Le professeur Jean Bricmont: «Trois raisons pour lesquelles
je défends l'Irak aujourd'hui»
11/12/2002
Le professeur Jean Bricmont (UCL) écrit
dans Le Soir qu'il «préfère ne pas critiquer le régime irakien ou
ses dirigeants. C'est une attitude délibérée de ma part et elle s'applique
à toutes les cibles des agressions occidentales, qu'il s'agisse de
Milosevic, des Taliban, ou de Saddam Hussein. Et cela pour trois raisons:
d'une part, il y a ici clairement un agresseur et un agressé: ce n'est pas
l'Irak qui menace les Etats-Unis, mais l'inverse. De plus, je ne peux pas
me considérer comme situé en dehors de l'espace et du temps. Je vis,
travaille et paye mes impôts dans un pays qui est, à travers l'Otan, pieds
et poings liés aux Etats-Unis. Finalement, on ne peut pas mettre sur le
même pied un régime brutal mais dont les effets sont limités à sa
population et à ses voisins (qui ne le perçoivent même plus comme un
danger) et un empire global, celui des Etats-Unis, qui, depuis 50 ans, a
tué des millions de gens dans des guerres menées loin de ses frontières,
renversé ou corrompu un grand nombre de gouvernements élus (Arbenz au
Guatemala, Mossadegh en Iran, Goulart au Brésil, Allende au Chili, Lumumba
au Congo, etc.) et qui est au centre d'un système mondial d'exploitation
de la main d'uvre et des ressources du Tiers Monde.
Lorsque le Tiers Monde tente de se libérer par des moyens
essentiellement pacifiques et démocratiques, qu'il s'agisse des
Palestiniens pendant la période d'Oslo, d'Allende, des Sandinistes, ou
aujourd'hui de Chavez au Venezuela, on leur vole leurs terres et on les
subvertit de mille façons. Quand ils se révoltent de façon violente, qu'il
s'agisse de Castro, de Saddam Hussein, des kamikazes palestiniens ou des
'maoïstes' au Népal, la machine à démoniser se met en route et les
humanistes occidentaux poussent des cris d'indignation.
Il serait fort aimable de la part des oppresseurs de dire une fois pour
toute aux opprimés quelles armes ils estiment qu'ils ont le droit
d'utiliser pour se défendre.»