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Les textes de Benjamin

        Petite histoire de la photographie et L'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique sont les deux textes majeurs quant on s'intéresse à la photographie ou à l'art en général.

Voici mes notes de lectures de ces deux textes.
Vous pouvez trouver le texte intégral de la petite histoire de la photographie publié par la revue Études photographique (vous pouvez le commander pour 30f, ou bien le télecharger au format ZIP, allez voir sur leur site)

Pour trouver le texte de l'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, c'est plus compliqué, la traduction de Christophe Joualanne est épuisé en librairie, et le seul moyen pour lire le texte c'est dans le recueil de textes allemand de Olivier Lugon, mais la traduction n'est pas complète (il n'y a que les passages concernant la photo).
Voici mes notes de lecture de chacun des deux textes (en espérant que ca puisse vous servir).

Petite histoire de la photographie
    + chapitre 1
    + chapitre 2
    + chapitre 3

L'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique
    + chapitre 1
    + chapitre 2
    + chapitre 3
    + chapitre 4
    + chapitre 5
    + chapitre 7
    + chapitre 9

                                                                                                 


Petite histoire de la photographie

Résumé du texte de Walter BENJAMIN publié en septembre et octobre 1931.
 
 

Chapitre 1

    Plus que l’imprimerie, l’invention de la photographie était pressentie au sein de cette époque.

        L’état a profité de la difficulté a faire breveter l’invention pour la racheter et la faire tomber dans le domaine public, a partir de là, la photographie va se développer pour atteindre son âge d’or (Probablement les années 1850-1860-1870), avant que ne se développe la photographie industrielle qui conduit à la mort véritable de la photographie.
Non pas que certains individu n’ait pas utilisé la photographie pour des arnaques de foires, mais cela restait bien moindre comparé a ce que DISDERI (1819-1889) (qui deviendra millionnaire), va faire en inventant la carte de visite avec empreinte photographique (il dépose le brevet en 1854, la chronologie de BENJAMIN est très douteuse).
        Pour BENJAMIN, le regain d’intérêt pour la photographie à l’époque (années 1930) s’expliquait pas l’effondrement de la société industrielle (crise de 29 qui a ses effets en Allemagne), qui avait naguère conduit à l’appauvrissement de la photo.
Très tôt déjà, la photographie avait été accueillit de manière plus ou moins bonne, en Allemagne certains n’hésitaient pas a lui reprocher son caractère « mécanique », « technique » ; qui l’empêchait définitivement d’être un art. Pourtant dès 1839 des personnes comme M. ARAGO, avait montrer que la photographie pouvait dépasser ce débat stérile qui devait l’opposer à la peinture (p 8), et ouvert des champs d’exploitations vastes et nobles.
        Dès le Daguerréotype pourtant des peintres on sus utiliser le support pour participer à leurs créations (même si la photo n’est pas l’objet final de la création) (c'est le cas de UTRILLO, et de HILL, qui n’est maintenant plus reconnu que comme photographe). Pourtant la photographie révèle certains aspects de son identité dans le fait que contrairement a la peinture de portrait où l’œuvre rappelle aux yeux de ses contemporains le modèle du tableau, qui disparaît finalement avec le temps pour ne laisser place qu’au peintre et a son talent ; la  photographie elle garde toujours