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Warda à l'Opéra
Vous le savez tous, Warda est un modèle de subtilité et de bon goût, notre arbitre des élégances en ces temps de rusticité triomphante. Soyez en assuré, Warda n'est pas de ces bêtes tout juste bonnes à s'effondrer devant quelque « Popstar » galvaudée et fabriquée. Vous croiserez plutôt notre Souveraine lors de quelque soirée à l'Opéra, vêtue de taffetas et masquée discrètement derrière quelque loup…
Ce qui nous amène à notre propos ; Warda nous a intimé de vous entretenir de sa prédilection pour l'Opéra rossinien. D'emblée, prévenons tout préjugé quant à la musique de Rossini : elle n'est pas ce mélange peu digeste de virtuosité gratuite et de livret « abracadabrantesque » (pour citer un homologue de Warda). Qui aura une fois entendu Marilyn Horne dans le sublime Mura felici de La Donna del Lago, avec ces longues tenues mélancoliques et ses graves abyssaux, saura que l'art rossinien réside dans ce plaisir sensuel de la vocalise, ce sourire et cet humour si évidents qu'il faut être sourd, ou amateur de sons technoïdes, pour ne pas les percevoir. Et le fameux crescendo rossinien, que l'on entend dans l'ouverture du Barbier… Oubliez donc Kubrick et son détournement dans Orange Mécanique, livrez vous naïvement et simplement au vertige des pupitres de cordes qui jouent, à tous les sens du terme, vous laissant exsangue et ravi au terme de cette montée.
Mais, disons le avec Warda, la musique de Rossini ne tolère que l'excellence dans l'exécution (tout comme le fameux tournedos du même nom, que Warda vous apprendra à réaliser si vous êtes sages) : une basse rossinienne doit allier le bronze du grave et la virtuosité imperturbable - écoutez donc Samuel Ramey dans Le Voyage à Reims ou Sémiramide - ; un ténor rossinien doit vous éblouir d'aigus dardés et de sons filés à une vitesse désespérante - avez vous déjà entendu Rockwell Blake dans l'air du Comte du Barbier ? - ; une soprano doit s'amuser le sourire aux lèvres en chantant la perte de ses chapeaux, telle Lela Cuberli dans le Voyage à Reims ; mais surtout, courez séance tenante chez votre disquaire pour entendre la Horne dans tous ses rôles : Arsace dans Sémiramide, Rosine du Barbier (tellement mieux que cette demoiselle Callas), Malcolm de La Donna del Lago, Tancrède… La musicalité est aussi claire et distincte que le cogito cartésien, la virtuosité ridiculise toute comparaison, les graves ont cette rondeur si troublante et saisissante, l'intelligence des mots perce à chaque phrase. Alors seulement, vous comprendrez pourquoi Warda soutient que la musique de Rossini égale les grands crus de la Côte de Nuits : velouté, plaisir immédiat, sensualité, humour, et cette italianité redoutable qui vous oblige à rendre les armes.
Alors dignes sujets de l'Empire Wardique, apprenez que chaque soir Warda écoute l'air de Rosine et s'amuse de cette fausse docilité qui menace sur un « ma » suspendu de se changer en une ruse et une acidité de vipère. Sachez donc, comment Warda rêve et se laisse glisser au son des voix qui se mêlent dans le duo de Sémiramide (Joan Sutherland et Marilyn Horne dans sa version préférée). Enfin, sachez que l'air de Tancrède « Di tanti palpiti » sert à Warda pour la préparation de son riz suivant en cela les conseils de Stendhal dans sa Vie de Rossini.
Donc amis de Warda, sachez que ses meilleures amies, Maria Bayo et Renée Fleming, lui chantent régulièrement quelque air pour son plus grand plaisir, et que l'on raconte même maintes anecdotes de ses soirées avec Marilyn Horne, où, entre haute couture et gastronomie, nos souveraines s'entretiennent de leur compositeur favori.
Warda vous souhaite donc de découvrir de véritables plaisirs wardiques et vous convient à communier dans la joie de cette musique humaine, trop humaine.
Bien à vous…
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