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Alors, ces vins américains ? C'est-y demain qu'y vont nous bouffer ? C'est-y bon ? Vu les rebuts qu'on nous propose ici (mis à part les hyper tops inabordables autant qu'introuvables), on avait commencé à se faire une petite idée lors de nos visites à Vinexpo. Il y avait efectivement quelques trucs intéressants, mais il fallait confirmer. Et puis voir un peu les paysages viticoles, qui donnent également de bonnes indications sur le potentiel des vins locaux. Nous voilà donc partis à San-Francisco, à mi chemin entre la Nappa Valley (que l'on ne présente plus) et les Santa-Cruz Mountains (qui gagnent à être présentées). Intérêt supplémentaire : notre visite coïncide avec la tentative d'ouverture des négociations du Round du millénaire de l'OMC à Seattle. L'un des enjeux n'est autre que l'avenir de la diversité dans la production agricole et dans les productions culturelles, à l'intersection desquelles nous plaçons le vin... La mobilisation des peuples fera que ces négociations capoteront (au moins temporairement), pour le plus grand bien des peuples (pensons-nous) et ... du vin ! Rendez-vous à Bonny doon
Première surprise : où sont les vignes ? Bon, le problème, c'est que les vignes ont été détruites par un virus, après avoir subi les assauts du phylloxéra. Le raisin provient donc maintenant de régions limitrophes, et le vin est produit sous les appellations correspondantes. Randall Grahm n'en poursuit pas moins son rêve de produire des vins équilibrés et typiques à partir de cépages adaptés au climat et au terroir. On ne va pas tout dévoiler aujourd'hui puisque ces vins seront dégustés le 3 mars à L'Avenir du Vin (on a ramené ce qu'il faut). Sachez tout de même que l'on trouve des cépages aussi différents que le grenache, la syrah, le cinsault, le mourvèdre, la marsanne, la roussane (ce n'est pas pour rien que Randall est considéré comme l'un des fers de lance des "Rhône Rangers" qui pensaient que le climat californien se prêtait d'avantage aux cépages rhôdaniens qu'aux inévitables cabernet-sauvignon, chardonnay et sauvignon), mais aussi le pinot meunier (en rouge), le riesling, le san-giovese, le muscat, sans oublier les fraises, framboises et cassis (vinifiés comme du raisin...). Quand on nous disait qu'ils étaient fous, ces Américains... on le croyait ! Mais celui-là est d'une folie bien sympathique !
Et cette Nappa Valley, ont-ils rattrapé les Bordelais ?
Que de bois, que de bois (comme ne disait pas Mac Mahon). C'est vrai que vu la taille des séquoïas, ils ont de quoi... Mais non, c'est même pas vrai, ils font venir du vrai chêne de chez nous (entre autres). Mais à ce rythme, on va bientôt devoir importer des chameaux pour traverser les forêts du Tronçais ! C'est en effet la dominante des vins de la Nappa : une structure totalement appuyée sur le bois, un fruit soit totalement effacé (remplacé par l'omni-présente vanille apportée par le chêne), soit surmûri (confituré). Il manque la complexité et la finesse, sans parler de la longueur en bouche ! Même dans les meilleurs des vins dégustés, c'est le côté monolithique et un peu court qui ressort. Ce qu'ils ont appris des Bordelais, c'est donc l'inflation sur les prix (ce n'était pas leur meilleur côté). Difficile de trouver un vin à moins de 10 $ (65 F), la majorité de ce qui est buvable se trouvant en magasin à 20 $, les meilleurs allant sans problème jusqu'à la centaine de dollars. A ce prix là, on trouvait les premiers grands crus classés bordelais 1998 en primeur (et même à moins cher...). On l'avait déjà dit quelque part, ce n'est pas de ce côté-là que les producteurs français doivent se faire du souci, mais plutôt de celui des vins pas chers en provenance de Bulgarie ou du Chili. Jean-Paul Garagnon
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