Cette
page sera essentiellement consacrée à mes (voire nos) contacts
avec des Chinois.
Je vous rassure
tout de suite : on en voit quand-même pas mal (ils sont tout de même
1 milliard 300 millions...), mais entre se croiser et avoir
un vrai contact, il y a une différence de taille !
Les Chinois sont, en règle générale, très curieux envers les étrangers et les regardent souvent comme des bêtes curieuses, ce qui est assez exaspérant pour nous...
Cependant, il faut tenter de se souvenir que l'ouverture de leur pays est relativement récente et que certains d'entre eux n'ont réellement jamais vu d'étranger en chair et en os.
Si ce comportement vous paraît tout de même un peu dur à supporter, lisez ces quelques lignes écrites par Montesquieu sur les réactions suscitées par la venue d'un Persan en France...
"Les habitants de Paris sont d'une curiosité qui va jusqu'à l'extravagance. Lorsque j'arrivai, je fus regardé comme si j'avais été envoyé du Ciel : vieillards, hommes, femmes, enfants, tous voulaient me voir.
Si je sortais, tout le monde se mettait aux fenêtres; si j'étais aux Tuileries, je voyais aussitôt un cercle se former autour de moi : les femmes mêmes faisaient un arc-en-ciel, nuancé de mille couleurs, qui m'entourait; si
j'étais aux spectacles, je trouvais d'abord cent lorgnettes dressées contre ma figure : enfin jamais homme n'a tant été vu que moi."
Montesquieu - Lettres persannes - Lettre XXX
Ceux qui sont déjà venus en Chine connaissent la sensation décrite dans ce passage d'être tout à fait différent des autres
et d'être ainsi un objet de curiosité...
Bref, qu'ils soient bons ou mauvais, les contacts avec le peuple chinois ne laissent jamais indifférent.
Je vous raconterai
donc ici au fur et à mesure ma dernière bonne expérience...
et ma dernière mauvaise...
Je préfère
commencer par la mauvaise, gardons le meilleur pour la fin...
Idées reçues et intolérance
Bon, j'espère que vous êtes d'accord avec moi : le racisme
est une attitude stupide, cruelle, injustifiée... Facile à
dire, à penser, à clamer, mais tant qu'on n'a pas été
confronté soi-même à ce comportement de rejet pur et
simple, on ne peut imaginer la frustration et la colère qu'il engendre.
Dans le bus,
comme tous les jours, je rentre de la fac en début d'après-midi.
La vendeuse de ticket (il y en a 2 par bus qui contrôlent et vendent
les billets) est justement en train de tourner dans le véhicule
pour vendre un titre de transport aux passagers qui n'en avaient pas encore.
Je crois l'incident clos et quand s'approche ma station, je me faufile
jusqu'à la porte. Un peu en retrait derrière moi, un passager
me dévisage. Rien de très original : étant le plus
souvent la seule Occidentale du bus, j'ai l'habitude d'être observée
avec curiosité. Seulement cette fois-ci, la curiosité n'est
pas en cause,car mon charmant voisin se met à clamer haut et fort
qu'en tant que blanche je n'ai
rien à faire dans ce bus
et que je ferais mieux de prendre le taxi. En colère, je me retourne
et lui demande en chinois s'il a un problème. Un peu décontenancé,
il esquive en tournant la tête.
Mon arrêt arrive et, tout en jurant intérieurement, je montre
mon ticket à la vendeuse. Entre la remarque que je viens de prendre
dans les dents et l'air agressif de cette femme, je suis légèrement
énervée et me met à chiffonner rageusement mon ticket
tout en m'exortant au calme.
Bien sûr, on pense qu'il est aisé de réagir, mais quand
on se trouve dans un pays étranger, on a du mal à justifier
sa présence auprès de ce type d'individus, et ce d'autant
plus si on ne trouve autour de soi aucun appui dans la population locale...
Ca m'est arrivé.
