de viande
On prendra son œil et son cœur
Rien ne sera sacré ni sa vie ni son âme
On se disputera sa dépouille et son sang
comme une charogne à dépecer
Le "Protocole Secret" (~1050)
Jean de Vézelay
La dernière carte de l’économie, pour poursuivre dans
ses rêves de croissance infinie sur une petite planète où pourtant les
ressources sont finies, sera peut être d’en venir à considérer l’homme en
produit de consommation courante. Finalement sujet et objet, consommateur et
consommé.
Quand la science du marketing, qui tire littéralement
le wagon économique aujourd’hui jusque dans ces derniers retranchements,
s’associe à des pratiques de développement personnel, on aboutit souvent à des
conclusions relativement absurdes.
Ainsi, on peut découvrir sur la couverture du livre
« Pour en finir avec l’échec : le bon marketing de soi »[196] :
« Dans la vie comme en
marketing, il s’agit d’adapter le produit que nous sommes à la demande des
clients que sont nos proches : nos patrons, nos partenaires, nos
conjoints, nos enfants, nos parents, nos amis, nos amours…
Ces clients il faut savoir
qui ils sont, ce qu’ils attendent de nous, où les trouver, comment communiquer
avec eux.
Nous devons également tenir
compte de la concurrence et nous en protéger avec une politique offensive ou
défensive, en nous positionnant et en indiquant clairement nos particularités,
nos atouts, nos ressources, notre sens de l’innovation, le but étant, bien
entendu, de nous faire considérer comme « une marque sérieuse ».
Il est bon de s’envisager comme un capital qu’il faut
entretenir et faire fructifier en
exploitant à fond ses multiples
facettes, et de prévoir des situations de rechange ou de repli en cas d’échec
au cours de sa démarche.
Dans toutes nos relations à
l’Autre, qu’il s’agisse d’amour, de parcours professionnel, de vie familiale ou
de quête de soi, nos attitudes, nos démarches, nos comportements obéissent aux
règles du bon marketing. Il suffit d’en prendre conscience et d’adopter les
stratégies les plus subtiles de cette branche qu’on attribue habituellement au
monde de l’entreprise. »
Le décor est donc posé : si les hommes désirent
« évoluer», ils n’ont plus qu’à devenir des produits à part entière pour
se « gérer » le mieux possible vis-à-vis de leur
« environnement » et optimiser ainsi leur « cycle de vie ».
Les dérives sémantiques faisant, le code barre amélioré (puce RFID) prendra
tout naturellement sa place dans une humanité en perte des repères
fondamentaux, et totalement aveuglée par le « progrès
technologique ».
En effet, tout devient consommable dans notre
société : nous passons parfois l’éponge lorsque les produits sont
fabriqués par des enfants, nous nous posons parfois la question lorsqu’il
s’agit de nourriture animal, on s’offusque heureusement encore lorsqu’on parle
de trafic d’organes. Un scénario possible, si bien dénoncé dans le film
« The Island »[197], pourrait se dérouler sur notre planète, où des
humains fortunés, apeurés à l’idée de la mort, ont décidé, via des sociétés
d’assurances, de se créer des « clones » qui pourront leur fournir
l’organe défaillant intact en cas de grave maladie.
Ainsi, comparer l’homme à un produit revient à le
prendre pour interchangeable, jetable, dénué de vie, de sentiments et de
conscience. Il n’est qu’un paramètre d’équation à maximiser pour être le plus
rentable possible. S’il arrive à la fin de son cycle (tout produit marketing
suit en effet 4 phases : le démarrage, la croissance, la maturité, et le
déclin), il n’a plus de raison d’être, on peut le mettre au rebus car il coûte
alors plus qu’il ne rapporte. Or si on regarde nos sociétés sous cet angle
simpliste, les produits en apparent déclin sont nombreux : personnes
âgées, handicapés, malades…tous ces « produits » sont des poids
morts. Cette façon complètement totalitaire de raisonner, et pourtant
sémantiquement assez proche de notre quotidien, feront peut être le jeu de certains, désirant
« optimiser » les « marques » de « produits » et
qui proposeront, qui sait, des solutions finales pour être plus
« compétitifs ».
Déjà, le vol dans de gigantesques bases de données
privées ou publics laissent entrevoir, peut être, que les
« caractéristiques » de chaque individus de la planète seront un jour
disponibles à qui le voudra, sur le réseau. En mai 2006, un vol de données sur
26,5 millions d’anciens combattants américains et sur leur épouse, contenant
noms, dates de naissance, et numéros de sécurité sociale avait défrayé la
chronique.
De plus les premières « puces » implantées
tel un code barre sur l’homme, prémices à un contrôle généralisé, voient le
jour. Par exemple, un fabricant belge d’armes (FN) teste la faisabilité d’une
puce RFID sous cutanée comme moyen de d’identification du détenteur d’une arme.
En pratique l’arme ne pourrait être activée que par son seul propriétaire. Et
comble de l’ironie, le projet fait référence à une arme dite « intelligente »…
Aux Etats-Unis, des employés de
Citywatcher, une société de vidéosurveillance[198],
se sont fait implanter une puce dans le bras. Le but est de permettre de
filtrer l’accès à certains espaces sécurisés dans lesquels la société installe
ses équipements. Les autorités sanitaires du pays avaient donné leur aval pour
de telles expérimentations dès le mois d’octobre 2004. Dans le domaine de la
santé, la société Applied Digital Solutions espère convaincre les américains de
se faire glisser une de leur petite création sous la peau. En cas d’accident,
les services de secours n’auraient plus qu’à scanner le bras des victimes pour
connaître immédiatement leur groupe sanguin et leur identité…
En France cette
fois ci, l'opérateur mobile Orange du groupe France Télécom débute la
commercialisation d'un bracelet doté de fonctions de géolocalisation par
GSM et GPS destiné aux quelques 850.000 personnes atteintes de la maladie
d'Alzheimer sur notre territoire. Présenté comme une première mondiale,
"Columba" répond au problème de la perte de repère spatio-temporel
(fugues et/ou désorientation), un des principaux symptômes de cette
maladie. Lorsque la personne sort d'un périmètre géographique défini, un
message d'alerte est envoyé à la famille sous forme de SMS, d'e-mail ou de
message vocal. Les proches du malade vont alors entrer en contact avec un centre
d'appels médicalisé qui leur indique précisément où se situe la
personne. La famille peut ainsi demander une intervention ou entrer en
communication avec le malade grâce à la fonction haut-parleur mains libres du
bracelet. La société québécoise fabricante du bracelet a également dans ses
cartons un «projet très avancé» de ceinturon pour équiper cette fois
les malades cardiaques. Posé sur le thorax, il relève les battements
du cœur et envoie une alerte vers un centre d'assistance dès les premiers
signes de crise cardiaque[199]…
Mais après les
réflexions que nous avons jusqu’à maintenant engagées, peut on encore parler
véritablement de « progrès » lorsque l’homme devient ainsi géré par
les machines, comme un produit de consommation courante ?
« Tant
qu’il y aura des hackers, il n’y aura pas de Big Brother »
(Slogan des hackers)
Internet
n’est pas loin d’être un système quasi-parfait sur le papier : relier les
hommes entre eux, accès de tous à la connaissance, communication démultipliée
et disparition des intermédiaires…Cependant la perfection de l’idéologie est
entamée par un inconvénient
majeur : la traçabilité et l’enregistrement de n’importe quelle action sur
le réseau.
Beaucoup
diront que c’est un point de détail. Cet ouvrage avait entre autre pour but de
démontrer le contraire. Sur le réseau, qui va déborder de plus en plus dans la
moindre action quotidienne de chaque citoyen, la vraie liberté ne peut passer
que par l’anonymat le plus total de chacun. La « trace » laissée et
sa possible utilisation font radicalement chuter Internet de son piédestal.
Le
rôle des grands média est ici capital. Un quasi-consensus existe aujourd’hui
aux niveaux des TIC, comme quoi leur développement est synonyme d’épanouissement
et d’évolution pour l’être humain. C’est un progrès. Personne n’ose le réfuter.
Des
technologies mégalo développées par des firmes comme Google, ou bien des
tentatives de fichages généralisés comme celles entamées par le programme
surveillance totale américain, devrait, au-delà des débats techniques et
économiques, attirer l’attention. Il n’en est rien. Le Patriot Act 2, qui
représentait un forte régression des libertés dans le droit américain, n’a
suscité à l’époque que très peu de contestation. « L’information n’a fait
guère plus qu’une vaguelette dans les médias américains. »[200]
Les grands réseaux de télévision ont brillé par leur silence, et les journaux
par un traitement minimal en pages intérieures.
Ainsi
grâce à un traitement médiatique savamment orchestré, les gens redemandent, y
compris pour eux même, plus de surveillance et de traçabilité : un sondage publié 10 jours après les bombes du métro
londonien indiquait que 74% des italiens étaient favorables à davantage de
caméras dans les lieux publics et 60% à un contrôle plus serré des messages
électroniques. [201]
La
population continue ses divertissements de télé-réalité pendant que tout se
joue en coulisse. Ne devient il pas urgent, puisque les grandes oligarchies
médiatiques et politiques font la sourde oreille, de nous réapproprier enfin
notre chemin et de proclamer enfin vouloir mettre un terme à cette
matérialisation Orwellienne des choses. Lorsqu’on leur pose la question, les
gens paraissent quand même inquiets : une étude de News.com aux Etats-Unis
montre la méfiance de la population au passeport biométrique américain qui
pourrait à terme contenir empreintes digitales et iris de l’œil. Le
gouvernement a en effet reçu 98,5% de commentaires négatifs[202].
Mais les applications ont belle et bien commencées. A Ruelzheim en Allemagne,
il est désormais possible de payer ses courses au supermarché simplement en
posant le doigt sur un lecteur d’empreintes digitales[203].
La chaîne de supermarchés britannique Midcounties Co-operative à mis en place[204]
un terminal de paiement à reconnaissance digitale dans trois de ses magasins
situés à proximité d'Oxford. Et en plus tout est fait pour rassurer le
consommateur et le faire souscrire. Le système est en général simple et gratuit
: le client s'enregistre en fournissant une pièce d'identité et ses coordonnées
bancaires. En contrepartie, la société scanne son empreinte digitale. Lors de
ses achats, le client n'a alors plus qu'à passer son doigt sur le terminal de
paiement pour payer ses articles. Exit les cartes bancaires, petite monnaie et
autres chéquiers...
La
demande de sensationnel de notre époque actuelle n’entraînera probablement
jamais dans sa course la révolte des citoyens contre le numérique et ses
gigantesques bases de données. Là il n’y a aucun hélicoptères de combat, aucun
porte avions ni autre instrument de guerre. Comment le virtuel pourrait
inquiéter quiconque en restant une suite rébarbative de 0 et de 1 recueillie
par quelques antennes qui les analysent par millions via des logiciels. En
apparence, donc, rien de très intéressant, d’excitant, ni de révoltant pour la
population face à la monotonie de ces données binaires.[205].
Et
ce n’est probablement pas
Car
en coulisse, de sombres manœuvres sont à l’œuvre. Parmi l’une d’elle un projet
de centralisation des systèmes d’information de l’armée qui pourrait lui donner
accès aux données de la gendarmerie concernant les justiciables en faisant
fusionner ensemble
Certains
affirment qu’il est encore possible de « tromper » la biométrie. Des
chercheurs japonais ont montré qu’il était possible de reproduire de vraies
fausses empreintes digitales, sur des doigts en latex, qui ont leurré 11 des 15
systèmes biométriques testés. A ce sujet on peut évoquer le film
« Bienvenue à Gattaca »[207]
où l’action se situe dans un monde (biométrique) parfait. Gattaca est un centre
d’études et de recherches spatiales pour des jeunes gens au patrimoine
génétique impeccable. Vincent (joué par Ethan Hawke), enfant naturel au
patrimoine génétique quelconque, mais qui rêve de partir pour l’espace, va
déjouer les lois de ce monde moderne pour réaliser son objectif. Ce film pose
lui aussi toujours la même question : est ce d’un monde comme celui là que
nous désirons ?
