Certes, mes
propos peuvent en étonner plus d'un. Je vous propose donc une nouvelle
réflexion, à partir de l'Évangile.
Il convient d'abord de (re)lire la Bible - non pas par petits morceaux coupés
du reste, mais par chapitres entiers, dans un esprit global et critique. Ne
soyons jamais esclaves de la lettre et cherchons toujours à dégager
un sens spirituel qui vaut pour le bien de chacun - qui n'est pas le nôtre
-, dans le but de respecter tout être, de faire fructifier sa propre foi
et non pas d'imposer des choses inutiles qui font du mal. "L'invisible n'est
pas ce qui n'existe pas : c'est ce qui ne se voit pas".
Les Èvangiles canoniques sont essentiels; celui de St-Matthieu semble
le plus ancien. Toutefois, d'autres textes, dits "apocryphes", ne furent pas
reconnus de manière officielle par l'Église chrétienne.
Parmi eux, il y a ceux qui ont contribué à l'élaboration
du Livre des Mormons; mais d'autres possèdent une authenticité
avérée : l'Évangile de Thomas, l'Évangile de la
source "Q", l'Évangile secret de St-Marc, et quelques autres.
À
partir d'une discussion sur la situation des époux au Royaume des Cieux
- personne n'y est marié car tous vivent comme des anges -, Jésus,
dans St-Matthieu 19, parle du divorce, de l'indissolubilité du
mariage - institué à cause de nos coeurs pécheurs -, puis
de ceux pour qui il n'est pas expédient de passer par le sacrement. Or,
parmi ces derniers se trouvent les "eunuques", présentés en trois
catégories : ceux "nés du sein de la mère", ceux "devenus
tels par l'action des hommes", enfin ceux devenus ainsi par engagement spirituel,
"à cause du Royaume des Cieux". Si les seconds renvoient aux individus
castrés, assez communs à l'époque, voire aux impuissants,
et les troisièmes à la nébuleuse des gens au service du
Royaume (prêtres, moines et moniales...), les premiers ne peuvent, par
bon sens, que désigner les eunuques que sont... les gays. À eux,
le mariage n'est pas une obligation, ce qui confirme le lien établi par
l'Église entre mariage et procréation. En passant, le Christ rend
évident un sentiment partagé depuis longtemps par les gays : on
n'a pas choisi d'être ainsi et, face à l'extraordinaire diversité
des vies de nos semblables, qui cependant se ressemblent, notre amour inversé
ne peut venir d'autre part que de la naissance. Ainsi, c'est bien là
la révélation par Jésus lui-même, comme si cela allait
de soi, que l'homoïté, c'est-à-dire l'attraction du même
qui caractérise les homos, n'a qu'une origine constitutionnelle.
Cette compréhension
du texte pourrait servir aux personnes opposées à l'idée
d'un "mariage homo", en particulier à ces "culs-bénits", nombrilistes
et conservateurs... Toutefois, il faut retenir deux éléments :
d'une part, Jésus ne parle ici que du mariage tel qu'il existait à
l'époque, soit un mariage fondé sur une sorte de marché
et non sur les sentiments et l'amour véritable, comme aujourd'hui. De
plus, en principe, le religieux n'a pas à interférer dans le politique
("rendons à César ce qui appartient à César").
Mais Jésus
va plus loin : il ne pose aucun interdit et se contente de montrer, en toute
"logique", que tout le monde n'est évidemment pas obligé de se
marier pour satisfaire Dieu, bien loin de là. Le mariage apparaît
donc comme un cadre spirituel exigeant et contraignant pour vivre une vie de
couple en accord avec la foi plutôt que comme modèle traditionnel de
vie sociale. À ce titre, ne pourrait-on pas ouvrir cette institution
aux eunuques ? S'ils désirent vivre une monogamie fidèle, rester
soudés, ne vaudrait-il pas mieux en effet unir les compagnons ? En voyant
surgir de telles demandes, on réalise à quel point le modèle
chrétien du couple mixte a gagné les esprits.
Jésus en appelle à notre "bon sens" : quand il parle d'"eunuques",
il regroupe toutes les diverses personnes qui ne sont pas naturellement destinées
à avoir d'enfant. Ceci pour signifier que la logique du mariage tient
à l'existence de générations. Si certains homos peuvent
légitimement recevoir le mariage, ce ne pourrait donc être envisageable
qu'à la condition que cela se fasse dans l'union de DEUX COUPLES d'eunuques,
soit deux femmes ensemble et deux hommes ensemble, liés par une descendance
propre. Une telle configuration, par ailleurs difficilement obtenable, semble
a priori farfelue; elle reste pourtant plausible, autorise une éducation
parentale complète et constitue surtout la seule voie possible pour la
famille homosexuelle...