en elle l’importance du sujet : le regard d’une personne sur une photographie reste présent même bien après le décès de cette même personne, l’éventuel talent du photographe ne passe qu’au second plan. Et il n’est pas rare que certains s’essayent en contemplant une ancienne photographie a conjecturer sur les attitudes des personnages comme si elles annonçaient quel serait leur futur (c’est la question « qu’est ce qu’il est devenu lui », ou plus précisément « s’il avait su à cette époque ce qui allait lui arriver », idée qui est prolongé par le «regardeur » qui essaye lui aussi de voir son futur, comme il lui semble possible de lire celui des autres).
« Malgré toute l’ingéniosité du photographe, malgré l’affectation de l’attitude de son modèle, le spectateur ressent le besoin irrésistible de chercher dans une telle image la plus petite étincelle de hasard, d’ici et maintenant, grâce à quoi la réalité a pour ainsi dire brûlé de part en part le caractère d’image-le besoin de trouver l’endroit invisible où, dans l’apparence de cette minute depuis longtemps écoulée, niche aujourd'hui encore l’avenir, et si éloquemment que, regardant en arrière, nous pouvons le découvrir ».
                    BENJAMIN p 11. Petite histoire de la photographie.
    BENJAMIN fait ici référence à la photo de K DAUTHENDEY avec sa femme, lors de leur marriage. Sachant qu'elle s'est suicidé par ma suite, il met en évidence qu'il peut y avoir une "valeur magique" dans une photo, c'est elle qui fait que l'on dépasse (par l'imagination), le cadre de l'image.
Sans le savoir, il met aussi en évidence l'importance de la légende : c'est elle qui donne du sens, sans elle, la femme n'est pas morte. (Absence de sens dans l'image, celui ci vient de la légende).
Il y a ici cette idée de voir une photographie pour y chercher ce que le photographe n’a pas volontairement laissé entrer, pour cette chose qui fait que la photographie est différente de la peinture, c’est qu’il y a ce bref instant ou le photographe lui même ne contrôle plus son œuvre, et où des éléments extérieurs peuvent venir s’en emparer.
« La nature qui parle à l’appareil est autre que celle qui parle à l’œil ».
                    BENJAMIN p12. Petite histoire de la photographie
En effet la photographie va permettre de faire apparaître un espace nouveau (qu’il dit « tramé d’inconscient ») :
        Par l’action de figer le mouvement, mais aussi la possibilité d’agrandire, la photo donne a voir ce qui autrement ne l’aurait pas été, des choses nouvelles qui sont peut être vue par l’inconscient, mais qui passe à coté du regard « normal ».
        La photographie a dans ses premiers temps gardé un aspect mystérieux qui lui sied bien, ainsi on hésitait à regarder trop longtemps les daguerréotypes de peur que les personnes représentées ne puissent nous voir ? espace intérieur à la photographie et plus précisément a son cadre.
        La photographie qui nécessitait alors de grand temps de pose (surtout en extérieur), obligeait les gens a vivre durant la séance de pose. L’image résultante est alors une synthèse des expressions qu’on eut les gens durant cette pose, ce qui lui conférait son aspect pénétrant (qui s’est perdu avec les émulsions plus rapides) ? vie a l’intérieur du cadre, au sein même de la photographie qui n’est pas alors réduit à un simple instant.
Tout ceci s’oppose pour BENJAMIN avec les photos « commerciale » de son époque, où l’on fige les athlètes pour l’éternité, alors que dans les images anciennes tout était fait pour durer (photos de groupes, stable).