Un
nouveau Staline visant à asseoir son pouvoir ne s’y prendrait pourtant peut
être pas autrement que ce que les Occidentaux font d’eux même, c'est-à-dire
s’équiper de téléphones portables, d’ordinateurs connectés, de webcams, de
GPS…Les systèmes totalitaires de gauche tant décriés – avec raison – par le
passé n’ont jamais exercé sur les populations une surveillance et des capacités de contrôle comme celle qu’annonce et
met en place la fusion des TIC et du libéralisme économique. Des progrès
technologiques qui ne servirait qu’à asservir ?
Un
autre problème de ces tendances sécuritaires en tout genre, c’est qu’il est
extrêmement difficile, une fois le processus engagé, de revenir en arrière. En
effet, au niveau législatif par exemple, quel législateur proposerait
l’annulation d’une loi anti-terroriste en prenant le risque qu’un nouvel
attentat se perpétue. D’autres part, les services de Police ne lâcheront pas
non plus leurs nouveaux pouvoirs si facilement. Il ne faut pas rêver, ces
mesures sont faites pour durer. Même chose pour les firmes privées qui ne
laisseront pas fuir leur part de marché si l’on tentait de réglementer quoi que
ce soit qui revienne sur leur acquis. N’oublions pas que public et privée se
doivent d’être solidaires dans la « guerre économique » que se livre
les nations ! Dernièrement, le FBI a officiellement mis à l’honneur neuf
des collaborateurs de Microsoft pour avoir rendu un « service exceptionnel
à la cause publique » : ils ont en effet réussi à localiser des
pirates informatiques à l’origine d’un virus. Le FBI, grâce à cette
information, a réussi à arrêter rapidement les 3 coupables[208].
Les adolescents pressentent bien le carcan dans lequel on veut les faire
rentrer. Ils essayent d’y échapper, peut être inconsciemment, à leur manière,
avec leurs outils : près de 6 d’entre eux sur 10 préfèrent utiliser un nom
d’emprunt sur Internet pour protéger leur véritable identité[209].
Pourtant à coté de cela, ils sont de loin la génération la plus forte
consommatrice en TIC : 95% des jeunes européens âgés de 12 à 18 ans ont
leur propre téléphone portable[210].
Et comme l’explique Médiappro : « Il est clair que pour eux, cela est d’une importance vitale et qu’ils
trouveraient difficiles de vivre sans ».
Car
le souci est bien celui-ci : on veut nous faire rentrer dans la
norme en adhérant au rouleau compresseur technologique : l’exemple de la
« smart vision » (la « vision intelligente ») testée dans
les métros de Londres, Paris et Milan est édifiante à ce propos. Ces caméras
sont capables de détecter chez les voyageurs les comportements « qui
s’écartent de la norme ». « Il y a des endroits dans le métro où il
n’y a pas de lieu de stationnement, sinon le système associe cela à une
situation dangereuse, du moins suspecte. » Relié à l’ensemble du réseau
des caméras, l’ordinateur est muni de logiciels de détection : à peine le
« suspect », le vendeur à la sauvette ou le mendiant arrive t’il dans
le métro qu’il est immédiatement repéré. S’il reste immobile plus d’une minute,
son image passe au vert sur l’écran de contrôle. Au-delà de 2 minutes, elle
vire au rouge et l’alerte est lancée. Restez immobile trop longtemps, ne pas
marcher dans le bon sens, stationner en groupe, franchir des zones interdites
deviennent autant de comportements louches…que les caméras dénoncent sur le
champs. Celui qui ne bouge pas n’est pas conforme au flux incessant des nomades
du productivisme.
Une étape supplémentaire à
été franchie dans la ville de Newham dans la banlieue de Londres : celle
de la reconnaissance faciale. Dans la rue, des caméras biométriques scannent le
visage des passants. Systématiquement, l’ordinateur compare ces portraits à
ceux des fichiers de la police. Son objectif : détecter dans la foule les
personnes recherchées. Difficile de comprendre la tolérance de l’opinion
publique envers un tel système de surveillance…L’homme n’a plus le dernier
mot : connecté à un immense réseau de caméras, l’ordinateur se transforme
en juge implacable.[211]
Déjà
le marché anticipe la création et la formation d’une « résistance » à
cette guerre du numérique. En témoigne par exemple la création d’un
« Spyland », parc d’attraction sur la thématique de l’espionnage, près
de Valence en France, dont l’ouverture est prévue début 2008. En outre, des
formations en intelligence économique fleurissent un peu de partout et prépare
déjà la jeunesse à être acteur de cette guerre économique. Pour la rentrée des
classes 2006, l’Université d’Albertay en Ecosse a même décidé d’ouvrir pour les
étudiants des cours de « hacking éthique » qui leur apprendront
comment cracker, entre autres, logins et mots de passe pour s’introduire dans
les systèmes protégés, suite aux demandes des entreprises qui demandent de plus
en plus des spécialistes pour gérer leurs brèches de sécurité. Des experts
internationaux de tous domaines interrogés en 2006 pour l’étude de l’institut
Pew et d’Elon University prédisent, à 58% que dans le cyber monde qui s’annonce
version 2020, des groupes de « refuznik » hostiles à la technologie
feront leur apparition et que certains auront recours à des actions terroristes
pour perturber le fonctionnement de l’Internet[212] !
La guerre du
numérique aura-t-elle lui ? C’est en tout cas à celle là que se préparent
beaucoup d’états Occidentaux. Du 6 au 10 février 2006, les Américains ont joué
à se faire peur avec une simulation d’attaque informatique baptisé « Cyber
Storm ». Elle consistait à reproduire une attaque informatique de grande
ampleur touchant les systèmes bancaires, les infrastructures de communication,
les transports en commun… Pour être le plus réaliste possible, cette opération
a mobilisé quelque 300 personnes, réparties dans cinq pays (Etats-Unis,
Canada, Royaume-Uni, Australie et Nouvelle-Zélande) et aurait coûté plus de
3 millions de dollars. Ce type de simulation n'est pas
propre aux Etats-Unis. L'Otan en fait aussi avec son exercice annuel baptisé « Digital
Storm ». Quant à
Plus
généralement, dans un monde parano en devenir (ce qui n’est pas le cas,
rappelons le aujourd’hui, mais une voie dans laquelle si nous n’y prenons pas
garde, pourrait s’engager nos sociétés), on peut se demander si désobéir aux
règles mises en place par ces états, en apparence démocratiques, deviendra
encore possible ? En effet la toute
puissance d’un réseau mondial traçant
chaque individu jusque dans le moindre recoin de son intimité grâce aux objets
nomades et biométriques, qui pourront se transformer le cas échéant en
prothèse adaptée à chacun, laisse douter
très fortement d’une résistance possible de quelques groupuscules qu’elle qu’il
soit. Les mailles seront tellement resserrées qu’une désobéissance serait
ainsi devenue quasiment irréalisable. A terme peut être. En attendant, on peut
s’engager (une liste des associations oeuvrant concrètement dans le domaine des
libertés individuelles est précisée à la fin de l’ouvrage) : la puissance
des démocraties est encore au service des citoyens, certes désinformés et avec
des parlements affaiblis pour des causes de « sécurité intérieure »,
mais encore capable du meilleur si nous le voulons bien. Dans tous ces groupes de réflexions que vous
pourrez constituer, l’émergence d’un
nouveau paradigme de société pourrait trouver les moyens de se
conceptualiser et de faire, enfin, changer radicalement les choses.
« Une erreur ne devient une faute que si l’on
refuse de la corriger »
John Fitzgerald Kennedy
« Et
les mans faut faire la part des choses
Il
est grand temps de faire une pause
De
troquer cette vie morose
Contre
le parfum d’une rose »
Tryo, L’hymne de nos
campagnes
L’association
« L’Europe des consciences » à l’époque animée par une vingtaine de
personnalités tel que Pierre Rabhi, faisait le constat alarmant que l’Europe,
dans sa construction politique actuelle, ne prenait réellement en compte que
les dimensions économiques et financières : « Toute entière immergé
dans la résolution des problèmes du quotidien, apparemment sans vision sur le
long terme, notre société semble avoir
perdu la conscience que les principes de spiritualité, écologie, solidarité
sont les fondements essentiels et incontournables d’une société, qu’ils
appartiennent aux lois de la vie, aux lois de l’univers et qu’ils représentent
souvent le simple bon sens…Il serait facile de multiplier les exemples qui
montrent ce divorce entre une aspiration de plus en plus large à un changement
– rupture avec l’idéologie du scientisme, du progrès, de la croissance
économique, du bonheur apporté par la consommation, du rationalisme exclusif –
et un immobilisme social où se pérennisent attitudes et structures
archaïques…Tout entier tourné vers l’avoir et le pouvoir, l’homme moderne s’est
trop souvent coupé de sa dimension la plus profonde par laquelle sa vie
acquiert sens et plénitude. C’est lorsqu’il est connecté en lui à la source de
toute vie que l’homme peut développer vision juste et action juste. Il
participe alors à la danse et à l’harmonie de l’univers, et en respectant ses
lois, il vit dans la joie, la conscience et la liberté. »
Après
la lecture des chapitres précédents, on peut effectivement se poser la question
du pourquoi à de telles dérives et surtout à qui cela profite t’il ? En effet,
nous sommes en train, inconsciemment, de tisser notre propre enfer si les
choses continuent ainsi sur la voie où elles paraissent s’engager. De soit
disant raisons économiques et techniques contribuent à faire d’Internet un
système de plus en plus contrôlé. Mais sans le consentement aveugle de nous,
Internautes et citoyens, rien ne se passerait. En fait, grâce aux innovations
constantes des TIC, l’individu étend considérablement ses pouvoirs matériels
sur son environnement, et il est difficile de sortir de cette excitation
permanente du « toujours plus ». Bien qu’il ne s’en rende pas
toujours compte dans ces temps de désinformation, l’individu à aujourd’hui
devant lui un choix fondamental à opérer, celui de continuer sur cette pente
technologique et matériel apparemment infinie qui peut lui faire croire qu’il
est un véritable Dieu, soit de revenir à un rythme d’évolution en accord avec
les lois naturelles et plus responsable de notre humanité. En effet jamais le rythme de l’information d’une
part, et les cycles naturels d’autre part, n’ont été à ce point dissociés.
Une graine prend son temps pour germer, un arbre pour grandir, une vigne pour
donner du fruit…Or, les humains, qui sont censés eux-mêmes faire partie du
cycle naturel sont pour beaucoup en train de s’en désolidariser en optant pour
une course technologique effrénée contre le temps. On peut retenir
qu’aujourd’hui, en 24 heures, nous recevons la même quantité d’information que
nos ancêtres d’il y a 400 ans recevaient en 6 mois ![214]
Or
la finalité de toute société humaine n’est elle pas de rendre chacun de ses
membres heureux, en harmonie avec tous les règnes naturels, et en leur
permettant individuellement d’exploiter au mieux leur potentiel d’évolution.
Aujourd’hui c’est une véritable caricature de cette description qui se déroule
(très bien illustrée d’ailleurs dans la publicité actuelle).
