La danse classique Cambodgienne

La danse classique Cambodgienne

"Vishnu incarné dans le corps d'un homme jeune et beau, se trouva seul, une nuit, dans un village. Il voulu éprouver la charité des hommes. Durement repoussé par tous les brahmes auxquels il s'adressait, il s'approcha enfin d'une cabane solitaire et misérable d'où s'échappait une voix charmante qui chantait. Il frappa à la porte. Celle qui vint lui ouvrir était une danseuse. Elle l'accueillit avec urbanité, lui offrit un repas, et, tandis qu'il mangeait, le charma de ses chants. Puis comme le jeune homme ne s'en allait pas, elle lui offrit sa couche pour la nuit. Le dieu l'aima et lui promit protection pour elle et toute sa descendance".

(légende khmère)

La danse classique cambodgienne fut, à ses origines, hommage aux dieux, aux héros et aux rois dont elle faisait revivre les grandes épopées. Après l'abandon d'Angkor elle perdit beaucoup de son caractère sacré et la séparation devient plus floue entre le service religieux et la création esthétique. Mais des apsaras immortalisées par les sculpteurs du passé sont demeurés les gestes, partie du costume, le rythme, le langage des mains, le charme aussi.

"La danseuse khmère est une actrice, une mime. Elle représente un personnage de légende. Elle exprime les sentiments et représente les actions que chante le choeur. Chaque phrase des danseuses sollicite un geste ou détermine une attitude de la danseuse, toujours muette. Ces attitudes, ces gestes sont rituels, uniques et se sont transmis de génération en génération sans qu'il en existe une didactique, un modèle écrit et précis".

"Les gestes ne sont pas seulement réglés par l'évolution et la succession des idées qu'ils expriment, ils le sont encore entre eux par un synchronisme absolu. Si la main droite à un moment donné se trouve, la paume en avant, a hauteur de la ceinture, la main gauche aussitôt, devra se trouver à une place déterminée par une tradition toute puissante et formelle qui se perd dans le passé".

"Ces gestes aboutissent généralement à une attitude précise, marquée l'espace d'un temps, que le rythme soit lent ou précipité, et abandonnée après être restée juste le temps qu'on la perçoive, qu'on l'admire ou qu'on la regrette". (George Groslier)

Une longue initiation est nécessaire pour suivre parfaitement le déroulement d'une légende interprétée par les danseuses khmères. Chaque geste a sa propre signification, elle même modifiée par les gestes qui suivent ou qui précèdent ainsi que par les circonstances dans lesquelles il est exécuté. Telle pose de la tête, des bras, des jambes, à sa désignation que vient compléter, atténuer ou nuancer, telle autre pose, tel regard, voire même une imperceptible contraction des sourcils.

Cet art n'est pas inaccessible au profane mais a une valeur universelle qu'au début du siècle notait Auguste Rodin : "Ces Cambodgiennes nous ont donné tous ce que l'antique peut contenir ; leur antique à elle qui vaut le nôtre. Nous avons vécu trois jours d'il y a trois mille ans. Il est impossible de voir la nature humaine portée a cette perfection. Il n'y a eu qu'elles et les Grecs".

Apsaras

Les Apsaras ou danseuses célestes ont la charge de divertir les dieux. Les sculpteurs khmères du passé reproduisirent à l'infini leur grâce et leur beauté sur les murs des temples d'Angkor.

La reine des Apsaras accompagnée de ses suivantes est descendue du paradis d'Indra et exécute une danse pure pour le seul plaisir des yeux des humains.

Tepmonorom

Un groupe de danseuses royales est venue Implorer les dieux de prêter une oreille bienveillante à leurs prières. Par une impulsion surnaturelle leur danse devient celle des Apsaras Célestes. Elles comprennent alors que leurs prières seront exaucées et en rendent grâce aux Dieux.

Ream Eyso et Moni Mekhala

Moni Mékhala, Déesse des Eaux s'ennuie. Elle se pare pour aller se divertir avec Vorachhun, Roi des Dieux célestes, et quelques une de ses compagnes. Sa boule de cristal magique en main, elle quitte son palais. Sur sa route, elle rencontre Ream Eyso, Génie de l'orage, qui depuis toujours veut s'approprier la boule de cristal de la déesse. Aux supplications Moni Mekhala répond par la moquerie. Ream Eyso se fâche et menace la déesse de sa hache magique, mais d'un éclair de sa boule de cristal Moni Mékhala aveugle son adversaire. Selon une légende populaire, l'orage que connaissent les humains n'est autre que le combat céleste entre Ream Eyso et Moni Mékhala. L'éclair est le scintillement de la boule de cristal magique de la déesse et le tonnerre le bruit de la hache brandie par le génie en fureur.