Peut être y a t’il encore cette différence entre les photographies prêtent à digérer que montrent les tabloïds et les clichés que l’on peut voir dans une exposition.
 

Noms Importants : DESDERI, UTRILLO, HILL
 



 
 

Chapitre 2

        La vision que BENJAMIN a de l'histoire de la photographie n'est pas toujours historiquement exacte (ex : chronologie douteuse, présentation inexacte de la retouche photographique comme la cause de la perte de popularité du métier de photographe.
Cette vision est plus sûrement construite sur des bases (certes confuses à l'époque), mais surtout dans le but de corroborer sa vision de la reproductibilité.
Il est clair que l’invention de la photographie va avoir un effet sur la peinture. Elle va notamment faire disparaître la peinture de plein air (ou du moins en réduire considérablement le développement), mais c’est principalement sur la miniature que l’invention de la photographie va changer les choses ; si bien que nombre de ces miniaturistes vont devenir photographe, relayé ensuite par des photographes de « naissance » (tel : NADAR, STELZNER, PIERSON, BAYARD)
"C'est moins a leurs qualités d'artistes qu'a leurs capacités d'artisans qu'on doit la haute qualité de production photographique d'alors".
                    BENJAMIN p17. Petite histoire de la photographie.
La profession de photographe se développa pour les bénéfices qu’elle permettait d’engendrer, puis disparut des modes avec l’apparition de la retouche sur négatif .
La photographie devint un objet de pseudo-luxe remisé à l'écart, les épreuves sont gardées dans des albums épais a fermoir. Les poses elles aussi porte en elle-même ce caractère : figés, utilisé principalement pour les événements qu’il faut marquer, la photographie à peine naissante porte déjà en elle-même le poids d’une histoire qui la contraint. On l’affuble aussi d’accessoires (d’abord utile ensuite décoratifs : les colonnes de marbres [issues de la peinture] et les rideaux, les appuis-tête et les supports, les balustrades, les tables ovales).
L’exemple même en est cette photo de KAFKA (p 18), où l’on voit un enfant perdu au milieu d’un décor des plus exubérant (totalement factice), où se cotoit (avec une grande violence) les teintes les plus claires et les plus foncées. Cette photographie est le pendant des photographies antérieures qui savait entourer les sujets d’une aura « protectrice ». Cette technique (l’ancienne) apparemment plus parfaite (que la nouvelle) avait par ailleurs des liens directs avec la peinture de portrait qui avant de disparaître avait mit au point la technique du mezzotinto.
Le phénomène auratique,
« C’est ce cercle de vapeur, qui s’inscrira parfois joliment et judicieusement dans l’ovale désormais passé de mode de l’encadrement ».
                    BENJAMIN p18-19. Petite histoire de la photographie.
Cette vapeur, cette aura, va disparaître de la photographie contemporaine de BENJAMIN :
« Cette aura n’est certes pas le simple produit d’un appareil primitif. Bien plus, il existait alors entre l’objet (le sujet) et la technique (la photo) une correspondance aussi aiguë que devait l’être leur opposition dans la période du déclin (telle qu’il la définit : a partir des l’industrialisation de la photographie)».
                    BENJAMIN p19. Petite histoire de la photographie.
L’ aura serait donc un lien entre l’objet et la technique
"Mais, à partir dès années 1880, cette aura -que le refoulement de l'obscurité par des objectifs plus lumineux avait refoulé de l'image tout comme la croissante dégénérescence de l'impérialisme bourgeois l'avait refoulé de la réalité- les photographes voyaient comme leur tache de la stimuler par tous les artifices de la retouche, en particulier l'usage de la gomme bichromatée. Ainsi vit – on advenir, du moins dans le style Art nouveau, la mode de tons crépusculaires, traversés de reflets artificiels ; pourtant, malgré cette pénombre, se dessinait de plus en plus clairement une posture dont la raideur trahissait l'impuissance de cette génération devant le progrès technique". (cela serait’ il une critique des premiers mouvements artistiques principalement le pictorialisme).
                    BENJAMIN p19. Petite histoire de la photographie.
Le progrès technique n’a pas directement tué l’aura, mais il a engagé la photographie sur une voie d’ou l’aura est absente.
 

« Ce qui demeure décisif en photographie, c’est toujours la relation du photographe à sa technique ».
                    BENJAMIN p19. Petite histoire de la photographie.
Le premier photographe qui va pouvoir se sortir du carcan nostalgico - romantique caractéristique de la photographie industrielle, va être ATGET. Pauvre acteur déçus, il va faire dans les années 20, de multiples photographies d’une grande sobriété qu’il vendra difficilement dans les journaux de l’époque. Son œuvre sera caractérisé par une extrême maîtrise de la technique photographique (son œuvre sera considéré comme annonçant la photographie surréaliste).
«C’est lui qui, le premier, désinfecte l’atmosphère étouffante qu’avait propagée le portrait conventionnel de l’époque du déclin. Il  lave, il assainit cette atmosphère : il entame la libération des objets de leur aura - mérite incontestable de la plus récente des écoles photographiques».
                    BENJAMIN p20. Petite histoire de la photographie.
« Il recherchait ce qui se perd et ce qui se cache, et c’est pourquoi ses images contredisent la sonorité exotique, chatoyante, romantique des noms de ville : elles aspirent l’aura du réel comme l’eau d’un bateau qui coule.- Qu’est ce au fond que l’aura ? Un singulier entrelacs d’espace et de temps : unique apparition d’un lointain, aussi proche soit-elle ».
                    BENJAMIN p20. Petite histoire de la photographie.
ATGET va t'en bien que mal vendre ses photos dans les journaux, où l’on trouve des copies de l’image (photo originelle) de l’objet. La copie étant bien entendue différente de l’image.
« Unicité et permanence sont aussi étroitement liées dans celle-ci (l’image) que fugacité et reproductibilité dans celle là (la copie)».
                    BENJAMIN p22. Petite histoire de la photographie.
« Débarrasser l’objet de son enveloppe, en détruire l’aura, est la marque d’une perception dont le sens de l’égalité s’est développé de telle façon qu’elle l’applique également à l’unicité par la reproduction ».
                    BENJAMIN p22. Petite histoire de la photographie.
Les images de ATGET sont vides, froides, dans le sens où il évite toutes les belles vues, les curiosités ; il n’hésite pas par contre a photographier des choses plus simples, plus discrètes, plus morne que désertes.
C’est par ces procédés que AGET va véritablement tendre la perche aux surréalistes en leurs « donnant » ses images qui laissent le champ libre (pas d’interprétation, ni de sous-entendu) au regard de « l’homme politiquement éduqué, devant lequel toute intimité cède la place à l’éclaircissement du détail ».
 