Réfléchissons
maintenant quelques instant à notre système économique. Un ouvrier Y travaille
dans une entreprise X. Celle-ci, faute d’être assez compétitive, licencie des
salariés, dont l’ouvrier Y. En situation de précarité et avec un pouvoir
d’achat, malgré les assurances chômage, à la baisse, Y ne peut plus acheter des
produits de l’entreprise X. Si cette démarche est généralisée à l’ensemble du
monde économique, les Y n’ont plus les moyens d’acheter les produits des
entreprises X. Que faire alors ? Pour gagner en productivité et survivre,
les X doivent donc licencier des Y…et ainsi de suite. On arrive donc à un
système schizophrène qui s’appauvrit à grande vitesse, où la faute n’est à
personne, chacun pensant, de l’ouvrier au patron, faire de son mieux. Lorsque,
et c’est se qui se passe, on arrive à de tels aberrations, au niveau mondial,
il est sérieusement temps de réfléchir sur les finalités d’une telle société.
Jean
Peyrelevade, ancien Président du Crédit Lyonnais est aussi pour sa part devenu
assez critique par rapport au système qu’il a servi, aux plus hauts échelons
pendant des années. Dans son dernier livre « Le capitalisme total »
(Seuil, 2005), selon lui, « le manager, celui qui commande au travail
salarié, est lui-même un salarié, certes de luxe : le monarque est
prisonnier de sa cour. Soumis aux règles de la corporate governance, contrôlé par un conseil largement composé
d’administrateurs indépendants, surveillé par un président non-éxécutif,
dépendant pour sa condition matériel d’un comité des rémunérations dont les
décisions seront bientôt soumises au vote formel de l’assemblée générale, devant
présenter des comptes à un comité d’audit qui appliquera des normes comptables
à caractère bientôt mondial, sa marge de liberté est réduite à peu de
choses : il n’est plus que l’intendant du domaine, le serviteur zélé de la
collectivité des actionnaires dont il lui revient d’assurer
l’enrichissement. »… « Force du capitalisme contemporain : d’un
coté l’émiettement des actionnaires de bases aux intérêts divergents
(s’enrichir), protégés par leur anonymats aussi bien que par leur nombre et la
banalité de leur condition qui leur confèrent une sorte de légitimité
démocratique. De l’autre l’industrie des gestions (ils gèrent environ
15 000 Milliards de Dollars) à qui l’on ne saurait imputer les défauts du
système puisqu’elle agit non pour son propre compte, mais pour autrui. Où est
le crime s’il n’y a pas de coupable ? »
Autrement
dit, à chaque niveau de l’échelle de cette « gigantesque société
anonyme » que forme le capitalisme moderne, tout le monde essaie de faire
de son mieux. Les salariés, en général, font de leur mieux pour garder leur
travail et doivent rendre des comptes à leur patron. Les patrons, en général,
font de leur mieux pour garder leur travail et doivent rendre des comptes à
leurs actionnaires. Une partie de ces derniers (les gestionnaires de fonds par
exemple), font de leur mieux pour garder leur travail et doivent rendre des
comptes à leurs clients. Le comble, c’est que ces « clients » sont
des salariés ou des patrons qui demandent de plus en plus de rendements à leurs
actions et qui mettent donc une très forte pression dans les entreprises…où ils
travaillent ! Sadomasochisme ? Là encore, la faute à
personne ? Pour Peyrelevade, le
capitalisme continue de s’étendre, mais « à quelle fin autre que son
propre enrichissement, nul ne sait. Personne ne connaît le promoteur de ce
vaste chantier. L’architecte en est inconnu et les plans inaccessibles…Nous y
consacrons l’essentiel de notre temps de travail…Nous sommes, sous l’apparence de la liberté, devenus dépendants. »
Analyse
que nous ne suivons pas jusqu’au bout, car une partie des gros actionnaires,
eux, n’ont de comptes à rendre à personne sinon à eux mêmes, et demandent,
consciemment, toujours plus au rendement de leur capital. Ainsi, lorsqu’on
remonte dans les plus hauts échelons de la pyramide, métaphore de nos sociétés
Occidentales, on peut, par ce raisonnement pas si simpliste que ça, retrouver
les grandes institutions financières (banques…) et les familles détentrices du
grand capital si précocement dénoncé par Marx. Le véritable pouvoir matériel,
puisque nos démocraties pyramidales se sont construites sur des rêves de
croissances économiques infinies, est donc entre leurs mains.
Même
en étant conscient de cet état de fait, la solution ne passe probablement pas
par une lutte effrénée contre ces assoiffés
de pouvoir et d’argent, mais, peut être, par le fait de s’en désintéresser progressivement. C’est
bien facile et commode à vrai dire de toujours vouloir trouver un bouc émissaire à tous nos problèmes.
L’équilibre fondamental à retrouver passera peut être, d’abord, par une réappropriation de notre propre pouvoir
individuel.
« Nous
approchons nécessairement d’un âge nouveau où le monde rejettera ses chaînes
pour s’abandonner enfin aux pouvoir de ses affinités internes ».
Teilhard
de Chardin
Ce livre n’a évidemment pas vocation à
susciter la peur, bien au contraire.
En effet, les scénarios, tels qu’exposés dans l’ouvrage sont encore improbables
tant que chaque individu n’y soumet pas son propre consentement. Ce livre, se
fondant sur des exemples récoltés un peu partout dans le monde, n’est encore
que de l’anticipation puisque aucun état n’a encore choisi la voie du
« tout numérique ». Le choix est encore totalement à notre portée. Voulons
nous d’une société où l’inconnu n’existe plus, ou tout soit planifié et
contrôlé par avance pour garantir une sécurité totale (illusoire) aux adeptes
d’un tel système ? Sans doute les dérèglements vont s’intensifier, peut
être les attentats monter encore en puissance, mais la sécurisation à outrance sur le plan matériel, contrairement à
ce que peuvent penser les américains, n’est pas la solution ultime au problème.
Pour trouver la paix extérieure, la clef ne passe probablement pas par une
technologie là aussi toute extérieure, mais par une résolution, au niveau de
chaque individu, de ses propres conflits internes. Il est illusoire de vouloir
trouver une paix universelle si chaque personne composant la société n’est pas
en paix avec elle même. La plus grande
chose que chaque être humain puisse offrir à la société est de retrouver son propre équilibre, bien
souvent égaré en ces temps de dispersion et d’agitation.
Faisons
là une petite digression et constatons que contrairement à ce qu’on à
l’habitude de penser, la haine n’est pas le contraire de l’amour : le contraire de l’amour, c’est la peur.
Effectivement, par la suite, de la peur peuvent découler des sentiments comme
la haine, la jalousie, la xénophobie. Si tout le monde avait le sentiment
profond d’être relié par le haut au niveau spirituel à un amour tellement intense, inconditionnel et qui nous dépasse
tous, alors les guerres et les actes de barbarie auraient pris fin depuis bien
longtemps.
La
peur est l’arme des puissants qui s’en servent et s’en serviront pour réduire à
néant toute opposition à leurs sombres projets. Déjà en avoir conscience, c’est
s’en détacher et mettre un espace vital entre soi et la peur. C’est ne plus en
être esclave. En grossissant il est vrai un peu le trait, on pourrait dire que
des systèmes de panique généralisé sont en train de se mettre en place en
France (mais aussi dans le reste du monde), via par exemple email et Sms[215].
Le gouvernement a en effet étendu aux FAI et aux opérateurs de téléphonie
mobile l’obligation de relayer les messages d’alerte en cas de catastrophe. Or
tous les médecins vous diront que l’angoisse est pathogène et que le stress
fait baisser les propriétés du système immunitaire de manière très importante.
On imagine bien le climat de panique total que pourrait susciter une alerte par
l’envoi massif de Sms dans une grande ville par exemple. Bien sur nous ne
disons pas qu’il vaut mieux ne pas être informé. Mais une telle opération de
peur hyper médiatisé pourrait faire plus de victimes que de rescapés.
Il
faut bien discerner que nos sociétés actuelles fonctionnent sur un système
pyramidal, avec de plus en plus de pouvoir de contrôle sur la masse au fur à
mesure qu’on s’approche du sommet. Le gros souci pour ces
« puissants », c’est que la population en général, en proie à devenir
de plus en plus consciente des réalités, est sur le point de ne plus vouloir
accepter leur « dictature » si bien orchestrée. Leur dernière carte pour
garder le pouvoir se joue (c’est, bien sur, seulement une hypothèse), peut être en plusieurs étapes en
s’appuyant sur la virtualisation/sur-matérialisation du monde via Internet.
Voici ce que pourrait être leur dernière « recette de
cuisine » :
La
question sur la dernière étape de la recette, alors qu’elle n’en est qu’à ses
tout début, est : mais qui va la préparer, qui va donc la mettre en
place ?
Et
bien encore une fois, les « puissants », bien trop peu nombreux,
comptent peut être sur notre belle naïveté et notre incrédulité pour être les
acteurs de ce sombre scénario. En effet, il faut bien des « gens »
pour contrôler tout le monde, même si les progrès de l’informatique auront
simplifiés à l’extrême leur travail en focalisant automatiquement ceux qui
sortent de la norme. Effectivement les « puissants » ne peuvent rien
sans nous et notre consentement. Exemple de cet extrême déséquilibre entretenu,
on sait que la richesse totale du milliard d’êtres humains les plus déshérités
est égale à celle des 100 les plus riches, et, encore plus largement que la
somme des 350 premières fortunes personnelles correspond à celles des 2,3
milliards d’habitants les plus pauvres !
L’idée
est donc peut être, dès le départ, de ne pas rentrer dans leur plan : « Il n’y a rien à faire contre eux,
mais tout à faire sans eux »[216].
La dignité de l’homme passe par la création d’un scénario qui lui corresponde
enfin, et par le rejet de toute sorte d’aliénation comme celle que l’on
pressent pouvoir devenir une possibilité.
« La
mémoire est souvent la qualité de la sottise »
Chateaubriand
Le
droit à l’oubli est une notion issue de la doctrine. Il fait référence à la
protection des droits des personnes contre les risques du temps et de la
mémoire activée. L'informatique permet de conserver indéfiniment les données
personnelles. La loi a donc prévu un droit à l'oubli, afin que les personnes ne
soient pas marquées à vie par tel ou tel événement.
La
contradiction potentielle entre obligation de conserver et devoir de
destruction est particulièrement complexe dans les projets relatifs à
l'archivage des e-mails puisqu'on y retrouve invariablement une dimension
courrier personnel des salariés censés bénéficier du secret de la
correspondance.
En
fait, la question de l'archivage électronique
et de la protection des données personnelles renvoie classiquement à
l'univers de la confiance : on ne
peut pas faire confiance à un interlocuteur qui n'oublie jamais rien et qui
finit par mieux vous connaître que vous-même ; qui dispose de la faculté de
communiquer cette connaissance à des tiers. Inversement, on ne peut entretenir
une relation de confiance avec un organisme amnésique qui ne conserve pas le
souvenir des transactions et des engagements.
Ainsi,
un équilibre devrait être trouvé entre « le droit à l’oubli » et
« le devoir de mémoire » et aboutir à une synthèse adéquate.
Malheureusement pour les libertés individuelles, on est peut être en train de
s’acheminer vers un extrême, une mémoire « eidétique », c'est-à-dire
capable de reconstituer fidèlement tout événement passé. La réglementation
n’étant pas claire,
Il
faut être conscient qu’il existe une pression de la part des pouvoirs publics
pour inciter les entreprises à conserver les données, pour être à même de faire
face à des contrôles, pour des objectifs de sécurité publique ou de lutte
contre le blanchiment. Le 1er septembre 2006, un arrêté du Ministère
de
Deux
tendances de fond majeures laisse à penser que la conservation des données va
s’accélérer : le prix toujours revu à la
baisse de la mémoire informatique et
le développement du marché de la vie privée.
