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De nombreuses hypothèses ont été avancées pour expliquer la formation des clochers tors. L'abondance de légendes est une des premières tentatives d'explication de ce phénomène. En voici d'autres qui vous permettront peut-être de vous faire une opinion :

Naturellement, le bois vert tourne, travaille. Ce phénomène peut s'observer sur de vieilles poutres de plusieurs siècles qui inlassablement continuent de se fissurer. Ces fissures sont le signe d'une ''activité'' à l'intérieur du bois. Partant de ce constat, on peut supposer que le bois lui-même joue un rôle dans la torsion du clocher.

Les bois utilisés pour la construction des clochers tors du Baugeois sont issus de la Forêt de Chandelais à Baugé. Cette forêt est depuis des siècles travaillée de la même façon sur un cycle de 220 années. La culture de cette forêt est organisée de telle sorte que tous les arbres ne soient pas abattus en même temps au bout de 220 ans (durée de vie du chêne). Différents secteurs comprenant des arbres d'âges identiques sont constitués pour permettre un roulement. Pour améliorer le bois d'une forêt comme celle de Chandelais, il faut donc des siècles.

Au cours de la culture du chêne, ceux dont le tronc vrille naturellement sont généralement éliminés. Toutefois, dans la forêt de Chandelais il semblerait qu'un grand nombre de ces chênes vrillés aient été conservés (choix délibéré, trop grand nombre, semis de moins bonne qualité....? ).

Au Moyen-Âge, le bois de la forêt de Chandelais était vendu par le châtelain local à la Marine Royale pour la construction des navires. Il s'agissait en effet, avec la forêt de Jupille (en Sarthe) de la forêt la plus proche de Nantes. Ce même châtelain offrait le bois nécessaire à la construction des clochers. On peut donc imaginer qu'il lui était beaucoup plus intéressant de vendre son meilleur bois pour la Marine Royale et de conserver son second choix pour la construction des clochers.

La tendance naturelle du bois à travailler liée à l'utilisation d'un bois déjà vrillé pourrait expliquer que la construction droite du clocher n'ait pas résisté au mouvement imprimé par le bois. D'ailleurs, on remarque une importante majorité des clochers qui tournent de gauche à droite. Or c'est le sens naturel du bois lors d'un mauvais séchage. C'est ce que l'on peut voir au  Vieil Baugé où un des croisillons s'est désolidarisé de sa moise...

Il ne s'agit pas là d'une hypothèse mais plutôt d'une explication de la probabilité de rencontrer des clochers tors. La population d'une ville ou d'un village a une influence sur l'existence d'un clocher tors. En effet, quand une paroisse de quelques centaines d'habitants construit une église, le clocher est presque toujours couvert par un toit à deux pentes ou une pyramide à quatre pentes. Cest une question de prix de revient. Ces toitures ne tournent pas. Quand la population dépasse 10 000 habitants, l'église est importante, on fait appel à des artisans spécialisés dans ce type de construction. Ces flèches ne tournent pas non plus.

Par contre, dans les paroisses intermédiaires, on va trouver des églises de taille moyenne, dont le clocher sera octogonal, et c'est là qu'on aura le plus de chance de trouver un clocher tors.

En Europe, les clochers tors sont octogonaux à une écrasante majorité, soit presque 95 % des flèches torses. En ce qui concerne ceux du Baugeois, ils sont tous octogonaux (8 pentes). Les flèches qui s'écartent de cette règle sont des flèches construites volontairement torses. Le clocher de Fontaine-Guérin fait partie de ce exceptions.

Les flèches des églises ont toujours adopté des toitures qui suivent un certain standard. Elles sont couvertes par des toits à deux pentes, à quatre pentes, ou à huit pentes. On n'a jamais signalé de torsion accidentelle sur un toit à deux pentes ou à quatre pentes. Ces flèches sont en général assez courtes. Les éléments de la charpente sont triangulés et empêchent toute déformation. Ce n'est pas le cas des clochers octogonaux qui sont beaucoup plus effilés

Une autre hypothèse a vu le jour. Pour construire les coques des navires, les charpentiers de Marine travaillaient le bois pendant la culture pour le faire courber. Certains pensent donc que des charpentiers de Marine se seraient exercés sur les clochers tors du Baugeois. Que faisaient ces charpentiers de Marine dans le Baugeois, loin de la mer, on l'ignore. Toujours est-il qu'à Mouliherne, au cimetière, on a retrouvé la tombe d'un ... charpentier de Marine...

Les conditions météorologiques de la région de Baugé ont pu jouer un rôle dans la construction des clochers tors. On a en effet relevé trois tornades à Fougeré. L'influence de la Loire y est importante. La forme vrillée qui offre une prise au vent moins importante pourrait être une solution trouvée par les constructeurs pour faire face aux tornades...

Une nouvelle et passionnante hypothèse a vu le jour il y a quelques années sous l'impulsion de l'Abbé Perrault. Cet Abbé qui est également sourcier s'est intéressé à la configuration des eaux souterraines sous les clochers. De nombreuses églises sont construites de telle sorte que l'autel soit placé à la verticale d'un point d'intersection de deux sources (voir le schéma ci-contre).

D'après l'Abbé Perrault, les églises au clocher tors du Baugeois respectent cette configuration mais ce qui les différencie des autres clochers est que le choeur est toujours traversé par un courant tellurique (courant électrique dans le sol), schématisé ici en vert. Or si ce courant est positif, la torsion du clocher est dextrogire (de gauche à droite) comme à Pontigné , Mouliherne, Vieil Baugé et Fougeré     et si ce courant est négatif, la torsion du clocher est sinistrogire (de droite à gauche) comme à Fontaine Guérin .