 

Noms Importants : ATGET
 



 
 

Chapitre 3

        Bien que la photographie ait malmené le portrait, il n’en demeure pas moins, un aspect incontournable de la photographie.
« Cependant, la condition de cette possibilité repose presque exclusivement sur celui qui est représenté ».
                    BENJAMIN p23. Petite histoire de la photographie.
        Le portrait est donc un des aspects primordiaux de la photographie, mais le développement du portrait commercial a conduit à une transformation de celui-ci. En effet, la qualité du portrait dépend :
« Exclusivement sur celui qui est représenté »
                    BENJAMIN p23. Petite histoire de la photographie.
, malheureusement l’attitude des gens face à la photographie ayant changé (implicitement dit c’est parce que la photo a changé : elle est plus commerciale), les photographies vont en pâtir, les photographiés ont tendance a se retrancher (par pudeur) dans leurs « espace vital », que l’on retrouvera sur les photos.
Au cinéma russe, on doit d’avoir :
« Laisser agir les gens devant une caméra sans en faire un usage photographique ».
                    BENJAMIN p23. Petite histoire de la photographie.
Cela a permit de dégager une signification nouvelle, on quittait la sphère du portrait. Le meilleur exemple en est SANDER, qui a photographié des personnes de divers milieux sociaux, couvrants les différentes couches de métiers ; avec un esprit scientifique, mais surtout sans préjugés et avec tendresse. Ce travail constitue un « atlas d’exercice » qui permet à la photographie de se placer véritablement dans une perspective scientifique. Ce travail s’il est mené à terme pourra permettre :
« D’améliorer et d’aiguiser le savoir physiognomonique ».
                    BENJAMIN p24. Petite histoire de la photographie.
        La photographie doit savoir revenir du domaine des distinctions esthétiques, pour jouer pleinement sa « fonction sociale ».
« Il est significatif que le débat se soit le plus souvent  figé autour d’une esthétique de « la photographie comme art », alors qu’on n’accordait par exemple pas la moindre attention au fait social nettement plus consistant de « l’art comme photographie » ».
                     BENJAMIN p24. Petite histoire de la photographie.
En effet, plus que la création de photos artistiques, il importe de faire attention a la manière dont la photographie permet la reproduction d’œuvres déjà existantes.
« Chacun a pu faire l’observation selon laquelle une représentation, en particulier une sculpture, ou mieux encore un édifice, se laissent mieux appréhender en photo qu’e réalité. La tentation est grande de repousser cela comme un déclin du sens artistique, une démission de nos contemporains ».
                    BENJAMIN p25. Petite histoire de la photographie.
On est forcé de constater qu’avec le développement des techniques de reproduction, la perception des grandes œuvres s’est modifié.
« On ne les perçoit plus comme la création d’un individu : elles sont devenues des productions collectives, si puissantes que pour les assimiler, il faut d’abord les rapetisser ».
                    BENJAMIN p25. Petite histoire de la photographie.
Que sont finalement ces procédés de reproduction :
« En fin de compte, les procédés de reproduction sont des techniques de réduction qui confèrent un certain degré de maîtrise à des œuvres qui, sans cela, deviendraient inutilisable ».
                    BENJAMIN p25. Petite histoire de la photographie.
La plupart  des photographes majeurs viennent de la peinture, à laquelle ils ont tourné le dos n’ayant pas réussit à la rapprocher de manière évidente de la « vie actuelle » (la vie sociale).