Le Ramayana

Le geste de Râma est incontestablement le poème épique le plus populaire au Cambodge. Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, des voyageurs Indiens le firent connaître aux khmers qui en conservèrent la trame sur laquelle ils recréèrent une oeuvre profondément originale.

Dans la forêt de Dandaka

Le roi Râma, son épouse Sitâ et son frère préféré Laksmana se promènent dans la forêt où volontairement ils se sont exilés. Râma et Laksmana cueillent des fruits et des fleurs qu'ils offrent à la belle Sità.

Fatigués, tous trois se reposent sous un arbre lorsque surgit Râvana, roi des géants (Yeak) et maître de Lankâ, pays fabuleux au delà des mers. Son premier regard sur Sitâ endormie fait naître en lui un ardent amour.

Mais Râvana ne pourra approcher la princesse sans avoir recours à ses artifices magiques. Il se transforme d'abord en un gracieux cerf d'or que Sitâ supplie son époux de lui capturer. Tout en se jouant des ruses du chasseur, l'animal entraîne Rama plus loin dans la forêt. Inquiète, Sitâ envoie Laksmana à sa recherche.

La belle princesse est seul quand survient un vénérable ermite qui n'est autre que Râvana sous une nouvelle forme. Profitant de la confiance que témoigne la princesse, il tente de la convaincre qu'elle est l'épouse désignée du roi des géants. Indignée, Sitâ l'injurie et le frappe. Râvana furieux reprend sa forme première et l'enlève dans son char volant.

Râma et son frère constatent la disparition de Sitâ et sont accablés de douleur. Mais Laksmana suggère de s'adresser aux Dieux pour obtenir l'aide des Hanuman, le grand singe blanc, pour retrouver la princesse et lui remettre une bague en signe d'espérance.

Dans le Palais de Râvana

Dans sa forteresse de Lankâ, Râvana tente sans succès de séduire la vertueuse Sitâ. Puis il recourt à la force pour approcher l'indifférente. Mais du corps de la belle protégée des dieux émane une chaleur intense qui repouse le géant. Emporté par la rage, il délègue deux démon femelle (Yeak Khénei) pour punir la princesse. En cet instant précis intervient Hunaman qui remet à Sitâ la bague de Râma et malmène quelque peu ces démons. Râvana apprend l'imminence d'un assaut de son palais et lève une grande armée pour marcher à la rencontre de Râma.

Le grand combat

Râma et l'immense armée des singes franchit la mer et prend pied sur l'île de Lankâ. Une bataille gigantesque s'ensuit et s'achève par un duel terrible entre Râvana et Râma qui triomphe grâce à une arme magique façonnée par les Dieux. Râma et Sitâ se retrouvent avec une émotion intense.

Le corps du ballet royal

La salle de CHANCHHAYA réservée aux danses (Palais Royal) Le plus ancien texte khmer mentionnant des danseuses est, semble-t-il, une inscription du VIe et VIIe siècle. A l'apogée d'Angkor, au XIIe siècle, elles seront des milliers attachées aux grands temples et au palais du roi.

A partir du XVe siècle, les invasions siamoises puis vietnamiennes, l'abandon d'Angkor, l'appauvrissement du royaume, amenèrent la disparition des danseuses sacrées. Cependant durant une des périodes les plus sombres de l'histoire du Cambodge, une petite troupe de danseuses de cour réussit à maintenir et à sauver l'essentiel de la grande tradition chorégraphique khmère.

Avec l'avènement de Ang Duong (1796-1859), souverain éclairé, poète et protecteur des arts, la danse classique reprendra une place de premier plan dans les fêtes royales. Le corps du ballet comprendra environ 500 danseurs et danseuses au terme de son règne. Mais au début du siècle, la troupe royale se sera fort amenuisée.

En 1906, le roi Sisowath parvient à réunir une cinquantaine de danseuses qui l'accompagnent dans sa visite en France. Leur succès sera extraordinaire. Lors de la première du théâtre de verdure du Pré-Catalan, le public qui n'a pu trouver place provoque un début d'émeute et oblige les danseuses royales à donner le soir même une nouvelle représentation. Les journaux de l'époque rapportèrent ainsi cet événement : "Quinze cents personnes purent enfin , en vêtements lamentables, décoiffées, à minuit, jouir à leur tour de ce spectacle qui mettait Paris en ébullition..."

A partir de 1910, le corps du ballet royal connaît une nouvelle période de déclin et s'achemine vers l'oubli et la disparition. Fort heureusement, il devait être sauvé par la princesse Kossamak et aujourd'hui par S.A.R la princesse Buppha Devi.


S.A.R. la princesse NORODOM BUPPHA DEVI
en costume de danse. Les bijoux d'or sont les
reproductions exactes de ceux des danseuses de
l'époque angkorienne.


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