En
effet, il parait assez clair que les traces laissés sur le net (au sens large)
vont faire l’objet d’archivage de masse pour assouvir, sans doute, la puissance
de certains capitalistes lorgnant sur ce nouvel Eldorado qui s’ouvre à eux. Les
politiques comprendront aussi vite l’intérêt de tout ficher et surtout de tout
conserver pour toujours les mêmes sempiternelles raisons de soit disant
sécurité du territoire et de lutte systématique contre toute infraction. Pour
une fois l'informatique et le marketing partageront une même conception
conservatrice. Chez les personnes en charge de la sécurité informatique, on
trouvera fréquemment la volonté de conserver au maximum à des fins de
traçabilité et de reconstitution. Parallèlement, une certaine vision du
marketing décisionnel poussera à adopter le raisonnement suivant : « le
datamining fait des progrès continuels en matière de coût et de performance,
donc conservons tout, cela pourra toujours servir un jour. »
Comme
précisé au 1er chapitre, Internet est bâti sur une infrastructure de
traces, et c’est bien ce qui pose problème. Grâce aux adresses IP, sorte de
numéro d’identification sur le réseau d’un ordinateur et, bientôt, d’un
terminal nomade, on peut savoir qui se connecte à qui ou à quoi et ainsi
apprendre beaucoup d’informations sur l’internaute. Mais il faut savoir de plus
que ces informations sont enregistrées
dans la matière la plus dense qui soit : un disque dur ou une mémoire.
En effet, et ce en apparence, grâce aujourd’hui à l’ADSL et demain au Wifi généralisé, les informations paraîtront totalement libres, puisqu’elles circuleront
même dans les « airs ». Mais tout ceci n’est qu’une parodie. Il
faut bien voir que ces informations quelles qu’elles soient proviennent d’un
terminal doté d’une mémoire (ordinateurs, téléphones portables, PDA…) qui doit
au préalable les enregistrer s’il veut les transmettre ensuite sur le réseau.
Ainsi les informations que l’on croit voir apparaître comme par magie, sur son
ordinateur, par exemple lors d’une connexion à Internet, proviennent d’un
disque dur (d’un serveur par exemple) d’une autre machine. Elles sont non seulement enregistrées dessus, mais le mot à perdu
de sa force. Nous dirions plutôt « engrammées »
tellement la densification de ces
informations est importante sur un tel support.
En
effet il faut voir qu’il y a une énorme faille de sécurité sur la plupart des
ordinateurs. Lorsque par exemple sous Windows vous supprimer un fichier, il va
directement dans la corbeille. Et une fois que vous « vider » la
corbeille, le fichier en question n’est en réalité pas réellement supprimé,
mais reste toujours présent sur le disque dur et peut, par certaines méthodes
être restauré, c'est-à-dire récupéré. Certaines sociétés spécialisées dans ce
type de prestations de restauration de données explique qu’il faut les
« écraser » entre 5 et 8 fois pour être sur qu’on ne puisse les
récupérer. Le ministère Américain de la défense à mis au point une technique
appelé du nom de code DoD 5220.22-M/NISPOM 8 – 36 grâce à laquelle les données
seraient supprimé définitivement. Le must en la matière est la méthode Gutmann.
Elle est conforme aux exigences de sécurité de
En
Août dernier
Déjà
des sociétés se sont spécialisées dans la destruction de données sur
micro-ordinateurs portables perdus ou volés. Si la machine demeure en veille
pendant une durée spécifiée ou si elle reçoit une alerte par exemple du site
web de la société LogMeIn.com, le système nettoiera automatiquement certains
fichiers ou dossiers ou bien encore l’intégralité du contenu du disque dur,
suivant la configuration choisie par l’utilisateur. Un historique en ligne des
portables volés disponibles sera par ailleurs proposé dès que l’utilisateur se
connectera au service LogMeIn. Grâce à cette option, l’utilisateur pourra
contrôler le lieu et le moment où son ordinateur a été utilisé sur une période
donnée. Déjà, aux Etats-Unis, la police a réussi à remettre la main sur
plusieurs portables volés et à appréhender les voleurs, d'après le directeur
exécutif de LogMeIn, Mike Simons[221].
Ainsi,
Internet apparaît certes, et ce n’est pas un scoop, comme la virtualisation du
monde. Mais d’après ce bref exposé, il apparaît également comme la matérialisation la plus dense de la
quasi-totalité des connaissances et des échanges humains.
N’est
ce pas en fait un peu comme si chaque homme allait confier au réseau et à une matière ultra-dense, son intimité, sa
vie quotidienne et privée, pour des raisons pragmatiques, économiques…etc ?
Mais aussi essentiellement à cause de la « sécurité » qu’il croit que
le réseau pourra dans, sa toute puissance, lui apporter pour lui et pour ses
pairs. C’est, peut être, trop s’en fier à son petit microcosme technologique
matériel que l’homme pense avoir créé pour son bien être, et en oublier sa
transcendance spirituelle et l’infini création qui l’a pourtant toujours conduit,
soutenu et protégé, avec amour, jusqu’où il en est arrivé actuellement.
« La trop grande
sécurité des peuples est toujours l’avant coureur de leur
servitude » »
Jean
Paul Marat
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Ce tableau synthétique peut nous aiguiller sur les
grandes tendances que pourrait prendre notre aventure humaine. Ces données,
prises individuellement, comme lorsqu’elles sont « saucissonnées »
par les grands médias, ne peuvent dégager rien de particulier ou sinon pour
quelques unes un certain enthousiasme quant à l’émergence d’une fantastique
société de l’information. Rassemblées, ces affirmations peuvent par contre
donner le tournis : elles pourraient faire penser aux prémices d’un gigantesque film d’espionnage joué au
niveau planétaire, où chacun
surveillerait son voisin pour le bien de la société. Pourtant, même si
l’excitation est réelle au départ, se prendre pour un « James Bond »
en puissance n’est en réalité pas une sinécure. Ce modèle de société que l’on
est en passe de nous proposer n’amène
que des luttes acharnées entre les hommes et reporte toujours plus loin le
véritable idéal de paix.
Un
« big crush »est prévu par de nombreux experts internationaux dans
les années qui viennent qui pourrait paralyser, voir détruire en grande partie
le réseau Internet (qui à l’heure actuel reste sur beaucoup de points assez
artisanal, et donc de fait encore assez protecteur de nos libertés.)
Si ceci arrive, ce pourrait alors être perçu comme une véritable catastrophe au
niveau individuel et collectif, la virtualisation ayant, nous l’avons
abondamment décrit, pris petit à petit forme dans beaucoup de nos activités
quotidiennes. Et des gens de pouvoir pourraient alors décider de reconstruire un Internet inquisiteur, à
leur image, puisque la technologie est presque mûre, en forçant la population à
passer systématiquement par le réseau dans leur vie quotidienne, même sans s’en
rendre compte (on a déjà évoqué cet Internet « invisible », notamment
par l’intermédiaire du Wifi et des technologies sans fil).
Mais
ce pourrait être aussi vu comme une
formidable opportunité de construire enfin un véritable réseau solidaire, ou chaque être humain, conscient de ses
responsabilités, pourrait apporter sa pierre à l’édifice. Dans cette
conscientisation chez chacun de ses droits mais aussi de ses devoirs (et ce
qu’on appelle la responsabilité personnelle), la confiance mutuelle pourrait enfin apparaître. Cette confiance,
qui nous manque tant aujourd’hui et que
le réseau actuel semble de plus en plus vouloir saper, impliquerait qu’il
ne soit plus nécessaire pour des raisons notamment sécuritaires de tout savoir
sur chaque individu. L’anonymat le plus
total pourrait alors être décrété sur le réseau (avec des IP variables, des
remises à zéro régulièrement de certaines mémoires, et sûrement de bien
d’autres choses créatives dont vous pouvez aller discuter sur le forum http://vieprivee.forumpro.fr spécialement créer pour cet ouvrage).
La
technologie recèle la dualité : en soit elle n’est ni mauvaise, ni bonne,
tout dépend de ce que l’homme voudra bien en faire. Encore une fois l’humanité a le choix (ce que nous
avons vu à plusieurs endroits clés dans le livre) de savoir quelle type de
société elle veut développer : continuer à foncer droit dans le mur dans son
délire technologique ou développer un réseau qui ne soit pas une fin en soi à
la botte des plus puissants, mais qui reste quoi qu’il en soit toujours au service de tous les hommes et pour le plus grand
bien de tous les règnes naturels de la planète.
Après
ce possible big crush, si la solution 100% technologique était poursuivie, les
hommes laisseraient alors définitivement leur pouvoir aux forces de la matière.
En effet, la sécurité, au niveau du réseau et de la vie de tout un chacun
deviendrait la norme. On pourrait alors imaginer un superordinateur (pourquoi
pas composé de chacun de nos PC individuels) extrêmement puissant qui
enregistrerait toutes les opérations faites sur le réseau, c'est-à-dire la
« forme » que prendrait la communication (qui communique avec qui, à
quel heure, combien de temps…etc) mais aussi le « fond »
(c'est-à-dire concrètement le contenu des données échangées et des
conversations émises). On pourrait bien sur continuer le délire totalitaire
avec la mise en place sur chaque humain d’une puce (RFID) sous la peau. Plus
possible alors d’émettre un seul mouvement sans que le réseau ne soit tenu au
courant. Le vrai totalitarisme n’est
pas, comme on pourrait tout d’abord le penser si on se réfère au passé, d’interdire la population d’accéder (via
le réseau) à certaines informations,
mais plutôt, sous des arguments de liberté totale, de l’autoriser mais de s’en souvenir systématiquement.
Ils
auront alors gagné. Mais qui sont donc ces « ils » alors que plus de 99% de la population ne veut pas
vouloir cela arriver.
Or
la force de la démocratie devrait faire en sorte, en théorie, que le pouvoir
appartienne aux citoyens. Bien sur, la désinformation actuelle ne nous pousse
pas toujours à prendre les meilleures décisions pour notre avenir. C’est
pourtant peut être plus simple de visualiser des solutions lorsqu’on remet au
centre du débat les 4 règnes (minéral, végétal, animal et humain) cohabitant
sur la planète. Et surtout de savoir quelle
Terre nous désirons léguer à nos enfants et petits enfants. Les arguments
techniques et économiques du « toujours plus » cèdent alors la place
à des logiques qualitatives tendant vers le « mieux » et, en somme,
beaucoup plus saines pour l’homme et son environnement
« Tout
ce que vous avez à décider, c’est quoi faire du temps qui vous est
imparti »
Le
seigneur des anneaux, Gandalf le Magicien
Le
système Internet existant est pernicieux dans le sens où il est capable de
garder trace de pratiquement tout ce qui se passe sur le réseau. Et ceci dans
les 2 domaines où joue la mémoire.
C'est-à-dire, premièrement dans (le
protocole de) la communication de
données entre machines, via les adresses IP et des fichiers s’y rapportant
(les logs) qui sont créés, rendant compte de qui se connecte à quoi, d’où, à
quel heure et pendant combien de temps pour l’essentiel. Ce sont ces données
que le Ministre de l’Intérieur M. Sarkozy a mis sous surveillance en faisant
voter en France la conservation minimale des logs de connexion. Une communauté
internationale non liberticide opterait pour un adressage dynamique (on y
reviendra), ce qui permettrait à tout citoyen la garantie de ses libertés les
plus fondamentales. Le dilemme essentiel
tient aujourd’hui à la résolution de la contradiction entre les exigences des
libertés publiques individuelles (protéger complètement toutes les
communications privées) et les
impératifs de la sécurité collective (traquer les messages criminels…).
