
D
ans son aspect le plus
visible, l'homophobie apparaît comme une aversion irrationnelle, «
épidermique », pour les personnes androgynes et pour
l'homosexualité. En fait, par l'emploi de ces termes, on chercherait à faire croire qu'il s'agit au fond d'une réaction naturelle ou que la société «est comme ça» (même Jeanne Moreau est victime de cette mentalité idiote...) Rien n'est plus faux ! Il suffit de rencontrer certaines personnes saines et ouvertes d'esprit, souvent heureuses, pour ranger définitivement l'homophobie dans la liste des comportements les plus maladifs de l'espèce humaine.
On cherche un quelconque péché, là où il n'y a rien d'autre qu'un désir naturel. Comme on ne trouve pas le péché en
question, on s'en prend à la personne elle-même, en
cherchant à la rabaisser par tous les moyens psychiques et
parfois physiques. On ne supporte pas qu'une personne du même
sexe que le sien aime autrement : on voudrait que çela
n'existe pas, car au fond ça fait peur, ça met mal
à l'aise, ça perturbe car ça risque de remettre
en cause des repères qu'on croit intemporels.
Ce refus d'évoluer montre que l'on persiste à
attribuer au critère sexuel un pouvoir totalitaire sur les
relations humaines et sur le sens de nos vies. En effet, rejeter l'idée
que l'individuation sexuelle n'a au fond pas importance dans nos relations
sociales aboutit à conférer au sexe un
pouvoir tyrannique qui les régit toutes.
L'hétéro malade ou le gay-qui-ne-s'accepte-pas pensent
qu'"un homme, c'est un homme" et qu'"une femme, c'est une femme"; en-dehors, point de salut : il n'y a rien de plus réducteur et ni de plus dangereux que cette
vision émerveillée d'un sexe tout puissant.
L'idéologie du sexe tyrannique rend la vie de nos
sociétés insupportable. Elle nous fatigue, nous
assomme. C'est pourquoi on aime tant partir en vacances, en voyage,
s'oublier; c'est pourquoi on apprécie autant le "chez-soi", le
cocooning, le repli égocentrique ou son petit monde. Au bout
du compte, cela nous rend agressifs et cinglés; c'est la porte
ouverte à toutes les folies. Au fond, on est presque tous des
névrosés.
L'
homophobie n'est pas
qu'une peur ou une haine irraisonnée des gays, c'est aussi un
véritable racisme sexuel qui consiste à croire que le
sexe extérieur - normalement, mâle ou femelle - doit
obligatoirement déterminer le type de désir, en
liant indissociablement sexualité et reproduction ; pour
l'homophobe, éprouver du désir pour l'autre sexe est un
gage de
C
e
que ne sait pas l'homophobe, c'est que ce qui détermine
l'orientation du désir n'est pas lié au sexe
extérieur, mais au
1) La sexualité n'est pas la constitution sexuelle : avoir
des relations homosexuelles n'est pas être homosexuel et avoir
des relations hétérosexuelles n'est pas pour autant
être hétérosexuel. La gestion de sa sexualité est un
choix, l'identité sexuelle (sexualité naturelle : être homo, bi,
hétéro, trans) n'en est pas un.
L'homophobe confond le naturel de son désir avec le naturel de son sexe et les associe, comme un effet à une cause.
Grossière erreur.
2) La notion de « norme » pose un faux problème
: chacun est comme il est et non pas comme la majorité entend qu'il soit.
Si la majorité impose sa « norme », les minorités ne peuvent exister pleinement, ne peuvent être intégrées à la cité. L'approche normative est contraire à la démocratie et aux Droits
de l'Homme. Tout le monde sait que le vrai moteur de la
sexualité, c'est, à la base, la recherche du plaisir, la recherche du bien-être, et non pas la volonté de se reproduire... Sinon, les
hétérosexuels n'auraient de relations
hétérosexuelles que quelques rares fois dans leur
vie !
3) Faire un enfant doit avant tout être un choix,
un désir et non pas une obligation ou une contrainte. Un enfant
a besoin de sa mère et de son père, mais faut-il pour autant que
ceux-ci continuent à avoir des rapports sexuels pendant
l'éducation de l'enfant ? Bien sûr que non. Par
conséquent, tant qu'ils entourent l'enfant de leur amour,
de leur protection et de leur aide, ces parents peuvent bien
être ou un hétérosexuel et une homosexuelle, ou
un homosexuel et une hétérosexuelle, ou deux
hétérosexuels ou bien deux homosexuels (de sexe
différent).
4) L'importance des minorités bi- et homosexuelles
n'évolue pas en fonction de la vie de chacun. De plus, la
proportion reste apparemment stable à travers l'histoire et
les milieux de vie. L'androgynie est donnée par la nature et
non atteinte par l'être humain. Être homosexuel par
nature ne dépend pas de la culture. Ce n'est pas la «
culture », mais le seul fait d'exister, de se développer au sein de n'importe quel environnement qui permet de se constituer hétérosexuel, homosexuel ou bisexuel.
Ce n'est pas parce que le « sexe du cerveau » ne se voit pas
qu'il n'existe pas : les homosexuels sont là pour démontrer le
contraire. C'est une réalité formelle. Il ne
s'agit pas non plus d'une alternative; (homo ou h&eacut;t&eacut;ro) :
le type sexuel du désir n'est
entièrement mâle ou femelle que chez une petite
majorité des êtres humains. Pour le reste, au niveau de
la gestion cérébrale du désir, les deux
caractères, mâle et femelle, sont tous les deux
présents, l'un et l'autre en proportion extrêmement
variable.