« Comme il y a quatre-vingt ans, la photographie a pris le relais de la peinture »
                    BENJAMIN p25. Petite histoire de la photographie.
Mais par là même a fournit à celle-ci (la peinture), l’occasion d’une renaissance (cette idée de MOHOLY-NAGY est reprise par BENJAMIN).
« Ceux qui ne sont pas venus des beaux-arts à la photographie par opportunisme, par hasard ou par commodité forment aujourd’hui l’avant-garde parmi les spécialistes, parce que leurs parcours les protège à peu prés du plus grand danger de la photographie actuelle : la tendance décorative. « La photographie comme art, dit Sasha STONE est un domaine très dangereux » ».
                      BENJAMIN p26. Petite histoire de la photographie.
« Si la photographie s’affranchit du contexte que  fournissent un SANDER (…), si elle s’émancipe des intérêts physiognomoniques, politiques ou scientifiques, alors elle devient « créatrice » ».
                      BENJAMIN p26. Petite histoire de la photographie.
« Plus la crise actuelle de l’ordre social s’étend (…) plus la création -dont le caractère fondamental est la variabilité, la contradiction le père et la contrefaçon le mère- devient un fétiche dont les traits ne doivent l’existence qu’a l’alternance des éclairages à la mode ».
                      BENJAMIN p26. Petite histoire de la photographie.
        La création laisse voir au travers elle les décalages de la société, capable de prouesses technologiques mais impuissantes a « saisir les rapports humains dans lesquels elle pénètre». Elle laisse présager « leur commercialisation plutôt que leur connaissance ».
Un autre décalage réside dans l’impuissance d’une reproduction, a fournir du sens. Rien n’est expliqué, on montre simplement, il y a là un vide qui doit être comblé par « une construction artificielle » (BENJAMIN reprend une idée de BRECHT).
« Le mérite des surréalistes est d’avoir préparé la voie a une telle construction photographique ».
                    BENJAMIN p28. Petite histoire de la photographie.
        Le cinéma russe jouera lui aussi un rôle important dans l’affrontement entre photographie construite (qui repose sur l’expérimentation et l’apprentissage) et la photographie créatrice (qui repose sur l’excitation et la suggestion).
C’est en faveur de la photographie construite que s’inscrit le texte de WIERTZ (qui voit d’un œil bienveillant l’invention du Daguerréotype, p28) et face à la photographie artistique que BAUDELAIRE (qui critique cet instrument qui semble faire croire que l’art es la représentation exacte du réel) se dresse en 1859 (p28-29).
Une dernière chose enfin, que ni WIERTZ ni BAUDELAIRE n’ont mis en avant, c’est l’importance de la légende. C’est a elle que revient de donner son vrai sens toujours plus fugace et cachés :
« Ici doit intervenir la légende, qui engrène dans la photographie la littéralisation des conditions de vie, et sans laquelle toute construction photographique demeure incertaine ».
                    BENJAMIN p29. Petite histoire de la photographie.
D’après MOHOLY-NAGY, l’analphabète de demain sera celui qui ignore la photographie, mais plus bas encore il y a :
« Le photographe qui ne saurait pas lire ses propres épreuves ».
                    BENJAMIN p29. Petite histoire de la photographie.
« La légende ne deviendra-t-elle pas l’élément le plus essentiel du cliché ? »
                    BENJAMIN p29. Petite histoire de la photographie.
 

Noms importants : SANDER, BAUDELAIRE, MOHLY-NAGY, BRECHT, WIERTZ, STONE.
 




 
 

L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité mécanisée

Résumé du texte de Walter BENJAMIN publié en 1936

(Traduction non complète de Olivier LUGON qui ne concerne que les passages relatifs à la photographie).
 