A
coté de ces traces de « communication de données » entre machines, il
existe bien sur les traces de « contenu »
(pages web et mails pour un ordinateur, contenu des communications pour un
téléphone portable…etc) qui sont enregistrées, principalement, sur les
ordinateurs et serveurs du réseau. Aujourd’hui, aucun état occidental (sauf
l’Australie[222])
ne force à la conservation de ce type de données, mais comme on l’a vu le
réseau à une mémoire parfaite, et par exemple, des entreprises privées comme
celles qui gèrent les moteurs de recherche indexant tout l’Internet peuvent
garder dans leur « cache » la mémoire de toute page web créée. Il est
donc nécessaire, comme nous l’avons vu, que le législateur puisse y intervenir
pour permettre à chacun un « droit à l’oubli » qui semble aujourd’hui
tellement nécessaire. Si pour certaines raisons, entre autre sécuritaires, des
états allaient légiférer dans le sens d’une conservation légale de tous les contenus (par exemple la conservation des conversations échangées
sur tous les téléphones), et les liaient à des
« données » de communication (adresse IP notamment), donc à des
personnes physiques, alors nous serions probablement rentrés dans une logique
totalitaire.
Voyons
maintenant quelques solutions encore possibles :
Bien
sur, la mise en place d’IP variables et l’effacement des données personnelles
sont des solutions intéressantes car dès leur mise en place elles touchent de
fait toute la population sans exception. Il faudra du courage à nos dirigeants
politiques, qui iront à contre courant des grandes tendances actuelles, pour
mettre en œuvre de telles mesures. D’autres chantiers devraient aussi être
envisagés pour éviter d’arriver à un flicage systématique. Entre autres : l’interdiction systématique des étiquettes
RFID dans les produits de consommation courante, et également un moratoire sur la mise en place de bornes
Wifi quadrillant tout le territoire. Et si l’interdiction des caméras de
surveillance peut paraître aujourd’hui peut être utopique, prôner au moins un gros coup de frein à leur développement
et l’accès à des plans rendus librement
accessibles à tous par les pouvoirs publics sur leur localisation et leur
champs d’action exact (un peu comme pour les radars fixes sur les routes).
Nous
allons entrapercevoir dans les lignes qui suivent quelques solutions de sécurisation « individuelles ».
Le problème de leur utilisation est cependant bien connu, surtout si la société
dérive effectivement vers des tendances sécuritaires. En effet, utiliser ces
« solutions » individuelles, contrairement aux solutions collectives, montrent déjà qu’on a peut être quelquechose à
cacher, et de ce fait, on peut attirer l’attention. La véritable clef serait qu’un gros pourcentage des
« internautes » les utilise, ce qui impliquerait que la
protection individuelle devienne une norme et ne soit plus
« suspecte », et ou tout du moins soit impossible à surveiller étant
donné la quantité d’Internaute les utilisant.
Concrètement
donc, nous allons donner quelques exemples de ces solutions, sans les
détailler, et nous vous laisserons vous-même sur le réseau faire vos propres
découvertes.
·
La solution la
plus complète actuellement, mais assez technique à mettre en place, s’appelle
TOR (http://tor.eff.org/index.html.en
), et est notamment soutenu par l’EFF
(Electronic Frontier Fondation), qui reste aujourd’hui un gage de qualité en
matière de libertés individuelles. Elle permet notamment l’anonymat le plus
complet sur Internet (Web, IRC…etc). En fait les communications, pour arriver
d’un destinataire à un autre passent par un réseau distribué de serveurs,
appelés les routeurs « oignons », qui effacent normalement toute
trace. Pour simplifier la démarche, des développeurs de hacktivissimo, un
groupe de défenseurs des droits de l’homme et d’experts en sécurité
informatique, ont développé un nouveau navigateur dénommé Torpak[223]
qui s’éxécute à partir d’une clé USB pour ne laisser aucune trace sur les
ordinateurs. Ce qui est intéressant c’est que Torpak établit une connexion
crytée avec le réseau TOR. «Torpark modifie en permanence, à quelques minutes
d'intervalle, l'adresse IP vue par le site web, afin d'empêcher
"l'écoute" clandestine et de masquer la source de la demande»,
explique Hacktivismo dans un communiqué. Dans le cas, par exemple, d'un utilisateur
se trouvant à Londres, les sites web verront l'adresse IP d'une université en
Allemagne, ou une autre adresse appartenant au réseau TOR. Outre Torpark, les
développeurs ont mis au point une application de messagerie électronique, au
principe similaire, baptisée Torbird.[224]
·
Par ailleurs, des solutions commerciales d’anonymat, comme avec les
produits de la société Allemande Steganos, voient également le jour.
Dernièrement, cette entreprise à lancé sur le marché « Internet Anonym
VPN ». De cette manière, l'internaute reste invisible aux yeux des sites
visités qui ne "voient" que l'adresse IP (le numéro d'identifiant de
la machine connectée à Internet) des serveurs de Steganos, et non celle de son
ordinateur propre. Même son fournisseur d'accès, n'est pas en mesure de
"surveiller" le trafic de son abonné puisque les données échangées y
sont cryptées. Mais bien évidemment, les autorités et la loi ont le dernier mot
et font bien souvent de l’anonymat un secret de polichinelle. Lancé en
Allemagne (où sont installés le siège et les serveurs de la société), Internet
Anonym VPN a été exploité très vite par des spammeurs. Alerté, Steganos a
évidemment bloqué l'accès aux profiteurs et cassé leur contrat de licence. La
société déclare par ailleurs volontairement collaborer avec les autorités
judiciaires et policières allemandes dans le cadre d'enquêtes et, au besoin,
déverrouiller le chiffrement des données. En France, le service d'anonymat de
Steganos est par ailleurs soumis à la loi sur
·
Les requêtes
effectuées sur le Web par un internaute, via les moteurs de recherche, on l’a vu, laissant forcément des indications
permettant de se faire une idée assez précise de ses centres d'intérêt, la
société Unspam Technologies propose un outil gratuit, intitulé « Lost in
the crowd »[233] pour
brouiller les pistes. Il s'agit d'installer, en quelques clics, un favori dans
son navigateur pour tel ou tel moteur de recherche. Le favori envoie alors
régulièrement vers ledit moteur une requête aléatoire. On peut supposer
qu’ensuite, pour Google ou d’autres qui guettent les habitudes des internautes,
il devienne difficile de récolter des données vraiment cohérentes.[234]
Bien
sur si vous avez à rechercher ou à publier des informations sur le web en
gardant votre anonymat, le travail depuis un cybercafé, tant que l’identifiant
biométrique n’est pas en place sur le réseau, reste une solution intéressante.
D’autres
solutions, comme Torbird que nous avons évoqué précédemment en parlant du
réseau Tor, sont disponibles pour les e-mails. Autre exemple, une start up
Américaine vient de proposer sur le marché des entreprises et des particuliers
un système de messagerie électronique qui ne laisse pas de traces. Ce système,
dénommé VaporStream est assez simple à comprendre : Alice veut par exemple
discuter d'une affaire privée avec Bob. Elle ouvre une page Web VaporStream
cryptée et sélectionne ensuite Bob sur une liste de correspondants. Une fenêtre
s'ouvre, où elle peut taper un message. Son nom et celui de Bob n'apparaissent
nulle part à ce stade et les messages individuels ne peuvent être copiés ou
collés dans d'autres programmes. Après son envoi, le message n'est plus visible
sur l'ordinateur de l'expéditrice. Il est transmis à un serveur géré par
VaporStream, où il est conservé temporairement en mémoire. Lorsque Bob ouvre sa
page Web VaporStream, il peut voir qu'il a un message d'Alice et n'a qu'à
cliquer pour le lire. Une fois transmis au destinataire, le message quitte
définitivement le serveur de VaporStream. Lorsque Bob répond, le message
original d'Alice disparaît de son ordinateur. Les deux parties poursuivent le
dialogue selon le même principe que dans une conversation où chacun doit se
souvenir des derniers messages pour ne pas perdre le fil. «L'expéditeur et le
destinataire n'ont pas de copie» des messages, souligne Amit Shah, co-fondateur
du système avec Joseph Collins[235].
Déjà
des choses sont en train d’apparaître pour la téléphonie, et nul doute qu’un
véritable marché de l’anonymat est en train d’émerger. Encore une fois, et nous
le répétons, il ne pourra y avoir de véritable « anonymat » par ces
méthodes individuelles seulement si une majorité d’Internautes utilise ces
logiciels et techniques. En effet, si seulement une très petite communauté en
fait usage, elle sera de fait mise plus facilement en relief.
Mais
ne nous leurrons pas : les terroristes auront toujours les moyens de
détourner le système, et croire que la
matérialisation d’un Internet ultra sécurisé pourra lutter contre ce fléau
n’est purement et simplement qu’un mensonge.
Mais
la véritable question n’est elle pas plutôt celle ci : est ce vraiment d’une telle société que
nous voulons ériger pour nous et léguer à nos enfants, où l’anonymat soit devenu un marché et où il faille se dissimuler derrière des astuces techniques pour se
croire un semblant libre ?
Toutes
les solutions, valables un temps, distillées dans ce chapitre ne sont elles pas
en fait qu’une illusion destinée à
des James Bond en herbe à remettre
toujours au lendemain la création d’un nouveau paradigme où la vie de
l’être humain, conscient de ses responsabilités, pourrait, enfin, réellement
prendre tout son sens ? Et où, qui sait, l’amour universel saura se
manifester, loin des jugements inhérents à la « matière dense » du
réseau.
« Je
ne connais qu’un seul devoir, c’est celui d’aimer »
Albert
Camus
Apparu
entre le IIe et IIIe siècle après J.-C., le courant Gnostique professe que la
gnose (la connaissance) apporte le salut. Hérétiques aux yeux de l’Eglise, la
gnosticisme à de nos jours de nombreux adeptes.
Or,
on peut en effet considérer aujourd’hui qu’Internet, n’est rien d’autre qu’une
matérialisation de la connaissance, une matérialisation de la gnose à l’échelle
planétaire. Et l’on peut aller même plus loin avec l’apparition du Wi-fi et des
technologies sans fil de l’Internet à grande vitesse : ainsi la connaissance est en train de circuler
par les « airs »,
« librement », presque jusque dans le moindre atome composant nos
espaces de vie. Mais après notre exposé, peut on encore dire qu’Internet
dans un futur hypothétique sera toujours aussi libre qu’aujourd’hui, si nous
n’agissons pas, par la voie qu’aimerait lui faire prendre certains de nos
gouvernants ?
Ainsi
la connaissance va se déplacer, probablement à des débits vertigineux
(>20Mgbits/s), dans tous les espaces où nous nous situerons. Elle viendra
« librement » à nous, presque sans effort, puisqu’il suffira d’un
émetteur/récepteur (type téléphone portable Wap) pour pouvoir la capter. Le
rêve des gnostiques est en train de se matérialiser. Mais avaient ils vu juste
à l’époque ?
Les
derniers prophètes apparut sur la planète avaient un discours, ne niant cependant pas l’importance de
la connaissance, axé sur l’amour de
soi et l’amour de son prochain. En effet, tout le monde n’est pas capable
d’accéder à la connaissance. Il faut disposer de prédisposition intellectuelles
inégalement réparties, et avoir un âge mur pour avoir pu en acquérir
suffisamment. Or le « Royaume » annoncé par certains prophètes n’est
il pas accessible « au plus petit » d’entre nous, aux plus humbles et
aux enfants ?