Je lui tends donc mon billet de 5 maos. Il est neuf, vrai... Il n'y a donc
aucune raison de le refuser. Pourtant, elle
m'ignore et me tourne le dos. Surprise, j'attends
son deuxième passage et lui retends mon billet. D'un air pincé,
elle finit par le prendre et me donner un ticket.
Voilà, le bus s'arrête à la station. Je suis soulagée
de pouvoir enfin sortir de cet enfer. J'attends que les portes s'ouvrent...
Elles ne s'ouvrent pas. La vendeuse m'interpelle sans se dérider
: "Tu veux descendre ?"
Bien
sûr que je veux descendre ! Pourquoi serais-je devant la porte sinon
?
"Et
bien, où est ton ticket ?"
Je
regarde le ticket froissé dans mes mains : il est méconnaissable.
Et à ce moment-là, un mélange de dégoût,
de rage, d'impuissance m'envahit. J'aimerais lui
jeter ce ticket à la figure : elle sait parfaitement que j'ai payé,
car je suis la seule Occidentale du bus et que manifestement elle ne voulait
pas me vendre ce titre de transport. Mon voisin à la remarque assassine
exulte et je ne dois mon salut qu'aux passagers qui veulent descendre et
sont agacés par ce contre-temps : les portes s'ouvrent enfin...
J'en
tire au moins un bénéfice : je ne regarderai plus jamais
de la même façon un étranger dans mon propre pays.
Je tiens à préciser également que les étrangers
ne sont pas les seules victimes de ce comportement souvent cruel. Au contraire,
les Chinois venus d'autres provinces ou d'autres
ethnies sont les plus régulièrement
et les plus durement attaqués.
Courtoisie anglaise
Bien sûr, vous vous doutez que l'homme dont je vais vous parler ici
n'a rien d'un Anglais. Non, il est Chinois ,
a bien plus de soixante ans et prend le minibus en direction de la banlieue
de Pékin avec sa femme, assise à côté de moi,
et une petite valise.
Bien entendu, ils ne manquent pas de remarquer que repose sur mes genoux
un livre pour apprendre le chinois et, quand le vieux monsieur se penche
vers moi et s'apprête à parler, je me prépare à
mettre en pratique mes cours de conversation en chinois.
Pendant le trajet, nous échangeons quelques sourires
et lorsque notre station commune arrive, le vieux Chinois m'avertit, toujours
dans son anglais très minutieux, qu'il est temps de descendre. Je
le remercie et dit au revoir à ce petit couple : comme tous les
matins, j'ai juste le temps de traverser le campus jusqu'à mon bâtiment,
je ne peux donc pas m'attarder. Mais aujourd'hui, c'est sûr, la journée
a vraiment bien commencé !
Bien que plongée dans la révision de caractères chinois,
je les ai remarqués dès qu'ils sont entrés : la lenteur
de leurs gestes - comme s'ils voulaient économiser le peu d'énergie
que la vieillesse veut bien leur laisser- , leur anxiété
de ne pas trouver de place, la sollicitude de cet homme envers son épouse...
Tout ça m'a fait sourire un peu et je me mets à observer
ce sympathique couple.
Désillusion rapide pour moi, sourire radieux de ce vieux monsieur,
il engage la discussion
dans un anglais hésitant, mais travaillé. C'est un véritable
bonheur que de voir cet homme, qui doit avoir appris l'anglais il y a fort
longtemps, faire l'effort de retrouver les
mots pour communiquer avec moi.
Il me demande de quel pays je suis originaire (je m'y attendais un peu,
car c'est toujours la première chose que nous demandent les Chinois).
Son visage s'éclaire quand j'évoque la France. On parle pendant
deux minutes de football et de Paris, il m'explique que sa femme et lui
habitent sur mon campus, puis je me replonge dans mes révisions.
Voilà pourquoi quand on rencontre ici une personne qui a envie de
communiquer ou tout simplement qui est polie, c'est un grand rayon de soleil
dans ce monde un peu terne !
Ecrivez-moi pour me donner votre avis ou me raconter vos propres expériences...