 

I

« Il est du principe de l’œuvre d’art d’avoir toujours été reproductible »
                    BENJAMIN p397. La photographie en Allemagne.
De tout temps les œuvres d’art ont été l’objet de reproduction. Que ce soit par les maîtres pour la diffusion de leurs œuvres, par les élèves pour apprendre ou par des gens mal intentionné (copie pour de l’argent).
« Par rapport à ces procédés, la reproduction mécanisée de l’œuvre d’art représente quelque chose de nouveau ».
                    BENJAMIN p397. La photographie en Allemagne.
Pourtant elle n’est pas tout à fait nouvelle, elle existait déjà dans l’imprimerie et le dessin. La reproduction mécanique n’est que le produit d’une évolution et en ce sens elle n’est que l’étape qui succède à la lithographie.
Pourtant elle marque une rupture.
« Pour la première fois dans les procédés reproductifs de l’image, la main se trouvait libérée des obligations artistiques les plus importantes, qui désormais incombaient à l’œil seul ».
                    BENJAMIN p398. La photographie en Allemagne.
La rapidité du média photographique va la faire « aller de pair avec la parole », la photographie sera ainsi un film sonore.
La reproduction sonore avait atteint des 1900 un standard ou :
 + Elle commençait à transformer par-là l’action des œuvres d’art.
 + Elle atteignait une position lui donnait une certaine autonomie.
Pour étudier ce standard, on peut regarder comment deux facteurs (la reproduction de l’œuvre d’art & l’art cinématographique) vont influer sur l’art dans sa forme traditionnelle.


II

« A la reproduction même la plus perfectionné d’une œuvre d’art, un facteur fait toujours défaut : son hic et nunc, son existence unique au lieu où elle se trouve. Sur cette existence unique, exclusivement s’exerçait son histoire ».
                    BENJAMIN p398. La photographie en Allemagne.
Entre l’original et ses reproductions il persistera des différences :
 + Au niveau de la structure physique : il est impossible de trouver dans les reproductions ce que permettraient de découvrir des analyses chimiques sur l’original.
 + Au niveau des conditions (changeantes) de propriété :
« Elles sont l’objet d’une tradition dont la reconstitution doit prendre son point de départ au lieu même où se trouve l’original ».
                    BENJAMIN p398. La photographie en Allemagne.
« Le hic et nunc de l’original forme le contenu de la notion de l’authenticité, et sur cette dernière repose la représentation d’une tradition qui a transmis jusqu’à nos jours cet objet comme étant resté identique à lui-même. Les composantes de l’authenticité se refusent à toute reproduction non pas seulement à la reproduction mécanisée ».
                    BENJAMIN p398-399. La photographie en Allemagne.
Avant la reproduction mécanisée, il était facile de différencier l’original de la reproduction (faite à la main), il conservait donc toute son autorité. Mais avec la reproduction mécanisée, cette situation change (de deux manières) :
 + « La reproduction mécanisée s’affirme avec plus d’indépendance par rapport à l’original que la reproduction manuelle ».
                    BENJAMIN p399. La photographie en Allemagne.
Elle peut ainsi, (en photo) révéler des détails qui n’avaient pas été distinguer jusqu’alors (notamment par l’agrandissement).
 + « La reproduction mécanisée assure à l’original l’ubiquité dont il est naturellement privé ».
                    BENJAMIN p399. La photographie en Allemagne.
Elle permet la diffusion de l’œuvre hors de ses lieux de présentations traditionnels.

« C’est circonstances nouvelles peuvent laisser intactes le contenu d’une œuvre d’art – toujours est-il qu’elles déprécient son hic et nunc ».
                    BENJAMIN p399. La photographie en Allemagne.
Cette dépréciation ne se voit pas uniquement pour les objets d’art, mais c’est pour eux qu’elle est la plus dommageable, puisqu’elle porte atteinte à l’ authenticité de l’œuvre.
« L’authenticité d’une chose intègre tout ce qu’elle comporte de transmissible de par son origine, sa durée matérielle comme son témoignage historique. Ce témoignage reposant sur sa matérialité, se voit remis en question par la reproduction, d’où  toute matérialité s’es retirée. Sans doute seul ce témoignage est-il atteint, mais en lui l’autorité de la chose et son poids traditionnel ».
                    BENJAMIN p399. La photographie en Allemagne.
« On pourrait réunir tous ces indices dans la notion d’aura et dire : ce qui, dans l’œuvre d’art, à l’époque de la reproduction mécanisée, dépérit, c’est son aura ».
                    BENJAMIN p399. La photographie en Allemagne.
La reproduction va substituer à l’œuvre son existence unique et la remplacer par son existence en série. Et en généralisant le rapport à la reproduction plutôt qu’a l’original, elle actualise la chose reproduite.
Ce double processus est caractéristique de bouleversements liés à la notion de tradition, il est révélateur de
« La liquidation de la valeur traditionnelle de l’héritage culturel ».
                    BENJAMIN p399. La photographie en Allemagne.