Il
y a 70.000 ans l’homo erectus dut affronter la dernière glaciation. Seuls ceux
qui avaient développés un gros cortex cérébral purent s’adapter et survivre. La connaissance fut le vecteur d’adaptation,
pour ceux qu’on nommera plus tard « homo
sapiens ». Ils purent effectivement par ce biais là s’adapter à leur nouvel environnement par
des technologies qu’ils mirent au point (en particulier la fabrication de
vêtements) et finalement survivre en perpétuant l’espèce humaine.
Aujourd’hui,
et Internet en est la métaphore,
Le
successeur d’homo sapiens est peut être déjà là : il s’agirait d’homo passiens et on peut supposer qu’il
survivra aux nouvelles conditions de vie socio-ecologiques sur la planète. Pour
passer ce nouveau cap, le vecteur
adaptatif sera peut être l’amour universel et inconditionnel (c'est-à-dire
que je ne me pose pas de « conditions » pour t’aimer, trop comme ci
ou pas assez comme ça : je t’aime tel que tu es. Mais c’est probablement
aussi bien d’autres choses : à vous d’expérimenter ! ).
En
effet, aimer réellement, c’est se donner le droit d’être, et de donner aux
autres le droit d’être et d’en retirer diverses expériences. En donnant le
droit à tout ce qui est vivant de vivre des expériences, on accepte le fait que
tout ce qui vit est ici sur terre dans le seul but de grandir en sagesse à
travers ces expériences. Pour le dire encore autrement, on peut dire qu’aimer
c’est respecter son propre espace et celui de l’autre, c'est-à-dire se donner
le droit d’avoir des besoins, des désirs, des limites ou des peurs. C’est
reconnaître que l’action qu’on à posée, on l’a posée au meilleur de ses ressources
du moment : comme tout être en évolution, on apprend aussi par ses
erreurs. Parvenir à ne plus juger ni condamner fait partie de notre raison
d’être ici : si l’on prend par exemple une personne que vous critiquez
sous tel ou tel point de vue, êtes vous sur que si vous étiez né dans les mêmes
conditions spatio-temporelles, dans la même famille, avec le même physique,
avec la même éducation… vous seriez vraiment différent d’elle ?
En
tout cas, l’homo Passiens sera
probablement complice de la nature, en harmonie avec elle, en choisissant
(sélection) d’aimer seulement ceux qui s’abandonneront à son amour,
c'est-à-dire ceux qui seront capables d’être aimés. Ceux-ci auront
préalablement appris à s’aimer eux-mêmes et à aimer les autres. L’homo passiens
est un homme de partage, d’échange, de réciprocité et toutes ses capacités
feront qu’il pourra s’adapter aux nouvelles conditions de vie sur terre. Peut
être que la raison ne dictera plus
sa loi sur terre. Certes elle ne disparaîtra pas mais sera subordonnée à l’amour. L’amour sera tout simplement le trait
culturel dominant de demain pour l’ensemble de l’humanité.
Depuis
des millénaires nos civilisations se
sont bâties sur le mode de la « pensée ». Certaines Traditions
l’ont d’ailleurs relevé quand elles rapportent : « Et le Verbe s’est
fait Chair ». Mais n’arrivons nous pas au bout de cette logique de la toute puissance de la pensée comme
fondement de nos sociétés, tant les déséquilibres au niveau planétaire
paraissent aujourd’hui sans communes mesures ? Internet n’est il pas
l’apogée de ce mode de fonctionnement ? En effet, n’importe quelle pensée
émise sur le réseau (sur un moteur de recherche par exemple) se donne chair à
la vitesse de l’éclair dans la matière (technologique)[236]
la plus dense. Dés que l’on pense à quelquechose, on peut obtenir des réponses
quasi instantanément. Comme si la seule manière de voir les choses dans notre
monde relevait forcément de l’ordre du mental et de la matière.
Pourtant
c’est peut être l’arbre qui cache la
forêt. En effet, et si maintenant les hommes décidaient que l’amour dans
ses multiples déclinaisons pouvait lui aussi se faire chair ? Et si le cerveau
de l’amour était véritablement dans le cœur, et celui de la peur et de la
survie dans la tête ? Et si un nouveau départ sur des bases saines et
équilibrées était désormais possible ?
Connu
pour sa théorie de la relativité – alors qu’il n’avait que 26 ans – Albert
Enstein est sans doute l’un des plus grand scientifique de tous les temps. A la
fin de sa vie, on raconte qu’il a décroché de ses murs les portraits de Maxwell
et Newton, deux de ses illustres pairs. Lorsque ses collègues s’en sont aperçu
et ont voulu connaître ses motivations, il a simplement répondu :
« Il est temps d’enlever les symboles de la science et de les remplacer par
ceux du service. » Apparemment, Enstein avait fini par comprendre que le pouvoir de l’amour dépasse celui de la
science. Il avait d’ailleurs touché très précocement cette idée alors qu’il
n’était qu’étudiant :
« Un professeur
universitaire défia ses étudiants avec cette question :
Est-ce que Dieu a créé tout
ce qui existe ?
Un étudiant répondit
bravement, "oui, Il l'a fait !"
Le professeur dit,
"Dieu a tout créé ?"
"Oui, monsieur",
répliqua l'étudiant.
Le professeur répondit,
"si Dieu a tout créé, Il a donc aussi créé le mal puisque le mal existe et
selon le principe de nos travaux qui définissent ce que nous sommes, alors Dieu
est mauvais."
L'étudiant fut silencieux
devant une telle réponse.
Le professeur était tout à
fait heureux de lui-même et il se vantait aux étudiants qu'il avait prouvé
encore une fois que la foi chrétienne était un mythe.
Un autre étudiant leva sa
main et dit, "Puis-je vous poser une question professeur ?"
"Bien sûr",
répondit le professeur.
L'étudiant répliqua,
"Professeur, le froid existe-t-il ?"
"Quel genre de question
est-ce, cela ? Bien sûr qu'il existe. Vous n'avez jamais eu froid ?" dit
le professeur.
Le jeune homme dit, "En
fait monsieur, le froid n'existe pas. Selon la loi de physique, ce que nous
considérons le froid, est en réalité l'absence de chaleur. Tout individu ou
tout objet possède ou transmet de l'énergie. La chaleur est produite par un
corps ou par une matière qui transmet de l'énergie. Le zéro Absolu (
L'étudiant continua.
"Professeur, l'obscurité existe-t-elle ?"
Le professeur répondit,
"Bien sûr qu'elle existe !"
L'étudiant : "Vous avez
encore tort Monsieur, l'obscurité n'existe pas non plus.
L'obscurité est en réalité
l'absence de lumière. Nous pouvons étudier la lumière, mais pas l'obscurité. En
fait, nous pouvons utiliser le prisme de Newton pour fragmenter la lumière
blanche en plusieurs couleurs et étudier les diverses longueurs d'onde de
chaque couleur. Vous ne pouvez pas mesurer l'obscurité. Un simple rayon de
lumière peut faire irruption dans un monde d'obscurité et l'illuminer. Comment
pouvez-vous savoir l'espace qu’occupe l'obscurité ? Vous mesurez la quantité de
lumière présente. N'est-ce pas vrai ? L'obscurité est un terme utilisé par
l'homme pour décrire ce qui arrive quand il n'y a pas de lumière."
Finalement, le jeune homme
demanda au professeur, "Monsieur, le mal existe-t-il ?"
Maintenant incertain, le
professeur répondit, "Bien sûr comme je l'ai déjà dit. Nous le voyons
chaque jour. C'est dans les exemples quotidiens de l'inhumanité de l'homme
envers l'homme. C'est dans la multitude des crimes et des violences partout
dans le monde. Ces manifestations ne sont rien d'autre que du mal !"
L'étudiant répondit,
"Le Mal n'existe pas Monsieur, ou au moins il n'existe pas de lui-même. Le
Mal est simplement l'absence de Dieu. Il est comme l'obscurité et le froid, un
mot que l'homme a créé pour décrire l'absence de Dieu. Dieu n'a pas créé le
mal. Le Mal n'est pas comme la foi, ou l'amour qui existe tout comme la lumière
et la chaleur. Le Mal est le résultat de ce qui arrive quand l'homme n'a pas
l'amour de Dieu dans son coeur. Il est comme le froid qui vient quand il n'y a
aucune chaleur ou l'obscurité qui vient quand il n'y a aucune lumière."
Le professeur s’assis
abasourdit d’une telle réponse.
Le nom du jeune étudiant ?
Albert Einstein »
Comme
notre époque est aussi celle de la grande parodie, on peut tout à fait imaginer
l’arrivée de nouveaux gourous sur le « marché de l’amour » qui
prophétisent pourquoi, comment, quand et qui aimer. Or il faut bien voir que,
malgré les croyances, l’amour universel et inconditionnel est une chose assez
nouvelle à expérimenter pour les hommes, loin des jalousies, attachements ou
autres déclinaisons. Ce n’est pas non plus un amour « béat » qui bannirait tout discernement et
conduirait à suivre n’importe qui. Seule
l’expérience individuelle, dans la diversité et loin de tout sectarisme est
de mise pour approcher cette fabuleuse opportunité d’évolution, et peut être
enfin, de bonheur.
La façon la
plus efficace de combattre un système qui ne nous convient plus n’est pas de
lutter contre lui, mais de s’en désintéresser et de ne plus l’alimenter.
Adolescent, j’étais[238]
passionné, comme la plupart de mes camarades, de jeux vidéo. Je rêvais
secrètement d’un jeu qui permette à mon personnage de se déplacer là où il
veut, de conduire une voiture ou piloter un avion s’il le désire ou même de
discuter avec d’autres acteurs. A cette époque pas si éloignée où Internet n’existait
pas encore et où le graphisme était encore assez éloigné de notre réalité
quotidienne, ce rêve n’était alors que pure spéculation.
Pourtant devenu adulte, un jour un petit cousin m’a
fait découvrir son nouveau jeu vidéo. Il s’agissait, pour les experts, de GTA
(Grand Theft Auto) sur Playstation. Et là j’ai réalisé que le rêve était devenu
réalité[239] :
on pouvait tout faire ou presque dans ce jeu. La liberté de mouvement et
d’action des personnages, dans des villes recrées sur mesure, était presque sans
limites (on pourrait tout aussi bien parler
aujourd’hui du site Internet de réalité virtuelle « Second
life » qui compte déjà plusieurs millions d’adeptes.)
Encore un peu plus tard, j’assistais alors à un
enterrement lorsqu’un proche du défunt lut un texte de Mère Teresa, où
notamment elle disait : « la vie est un jeu, joue-le ». Et c’est à ce moment là que qu’une intuition folle
m’est venue. Et si le plus grand terrain
de jeu et d’expérience au monde n’était pas le monde lui-même ! Et
bien plus prenant et enthousiasmant que la plupart de nos créations virtuelles.
Avec toutes la palette et les nuances des plans physiques, émotionnels, mentaux
et spirituels à la fois ce qui ne fait pas seulement des millions de
possibilités, mais véritablement une infinité. Les bouddhistes ont leur
vocabulaire pour définir cette réalité du monde : ils parlent alors d’impermanence. Chaque seconde est
unique : on ne pourra jamais reproduire un moment vécu une seconde fois
dans toute sa singularité. C’est tout le merveilleux de la vie. Marcher,
respirer, profiter de nos 5 sens pour apprécier
notre environnement naturel à sa juste valeur, voilà des choses très simples qui mériteraient notre attention.