La nature du
I
l existe
toute une gradation, une palette de désirs, que, par
commodité, nous regroupons en
L'
homophobe
fait croire que l'homosexualité tend à se
développer, en parlant de "moeurs", de "nouveaux modes de
vie", etc., afin d'enlever aux gays leur dignité de
gays-par-nature et pour tout ramener uniquement à du sexe,
à un comportement. Il agite le spectre d'une chute de la
fécondité pour dénier tout droit positif aux
gays, ce qui n'est qu'un faux prétexte, puisque la proportion
de gays dans une espèce (humains ou animaux) reste
quasi-invariable dans le temps et dans l'espace.
L'homophobe «tolère», «respecte» : il
n'accepte pas, il n'aime pas, il ne se réjouit pas des gays.
Ce qu'il souhaite : qu'on ne voit pas l'amour gay, qu'il ne s'exprime
pas.
L'homophobe ne raisonne qu'en termes de "modèles", de
"normes", car il cherche à ce que tout le monde ne suive
qu'une seule voie : la sienne. Satisfait d'appartenir à une
majorité alors qu'il n'en a aucun mérite, son
implacable égoïsme le rend inhumain et sa vision
étroite aveugle.
L'homophobe se sert des gays pour se réhausser, pour
«redorer son blason». La vanité de sa condition le
dirige. Il se pose «en opposition à», et
n'hésite pas à rattacher l'homosexualité aux
diverses déviances, violences, délinquances et
perversions. L'homophobe n'est pas heureux : il croit l'être;
ce qu'il pense «normal» ne correspond en fait qu'à
une fabrication d'illusions, d'hypocrisie bêtasse, de codes
sociaux inutiles, grotesques et ridicules.
L'homophobe s'en tient à une logique toujours identique, dont
il ne peut se défaire à moins de passer par une crise
existencielle douloureuse qui bouleverserait sa vie. Le
fonctionnement de sa pensée témoigne d'une grave
incapacité à «lâcher prise» : cherchant
à tout maîtriser, à tout rationnaliser, il
enferme son âme dans une prison ignoble qui lui pourrit la vie,
mais dont il ne réalise pas l'existence, si ce n'est à
sa mort...
L
es
partisans du sexe tyrannique visent à emprisonner le
désir. S'ils ne peuvent changer une nature qui ne leur
plaît pas, ils tentent de la rendre invisible : ils savent
qu'elle existe, mais ne veulent pas la voir - on devrait dire "la
subir". S'ils doivent s'y habituer, ils agissent comme si elle
était inutile ou n'avait aucune valeur.
Ce faisant, non seulement ils passent à côté de
la vraie vie, mais surtout ils forcent consciemment des êtres
humains à vivre une vie de proscrits, de
pestiférés, de honteux. C'est inacceptable.
Toute action, tout acte, tout harcèlement qui s'en prend aux
gays pour ce qu'ils sont procède clairement du crime contre
l'humanité. Toute discrimination vis-à-vis des gays,
quelle qu'elle soit, qui plus est toute tentative d'invisibilisation,
doit donc être absolument combattue.
E
n conclusion, l'homophobie apparaît comme un comportement
irrationnel porté par une imbécile ignorance et un
profond mépris, en particulier pour le féminin. Les discriminations qui en résultent ne
peuvent se justifier.
L'homophobie exerce une dictature de type nazie sur la
la diversité naturelle par son obsession des normes. À partir du simple fait procréateur, elle fabrique une pseudo "norme naturelle" et lui attribue une autorité politique incontestable qui n'a en réalité aucune légitimité. La "Nature" n'est plus qu'une image déformée, idéalisée, donc hétérocentriste, de la société. De simples faits dominants deviennent des "valeurs" et des "modèles" au nom de la "Nature", alors qu'ils ne sont que l'expression d'un bio-pouvoir qui n'a absolument rien de naturel. Se nourrissant de préjugés et de poncifs culturels, l'esprit homophobe impose impunément des lois anti-démocratiques en faveur des seuls
hétérosexuels, par rejet des minorités.
Être homophobe, c'est donc croire en l'inégalité des sexes, c'est tenir à un modèle unique de reconnaissance sociale des unions amoureuses; c'est donner au sexe une fonction normalisatrice. Nombreux sont donc les homophobes et beaucoup s'ignorent même. Être homophobe, c'est aussi dissocier la sexualité, d'un côté, de la personne, de l'autre, juger celle-ci pour un style, un comportement général qui provient pourtant directement de sa nature propre; c'est considérer la personne homosexuelle à travers les seuls prismes de la sexualité et du psychisme.
Contre cette forme de racisme, qui répond à l'amour naturel par la haine - "restez dans vos placards !", "vous n'êtes pas normaux/c'est pas sain" - , outre les valeurs éthiques, spirituelles et citoyennes, deux voies se résentent : lutter pour l'égalité des sexes (ce qui implique de placer les femmes au même niveau sans se limiter au respect-statu quo ) et veiller à dissoudre les codes et les signes séparant les femmes et les hommes.