III

« A de grands intervalles dans l’histoire, se transforme en même temps que leur mode d’existence le mode de perception des sociétés humaines ».
                    BENJAMIN p400. La photographie en Allemagne.
La façon dont les modes de perceptions s’élaborent est fonction de : la nature humaine et les circonstances historiques. Il existe des liens entre les bouleversements sociaux et les transformations des modes de perception. Il est ainsi possible d’indiquer les causes sociales dont ont résulté les transformations dans le médium de la perception (dont a résulté la déchéance de l’aura).
« Qu’est-ce en somme que l’aura ? Une singulière trame de temps et d’espace : apparition unique d’un lointain, si proche soit-il. L’homme qui, un après-midi d’été, s’abandonne à suivre du regard le profil d’un horizon de montagnes ou la ligne d’une branche qui jette sur lui son ombre – cet homme respire l’aura de ces montagnes, de cette branche ».
                    BENJAMIN p400. La photographie en Allemagne.
A partir de là il est possible de voir les origines sociales de la déchéance de l’aura.
Les causes de la déchéance de l’aura sont :
 + «  Cette déchéance est due à deux circonstances, en rapport toutes deux avec la prise de conscience accentuée des masses et l’intensité croissante de leurs mouvements. Car : la masse revendique que le monde lui soit rendu plus « accessible » avec autant  de passion qu’elle prétend à vaincre l’unicité de tout phénomène en accueillant sa reproduction multiple ».
                    BENJAMIN p400. La photographie en Allemagne.
Pourtant, il est impossible de confondre l’image et la reproduction tant l’unicité et la durée propre à l’une fait défaut à l’autre.
Sortir une œuvre de son aura en en détruisant le voile est le propre d’une perception qui cherche à « standardiser » l’unique. C’est ainsi que se manifeste l’action des masses sur la réalité et des réalités sur les masses.


IV

« L’unicité de l’œuvre d’art ne fait qu’un avec son intégration dans la tradition ».
                    BENJAMIN p401. La photographie en Allemagne.
Une même œuvre à pu être perçue de manière différente de par le passé, c’est sur des valeurs culturelles qu’elle était alors jugé, mais quelle qu’ait été l’interprétation d’une œuvre, elle apparaissait avec son caractère « d’unicité, en un mot dans son aura » aux personnes qui la contemplait.
« La forme originelle d’intégration de l’œuvre d’art dans la tradition se réalisait dans le culte ».
                    BENJAMIN p401. La photographie en Allemagne.
Ainsi les œuvres d’art les plus anciennes avaient principalement une valeur rituelle magique, ou religieuse,
« Or il est de la plus haute signification que le mode d’existence de l’œuvre d’art déterminé par l’aura ne se sépare jamais absolument de sa fonction rituelle. En d’autres termes : la valeur unique de l’œuvre d’art « authentique » a sa base dans le rituel ».
                    BENJAMIN p401. La photographie en Allemagne.
Ce fond rituel transparaît dans la forme moderne du culte de la beauté (qui s’est développé depuis la renaissance). Ce fond a subit une crise avec le développement de la photo.
« Lorsqu’à l’avènement du premier mode de reproduction vraiment révolutionnaire, la photographie (simultanément avec la montée du socialisme), l’art éprouve l’approche de la crise, devenue  évidente un siècle plus tard, il réagit par la doctrine de l’art pour l’art, qui n’est qu’une théologie de l’art ».
                    BENJAMIN p401. La photographie en Allemagne.
Ces circonstances historiques nous permettent de comprendre comment :
« La reproduction mécanisée, pour la première fois  dans l’histoire universelle, émancipe l’œuvre d’art de son existence parasitaire dans le rituel ».
                    BENJAMIN p401. La photographie en Allemagne.
L’œuvre d’art devient ensuite orienté vers sa reproduction. Ainsi en photographie, il ne peut pas y avoir d’épreuve authentique.
« Mais dès l’instant où le critère d’authenticité cesse d’être applicable à la production artistique, l’ensemble de la fonction sociale de l’art se trouve renversé. A son fond rituel doit se substituer un fond constitué par une pratique autre : la politique ».
                    BENJAMIN p402. La photographie en Allemagne.
L’authenticité est une valeur qui ne résiste pas à la transformation de la perception. L’aura (qui est la marque même de l’authenticité) disparaît et c’est dans une autre valeur que l’art cherche un sens : la politique.