Il faut donc voir la virtualité seulement comme un
aspect de la réalité du monde, mais ne pas inverser les choses et la prendre
comme la réalité ultime. On pourrait y être tenté aujourd’hui. On le sera
encore plus demain si le réseau devenait tout puissant et s’imposait à tous. La
vie est plus que ça, mais surtout la vie est mieux que ça. Là est peut être l’ultime vanité de l’homme, croire qu’il
peut s’affranchir de
Nous avons essayé d’esquisser dans ce livre des
trajectoires possibles pour la planète et son humanité, certes en forçant un
peu le trait, mais cela était nécessaire à la prise de conscience de ce à quoi
pourrait contribuer, si nous y consentons, nos « joujous »
technologiques, c’est à dire peut être à nous asservir durablement. Si ces
probabilités se mettaient en place, beaucoup d’entre nous pourrait se sentir
profondément attirés par l’idée d’un
nouveau paradigme[240],
plus juste, plus vrai, plus beau, car nous aurions compris quel scénario
catastrophe se cacherait derrière les apparences. Il ne sert à rien de ressasser à l’infini les scénarios sombres
tels que décrits ici ou ailleurs : on finirait par y perdre toute son
énergie sans que cela nous fasse faire un pas en avant. Certes il faut en avoir
été conscient à un moment de sa vie, mais ensuite réussir à les dépasser pour
véritablement se focaliser sur les
solutions d’un nouveau paradigme d’expériences. Des groupes de
« rêveurs » à propos de ce nouveau paradigme pourraient alors se
mettre en place et « enclencher » une dynamique de création
véritablement nouvelle.
Bâtir
une nouvelle théorie, un nouveau paradigme à dit un jour Einstein, n’est pas
ériger un gratte ciel à la place d’une vieille baraque, « c’est plutôt
comme de gravir une montagne et d’avoir peu à peu une vue différente, plus
vaste, de découvrir des relations inattendues
entre notre point de départ et son riche environnement. Car le point
d’où nous sommes partis existe toujours et reste visible, bien qu’il paraisse
plus petit et ne soit plus qu’une faible partie de notre vision élargie… »
« Les deux maux du
monde sont l’ordre et le désordre. La pourriture me dégoûte, et la vertu me
donne le frisson ».
Mort d’un pourri[241]
Ce
livre aurait pu être l’antithèse d’un sujet de philo « Etes vous pour ou
contre l’usage des nouvelles technologies aujourd’hui ?» Nous sommes
conscients de n’avoir écrit la vision que d’un seul coté du miroir. C’était,
nous le croyions, indispensable à une époque où l’on ne se pose pratiquement
plus le choix de l’usage de la technologie. La thèse est en fait écrite tous
les jours à grand renfort de médias et de publicités interposés, et nous laisse
supposer qu’il n’y a plus de choix. C’est évidemment faux.
Maintenant que vous disposez des 2 points de vue,
vous pouvez vous construire votre propre
synthèse personnelle. Et arrêter enfin d’opposer forcément l’un à l’autre
dans une logique de conflit perpétuel ou
nous pousse irrémédiablement nos sociétés. Mais plutôt de trouver votre
propre solution dans une alchimie intérieure qui ne peut déboucher que sur la
paix individuelle et collective, dans le respect, la confiance mutuelle et le non jugement de chacun. L’attachement à la
« matière » dense dans notre
monde, totalement déséquilibré de ce fait, par certains de nos
contemporains (que certains appelleraient les forces de l’ombre) souvent
aveuglés malgré eux, conduit déjà, par retour de balancier, à l’extrême inverse
avec l’émergence des forces de l’esprit (ou forces de
Il est vrai que les nouvelles technologies
aboutissent à une densification de la matière peut être jamais obtenue
jusqu’alors. Les forces de la matière conduisent peut être notre monde
progressivement dans l’impasse et il faut en être conscient, comme à pu
partiellement tenter de le montrer cet ouvrage. Mais doit on du coup basculer à
100% dans le camp opposé ? Encore ne faudrait il pas assimiler la matière
« naturelle » issue de notre environnement qui nous à fait naître et
grandir, et celle, plus perverse, provenant de la matérialisation de nos
connaissances, dans la technologie. La nature peut nous accueillir à nouveau si
nous le désirons, quand bien même si nous nous en étions coupé jusqu’alors.
En réalité nous ne sommes pas encore des désincarnés,
de pures esprits. Nos corps et notre monde sont aussi faits en partie de
matière. Remettre enfin la prééminence de la spiritualité sur la matière ne
fait pas de doute, mais éluder totalement l’une au profit de l’autre reste
aussi périlleux que de raisonner en pur matérialiste. Il serait bon, pour
l’être humain, placé entre terre et ciel, entre enracinement et ouverture, de
retrouver là son véritable équilibre
en restant toujours tolérant envers « l’autre » qui a le droit
légitime à la différence.
Etre avant tout « lumineux », tendance
qu’annonce le courant actuel du « bien être », d’accord sans doute
car c’est un cap qui permet de nous transcender et qui nous relie à la source
même de toute chose. Mais savoir aussi ne pas nier et refouler constamment notre part d’ombre[242],
inhérente à chacun dans notre condition humaine. Et avant tout si possible
faire la paix avec soi même et avec chacun, en se désintéressant de toute forme de conflit, de peur ou de vengeance.
Ne serait ce pas en effet dans les plans de l’ombre
justement d’amener sournoisement la
lumière, quitte à se faire passer
pour elle, à rentrer dans son jeu de
conflits et de luttes acharnées sans
fin pour dresser les 2 forces l’une contre
l’autre, et finalement tout le monde contre son prochain ? Or, est ce
véritablement dans la nature de
Beaucoup de Traditions l’énoncent d’ailleurs clairement : seul la paix intérieure amène la paix
extérieure. Les « ennemis » qui se présentent devant nous ne sont
en fait que le reflet de conflits internes présents en nous même que nous
n’avons pas encore réglés : la vie essaie simplement de nous en faire
prendre conscience. Or nous sommes persuadés que la seule solution est, à tout
prix, de « lutter contre »[243]
ses adversaires pour s’en débarrasser, ce qui ne résout rien, car la même
situation se représentera pour nous plus tard. D’où aussi l’intérêt, mais nous
ne rentrerons pas dans le sujet, de travailler sur soi, pour permettre
l’émergence d’un nouvel équilibre interne où les luttes passées feront place à
des prises de conscience plus paisibles et enrichissantes pour évoluer.
Internet
n’est qu’un outil recelant en lui une multitude de possibles, dans toute la
palette qui va de l’ouverture aux autres la plus totale jusqu’au contrôle des
masses le plus intime. Nous sommes libre de ne pas espionner notre propre
voisin, de ne pas confier entièrement notre vie au réseau, de ne pas déléguer à
d’autres notre propre sécurité, de ne pas foncer dans un délire technologique
et le contrôle par les machines…ou de le faire si vous en êtes convaincu. Ou
bien encore, peut être par une certaine intelligence du cœur, de trouver une 3ème
voie propre à vous-même. Si 2 prophètes se lèvent avec des idées
contradictoires, vous avez bien sur la possibilité de suivre soit l’un soit
l’autre. C’est la première attitude, celle de forcément adhérer à un camps ou à
son opposé. Mais thèse et antithèse seront toujours éternellement en
affrontement. Vous avez aussi le choix de ne suivre ni l’un ni l’autre en
poursuivant dans votre propre voie. Le
conflit n’est pas exigé. Etre un artisan de paix est possible. La guerre de
l’ombre contre la lumière n’est pas une obligation. On peut se situer en
dehors. Bien sur cela ne signifie pas être passif, bien au contraire.
Ne serait il pas temps pour l’humanité, enfin, de déposer épées et
boucliers ? Malheureusement nos sociétés nous conditionnent à rentrer le
plus naturellement du monde dans ces cadres de luttes acharnées et de
compétition, via les grands médias, le cinéma, le sport, l’éducation…
On a toujours le choix, même
dans les pires moments. C’est ce que découvrit Assagioli, le fondateur de la
psychosynthèse, lorsqu’il fut emprisonné en 1938 par les fascistes à cause de
ses idées pacifistes : « Je réalisais que j’étais libre d’adopter une
attitude parmi plusieurs vis à vis de la situation, de lui accorder une valeur
ou une autre, de m’en servir d’une façon ou d’une autre. Je pouvais me révolter
intérieurement et maudire la situation ou je pouvais m’y soumettre passivement,
végétativement, ou je pouvais m’attarder
au plaisir morbide de l’apitoiement et prendre le rôle de martyr, ou je pouvais
prendre la situation sportivement et avec sens de l’humour, la considérant
comme une expérience nouvelle et intéressante…Je pouvais en faire une cure de
repos ou une période de pensée intense, que ce soit sur des questions
personnelles – revoir et évaluer ma vie passée – ou sur des problèmes
scientifiques et philosophiques ; ou je pouvais tirer profit de la
situation pour entreprendre un entraînement psychologique personnel, ou enfin,
je pouvais en faire une retraite spirituelle. J’ai eu la perception pure et
claire que c’était entièrement ma propre affaire, que j’étais libre de choisir
l’une ou plusieurs de ces attitudes et activités, que ce choix aurait des
effets inévitables que je pouvais prévoir et dont j’étais pleinement
responsable. Il n’y avait aucun doute dans mon esprit quant à ce pouvoir et
cette liberté essentiels et à leurs privilèges et responsabilités
inhérents. »
Dans
les temps qui arrivent, il se pourrait que chaque être humain à condition qu’il
ait su développer sa propre autonomie et son discernement, en pleine
conscience, ait à faire certains choix pour continuer sa route dans la paix et la simplicité. Et pourquoi pas loin des planifications faites à sa place,
mais dans le respect de son être le plus profond. La voie de chacun est unique et
respectable. Et la page de demain est, quoiqu’on en dise, une page blanche…
Ne suivez pas les routes toutes tracées.
Au contraire, allez là où il n’y a pas de route,
Et commencez à creuser le chemin.
Anonyme
Biblio :
1984, Orwell
Tous Fichés, Jacques Henno
(2005)
Le capitalisme total, Jean
Peyrelevade (2005)
Manuel pour le nouveau
paradigme (sur www.onnouscachetout/articles)
Petite histoire de la
désinformation, Vladimir Volkoff (1999)
La révolte du pron@tariat,
Joël de Rosnay (2006)
L’homme symbiotique, Joël de
Rosnay (1995)
Manière de voir n°71 :
Obsessions sécuritaires. Le monde diplomatique/Octobre Novembre 2003.