V

Il est possible de décrire le parcours historique de l’art en ce sens qu’il a -sur le schéma de la dialectique- évolué entre deux pôles qui sont sa valeur rituelle et sa valeur d’exposition.
La production artistique a commencé sous la forme d’image au service de la magie, qu’il n’était pas nécessaire de montrer (elle est destinée aux esprits, elle est cachée dans les grottes).
« La valeur rituelle exige presque que l’œuvre d’art demeure cachée ».
                    BENJAMIN p402. La photographie en Allemagne.
« Avec l’émancipation des différents procédés d’art au sein du rituel se multiplient pour l’œuvre d’art les occasions de s’exposer ».
                    BENJAMIN p402. La photographie en Allemagne.
« Avec les différentes méthodes  de reproduction de l’œuvre d’art, son caractère d’exposabilité s’est accru dans  de telles proportions que le déplacement quantitatif entre les deux pôles se renverse, comme aux âges préhistoriques, en transformation qualitative de son essence. De même  qu’aux âges préhistoriques , l’œuvre d’art, par le poids absolu de sa valeur rituelle, fut en premier lieu un instrument de magie dont on n’admit que plus tard le caractère artistique, de même de nos jours, par le poids absolu de sa valeur d’exposition, elle devient une création à fonctions entièrement nouvelles – parmi lesquelles la fonction artistique, se distingue en ce qu’elle sera sans doute reconnue plus tard accessoire. Du moins est-il patent que le film fournit les éléments les plus probants à pareil pronostic.».
                    BENJAMIN p402. La photographie en Allemagne.
De même que dans la préhistoire, c’était la valeur rituelle qui dominait, et donc que c’était la fonction magique qui dominait (puis seulement est venu l’idée artistique). De même, maintenant où c’est la valeur d’exposition qui prédomine, l’œuvre d’art développe de nouvelles fonctions, parmi lesquelles la fonction artistique deviendra de plus en plus accessoire.


VI



 

VII

« Dans la photographie, la valeur d’exposition commence à refouler sur toute la ligne la valeur rituelle. Mais celle-ci ne cède pas le terrain sans résister. Elle se retire dans un ultime retranchement : la face humaine ».
                    BENJAMIN p402. La photographie en Allemagne.
Ainsi le rituel survit dans les premiers temps au travers de la photographie de portrait.
« Dans l’expression fugitive d’un visage humain, sur d’anciennes photographies, l’aura semble jeter un dernier éclat ».
                    BENJAMIN p402. La photographie en Allemagne.
« Mais sitôt que la figure humaine tend à disparaître de la photographie, la valeur d’exposition s’y affirme comme supérieure à la valeur rituelle ».
                    BENJAMIN p403. La photographie en Allemagne.
ATGET photographie des rues vides, il les photographies comme le lieu d’un crime. Comme s’il cherchait a y découvrir des indices. Elles prennent la forme de pièces a conviction,

« C’est ce qui leur donne une signification politique cachée. Les premières elles exigent une compréhension dans un sens déterminé. »
                    BENJAMIN p403. La photographie en Allemagne.
C’ est a partir de moment que les légendes prennent de l’importance. Elles ont un autre rôle que celles des tableaux.


VIII
 



IX

La dispute entre peinture et photo au XIX siècle, est resté stérile,
« Cette querelle était le symptôme d’un bouleversement historique de portée universelle dont ni l’une ni l’autre des deux rivales ne jugeait toute la portée. L’ère de la reproductibilité mécanisée séparant l’art de son fondement rituel, l’apparence de son autonomie s’évanouit à jamais ».
                    BENJAMIN p403. La photographie en Allemagne.
En effet, alors que l’on se disputait en stériles disputes pour savoir si la photographie était ou on un art ; il a fallut un temps pour comprendre que la notion de l’art elle même avait changé a cause de la photo. On ne peut donc plus parler de l’art de la même manière.