Pour en finir avec
l’échec : le bon marketing de soi. Brigitte Bloch Tabet et Catherine Pelé
– Bonnard (2004)
Film :
Oublier Cheyenne, de Valérie
Minetto (2005)
Minority Report, de Steven Spielberg (2002)
Bienvenue à Gattaca, de
Andrew Niccol, (1997)
The Island, Michael Bay, (2004)
Le cauchemar de Darwin,
Hubert Sauper (2003)
Ennemi d’Etat, de Tony Scott
(1999)
Internet :
http://www.cinematicfilm.com/the%20catalogue.html
http://adscriptum.blogspot.com/2006/03/google-definitive-strategy.html
www.anonymat.org/vostraces/index.php
http://www.elon.edu/predictions
http://philoscience.over-blog.com/
http://solutions.journaldunet.com/
www.webzinemaker.com/adas
Magazines / Quotidiens / Rapports :
Les Echos
Le Monde
La décroissance
Bio-contact
L’express
AFP
Rapport
d’information de l’Assemblée Nationale n°2623 sur « Les systèmes de
surveillance et d’interception électroniques pouvant mettre en cause la
sécurité nationale » par Arthur Paech
(2000)
Adresses
pour soutenir les libertés individuelles :
http://www.ldh-france.org/site_nousecrire.htm
ou les trouver dans son département:
http://www.ldh-france.org/connaitre_trouver.cfm
Site web : http://www.syndicat-magistrature.org/
Email :
syndicat.magistrature@wanadoo.fr
·
Collectif
des associations et des syndicats contre la connexion des fichiers fiscaux et
sociaux
Contacts : André
Narritsens case 450 263 rue de Paris 93514 Montreuil Cedex - Tél. : 01 48 18 80
67 - Fax : 01 48 70 71 63
·
ADAS
(association de défense des assures sociaux)
Site web
: http://www.webzinemaker.com/adas/
Email : adas.adas@laposte.net
·
Electronic
Frontier Fondation (EFF), Etats Unis
Site web : http://www.eff.org/
Email : information@eff.org
[1] www.liberation.fr 11/01/2005
[2] Tous fichés (Jacques Henno)
[3] L’express 5/09/2005
[4] Commission Nationale Informatiques et Libertés
[5] www.zdnet.fr 13/03/2006
[6] La ligue des droits de l’Homme,
le Syndicat de
[7] Voir concrètement quel type de traces vous laissez sur le site : www.anonymat.org/vostraces/index.php
[8] Association Française pour le Nommage Internet en Coopération
[9] Colloque de réflexion sur le futur de l’Internet se réunissant chaque année dans l’Isère, http://wiki.autrans.net/
[10] Un rapport du Département de
recherche sur les menaces criminelles contemporaines (DRMCC) de 2006 recommande
au Ministère de
[11] www.vunet.be 04/10/2005
[12] www.branchez-vous.com 10/06/2006
[13] www.01net.com 28/07/2006
[14] www.zdnet.fr 21/10/2005
[15] www.01net.com , 21/04/2005
[16] www.atelier.fr 25/08/2005
[17] www.cyberpresse.ca 22/11/2005
[18] www.lexpansion.com 08/12/2006
[19] www.Silicon.fr 25/01/2005
[20] Pour avoir une idée sur tous les projets que Google concocte pour nous, vous pouvez en avoir un aperçu synthétique en vous rendant sur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Google#Services_en_ligne
[21] http://adscriptum.blogspot.com/2006/03/google-definitive-strategy.html
[22] Ce chapitre a été écrit à l’aide de
nombreuses références à un article du « Point » n°1729, novembre
2005 ; Dossier « Le monde
selon Google »
[24] www.zdnet.fr 17/10/2005
[25] www.tf1.fr 20/10/2005
[26] www.canoe.com 07/11/2005
[27] Auteur de « Petite histoire de la désinformation », Edition du Rocher, 1999
[28] Mené par l’institut Project for Excellence in Journalism aux Etats Unis
[29] La révolte du pron@tariat, Joël de Rosnay, Fayard 2006
[30] leurs
coordonnées sont à la fin de l’ouvrage
[31] www.elon.edu/predictions
[32] D’après une étude du www.journaldunet.fr du 26/01/2006 recensant les individus de 11 ans et plus s’étant connectés au cours du dernier mois, quelque soit le lieu de connexions
[34] http://laptop.org/
[35] www.freeourdata.org.uk
[36] www.ootay.fr
[37] www.vnunet.fr 07/04/2006
[38] Manière de voir n°71 / Le monde diplomatique / Obsessions sécuritaires / Octobre Novembre 2003.
[39] www.canoe.com 25/09/2006
[40] Etude réalisée en 2004 par l’Idate
[41] www.ZDnet.fr 8/06/2006
[42] Cf chapitre « Un disque dur et une connaissance planétaire »
[43] www.vnunet.fr 10/08/2006
[44] www.lemondeinformatique.fr 16/08/2006
[45] www.fr.computermagazine.be 22/12/2006
[47] www.atelier.fr 14/10/2005
[48] Film
de Sam Raimi, 2002
[49] www.vnunet.fr 19/10/2005
[50] Voir chapitre suivant
[51] www.01net.com 20/10/2005
[52] www.journaldunet.com 23/10/2006
[53] www.01net.com 12/10/2006
[54] Reuters, 4/05/2006
[55] www.01net.com 18/11/2005
[56] Ce chapitre est inspiré d’un article de http://solutions.journaldunet.com/ paru le 30/11/2005
[57] www.lexpansion.com 06/02/2006
[58] www.fr.computermagazine.be 3/10/2006
[59] www.VNUnet.fr 09/06/2006
[60] www.zdnet.fr 11/10/2006
[61] www.canoe.com 14/10/2005
[62] www.zdnet.fr 14/11/2006
[63] http://solutions.journaldunet.com 14/10/2005
[64] www.lemondeinformatique.fr 20/06/2006
[65] http://rewriting.net « Après la course au nucléaire, la guerre de l’information », novembre 2005
[66] www.canoe.com 14/12/2006
[67] www.fr.datanews.be 17/10/2006
[68] www.fr.datanews.be 24/11/2006
[69] www.lemondeinformatique.fr 02/05/2006
[70] www.01net.com 08/12/2005
[73] www.atelier.fr , 30/09/2005
[74] http://solutions.journaldunet.com 20/05/2005
[75] www.canoe.com du 13/10/2005
[76] www.laviedunet.be 17/05/2005
[77] Pourtant,
[78] Tous fichés (Jacques Henno)
[79] www.lexpress.fr , 05/09/2005
[80] www.VNUnet.fr 02/05/2006
[81] www.lemondeinformatique.fr 29/11/2005
[82] Communiqué de l’AEDH (Association Européenne pour la défense des droits de l’Homme) du 29/11/2005
[83] www.zdnet.fr 4/10/2006
[84] www.canoe.com 01/12/2006
[85] www.nouvelobs.com 26/10/2005
[86] www.01net.com 17/11/06
[87] www.01net.com 31/05/2005
[88] www.01net.com 24/11/2006
[89] "Le
vote électronique en France: opaque & invérifiable" , Chantal Enguehard du laboratoire
informatique de Nantes Atlantique, juillet 2006
(http://www.sciences.univ-nantes.fr/info/perso/permanents/enguehard/perso/RI_halshs-00085041.pdf)
[90]
"Voting computer: a security
analysis", Rop
Gonggrijp, Willem-Jan Hengeveld, etc., octobre 2006
(http://www.wijvertrouwenstemcomputersniet.nl/images/9/91/Es3b-en.pdf)
[91]
www.zdnet.fr
18/10/2006
[92]
www.zdnet.fr
8/12/2006
[93] dans une étude menée par le FBI sur 2000 sociétés américaine en 2005-2006
[94] Tous fichés (Jacques Henno)
[95] en effet, les terroristes ont utilisé dans leur ensemble des téléphones portables sans contrat avec cartes téléphoniques prépayées, c’est pourquoi l’Espagne et d’autres pays Européens vont mettre fin à ce système qui permettait pourtant l’anonymat
[96] Tous fichés (Jacques Henno)
[97] Tous fichés (Jacques Henno)
[98] www.01net.com 26/10/2006
[99] Le harcèlement moral, Marie France Hirigoyen, Pocket
[100] Dans « Le capitalisme total » (2005)
[101] www.01net.com 13/01/2006
[102] www.01net.com , 28/10/2005
[103] Tous fichés (Jacques Henno)
[104] Interview de Richard Stallman par VNUnet.fr du 13/06/2006 par rapport au projet de loi DAVIDSI
[105] Dominique de Villepin, 27/07/2005 à propos de la rumeur d’Opa hostile sur Danone
[106] Inspiré de www.liberation.fr 11/08/2006
[107] http://philoscience.over-blog.com/ « Le web est il un cerveau global ? », 3/02/2006
[108] La révolte du pron@tariat, Joël de Rosnay, Fayard, 2006
[109] Du 26/01/2006
[110] Tous fichés (Jacques Henno)
[111] http://philoscience.over-blog.com/ « Le web est il un cerveau global ? », 3/02/2006
[113] www.webrankinfo.com mars 2006
[114] www.lexpansion.com 08/09/2006
[115] www.lexpansion.com 12/07/2006
[116] www.atelier.fr 15/03/2006
[117] www.01net.com 10/03/2006
[118] Dans une interwiew des Echos, 29 nov. 2005
[119] voir aussi www.digitalworld.fr/maison-numérique et la vie selon Microsoft : www.microsoft.com/france/chezvous//mamaisonnumerique/defaut.mspx
[120] www.01net.com 10/03/2006
[121] www.atelier.fr 16/02/2005
[123] www.01net.com 26/10/2005
[124] www.01net.com 11/05/2006
[125] L’Express du 9/02/2006
[126] www.01net.com 01/08/2006
[127] Voir aussi des sites comme www.netvibes.com ou http://fr.my.yahoo.com , leaders dans ce domaine de l’ultra personnalisation technologique.
[128] www.vnunet.fr 24/08/2006
[129] La vie du Net, 04/07/2006
[130] www.lci.fr 18/11/2006
[131] Tous fichés (Jacques Henno)
[132] www.branchez-vous.com 09/06/2005
[133] Réalisée par l’AMA (American Management Association) e l’ePolicy Institute en mai 2005
[134] www.zdnet.fr 19/05/2005
[135] www.latelier 02/05/2006
[136] www.01net.com 15/11/2005
[137] www.01net.com 02/05/2006
[138] www.lexpress.fr 04/04/2005
[139] Gérard Wajcman, Le Monde, 4 mars 2006
[140] www.zdnet.fr 16/11/2006
[141] L’atelier, 14/10/2005
[142] www.lexpress.fr 04/04/2005
[143] Selon une etude réalisé en 2006
pour l’IDC, avec 47% de logiciels piratés,
[144] Pour Jean
Dominique Michel, anthropologue, « un systême qui éliminerait d’emblé
toute fraude serait par définition un système totalitaire ».
[145] Manière de voir n°71, Obsessions sécuritaires, le Monde Diplomatique, Octobre/Novembre 2003
[146] Tous fichés (Jacques Henno)
[147] Manière de voir n°71, Obsessions sécuritaires, le Monde Diplomatique, Octobre/Novembre 2003
[148] www.zdnet.fr 06/10/2006
[149] www.lemondeinformatique.fr 27/11/2006
[150] Manière de voir n°71 / Le monde diplomatique / Obsessions sécuritaires / Octobre Novembre 2003.
[151] www.canoe.com 01/11/2006
[152] Manière de voir n°71 / Le monde diplomatique / Obsessions sécuritaires / Octobre Novembre 2003.
[153] Manière de voir n°71 / Le monde diplomatique / Obsessions sécuritaires / Octobre Novembre 2003.
[154] Tous fichés (Jacques Henno)
[155] www.zdnet.fr 12/05/2006
[156] Tous fichés (Jacques Henno)
[157] www.branchez-vous.com 18/10/2006
[158] www.senat.fr 13/12/2005
[159] www.01net.com 28/04/2006
[160]
European Council “New functions of the SIS-II”, Bruxelles, 5/02/2002
[161] www.touteleurope.fr 31/10/2006
[162] Manière de voir n°71, Obsessions sécuritaires, le Monde Diplomatique, Octobre/Novembre 2003
[163] Document A/1900, « La lutte contre le terrorisme international : aspects de défense », assemblée interparlementaire de sécurité et de défense, www.assembly-weu.org , 14/06/2005
[164] Manière de voir n°71 / Le monde diplomatique / Obsessions sécuritaires / Oct-nov 2003
[165] www.zdnet.fr 13/03/2006
[166] www.zdnet.fr , 15/12/2005
[167] www.01net.com 03/05/2006
[168] www.lesoir.be 23/08/2006
[169] AFP, 27/07/2005
[170] www.01net.com 22/11/2006
[171] Ce paragraphe est largement tiré d’un article de www.lexpansion.com du 02/11/2006
[172] www.fr.datanews.be 6/11/2006
[173] www.odebi.org Les logs pour les nuls